Un caveau labellisé pour son accès à tous les handicaps

Béatrice et Jean-Luc Mazas, au domaine de Belle Dame sont lauréats 2018 du concours Vincoeurs et Saveurs, dans la catégorie Marketing. Ils ont aménagé leur caveau à Mireval pour en faciliter l’accès à toutes personnes atteintes d’un handicap.

handicap_caves_belle_dame_mireval.jpg

Ils ne manquent ni d’imagination, ni de savoir-faire. Béatrice et Jean-Luc Mazas ont toujours cherché à trouver les meilleures astuces  à faire soi-même, pour adapter l’accueil de leur caveau à une clientèle qui n’est pas habituelle. « Nous avons  axé notre vie vers le respect des autres. J’étais ambulancier avant de me reconvertir dans la viticulture, et suis resté sensible aux situations où les personnes sont limitées par un handicap. » explique Jean-luc. C’est donc tout naturellement que ce producteur vigneron installé à Mireval a dès le départ étudié et aménagé les accès et circulations dans son caveau en prenant en compte tous les types de handicaps.

De la largeur des portes, à la hauteur de la caisse, en passant par la place de parking réservée, les plans inclinés des rampes d’accès, et bandes de vigilance pour les malvoyants, tout a été pensé minutieusement. « Nous n’y connaissions rien et j’ai tout trouvé sur internet ! confie Béatrice. Par exemple pour la rampe d’accès et le plan incliné cela nous a coûté à peine 150 €. Nous avons fabriqué la rampe avec du tuyau de chauffagiste !

L’investissement le plus important a été celui des sanitaires pour lesquels les règles d’aménagement des espaces pour les personnes en fauteuil roulant sont plus complexes. Mais dans l’ensemble, nous faisons simple et pratique, sans nous prendre la tête ! » Le résultat est fonctionnel et élégant. Leur dernière réalisation ? L’impression des étiquettes en braille permettant de communiquer le nom du domaine et de la commune ainsi que les cépages.

Trophée Accessibilité 2018 au Salon Autonomic à Paris

Ce couple de vignerons indépendants produisant une récolte de vin bio vendangée à la main pour en préserver la qualité, s’est vu décerné le label national des Trophées Accessibilité 2018 au Salon Autonomic à Paris ainsi que le prix de l’innov’action 2017. Caveau étape de l'œnotour de l'Hérault, il a été labellisé Tourisme et Handicap pour les quatre déficiences moteur, mental, auditif et visuel. De belles reconnaissances pour le travail assidu de ces Héraultais tout aussi passionnés par leur production d’un vin de grande qualité que par la volonté d’accueillir chez eux, dans les meilleures conditions, tous les publics en situation de handicap. 

La Grange de Berlou

A Berlou au nord de Saint Chinian, au 3 rue de Caladou, sont situées les installations du domaine viticole "La Grange Léon". C'est là que sont vinifiées et vendues les récoltes des vignes de cette zone particulière des Hauts Cantons. Véronique et Joël Fernandez y élaborent des nectars bien propres à réjouir les palais régionaux et internationaux.

berlP1030118 (2)

Comme disait Brassens, Joël Fernandez a dû "naître au pied d'une souche". Une de ces souches bien racinées qui vont chercher dans les schistes nourriture, chaleur et saveurs. Depuis des siècles, les hommes ont su, avec le jus des fruits de la vigne, élaborer des liquides que les anciens Grecs trouvaient dignes des dieux. Mais, élaborer ces boissons, c'est tout un art et n'est pas vigneron – un vrai selon J. Fernandez – qui veut.

Il faut tenir compte de l'exposition des parcelles, de l'ensoleillement. Savoir quel raisin se récolte "le matin très tôt", quel est son degré de maturation. Pour cela, le maître de La Grange Léon a recours à un œnologue, son "toubib". Et les prescriptions de celui qui veille sur la maturation tous les 2 jours permettent de produire des vins blancs à 12°, dont le "Petit Marcel", léger, rafraîchissant. Chaque cépage a ses exigences, telle la Syrah ou le Mourvèdre.

berlP1030120 (2)

Ce dernier doit subir une sorte de pré-vendange. Il faut couper une grappe sur deux pour que les grains n'entrent pas en contact. Sinon, la pourriture gagne. Cela ne peut être fait qu'à la main, comme d'ailleurs toute la récolte. Certes, les nouvelles machines sont plus sélectives et le coût de la main d'œuvre est élevé.

A La Grange Léon, même cueillie à la main, la récolte est triée sur un tapis roulant ! Bien sûr, en cette année pluvieuse, il a fallu traiter. Mais M. Fernandez pratique une agriculture raisonnée. Il serait tenté de passer en "bio".

Il n'a pas pu le faire cette année, devant surmonter deux terribles épreuves de santé et ne pouvant s'impliquer autant qu'il le faudrait.

L'envie est là pourtant. Cette envie qui lui a fait quitter la coopérative fondée par son grand-père au milieu des années 60 et lui a permis de faire face à d'importantes difficultés en 2008.

On ressentait alors la crise économique et la récolte était payée non plus en AOC, mais comme vin de table. L'exploitation de 6 ha permettrait-elle de s'en sortir ? Arracher ? Autant s'arracher les tripes ! Et puis, ce fut le début d'une nouvelle aventure : récolter, vinifier, commercialiser sur 20 ha.

Et aujourd'hui, 19 cuves de 10 à 50 hl - selon les besoins de la vinification - alimentent la vente des blancs, rosés et rouges du domaine. Au total, une vraie PME familiale qui commercialise 27 000 cols par an. Alors, M. Fernandez démarche les particuliers, fréquente les salons.

Et il exporte au Luxembourg, en Belgique, en Allemagne, en Ecosse. Ses vins, plusieurs fois primés, figurent au guide Hachette. Nous nous en sommes entretenus en pleine vendange.

Et M. Fernandez a parlé aux gens de la ville de schistes et de soleil, de terroirs et de racines, et de passion.

H. Le Blanche.

(Avec le portrait du grand-père à l'arrière plan des photographies)

Programme de formation ViGNES EN TRANSITION 2018-2019

Dans le cadre du programme « Vignes en transition », démarche de diversification fruitière et agro-environnementale des vignes méditerranéennes, voici le premier cycle de formation 2018-2019 en 4 modules.

GNI

Ce cycle de formations s’inscrit dans  une démarche plus globale nommée Vignes en Transition dont l’objectif consiste à réintroduire la polyculture dans le paysage viticole méditerranéen.  Cette dynamique est à l’initiative de Pierre-Yves PETIT (Cyclanthère.com) paysan-chercheur et formateur en agro-écologie et en permaculture.

  Ce cycle de 4 modules a pour but d'accompagner prioritairement les viticulteurs et viticultrices,  ainsi que les candidat-e-s à l'installation dans leur transition viticole. Il s’agira d’établir un état des lieux de la fertilité des exploitations/territoires, d’acquérir les compétences nécessaires à une amélioration de cette fertilité et d'apprendre à «piloter» cette fertilité naturelle grâce à la diversification des cultures et des pratiques et ainsi obtenir davantage d'autonomie décisionnelle et financière. Pour enrichir les échanges et les savoir-faire, les formations pourront également accueillir les agriculteurs-agricultrices, les  arboriculteurs/arboricultrices ainsi que les organisations disposant de foncier (collectivités, CEN, cdl, AFB, département, Région, etc.). 
 
Structure porteuse : Pierre Yves PETIT est entrepreneur salarié au sein de la coopérative d’économie sociale et solidaire ARIAC dans l’Hérault, référencée comme organisme de formation. 
 
Participation : inscriptions prioritaires mais non obligatoires aux 4 modules. Prise en charge Vivea ou autres OPCA (FAFSEA, FONGECIF…) possibles. 
 
 Déroulement : ce cycle de 4 modules de formation se déroulera au Camping à la ferme des Aresquiers, sur l'exploitation de Claire Cazalis et Henri Boissié en muscat petit grain (en AB depuis 2005)  et en cours de diversification fruitière (EARL le Bosquet). Adresse : 36 bis route des Aresquiers 34110 Vic la Gardiole (34). 
 
Coût pédagogique : prise en charge Vivea ou autre OPCA possible. Financements personnels : nous contacter. Hébergement possible dans les environs à la charge des stagiaires. Restauration : repas tiré du panier. 
 
Inscriptions : auprès d’Émilie Rousselle au 06 03 58 44 99 ou à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. Effectif : entre 12 et 15 personnes maximum.  

vignesentransition.org (site en cours )

 Pour toute demande d'information:  Émilie Rousselle  06 03 58 44 99 / Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 https://www.facebook.com/VignesEnTransition/

La viticulture au Domaine de Valmagne certifiée "qualité environnement"

Les vins du Domaine de Valmagne, ouvert tous les jours

agneP1020562

C'est en 1820 que les 18 foudres en chêne de Russie furent installés dans la nef de l'église et lui valurent son surnom de 'cathédrale des vignes'.
Depuis plus de 8 siècles…
Déjà les moines cisterciens, au 12ème siècle, avaient planté de la vigne à Valmagne, comme dans toutes leurs abbayes, (la plupart des grands vignobles bourguignons sont d'origine cistercienne). Depuis, ce terroir à toujours porté de la vigne. Les vins étaient exportés au Mexique au 19ème siècle, vendus à Paris rue Mouffetard entre les deux guerres et sont de nos jours exportés dans le monde entier et distribués chez les Cavistes dans toute la France.


La technique et le respect du terroir...
La culture de la vigne est faite mécaniquement en évitant l'emploi de produits et d'engrais chimiques néfastes à l'environnement. Depuis 1999, le domaine a été reconverti en agriculture biologique. "Nous sommes fiers d'avoir obtenu en 2005 la certification "Qualité Environnement" sous le contrôle de l'AFAQ. La vinification et la mise en bouteille font appel aux techniques les plus modernes, sélection parcellaire, pressurage pneumatique, maîtrise des températures, conditions d'hygiène scrupuleuses (respect des normes HACCP), climatisation des chais de stockage, la technique étant toujours au service de l'expression du terroir."

Les nouvelles AOC...
Les parties les plus escarpées du domaine ont été classées en Appellation Contrôlée en 1985 et représentent près de 30 ha. On trouve là deux terroirs bien distincts. Au sud une partie argilocalcaire où sont produits les vins génériques de l'Appellation, et au nord, séparé par une barrière rocheuse et niché dans les garrigues, un terroir de grès rouges où l'on produit les Grés de Montpellier, échelon supérieur des Coteaux du Languedoc. C'est sur le plateau sud de l'Abbaye que l'on trouve les vins de pays.

vinvalCapture

Les Vins AOP

Cuvée Portalis :
C'est en 1982, et dans la perspective d'un classement en Appellation Contrôlée qu'ont été plantés de la Syrah, du Mourvèdre et du Grenache dont la première vinification a eu lieu en 1986. Dans ces terrains pentus et bien drainés, les rendements ne dépassent jamais 30 hl à l'hectare. Ce sont des vins typiques de l'appellation, frais aux arômes de garrigues et fruits rouges dont les tanins souples et fondus autorisent la dégustation après 18 mois de vieillissement.

