L’autre Rimbaud de David Le Bailly

"L’autre Rimbaud" de David Le Bailly aurait pu porter comme sous-titre «comment se construit une légende». Le récit se déroule comme une enquête sur la disparition de ce frère aîné, d’abord effacé des photos souvenirs, comme celle, célèbre, des frères Rimbaud en premiers communiants, puis gommé progressivement de l’existence au sein de cette famille dirigée avec autorité par une mère intrigante et intransigeante. Frédéric, ce frère aîné eut avec Arthur, dans leurs jeunes années, une relation fusionnelle. Compagnons de jeux, inséparables, aussi bien dans les partages que dans les querelles, Arthur et Frédéric promenaient leur ennui dans la campagne ardennaise. C’est à Frédéric qu’Arthur lit ses premières poésies. Malgré cette évidente complicité, le fossé se creusa progressivement entre eux, encouragé par la mère et la soeur aînée, jusqu’à ce que Frédéric soit rayé de l’héritage et de l’histoire familiale. Il s’agissait, pour les deux femmes avides de fortune et de notoriété, de privilégier la fulgurance poétique et littéraire d’Arthur, à laquelle Frédéric et son apparente inconsistance pouvaient, selon elles, faire ombrage. L’autre Rimbaud apparait comme une réhabilitation pour ce frère, donc, mais précisions, aussi, sur la personnalité d’Arthur qui se transforma en homme d’affaire peu scrupuleux et sur leur mère et leur soeur très intéressées par la renommée naissante du poète, devinant tous les avantages financiers qu’elles pouvaient en espérer. Nombreuses sont les biographies d’Arthur Rimbaud mais ce récit de David Le Bailly offre un nouvel éclairage sur ce destin exceptionnel et cette étrange famille.

Michel Puech

Profitez de ce week-end pour parcourir les pages de l'Académie du livre

Profitez de ce week-end pour parcourir les pages de l'Académie du livre. Aujourd’hui, focus sur «Alter Égaux» : réalisation de projets entre communautés éducatives et associations sociales et culturelles pour partager la parole.
Plus d’une centaine de projets ont ainsi été créés, vous pouvez trouver ici quelques exemples de ceux réalisés cette année...  https://view.genial.ly/5ea99d2cd6eb530d7ac98765
 
 
ACADÉMIE DU LIVRE

Comme un empire dans un empire

Comme un empire dans un empire est un roman qui pose bon nombre de questions sur notre époque et ce monde que l’on dit en pleine mutation. Dans ce roman  Alice Zéniter met en toile de fond les crises que traverse notre société et dont le soulèvement populaire des «Gilets Jaunes» et la répression sévère que le gouvernement a apporté en réponse, en sont comme le révélateur. L’empire en question c’est le numérique décrit comme un continent à lui tout seul, soumis à ses propres règles et en proie à des attaques plus ou moins perverses, plus ou moins justifiées ou justifiables.

A travers la vie des deux personnages principaux, vies parallèles, mais qui finissent par se rencontrer, l’auteur pose la question, pour chaque personnage, de ce qui signifie «être dedans ou dehors», d’être au bon endroit pour défendre ses idéaux. Pour Antoine attaché parlementaire d’un député socialiste, le confort costume cravate dans un parti embourgeoisé ne l’empêche pas de lorgner vers le parti des Insoumis et vers le mouvement des ronds points occupés par les Gilets Jaunes, au grand dam de son patron. Pour celle qui se fait simplement appeler «L» la question est de savoir si pour les luttes qu’elle défend, féminisme, égalité des chances, justice... il est plus utile d’être dedans - le piratage, le Dark Web et toutes les arcanes de cet univers monstrueux - ou de s’en extraire pour en éviter tous les risques. Son compagnon en fait les frais, purgeant une peine de prison après avoir substitué les données numériques d’une grande firme.

