Candidature de Montpellier auprès de l'AFB

L'Etat venant de créer l'Agence française de la biodiversité, Montpellier qui dispose de nombreux atouts, se porte candidate à l'accueil du siège de la nouvelle structure. La communauté scientifique en agro-environnement - biodiversité du Languedoc-Roussillon dont le Cirad fait partie soutient cette position.

La mairie de Montpellier, Montpellier Méditerranée Métropole et la Région Languedoc-Roussillon, ainsi que d'autres collectivités et élus, ont manifesté auprès de l'Etat leur souhait d'accueillir le siège de l'AFB à Montpellier.

La région abrite, en effet, de nombreuses zones protégées, site Natura 2000, un Parc national et plusieurs Parcs naturels, terrestres et marins. Plusieurs composantes de l'AFB sont par ailleurs déjà présentes sur le territoire régional. Les recherches menées en écologie, évolution et sciences sociales, couvrent l’ensemble des domaines des sciences de la biodiversité avec un fort intérêt pour les environnements méditerranéens et tropicaux, qu’ils soient terrestres ou marins. La communauté scientifique régionale impliquée dans cette thématique constitue à elle seule un ensemble exceptionnel de 76 unités de recherche dont, à Montpellier, 31 unités regroupant plus de 1200 scientifiques et 400 doctorants. Ce positionnement assure une ouverture unique vers les pays du Sud et les zones les plus riches en biodiversité, qui sont aussi les plus fragiles sur le plan environnemental, social et économique.

Montpellier, pionnière de l’écologie parasitaire,

Pour mieux gérer les effets des parasites sur la santé humaine, il faut comprendre comment ils s’inscrivent dans leur écosystème. C’est l’objet de l’écologie parasitaire, une discipline née à l’Université de Montpellier avec les travaux de Louis Euzet.

C’est un bien étrange organisme vivant. Qui utilise un autre organisme vivant, appelé hôte, comme habitat et comme source d’énergie. Le parasite peut être responsable de maladies humaines parfois graves : le paludisme, la bilharziose, la dengue ou encore le chikungunya. Pour maîtriser ces maladies, les médecins ne peuvent pas se passer de l’apport des chercheurs en écologie parasitaire. Leur travail : "comprendre comment les parasites circulent dans les écosystèmes, décrypter leurs relations avec leurs hôtes ainsi que les paramètres qui les font évoluer", explique Catherine Moulia, enseignante chercheuse à l’Institut des sciences de l’Évolution de Montpellier (ISEM).
Si des chercheurs du monde entier pratiquent aujourd’hui cette discipline, elle doit beaucoup aux travaux du professeur Louis Euzet qui a dirigé le laboratoire de parasitologie comparée à l’Université Montpellier 2 de 1969 à 1990. Père de "l’école montpelliéraine de parasitologie", il compte avec Claude Combes, son élève, parmi les précurseurs de cette écologie parasitaire dont l’un des objectifs est de comprendre les aspects évolutifs des interactions entre hôtes et parasites. "Nos équipes montpelliéraines, ISEM, MIVEGEC… sont les héritières de cette école Euzet-Combes", souligne Catherine Moulia.

QUAND LE PARASITE PREND LES COMMANDES

Les élèves du laboratoire de Louis Euzet ont ainsi été parmi les premiers à montrer que les parasites pouvaient modifier le comportement de leur hôte pour augmenter leur chance d’être transmis à un autre hôte. "C’est ce qu’on appelle le phénomène de favorisation", explique Alain Lambert, ancien enseignant chercheur aujourd’hui retraité qui a fait sa carrière à l’UM2 avec Louis Euzet. Exemple : la petite douve du foie. Au cours de son cycle biologique, la petite douve parasite d’abord une fourmi. Pour continuer son cycle et devenir adulte elle doit ensuite parasiter un mouton.
Problème : comment passer de l’un à l’autre sachant que les moutons ne sont pas particulièrement friands de fourmis ? La douve du foie a trouvé une réponse fascinante : elle modifie le comportement de la fourmi qui au lieu de vaquer autour de la fourmilière avec ses congénères va se jucher au sommet d’un brin d’herbe pour augmenter ses chances de se faire manger par un mouton qui brouterait par là. "Le parasite prend le contrôle du cerveau de son hôte", résume Alain Lambert. "Combes a montré que toute une partie de la chaîne alimentaire est contrôlée par les parasites, précise Laurent Gavotte, enseignant chercheur à l’ISEM. C’est une donnée-clé dans la gestion des populations et des écosystèmes ".