Cuvée de Turenne :
Le Comte Henri-Amédée-Mercure de Turenne qui acheta l'Abbaye en 1838 et la sauva de la ruine mérite qu'une grande cuvée de Valmagne porte son nom. Cette cuvée provient d'un terroir marqué par des sols de grès rouges cités dans les ouvrages les plus anciens traitant de notre viticulture méridionale. L'élégance et la finesse caractérisent les vins qui en sont issus.


Cuvée Cardinal de Bonzi :
Au 17ème siècle le Cardinal Pierre de Bonzi, gouverneur des états du Languedoc, fut nommé par Louis XIV Abbé de Valmagne. Il répara, aménagea l'Abbaye et en fit sa résidence privilégiée. Les plus hauts personnages du royaume y séjournèrent régulièrement. Valmagne lui doit beaucoup et c'est justice que notre meilleure cuvée porte son nom.

Ce grand vin rouge provient principalement des meilleures parcelles de Grenache et de Mourvèdre du domaine. Perdus entre les pins, le thym et les oliviers, ces terroirs méticuleusement délimités par les moines au 12 ème siècle, sont unique et destinés aux vins d’exception. Cette cuvée est un chef d'œuvre d'équilibre subtil entre la puissance, l'élégance des tanins soyeux et la fraîcheur. C'est un vin de garde qui se déguste à partir de 5 ans.

Les vins de Pays :
La cuvée Vitrail sur l’Abbaye donne une belle impression des vins de Valmagne. Les terroirs de vins de pays représentent 15 ha, mais avant 1985, la totalité du domaine produisait des Vins de Pays.

On trouve toujours les cépages traditionnels de la région, tels que le Cinsault, le Grenache et le Carignan. Certains Carignan, plantés en 1948, produisent encore des vins dont la structure et les qualités aromatiques sont étonnantes. Le Morrastel, cépage oublié depuis le phylloxéra et reconnu par les moines amène en assemblage fraîcheur et plaisir.

A déguster avec modération...

 

agneP1020532

Pomerols : La famille des vins Beauvignac a fêté les Millésimes 2017

Le Président Jean-Louis Atienza, Joël Julien, Directeur Général des Costières de Pomérols, les membres du conseil d’administration ainsi que l’équipe des vins Beauvignac avaient invité, samedi 9 Décembre 2017, personnalités et amis à venir partager un instant festif et convivial  pour fêter et déguster les Millésimes exceptionnels 2017 de la famille des vins de Beauvignac, accompagnés d’une belle sélection de mets du terroir aux saveurs du Sud.

Le président Atienza a salué les représentants de Sète Agglopôle Méditerranée ; Vincent Gaudy, maire de Florensac, vice président du département ; Robert Gairaud, maire de Pomerols, vice président de l’agglomération Hérault méditerranée et Laurent Durban, premier adjoint au maire de Pomérols.

« Cette année a été un millésime encore une fois difficile, a souligné le président, difficile par rapport à la sécheresse que nous subissons depuis deux ans et qui implique une vendange précoce qui a débuté le 15 août. Nous avions fait 104 000 hectolitres en 2016, cette année nous en sommes à 80 000 hectolitres. Malgré les aléas climatiques, nous arrivons à faire des produits excellents grâce à l’adaptation de nos vinifications.» Jean-Louis Atienza a conclu son intervention par des remerciements aux membres du personnel ainsi qu’aux viticulteurs, coopérateurs et administrateurs.   

 « La dégustation de ce nouveau millésime est un moment de découverte pour savourer le travail de nos vignerons et celui de nos équipes au niveau de la vinification et de l’assemblage, a poursuivi le Directeur Général, Joël Julien. Ce millésime est historiquement le plus faible jamais réalisé. Nous sommes tributaires de la nature. Par contre des raisins magnifiques, très murs, tres concentrés  nous ont permis d’élaborer des vins aromatiquement intenses avec beaucoup de fraicheur, d’élégance, de finesse, de saveur et d’équilibre en bouche. »

Mais, la problématique existe, elle est malheureusement due au manque de volume qui pénalise aujourd’hui  les Costières de Pomérols dans sa croissance commerciale par rapport à la faiblesse de la récolte, Beauvignac étant producteur et non négociant. De ce fait, la finalisation des projets de restructuration avec la cave de Florensac se déciderait le 19 décembre prochain ce qui permettrait d’alimenter de façon plus importante les circuits commerciaux des caves de Pomérols.

« Notre ambition est de maintenir de l’activité économique, a conclu Joël Julien, ainsi que de bien faire vivre nos vignerons le mieux possible, Ils nous font confiance. C’est aussi grâce à ça que tous ensemble, nous sommes plus fort pour valoriser le travail de ce terroir avec ses cépages exceptionnels que nous exportons partout dans le monde. »

Cette sympathique manifestation a été agrémentée par un moment choral avec le groupe vocal Tempomérols et le collectif des Zygomoteurs, venu en avant-première, présenter leur nouvel album. 

Claude Stekelorom

OENOTOUR : Le Département Hérault récompensé par les Iter Vitis Awards

Mardi 20 novembre, le Département de l’Hérault a été récompensé pour le concept inédit de l’OEnotour de l’Hérault. Cette initiative départementale invite les visiteurs à découvrir tout le territoire, les paysages, les événements culturels, les activités de sport et de plein air, à partir de domaines viticoles sélectionnés pour la qualité de leur accueil.

oenoCapture

Le Président du Département Kléber MESQUIDA était présent avec Claude BARRAL, Vice-président délégué à l’économie et au tourisme, au Palais des Congrès de Paris lors des Assises de l’oenotourisme pour recevoir ce prix qui salue la démarche de l’OEnotour. Le trophée était remis par Didier CUJIVES, Président d’Iter Vitis France, Hervé NOVELLI, Président du Conseil Supérieur de l’Oenotourisme et Christian MANTEI, Directeur général d’Atout France.

#ITER VITIS AWARDS
Ce concours valorise les initiatives oenotouristiques privées et publiques pour dynamiser les territoires viticoles sur le plan environnemental, accessibilité, culturel, sportif… Sur les 28 dossiers retenus pour leurs actions et réalisations innovantes, le jury a sélectionné 5 lauréats, dont l’OEnotour de l’Hérault dans la catégorie structure publique.
 
« La vigne, c’est l’identité héraultaise ! Cette récompense souligne l’importance du projet de l’OEnotour pour la mise en valeur de notre patrimoine viticole et plus largement pour notre territoire. » Kléber MESQUIDA, Président du Département 
 
« Cet Iter Vitis Awards apporte à l’OEnotour de l’Hérault une notoriété et un rayonnement supplémentaire : c’est une fierté ! » Yvon PELLET, conseiller départemental délégué à la viticulture et à l’Observatoire viticole
 
« Ce concours témoigne de l’intérêt croissant pour l’oenotourisme ! 2ème département viticole de France et 4ème département touristique, l’Hérault a tout pour devenir une destination oenotouristique leader en Europe ! »
Claude BARRAL, conseiller départemental vice-président délégué à l’économie et au tourisme
L’association Iter Vitis Awards est un réseau de destinations, de professionnels, d’acteurs économiques, culturels, touristiques, d’institutions ainsi que d’établissements de recherche et de formation dont le but est de générer une dynamique autour de la reconnaissance des éléments du patrimoine viticole et de leur valorisation. www.itervitis.fr
 
#OENOTOUR DE L’HÉRAULT
 
"L’OEnotour capitalise sur tous ses points forts du territoire héraultais, la viticulture, les paysages, les traditions, les activités culturelles et de pleine nature…
Ces atouts sont valorisés dans 59 caveaux-étapes situé sur les 515kms de route de l’OEnotour. Pour goûter à l’art de vivre héraultais, allier dégustation de vins et découverte de paysages époustouflants, conjuguer convivialité et expériences sportives ou culturelles, mêler gastronomie et sensations insolites, s’émerveiller des richesses patrimoniales : il suffit de sélectionner son parcours sur oenotour.herault.fr ! Le site est disponible en anglais, danois, néerlandais, espagnol et français. Une carte OEnotour a également été éditée en anglais. En 2019, le Guide du Routard publiera l’OEnotour de l’Hérault, premier guide de l’éditeur consacré à une destination oenotouristique."

Soutien aux viticulteurs de l’Hérault

La Préfecture de l'Hérault annonce un soutien aux viticulteurs de l’Hérault confrontés à une récolte 2017 historiquement faible

photo: Claude Cruells

Les vendanges 2017 sont les plus faibles depuis l’ après - guerre , tant au niveau national, que régional ou départemental. Pour l’Hérault , la récolte devrait s’établir à 3,97 Mhl soit une baisse de 20 % par rapport à la moyenne d’environ 5Mhl alors que 2016 était déjà inférieure avec 4,63Mhl . Sans attendre, Pierre Pouëssel, Préfet de l’Hérault et Jérôme Desprey, Président de la Chambre d’agriculture, ont réuni l'ensemble des acteurs de la filière pour évaluer les difficultés auxquelles les professionnels pourraient être confrontés et accompagner les situations les plus complexes. Les partenaires se sont engagés sur des mesures d’ores et déjà opérationnelles :

  •  Un numéro unique pour tous les agriculteurs en difficulté (N° Vert : 0 800 100 362) : le dispositif partenarial Agir Ensemble afin de permettre d'identifier les viticulteurs les plus en difficulté et de réaliser un diagnostic de leur situation.
  • Pour les jeunes agriculteurs un accompagnement particulier : les jeunes agriculteurs bénéficieront d'un entretien personnalisé si leur situation nécessite un aménagement de leur plan d’entreprise (contact : DDTM 34 / ddtm - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) .
  •  Un soutien à la trésorerie
    • Sur la base de ce repérage, les services de l’État (DDTM, FranceAgriMer) seront mobilisés pour accélérer le versement des aides agricoles en instance de traitement.
    • Les viticulteurs en difficultés peuvent également demander la prise en charge partielle des cotisations sociales (formulaires à télécharger sur http://www.msalanguedoc.fr/lfr/web/msa - du - languedoc/exploitant/pec - msa ) et un échelonnement possible du paiement des cotisations (examen des dossiers par la MSA au 04 67 34 80 17) .
    • Pour les communes les plus touchées des mesures collectives de dégrèvement fiscal sur la taxe sur le foncier non bâti sont mises en place. Par ailleurs, les exploitants qui, du fait des intempéries, justifieraient de difficultés particulières pour acquitter leurs impositions courantes (IR, TH, TF de la résidence principale), peuvent solliciter des délais de paiement ou des remises gracieuses, dans les conditions de droit commun (contact : DDFIP)
    • Les banques (Crédit Agricole, Banque Populaire) ont accepté d’examiner les situations bancaires au cas par cas des exploitants et des caves coopératives qui en feraient la demande. L’État peut prendre en charge partiellement les frais liés à la restructuration des prêts et de garantie bancaire (DDTM 34 / ddtm - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) .
    • La possibilité de solliciter une médiation du crédit, en cas de refus de refinancement par la banque habituelle des entreprises, par la Banque de France (www.economie.gouv.fr/mediateurcredit) .
    • Les services de l’Etat (Direccte Occitanie - UD Hérault) rappellent qu’il existe un dispositif d’allocation d’activité partielle, pour compenser les heures chômées par les salariés ( https://activitepartielle.emploi.gouv.fr ) .