Autre personnage, Xavier, ami d’enfance d’Antoine, a choisi, lui, de vivre en marge, au sein d’une communauté où ne s’invente rien d’autre qu’un certain plaisir de vivre en toute simplicité et convivialité. Les acteurs de tout ce monde agité ont bien conscience des dérives possibles et oeuvrent chacun avec ses moyens pour agir au mieux dans cette mutation aux contours incertains. Un vrai roman à l’écriture incisive et un regard caustique sur notre monde plein d’incertitude dans lequel se démènent des personnages désabusés.

Michel Puech

Vidéo Alice Zeniter - Comme un empire dans un empire

 

Frédéric Jacques Temple

Né le 18 août 1921, à Montpellier, Frédéric Jacques Temple s’est éteint le 5 août 2020 à Aujargues dans le Gard. Très attaché à sa région natale, il n’en était pas pas moins un voyageur avide de rencontres et de découvertes.
« Je suis un arbre voyageur
mes racines sont des amarres
Si le monde est mon océan
en ma terre je fais relâche
Ma tête épanouit ses branches
à mes pieds poussent des ancres
Loin je suis près des origines
quand je pars je ne laisse rien
que je ne retrouve au retour. »
«Dans la mesure où on a des racines, on peut facilement s’ouvrir au monde, on est sûr de revenir quelque part».
Une longue vie consacrée très tôt à la poésie, engagement dont la rencontre et l’amitié qui s’en suivit avec Blaise Cendras fut déterminante. Henry Miller, Lawrence Durrell, qui a dit de lui, «voici un pur poète, livré à l'intuition poétique et non à quelque abstraction chimérique», Joseph Delteil, Joe Bousquet, entre autres, feront partie de son univers poétique et amical. Mais pour lui il n’y avait qu’une seule aventure, la vie, et donc son refus de séparer l’écriture de la vie.
Passionné également par les sciences naturelles, il se disait fasciné par les limules, un animal vieux de 450 millions d’années, animal étrange dont il faisait l’emblème du temps qui ne passe pas, mais aussi l’emblème des origines du monde.
Depuis les années quarante nombreuses sont les parutions des écrits de Frédéric Jacques Temple, tant en poésie qu’en prose, biographies et traductions.

Le 20 août 2020 paraîtra aux éditions Bruno Doucey dans la collection Soleil Noir : Par le sextant du soleil.

Michel Puech

«Qu’est-ce que la poésie ? Si on ne me le demande pas, je crois le savoir ; si on me le demande, je ne le sais plus. L’essentiel est qu’elle soit. Je crois bien qu’elle est inutile, mais je suis sûr qu’elle est nécessaire. Reste à savoir à quoi. Peu importe. Chaque poète a sa propre musique qui, par une sorte d’alchimie, peut devenir celle de ceux qui la reçoivent ou la transmettent. »

Bernard Meulien 1944-2020

Comédien, il s’était fait une spécialité de «diseur». Son apparence fragile contrastait souverainement avec la force de sa conviction, sa diction chaleureuse, son regard attentif et ses gestes mesurés. Personnalité attachante, la passion l’habitait. Pendant de longues années il a arpenté de nombreuses scènes pour «dire», avec l’enthousiasme toujours renouvelé, Gaston Couté , poète libertaire né en 1880 et mort en 1911, digne précurseur des chanteurs à texte, tels Brassens, Brel ou Ferré. Un autre poète faisait partie de son répertoire : Tristan Corbière (1845-1875) auteur d’un recueil de poèmes, «Les amours jaunes» qui rencontra une audience qu’à titre posthume, grâce, notamment à Verlaine qui lui consacra un chapitre dans son essai, «Les poètes maudits». Sur scène Bernard Meulien, dans une baignoire remplie d’eau, soulignait la singularité de ce poète fragile et farceur. Un autre spectacle évoquait Fernand Deligny (1913-1996), éducateur «hors normes», dont les nombreux écrits et vidéos témoignent d’un humanisme poignant et d’une poésie réfractaire. C’est à Monoblet dans les Cévennes que Deligny avait ouvert son centre d’accueil d’enfants autistes. C’est à Monoblet que Bernard Meulien avait choisi de vivre et c’est là qu’il fut inhumé jeudi 23 juillet.