COUPER LA TRANSMISSION ENTRE L’HÔTE ET LE PARASITE

Et lorsqu’il s’agit de lutter contre les maladies humaines, la connaissance la plus fine possible du mode de vie du parasite et de ses interactions avec son hôte est capitale. Les chercheurs ont ainsi réussi à limiter la transmission de la bilharziose, maladie tropicale qui a longtemps sévi en Guadeloupe. "Il ne s’agit pas d’éradiquer le schistosome, parasite responsable de cette maladie, mais de mettre en œuvre des mesures sanitaires pour éviter que les gens ne soient en contact avec les eaux où vivent ces parasites ", explique Catherine Moulia. "Cela revient à couper la transmission entre l’hôte et le parasite". De la même façon, le paludisme qui sévissait en France — et dans l’Hérault en particulier — a été éradiqué après-guerre. Comment ? "En procédant à l’assainissement des gîtes larvaires et en généralisant l’utilisation de la quinine", explique Alain Lambert.
Mais la disparition d’un parasite n’est parfois pas sans conséquence sur son hôte. "Il y a des zones en Afrique où sévissent à la fois des vers intestinaux et une forme neurologique grave de paludisme. On s’est aperçu que les enfants qui avaient reçu des soins pour éliminer ces vers attrapaient beaucoup plus fréquemment le neuropaludisme, qui est beaucoup plus dangereux ", explique Laurent Gavotte. Il est donc vital de comprendre les interactions croisées entre parasites pour soigner au mieux les pathologies qui en découlent.

TROUVER DES SOLUTIONS ENVIRONNEMENTALES

"L’apport des scientifiques non médicaux est capital pour comprendre ces interactions", souligne Catherine Moulia. Des chercheurs de plus en plus sollicités par les médecins, qui ont besoin d’avoir une vision plus globale de la situation. "Il faut avoir une approche multifactorielle qui implique de comprendre chaque système et chaque contexte environnemental ", précise Alain Lambert. « Et tenir compte des dynamiques globales changeantes », complète Laurent Gavotte. Ce fut là l’un des apports fondamentaux de Louis Euzet : dépasser le cadre médical pour apporter une vision plus large. Aujourd’hui les chercheurs en écologie parasitaire s’attachent à trouver des solutions environnementales durables. "On n’éradique jamais totalement un parasite, explique Catherine Moulia, on essaye de le maintenir à un taux supportable pour limiter l’impact, notamment économique, des maladies qui y sont associées". Un travail sans fin dans un environnement en changement perpétuel. L’écologie parasitaire et sa fille l’épidémiologie ont de beaux jours devant elles…

source : Université de Montpellier

Un nouvel indice positionne l'Homme au même niveau que l'anchois dans la chaîne alimentaire !

Le niveau trophique détermine la position d'une espèce dans la chaîne alimentaire. On pourrait penser que l'homme est le dernier maillon de la chaîne alimentaire. Les scientifiques viennent de découvrir qu'il n'en est rien !

Sur la chaîne alimentaire, le phytoplancton, premier fournisseur de matière organique, est la base de l'écosystème. Il représente donc le niveau 1. Un animal herbivore exclusif se situera au niveau 2. Au dessus, les carnivores qui mangent ces herbivores se situent donc au niveau 3, et ainsi de suite.
Bien que ce niveau trophique soit un indice connu pour la majeure partie des espèces terrestres et marines, cet indice n'avait jamais été calculé pour l'Homme. La revue PNAS publie les résultats d'une équipe de chercheurs Ifremer/IRD/Agrocampus-Ouest, qui a estimé, pour la première fois, le «niveau trophique humain» (Human trophic level, HTL). 