Par ailleurs le Préfet a, dès le 28 août, autorisé dans les secteurs touchés par le gel, l’achat de vendanges et de moût. Une procédure de reconnaissance en calamité agricole a également été lancée pour que les exploitants ayant subi des pertes de fonds su r les plantiers du fait du gel du mois d’avril puissent bénéficier d’une aide financière du fonds national de gara ntie des risques en agriculture (procédure en cours).

Les partenaires examineront de façon concertée les situations des exploitants les plus en difficulté et se réuniront à nouveau d’ici la fin de l’année 2017.

Les vins Sud de France à l’heure anglaise

unetop100 En septembre, au Royaume-Uni, les vins régionaux entament une promotion protéiforme destinée à accroitre les ventes de vins Sud de France sur le troisième marché à l’export en valeur (79, 448 M€ en 2016) et le quatrième en volume (312 860 hl en 2016). Le vins présentés sont issus du Top 100* Sud de France, un concours organisé en mai dernier par Sud de France Développement présidé par Carole Delga et le CIVL pour mettre en avant les vins régionaux qui représentent près d’un tiers des vins français exportés sur le marché anglais. En 10 ans, le prix de l’hectolitre des vins Sud de France exporté au Royaume-Uni a progressé de 29%. Entre 2015 et 2016, les AOC régionaux ont progressé de 2,4% en valeur. Le 14 septembre, les vins Sud de France vont faire le buzz en investissant les réseaux sociaux outre-Manche. A la Maison de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, la journaliste bloggeuse Sorcha Holloway propose une dégustation d’une trentaine de vins Sud de France en présence d’une quarantaine de ses principaux « followers » Twitter. Angleterre, Irlande du Nord, Ecosse et Pays de Galles, c’est l’ensemble du Royaume-Uni qui se retrouve sur Twitter à travers les vins Sud de France.

Le 19 septembre à Bristol et le 21 septembre à Londres, Sud de France Développement et la Maison de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée participent au salon SITT pour présenter une sélection de vins régionaux avec pour objectifs de susciter de nouveaux référencements auprès d’importateurs britanniques.

Les 22-23 septembre, les vins régionaux sont présentés au City Wine Show, un salon consommateurs créé par le magazine professionnel the Drink Business à destination des jeunes cadres de la City.

Le 28 septembre, à la Maison de la Région Occitanie, une soirée consommateurs avec les quatre célèbres journalistes vin du Wine Gang.

En septembre et octobre, ce dispositif est complété par l’envoi d’une caisse de vins régionaux à des distributeurs et leur équipe d’achat afin qu’ils les achètent directement après les avoir dégustés.

L’agroalimentaire régional n’est pas en reste puisque, le 27 septembre, lors du salon Local Flavours à Norwich, une gamme de produits Sud de France d’une dizaine d’entreprises régionales est présentée, en partenariat avec le distributeur britannique Shire Foods of Norfolk.

Vendanges en Languedoc et Roussillon: quand l'exception devient la norme

Après un début de vendanges accéléré, une période  de calme transitoire règne, à mi-parcours des vendanges en Languedoc et en Roussillon. « Les degrés se sont enflammés, avant de se stabiliser » observe Jean-Philippe Granier, directeur technique des AOC Languedoc. Les entrées maritimes augurent la fin des fortes chaleurs et l’espoir de pluies bienfaitrices pour la récolte des rouges. Les blancs, rentrés en majorité, donnent un très beau vermentino, un muscat puissant, de jolis équilibres. Terret-bourret et grenache blanc tirent leur épingle du jeu. Les cépages destinés aux vins rosés, syrah, merlot et grenache rouge, entrent partout en cave.
Bien sûr, comme une stupeur, la faiblesse de la récolte frappe les esprits. Peu de sorties de grappes, des raisins mal développés, voire des coulures sur tout le pourtour méditerranéen, ont eu raison des rendements. Les estimations du Ministère de l’Agriculture, revues à la baisse, placent les vendanges 2017, en France comme en Italie, comme la plus petite récolte depuis l’après-guerre. Avec 11,4 millions d’hectolitres estimés, il manquerait en Languedoc un million d’hl par rapport à 2016. Sur les vignobles déjà vendangés, la perte affole les compteurs : - 30 %, - 40%, avec des pics à – 50%, -60 % sur de vieilles vignes. En culture biologique, « comme en conventionnel et peut-être de façon plus violente », les volumes oscillent entre – 30 et – 50 %, estime Patrick Giraud,  président de Sudvinbio.
Bien sûr, la précocité des maturités, qui avance chaque année la date des vendanges,  a été d’autant plus rapide que les grappes étaient peu nombreuses. Il n’est pas rare en Languedoc comme en Roussillon, que les vendanges soient terminées au 31 août. La vigne elle-même, épousant ce calendrier inhabituel, prend des airs d’automne anticipé.
Bien sûr, comme une litanie reviennent les aléas climatiques qui ont régi le travail vigneron, le gel printanier sur une vigne en végétation, dans l’Aude et dans l’Hérault surtout, les épisodes de grêle en début d’été. Les réserves en eau hivernales, les nuits fraîches d’été ont préservé d’un stress hydrique, à l’exception de zones de forte production. Le temps sec et chaud a présenté l’avantage, au moins, de favoriser un bon état sanitaire des raisins, contenant les maladies. Mais des maturités hétérogènes entre parcelles d’un même terroir, voire à l’intérieur d’une même parcelle, compliquent la récolte. « Il faut aller sur le terrain, voir comment se comporte la vigne, goûter les grains » explique Jean-Philippe Granier.
Bien sûr, comme chaque année, fleurissent les superlatifs, échos de l’anormalité, d’un exceptionnel qui se répète. Bien sûr, la qualité, appelée au rendez-vous, sera d’autant plus belle que les rendements seront faibles. Patrick Guiraud constate « une très belle qualité, de bons équilibres entre l’acidité et l’alcool en vins biologiques ». Jean-Philippe Granier attend « un très grand millésime, proche de 2010 »
Bien sûr, les stocks en cave feront face à la demande, compte tenu du déficit de production annoncé. Un retard de commercialisation sera absorbé, sans lever l’inquiétude sur le chiffre d’affaires et la trésorerie des exploitations. Dans un marché des vins biologiques exponentiel, à flux tendus, le faible stock rendra la pénurie d’autant plus forte.  « La culture biologique fonctionne avec la nature, qui a des impacts plus ou moins forts. Nous n’aurons pas les volumes escomptés pour nous développer, en particulier à l’export» analyse Patrick Guiraud. 
Le revenu des vignerons, plombé par ses frais fixes quelle que soit la récolte, et par ricochet celui  de toute une filière supportée par la viticulture seront lourdement impacté par le manque de raisins. Aux Etats Généraux de l’alimentation, lancés cet été par le nouveau président Emmanuel Macron, la nécessité d’assurer des revenus plus décents aux producteurs, déjà mise sur le tapis par les représentants agricoles, prendra une acuité particulière en viticulture.
Une nouvelle ère s’impose-t-elle au Languedoc et au Roussillon, qui auraient pu espérer voir fructifiés trente ans d’efforts et de sacrifices, vers la reconnaissance de la qualité de leurs vins et de leur leadership en bio[1] ? Les AOC Languedoc y réfléchissent sérieusement. Leur conseil d’administration s’est réuni pour un élaborer un plan d’action en vue de s’adapter aux nouvelles conditions de production. Il trace des pistes vers l’utilisation de cépages résistants à la sécheresse mais avec une forte acidité pour conserver de la fraîcheur, pense à de nouvelles variétés venant d’Italie, (Pouilles ou Sicile) et de Grèce, pour lesquelles des essais sont prévus.  Il s’intéresse aux vieux cépages languedociens et aux cépages tardifs, qui s’expriment de mieux en mieux dans ce nouveau contexte. Le cinsault, « une pure merveille », ou « de très beaux mourvèdres », selon Jean-Philippe Granier, promettent le meilleur. « Nous devons nous remettre en question. Faire du vin partout a été une erreur. Il y a des endroits où nous ne pourrons plus mettre de vigne, on ne peut pas irriguer partout» affirme-t-il.
Bien sûr, comme une urgence, reprendre sans répit son bâton de pèlerin, dans une vision pour les trente prochaines années, tel est le défi de cette rentrée viticole, défi accéléré par les caprices de la météo, grande ordonnatrice du labeur vigneron. Lorsque, à l’autre bout de la chaîne, vous dégusterez, dans quelques mois ou dans quelques années, ce millésime 2017, vous songerez à la complexité de son élaboration, en Languedoc et en Roussillon, à l’âpreté et l’incertitude du temps qui ont concouru à sa maturation, aux mutations nécessaires qu’il enclenche. Bien sûr.
Florence Monferran


[1] Dernier en date, le magazine Vogue célèbre notre région dans un article de Lane Nieset: "Skip Bordeaux—This Is the New Wine Region to Visit in France", 23 aout 2017

Les muscats ont ouvert le ballet des vendanges

Dans les rangées, le geste, immuable, réunit toutes les générations, de 16 à 72 ans à l’image de la colle [1] de Jean Lapasset, coopérateur à Frontignan. Entre sérieux de la coupe et échanges dans la bonne humeur, il se joue en quelques jours une année de labeur, de taille et de travail du sol, d’épamprage et d’écimage, de lutte contre les maladies, pour, une fois emmené en cave, transformer le fameux raisin en vin.


Benjamin et doyenne réunis

En un éternel recommencement, chaque année différent, les muscats ouvrent le ballet des vendanges. Le cépage, précoce, bat aujourd’hui des records, surprenant tout le monde, chevauchant la saison estivale dédiée à la vente. Avec quinze jours d’avance dans les parcelles, le raisin destiné à l’élaboration de muscat sec est récolté depuis le 2 aout à Frontignan, et même le 31 juillet au château Stony, qui avait atteint des degrés satisfaisants. Le raisin dédié au Vin Doux Naturel, en AOP, entre en caves depuis le 14 aout. Du jamais vu.
Cette précocité s’explique par le peu de quantité de raisin, qui murît donc plus facilement. Ce n’est un secret pour personne, la récolte sera faible, en muscat à petits grains comme sur d’autres cépages blancs, contrariés, au sortir d’un hiver rugueux, par les gelées printanières. « Le froid tardif a joué sur la floraison. Sur le moment, on s’est dit qu’on avait échappé au gel, mais je pense que les fleurs se sont un peu abîmées» évalue Christophe Miron, Président de la cave Frontignan Coopérative. Malgré un beau feuillage, abondant, la sortie a été petite, les grappes peu développées. Le muscat à petits grains n’a jamais aussi bien porté son nom. Une baisse de volume de 30 % en moyenne, jusqu’à 40 %, des pointes impressionnantes constatées à moins 50 % dans les vieilles vignes, plus touchées, les vignerons dressent partout le même bilan sur les terroirs historiques de Frontignan, Mireval et Vic-la-Gardiole. Chacun doit trancher sur des choix stratégiques dans la répartition de la récolte entre ses différentes productions : privilégier la fraîcheur préservée des secs ou garder la récolte pour les VDN, plus rémunérateurs.


