Millésime Bio : une grande famille réunie à Marseille


Photo: Millésime Bio

Fidèle à une organisation sans hiérarchie, d’appellation ou de pays, attaché à son indépendance, Millésime Bio s’est installé pour trois jours à Marseille. Du 30 janvier au 1er février, il a offert le visage d’un salon en pleine expansion, à l’image d’une production croissante, qui se diffuse dans le monde entier.
Plus de 900 exposants, venus de 16 pays, de nouveaux clients, cavistes et importateurs, des acheteurs de plus en plus internationaux confirment cette montée en puissance de Millésime Bio, qui se revendique comme le 3e plus grand salon viticole en France. Côté exposants, la liste était complète dès juillet dernier. Cendrine Vimont, chargée de communication de Sudvinbio, l’association organisatrice, se félicite d’avoir été bien suivis par les producteurs dans le déménagement de Montpellier et même, « rançon de la gloire », par quelques off, Roots 66 et Biotop Wines. Le poids économique, le dynamisme des vins biologiques, Patrick Guiraud, président de Sudvinbio, les a soulignés dans son discours inaugural. La bousculade du premier jour aux portes du Parc Chanot, la fréquentation en hausse en ont également attesté.
L’immense hall s’est offert à la rencontre avec les producteurs, tous logés à la même enseigne : une table, deux chaises, un crachoir, rien ne perturbe la dégustation. Valérie Tabariès, du Domaine de Roquemale à Villeveyrac décrit cette ambiance : « Nous sommes tous réunis pour la première fois dans le même hall. On se perd, on découvre des vins étrangers, son voisin de stand. »


La culture en vins biologiques entre dans la cour des grands. Elle bénéficie à Marseille d’une desserte plus vaste et plus variée, dans une région PACA devenue le vignoble le plus bio en France (24 % des vignes). Le salon a accueilli, à son habitude, tous les vins biologiques sous condition d’être certifiés. Pas de vins en conversion, mais les procédés d’élaboration peuvent suivre de principes de biodynamie ou de vins nature si le producteur certifié le souhaite. Jusqu’au premier vin vegan, exempt de composés ou trace animale à la vigne comme en cave, présenté au Château Beaubois à Beauvoisin (Gard).
Millésime Bio ouvre des chantiers pour l’avenir de la culture biologique, que Patrick Guiraud trace vers une plus grande technicité, pour réduire en particulier les risques liés aux aléas climatiques, et plus d’information des professionnels comme des publics sur les bienfaits de la culture en vins biologiques. Une deuxième génération succède aux pionniers du bio en France, il y a trente ans. Il est temps maintenant de conquérir le monde des vins conventionnels, le monde tout court.
Florence Monferran

Bilan chiffré du salon, et retour à Montpellier en 2018 ?
Les chiffres communiqués par Sudvinbio confirment le bilan très positif de cette Edition.
Fréquentation globale : 4850 visiteurs (+ 8%)
+ 20 % de visiteurs étrangers (Europe, Amérique du Nord, Asie)
La filière poursuit sa croissance, avec un chiffre d’affaires qui ne cesse de progresser en France (+17%) et à l’export (+ 26%)
Dès la fin du salon, désir ou réalité?, son retour à Montpellier a été évoqué dans la presse. Sudvinbio ne confirme pas ces dires. De nouveaux épisodes sont à prévoir dans le feuilleton avec l'autre grand événement viticole, Vinisud. L'attente est forte en Languedoc que les deux grands salons viticoles basés à Montpellier se succèdent, afin de conserver le rôle leader de la métropole régionale à l’international, en tant que vitrine des vins du Sud, et vitrine des vins biologiques.

 

IGP Pays d’Oc, premier acteur du bio en grande distribution
Les Vins de Pays d’Oc communiquent les derniers chiffres sur les ventes de bio en grande distribution, qui rassemble environ 19 % des ventes en France. Ils y affirment leur rôle leader, en volume, avec plus de 780 500 bouteilles (24% des ventes) et en valeur (21,5 %), dans un marché en forte hausse.
La consommation bio aussi plébiscite les vins de cépages, merlot et chardonnay en tête. 30 ans après sa création, le label pays d’Oc a suivi les grandes évolutions viticoles. Il concentre aujourd’hui près de 50 % de la production biologique régionale.

 

Des terroirs se racontent à Vinisud

Photo: AOC Languedoc

Les portes des salons viticoles se sont closes. Loin de l’agitation viticole et médiatique, subsistent des images et des conversations, des vins et des émotions, dont un des fils conducteurs a trait à ce qui anime cette rubrique : des terroirs et des vins de qualité. Les terroirs, une histoire à raconter ? C’est ce qu’a démontré leur présence, en filigrane ou en vedette, dans les stands, les conférences et autres master classes. Une histoire conjuguée à tous les temps.


Au passé simple, les terroirs nous parlent des cépages qu’ils portaient sur leurs sols. Anciens, oubliés, modestes, l’association Wine Mosaïc milite pour leur préservation et leur promotion, dans une vinodiversité. Signe des temps, l’espace qui leur était dédié n’a pas désempli, offrant à la dégustation des vins issus de ces très vieux cépages constitutifs de terroirs en Grèce, leur berceau, et sur tout le pourtour méditerranéen. Les Rencontres des cépages modestes œuvrent à la remise en lumière … et en plantation des cépages français. A l’opposé des recherches actuelles sur des cépages résistants (aux maladies et au réchauffement climatique), destinées à refaire des croisements et créer des hybrides producteurs, l’association invite au retour aux cépages anciens « qui sont souvent moins forts en degré, ont plein de qualité, un goût différent de ce que nous avons l’habitude de boire», explique son vice-président, Jean Rosen. Un gout de terroir qui, autrefois, avait valeur péjorative et qui, aujourd’hui, est recherché. La cuvée Mailhol, du Domaine Henry à Saint-Georges d’Orques, composée de rivairenc, œillade, morrastel, terret, illustre ce retour aux sources. Acclimatés à de fortes chaleurs pendant des centaines d’années, ces cépages résistent mieux aux changements que nous connaissons, selon Jean Rosen. Il n’est qu’à regarder la syrah, importée en Languedoc, qui y dépérît. « Des gens replantent et font des vins très intéressants. Nous sommes dans le domaine du patrimoine, de la biodiversité, d’histoire locale, de fierté locale» conclut-il.
A deux pas de l’espace méditerranéen consacré à ce patrimoine vivant, une master class passionnante emporte les dégustateurs dans l’histoire des AOC Languedoc depuis leur création, il y a trente ans, afin de mieux comprendre les raisons de leur succès présent à l’international. Elisabeth Gabay, Master of Wine américaine, apporte un regard extérieur sur cette réussite qui « tient à des vins authentiques, qui reflètent leur terroir et leur histoire, et sont d’une grande diversité, en rouge, blanc, rosé, doux ou effervescent ». Ils sont aussi le produit d’une grande diversité de sols et de paysages dans un climat méditerranéen chaud baigné de vents forts. Loin de l’image longtemps conservée de vignobles de masse, le Languedoc recèle des petits bijoux. La dégustation balaie les AOP du Languedoc, du Pic Saint Loup aux Corbières, de Saint-Chinian, Faugères au Minervois et à La Clape, des littoraux aux arrière-pays d’altitude (relative). Les cépages blancs rhodaniens descendus en Languedoc (roussanne, marsanne, viognier) côtoient la combinaison gagnante en rouge, grenache/ syrah/ mourvèdre, que chaque vigneron, tel un artiste manie, dose à sa guise. La pyramide des AOP s’affine au fil de la dégustation, les rendements diminuent à chaque strate de la hiérarchie qui finit de s’installer entre AOP générique, dénomination et cru.

Des terroirs pour le futur, Vinisud l’a envisagé avec deux nouveaux espaces créés dans le salon. Le premier, consacré à La nouvelle vague, a mis en avant les acteurs viticoles de demain. Il a donné l’opportunité à 41 jeunes vignerons, installés depuis moins de cinq ans, de se présenter, à un tarif préférentiel, aux acheteurs nationaux et internationaux. Le renouvellement des générations, la transmission des domaines sont au cœur d’une réflexion des professionnels, à l’instar des IGP Pays d’Oc qui ont décidé en décembre, lors de leur assemblée générale, de créer une ligne budgétaire pour aider les jeunes à s’installer.
Levier économique, mais aussi levier culturel, l’oenotourisme s’est installé dans un espace méditerranéen sur le salon, sous la houlette d’André Deyrieux, consultant en stratégies oenotouristique. Marketing territorial, oenoculture, mise en scène paysagère, stratégies de territoire, autant de sujets qui ont été débattus dans les tables rondes. L’oenotourisme raconte les paysages, les hommes, les vins, cette combinaison magique qui a constitué un terroir, à un endroit donné. La discipline tend aujourd’hui, après une uniformisation du discours en vue de la labellisation en Vignobles et Découvertes, à vouloir rendre en compte la spécificité de chaque territoire. Un pas vers la mise en lumière de l’originalité des terroirs qui composent ces destinations, dans une région qui affiche ses ambitions en matière de tourisme. Le vin se vend aussi comme un produit culturel. « Il y a mille histoires qui peuvent être racontées. Surtout, sortons de la bouteille de vin, et faisons jouer cette 3e dimension, de l’oenoculturel ! », s’exclame André Deyrieux.

Photos Claude Cruells

Pour preuve, l’espace oenotouristique offrait un lieu d’exposition au projet mémoriel du photographe Claude Cruells « Méditerranée terroir divin ». Les photos présentées en panneaux lumineux feront l’objet d’un livre d’art rassemblant les plus beaux paysages viticoles et oléicoles de tout le bassin méditerranéen, sur 19 pays. « Le livre recueillera le témoignage de vignerons silencieux, c’est-à-dire ceux qui font du vin vivant, sur une terre vivante, qui respectent la nature et transmettent un message d’avenir pur pour notre planète » explique Claude Cruells. Les photos, les panoramiques à 360°, des vidéos, tout sera transmis aux jeunes générations, dans une sorte de conservatoire vivant. « Notre objectif est vraiment mémoriel. Nous faisons un état de lieux de la Méditerranée pour le siècle à venir » ajoute le photographe, qui fait le lien entre des patrimoines millénaires, des cépages, des hommes pour tendre des ponts vers les prochaines générations.
Un patrimoine méditerranéen, des terroirs languedociens nous parlent et se racontent, sur tous les tons, dénouant ce fil conducteur d’une histoire qui continue à s’écrire, d’un devenir qui cherche ses voies.

Florence Monferran

Les Vinifilles au Musée: art, vins et solidarité

Il y a des soirées qui ont fière allure. En avant-première de Vinisud, salon des vins de la Méditerranée, les Vinifilles ont investi le Musée Fabre à Montpellier. « L’association réunit des vigneronnes du Languedoc-Roussillon, « des copines, des femmes qui ont appris à se respecter, à se connaître, qui découvrent que faire les choses à plusieurs, c’est beaucoup plus facile » explique leur présidente, Valérie Tabariès-Ibanez (Domaine de Roquemale à Villeveyrac). Après avoir éclairé aux chandelles le Gazette-Café pour la Saint-Valentin l’an dernier, les Vinifilles ont offert à leurs clients un moment de dégustation privilégiée, entre art et solidarité, éclats de rire et émotion.
Selon leur habitude, c’est en toute décontraction qu’elles ont marié bons vins, musique et produits de la Méditerranée, dans un buffet concocté par leurs soins. En toile de fond des dégustations, l’exposition François Rouan, Tressages ajoute à la magie du lieu, fleuron de l’art que beaucoup d’acheteurs découvrent. Une visite les invite à parcourir les ailes du Musée choisies par les Vinifilles, des maîtres languedociens à Pierre Soulages.

Attentives aux ambiances propices à la dégustation, « aux transmissions de culture, de gastronomie » comme le dit Marie Chauffray (Domaine de la Réserve d’Ô à Arboras), les Vinifilles le sont aussi à communiquer leur passion du terroir. Françoise Ollier (Domaine Ollier-Taillefer à Fos) donne le la avec sa Grande Réserve, issue de vieilles vignes aux racines très profondes sur des schistes du Faugérois. « On voulait mettre en valeur le schiste, qui donne ce côté fumé, tout ce que le terroir nous amène, l’altitude. Ce que j’aime nous, et chez beaucoup de Vinifilles, c’est la fraicheur et l’équilibre des vins. Des vins digestes, pas de gros mastodontes bodybuildés ». Pascale Rivière (Jasse de Castel à St Jean de Fos)) poursuit, parlant des Terrasses du Larzac : « Nous nous situons juste à la fin du Massif central. Nos sols sont différents, caillouteux ou argileux, mais ils ont la particularité d’être en terrasses, avec une nappe phréatique proche qui conserve aux vins toute leur fraîcheur ». Son blanc, en effet, respire cette minéralité. Et son rouge, Bleu Velours 2014, vient d’obtenir une médaille d’Or à Challenge Bio. De l’exaltation du terroir au respect de l’environnement, la plupart des Vinifilles ont obtenu le label en vins biologiques, voire Déméter (Marie Chauffray). Françoise Frissant (Château Coupe-Roses à La Caunette) a choisi l’option d'une cuvée nature.


Françoise Ollier

Valérie Tabariès-Ibanez

Marie Chauffray

Pascale Rivière

Moment fort de la soirée, la vente aux enchères rondement menée par Me Aude Andrieu propose trois lots exceptionnels, vieux millésimes sortis des caves personnelles des Vinifilles au profit de l’une d’entre elles, Fabienne Bruguière (Mas Thélème). Ses vignes en Pic-Saint-Loup ont été entièrement ravagées par la grêle le 17 août 2016.
Dix-huit Vinifilles, dix-huit bouteilles, y compris un Exultet 2005 de Fabienne, le premier millésime de Mâle, 2008, à Roquemale, le plus beau, un 2008, au Château de l’Ou à Montescot, Les galets roulés 2010 de Château de Rey à Canet-en-Roussillon, magnifique, Hissez Ô 2009 de la Réserve d’Ôet ses 36 mois d’élevage à la réserve d’Ô … 1220 € sont récoltés et entièrement reversés à Fabienne, tout comme le bénéfice de coffrets de Noël. Solidarité de vigneronnes, solidarité de filles, solidarité d’amies avant tout, qui s’est manifestée dès le jour du désastre pour lui dire « On va te donner du vin ». La vente aux enchères, le don de vin de leur propre récolte pour élaborer deux cuvées et emplir à nouveau le chai participent à la reconstruction du Mas Thélème, pour que Fabienne et son mari, Alain, aient du vin à vendre, tiennent courageusement debout au milieu des malheurs. Fabienne évoque avec émotion cet « élan de solidarité exceptionnel » vers eux.