Michel Puech

Bernard MEULIEN - Les amours jaunes - Tristan CORBIERE 

"Quand dans sa baignoire Bernard MEULIEN hisse la voile, le vent du grand large nous emporte avec"

Penser le futur c'est déjà agir sur lui

Ils avaient déjà prévu le retour des grandes pandémies dans un de leurs précédents ouvrages. Jacques Carles et Michel Granger, ingénieurs ENSCM et  Ph.D (Philosophiae doctor) de l'Université de Montréal, présentent aujourd'hui ce que sera demain dans leur nouveau livre "L'apogée, l'avenir en perspective".

La révolution technologique, qui se déroule sous nos yeux, va bouleverser nos modes de vie et refonder la civilisation humaine.

L'ouvrage décrit les bouleversements auxquels la génération actuelle sera confrontée dans les années à venir et durant lesquelles le destin de l’humanité va se jouer.

Au-delà d’une synthèse remarquable sur tous les changements en cours dans notre monde actuel, les auteurs incitent à la réflexion. Quelle société sommes-nous en train de construire? Quel futur ne voudrait-on pas? Quel avenir serait souhaitable?

SYNOPSIS

L’humanité est aujourd’hui proche de la phase finale d’une longue évolution qui l’a fait passer du clan à la tribu, de la tribu au peuple, du peuple à l’État-nation, de l’État-nation à l’État continental, dernière étape avant le monde global. Riche de sa diversité génétique et culturelle acquise tout au long de son histoire, elle s’apprête à constituer désormais un tout sur une planète finie.

La population mondiale est en passe d’atteindre des sommets mais, sur tous les continents, l’inversion des tendances démographiques se prépare. Le tarissement des ressources naturelles, le retour des pandémie et les contraintes environnementales vont accélérer ce repli des effectifs humains dans des proportions que peu de personnes imaginent encore. La Chine à elle seule perdra 400 millions d'habitants d'ici la fin de ce siècle.

En attendant la population actuelle représente une richesse considérable. La masse de la matière grise des cerveaux humains est en passe d'atteindre les 15 millions de tonnes, 1 000 fois plus qu’à l’époque de l’invention de l’écriture. Avec ce formidable potentiel d’intelligence collective, de plus en plus connecté, l’espèce humaine acquiert de nouveaux pouvoirs et repousse de nombreuses limites. Parallèlement la connaissance et les savoirs sont devenues les ressources économiques qui nourrissent un développement de plus en plus immatériel.

Le repli démographique ne sera donc pas l'effondrement annoncé par certains. Il ne sera pas subi mais géré. Il s'étalera sur quelques siècles et interviendra dans un contexte de refondation de la civilisation humaine.

Déjà, la révolution technologique qui se déroule sous nos yeux va au-delà de la création de nouveaux outils et oriente l’avenir de l’humanité. Elle amorce une transition qui va modifier en profondeur l’économie, le travail, la famille, les rapports sociaux en général et jusqu'à l'image que l'homme a de lui-même.
Rêver à plusieurs est le début de la réalité dit un proverbe chinois. Imaginer un futur durable et désirable puis faire partager cette vision par le plus grand nombre est la première étape pour le faire advenir.

 

 

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Critiques

"Ce livre résume de façon claire les enjeux actuels et les grandes mutations en cours. Les auteurs en déduisent une vision fascinante de l’humanité de demain"
Gaetano Amalfi
(Artiste plasticien, Suisse)

"Un essai de prospective écrit par deux franco-canadiens qui se lit comme un roman futuriste. Un livre comme je n'en avais pas lu depuis longtemps: le propos est visionnaire... voire prophétique. Une claque. A lire absolument".
Apolline Gagnon
(journaliste, Canada)


Jacques Carles et Michel Granger sont ingénieurs mais aussi Ph.D de l'Université de Montréal. Chez nous, Ph.D signifie "Docteurs en Philosophie" et ils méritent ce titre pour le plus grand plaisir des lecteurs."