Christophe Miron, président De Frontignan Coopérative
 
Jean-Luc Mazas, Domaine de la Belle Dame à Mireval

Dans tous les cas, la qualité sera belle, bien sûr. « L’état sanitaire est correct », estime Olivier Robert, au Mas de la Plaine Haute à Vic-la-Gardiole. « Le raisin est très joli, pas de gâté » au château Stony. Le principal problème du muscat, l’oïdium, a été contenu, et l’apparition du mildiou prise à temps.
Jean-Luc Mazas, au Domaine de la Belle Dame à Mireval, ou Christophe Miron ne pensent pas que les pluies apporteraient quelque secours, bénéfique à une évolution moins rapide de la maturation. Le jus se concentre dans le grain, son extraction se fera plus difficile. Les températures, reparties à la hausse après quelques jours et quelques nuits de fraîcheur, entrainent des degrés parfois élevés. Henri Nodet et Jean Lapasset, dans des pratiques solidaires, mettent en commun leur moyens, comme l’emploi des saisonniers, payés par chacun mais travaillant pour tous. La colle peut ainsi vendanger une grande pièce en une seule journée, avantage non négligeable lorsque le degré grimpe vite, pour porter en coopérative.

 

En culture biologique, qui exalte la complexité et la puissance du muscat à petits grains, la fraîcheur et les arômes prendront toute leur intensité. Frédéric Nodet, pour qui «le travail en bio exprime mieux le terroir, la typicité du cépage », évoque des muscats secs bio tout en fraîcheur, aux arômes citronnés, aux notes de poire sur les derniers arrivés en cave. « Le muscat à petits grains est fait pour le bio » confirme Jean-Luc Mazas, entré cette année en conversion. Elles se font rares dans les rangs, les délicates grappes aux Clos de Miège, en vins sains à Mireval. Mais quelles saveurs! Comme si la nature, privant d’un côté, gâtait le vigneron d’un autre, dans une sublime compensation aromatique.
Vendange de toutes les interrogations, la production du millésime 2017 n’élude aucune question. Sur les changements climatiques qui nécessitent d’adapter végétal et conditions de production ou sur la quantité de la récolte, qui pèsera sur les revenus, sur les méthodes, traditionnelles ou dans une logique économique (vendanges manuelles ou mécanisées par ex), tout comme sur le devenir des vignes, par rétrécissement des terres agricoles et difficulté à installer des jeunes viticulteurs. Représentant la principale force économique locale, avec 153 coopérateurs, 600 ha de vignes, et l’essentiel de la production en AOP, Christophe Miron se veut rassurant sur leur future rémunération. « Nous allons faire jouer les stocks tampons en trésorerie pour assurer leurs acomptes ». Il remarque que « la souche de vigne bénéficiera d’un repos salutaire d’avoir eu moins de raisin, aucun stress hydrique cette année. La vendange sera meilleure l’an prochain. (…) Des périodes de sécheresse et de chaleur, il y en a eu. Ce qui fait justement que nous continuons à produire sur ce terroir, c’est que le cépage a totalement trouvé sa place à cet endroit-là. Ce n’est pas pour rien qu’il est cultivé ici depuis l’antiquité ».
Cette spécificité de Frontignan et de ses alentours, chaque viticulteur, chaque vigneron la porte en lui, dans son optique propre mais tourné vers le même souci de prolonger chaque année, et un peu plus encore, l’histoire du muscat à petits grains sur nos rivages.

Florence Monferran


[1] Equipe de vendangeurs composée de coupeurs et de porteurs

Avec le printemps, pousse une culture du vin


Photo: AOC Languedoc Grés de Montpellier

Travaux à la vigne, où la nature affiche sa vigueur verdoyante, mises en bouteille, ouverture des caveaux de vente, le calendrier vigneron s’accélère. Le Languedoc, les beaux jours venus, fleurit d’initiatives. Les portes ouvertes dans les domaines succèdent aux salons, le vin s’associe à l’art au Musée Fabre, à la musique. Les vignes, à la végétation grandissante, tendent leurs ceps en une invitation à la balade. A pied, en vélo, en mode sportif ou vignes buissonnières, qu’importe la formule pour rendre le moment unique. Soirées-guinguettes, Bacchanales, les manifestations rivalisent d’imagination, surfant sur la vague touristique en littoral, trailant en Pic Saint-Loup, ou célébrant la nature dans les hauts cantons. En attendant festivals et estivales qui rythmeront la pleine saison, retrouvez ces propositions pour découvrir des vins de qualité et des vignerons dans leurs terroirs, dans les Carnets qui leur sont dédiés. D'ores et déjà, quelques événements notables:

Le 21 avril: lancement de l’édition limitée des dix ans de la gamme gourmande au Domaine de la Croix-Gatiot à Montagnac
Les 22 et 23 avril : Portes ouvertes au Château de Flaugergues
Le 23 avril : Fête de la biodiversité et du développement durable à Saint-Georges d’Orques, en lien avec le patrimoine et les vins du renommé terroir
Le 14 mai : Balade des Grés de Montpellier, vin, patrimoine et gastronomie à travers le centre historique de Montpellier. Inscriptions ouvertes
Du 19 au 21 Mai : Festa Trail Pic Saint-Loup, aventure humaine, sportive et gourmande
Les 20 et 21 mai : Vins, vignes, terroirs, sous le signe de la gourmandise et de la découverte. Cinq randonnées sont proposées parmi les plus beaux terroirs : Cabrières, Picpoul de Pinet (le 20), Pézenas, Saint-Saturnin et Sommières (le 21) Inscriptions ouvertes
Le 20 mai : L’AOC Faugères fête de la Nature avec quinze vignerons : balade, rallye exposition, ateliers ludiques, échanges autour des écopratiques … et dégustations
Le 21 mai : Sentiers Gourmands en Clape Vigneronne, Au Château de Vires à Narbonne pour cette 14e Edition. Vins de l’AOC La Clape et chef de renom
Le 4 juin : 4e balade gourmande en Saint-Jean de Minervois
Le 9 juin : Bacchanale d’Ensérune. Vin et patrimoine sur le port : Croisières en péniche, visite de cave et dégustations sont au programme
Le 24 juin : Camins de Boutenac. Balades vigneronnes, vins et gastronomie ponctuées de haltes dans les caves, dégustations, découvertes du patrimoine naturel et historique & soirée festive au château de Boutenac

Florence Monferran

Le muscat à Frontignan, un vignoble qui ne veut pas mourir

Photo: ©Alain Marquina

A l’heure où le langage administratif parle de consommation d’espaces agricoles pour en signifier l’urbanisation, quelques voix s’élèvent , à Frontignan, pour rappeler l’ancienneté et la renommée de la production de muscat, la singularité de vignobles délimités pour cela parmi les premières Appellations d’Origine Protégée en France, en 1936. L’Association de Protection de l’Aire du Muscat (APAM), crée en 2002 sous la présidence de Denise Arnal, puis de M. Ferrières, a souhaité porter à la connaissance du public l’état des menaces qui pèsent sur l’aire géographique du muscat, et les actions qu’elle a entreprises pour la préserver de constructions. Dans un contexte d’afflux démographique galopant, le Schéma de Cohérence et d’Organisation Territoriale (SCOT) du 4 février 2014, modifié en 2016, crée un triangle de grande urbanisation Sète-Frontignan-Balaruc, déclarant la zone Horizon sud cœur de la nouvelle Communauté d’Agglomération du Bassin de Thau (CABT). Le document d’orientation générale, qui fixe les cadres d’un développement jusqu’en 2030, soulève la crainte que les vignobles historiques de Frontignan ne soient emportés dans une vague de construction. Cette crainte est confortée par le zonage du SCOT déclassifiant une partie du terroir en AOC, de vignoble patrimonial en espace agricole péri-urbain, de moindre valeur.


Source: SCOT du bassin de Thau

Face aux prévisions chiffrant l’apport de population à Sète et Frontignan à 9 600 arrivants chacun jusqu’en 2030, le SCOT vise à la concentration d’habitat en le densifiant. Comment développer ce cœur d’agglomération sans toucher aux vignobles ? La pression s’est accrue depuis l’instauration de zones inconstructibles à moins de 2 m au-dessus du niveau de la mer, ajoutées aux zones humides sanctuarisées et au classement de la Gardiole. L’urbanisation se tourne vers les seules terres constructibles restantes, des terres viticoles de qualité. Comme partout, le dilemme fait jaillir des conflits d’intérêts, sur lesquels se greffent des difficultés de reprise des vignobles par les jeunes générations, des questions économiques de mévente des muscats AOC. Le conflit va jusqu’aux tribunaux, où l’APAM mène plusieurs procédures.


Source: SMBT: projet d'aménagement et de développement durable

En cause, une large bande compacte au nord de Frontignan vers la Gardiole s’étendant sur 162 ha, soit 20 % du vignoble actuel. L’APAM défend les qualités intrinsèques de ce vignoble. Jean Lapasset, coopérateur, décrit « une AOC homogène, sans coupure » sur cette zone de bonnes terres agricoles, exploitées sans grand mitage ou délaissement. Les parcelles y souffrent moins de la chaleur que celles plus proches de la Gardiole. A l’ouest, les sols, plus profonds, offrent un plateau calcaire à l’épanouissement de la vigne.
 