En utilisant les données de la FAO (Food and Agriculture Organization) sur la consommation humaine pour la période 1961-2009, les scientifiques ont défini un niveau trophique de 2.2 pour l'Homme... résultat surprenant puisque c'est un niveau proche d'un anchois ou d'un cochon, et bien loin de l'indice 5,5 que peuvent atteindre des prédateurs supérieurs, comme l'ours polaire et l'orque, au régime alimentaire exclusivement carnivore.
source : Ifremer

L'huître s'ouvre enfin et dévoile les gènes coupables de la mortalité estivale

Depuis que le génome de l'huître a été décrypté (voir encadré ci-dessous) des avancées importantes ont été réalisées par les chercheurs, en particulier par l'Ifremer.  Ces découvertes sont brillamment expliquées par Arnaud Huvet (Ifremer Pouzané) dans une condérence intitulée "Des gènes coupables dans la mortalité estivale de l’huître Crassostrea gigas".

Des mortalités massives de l’huître creuse Crassostrea gigas (huître de Bouzigues) sont rapportées dans toutes les régions du monde où cette espèce est exploitée. Ces mortalités, considérées comme un véritable fléau pour la profession ostréicole, résulteraient d’une interaction complexe entre l’hôte, l’environnement et des pathogènes, le principal étant un virus de type Herpes (OsHV1).

Afin d’élucider les bases moléculaires de la résistance de l’huître à la mortalité estivale, une approche transcriptomique a été réalisée sur des familles d’huîtres sélectionnées pour leur résistance (R) ou leur sensibilité (S) à la mortalité estivale. Les gènes apparus différentiellement exprimés entre R et S appartiennent principalement aux catégories fonctionnelles « reproduction », « métabolisme énergétique » et « stress oxydant » et seraient révélateurs d’une fragilité physiologique des huîtres S durant la période précédant les mortalités. De plus, une sur-représentation très significative de gènes associés à la catégorie « défense/immunité » avant le pic de mortalité suggère que la réponse immunitaire est primordiale dans la capacité à survivre à un épisode de mortalité.

Parmi ces gènes, nous trouvons notamment des acteurs de la voie immunitaire NF-κB. Les gènes ainsi identifiés constituent des candidats à étudier en priorité. Pour identifier leur fonction et les incriminer (ou disculper) dans ces phénomènes de mortalité estivale, des expériences d’inhibition fonctionnelle par ARN interférence ont été mises en place, ainsi que des recherches de zones du génome associées à la survie (Quantitative Trait Loci).

Cette liste de gènes identifiés permet d’avancer dans la compréhension des mécanismes conduisant à la mortalité estivale des huîtres, de disposer de marqueurs moléculaires utilisables pour du profilage diagnostique, et pourrait à terme aider à l’amélioration génétique en développant de la sélection assistée par marqueurs chez cette espèce. 

» lire aussi :Ifremer - Rapport final du programme de recherche sur les mortalités d’huîtres creuses Crassostrea gigas dans l’étang de Thau

 

LE GÉNOME DE L'HUÎTRE DE BOUZIGUES 

Le génome de l'huître creuse (Crassostrea gigas), la plus cultivée sur la planète et en particulier dans le bassin de Thau, a été décrypté par une équipe internationale majoritairement composée de chercheurs chinois.
Le généticien Guofan Zhang, de l'académie chinoise des sciences, et ses collègues ont aussi analysé les caractéristiques de la Crassostrea gigas, comme sa réponse au stress ou la formation de la coquille.
Selon les chercheurs, dont les travaux sont publiés dans le magazine Nature, elle a développé plusieurs traits nécessaires à la survie d'un organisme pris en permanence entre les marées, parfois aussi entre eau douce et salée, et condamné à filtrer des fluides souvent douteux pour s'alimenter.
Les chercheurs ont comparé son génome à celui de sept autres espèces séquencées. Ils ont ainsi pu identifier plus de 8600 gènes spécifiques à ces mollusques.
Par exemple, ils ont notamment découvert que le génome de la Crassostrea gigas comportait 88 gènes HSP70 (pour heat shock proteins) qui jouent un rôle important dans la protection des cellules contre les agressions, en particulier les substances toxiques tels les métaux lourds (arsenic, cadmium, mercure, etc.).
Par comparaison, les oursins ont 39 gènes HSP70 et les humains seulement 17.
Cette huître possède aussi de nombreux gènes associés à l'antioxydation et au blocage de la mort cellulaire.