Sandor Fliszar
(Professeur, Université de Montréal, Canada)

 

 

 

Certains futurs lointains sont déjà prévisibles

Dans 1 000 ans, l’étoile Gamma Cephei remplacera l’étoile polaire nord de la Terre à cause de la précession des équinoxes. Dans 13 000 ans, les pôles magnétiques terrestres s’inverseront. Dans 20 000 ans, Tchernobyl redeviendra enfin sans danger pour l’Homme. Dans 150 millions d’années, l’Amérique et l’Afrique se rapprocheront de nouveau. Enfin, dans 240 millions d’années, le Soleil aura accompli un tour complet de la galaxie par rapport à sa position actuelle et, dans 5 milliards d’années ayant épuisé ses réserves d’hydrogène, il deviendra une géante rouge.

 mais prévoir le futur plus proche est par contre beaucoup plus difficile.

 Il y a 500 ans un génie comme Léonard de Vinci a pu entrevoir certaines des réalités d’aujourd’hui comme l’avion, l’hélicoptère, le sous-marin ou l’automobile.
Il n’avait malgré tout pas prévu la radio, l’Internet ou encore la bombe atomique.
L’histoire humaine n’est pas linéaire. Elle est jalonnée de ruptures qui se produisent de façon aléatoire dans le temps et dans toutes les directions.
Certains auteurs de science-fiction peuvent imaginer des technologies qui n’existent pas. Cela peut stimuler la créativité des chercheurs ou fournir des idées aux cinéastes qui mettent en scène certains scénarios du futur. Ces visions restent cependant une illusion sans une base scientifique sérieuse et sans une analyse des forces qui sont à l’œuvre pour façonner notre monde de demain. Pour cette raison, ce livre s’en tient aux signaux déjà tangibles qui annoncent en partie ce que sera demain. Il n’est donc pas une œuvre de science-fiction mais vise plus modestement à mettre en évidence la réalité d’une mutation de grande ampleur qui va modifier le cours de l’histoire humaine.
Identifier et comprendre les  nombreux changements en cours peut nous aider à dépasser le court terme pour prendre la juste mesure des enjeux et des défis à relever dans les prochaines décennies.

Erwan Deveze : Le pouvoir rend-il fou ?