Denise Arnal conteste le déclassement en zone agricole ordinaire sans expertise ni justification. L’APAM rejoint les critères de l’INAO, qui veille sur l’origine et sur la qualité des productions françaises, quand elle énonce comme principe que « toutes les parcelles classées en AOC ont valeur égale et sont nécessaires les unes aux autres ». Jacques Laffont, en charge du dossier, rappelle qu’il ne peut exister des parcelles moins disantes, qualifiées ici d’ordinaires. D’autre part, « l’aire est petite, elle n’est pas transposable, on ne peut pas la repousser ailleurs ».
Une certaine incompréhension règne au sein de l’APAM, car jusqu’ici les techniciens du SCOT ont contenu les velléités d’urbanisation, selon Frédéric Nodet, vigneron au Château Stony. Le SCOT parle de « pérenniser une agriculture fragilisée par la pression foncière (...) mais encore identitaire », et se veut rassurant en déclarant : « Dans tous les cas, il est aujourd’hui essentiel de reconnaître la valeur de ces espaces et de n’envisager leur artificialisation qu’avec une très grande parcimonie ». Interrogé, le Syndicat Mixte du Bassin de Thau, en charge du SCOT, confirme : « Nous essayons d’avoir le moindre impact possible sur les terres agricoles. Il ne reste de nombreuses friches, des dents creuses, des sites à réhabiliter (ex Mobil) sur Frontignan pour ne pas consommer ces espaces. Le SCOT a réduit de 76 à 66 ha la consommation d’espaces agricoles potentiellement constructibles entre 2014 et 2016 » explique David Cottalorda. Des chiffres que conteste l’APAM, ses calculs produisant des évaluations beaucoup plus hautes des terres compromises.
Les divergences de vues font tout autant jour sur l’économie. La logique du marché ne joue pas en faveur des vignobles.
 La Cave coopérative, qui représente 85 % de l’appellation, fait un bilan actuellement sur la vie et l’avenir des coopérateurs. Deux jeunes s’installent, d’autres cherchent des terres. Mais le prix à l’hectare décourage. Comment enrayer la spéculation ? Face à la mévente des Vins Doux Naturels, une partie du vignoble en AOC ne produit plus actuellement. La Cave coopérative ne voit pas d’un mauvais œil le départ d’une partie des terres, les parcelles restantes assurant le maintien de la production. Un vignoble en crise, fausse question? Le SCOT lie la pérennité du muscat à l’évolution de ses ventes, alors que Jacques Laffont, pour l’INAO, rappelle que l’aire AOC en question s’inscrit dans la durée. Elle était déjà citée par Arnaud de Villeneuve au XIIIe siècle, puis par Rabelais et Voltaire. Que sont quelques années de mauvaise conjoncture économique au regard de ces 7 ou 8 siècles d’histoire ?
Le débat est entré dans une voie judiciaire. L’urbanisation existante et l’extension de la zone à Horizon Sud prévue dans le PLU de Frontignan de 2011 est annulé en 2013 par les recours en justice de l’APAM, qui obtient le maintien de la coupure d’urbanisation à Horizon Sud, mais perd sur la zone des Hierles. Depuis, l’APAM a attaqué le SCOT de 2014 au Tribunal administratif pour violation de la loi littorale, qui n’autorise pas, selon elle, autant de constructions dans la zone proche des rivages que le SCOT n’en accorde. Ayant perdu en appel fin 2016 à Marseille, l’association se pourvoit en cour de cassation. Frédéric Nodet alerte : « Si on lâche ce vignoble en péri-urbain, c’est le cœur de l’AOC qui sera touché ».
 L’Organisme De Gestion du syndicat du cru (ODG), réuni en conseil d’administration extraordinaire, n’a pas souhaité soutenir financièrement la démarche judiciaire, bien que conscient de l’importance de cette zone déclassée.
L’INAO ne s’oppose pas à tous les projets, acceptant « un accroissement modéré de l’urbanisation ». Mais il a rendu des avis défavorables successifs, au SCOT et à sa révision, « en raison de la consommation foncière prévue en zone AOC », et un avis défavorable « sur la considération en zone ordinaire périurbaine », réaffirmant « l’unicité de ce territoire », qui ne saurait être coupé en plusieurs parties. L’INAO s’était déjà opposé au PLU de Frontignan, sur les Hierles, contre l’idée d’une zone moins disante où la nappe saline remonterait, et au Mas de Chave, pour un aspect paysager (maintenir une coupure d’urbanisme entre Frontignan et La Peyrade qui soit agréable aux habitants).
Le SMBT souligne le rôle déterminant des élus, le SCOT ne fixant que des grandes lignes dans rapport de présentation: la pérennité du muscat dépendra de la volonté des communes (Frontignan, VLG et Mireval) « de sécuriser le foncier agricole pur permettre un maintien des terroirs et une traversée de crise en résistant à la pression foncière ». Avant toute urbanisation, un diagnostic agricole poussé doit être établi. S’il met en valeur une identité paysagère, patrimoniale, la commune peut décider, dans son PLU, de ne pas urbaniser.


Photo: ©Alain Marquina
 

La procédure judicaire, action forte, met et en lumière les conceptions divergentes en présence, la valeur que chacun, administratif, politique, acteur économique, accorde à la terre agricole dans notre société urbaine. Dans une vision plus globale, Frédéric Nodet cherche « une voie entre les techniciens et les politiques pour que les particuliers aient le droit de s’exprimer ».
 Denise Arnal prône une révision du code de l’urbanisme lui-même qui, dans un article très simple, déclarerait que les bonnes terres agricoles, en particulier les terres en AOC, ne doivent pas être urbanisées. Ainsi, les différends actuels ne seraient plus soumis à différentes pressions ou pouvoirs locaux. Le muscat à Frontignan, patrimoine matériel et porteur d’une culture, ne se réduit pas à l’air du temps. Un vignoble qui ne veut pas mourir, qui ne peut pas mourir, a trouvé ses porte-voix.
Florence Monferran


Photo: ©cornflake

Retour de Millésime Bio à Montpellier en 2018

Millésime Bio revient à Montpellier dès 2018. Un communiqué commun de Montpellier Events, gestionnaire du Parc des Expositions, et de Sudvibio, organisateur du salon, a officialisé la nouvelle : un accord a été signé entre les deux parties. Il permet à la métropole régionale d’accueillir à nouveau les deux événements viticoles majeurs pour les vins de la Méditerranée et le monde des vins biologiques que sont Vinisud et Millésime Bio. Le bon sens a parlé, et la raison, économique, les deux salons amenant des retombées sur la filière viticole régionale, sur la ville et le territoire. Rendez-vous est donné en janvier 2018, en espérant que Vinisud se tiendra dans la foulée, donnant plus d’ampleur et de rayonnement aux pratiques viticoles dans leur diversité.
Florence Monferran

Communiqué de presse de SUDVINBIO et MONTPELLIER EVENTS – le 21 février 2017
MILLESIME BIO 2018 se tiendra du lundi 29 au mercredi 31 janvier 2018 au Parc des Expositions de Montpellier

Le salon Millésime Bio 2017 se clôture sur un franc succès avec un visitorat de 4 850 personnes et du Parc Chanot de Marseille pour son soutien sans faille dans la construction de ce succès. Sudvinbio rappelle que cette implantation à Marseille a été motivée par la volonté de préserver l’existence d’un salon professionnel géré par des vignerons bio pour des vignerons bio. La réussite du salon à Marseille a une nouvelle fois prouvé la nécessité d’organiser un salon spécifique des vins biologiques dans l’univers des salons professionnels. Le salon Millésime Bio est un outil au service de la promotion des vins biologiques et des 300 producteurs adhérents de Sudvinbio, tous vignerons en Occitanie.
La volonté du salon Vinisud de prendre les mêmes dates que Millésime Bio a conduit Sudvinbio à prendre la décision de quitter le parc des expositions de Montpellier pour son édition 2017, et de libérer les halls réservés par Sudvinbio auprès de Montpellier Events pour permettre à Vinisud de se réaliser.
Philippe Saurel, Président de Montpellier Events, a souhaité que soit trouvé une solution afin de pouvoir accueillir à nouveau dès 2018, les deux événements majeurs que représentent Millésime Bio et Vinisud pour le parc des expositions de Montpellier, pour son territoire et pour la filière dans notre région.
Pour ce faire, un accord a été signé entre Montpellier Events et Sudvinbio. Celui-ci garantit à Sudvinbio l’exclusivité des dates pour Millésime Bio, sans salon des vins concurrent de nature professionnelle ou grand public sur la période du salon (3 jours) et sur les périodes de montage (5 jours) et démontage (2 jours), en contrepartie Sudvinbio s’engage à maintenir Millésime Bio sur le parc des expositions de Montpellier pour un minimum de 5 ans soit de 2018 à 2022.
Cet accord permet de garantir l’autonomie de gestion de l’événement et de préserver son identité et son organisation si spécifiques.
Millésime Bio est depuis 25 ans l’un des acteurs et des moteurs de la croissance de la filière viticole biologique. Sudvinbio tient à poursuivre son action et garde à cœur l’accompagnement du développement économique et les intérêts des producteurs qui nous font confiance, en Occitanie en France et à l’étranger.

Le Salon Millésime Bio en bref
Créé et organisé depuis 1993 par Sudvinbio (Association interprofessionnelle des vins bio d’Occitanie)
Edition 2017 : 902 exposants dont 22% d’étrangers (16 nationalités, France, Espagne et Italie constituant le trio de tête)
4850 visiteurs uniques
1er salon d’affaires de l’année
Seul salon international dédié au vin bio
Une efficacité unanimement reconnue

Grand angle sur la viticulture biologique

avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio

Episodes climatiques de sécheresse et de grêle ont occupé les esprits pendant les vendanges et les vinifications. Aujourd’hui, un millésime se dessine en caves. Quelle part y prend la culture biologique? Comment se sont comportées les vignes ? Quel est l’état de la récolte? Nous vous proposons un tour d’horizon de la production en vins biologiques, occasion de faire un point complet avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio, qui apporte son éclairage sur une autre vision de la viticulture. 

 

 Patrick Guiraud

Vigneron à Aimargues, en IGP Sables de Camargue, et IGP Oc, œnologue, Patrick Guiraud a été réélu le 5 juillet dernier pour un 4e mandat à la tête de SudvinBio, où il a succédé à Thierry Julien. Au cours de cette assemblée générale extraordinaire, faisant entrer deux adhérents de Midi-Pyrénées dans son conseil d’administration (un du Gers, un de Fronton), SudvinBio est devenue la première association interprofessionnelle représentant l’ensemble de la nouvelle région Occitanie.

   

La production

 

70.000 ha de vignes biologiques en France aujourd’hui. L'Occitanie est la 1ere région française, avec 21 000 ha en Languedoc-Roussillon et 3 000 ha en Midi-Pyrénées, viennent ensuite PACA, (14.000 ha) puis l'Aquitaine (8 000 ha). La production occitane a été multipliée par 5 : 5 000 ha en 2005, 24.000 ha en 2016. En France elle a été multiplié par 3.
« Le bio s’est étendu partout en France, mais c’est dans notre région qu’il a explosé, dans les dix dernières années. Le fief de la viticulture biologique, c’est le bord de la Méditerranée, et le sud. »

 

F.M : Comment s’est déroulée la récolte ?

P. Guiraud:
Nous connaissons une baisse de 11 % de la production dans la région[1]. La récolte a été quasiment parfaite, avec un état sanitaire très bon. C’est une année difficile pour tous. Nos vignes se portent bien, le végétal n’a pas été touché, le feuillage ne s’est pas desséché, mais la récolte a été impactée par la sécheresse.
Nos rendements sont en général inférieurs à ceux en agriculture conventionnelle. Nous sommes beaucoup plus tributaires des maladies, avec lesquelles nous apprenons à travailler.  Si une maladie nous impacte, nous allons la subir, nous n’allons pas surtraiter. Ces contraintes font partie de notre métier. Il est très important d’avoir cette vision là, vis-à-vis des aléas climatiques.

F.M : La culture biologique peut-elle apporter des réponses en elle-même aux changements climatiques ?

P. Guiraud: 
Nos vignes résistent un peu mieux que les vignes conventionnelles à la sécheresse, car nous  travaillons les sols, ce qui engendre moins de capillarité, et donc moins d’évaporation. Mais nous n’avons pas de moyens, ou d’outils propres au bio par rapport à la sécheresse. La solution technique, comme en conventionnel, reste l’arrosage. Sur du long terme, nous serons moins sensibles à la sécheresse sur des années répétées : en travaillent le sol, les racines radiculaires vont descendre. Quant aux évolutions climatiques, c’est un grand débat. Nous venons d’avoir une année sèche, après une année humide. N’extrapolons pas. Précoces ou tardifs, les cépages ont souffert. En bio, nous sommes des gens de terroir, attachés à notre terre, à nos cultures. Nous laissons une large part à la nature, en évoluant dans un système plutôt qualitatif que quantitatif. Pragmatiques, nous savons qu’une année sans rendement peut arriver.

F.M : Un profil du futur millésime peut-il être dressé?

P. Guiraud: 
Ce sera un millésime très qualitatif parce que la qualité des raisins était très bonne. Nous pensons que ce sera un millésime quasiment exceptionnel, expressif, tout petit en quantité. Nous observons un bel équilibre des vins, très stables, sur les trois couleurs. Ce sera une bonne année !

 La consommation

 
  • 15 % au niveau national

Ventes :

  • 700 millions d’euros sur le marché français,
  • 300 millions d’euros sur le marché export.