Présente à la dégustation, Sylvie Tonnaire, rédactrice en chef du magazine Terre de Vins, a participé, on le sait peu, à la création des Vinifilles en 2009. Elle remarque « une puissance des femmes dans la région ». Une montée en flèche qui se traduit, par exemple, par la prise de présidence de caves coopératives, ou, projet en cours de réalisation, du plus gros groupement de caves de l’Hérault. L’organisation de Master classes à Vinisud confiée à quatre expertes internationales, ou la constitution récente d’une association, #womendowine, pour donner de la visibilité à cette présence féminine dans le vin, en fournissent de nouvelles illustrations.
Outre l’image de femmes agissantes, les Vinifilles offraient lors de leur soirée au Musée Fabre un visage de réussite joyeuse, de cohésion dans la complémentarité, des vins comme des caractères, juste avant l’ouverture des deux grands salons du vin dans le sud, l’un à Montpellier, l’autre déplacé à Marseille.
Florence Monferran

Les vins de la Méditerranée en salon à Vinisud

Vinisud, salon de référence à l’international pour les vins du pourtour méditerranéen, revient dès 2017 avec l’ambition de devenir annuel. Du 29 au 31 janvier, il attend au Parc des Expositions à Montpellier plus de 20 000 visiteurs, professionnels du vin, dont 6000 étrangers venant de 70 pays. Plate-forme d’affaires, il accueille 922 exposants et 400 grands acheteurs, dont 200 acheteurs VIP recrutés par Sud de France dans le cadre du Forum International d’Affaires.
Deux nouveaux espaces thématiques suivent les évolutions du monde viticole: en réponse aux besoins de renouveler les générations et installer la relève,  La nouvelle vague by Vinisud , espace collectif, donnera un coup de pouce à 41 jeunes vignerons. Un vaste espace consacre la place de l’oenotourisme, nouveau levier économique pour la production de vin, sous la houlette d’André Deyrieux et son Winetourisminfrance.
Afin d’anticiper les tendances de demain, Vinisud met en place des outils d’observation, avec le premier Observatoire international des vins de la Méditerranée. Une enquête exclusive sur les tendances de consommation des Millenials (21-35 ans) est publiée à l’occasion du salon.
Regard en avant et regard en arrière, Vinisud se penche sur le patrimoine viticole, avec son Espace Expression méditerranéenne , et sur la découverte de tous ses vins, mis en dégustation libre dans le palais méditerranéen, animé par l’Union des Oenologues de France.
Des terroirs, des vins, les évolutions, les tendances de demain, Vinisud brasse les temps, balayant tout le spectre de la production méditerranéenne.
Florence Monferran

Quand l’art et vin se rencontrent : célébrations sétoises

Port de Sète, 1934

Ils sont bien là, dans la ville dont son sénateur-maire, François Commeinhes, dit un jour qu’elle compte autant d’artistes que d’habitants. Ils participent à ces fééries sétoises décrites par le philosophe Michel Onfray[1], dans un port encore imprégné de la fièvre des déchargements, des odeurs de bois brûlé et de vin transbordé, du roulis des barriques chargées sur les quais, ventres ouverts de la tonnellerie et des négoces.
Des artistes entretiennent ce rapport continu avec le vin dans l’Ile singulière, chère à Paul Valéry, mais aussi à Pierre Soulages, André Cervera ou la famille François. Un rapport prolongé dans les lieux même d’expression artistique. L’Ecole des Beaux-Arts n’appartenait-elle pas à une famille de négociants en vin ? Et le Musée International des Arts Modestes (MIAM) fondé en 2000 par Hervé di Rosa n’est-il pas abrité dans un ancien chai ? Il y propose, comme une mise en bouche, une manifestation intitulée Miam Miam Glouglou.
Les arts plastiques ont toujours accompagné le vin, en ont donné une représentation graphique, émotionnelle ou conceptuelle. Un lien continu, intemporel s’est tissé depuis que le breuvage, porté par Dionysos, dieu de la vigne, mais aussi du théâtre et des arts, a servi de vecteur de civilisation dans la conquête romaine.

 

Hervé di Rosa,
Sérigraphie, 1988

L’art pictural, de nos jours, n’a de cesse de fleurir dans les caves. Tous les étés, il pousse la porte des caveaux de vente, s’invite sur les murs des chais, appelle à la réflexion ou au voyage. Un rapport plus intime s’est installé à Sète quand Robert Skalli, pionnier des vins de cépages en France, mais aussi mécène d’art contemporain, a collectionné les œuvres, les a exposées dans son chai, et a soutenu la création avec sa marque Fortant. Les IGP Pays d’Oc n’oublient pas son rôle éminent, dans la célébration de leur trentenaire cette année.

     

Joël Bast
présences,2016

Les artistes sétois déploient toutes formes d’expressions pour glisser le divin nectar en support, élément annexe ou central de leurs œuvres. Jusqu’à l’art-textile d’Isabelle Piron brodant des sarments de vigne, ou les Présences de Joël Bast qui ont semé tels des grains ici un vendangeur, là un barman, les contenants du vin, étiquettes, bouteilles, barriques, offrent un écrin précieux à la fois à la création artistique et à leur contenu.

 

Dans la lignée de Philippe de Rothschild qui, considérant dès 1945 que « un grand vin est un art », avait lancé la création d’une étiquette signée par un grand artiste, les peintres se sont prêtés à l’exercice : Soulages, di Rosa, ou récemment encore André Cervera pour un muscat de Frontignan.


Pierre Soulages, 1976,


Hervé di Rosa, 1987,

André Cervera, 2016

(photo: MIAM)

Des peintres, sollicités par Gérard Bru, propriétaire du Château viticole Puech-Haut à Saint-Drézery, alimentent depuis 2000 une collection inaccoutumée, dans laquelle chaque artiste s’acquitte librement d’une figure imposée : habiller une barrique du château réformée. La collection reprend le chemin en sens inverse quand, déclinée sur des Bib’ Art, elle propose du vin à consommer dans ses petites barriques de 5 litres en tôle peinte.


Barrique et bouteille, Jean-Jacques François, 2016,
Photos: Philippe Fontaine

Dernier en date à se prêter à l’exercice, le sétois Jean-Jacques François en a fait « Le vin dans l’art, l’art du vin. Et le divin dans l’art du vin». Il a d’abord réalisé un projet sur tableau, avant de peindre sur le tonneau. La bouteille de vin elle-même se transforme en œuvre, quand, une fois son contenu bu, sa forme esthétique inspire le peintre. Jean-Jacques François, qui s’intéresse à tous les supports dans son art du détournement, dit s’amuser à « tout voir, tout oublier, tout recréer ».

Quelques artistes approfondissent ce rapport sur leur terrain, dans les tableaux.

Villes invisibles, Alain Vaissière, 2014
(photo: A.Vaissière)
 

Arrivé à Sète en 2014, Alain Vaissière a quitté sa ville rose et son travail pour se consacrer à son digital Art, dans lequel il mélange ses ingrédients (photo, dessin, dessin numérique). En créant des mosaïques, il invente un nouvel espace que chacun peut s’approprier.
« J’assemble, comme le vin » explique-t-il. Dégustation , Grand cru ou Villes invisibles s’en inspirent.

Une célébration hédoniste des plaisirs voire des excès du vin, dans la droite ligne des banquets antiques et festins rabelaisiens, s’affirme chez Robert Combas, André Cervera ou Jean-Jacques François encore. Elément d’un prochain tableau, un déjeuner sur l’herbe ludique librement inspiré de Manet, le vin figurera naturellement pour lui, posé dans l’herbe comme un plaisir, dans une convivialité qu’il recherche dans le breuvage.

Vin-Roi, Robert Combas Festin totémique, André Cervera, 1996

Une telle célébration figure chez André Cervera, « électron libre » ainsi qu’il se définit, qui prônait dans sa jeunesse, non loin des transes bacchanales, une transe poétique. Compilant les mythologies, il rapporte de ses voyages dans le monde ou de son rapport au monde un Festin totémique ou autre Festin minuscule, peint en résidence d’artiste en Chine, tout comme Bloody cocktail ou A kind of chinese repas où le vin s’invite à table, même loin de Sète.
Robert Combas, chantre de la figuration libre, célèbre la vie, cherche à saisir la nature, avec tout son talent de coloriste. En décryptant le monde, il y découpe des fenêtres et nous amène dans son aventure. Le vin y est roi, La Bouteille de vin rouge également. Michel Onfray voit dans son travail, en 2012, une dimension dionysiaque, qu’il décrit dans « Transe est connaissance »[2] . Ce à quoi l’artiste répond dans le Figaro : « J'imagine qu'il parle de ma façon de célébrer les choses plus que de mon goût pour le vin. (…) Je dis que l'on peut voir les couleurs avec le nez, sentir avec la bouche. J'aime cette vision décalée des sensations. Si je me joue des stéréotypes, c'est pour mieux souligner la typicité de l'art. Dans ma peinture, le terroir, c'est moi ! ».


La bouteille de vin rouge, R.Combas , 1986

Bloddy cocktail, A.Cervera
Caveau du Domaine Gaujal à Pinet  

Ces éminents artistes sétois se sont retrouvés ces derniers mois sous les feux de l’actualité, dans des expositions d’ampleur nationale et internationale : Hervé di Rosa à la Maison Rouge à Paris, Robert Combas en Avignon et à Monaco, ou acceptant de s’exprimer dans une émission télé sur France 2 en début d’année.
Loin des lumières, Pierre François tissa sa toile, à part. Jean-Jacques François, son jeune frère, évoque cet homme discret humble, dont peu connaissent le parcours (cinéma, dessin animé scientifique, décors de théâtre à Avignon par exemple). Inspiré par Raoul Dufy, « son graphisme léger et ses couleurs vives et harmonieuses », décrits par ses amis, ont tracé un lien tant avec la nourriture qu’avec le vin. Un lien qui trouva un lieu, passant sur l’autre rive de l’étang de Thau, à Pinet. Dans le caveau de vente de son ami Ludovic Gaujal, caveau – musée transmis à son fils Laurent, se côtoient œuvres et gammes de vin, collection d’étiquettes et bouteilles. Un lieu à part où Pierre François ouvrait un horizon à des vins encore peu connus, Picpoul de Pinet ou rosés du rivage.

Le vigneron, un artiste lui aussi?

Le travail de quelques grands élaborateurs, leur image d’orfèvres a conduit à oser l’analogie, et à ériger en art la fabrication de quelques flacons rares et chers. Comme l’artiste, le vigneron crée, en un rituel renouvelé chaque année, reproduisant des gestes mêmes aux effets différents. Il mobilise les sens, suscite émotions et expérience esthétique. Comme l’artiste, il travaille la matière, la couleur même, se soumet au jugement d’experts. Soudain, le sang de la vigne se métamorphose en matière première de l’art pour quelques-uns qui vont jusqu’à peindre avec du vin ! Mais l’art transfigure la nature et le réel, quand le vin est œuvre de ses éléments, et le vigneron son simple interprète. L‘oenotourisme tend actuellement à intégrer la production viticole dans un monde culturel, jouant de ses rapports et ses interactions avec des paysages, une histoire, des patrimoines, des apports culturels multiples.


Photo: Claude Cruells

On connaît le vin sous une autre encre, celle des écrivains, et sous des rapports nouveaux explorés avec les notes de musique, jouée dans les vignes, dans le chai, et sensées accompagner la création du vin à ses différentes étapes : pendant les vendanges, pour la vinification ou l’élevage et même la mise en bouteille.
Les arts, tous les arts, s’unissent avec la ville-île, détachent le vin de ses manifestations contextuelles, estivales ou autres, pour pérenniser un lien intemporel dont ils assurent la transmission. Ces artistes réécrivent une magie, dans cette ville si singulière, bruyante et colorée, libertaire et provocatrice, une poésie, une féérie même, écrit Michel Onfray dans son dernier ouvrage, inspiré par ses textes antérieurs sur Robert Combas.
Le vin déserte peu à peu celle qui fut sa capitale méridionale, pour le meilleur et pour le pire. Les quais se vident et les chais des négociants se muent en lieux de tournage télévisuels, prenant une nouvelle vie, artistique elle aussi. Le fil s’en déroule, encore, à Sète.

Florence Monferran


[1] Michel Onfray, Robert Combas et Topolino, Fééries sétoises, Paris, Dans la boîte, 2016, 92 p.

[2] « Les encyclopédies et les histoires de l’art associent son nom à la « Figuration Libre ». Mais, au-delà de l’étiquette, on peut aussi le voir comme un baroque lyrique, autrement dit : un peintre compagnon de route et de fortune de Dionysos, le dieu des vignes, du vin, de l’ivresse, de la fermentation, de la danse, de la folie, de la transe, des substances vitales (sang, sperme, sève, lait), des animaux puissants (taureaux, boucs, béliers), de l’extase, de la végétation luxuriante, de la musique percussive, mais également l’inventeur de la tragédie et de la comédie, donc du verbe sculpté. Comme Dionysos, il chevauche le tigre et prend donc chaque jour le risque de se faire dévorer par son art. Sa peinture est l’une des plus dionysiaques de l’histoire de la discipline. »

Vins et Gastronomie à la carte en 1929

Le journal Sud-Ouest rapporte la mise en ligne par Gallica, site numérique de la Bibliothèque Nationale de France, d’une nouvelle pièce à verser à notre patrimoine immatériel : une carte gastronomique de la France datée de 1929. Y figurent pour chaque région tant les spécialités culinaires que les vins. Le découpage du « Languedoc » par son auteur, Alain Bourguignon, inclut Toulouse et la Haute-Garonne, l’Ariège, le Tarn, une partie du Tarn-et-Garonne. Une sorte d’Occitanie avant l’heure, sans le Roussillon.
La carte répartit les spécialités : à Toulouse les confits, à Carcassonne et au Lauraguais le cassoulet, à l’Hérault les vins, prépondérants entre Béziers, Bédarieux (et son estouffade de tripes) et Montpellier. Se distinguent les grenaches et rancios vers Perpignan, miel, bouillabaisse, et vin de Quatourze autour de Narbonne. A Gignac, escargots et olives vertes vont de pair avec les vins de Grézors. Au menu à Montpellier : escargots à la Gayouparde, bourride de poissons, olives confites, biscotins et pâtés, que les contemporains accompagnaient de muscat de Frontignan et vins de Lunel. Au large, entre Sète et le Rhône figurent des poissons, mollusques,… et vin Muscat. Immergeait-on déjà des bouteilles en mer à l’époque ? La carte recense 31 variétés de poissons dans le Golfe du Lion jusqu’à Marseille. Certaines font encore les beaux jours de notre pêche locale, d’autres noms évoquent des espèces moins connues, à l’exemple de l’aiguille orphie, le cavillon, la mostèle, l’oblade, ou la scorpèle.
Sous le mot-dièse #MaCarteParLeMenu, ce document rencontre une seconde vie en circulant sur les réseaux sociaux. Pour vous mettre l’eau à la bouche ou retrouver des saveurs anciennes, la carte est disponible sous ce lien : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b52504043q/
Florence Monferran

 Carte gastronomique de la France, 1929, Alain Bourguignon,E.Girard Editeur, Paris