En ces temps mouvementés face aux défis qui se dressent et les incertitudes quant à l’avenir, on peut légitimement se poser la question sur les motivations et les dispositions de ceux qui aspirent à diriger dans ces conditions. Erwan Deveze nous éclaire sur certains aspects de ces aspirants au pouvoir. Le titre, un brin provocateur ne correspond que partiellement au contenu du livre, riche en anecdotes, analyses et prospections. Erwan Deveze ponctue son texte de nombreuses références et citations, telle celle-ci :  « Boris Cyrulnik non loin de penser que tous les dirigeants politiques sont ou deviennent à terme des pervers narcissiques œuvrant dans un contexte de pathologie exacerbée ». Dans son ouvrage paru en 2008, In Sickness and in Power (dans la maladie et dans le pouvoir), David Owen avait défini le « syndrome d’hubris », la maladie du pouvoir dont les symptômes sont essentiellement la perte du sens des réalités, l’intolérance à la contradiction, des actions à l’emporte pièce, l’obsession de sa propre image, l’abus de pouvoir. Le sujet atteint de ce mal étrange manifeste du narcissisme, de l’arrogance, de la prétention, de l’égotisme, pratique la manipulation, le mensonge, le mépris. Il se caractérise aussi par un sentiment d’invulnérabilité, d’invincibilité, de toute puissance.
Dans tous les stades du pouvoir, la conquête, l’exercice et la perte, Erwan Deveze analyse les prédispositions génétiques spécifiques du leader en puissance, la nature de l’environnement favorable ou pas, ainsi que le niveau de détermination du sujet. Il ne se limite pas à examiner le seul domaine politique, mais ausculte aussi les autres lieux d’exercice du pouvoir dont principalement l’entreprise.
A la question qui lui était posée, quelle est la plus grande qualité d’un homme d’état, François Mitterrand avait répondu : « j’aimerais vous dire que c’est le courage, mais c’est l’indifférence ». Erwan Deveze ne fait évidemment pas preuve d’un tel cynisme dans son ouvrage. Il évoque par ailleurs des dirigeants qui ne sont pas exclusivement animés par une fêlure narcissique, mais qui veulent œuvrer pour l’intérêt général. Il ne fait pas non plus écho à cette autre déclaration de Mitterrand, « le pouvoir est un poison pour quiconque y goutte ». Il veut « proposer une nouvelle vision du leadership et du management bien plus en lien à la fois avec la réalité du fonctionnement de notre cerveau et avec le monde d’aujourd’hui ». Il décline cette proposition en six dimensions : la sensibilité à l’autre, la conscience de soi, l’attention, l’adaptation, la résilience et la pensée positive et rappelle cette citation de Michel Serres : « la véritable autorité est celle qui grandit l’autre... Désormais, la seule autorité qui veut s’imposer est fondée sur la compétence ».

Michel Puech

Tristan Cabral, le poète s'en est allé...

Nous avons appris le décès de Tristan Cabral dont nous connaissions l’état de santé bien affaibli. De son vrai nom Yann Houssin, il est l’auteur de nombreux ouvrages de poésies et de récits.
«Je suis né le 29 février 1944 dans une villa de la Ville d’Hiver d’Arcachon, en face du Casino mauresque : la villa Toledo, aux dentelles de bois et aux balcons d’argent. Dans un grand jardin, planté de cistes, d’arbousiers et de mimosas. Les villas les plus proches s’appelaient « Faust », « Meyerbeer », « Pereire » ou encore « Bremontier ». Sous l’occupation, c’était une maternité clandestine. En face, le casino servait pour les interrogatoires à la police politique de Reich. Ma mère s’appelait Juliette D. Mon père, Heinz R., un médecin militaire allemand. Elle était née à Orléans, lui à Cheminitz, devenu plus tard Karl-Marx-Stadt ! Au cours de l’été 1944, ma mère sera tondue dans une rue de Bordeaux...» Dans « Juliette ou le chemin des immortelles », paru en 2013, il ébauche une biographie et rend hommage à sa mère.
Après des études secondaires à Bergerac, il étudie à la faculté de théologie protestante de Montpellier. Il entreprend ensuite des études de philosophie, qu’il enseignera ensuite pendant trente ans au lycée Daudet à Nîmes. Quand il n’arpente pas le monde pour témoigner de sa violence, de ses injustices, mais aussi de la grandeur de certains humains qu’il admire, il demeure à Montpellier.
En 1974 il fait paraître son premier recueil « Ouvrez le feu » et ne cessera d’écrire et de publier. Ses derniers ouvrages : H.D.T. hospitalisation à la demande d'un tiers (le cherche midi, 2010), Le Cimetière de Sion: de Yad Vashem à Chatila-Gaza (L'Harmattan, 2010), Les chants de la sansouïre (Atelier N89, 2011) Dernier tango à Salta ; quand deux femmes s'aimaient dans l'Argentine de Videla (L'Harmattan, 2012), Juliette ou le chemin des immortelles (le cherche midi, 2013), Si vaste d'être seul (le cherche midi, 2013), Quand vient la mer (Sansouire, 2014), Requiem en Barcelon (Chemins de plume, 2014), La petite route (Chemins de plume, 2015), Poèmes à dire (Chemins de plume, 2019).
Poète de l’insoumission, de la révolte et de l’amour, il est aussi le poète du mal de vivre et d’une quête désespérée.