Soit un poids total de la filière viticole biologique d’1 milliard d’euros. 60 % en France, 40 % à l’export. Les tendances se sont inversées il y a 2-3 ans, l'export représentait 60 %.
Répartition entre cavistes (augmentent, 18%), magasins spécialisés (explosent, 20-22%), grandes surfaces (stagnent autour de 19 %)
La viticulture représente 20 %  du marché global en agriculture biologique

 

 

F.M:  On parle de forte hausse de la consommation en vins biologiques. Confirmez-vous cette tendance ?

P. Guiraud: 
Le marché se porte relativement bien. Notre but est qu’il soit stable.

L’acte de consommer bio, c’est avoir une sécurité alimentaire, protéger l’environnement, économiser les ressources en eau, puisque l’agriculture biologique est la plus favorable au maintien des nappes phréatiques, mais aussi favoriser développement de l’emploi[2].
D’un point de vue de sécurité alimentaire, le bio est très qualitatif pour notre bien-être et notre santé. D’un point de vue de qualité des vins, nous avons le même taux de médailles que les conventionnels au Concours général agricole de Paris par exemple[3]. La qualité est liée au travail du vigneron. Le rôle de l’achat du produit est donc double pour le consommateur: avoir du plaisir avec un vin, comme en conventionnel, mais aussi préserver la nature. Il achète tout cet environnement qui va avec la bio, avec toutes les garanties de l’élaboration du produit. La certification répond à ce besoin de traçabilité, de garantie par rapport à son acte d’achat.
La réussite de la bio, liée à ces garanties, est explosive au niveau du vin.  Le taux de progression de la consommation stagnait à 2 %. Dès que les volumes de production ont augmenté, la consommation a  commencé à exploser, nous sommes rapidement passé à un taux de progression à deux chiffres.

F.M : Le bio a-t-il un prix?

P. Guiraud
J’entends souvent « le bio, c’est cher et c’est élitiste ». Je ne suis pas persuadé que le bio soit cher. Travailler avec des méthodes respectueuses de l’environnement a un coût, une valeur. Le consommateur qui achète notre produit fait un acte militant.  C’est plutôt un achat qualitatif  dans l’éthique du consommateur bio, qui englobe une refonte de comportement: gaspiller moins, manger mieux, voire moins. En faisant attention à votre consommation, votre gaspillage, acheter bio ne vous coûtera pas beaucoup plus cher.  A un moment donné, il faut faire des choix. Si l’alimentation est une priorité de votre vie, le bio n’est pas cher. Consommer bio, ce n’est pas consommer plus cher, c’est consommer mieux, différemment.

F.M : Ressentez-vous l’obligation de garantir une production derrière cet achat?

P. Guiraud: 
Il y a une production si la nature est favorable. On ne peut pas garantir chaque année les mêmes produits, les mêmes récoltes, sinon, ce n’est pas bio, on passe à un système industriel.  Nous essayons de préserver les rentabilités, d’être de plus en plus percutants et performants, mais notre premier objectif est de respecter nos engagements sous le label vins biologiques.

F.M : Que pensez-vous de la production biologique en grande distribution ?

P. Guiraud:
Ce n’est pas le lieu où les producteurs biologiques sont le plus présents. La part de la grande distribution représente 19 % et ne progresse  pas. L’essor même de la bio est de pouvoir être représenté partout, nous avons besoin de ces réseaux, mais la grande distribution n’est pas le meilleur porteur pour notre image. Un metteur en marché expliquait que l’acte d’achat doit être communicatif, le consommateur a besoin d’avoir des informations sur le produit bio. L’intérêt des magasins spécialisés et des cavistes, c’est qu’ils peuvent être le relais du message. La grande distribution offre un linéaire, sans conseil, dans une recherche de prix, de promotion, ce qui ne correspond pas à l’éthique de la bio. Le bio en low cost, ce n’est plus du bio. La vente en grande distribution représente  un volume, autour de 200 millions d’euros, ce qui n’est pas négligeable. Mais il faut rester sur une politique qualitative. La consommation passe  aussi par des moyennes surfaces et des commerces de proximité, des circuits courts. Les modes de consommation vont se restructurer.

F.M: Comment situez-vous les vins natures ou en biodynamie ?

P. Guiraud:
La bio est aujourd’hui un mouvement porteur, qui a acquis ses lettres de noblesse, basées sur une image très crédible. C’est le seul mode de conduite avec des règles européennes bien définies, avec une certification, contrôlée chez les vignerons, des contraintes. La biodynamie est une autre façon d’aborder les choses, avec les astres, des produits, une réflexion plus empirique, mais structurée, qui peut être justifiée. C’est très intéressant. Avant tout, en biodynamie, il faut déjà être certifié en vins biologiques. Les vins natures jouent sur le terme de « nature » évocateur, sur la similitude avec la bio ou la biodynamie, mais sans certification ni contrainte. La seule crédibilité, c’est la parole du vigneron. Cela me gêne. Si les vins nature étaient d’abord biologiques, cela ne me poserait pas de problème, mais la législation ne le leur impose pas. Il n’y a aucune garantie pour le consommateur que ce vin ne contient pas de pesticides. Des vignerons en vins natures qui sont déjà certifiés bio essaient de se défendre pour ne pas être usurpés par de structures qui apposent nature en faisant croire que c’est du bio. Pour le consommateur, l’amalgame est complet. Il faut être très strict sur les termes.

F.M : Quel avenir pour le bio en viticulture ?

P. Guiraud: 
Ca fait 25 ans que je suis bio.  Les producteurs « ancestraux » ont fait leur travail, suivis par des conversions massives entre 2005 et 2015.  Les vins biologiques entrent aujourd’hui dans les concepts environnementaux, COP 21, COP22, ambition 2017 bio du Ministère. Ils ont un avenir certain. Le consommateur plébiscite nos productions. Nous devons résoudre quelques problématiques techniques pour pérenniser nos cultures. La production va devenir déficitaire par rapport à la consommation.
Les gens qui ne passent pas au bio ont quelques craintes par rapport aux risques climatiques, phytosanitaires, ou de ne pas savoir affronter ces problématiques. La culture biologique demande beaucoup de connaissances, des compétences, savoir peser les risques. Elle demande en permanence une recherche pour continuer à se développer. Des formations sont assurées à Sud vin bio par deux ingénieurs agronomes qui travaillent sur l’accompagnement des vignerons.

F.M: Sur quels terrains se déroulent vos recherches?

P. Guiraud: 
Nous travaillons sur toutes les maladies (black-rot, flavescence dorée), l’enherbement, les économies d’énergies, les tracteurs électriques, des  méthodes de plus en plus respectueuses de l’environnement. Nous travaillons surtout sur la prophylaxie : la bio c’est toujours une connaissance, une identification des problèmes, et un travail en préventif. Nous avons très peu de moyens curatifs. Il faut être très attentif pour intervenir bien avant que la maladie soit en place. Le profil des agriculteurs biologiques est un profil jeune, (une dizaine d’années de moins que les conventionnels), de formation Bac + 2.
Le bio n’est pas statique, nous ne sommes pas parfaits en bio, mais nous travaillons pour  trouver des solutions pour pouvoir être de plus en plus respectueux de l’environnement. La bio dans dix ans ne sera plus la même. Nous aurons trouvé des moyens physiques à substituer à tous les autres moyens. 

F.M : Des Moyens physiques ? C’est à dire pas de produits ?

P. Guiraud: 
Du travail, de la prophylaxie, des méthodes culturales. Par exemple, pour la flavescence dorée,  nous travaillons sur des aspirateurs de cicadelles, vecteur de la maladie, au lieu de les tuer avec des pyrèthres naturels. De nombreuses techniques évoluent, pour aller plus près de la nature. La recherche demande de gros moyens financiers. Le consommateur nous donne ces moyens en achetant le produit le juste prix, en nous permettant de travailler différemment.
Le bio, ça fonctionne !

Entretien réalisé par Florence Monferran


[1] NDLR :  - 10% en agriculture conventionnelle.
[2] NDLR : La viticulture  biologique crée 50% d'emplois en plus que le vignoble classique selon l’étude de l’INRA-Sup Agro de Montpellier, en raison de tâches moins mécanisées. Elle emploie en moyenne 1,8 personne, contre 1,2 dans une exploitation classique.
[3] Lors de l'édition 2016 du Concours Général Agricole, 301 vins bio ont remporté des médailles (133 médailles d’or, 119 médailles d’argent et 49 médailles de bronze). Les vins biologiques sont régulièrement primés dans les différents concours français (Challenge International du vin, Concours des caves particulières, Concours national des vignerons indépendants)

 

Challenge Bio et Millésime Bio,
Concours et salon spécifiques  à la culture biologique

Millésime Bio 30 janvier-1er février 2017 à Marseille, Parc Chanot
24e Edition - 900 exposants
300 exposants de la région Occitanie
40 % de la production nationale en vins et spiritueux,
toutes appellations sont présentes
200 exposants étrangers - 16 pays
2016 : environ 4500 visiteurs professionnels

Le 17 janvier, le concours rassemblera 400 producteurs et 1400 échantillons. Le nombre croissant de participants au concours montre un intérêt réel pour le label du Challenge.
A sa suite, le salon mondial Millésime Bio viendra promouvoir les lauréats. Organisé par les vignerons d’Occitanie, il a été créé à Montpellier en 1993, avec une vingtaine d’exposants. Il a depuis beaucoup grossi, déménagé souvent.  En 2017, il se tiendra  à Marseille, suite à une problématique avec le salon conventionnel Vinisud sur les dates. "Il n’y avait pas de synergie avec Vinisud, les façons de travailler sont bien différentes", explique Patrick Guiraud. Il poursuit: 
« Nous sommes un salon 100% bio, les exposants ne peuvent exposer que des vins certifiés Bio, toutes les tables  sont similaires. On est là pour  exposer et faire connaître des produits, pour que  les gens fassent des affaires. Millésime Bio est organisé des professionnels, la marque leur appartient, et tout l’argent est réinvesti dans la communication. Nous limitons le nombre d’exposants (une centaine en liste d’attente), pour avoir un ratio exposants/visiteurs cohérent. Nous  essayons de gérer la croissance du salon en fonction du nombre de visites.
Au Parc Chanot, les vignerons seront regroupés dans un seul hall, de 14 000 m2,  un hall de 10 000 m2 accueillant la restauration et la vinothèque. Quasiment tous les vignerons du Languedoc-Roussillon partiront à Marseille. Les professionnels viennent pour créer leur linéaire, leur réseau commercial, ou leur base spécialisée bio.  Notre panel d’exposants est très hétéroclite, du tout petit producteur au super négociant. Tous sont mélangés, sans classification. Le seul lien entre nous, c’est l’agriculture biologique, notre lien et notre ciment ».

Sudvinbio : ZAC Tournezy - 2, bâtiment A8, rue S. Signoret 34070 Montpellier
04 99 06 08 41 - www.sudvinbio.com

 

Un monde viticole retrouvé à Vic-la-Gardiole

L’affluence record du parcours commenté dans le village de Vic-la-Gardiole témoigne de l’engouement pour les Journées du patrimoine. Une soixantaine de personnes rejointes par un flot grandissant de curieux se pressait devant la Mairie autour d’une thématique 2016 sur « patrimoine et citoyenneté ».