Bonne année! Viticolement vôtre


Etude pour une vendange, Frédéric Bazille, 1869

Décembre, janvier… le calendrier vigneron ralentit la marche de ses travaux. La nature s’est endormie sous de belles gelées. La vigne, privée de sève nourricière, s’abandonne à la taille pied à pied, parcelle après parcelle.
Après les fêtes, pic intense pour la vente des vins, vient le temps rituel des vœux, pour une nouvelle année emplie de bonnes résolutions et d’espoirs formulés. De grands rendez-vous attendent la viticulture languedocienne qui, après ceux des AOC en 2015, fêtera les trente ans des vins de Pays d’Oc-IGP. Trente ans, un bel âge, de jeunesse et de maturation, de grandes idées mises en pratiques pour bouleverser les structures, la qualité et l’image des vins du Midi. Vinisud et Millésime Bio, même déplacé à Marseille, offriront la plus belle des vitrines dès la fin du mois de janvier à une culture florissante, en particulier en vins biologiques, sans oblitérer les questions cruciales pour la pérennité de la pratique viticole. Comment le plus vaste vignoble d’un seul tenant au monde évoluera-t-il  face aux changements climatiques, quels cépages résistants aux maladies et au réchauffement faudra-t-il planter, comment le Languedoc-Roussillon s’intègrera-t-il dans les nouvelles dispositions de plantations de vignes qui entrent en vigueur en Europe, quelle place, quels moyens seront accordés aux jeunes pour s’installer, comment réagira la profession à la nouvelle Organisation Commerciale du Marché (OCM) qui menace les vins de Pays? La région possède des atouts uniques face à ces lourds enjeux. Elle se tourne notamment vers l’oenotourisme, conçu comme un levier économique, créé des routes des vins, multiplie ses offres en packages, autour de ses produits. Elle s’appuie, pour valoriser la filière viticole, sur son histoire deux fois millénaire, son patrimoine, ses paysages façonnés par le travail des hommes à la vigne.
Alors oui, souhaitons le meilleur à la viticulture languedocienne, à ses vins, à ses acteurs pour que vive cette filière économique majeure, porteuse d’une culture et d’une douceur de vivre. Alors, oui, que 2017 soit pour vous, touristes de passage ou natifs anciens du lieu, une année emplie de découvertes, de terroirs et de crus surprenants, d’hommes et de femmes passionnés, de cépages emblématiques de ce berceau du vin en France.
Florence Monferran

Jacques Gravegeal dresse les défis pour les vins de pays d’Oc

   


Jacques Gravegeal

   

Regroupés en 1987, et commercialisés pour la première fois par le négociant sétois Robert Skalli, les vins de pays d’Oc ont fait émerger le concept de cépage, rivalisant avec le Nouveau monde et anticipant sur de nouveaux modes de consommation.
30 ans plus tard, leur Président, Jacques Gravegeal, le rappelle, chiffres à l’appui : « Nous avons connu une résurrection, et une résurrection qualitative avec les Pays d’Oc. Peu d’IGP, voire d’AOP ont autant de rayonnement »

Le poids économique des Pays d’Oc IGP

En 2015 :
23 bouteilles d’IGP pays d’Oc vendues chaque seconde dans le monde
120 000 ha de vignoble (sur 236 000 ha) en Languedoc-Roussillon
58 cépages autorisés sur les trois couleurs
5,5 millions d’hectolitres mis sur le marché chaque année
76% des vins produits en IGP en France et 9 bouteilles sur 10 sont des Pays d’Oc IGP
1,8 million d’hectolitres de vin est vendu en Pays d’Oc IGP en grande distribution
1er exportateur français de vins tranquilles en volume avec 2,5 millions d’hectolitres, dans 170 pays
5e exportateur mondial de vins de cépages

Mais la situation viticole actuelle vient assombrir le tableau d’une très  belle réussite. A l’occasion de l’assemblée générale du syndicat des producteurs de Vin de Pays d’Oc, Jacques Gravegeal dresse devant la presse bilan et enjeux pour la filière, aborde sans ambages quelques sujets sensibles et prône le dialogue entre professions.
Le syndicat fait face à une forte interpellation des producteurs, devant une récolte en baisse, en IGP Oc, dans la région, en France, et partout dans le monde. Des sorties de chais atones et des négociations de prix inférieures à l’an passé renforcent l’inquiétude. Pour la première fois, les Vins de Pays d’Oc IGP affrontent une baisse de leur valeur ajoutée. « Nous sommes aujourd’hui menacés ».
Dans ce contexte, leur président choisit l’ouverture, en proposant d’entamer des discussions avec le négoce et la grande distribution. En guise de premier sujet, les vins de Pays d’Oc ne peuvent pas lutter contre la concurrence des vins espagnols sans IG vendus à des prix très inférieurs sur les linéaires des supermarchés, ce qui a conduit cette année à des opérations spectaculaires de déversement de citernes ou de cuves dans l’Aude et à Sète. « Nous voulons que le consommateur puisse identifier l’origine du produit, que ce soit écrit sur le BIB de vins espagnols, et que ce soit clair », déclare Jacques Gravegeal, qui note par ailleurs que ce sont les vins sud-africains les moins chers à l’heure actuelle sur ces marchés. Une discussion s’avère nécessaire avec les metteurs en marché et la grande distribution sur la question des rétributions de chacun.
Entre soutien aux grandes marques (privées ou coopératives) qui véhiculent leur image, et soutien aux vignerons, afin qu’ils ne lâchent pas leurs prix de vente, Jacques Gravegeal concède une  marge de manœuvre étroite pour les vins de Pays d’Oc. D’où l’idée de sécuriser l’amont par des contrats triennaux. 88% des volumes produits sont commercialises en vrac au négoce. « L’enjeu majeur pour les Pays d’Oc, c’est de pérenniser à moyen terme la relation production négoce qui sont deux volets indissociables » explique Florence Barthès, directrice générale des IGP Oc. La recherche d’une régulation (comme autrefois avec la distillation) est envisagée. Jacques Gravegeal propose de « gérer tous ensemble, et de chercher aussi  une solution pour les vins sans IG. Une lourde charge pèse sur nos épaules, il faut que nous la partagions tous ». Et de conclure : « Il faut un Plan Marshall pour donner de l’élan à ceux qui veulent rejoindre notre filière »
L’ouverture prônée par Jacques Gravegeal s’applique aux autres IGP. Une  synergie avec l’IGP Carcassonne, ville joyau de l’UNESCO, est en perspective. « Nous ne pouvons pas rester dans une tour d’ivoire. Nous avons besoin de tout le monde ». Non pour obtenir des volumes supplémentaires, mais pour tendre vers une unité de vue. « Notre stratégie est d’intégrer des filières qualitatives qui vont participer à un entrainement général. »
Les vins de Pays d’Oc s’ouvrent à de nouveaux cépages, qui complètent la palette des 58 autorisés. Deux cépages principaux entrent dans le cahier des charges : le Caladoc et l’Albarino. Le Carignan, emblématique du  Languedoc-Roussillon où il s’épanouit depuis le XIIe siècle, et où il peut vivre plus de cent ans, va voyager à l’export comme sur le marché français, en 100 % cépage Pays d’Oc Rouge, bi-cépages, ou assemblages.
Autre défi majeur, développer et maintenir le foncier viticole passe par un renouvellement de génération qui fait défaut.  La suppression des droits de plantation, dans la nouvelle OCM, prive les jeunes agriculteurs de droits gratuits (sur 6 ha). Les Vins de Pays d’Oc ont décidé de mettre la main à la poche pour les jeunes, en créant une ligne budgétaire qui paye collectivement pour les aider. Jacques Gravegeal  voit un enjeu économique global dans ces deux défis majeurs: gérer tous ensemble, aider les jeunes : « En soutenant la filière, nous donnons de l’espoir aux jeunes ».
Le label IGP , signe de qualité, commel’image des vins de Pays d’Oc sont entretenus par la communication. « Nous allons améliorer la lisibilité de OC entant qu’origine sur le packaging. » annonce Jacques Gravegeal. Un nouveau Club, après celui des marques et des enseignes, est mis sur pied : le Club des CHR (cavistes, hôtels, restaurants), qui vise à gagner en notoriété. Par exemple, les « Pays d’oc IGP Collection 2016 » iront en CHR. Ces cuvées ambassadrices retenues par un jury international de professionnels expriment la créativité du label Pays d’Oc IGP.
Seul point que ce tour d’horizon empreint de gravité  n’a pu évoquer : les cépages résistants, aux maladies mais aussi aux changements climatiques. Un autre défi, et non des moindres pour la viticulture régionale et les vins de cépage.

Florence Monferran

 

Il ressort de leur dégustation une belle unité en rouge autour du fruit (fruits rouges et noirs) et des blancs très aromatiques. Coups de cœur personnels : le « Beauvignac » Chardonnay 2015 des Costières de Pomerols, fin, frais et complexe, aux notes de fleurs blanches, et un « Elixir » 2014, du Domaine de la Condamine Bertrand à Paulhan.

cliquez ici voir la liste des cuvées ambassadrices

 

Les Grés de Montpellier

une AOC Languedoc qui affirme son identité

Inauguration du Salon par J-M Sevestre, O. Durand et J-B Cavalier

La jeune AOP Languedoc-Grés de Montpellier tenait pour la première fois salon en ville les 10 et 11 décembre à l’Hôtel Saint-Côme, siège de la Chambre de commerce et d’industrie. Vaste et jeune appellation, créée en 2002, elle couvre quarante-six communes, rassemble une cinquantaine de producteurs, et des terroirs comme autant de trésors. Protégés des vents du nord par les Cévennes et nourris d’influence maritime, ils ont en commun les sols pauvres de leurs collines, enserrant la métropole en un vaste amphithéâtre. Dans ces grés, cailloux en occitan, l’appellation puise son nom.
Elle a d’abord cherché à dégager une typicité de ses vins, une identité gustative autour de ses cépages, grenache, syrah, mourvèdre, qui respirent le Languedoc viticole actuel. Une trame s’est construite autour d’une finesse, d’une fraicheur et d’une élégance reconnues. De son hétérogénéité, l’AOP a su tirer une force : renforcer la cohésion d’un groupe, créer « une bande de copains » se plaît à dire Philippe Peytavi, du Clos de l’Amandaie. C’était tout le sens du discours d’Olivier Durand, président de l’AOP, à l’inauguration du salon. Elle en a tiré une diversité enthousiasmante qui se révèle autour des tables: de jeunes vins et des vins de garde (ah ! le mourvèdre de vieilles vignes du Château Saint-Martin de la Garrigue fait pour vieillir quinze ans ! ), des châteaux emblématiques, Flaugergues ou Claud Bellevue en tête, comme une relève tout sourire au Chai d’Emilien, ou au Domaine de Saint-Jean l’Arbousier. Des Commanderies templières ou des chais en attente de permis de construire, des hébergements en château jusqu’aux cabanes dans les bois, les domaines viticoles offrent tous les visages. Venus des confins de l’AOC, comme de son cœur, venus en nombre d’Assas ou d’Aumelas, de Montagnac, avec deux des plus beaux domaines du Languedoc, tous expriment une qualité de vins, un souci cultural. Jean-Marie Sevestre, vice-président de la CCI, le souligne : « Les vignerons de l’AOC Languedoc-Grés de Montpellier sont animés par une exigence de qualité : les cépages sont sélectionnés avec soin et le travail de la vigne s’effectue dans le respect de l’environnement. Cette AOC dynamique a opéré sa conversion en Bio pour près de 50% des domaines». Les vignerons présents se déclarent satisfaits de ce coup d’essai, à l’image du Clos Sorian, dont Robert Neff, commercial dit son « plaisir d’être là. Il règne dans les grés de Montpellier, depuis 13 ans, une bonne ambiance, une bonne dynamique. Ce salon est une finalité, et l’opportunité d’avancer tous ensemble. Il est très prometteur pour la suite.


Hall d'accueil Hôtel Saint-Côme,©jackie Clapié, CCI

La jeune AOP affirme tout autant une identité singulière, ancrée dans un patrimoine paysager, rural et métropolitain à la fois. Lors de sa balade annuelle dans Montpellier, de ses dégustations professionnelles, comme au Château d’Assas au son des clavecins anciens, elle entretient un rapport aigu avec son histoire vers lequel tous, vignerons et institutionnels, convergent. En tenant ce premier salon à l’Hôtel Saint-Côme, l’appellation manifeste son attachement à la ville, constitutive de son nom, initiatrice de son renom. C’est d’ailleurs la métropole qui soutient la bouteille syndicale des Grés de Montpellier rappelle Oliver Durand. Pour Jean-Marie Sevestre, le choix de l’Hôtel Saint-Côme n’est pas un hasard : « Nous renouons avec l’histoire. Le vin y est inscrit dans l’ADN du bâtiment », son fameux vitrail du hall d’accueil, ses gypseries qui évoquent les vendanges et ses ferronneries d’art aux grappes de raisin. Installés ici depuis 1801, les membres de la CCI ont misé sur l’économie viticole, signant de nombreux traités de commerce, organisant la cotation des vins jusqu’en 2008. « L’émotion historique est là, il faut la cultiver » appuie Jean-Benoît Cavalier, président des AOC Languedoc, rappelant « la dimension culturelle importante du vin ». Une dimension que les visites œnologiques au Musée Fabre, mêlant art et vin, ou la conférence sur l’histoire des Grés tenue par Jean Clavel, fondateur des AOC Languedoc, initiateur du renouveau des terroirs languedociens, sont venues conforter au cours de ces deux journées.
La manifestation s’inscrit également dans le projet de Route des vins, du patrimoine et des métiers d’art mené depuis 5 ans par la CCI. L’objectif est de promouvoir le patrimoine héraultais au sens large (architecture, accueil, productions, activités) mais aussi de vérifier l’offre oenotouristique, créer des événements dans les domaines viticoles, ou participer à des festivals gastronomiques, comme les Toqués d’Oc. En filigrane, s’inscrit la volonté de valoriser la destination, de conforter une filière et de développer l’économie du département. Jean-Benoît Cavalier le dit avec force : « Le vin est né autour de la Méditerranée. Encore aujourd’hui, notre région est la plus importante de tout le bassin en termes de production ».
Au cœur de la CCIT, départementalisée à partir du 15 décembre, le vin, point d’entrée du territoire vers les produits de son terroir, ses paysages, ses hébergements, son histoire, un art de vivre, résonne comme porteur de courants commerciaux et d’échanges culturels, vecteur et source d’espoir d’une nouvelle économie, une oenoculture dans laquelle les Grés de Montpellier font entendre leur identité.

Florence Monferran

 

Au cœur de l’Ecusson : l’Hôtel Saint-Côme

L’Hôtel Saint-Côme a été élevé de 1751 à 1757 par l’architecte Jean-Antoine Giral avec les fonds légués par François Gigot de Lapeyronie pour servir l’amphithéâtre au collège de chirurgie.
Lapeyronie, chirurgien parti à la capitale en tant que barbier du roi, anobli en 1721, crée l’académie de chirurgie. Il lègue par testament en 1757 100 000 livres aux chirurgiens de Montpellier pour l’édification d’un bâtiment, sur le modèle de l’amphithéâtre Saint-Côme à Paris. Deux corps séparés par une cour, le composent. L’un, de forme octogonale à l’extérieur, renferme l’amphithéâtre destiné aux démonstrations d’anatomie, et l’autre abrite les salles destinées aux assemblées des chirurgiens.
Une leçon inaugurale est donnée le 25 avril 1757. L’école de chirurgie est supprimée en 1792, et le bâtiment vendu au profit de la Nation. Le 2 janvier 1801 la Bourse de commerce de la commune de Montpellier s’y installe. La Chambre de Commerce et d’Industrie l’occupe depuis 1920.