Michel Puech

« Un jour les oiseaux-feu quitteront mes paupières ;
alors dans mon cartable, il y aura du ciel,
alors mon corps aveugle s’habillera de lierre
et qu’on me couche alors dans un lit d’immortelles ! »

A lire sur le site DANGER POESIE "Quand j'étais de ce monde"

Audrey Marty : Le Destin Fabuleux de Jane Dieulafoy

«Jeanne Dieulafoy ne ressemble en rien aux jeunes filles de la bourgeoisie de son époque. La mode et la maîtrise des tâches ménagères ne sont pas vraiment de son goût...». C’est très jeune qu’elle peut se lancer dans ce à quoi elle aspire le plus, l’aventure. Le 11 mai 1870, Jane Magre, née à Toulouse, épouse à 18 ans Marcel Dieulafoy. Seulement deux mois plus tard, lorsqu’éclate le conflit franco-prussien, elle décide d’accompagner son mari qui s’engage en tant que capitaine du génie. Le commandant Vergne témoigne à son sujet : «cette femme, vraiment remarquable, a fait courageusement ce que peu de femmes ont fait. A 18 ans, venant de se marier, elle a voulu suivre son mari, partager les dangers et toutes les fatigues quand il le fallait, couchant dans la neige, restant à cheval la nuit et le jour...». C’est aussi au cours de cet épisode qu’elle prend pour habitude de revêtir des vêtements masculins et en particulier le pantalon qu’elle adopte définitivement. Elle obtient une autorisation spéciale pour déroger à la loi.

C’est ainsi que commence sa vie aventureuse, toujours aux côtés de son mari. Audrey Marty tombée sous le charme de cette personnalité exceptionnelle retrace leurs pérégrinations. Ayant pris goût aux voyages, ils embarquent pour la Turquie, ensuite pour la Géorgie d’où ils entament «une chevauchée fantastique de plusieurs milliers de kilomètres». «Après quatorze mois d’absence, cent quarante étapes, près de six mille kilomètres parcourus à cheval et plusieurs kilos en moins, Jeanne et Marcel sont donc de retour en France. Ils rentrent exténués, amaigris, malades...». Après avoir brièvement replongé dans la vie ordinaire, Marcel Dieulafoy obtient la direction d’une mission archéologique en Perse. Ils embarquent le 17 décembre 1884. La mission s’achève en juillet 1886 et permet d’enrichir le Louvre de «trésors artistiques et archéologiques d’une grande valeur.

Jane poursuit ses activités d’écriture, publiant une dizaine d’ouvrages, d’engagement dans ses combats féministes, de conférences très appréciées. A sa mort le 25 mai 1916 elle jouit d’une grande notoriété. Ainsi le New-York Times lui rend hommage : «Madame Dieulafoy, auteur, exploratrice, chevalier de la légion d’Honneur, et possédant le privilège unique, accordé par le Gouvernement Français, de porter un vêtement masculin, est morte. Durant les les soixante cinq ans de son existence, Madame Dieulafoy a vécu de nombreuses expériences qui lui ont valu d’être la femme la plus remarquable de France et peut-être même de toute l’Europe». C’est ce destin fabuleux que nous relate avec passion et admiration Audrey Marty.  
Michel Puech
Audrey Marty Le destin fabuleux de Jane Dieulafoy, de Toulouse à Persépolis, l’aventure au féminin. Editions Le Papillon Rouge