Oenochoe, IVe s., Nécropole, Vic


Reconnaissance du château de Vic, 1161


Manifestation à Montpellier,
L'Eclair, 10 juin 1907

 

 Le vigneron antique était-il un citoyen?
Nous avons pu nous poser la question, en surplomb l’étang de Vic, témoin de l’installation de la viticulture sur nos rivages au Ier siècle avant JC. Villa (domaine agricole) et vicus (regroupement d’hommes libres) ont dialogué pour nous parler de lui, puis des apports des réfugiés de l’Espagne wisigothique au VIIIe s., installés dans l’ecclesia sancta de leocadia in valle. Effacé derrière le religieux, le citoyen devient paroissien, asservi, libre ou vassal. Nous le voyons au travail, dans les rues près de l’Eglise, possession des  évêques et prévosts de la puissante Maguelone.
Nous observons ses traces dans les compoix (registres fiscaux) et contrats de vente, imaginons sa vie dans la maison du XIVe s., son cellier, le tinal, où il loge ses tonneaux et ses récoltes. Nous nous interrogeons sur sa production, ses pratiques, d’excellence, qui font la renommée du terroir, malgré les accidents climatiques et la pauvreté du lieu La vie communautaire au sein des assemblées et des délibérations des consuls en porte l’empreinte.
Grande propriété, lopin de terre ou arrivée massive de bourgeois de Montpellier, nous évoquons la possession des vignes, les lieux où elle est installée, où elle se développe lors des expansions successives (XIVe, XVIe) pour envisager ses grands développements, bien avant le XIXe de la révolution industrielle et du vin-aliment, dès le XVIIIe et « la fureur de planter » qui s’empare de la région.
Après la révolution française, et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, le vigneron devient citoyen dans les textes. Ce sont des bourgeois, aisés vignerons, qui prennent les rênes économiques, et parfois politiques, du village. S’ensuit un double chemin pour la viticulture locale : de masse, en vins rouges, ou hautement qualitative avec le maintien d’une culture en muscats d’excellence, œuvre de toute une vie parfois, à l’exemple  de Frédéric Cazalis-Allut en son Domaine d’Aresquiers.
Les portes ouvertes par Magali Potet-Legros sur l’ancien chai viticole de sa maison vigneronne n’étaient pas assez larges pour accueillir tout le monde, sur le boulevard symbole de l’expansion viticole du XIXe et de ses corollaires architecturaux: c’est toute une armature nouvelle que le passage à la monoculture de la vigne a engendré dans nos villages. Puis les crises viticoles se succèdent au XXe siècle, 1907 reste dans toutes les mémoires, mais ce sont les années 1980 qui scellent le déclin de la pratique, recul des vignes au profit d’une nouvelle extension du village, à usage d’habitation et touristique, marquant d’une nouvelle empreinte architecturale et paysagère un village doublement millénaire.
Quoi de mieux qu'une dégustation, offerte par Sabine Nadal, caviste en vins bios et nature au Placard à Pinard, pour clore le parcours, conjuguer mots et écrits avec travaux pratiques sur le muscat à petits grains, en toute modération et en toute convivialité.

Un grand merci à tous, vicois depuis plusieurs générations ou d'adoption, touristes auvergnats, savoyards, belges et autres pour cette participation active, attentive et joyeuse!

Florence Monferran

 


Le village dans le cadastre napoléonien, 1807

Les vins du Pic Saint Loup reconnus en Appellation d’origine contrôlée (AOC)

 

L’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) vient de reconnaître l’AOC pic-saint-loup en vins rouges et rosés.
Après La Clape et les Terrasses du Larzac, un pas supplémentaire est franchi dans la hiérarchisation des vins du Languedoc avec la reconnaissance de ce terroir pionnier dans la production de vins de qualité.  Dominée par le Pic Saint-Loup et le Causse de l’Hortus, l’appellation, située à 30 kilomètres de Montpellier, comptera 17 communes, adossées aux premiers contreforts cévenols. L’influence du climat continental, qui se mêle à celle du climat méditerranéen associé à une belle palette de sols et de reliefs, façonne les vins de Pic Saint Loup, réputés pour leur finesse et leur fraicheur inhabituelle en bord de Méditerranée. Les rouges à base notamment de syrah, de grenache et de mourvèdre sont majoritaires (90 %) et donnent des vins profonds et veloutés, avec une bonne capacité de garde. Quant aux rosés qui représentent 10 % de la production, ils se caractérisent par leur joli équilibre fruité, tout en minutie.
L’obtention de l’AOC est considérée par les vignerons comme la reconnaissance d’un travail mené depuis trente ans, qui offre à la région des domaines de référence et de vraies pépites. Elle sonne comme du baume au cœur de ces hommes courageux qui font face à l’épisode dramatique du 17 août qui a ruiné une partie du vignoble sur le secteru Claret/Valflaunès/Lauret/Sauteyragues. Le Président du syndicat, Régis Valentin, le rappelle : « il s’agit d’une belle récompense du travail accompli par tous les Hommes de l’appellation qui se sont impliqués depuis des générations dans une démarche qualitative. C’est également une reconnaissance méritée pour cette appellation historique qui existe depuis 60 ans et un beau symbole pour les vignerons dont les vignobles viennent d’être durement touchés par la grêle. »
Une fois le décret paru au Journal officiel, les vignerons poursuivront leur travail de reconnaissance en AOC pour leurs vins blancs, et pour sortir d’ici une dizaine d’années un premier Cru, tout en haut de la pyramide des vins du Languedoc.

L’AOC pic-saint-loup en chiffres
Superficie de production : 1 000 ha
Aire de production : 17 communes
Les Matelles, Saint-Gély-du-Fesc, Le Triadou, Saint-Jean-de-Cuculles, Cazevieille, Saint-Mathieu-de-Tréviers, Valflaunès, Corconne, Sauteyrargues, Lauret, Claret, Fontanès, Sainte-Croix-de-Quintillargues, Vacquières, Assas, Guzargues, Brouzet-lès-Quissac).
Nombre de producteurs : 60 domaines, dont 3 caves coopératives
Production annuelle : 40 000 hl
Rendement moyen : 38 à 40 hl/ha
Couleurs : rouge (90%) et rosé (10%)

Rencontre avec Pierre Rabhi

L'équipe CarttooN Spirit, ce trio aux compétences et aux parcours variés, mais providentiellement complémentaires, a eu l'occasion de rencontrer Pierre Rabhi, paysan, écrivain et penseur français d'origine algérienne.

Pierre_Rabhi.officiel_bd

Pierre Rabhi est l’un des pionniers de l’agriculture écologique en France. Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines nourriciers.

"Le verbe est doux et assuré, oscillant entre « sobriété heureuse » et lucidité généreuse. Pierre Rabhi, 79 ans, nous reçoit le samedi 29 juillet dans sa ferme ardéchoise, où il continue de grandir depuis 55 ans et d’illustrer, en compagnie de sa femme Michèle, l’urgence d’un retour à la terre.

C’est sous l’œil bienveillant de l’oléiculteur Raphaël Colicci, ami commun et membre de notre Comité d’Ethique, que vient le temps de l’échange et de l’écoute après une excursion matinale dans la campagne familiale. Ce dernier trie patiemment les feuilles de rejetons, branches basses des oliviers, tapotant de temps à autre la brochure de Méditerranée terroir divin d’un bout de rameau.

Notre projet, en effet, trouve quantité d’échos à l’engagement de Pierre. Raphaël considère que la mission sur laquelle nous sommes engagés doit être soutenue par l’initiateur du Mouvement Colibris.

Qu’il en soit ainsi ! L’angle esthétique et émotionnel ravit Pierre. Il considère que, dans notre civilisation frénétique, la contemplation de la beauté contribue à (re)créer de l’émerveillement, source de joie, et non de plaisir bien éphémère. Selon lui, elle encourage également l’Humain, devenu « hors-sol », à retourner à la terre et à s’y apaiser. Nous écoutons attentivement Pierre semer graines et fruits issues de nombreuses décennies de réflexion.

Nous y retrouvons au détour de certaines observations, la résonance de nos oléiculteurs et vignerons silencieux préoccupés par la « vivance » de la terre (sic René Barbier du Clos Mogador) et la nécessité d’y retrouver une cadence juste.

Convaincus que notre projet doit se prévaloir d’une dimension spirituelle et philosophique, nous proposons à Pierre Rabhi de devenir le Président d’Honneur de notre Comité d’Ethique.

C’est de bonne grâce qu’en cette lumineuse matinée d’été il accepte de s’engager auprès de nous pour les 5 prochaines années. Merci Pierre !"

Laurence Crinquant

Pour en savoir plus sur Pierre Rabhi   : https://www.pierrerabhi.org/

Méditerranée terroir divin en Espagne

Méditerranée terroir divin, c'est 19 pays du bassin méditerranéen à explorer en 5 ans pour réaliser un ouvrage d'art mémoriel réunissant les images des plus beaux paysages viticoles et oléicoles du bassin méditerranéen ainsi que les portraits des vignerons les plus engagés envers la nature.

A l’origine de ce vaste projet, le photographe Claude Cruells, grand reporter bien connu du monde viticole qu'il valorise depuis plus de 10 ans. Si l’idée de réaliser un livre d’art dédié aux paysages viticoles méditerranéens a germé depuis plusieurs années dans l’esprit de Claude, c’est la création de l’Association CarttooN Spirit qui sonne le départ du projet l’été dernier. Agde-infos et tous les journaux du réseau Oc-infos sont fiers et heureux d'être partenaires de ce projet qu'ils vont accompagner au fil des ans tout autour de la Méditerranée. « Méditerranée, terroir divin » : un peu plus qu’un livre…ANDAMTdi_Priorat_Printemps©Claude Cruells-56

Premier projet mémoriel que nous initions, Méditerranée terroir divin a pour vocation de réunir les plus beaux paysages viticoles et oléicoles du bassin méditerranéen à travers ses 19 pays et les partager à travers un ouvrage d’art photographique. Au-delà de ces merveilleux et surprenants paysages, ce sont aussi les vignerons et oléiculteurs « silencieux », ceux qui font de l’huile et du vin vivants sur une terre vivante, que nous souhaitons rencontrer.

La Méditerranée est le berceau de ces cultures et, puissamment imprégnés de cette identité méditerranéenne, nous nous sommes fixés la mission d’en être les témoins et d’en protéger la mémoire. Aussi, estimons-nous avoir le devoir de réaliser ce travail mémoriel pour les générations futures et de transmettre des messages et des témoignages respectueux tout en léguant une mémoire des plus beaux paysages, dont certains sont millénaires, et de cette agriculture qui a fait la réputation de nos territoires.

 

 

L'équipe CarttooN Spirit

Un trio aux compétences et aux parcours variés, mais providentiellement complémentaires.

Claude Cruells

Spécialiste reconnu de la photographie sous-marine dans les années 90, il signe l’exposition « Méditerranée lumière » en 1994, collabore avec l’unité d’élite de la Police Nationale le R.A.I.D pendant 12 ans et fait l’inventaire photographique des cétacés de la Grande Bleue. Les années qui suivent l’amènent aux quatre coins du monde, de l’Everest à Wallis et Futuna en passant par l’Asie où il couvre le désastre du tsunami de 2004 pour VSD et l’América’s Cup en Nouvelle Zélande pour Bouygues Télécom.