La Chambre de Commerce

Le 15 janvier 1704, un arrêt du conseil du Roi "ordonne de quelle manière sera fait l’établissement de la Chambre particulière de Commerce dans la ville de Montpellier". Le roi Louis XIV a 61 ans. Le Languedoc s’étend alors de Toulouse à Viviers et compte environ 1,3 million habitants. L’économie du Bas Languedoc est représentée par le vin, le commerce, la draperie, les tanneries, la soie et la chimie. La Révolution supprime temporairement les Chambres, qui sont rétablies par le consulat de Bonaparte, époque à laquelle l’hôtel Saint-Côme sera destiné à un rôle consulaire.
Le statut moderne des Chambres de Commerce date de la loi Boucher du 9 avril 1898 qui en fait des établissements publics administratifs. Elle compte aujourd’hui 32000 entreprises réunies en son sein.

 

 

La solidarité vigneronne en action

Les vins, en décembre, se parent de leurs habits de fête. Salons et portes ouvertes chez les vignerons fleurissent, le Happy Languedoc célèbre partout en France les vins de la région. Les Caves Trinque Fougasse ont choisi d’ouvrir ce mois de festivités par une soirée joyeuse et généreuse, relayant l’élan de solidarité des AOC Languedoc envers les vignerons sinistrés du Pic-Saint-Loup.  Sous les projecteurs, la cuvée spéciale « Solidarité Grêle » exprime cet élan.
L’émotion suscitée par l’épisode dramatique, qui effaçait tout sur son passage dans cinq communes à la veille des vendanges, a fait germer l’idée. « Cet événement exceptionnel a ému la France entière. Des vignerons, des cavistes, des sommeliers, des restaurateurs ont appelé pour voir ce qu’ils pouvaient faire » raconte Jean-Benoît Cavalier, président du syndicat des AOC Languedoc, vigneron lui-même en Pic Saint Loup. Donner du vin pour ceux qui n’en auront pas : la Cave de l’Estabel à Cabrières offrira son terroir de schistes ; des verriers, bouchonniers, créateurs, imprimeurs, communicants apportent spontanément matières et logistique. La cuvée prend forme.
En quelques semaines, l’organisation de sa mise en bouteilles est bouclée. Prouesse d’autant plus grande que, les vendanges à peine terminées à Cabrières, la vinification bat son plein, racontent Richard Cullié, président de la Cave, et Jean-Luc Flache. Le 26 octobre, 12 000 bouteilles sortent, et sont mises en vente au prix unique de 10 €, reversés au syndicat du cru Pic-Saint-Loup.
Les voilà réunis, ce soir de décembre, autour de la cuvée : les AOC Languedoc et leur Président, mais aussi leur Directeur technique Jean-Philippe Granier, qui a lancé l’idée et a concrétisé l’élaboration du vin, des vignerons du Pic-Saint-Loup ravagés, Château Lancyre et Cazeneuve, Domaine de Mirabel, mais aussi la Cave de l’Estabel, M. Karam, verrier, les bouchonniers Amorim et Dasilva, les Etiquettes Autajon. Tous trinquent autour du flacon grenât, sur un repas en accord avec ses arômes de cerise noire et épices. Dans une ambiance languedocienne concoctée par Dominique Boudet, l’hôte de la soirée, bonne humeur et décontraction règnent, chants occitans de la chorale Lo Cocut et vieux instruments des Assortis à la clé.  Un Se Canta chargé d’émotions  laisse découvrir la dégustation d’un vin  « fruité, gourmand, équilibré, avec une jolie présence », note Brigitte, venue de l’imprimerie Autajon.

 
            JL Fache, A. Leenhardt (Ch. Cazeneuve) et JB Cavalier                                                   JP Granier, A.Leenhardt et la Chorale Lo Cocut

La fête efface pour un temps les préoccupations. Le fruit des ventes de la cuvée servira à financer des actions en faveur des vignerons sinistrés en 2017. Car, Jean-Benoît Cavalier ne le cache pas, des dégâts sur la prochaine campagne sont envisagés. « Sur des surfaces conséquentes, non seulement il n’y avait plus de raisin, mais plus de feuilles non plus. Les bourgeons qui étaient en préparation se sont mis à éclore en septembre. Ils ne sortiront pas l’an prochain. Il y aura une très petite récolte ».
L’Etat, les collectivités territoriales organisent avec leur puissance la solidarité nationale[1]. Reste cette solidarité vigneronne, que Jean-Benoît Cavalier résume ainsi : « Cette cuvée est aussi un lien entre vignerons, entre l’univers des vignerons et nos concitoyens, quelquefois nos voisins. Notre métier vit avec le soleil, le vent, la pluie, qui font de merveilleuses choses mais qui quelquefois créent des éléments dramatiques. C’est souvent au travers de la solidarité que l’on passe des étapes, dans une situation difficile à gérer. Le monde agricole en général n’existe pas sans solidarité, toutes nos organisations professionnelles aussi bien que syndicales, le mouvement coopératif, les Appellations d’Origine Contrôlées sont issues de cette solidarité. C’est ce qui donne un sens à ce métier ».

Florence Monferran


[1] La Chambre d’Agriculture de l’Hérault annonce plus de 700 000 € d’aides concrétisées pour 92 vignerons, qui commencent à être versés au fonds de solidarité créé le 28 novembre.

La Métropole célèbre ses vins

 

Pour sa 13e édition, la Fête des vignes égrène sa formule gagnante au cœur de Montpellier puis, in situ, chez les vignerons.
Première manche sur l’Esplanade Charles de Gaulle, à l’ambiance festive, jeune et cosmopolite, fanfare, tombola et selfies des vignes à l’appui. Jérôme Vidal, président du Cru Saint-Georges d’Orques le rappelle, Montpellier Méditerranée Métropole, dans la promotion de ses domaines viticoles, remet le vin sur la Comédie, place forte d’antan pour son commerce.

Ces deux jours, truffés d’initiatives, offrent le temps de connaître, de déguster autrement, à l’instar de l’atelier olfactif de Sylvain Fauvé, au vif succès. Des initiations à la dégustation à  la présence d’une sommelière-conseil, jusqu’à la visite du Musée Fabre proche, les femmes du vin présentes en force cette année ont guidé les publics, éclairé leur vision du vin, pour créer une rencontre privilégiée avec les vignerons. Les promeneurs et amateurs découvrent de tout petits producteurs  comme de très grands, des cuvées méconnues, surprenantes, de nouveaux millésimes… sur des terroirs qui s’affirment patiemment, balayant un large territoire, de Murviel-lès-Montpellier à Vendargues, de Saint-Drézery à Villeneuve-lès-Maguelone.

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Ce temps se prolonge, le dimanche dans les domaines de la Métropole. Les vignerons ne manquent pas d’idées pour accueillir leurs visiteurs toute la journée : ambiances musicales, contes, marchés de producteurs, expositions se succèdent, avec des propositions de repas variées, du food truck bio au grand banquet, en passant par l’auberge occitane (venes e portas). Les vignerons redoublent d’attentions  en présentant à la dégustation leurs grandes cuvées et flacons rares (grands rouges, moelleux et Carthagène des Chevaliers de Saint-Georges d’Orques, cuvées Mailhol et les Chailles au Domaine Henry par exemple) qui démontrent qualité et savoir-faire étendu.

  

La 13e Fête des vignes a choisi de mettre à l’honneur les vins biologiques. Il y a plus de trente ans, une poignée de précurseurs a lancé ce mouvement qui a pris une ampleur inégalée en Languedoc. Ils sont là, François Henry, ou Jean-Claude Daumond,  du Domaine Folle Avoine. « Tout le monde disait que j’étais fou. J’en ai bavé, connu des années difficiles, mais je n’ai jamais dérogé, jamais renoncé» raconte ce pionnier. Des jeunes ont grossi les rangs, à l’instar d’Edith et Joël Anthérieu, qui expliquent avec passion la prise de risque qu’est la viticulture bio, en particulier cette année. En vins biologiques depuis 2010, ils en récoltent aujourd’hui les fruits, par leur travail de la terre, leur conduite des vignes, la biodiversité revenue. Joël parle de s’améliorer encore, « continuer à ramener de la vie dans la terre », dans une remise en question et une quête permanente.

   

Les cieux étaient avec les vignerons pour cette journée qui a connu unê tres belle affluence. Les cieux, mais aussi une organisation impeccable, louée par le public, des moyens importants mais sans ostentation accordés à la manifestation, pour en faire un succès populaire en toute simplicité. Les montpelliérains ont adopté le principe de l’alternance entre ville et campagne et se déplacent en masse, famille ou entre amis, pour ce rendez-vous devenu rituel. Ainsi, ce couple, qui revient chaque année depuis cinq ans au domaine Le Claud à St Jean de Védas : « le domaine gagne à être connu. L’ambiance n’est pas la même ici que sur la Comédie, le côté conviviale familial, avec les enfants, est important, et les conditions de dégustation idéales ».  « Même si c’est compliqué sans voiture » commentent Rina et Izuni, deux étudiantes japonaises.

Grand bol d’air et de soleil, repas dans les jardins, dégustations et explications directes avec les vignerons renforcent le contact. Les vignerons aussi, aiment cette approche. S’il faut aller jusqu’aux confins de la métropole, à Vendargues, pour rencontrer Guillaume Daumond, au Domaine Folle Avoine, c’est qu’«ici, nous pouvons mieux échanger que sur la Comédie ».  Après le désastre du 17 août où ils ont perdu 40 % de leur récolte, l’entraide et des vinifications satisfaisantes ont redonné des couleurs à la propriété. « La fête des vignes est l’occasion de tourner la page ».

Avec ces portes ouvertes, c'est aussi l’intimité d’un domaine qui se dévoile, des vins dans leur berceau. Il suffit de franchir le seuil pour approcher des patrimoines devinés: le château des Boisgelin, ouvert à la promenade, d’immenses foudres en chêne russe de 1891, au Domaine Le Claud, ou une commanderie templière de 1350 aux caves en voute, au remarquable escalier à vis au Domaine Folle Avoine, l’ombre tutélaire de Laurent Quetton de Saint-Georges, mais aussi une plongée en  Terres oubliées  avec trois passionnés, à Murviel-lès-Montpellier, qui proposent un hypocras (vin épicé médiéval)

Valeurs sûres et en devenir affirment pendant trois jours la notoriété grandissante  du pourtour montpelliérain. Fin novembre, la Fête des vignes, parachève la fin des fermentations malolactiques pour les vins rouges, la préparation des premières mises en bouteille pour blancs et rosés en caves, confirmant la très belle qualité du millésime 2016. Elle signe également le départ des festivités de fin d’année, l’ouverture de nombreux domaines au public dans les prochains week-ends, de grandes fêtes des AOP, à l’instar de l’AOP Faugères les 3 et 4 décembre prochains. Dans la foulée, l’AOP Languedoc-Grés de Montpellier qui enserre la métropole,  prolongera le plaisir, à l’occasion de son premier salon les 10 et 11 décembre à l’Hôtel Saint-Côme à Montpellier. Le temps des célébrations s’ouvre.

Florence Monferran

 

 

Les Muscats de l’Hérault à la lumière du 18ème siècle

« Je vous demande aujourd’hui une autre grâce, elle est un peu plus considérable : c’est de me conserver la vie en m’envoyant un petit quartaut du meilleur vin de Frontignan (…) Ce sera pour moi une petite extrême-onction que vous aurez la bonté de me donner. (…) Si vous me refusez, je suis homme à venir chercher moi-même du vin Muscat à Marseille, car je ne puis plus tenir aux neiges du Mont Jura »
Voltaire, lettre à un fournisseur marseillais, 19 décembre 1774

La notoriété acquise depuis le Moyen-Age par les muscats de Frontignan, Mireval ou Lunel, leur poids économique, mesurable dès les premières estimes et compoix au XVIe siècle, ne se démentent plus. Point d’orgue de ce rayonnement, le XVIIIsiècle sonne comme une apothéose. Voltaire et Encyclopédistes, grands médecins et voyageurs, grands de ce monde, premiers ampélographes, tous célèbrent le muscat, ce vin de luxe aux vertus médicinales qui trône sur la table des Cours européennes. Dans des conditions de production toujours aussi dures, dénuées de matériels, la vigne résiste à tout : aux aléas climatiques et guerres, aux épidémies et maladies inconnues qui ont cours dans ce siècle traversé par un refroidissement climatique qu’incarne le grand hiver  de 1709 [1] . Poser un coup de projecteur sur les muscats, c’est examiner, à un moment où foisonnent les sources, ce vent d’excellence, bouillonnant d’imagination et de découvertes. Un âge d’or qui porte en germes une révolution économique : « La poussée viticole est fille du commerce plutôt que du climat »  observe un Intendant du Languedoc. La frénésie de plantations, sans souci de qualité, pointe les travers dans lesquels s’engouffre une viticulture de masse et de rapport rapide. Quelle place pour l’exigence de qualité portée par des hommes sur les terroirs de prédilection du muscat ? C’est tout l’enjeu du XVIIIe siècle pour ce territoire qui devient, en 1790, le département de l’Hérault.

Une apogée économique

     
Planches Duhamel de Monceau, Redouté, 1768

Muscats disséminés parmi les autres cépages, vignes complantées avec blé et oliviers, ou petits grains omniprésents dans le paysage autour de Frontignan [2], la culture de muscat se répand dans toutes les directions, vers l’intérieur des terres, à l’est comme l’ouest. Outre des poches qualitatives (Clermont l’Hérault, Maraussan, Montbazin), l’extension produit des muscats ordinaires dans la plaine biterroise [3]. La production s’élève en continu sur le siècle, malgré des récoltes irrégulières et des rendements faibles, entre 10 et15 hl/ha. Les terroirs historiques, exception économique où il se produit plus de grains que de vins depuis le XVIe siècle, comptent plus de 100 ha en muscat à Vic, passent  de 31 à 155 ha à Frontignan, même si la production stagne à Mireval  et reste limitée à Lunel. La vigne, cultivée par tous, est partie prenante de l ‘économie domestique. Micro-parcelles, petits propriétaires cohabitent avec les grands domaines, repris en mains par l’élite bourgeoise qui, depuis le Moyen-Age, n’a cessé d’investir dans les campagnes.
Les pratiques d’excellence, à l’exemple de la recherche de la surmaturation des raisins, attestée par l’agronome Olivier de Serres (1590), perdurent sur les terroirs historiques. Les sources démontrent un souci de qualité et de progrès à tous les stades du travail à la vigne et en cave. Vendanges à l’assiette, tri sélectif à la parcelle, souci d’hygiène, fûts tenus pleins, élevage sur lie raffiné à la colle de poisson, les exemples abondent [4]. Un  muscat fouetté  dans l’hiver, buvable à partir d’avril, des vins de garde, et une autre production d’excellence, le muscat rouge [5], sont décrits par plusieurs sources.

Production de muscats de renom au XVIIIème siècle.