histoires inouïes en Occitanie aux éditions Le Papillon Rouge

Occitanie, terre tranquille de soleil et de farniente, de ciel bleu et de silence troué de vols d’hirondelles et de de chants de cigales ...? Santiago Mendietat et Hubert Delobette mettent un bémol à ces images d’Epinal. L’Occitanie fut aussi le théâtre de faits qu’ils qualifient d’»inouïs». Cette collecte d’évènements plus ou moins connus mais toujours étonnants, étranges ou prodigieux a été entreprise par ces deux auteurs pour une publication aux éditions Le Papillon Rouge. Des récits courts relatent des faits qui à différentes époques ont marqué profondément quelques lieux en Occitanie. A Lunas, un bras de fer entre l’évêché, le Vatican et quelques prêtres réfractaires a eu des répercutions sévères sur quelques protagonistes. A Montauban, les obsèques, le 5 novembre 1940, du dernier président élu de la Deuxième République Espagnole, don Manuel Azana Diaz, rassembla une foule gigantesque, pour la plupart des réfugiés espagnols arborant les couleurs républicaines. Le défilé s’étira sur près de deux kilomètres. A Sète débuta le dix juillet 1947 le périple «fou» de l’Exodus. Alès connu le 11 octobre 1831 une catastrophe minière particulièrement meurtrière qui inspira, plus de quinze plus tard, Emile Zola pour «Germinal». Trente récits nous font découvrir des pans mal connus, voire ignorés de l’histoire de notre région. «Inouïes», le terme est particulièrement bien choisi pour désigner ces histoires authentiques dont certaines, comme le vent de folie qui frappa Pont Saint Esprit et ses habitants en 1951, ne furent jamais tout à fait expliquées ou élucidées. Trente histoires étonnantes à connaître et parfois méditer.

Michel Puech

Captivus de Yves Desmazes aux éditions Le Papillon Rouge

La situation particulière créée par la pandémie met en difficulté un certain nombre de secteurs. L’absence de salons, des foires et de toutes les manifestations liées au livre atteint particulièrement le secteur de l’édition. Alice Dorques et Hubert Delobette, avec passion et obstination, n’en poursuivent pas moins leur travail d’édition sous le sigle du Papillon Rouge, dont le siège est à Villeveyrac. Ils nous proposent à présent plusieurs nouveautés dont «Captivus» de Yves Desmazes. Auteur d’une douzaine d’ouvrages déjà parus, Yves Desmazes nous invite à découvrir un personnage originaire de notre région : Guillaume de Nogaret (1282-1313). Né en Haute Garonne, de Nogaret étudie puis professe le droit à Montpellier. Grace à ses activités de conseil juridique il a l’occasion de rentrer en contact avec le roi auprès duquel il devient «juge-mage». A partir de 1295 il devient conseiller du roi et ses responsabilités s’accroissent au cours des ans et des affaires. En 1295 le roi Philippe le Bel est confronté à une grave crise financière. Pour y faire face il prend plusieurs mesures : il prive les Templiers de la garde du trésor royal qui est transféré au Louvre, il fait frapper de la monnaie contenant moins d’or - ce qui lui vaudra le surnom de roi faux-monnayeur, et il taxe les biens de l’Eglise.
Le rôle de Guillaume de Nogaret dans les charges menées contre les Templiers est bien connu : arrestation des Templiers, destruction du Temple et confiscation des biens. Mais son rôle dans l’opposition de la royauté à la papauté, de Philippe le Bel à Boniface VIII est moins évident bien que crucial dans la lutte pour la suprématie entre le pouvoir royal et le pouvoir papal.
C’est cet épisode de l’Histoire que nous conte Yves Desmazes, depuis le réquisitoire de Nogaret contre le pape qu’il accuse des motifs les plus infamants, jusqu’à l’arrestation de Boniface VIII  à Agnani en Italie. Yves Desmazes met en scène Thibaud de Cornilhac, jeune secrétaire particulier de Nogaret que nous suivons dans ces péripéties de lutte pour le pouvoir. Mené de façon alerte, le récit met en exergue la dimension du personnage de Nogaret et son implication dans ces faits historiques. Un récit passionnant.
Michel Puech