Date,
source

Frontignan

Vic

Mireval

Lunel

XVIIe
Compoix

31ha en muscat

241 ha vigne,
284 ha avec les complants
42 ha muscat

33 ha muscat

20 ha de muscat environ

372 hl 

Vers 1700

 

 

 

30 ha muscat
Lunel-Viel et Montels

1701-1751
Compoix

120 ha vignes en muscat

250 ha vignes
700 cultivés
112 ha en muscats

64 ha en muscat

6 ha environ à Lunel
45 % des cultures en vigne

Vers 1770

 

 

 

70 ha en muscat
Lunel-Viel et Montels

1787
Jefferson

155 ha vignes en muscat

 

 

 

600 pièces  soit 1400 hl

AN XIII
(1805)

17 313 hl de vin

4446 hl de vin

4294 hl de vin

 

1812-1824
Préfet

464 ha vignes
126 ha en muscat
228 ha cultivés

 

177 ha vignes
pas de mention de muscat

70 ha à Lunel
18 % du vignoble planté en muscat à Lunel-Viel, seul producteur

 Parallèlement à l’extension du vignoble, le prix de vente du muscat fait plus que doubler en un siècle et demi, confortant son assise de produit exceptionnel très prisé. [6]  Les muscats de Frontignan et de Lunel se vendent cinq fois plus cher que les bons vins rouges. De 120 à 200 livres  la pièce pour un vin nouveau, le prix peut monter jusqu’à 350 voire 400 livres après une faible récolte à Frontignan.
Leur diffusion est appuyée par un développement commercial sans précédent sous Louis XIV, grâce à la baisse des taxes extérieures (droits de sortie et de fret) et aux infrastructures créées par Colbert. Port et ville de Sète (1661) et Canal du Midi (1680), puis Canal des Etangs  (1718) et grands chemins royaux offrent des débouchés aux vins du Languedoc, le rapprochent des grands centres de consommation du Nord de l’Europe. « La vente des Muscats de Frontignan et de Lunel, et de picardan est un Pérou pour le Bas Languedoc » constatent les mémoires des chambres de commerce. Il s’embarque en année commune à Cette 9 à 10 000 muids de vin, 30 000 pièces pour le seul muscat en 1787 [7].

Un rayonnement

Les témoignages contemporains hissent les muscats tout en haut de la hiérarchie des vins régionaux [8]. La reconnaissance est économique, mais aussi culturelle, politique, scientifique. Une place de choix est accordée aux muscats dans les travaux qui font souffler un vent d’expérimentations (Chaptal, Bertholon, Mourgues). Des Encyclopédistes à l’Abbé Rozier, en passant par M. Fournier, dont le Mémoire sur le vin muscat (1740) détaille la pratique viticole, les scientifiques multiplient découvertes et publications, à la Société Royale des Sciences de Montpellier dès 1706, ou dans les premières Sociétés d’Agricultures (1761). Un rayonnement marketing, dirions-nous aujourd’hui,  porte la bouteille de muscat jusqu’à Bordeaux, qui la baptise « frontignane ».  A usage de la table dès le XVIe siècle, elle est devenue contenant de transport, fabriquée par les verreries dans l’Hérault à partir de 1760.

La notoriété des Muscats s’accompagne d’un usage et d’une reconnaissance politique.  Gouverneurs, évêques et grandes dames  profitent de larges offrandes des vignerons de Frontignan bien relayés par leurs consuls. Frontignan  et Lunel voient défiler dans leurs murs têtes couronnées, princes ottomans et hôtes prestigieux. Les louanges pleuvent, des Etats-Unis à la Prusse. Le nectar s’auréole encore des références littéraires les plus prestigieuses, qui lui apportent une publicité glorieuse. Les philosophes des Lumières, qui parcourent l’Europe, tracent la voie d’amateurs éclairés, mus en ambassadeurs des muscats.  Locke, Rousseau, Voltaire, qui en fait son élixir de vie, manifestent un intérêt pour « les grands vins universels comme ceux du Muscat ». Les premiers gastronomes, à l’instar de Grimod de la Reynière qui séjourne un temps à Béziers, les ouvrages savants plus méconnus, les témoignages précieux d’inspections royales comme celle de Monsieur de Gensanne, en 1775, ou des récits d’illustres voyageurs, complètent le panorama, de Laurence Sterne (1760) Arthur Young (1787) jusqu’à l’ambassadeur des Etats-Unis Thomas Jefferson (1780, puis 1787), lui-même courtier en vins.
Les muscats culminent au sommet de l’art de faire du vin et de la renommée. Mais un point de basculement est franchi dans le siècle, quand une production de masse, et de vins rouges s’installe dans les mentalités, puis dans les faits.

Le difficile chemin de la qualité

Mémoire sur le vin Muscat, Fournier, 1740, ADH

 

                                                                
« La fureur de planter », selon l’expression des contemporains, conduit à des défrichements massifs, y compris dans les zones humides (palus de Vic), qui bravent les interdictions royales et les amendes. La vigne progresse partout, et avec elle l’étendue des muscats. L’argent facile issu du développement à l’export incline aux fraudes, qui nuisent à la qualité et à la réputation du Languedoc à l’étranger. La concurrence, à l’intérieur, des Blanquettes et Clairettes, mais aussi de nouvelles productions, en Champagne et Sauternes, entrainent des réflexes de défense de son cru, y compris contre ses proches voisins. La protection de sa qualité et de sa renommée, embryon d’une démarche de délimitation géographique et qualitative, s’installe dans les mentalités des villes réputées (Frontignan, Montpellier, St Georges d’Orques, Roquemaure et les  Cotes du Rhône). Aux privilèges et droits médiévaux d’entrée dans les villes s’ajoutent le contrôle par des inspecteurs aux limites des communes, chez l’habitant (caves et celliers), le marquage des tonneaux pour bien identifier la provenance du vin, le recours aux garde-terres contre les vols, jusqu’à la surveillance des stocks.
« Un nouveau Languedoc viticole se dessine, plus diversifié » [9], avec 2 millions d’hl produits dans toute la province fin XVIIIe siècle, et une hiérarchie des vins aux résonnances actuelles, en différentes  catégories : vins de renom, désignés par des noms de terroir, tels les Muscats et Cotes du Rhône, vins de cépages, comme le picardan , vins produits de distillation, liqueurs et vins parfumés.
Le classement d’André Jullien en 1816 confirme le tableau qualitatif des muscats de l’Hérault. Mais les sources nous montrent un vignoble qui cherche sa voie [10]. La monoculture viticole s’installe pas à pas, dotée de moyens techniques  (procédés et appareils de distillation et de vinification d’Adam, Chaptal), de moyens humains par l’essor démographique qui fournit des bras à une production très consommatrice en main d’œuvre, et dotée d’une nouvelle classe dirigeante. Détenant le pouvoir économique, elle prend les commandes politiques avec la révolution, à l’exemple de Lapierre, Artignan, Cazalis-Allut sur les terroirs historiques du muscat. En 1805, on produit 4 500 hl de vin à Vic, 4 300 hl à Mireval, plus de 17 000 hl à Frontignan : c’est plus qu’aujourd’hui. Comme le remarque le Préfet Creuzé de Lesser dans sa grande statistique agricole de 1824, « La viticulture industrielle affûte ses méthodes » [11], produit des copies, des muscats d’imitation, et entraine mévente et chute des prix à Frontignan.

Pourtant, des hommes tracent le sillon d’une autre viticulture, maintenue dans une production et des pratiques exigeantes, qui conduit à un repli qualitatif, sur les coteaux de la Gardiole par exemple, et à la limitation volontaire à de petits rendements. La double voie d’une viticulture de masse / viticulture hautement qualitative, mais aussi d’une viticulture en rouge/ viticulture en blanc est tracée. Avec un attachement d’hommes et de femmes au muscat à petits grains, guidé par un intérêt économique mais aussi par la recherche obstinée d’un chemin d’excellence dans l’Hérault.

Florence Monferran

  1. Grand gel de 1709 : « On n'a jamais vu de mémoire d'homme une année plus cruelle ni plus malheureuse que l'année 1709 », Livre de raison du professeur Jean-Henri Hagueno
  2. « De Montpellier à Gigean, les vignes se mêlent aux labours ; mais de Cette et Frontignan jusqu'au-dessus de Vic, il n'y a rien que des vignobles fort bien entretenus. De nouveau, dans la plaine entre Montpellier, Mauguio et Lunel, on revoit d'excellentes terres labourables entremêlées de vignobles », M. de Gensanne (1775)
  3. « Ce sont les muscats qui font la richesse de la ville et du diocèze de Béziers » Chambre de commerce, ADH série C 2683
  4.  cf : Jefferson, livres de raison de bourgeois locaux, Abbé Bouquet à Lunel, articles de Diderot et d’Alembert dans l’Encyclopédie
  5.  « Il est très recherché et présente de l’analogie avec le vin de Constance » en Afrique du sud, note M. Fournier en 1740 (ADH série D 184) Jefferson en observe la production à Lunel en 1787, la quasi disparition à Frontignan. Mais V. Rendu en 1857 et le Dr Guyot en 1868 en confirment l’existence à Lunel, Frontignan et Maraussan.
  6. « La demande est suffisante pour que la récolte soit toute vendue la première année « écrit Jefferson.
  7. Les contenances varient d’un village à l’autre. A Frontignan : muid de 685l. et pièce (barrique) de 228 l.
  8. Les mémoires de l‘Intendance du Languedoc, des Chambres de Commerce abondent en témoignages. « Le Bas-Languedoc produit des muscats dont on connaît la bonté », Ballainvilliers, Intendant du Languedoc, 1788, « Nos vins les plus recherchés et les plus chers sont ceux de la côte du Rhône. (…) Nos vins muscats ne sont pas moins recherchés. On en recueille à frontignan, à Lunel, à Montbazin, à Béziers » Mémoire sur le commerce des vins et des eaux de vie, 1768, ADH série C 2683
  9. Cité par Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M [10] Notes Lunel, Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M [11] Il décrit la production en grand dans la région de Béziers de muscats de bas étage « servant à dédoubler le muscat de Frontignan »
  10. Notes Lunel, Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M
  11. Il décrit la production en grand dans la région de Béziers de muscats de bas étage « servant à dédoubler le muscat de Frontignan »

Valflaunès, Festa de la Vendemia

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Vidéo du studio MCV

 Valflaunès doit compter près de 800 habitants. Dimanche 13 novembre, cette commune de la Communauté de Communes du Grand Pic Saint Loup en a vu défiler bien plus. Car Valflaunès célébrait la 9ème Vendemia (fête des vendanges) de son histoire récente. Ce fut, dans le contexte particulier de cet automne 2016, un moment festif bien propre à égayer un public varié.

Valflaunès ? C'est au nord de Montpellier, après les Matelles et Saint Mathieu de Tréviers. C'est une très ancienne communauté attestée dès avant 923, lorsqu'elle faisait partie du "Consulat du val de Montferrand" qui comprenait 9 communes, de Saint Mathieu de Tréviers à Combaillaux. L'appellation latine (figulina, atelier du potier et le suffixe -ensem) a évolué pour donner au XIIème siècle Vallefeneira, puis Valleflaunesia au XVIème siècle et enfin Valflaunès. La communauté, érigée en commune en 1792, est la plus proche du Pic Saint Loup, là où la roche des garrigues se dresse face au ciel. Environné de vignes (AOP ou AOC), le village célèbre la fin des vendanges selon le calendrier révolutionnaire, du 22 septembre au 21 octobre. Mais il pleut souvent en octobre et mieux vaut repousser la fête début novembre. La récolte est rentrée. On estime le degré, la quantité. Et l'on espère l'assistance nombreuse car le bénéfice de la manifestation permettra d'aider les viticulteurs fort éprouvés par "l'alerte rouge" de la fin du mois d'août quand les grêlons ont blanchi la garrigue et dévasté les vignes.

Et le public emplissait la place de la mairie et la pente de la rue de l'Eglise, sensible aux sons, couleurs et images. Il y en avait pour tous les goûts. Place de la mairie, au son des guitares électriques, on pouvait être tenté par des pâtisseries, du savon au lait d'ânesse ou la dégustation d'huîtres de Bouzigues. Rue de l'Eglise, au son d'un jazz-band, des stands proposaient des huiles essentielles d'une abbaye de Haute Provence, olives du terroir et tapenades, objets de bois flotté. Et quand le soleil se montrait, il lustrait les tissus des produits "Alouane". Ces textiles issus de fibres d'agave, tissés au Maroc, aux couleurs vives et nettes, propres à illuminer un intérieur ou à figurer sur des scènes de théâtre. Mais l'aire du Pic Saint Loup est célèbre pour son vin. Alors on pouvait évoquer le passé : visiter une ancienne cave avec son pressoir et ses foudres de bois. Une très riche exposition retraçait la grande révolte vigneronne de 1907 : Argeliers, Marcellin Albert, la manifestation monstre à Montpellier, la crosse en l'air des conscrits du 17ème et les victimes de Narbonne. La geste vigneronne est aujourd'hui moins dramatique, même si les temps sont difficiles. Les stands de dégustation ne désemplissaient pas et certains crus plus souples, un peu moins chauds connaissaient un franc succès.

On pouvait même faire connaissance avec les cépages, tels cette "roussanne" typiquement languedocienne. La Vendemia était à l'image de toute une culture, vécue autour de la vigne. La vigne qui était, ne l'oublions pas, l'attribut d'un dieu de l'Olympe.

Hervé Le Blanche

reportage vidéo de Valérie et Michel Campion (studio MCV, partenaire de Montpellier-infos)

Saint-Chinian

Les vins de l’AOC prennent un envol… transatlantique

 

 
L'AOP Saint-Chinian

Partagé en deux par les rivières de l’Orb et du Vernazobres, le vignoble de Saint-Chinian s’étend sur vingt villages, protégés par un microclimat exceptionnel qui permet de voir fleurir mimosas et orangers.  Il est dominé au nord par les schistes, qui produisent des vins soyeux et élégants, et au sud par de petits plateaux calcaires, dont sont issus des vins corsés, et fruités.
 Ses vins rouges sont en AOP (Appellation d’Origine Protégée) depuis 1982, ses vins blancs depuis 2004. 

 Chiffres clefs
3 300 hectares
100 caves particulières
8 caves coopératives 
Production moyenne : 135 000 hl en volume (4ème appellation du Languedoc)
Répartition par couleur : 89% de vins rouges, 10% de vins rosés, 1% de vin blanc
Cépages principaux : syrah, grenache noir et mourvèdre, le plus souvent associés au carignan pour les vins rouges et au cinsault  pour les vins rosés.

Syndicat AOP Saint-Chinian
Rue de la Promenade,  34360 Saint-Chinian
04 67 38 11 69 - www.saint-chinian.com

Photos : Vins AOC Saint-Chinian

   

A la conquête des Etats-Unis, la dégustation annuelle des Virtuoses de l’AOC Saint-Chinian s’est tenue pour la première fois à New York, le 17 octobre dernier. Une trentaine de journalistes et professionnels influents (restaurateurs, sommeliers et acheteurs) américains ont pu goûter à 183 vins parmi les meilleurs de l’appellation languedocienne. Après Londres et Paris, c’est la Maison Occitanie de New York qui a organisé la manifestation, présidée par Lauren Buzzeo, directrice au magazine Wine Enthusiast. Initiée en 2011, la dégustation vise à « casser certaines idées reçues et à démontrer que les grands terroirs de notre appellation rivalisent avec les plus grands vignobles », explique Henri Miquel, le président de l’AOC Saint-Chinian.
Lors de ce concours à l’aveugle entre les plus grands vins rouges et blancs, le style des vins et la régularité entre les millésimes sont pris en compte. Chaque cuvée était présentée sur trois millésimes différents choisis par le vigneron. Le palmarès final en distingue 47.
La rencontre affiche la volonté de renforcer les exportations, qui n’assurent encore que 18 % des débouchés, en particulier sur le marché américain (5 % des volumes de vente). L’appellation Saint-Chinian veut profiter des véritables perspectives qu’offre ce pays et surfer sur la vague portante pour l’ensemble des vins de la région. Le Languedoc ne vient-il pas d’être désigné comme le vignoble mondial le plus prometteur pour les années à venir par le Wine Trade Monitor, enquête annuelle de l’agence internationale en communication et marketing SOPEXA ?

 

Top 10 des vins ayant obtenu plus de 17/20 au palmarès 2017

  • Domaine La Linquière - La Sentenelle 310
  • Domaine Cathala - Absolu
  • Les Eminades - Vieilles Canailles
  • Clos Bagatelle - La Terre de mon Père
  • Les Coteaux de Berlou - Terre de loups. Les Terrasses Royales
  • Cave de Roquebrun - Golden Vines
  • Château Milhau Lacugue - Les Truffières
  • Mas Champart - Causse du Bousquet
  • Château Fonsalade - Félix Culpa
  • Mas d’Albo - Or Brun
  • Château La Dournie - Élise
  • Domaine du Sacré Cœur - Jean Madoré

Grand angle sur la viticulture biologique

avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio

Episodes climatiques de sécheresse et de grêle ont occupé les esprits pendant les vendanges et les vinifications. Aujourd’hui, un millésime se dessine en caves. Quelle part y prend la culture biologique? Comment se sont comportées les vignes ? Quel est l’état de la récolte? Nous vous proposons un tour d’horizon de la production en vins biologiques, occasion de faire un point complet avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio, qui apporte son éclairage sur une autre vision de la viticulture. 

 

 Patrick Guiraud

Vigneron à Aimargues, en IGP Sables de Camargue, et IGP Oc, œnologue, Patrick Guiraud a été réélu le 5 juillet dernier pour un 4e mandat à la tête de SudvinBio, où il a succédé à Thierry Julien. Au cours de cette assemblée générale extraordinaire, faisant entrer deux adhérents de Midi-Pyrénées dans son conseil d’administration (un du Gers, un de Fronton), SudvinBio est devenue la première association interprofessionnelle représentant l’ensemble de la nouvelle région Occitanie.

   

La production

 

70.000 ha de vignes biologiques en France aujourd’hui. L'Occitanie est la 1ere région française, avec 21 000 ha en Languedoc-Roussillon et 3 000 ha en Midi-Pyrénées, viennent ensuite PACA, (14.000 ha) puis l'Aquitaine (8 000 ha). La production occitane a été multipliée par 5 : 5 000 ha en 2005, 24.000 ha en 2016. En France elle a été multiplié par 3.
« Le bio s’est étendu partout en France, mais c’est dans notre région qu’il a explosé, dans les dix dernières années. Le fief de la viticulture biologique, c’est le bord de la Méditerranée, et le sud. »

 

F.M : Comment s’est déroulée la récolte ?

P. Guiraud:
Nous connaissons une baisse de 11 % de la production dans la région[1]. La récolte a été quasiment parfaite, avec un état sanitaire très bon. C’est une année difficile pour tous. Nos vignes se portent bien, le végétal n’a pas été touché, le feuillage ne s’est pas desséché, mais la récolte a été impactée par la sécheresse.
Nos rendements sont en général inférieurs à ceux en agriculture conventionnelle. Nous sommes beaucoup plus tributaires des maladies, avec lesquelles nous apprenons à travailler.  Si une maladie nous impacte, nous allons la subir, nous n’allons pas surtraiter. Ces contraintes font partie de notre métier. Il est très important d’avoir cette vision là, vis-à-vis des aléas climatiques.

F.M : La culture biologique peut-elle apporter des réponses en elle-même aux changements climatiques ?

P. Guiraud: 
Nos vignes résistent un peu mieux que les vignes conventionnelles à la sécheresse, car nous  travaillons les sols, ce qui engendre moins de capillarité, et donc moins d’évaporation. Mais nous n’avons pas de moyens, ou d’outils propres au bio par rapport à la sécheresse. La solution technique, comme en conventionnel, reste l’arrosage. Sur du long terme, nous serons moins sensibles à la sécheresse sur des années répétées : en travaillent le sol, les racines radiculaires vont descendre. Quant aux évolutions climatiques, c’est un grand débat. Nous venons d’avoir une année sèche, après une année humide. N’extrapolons pas. Précoces ou tardifs, les cépages ont souffert. En bio, nous sommes des gens de terroir, attachés à notre terre, à nos cultures. Nous laissons une large part à la nature, en évoluant dans un système plutôt qualitatif que quantitatif. Pragmatiques, nous savons qu’une année sans rendement peut arriver.

F.M : Un profil du futur millésime peut-il être dressé?

P. Guiraud: 
Ce sera un millésime très qualitatif parce que la qualité des raisins était très bonne. Nous pensons que ce sera un millésime quasiment exceptionnel, expressif, tout petit en quantité. Nous observons un bel équilibre des vins, très stables, sur les trois couleurs. Ce sera une bonne année !

 La consommation

 
  • 15 % au niveau national

Ventes :

  • 700 millions d’euros sur le marché français,
  • 300 millions d’euros sur le marché export.

Soit un poids total de la filière viticole biologique d’1 milliard d’euros. 60 % en France, 40 % à l’export. Les tendances se sont inversées il y a 2-3 ans, l'export représentait 60 %.
Répartition entre cavistes (augmentent, 18%), magasins spécialisés (explosent, 20-22%), grandes surfaces (stagnent autour de 19 %)
La viticulture représente 20 %  du marché global en agriculture biologique

 

 

F.M:  On parle de forte hausse de la consommation en vins biologiques. Confirmez-vous cette tendance ?

P. Guiraud: 
Le marché se porte relativement bien. Notre but est qu’il soit stable.

L’acte de consommer bio, c’est avoir une sécurité alimentaire, protéger l’environnement, économiser les ressources en eau, puisque l’agriculture biologique est la plus favorable au maintien des nappes phréatiques, mais aussi favoriser développement de l’emploi[2].
D’un point de vue de sécurité alimentaire, le bio est très qualitatif pour notre bien-être et notre santé. D’un point de vue de qualité des vins, nous avons le même taux de médailles que les conventionnels au Concours général agricole de Paris par exemple[3]. La qualité est liée au travail du vigneron. Le rôle de l’achat du produit est donc double pour le consommateur: avoir du plaisir avec un vin, comme en conventionnel, mais aussi préserver la nature. Il achète tout cet environnement qui va avec la bio, avec toutes les garanties de l’élaboration du produit. La certification répond à ce besoin de traçabilité, de garantie par rapport à son acte d’achat.
La réussite de la bio, liée à ces garanties, est explosive au niveau du vin.  Le taux de progression de la consommation stagnait à 2 %. Dès que les volumes de production ont augmenté, la consommation a  commencé à exploser, nous sommes rapidement passé à un taux de progression à deux chiffres.

F.M : Le bio a-t-il un prix?

P. Guiraud
J’entends souvent « le bio, c’est cher et c’est élitiste ». Je ne suis pas persuadé que le bio soit cher. Travailler avec des méthodes respectueuses de l’environnement a un coût, une valeur. Le consommateur qui achète notre produit fait un acte militant.  C’est plutôt un achat qualitatif  dans l’éthique du consommateur bio, qui englobe une refonte de comportement: gaspiller moins, manger mieux, voire moins. En faisant attention à votre consommation, votre gaspillage, acheter bio ne vous coûtera pas beaucoup plus cher.  A un moment donné, il faut faire des choix. Si l’alimentation est une priorité de votre vie, le bio n’est pas cher. Consommer bio, ce n’est pas consommer plus cher, c’est consommer mieux, différemment.

F.M : Ressentez-vous l’obligation de garantir une production derrière cet achat?

P. Guiraud: 
Il y a une production si la nature est favorable. On ne peut pas garantir chaque année les mêmes produits, les mêmes récoltes, sinon, ce n’est pas bio, on passe à un système industriel.  Nous essayons de préserver les rentabilités, d’être de plus en plus percutants et performants, mais notre premier objectif est de respecter nos engagements sous le label vins biologiques.

F.M : Que pensez-vous de la production biologique en grande distribution ?

P. Guiraud:
Ce n’est pas le lieu où les producteurs biologiques sont le plus présents. La part de la grande distribution représente 19 % et ne progresse  pas. L’essor même de la bio est de pouvoir être représenté partout, nous avons besoin de ces réseaux, mais la grande distribution n’est pas le meilleur porteur pour notre image. Un metteur en marché expliquait que l’acte d’achat doit être communicatif, le consommateur a besoin d’avoir des informations sur le produit bio. L’intérêt des magasins spécialisés et des cavistes, c’est qu’ils peuvent être le relais du message. La grande distribution offre un linéaire, sans conseil, dans une recherche de prix, de promotion, ce qui ne correspond pas à l’éthique de la bio. Le bio en low cost, ce n’est plus du bio. La vente en grande distribution représente  un volume, autour de 200 millions d’euros, ce qui n’est pas négligeable. Mais il faut rester sur une politique qualitative. La consommation passe  aussi par des moyennes surfaces et des commerces de proximité, des circuits courts. Les modes de consommation vont se restructurer.

F.M: Comment situez-vous les vins natures ou en biodynamie ?

P. Guiraud:
La bio est aujourd’hui un mouvement porteur, qui a acquis ses lettres de noblesse, basées sur une image très crédible. C’est le seul mode de conduite avec des règles européennes bien définies, avec une certification, contrôlée chez les vignerons, des contraintes. La biodynamie est une autre façon d’aborder les choses, avec les astres, des produits, une réflexion plus empirique, mais structurée, qui peut être justifiée. C’est très intéressant. Avant tout, en biodynamie, il faut déjà être certifié en vins biologiques. Les vins natures jouent sur le terme de « nature » évocateur, sur la similitude avec la bio ou la biodynamie, mais sans certification ni contrainte. La seule crédibilité, c’est la parole du vigneron. Cela me gêne. Si les vins nature étaient d’abord biologiques, cela ne me poserait pas de problème, mais la législation ne le leur impose pas. Il n’y a aucune garantie pour le consommateur que ce vin ne contient pas de pesticides. Des vignerons en vins natures qui sont déjà certifiés bio essaient de se défendre pour ne pas être usurpés par de structures qui apposent nature en faisant croire que c’est du bio. Pour le consommateur, l’amalgame est complet. Il faut être très strict sur les termes.

F.M : Quel avenir pour le bio en viticulture ?

P. Guiraud: 
Ca fait 25 ans que je suis bio.  Les producteurs « ancestraux » ont fait leur travail, suivis par des conversions massives entre 2005 et 2015.  Les vins biologiques entrent aujourd’hui dans les concepts environnementaux, COP 21, COP22, ambition 2017 bio du Ministère. Ils ont un avenir certain. Le consommateur plébiscite nos productions. Nous devons résoudre quelques problématiques techniques pour pérenniser nos cultures. La production va devenir déficitaire par rapport à la consommation.
Les gens qui ne passent pas au bio ont quelques craintes par rapport aux risques climatiques, phytosanitaires, ou de ne pas savoir affronter ces problématiques. La culture biologique demande beaucoup de connaissances, des compétences, savoir peser les risques. Elle demande en permanence une recherche pour continuer à se développer. Des formations sont assurées à Sud vin bio par deux ingénieurs agronomes qui travaillent sur l’accompagnement des vignerons.

F.M: Sur quels terrains se déroulent vos recherches?

P. Guiraud: 
Nous travaillons sur toutes les maladies (black-rot, flavescence dorée), l’enherbement, les économies d’énergies, les tracteurs électriques, des  méthodes de plus en plus respectueuses de l’environnement. Nous travaillons surtout sur la prophylaxie : la bio c’est toujours une connaissance, une identification des problèmes, et un travail en préventif. Nous avons très peu de moyens curatifs. Il faut être très attentif pour intervenir bien avant que la maladie soit en place. Le profil des agriculteurs biologiques est un profil jeune, (une dizaine d’années de moins que les conventionnels), de formation Bac + 2.
Le bio n’est pas statique, nous ne sommes pas parfaits en bio, mais nous travaillons pour  trouver des solutions pour pouvoir être de plus en plus respectueux de l’environnement. La bio dans dix ans ne sera plus la même. Nous aurons trouvé des moyens physiques à substituer à tous les autres moyens. 

F.M : Des Moyens physiques ? C’est à dire pas de produits ?

P. Guiraud: 
Du travail, de la prophylaxie, des méthodes culturales. Par exemple, pour la flavescence dorée,  nous travaillons sur des aspirateurs de cicadelles, vecteur de la maladie, au lieu de les tuer avec des pyrèthres naturels. De nombreuses techniques évoluent, pour aller plus près de la nature. La recherche demande de gros moyens financiers. Le consommateur nous donne ces moyens en achetant le produit le juste prix, en nous permettant de travailler différemment.
Le bio, ça fonctionne !

Entretien réalisé par Florence Monferran


[1] NDLR :  - 10% en agriculture conventionnelle.
[2] NDLR : La viticulture  biologique crée 50% d'emplois en plus que le vignoble classique selon l’étude de l’INRA-Sup Agro de Montpellier, en raison de tâches moins mécanisées. Elle emploie en moyenne 1,8 personne, contre 1,2 dans une exploitation classique.
[3] Lors de l'édition 2016 du Concours Général Agricole, 301 vins bio ont remporté des médailles (133 médailles d’or, 119 médailles d’argent et 49 médailles de bronze). Les vins biologiques sont régulièrement primés dans les différents concours français (Challenge International du vin, Concours des caves particulières, Concours national des vignerons indépendants)

 

Challenge Bio et Millésime Bio,
Concours et salon spécifiques  à la culture biologique

Millésime Bio 30 janvier-1er février 2017 à Marseille, Parc Chanot
24e Edition - 900 exposants
300 exposants de la région Occitanie
40 % de la production nationale en vins et spiritueux,
toutes appellations sont présentes
200 exposants étrangers - 16 pays
2016 : environ 4500 visiteurs professionnels

Le 17 janvier, le concours rassemblera 400 producteurs et 1400 échantillons. Le nombre croissant de participants au concours montre un intérêt réel pour le label du Challenge.
A sa suite, le salon mondial Millésime Bio viendra promouvoir les lauréats. Organisé par les vignerons d’Occitanie, il a été créé à Montpellier en 1993, avec une vingtaine d’exposants. Il a depuis beaucoup grossi, déménagé souvent.  En 2017, il se tiendra  à Marseille, suite à une problématique avec le salon conventionnel Vinisud sur les dates. "Il n’y avait pas de synergie avec Vinisud, les façons de travailler sont bien différentes", explique Patrick Guiraud. Il poursuit: 
« Nous sommes un salon 100% bio, les exposants ne peuvent exposer que des vins certifiés Bio, toutes les tables  sont similaires. On est là pour  exposer et faire connaître des produits, pour que  les gens fassent des affaires. Millésime Bio est organisé des professionnels, la marque leur appartient, et tout l’argent est réinvesti dans la communication. Nous limitons le nombre d’exposants (une centaine en liste d’attente), pour avoir un ratio exposants/visiteurs cohérent. Nous  essayons de gérer la croissance du salon en fonction du nombre de visites.
Au Parc Chanot, les vignerons seront regroupés dans un seul hall, de 14 000 m2,  un hall de 10 000 m2 accueillant la restauration et la vinothèque. Quasiment tous les vignerons du Languedoc-Roussillon partiront à Marseille. Les professionnels viennent pour créer leur linéaire, leur réseau commercial, ou leur base spécialisée bio.  Notre panel d’exposants est très hétéroclite, du tout petit producteur au super négociant. Tous sont mélangés, sans classification. Le seul lien entre nous, c’est l’agriculture biologique, notre lien et notre ciment ».

Sudvinbio : ZAC Tournezy - 2, bâtiment A8, rue S. Signoret 34070 Montpellier
04 99 06 08 41 - www.sudvinbio.com

 

Wines's forum : Joël Julien, élu manager de l’année

La première édition de la Tribune Wine’s Forum a eu lieu ce mercredi 9 Novembre 2016 au Palais des Congrès de Perpignan, en présence de 130 participants. Lors de cet événement co-organisé par La Tribune Toulouse et Objectif Languedoc-Roussillon, plusieurs entreprises de la filière viti-vinicole ont été récompensées. Outre le prix spécial du jury, des prix ont été attribués dans  les catégories  inovation, international, jeune talent et manager. Dans cette dernière catégorie, Joël Julien, Directeur Général des Costières de Pomérols, a été désigné Manager de l’année.


Carole Delga et Joël Julien

 

Ce prix honore l’esprit d’initiative concertée du directeur au sein d’une mission collective : la Cave Coopérative. Il reconnait la stratégie de Joël Julien qui a contribué à la commercialisation en France et dans le Monde de la marque phare Beauvignac.

Ce dernier est distingué grâce à la réussite parfaite du rapprochement des trois caves Pomérols, Castelnau de Guers et Mèze, en suggérant une démarche visant la qualité, la compétence et la régularité. Ses qualités de visionnaire ont été gratifiées. Il a pensé, avec son Président et son Conseil d’Administration, à investir dans la création d’une nouvelle chaîne d’embouteillage, installé cette année, sous la bannière de l’innovation. Il a, avec ses vignerons coopérateurs, toujours su s’adapter aux nouvelles contraintes d’un marché mondial.

C’est pour toutes ces qualités que Joël Julien a été élu « Manager de l’Année ».

Ce prix remis par Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie, rend non seulement hommage à Joël Julien, mais aussi honore le dynamisme de toute l’entreprise, le professionnalisme et le savoir-faire des 350 vignerons, des œnologues et des salariés des Costières de Pomérols.

En tout cinq entreprises et personnalités de la filière viti-vinicole de la Région Occitanie – Pyrénées Méditerranée ont été récompensées à l’occasion de cet événement organisé par la Tribune Toulouse et par Objectif Languedoc Roussillon et cinq lauréats ont été distingués dans les catégories innovation, jeune vigneron, international, prix spécial du jury et Manager de l’année.

Les vins Sud de France à Guangzhou

Du 13 au 15 novembre, à Guangzhou (Canton – Chine), dans le cadre du programme d’appui aux importateurs chinois de gammes de vins Sud de France et en vue d’augmenter leur distribution, Sud de France Développement et la Maison de la Région à Shanghai participent avec 10 importateurs chinois de vins Sud de France au salon Interwine China Canton, ultime rendez-vous d’affaires de la filière avant le Nouvel An chinois.
 Contrairement à ProWine, ce salon s’adresse à des entreprises déjà bien implantées en Chine et qui souhaitent développer leurs affaires dans le Sud de la Chine. La Maison de la Région à Shanghai en profite pour animer son réseau d’acheteurs et de prescripteurs afin d’accroître dans cette zone proche de Hong Kong les opportunités d’affaires des entreprises viticoles Sud de France.
 En lien avec l’école des vins Nova Jubilant, Sud de France Développement organise un séminaire de formation sur les vins de la région à destination des professionnels, des prescripteurs et leaders d’opinion.

La clairette, retour dans la lumière

« Elle porte si bien son nom caractéristique de clairette, avec ses jolies grappes élégantes, à grains transparents, oblongs, blancs ambrés, et ses feuilles blanches au revers, contrastant avec le vert foncé de la page supérieure, ses sarments longs et fins de couleur claire qu’elle a peu ou point de synonymes dans la région ». Henri Marès, 1890

Journalistes, œnologues, sommeliers, à l’exemple de Philippe Cambie ou de Daniel Roche [1],  ne tarissent pas d’éloges sur la clairette, rangée parmi les cépages majeurs pour l’élaboration des grands vins blancs méridionaux. Elle a pourtant connu de longues éclipses, et doit à la ténacité de quelques passionnés d’être toujours cultivée. Coup de projecteur et coup de cœur pour le plus vieux cépage autochtone du Languedoc, qui a donné naissance à sa plus petite AOP, reconnue dès 1948.

Seule, en AOC clairette du Languedoc, de Bellegarde, ou en cépage d’appoint dans la vallée du Rhône et en Provence, elle a été curieusement rendue célèbre par la clairette de Die, vin pétillant et doux composé de … 75 % de muscat à petits grains, cépage avec lequel elle partage une longue histoire. Remontant le fleuve Hérault, elle s’est lovée dans sa moyenne vallée, pour s’épanouir avec vigueur sur des terroirs peu fertiles, calcaires et secs (terrasses du villafranchien,  marnes et schistes). Robuste, peu sensible aux maladies telles que l'oïdium ou la pourriture grise,  la clairette déploie une grande longévité. Baignée de soleil, elle aime les hivers doux, aux rares précipitations, les étés chauds où elle ne craint pas la sécheresse. Paresseuse, - c’est un cépage tardif - elle a besoin de temps pour mûrir correctement. Aussi, les vendanges ne s’achèvent-elles pas avant mi-octobre. Rebelle, il faut alors dompter ses tanins dès le pressurage et la vinification.

L’appellation Clairette du Languedoc s’étend sur 11 communes. L’essentiel de la production se concentre à Aspiran, Paulhan, et Adissan, considéré comme son berceau, Elaborée à partir d'un cépage unique, la clairette blanche à petits grains, elle propose une  palette de vins tranquilles vinifiés sous quatre formes différentes : en sec, moelleux, rancio ou vin de liqueur [2]. Ces vins sont appréciés pour leur absence d’acidité, qui les rend faciles à boire. La variété des productions, des sols, des expositions, des maturations du raisin comme des choix de vinification, donnent de subtiles nuances aux vins. Des arômes reconnaissables de pomme et de pamplemousse, de fleurs blanches dominent les dégustations, avec des notes florales et de fruits exotiques en sec, des arômes de pêche et de coing en moelleux, pour finir sur des accents de miel et de noisette pour les vins les plus évolués.


Carte de Cassini (XVIIIe siècle)
 

Le périple de la clairette épouse les contours de l’histoire du Languedoc, sa qualité en porte la renommée pendant des siècles. Implantée par les Grecs depuis le port d’Agde, la viticulture s’est installée durablement dans la vallée de l’Hérault, au cœur des grandes voies de communication anciennes. Ce sont les Romains qui font de la clairette « le grand cépage de la Narbonnaise », raconte l’historien et Maire d’Adissan, Philippe Huppé. Pour preuve, deux villae, parmi les plus vastes connues en Languedoc, ont été découvertes au cœur du terroir, à Paulhan et à Aspiran. Des grappes de raisins retrouvées au fond d'un puits gallo-romain proche ont été identifiées comme de la clairette. Le cépage connaît un second essor au Moyen-Age, par la proximité avec les grandes abbayes, dont celle d’Aniane, qui contrôle une partie de son aire de production. Le vin blanc, en particulier doux, est placé tout en haut de la hiérarchie des vins. Il sert une fonction liturgique, et s’offre aux nombreux pèlerins de passage. La renommée de la clairette point au XVe siècle. Le Maître sommelier du Roi Louis XI en acquiert, distinguant le sec (piquardentz) et le moelleux (cleratz). Rabelais, Olivier de Serres, les botanistes la célèbrent, en compagnie des muscats.  Malgré une production restreinte, sa réputation, basée sur la maîtrise de la maturation des raisins par des vendanges très tardives, ne se dément pas. Elle est servie en vin d’honneur dans les grandes réceptions  royales (François 1er en 1533, Louis XIII en 1622). La clairette étend ensuite ses vignobles vers Montpellier et les bords du Rhône. Elle connaît son plus grand déploiement autour de Marseillan, Mèze, Florensac, Pomerols, Pinet, Maraussan, Cazouls les Béziers, délimitant, avec  les piquepouls et les muscats, une vaste zone de prédilection pour les vins blancs en Languedoc au XVIIIe siècle. De plus en plus cotée, la clairette se vend cher, conquiert l’Europe du Nord, prospère sur ses terres d’origine. Puis elle se perd à partir du milieu du XIXe s. dans la fabrication de vermouths, apéritifs très prisés dont elle sert de base, avant que l’arrivée du phylloxera, qui détruit le vignoble héraultais ne lui porte un rude coup, comme à toutes les productions de qualité. Son image de marque ternie,  la pratique tombée en désuétude, la production de clairette se confine au confidentiel au XXe siècle.

  

Quelques vignerons portent l’effort de sa reconnaissance en tant qu’AOP en 1948, mais il ne s’en  plus produit guère plus que 20 hl en 1990. Un an plus tard, à son arrivée à la direction de la cave coopérative d’Adissan, Jean Renaud ose le pari de la remettre en production. « Personne n’y croyait, le nom ne plaisait pas ». Il en vinifie 80 hl à peine en rancio, par curiosité. « Elle était belle, vinifiée à part » confie-t-il. Il s’attaque au moelleux l’année suivante, mais la première vendange conséquente date de 1998, le temps de s’adapter au cépage, à sa vinification, changer le mode  de conduite à la vigne, la taille,  mais aussi retrouver des pratiques perdues. En interrogeant les anciens, il réveille leur mémoire, enfouie, fixe les délimitations géographiques de la production [3]. A l’heure actuelle, il se produit 1000 hl de clairette en moelleux. Le rancio, dont la vinification n’était plus usitée, est commercialisé en bouteille « costaud, stable… comme le vin qu’elle contient », prévu pour vieillir « un temps fou », un siècle peut-être.

  

Le syndicat du cru a porté cette renaissance viticole, depuis M. Souyris, Pierre Nogaret jusqu’à Jean Dardé, son président depuis deux ans. Des hauts et des bas, la clairette en a bien connu, des défis, elle en a beaucoup relevé. Le vin n’est plus au goût du jour, la mode va vers le piquepoul ou les cépages de la mondialisation, chardonnay et sauvignon ?  « C’est un cépage merveilleux pour les gens qui veulent revenir aux sources », répond Jean Dardé, par sa résistance à la sécheresse, son ancienneté dans un air du temps qui s’attache au terroir, à l’histoire locale. Une reprise est amorcée. Un bon bouche à oreille, la fidélité de la clientèle en caveaux, la qualité du produit, des prix raisonnables, une forme de curiosité pour le cépage sonnent comme autant d’atouts. La relance de la production connaît depuis 2014 un coup d’accélérateur économique. Les Domaines Paul Mas, très impliqués dans les terroirs méridionaux, s’intéressent au cépage, doublent leurs achats chaque année, à Adissan et Puilacher. Le vin, en AOP Clairette du Languedoc sec, est destiné à l’export. Jean-Claude Mas offre ainsi des réseaux internationaux et une nouvelle jeunesse au plus régional des cépages. 

       

La persévérance d’un directeur de cave, d’un syndicat, l’arrivée d’un leader en vins du Sud trouvent un prolongement dans la démarche d’une collectivité. Maire depuis 2008, Philippe Huppé montre un attachement naturel à maintenir les traditions, que la Confrérie Saint-Adrien, la Nuit de la Clairette, fête collective et populaire,  font vivre.  Le PLU protège les  bâtiments viticoles, y compris les maisons vigneronnes du 19e s. L’édile place, au centre de ses préoccupations, la pérennité d’une production de niche qui atteint ses limites, à la fois qualitatives - les vins donnent aujourd’hui le meilleur d’eux-mêmes -, mais aussi de potentiel de production. Plus tard, seuls quelques propriétaires, quelques jeunes maintiendront vraisemblablement la viticulture à Adissan. Philippe Huppé entend se servir de l’oenotourisme et de projets artistiques haut de gamme comme leviers économiques. Président du réseau national villes et métiers d’art (VMA), une association d’élus qui ont pris cette compétence, il mène un ambitieux projet, au long cours, tablant que, dans vingt ans, Adissan se sera enrichi par l’apport de ces métiers, au cœur d’un patrimoine vivant, dont la clairette sera l’autre pilier. Grâce à l’installation d’ateliers au sein même du village, à la constitution de structures d’oenotourisme autour des deux pôles, interdépendants (circuits pour bus, visite de la cave, des artistes, restauration, hébergement), le visiteur repartira, empli de toute une histoire : celle de vins et vieux métiers. Car « avec la clairette, c’est toute une histoire que l’on boit ».

Dans cette toile tissée autour du plus ancien cépage languedocien, chaque fil puise dans un retour aux sources, entre connaissance du patrimoine viticole et inventivité, un savoir-faire du vin immuable et sans cesse renouvelé, des accords contemporains. Pour mieux assurer la permanence des vignobles, des pratiques, d’un métier, d’un cépage, comme un retour dans la lumière.

Florence Monferran


[1] Philippe Cambie, œnologue: « un très grand cépage ». Daniel Roche, sommelier « un cépage trop méconnu »
[2] Vin sec : 12° d’alcool minimum - Vin moelleux : 15° d’alcool minimum - Rancio après trois années de vieillissement pour un vin titrant 14° minimum - Vin de liqueur (17°) avec mutage en cours de fermentation (5% minimum et 8% maximum d’alcool à 90°)
[3] en fonction de la présence de mazets et de la distance que pouvait parcourir le cheval

 

La Clairette en chiffres, en 2016
Une centaine d’hectares
4 caves coopératives, : Adissan, Cabrières, Fontès, Puilacher (Paulhan, Aspiran, Péret apporteurs)
5 caves particulières
Production annuelle: 4000 hl en 2015, 4 500hl en 2016 dont 2300 hl à Adissan
En année commune : 60% en moelleux et 40% en sec
Commerce France: 80% (GD) et 20% (vente directe)

Accords culinaires
La clairette peut facilement accompagner un repas entier, de l'apéritif au dessert: les foies gras, les poissons délicats ou même les viandes blanches en sauce ainsi que les fromages, en particulier le roquefort, la tarte au chocolat
Secs : poissons, huîtres chaudes, viandes blanches

Le projet Ville et Métiers d’Art (VMA)de la Mairie d’Adissan
Sur une friche industrielle de 2500 m2 dans le village
Avec Hérault Habitat
Thématique retenue : autour de l’espace public, l’améliorer, ou le qualifier
Budget : 4 millions d’euros
16 professionnels, disposant d’un atelier et d’un logement
Pour moitié : ouvert à des jeunes, renouvelés tous les 3 ans
Pour moitié : ouvert à un groupe qui restera et transmettra son expérience.
Critère de choix des professionnels : « qu’ils soient les meilleurs dans leur catégorie. Nous visons l’excellence »
Des atouts: à proximité d’une sortie d’autoroute ; Adissan sur un axe du réseau VMA qui passe par Agde, Pézenas, Lodève, et Gignac

Le château de Flaugergues

passeur de patrimoine précurseur avec Vinofolia

Pierre de Colbert

 

La famille de Colbert mène depuis 2008, dans sa folie montpelliéraine de la fin du XVIIe siècle, un projet baptisé  Vinofolia, « Un vignoble remarquable dans la ville de Montpellier en 2020 » . Projet de rénovation pour pérenniser un outil – une nouvelle cave, design et durable, des vignobles replantés, un souci environnemental fort  – , mais aussi projet de préservation d’un terroir, désormais au cœur de la métropole, d’une culture, à travers un oenotourisme ambitieux, « pour rêver le vignoble de demain ». 
L’ancienne cave, de 1897, au milieu de l’espace de réception, n’était plus adaptée au travail viticole. Un nouveau chai, signé Sancie Matte de l’agence MDR,  recentre la production dans les vignes. Il répond à des exigences de qualité, pour révéler la typicité du terroir et des vins, en vinification et en élevage, avec 26 cuves inox, des pompes de réception de la vendange, un travail par petits lots. Il répond également à un souci écologique : gestion des effluents, économies d’énergie et d’eau ou climatisation naturelle, maîtrise de l’empreinte carbone. Construit dans le but d’obtenir la norme Haute Valeur Environnementale (HVE), ce chai déploie « deux corps de bâtiments enchâssés telle une structure monolithique ». La future enveloppe de tubes d’acier comportera une dimension végétale, fondant la cave dans le vignoble. La famille a investi 1,8 millions d’euros, sur fonds propres et avec une subvention européenne de 250 000 €, pour réaliser cette modernisation durable, dans tous les sens du terme. « Nous voulions que le chai soit beau, et intégré dans Flaugergues » » explique Pierre de Colbert, installé sur le domaine depuis 2002.
Le projet Vinofolia évoluant au fil des ans a débouché sur l’ambition de bâtir un vignoble remarquable, sur le modèle du Jardin remarquable existant. Il passe par la replantation de 10 ha autour du château, avec un nouveau cépage, le morrastel. Après palissage et irrigation de certaines parcelles, un travail sera mené sur l'équilibre du milieu (plantes auxiliaires, enherbement maîtrisé, haies) pour une conduite de la vigne respectueuse de la nature.  
Dernier volet du projet, le Jardin des Vignes, « sas de découverte sensorielle et initiatique de la vigne et du vin » souhaité par Henri de Colbert, créera un lien entre jardin et vignoble.  Imaginé par la paysagiste Amélie Vallon, il assemblera cépages historiques et locaux et plantes illustrant les arômes présents dans les vins de Flaugergues.
Avec le breuvage, écho de son terroir, la famille de Colbert cultive un oenotourisme pionnier dans la région, décliné depuis plus de trente ans dans les visites de vignes, dégustations au caveau ou afterworks, à la table du Folia, mais aussi à la découverte d’un patrimoine viticole dont le château fait figure de gardien. Archives de vignerons, livres rares et marbres peints en sont un précieux exemple. Dernière-née, une nouvelle visite complète, De la vigne au caveau  fera découvrir la nouvelle cave avec le vigneron. A l’horizon 2020, le Château poursuivra la modernisation de son outil viticole, avec une ligne de mise en bouteille adaptée, une centrale d’azote. Il envisage la formation d’un vino Club pour les amateurs.
A Flaugergues, chaque génération réalise un projet qui laisse son empreinte. Vinofolia, par sa dimension, est porté par deux générations, Brigitte et Henri, Marie et Pierre, réunies. A la question de savoir s’ils se sentent propriétaires à part entière du lieu, ou dépositaires d’un patrimoine remarquable à transmettre, la réponse de Pierre de Colbert fuse : « Mon père vous répondrait sans hésiter que nous ne sommes que les dépositaires actuels de Flaugergues », un maillon passeur de patrimoine, sans cesse précurseur.

Florence Monferran

 

Le vignoble

Sur le terroir historique de La Méjanelle, qui a fait battre le cœur des AOC Languedoc, des terrasses de galets roulés sous influence marine
Palette de cépages pour épouser le terroir : grenache noir,syrah, mourvèdre, rolle, cinsault, viognier , marselan, merlot et muscat à petits grains + ariarnoa, egiodola
Vins AOP Languedoc Grés de Montpellier et IGP pays d’Oc qui expriment le terroir : de la fraîcheur avec des tanins soyeux et des arômes de fruits, une structure plus charnue en haut de gamme, avec des arômes fumés et épicés

Le château de Flaugergues en chiffres   
320 ans de tradition familiale viticole dans une folie de la fin du XVIIe siècle 
2 étoiles au Guide Vert Michelin et 30 ans de classement Monument Historique 
1,5 million d’euros de CA consolidé 
160 000 bouteilles dont 65% vendues à l’export dans 17 pays (30% en Chine) 
25 ha de vignes cultivées sur les communes de Montpellier et Mauguio
27 ha de verdure dans Montpellier (dont 4 ha de jardins) 
60 000 visiteurs  

Visite de la nouvelle cave :
Vins &Vignes : 10 €/pers (visite des vignes, de la cave et découverte de 3 vins, 1h30), Saveurs des Vignes 20 €/pers (visite des vignes, de la cave +  découverte de 3 vins avec produits du terroir 1h30 et visite libre des jardins),
De la Vigne au Caveau : 35 €/pers, visite VIP avec le vigneron : de la cave, des vignes, du  château et dégustation de 5 vins avec des produits du terroir (2h30 + visite libre des jardins).  
Visites en groupe (min 10 pers.) du mardi au vendredi et le samedi après-midi, sur réservation à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 


1744, av Albert Einstein (quartier du Millénaire) - 34000 Montpellier
Tél : +33 (0)4 99 52 66 37 - www.flaugergues.com et www.folia-restaurant.fr 

 

Les vins du Languedoc voient la vie en blanc

Photo: AOC Languedoc

Plus de dix ans qu’ils pointent le goulot de leur bouteille, taquinent les grandes appellations, ont l’audace de bien vieillir, et un penchant pour la conduite biologique, voire biodynamique : les blancs du Languedoc sont de retour. Oui, de retour, car ce sont eux qui ont forgé la renommée de cette terre, dès l’époque romaine. Pline l’Ancien voyait la Narbonnaise comme « une seconde Italie ». Ses paysages, l’Hérault en offre un condensé, du littoral jusqu’aux hauts cantons. La diversité des sols, schistes, grés, villafranchiens, aux coulées de basalte, n’a d’égal que le foisonnement de cépages qu’elle a fait naître. Les vignerons ne manquent ni de variétés ni d’imagination pour les assembler. Cépages anciens, clairette, muscat à petits grains et piquepoul, cépages emblématiques, comme grenache et terret,  cépages oubliés, œillade, Augibi et aspiran, ou retrouvés, à l’image du carignan blanc ou du rolle (devenu vermentino) ont vu affluer au fil du temps roussanne, marsanne, puis viognier jusqu’aux cépages de la mondialisation, chardonnay en tête, voire quelques cépages insolites, à l’instar du Gewurztraminer.
Les grands, grâce auxquels un terroir rayonne, se sont patiemment installés. Olivier Jullien a été rejoint en 2016 au firmament de l’influente RVF par Marlène Soria (Domaine de Peyre Rose) et Basile Saint-Germain (Domaine Les Aurelles). Tous trois produisent des blancs salués par la critique, en culture biologique. Avec un élevage sous bois modéré, ils en font des vins de garde [1]. A leurs côtés, les chevilles ouvrières de la renaissance, valeurs confirmées ou en devenir, tissent les fils de cette renommée: Grange des Pères, Clos Marie et Ermitage Pic Saint loup, Mas Champart, Prieuré de St Jean de Bébian,  Domaine d’Aupilhac, Clos de l ‘Amandaie ou Mas Novi …

Comme un retour aux sources
Est-ce parce que le grec Hippocrate disait de lui qu’ « il aiguise l’intelligence », ou parce que les agronomes et poètes romains le plaçaient tout en haut de leurs hiérarchies, avec des doux, que le vin blanc a pesé de son empreinte sur l’histoire viticole du Languedoc ? Porteurs d’un patrimoine, trois cépages le sont assurément, des plus anciens reconnus en AOP (muscat et clairette) jusqu'au petit dernier, en 2013 (piquepoul). Lovés dans la moyenne vallée de l’Hérault et sur le cordon littoral, d’Agde à Lunel, ils tirent aujourd’hui encore leur épingle du jeu. A l’occasion de vendanges difficiles, ils démontrent leur résistance à la sécheresse, en particulier sur les rivages. Muscat et clairette, le plus précoce et le plus tardif, aiment la chaleur. Ils ne sont pas soumis à de hauts rendements sur leurs terroirs de prédilection, où leurs racines puisent dans l ‘humidité du cordon littoral. Tardif lui aussi, le piquepoul, dans son implantation en terrains profonds, profite des  pluies régénératrices de septembre. La baisse de volume, générale, est ici contenue : - 2% à la Cave de Lunel, - 10 % sur le terroir de Frontignan, – 10 % environ en piquepoul. Les années difficiles engendrent souvent de grands vins. Les vignerons s’accordent sur une moindre récolte génératrice de plus de concentration et très aromatique.


La clairette : « C’est une histoire que l’on boit »
Philippe Huppé, Maire d’Adissan, affiche la couleur. « La clairette est le plus vieux cépage autochtone du Languedoc ». Le village, entouré de Fontès, Cabrières et Péret, supporte l’essentiel d’une production, oubliée un long temps après son passage en AOP en 1948.  Relancée, dans une niche haut de gamme, sur un  faible volume, elle est portée par une démarche économique et oenotouristique de la commune d’Adissan, un président de syndicat, Jean Dardé, qui en est le plus gros producteur, un directeur de cave, Jean Renaud, fou du cépage, qui l’a remis en culture, vinifié, délimité géographiquement. Il raconte avec passion ces vendanges : « La clairette n’a pas du tout flétri sur souche, elle récupère les dernières fraîcheurs ou pluies après équinoxesSi nous manquons de degré, c’est par manque d’eau en hiver. » La vigne n’a pas eu de réserves en profondeur, mais les clairettes ont bien réagi, le volume est habituel. Elles seront vinifiées en sec, moelleux et rancio. Les vendanges s’achèvent, comme à l’accoutumée, vers le 10 octobre. « Pour faire de la clairette, il faut être patient  et attendre la bonne maturité ».

  

« Avec le muscat, on peut tout se permettre »
Bruno Pastourel le démontre à Frontignan depuis trente ans, consacrés  à innover autour du cépage, en sec, naturellement doux, moelleux au Château La Peyrade, bâti au XVIIIe s. Calcaires lacustres qui se mêlent aux vestiges de l’implantation romaine, racines très profondes, sélections parcellaires, le terroir parle, sous une influence maritime bénéfique. Plantés dans des sols adaptés, « les cépages traditionnels résistent bien au stress hydrique. » confirme Christophe Miron, président de la Cave coopérative. « Le cépage a eu un très bon comportement, c’est là qu’on voit qu’il est bien adapté au terroir et qu’il a l’habitude de souffrir de la sécheresse » ajoute Bernard Rouger, président du syndicat du cru de Lunel. Malgré des vendanges un peu tendues, en condensé pour faire face aux maturations groupées, la qualité est là, par concentration des sucres, avec des arômes floraux et fruités sur l’ensemble du muscat lunellois, tirant vers le miel à la Cave coopérative.

  

« Le piquepoul, un cépage que j’adore »
Héritier d’une famille implantée depuis 1744 à Pinet, près de la Via Domitia antique, Laurent Gaujal poursuit la lignée d’ardents défenseurs du piquepoul. Il témoigne que « le cépage a beaucoup souffert,  flétri, petit comme un petit pois ». Quinze jours avant les vendanges, la pluie salvatrice a gorgé d’eau un grain qui avait du degré. Le cépage a bien réagi. Guy Bascou, président du syndicat du cru analyse l’ensemble des vendanges: « La récolte, d’une grande hétérogénéité, diminuera globalement de 10 % environ, avec de grandes disparités entre vignes en terrains profonds et en terrains superficiels,  entre vignes vieilles, bien enracinées, et vignes jeunes, et des pluviométries variables : il a moins plu dans l’ouest de la zone d’appellation (Florensac, Castelnau de Guers). Le millésime sera un grand millésime dans son environnement traditionnel ».

Les aires de production des trois cépages lancent de nouveaux produits : un muscat sec haut de gamme à Lunel, un piquepoul premium à Pinet, à destination des cavistes, hôtels et restaurants (CHR), récolté plus tard, et élevé sur lie. Depuis 2014, le négociant Jean-Claude Mas s’intéresse à l’AOP Clairette du Languedoc sec, qu’il sort de son cadre régional, en la développant à l’export.
Des produits très anciens resurgissent : un rancio de 2006 mis en bouteille dix ans plus tard à Adissan, des muscats en surmaturation pour les vendanges de la Saint-Vincent à la Cave de Frontignan, des passerillés au Château la Peyrade. On assiste, en 2016, à un vrai boum sur les raisins surmûris !
Précoces ou tardifs, ces cépages font fi du temps. Le Château La Peyrade conserve un muscat naturellement doux de garde de plus de 25 ans. En vieillissant, la minéralité, omniprésente, se développe au détriment du sucre. Jean Renaud dit du rancio d’Adissan « qu’il est prévu pour tenir un temps fou, un siècle peut-être ! »
Et si l’avenir appartenait aussi aux clairettes, piquepouls et muscats, trio gagnant des cépages anciens ?
Florence Monferran


[1] Olivier Jullien assemble Carignan, grenache, chenin, viognier, clairette, roussanne sur des terres alluvionnaires et caillouteuses.  
Le blanc de Basile Saint-Germain (Aurelles) marie vieilles vignes de clairette et jeune roussanne plantée sur les terrasses sablo graveleuses du Villafranchien.
Marlène Soria utilise principalement vermentino et roussanne. Son magistral Oro  a été commercialisé en 2015, quinze ans après sa vendange.