Aujourd’hui Claude Cruells se partage entre le Languedoc Roussillon dont il est devenu le photographe incontournable du monde viti-vinicole comme en témoignent ses collaborations avec le Département de l’Hérault, Sud de France, le CIVL le CIVC les IGP34, Coop de France et beaucoup de domaines particuliers, ses reportages d’entreprises sur tout le territoire, et ses déplacements internationaux au cours desquels il réalise ses reportages personnels ayant essentiellement des thèmes humanistes basés sur la vie des populations minoritaires.

Au-delà de ces talents artistiques et de sa vocation de grand reporter, Claude surprend par son insatiable énergie, son esprit fédérateur et son aisance relationnelle.

Laurence Crinquant

Ses principales missions, au-delà de la réalisation de reportages, consistent à gérer la communication autour du projet et à donner un vernis littéraire, souvent poétiques, aux images de Claude.

Ethel Cruells

D’un tempérament paisible, Ethel couronne la puissance du trio grâce à son esprit subtil. Sa formation de juriste et son ineffable rigueur nous permettent de verrouiller les aspects administratifs, juridiques et logistiques du projet.

   

 Au-delà du livre d’art qui verra le jour dans 5 ans, nous réalisons des agendas-carnets de voyages. C’est l’Atelier Triptyque, collectif de jeunes artistes montpelliérains, qui l’illustrera dès la première parution annuelle au mois d’octobre en s’inspirant des photos de Claude et de nos récits de voyages. Des expositions sur panneaux lumineux ou sur supports CarttooN 94% recyclables contribuent d’ores et déjà à la diffusion du projet et constituent des outils de sensibilisation précieux.

Les carnets de voyages, aussi bien que les expositions, incarneront chaque année les expéditions photographiques effectuées dans l’année. Ainsi les expositions et carnet de voyages 2017 rassembleront-ils la mémoire de nos équipées en Italie (Sardaigne, Piémont, Ligurie), en Espagne (Priorat, Castellon et Andalousie), au Maroc et de nos excursions permanentes des régions méditerranéennes françaises (Occitanie, Corse et Provence-Alpes-Côte d’Azur).

Laurence Crinquant

Andalousie_Vieil olivier©Claude Cruells-78

Méditerranée terroir divin en Espagne : un premier parcours de 5000 km sans compter les expéditions en quad pour découvrir le Priorat, l'Andalousie, le Castellón. C’est en mars et avril que nous avons réalisé notre première expédition photographique en Espagne. Elle s’est déroulée en plusieurs temps, compte tenu du grand-écart à effectuer pour couvrir notre exploration viticole et oléicole : des vignes escarpées du Priorat aux millions d’oliviers de l’Andalousie, nos pérégrinations nous ont enfin mis en présence des monumentaux et majestueux oliviers millénaires du territoire de la Taula del Senia, dans la Province de Tarragone. Un reportage riche en rencontres et saisissant par la beauté et la diversité de ses paysages. Nous vous proposons quelques points forts aujourd’hui.

LE PRIORAT Début mars 2017 : les premières feuilles de vignes, d’une transparence toute juvénile, célèbrent le printemps. Les bras de René BARBIER, du célèbre Clos Mogador, et de son jeune fils Christian, s’ouvrent pour nous accueillir. René BARBIER, originaire des Côtes-du-Rhône, est un des acteurs incontestables du rayonnement mondial du Priorat viti-vinicole. C’est une relation charnelle à la terre, teintée d’un profond respect et d’une puissante sensualité qu’entretient cette famille avec ses vignes enracinées dans un sol schisteux et nichées entre Priorat et Montsant. René évoque les racines familiales.AndaMTdi_Priorat_Espectacle©Claude Cruells-111

A l’instar de ses vignes, elles puisent leurs ressources dans une préoccupation constante de la « vivance de la terre » et « l’étude de son ADN ». Christian prône la biodiversité, cherche les sources au plus près de ses vignes, pleure les abeilles, toujours plus rares, offre la terre riche des forêts à son vignoble. De la terre chez les Barbier, on en voit d’ailleurs que peu en ce printemps… Les sols sont jonchés de milliers de fleurs éclatantes de couleurs, tels des points d’exclamation sur une herbe tendre. René s’émeut de la symbiose de son fils avec la nature. Elle sublime ce qu’il a voulu transmettre aux trois enfants qu’il a élevés avec son épouse Elisabeth. Nous sourions. L’équipe de "Méditerranée terroir divin" reçoit avec grâce des échos à son engagement. Plus tard, une rencontre avec Salus Alvarez, à Porrera porte encore plus loin notre réflexion sur les cycles de l'histoire et l’éternel retour de l'homme vers des pratiques anciennes. Président de la DOC Priorat et "jeune" vigneron, il considère que la viticulture est l'avenir de la région et donne raison aux Cartusiens, conscients de la merveilleuse richesse de ce terroir atypique. Ces derniers y installèrent en effet leur prieuré au XIIème siècle. Celui-ci donna le nom de Priorat à la région, premier site de production de la célèbre Chartreuse.

Côté oliviers, c'est un échange exceptionnel avec Fernando Miro et Neus Cubells, oléiculteurs en agriculture écologique qui achève de nous convaincre, qu'ici, entre Priorat et Montsant, on n'en pas fini d'aimer la terre et de vouloir y infuser respect et amour et d'en transmettre aux générations futures une vision positive, entre lucidité et animisme.http://blog.ville-poussan.fr/wp-content/uploads/2017/08/Andalousie_Los-Canones%C2%A9Claude-Cruells-73.jpg

 

L'ANDALOUSIE

Dernière semaine de mars : dernier coup d'œil à tout l'équipement, entre rituel et sacerdoce ! Environ 1100 km, nous séparent de notre destination et nous sommes convenus d'effectuer le trajet en deux étapes. Parvenus à Jaèn le lendemain, nous constatons avec plaisir que notre arrivée a été minutieusement préparée par l'équipe de Pellenc Iberica.

Cette aide précieuse pendant notre semaine de reportage nous mène vers d'incroyables paysages andalous où l'on peine à distinguer les parcelles sans oliviers. La Sierra de la Pandera à 1872 mètres fait partie de ces lieux rendant inaccessible toute culture de la vigne et de l'olivier. C'est le seul moment où nous aurons froid lors de cette exploration ibérique.Andalousie_La Pandera©Claude Cruells-68

 

Juché au sommet de ce massif, un refuge nous offre néanmoins quelques visions éphémères d'oliviers semés ça et là au creux d'une vallée abreuvée par l'Embalse del Quiebrajano (barrage). Au loin, la Sierra Nevada, encore enneigée, cache la Mer d'Alboran et les rivages marocains, destination prochaine de "Méditerranée terroir divin".

Qu'à cela ne tienne, une journée à Grenade nous rapproche quelques jours plus tard de l'Afrique et dévoile les charmes exubérants de l'Alhambra, monumental édifice d'art hispano-mauresque. Les odeurs de cuir et le parfum des épices, évoquent d'autres oliviers, ceux d'une Méditerranée aux accents orientaux.

Point d'orgue de notre mission andalouse, Los Cañones, sur la commune de Los Villares, nous offrent un terrain de jeux tel que nous y retournerons trois fois afin d'en saisir toutes les lumières et contrastes. Défilé étroit entre deux parois calcaires atteignant 200 mètres de hauteur, il abrite des milliers d'oliviers, plusieurs fois centenaires.

L'accès est difficile et l'équipe se félicite de pouvoir l'explorer en quad, même s'il faut entre temps mettre le pied à terre, escalader quelques pentes et même grimper aux arbres !

LA TAULA DEL SENIA,

Province de Tarragone

Ce n'est pas le moindre des rendez-vous qui nous attend les jours suivants. Tandis que nous nous rapprochons des monumentaux oliviers millénaires sur le territoire de la Taula del Senia, nous ignorons encore à quel point leur découverte va nous bouleverser.

Si nos précédents reportages nous ont convaincus de la valeur esthétique de notre projet "Méditerranée terroir divin", notre rencontre avec ces arbres majestueux et ancestraux nous projette littéralement dans sa dimension mémorielle et émotionnelle.

Ce sont les membres de la Mancomunitat de la Taula del Senia, Teresa Adell et Jaume Antich, qui sont nos guides et c'est avec une affectueuse tendresse qu'ils nous présentent ceux qu'ils défendent passionnément. En effet, les oliviers millénaires sont l'objet d'une spéculation alarmante et nombre d'entre eux finissent dans de riches propriétés bien loin de leurs racines originelles. Pour protéger les oliviers et lutter contre leur trafic, la Macomunitat a numéroté quelques 4900 de ces monuments, ce qui fait de ce territoire "la région au monde avec la plus grande concentration d'oliviers millénaires", selon Tere Adell.

Depuis 2006, la région de Valence interdit aussi d'arracher des arbres de plus de 6 mètres de périmètre. Sculptés par le temps, certains ont été témoins de la suprématie romaine et, parfois acteurs de l'histoire, comme en atteste la chronique de l'un d'eux "Cuatros pattos" qui abrita en son sein un jeune résistant au pouvoir franquiste et le sauva in extremis de la milice, et parfois acteur... de cinéma, en témoigne "L'olivier", film sensible et engagé d'Iciar Bollain en 2016. Mais l'Homme n'est pas le seul danger pour ces oliviers millénaires et c'est parfois la nature, envahissante, qui contribue à étouffer ces témoins des âges. Amador Peset, agriculteur de 40 ans, révèle-t-il une remarquable inversion des forces vitales, où l'homme, armé de débroussailleuses et de sécateurs vient libérer l'arbre d'une asphyxie végétale et le rendre ainsi à la lumière. Il est à présent le gardien de quelques 106 oliviers millénaires, dont il récolte les olives pour les transformer en huile d'olive d'oliviers millénaires, qui, nous vous le promettons, ont un petit goût d’éternité !

ANDACastellon_Claude et l'olivier millénaire ©Laurence Crinquant

 Et parce qu'il n'est jamais assez tôt pour éveiller les consciences et que l'ouvrage d'art "Méditerranée terroir divin" ne paraîtra que dans 5 ans, notre photographe Claude Cruells a proposé un reportage photographique sur les oliviers millénaires de la Taula del Senia et leur protecteur Amador Peset au Figaro Magazine. Ce dernier sera réalisé en deux temps dont l'un lors de la récolte des olives de nos majestueux ancêtres fin octobre. Vous pourrez découvrir un documentaire d'une dizaine de pages dans le numéro de novembre !

Vous l'aurez compris, ce premier reportage en Espagne nous émeut encore quelques mois plus tard. Il aura donné à notre engagement la profondeur mémorielle qu'il revendique. Il nous donne encore plus envie de partager avec vous les magnifiques paysages de vignes et d'oliviers de la Méditerranée et les témoignages des acteurs silencieux et visionnaires de la viticulture et de l'oléiculture de demain. Prochaines destinations : la région de Fès-Meknès au Maroc où la culture des oliviers a pris son essor lors de l’occupation romaine et l'Italie, où vous découvrirez les paysages magnifiques de la Sardaigne du nord, ainsi que la viticulture héroïque en Vénétie, sur les collines de l'appellation Conegliano-Valdobbiadene.

Et ce n'est pas fini, des étapes encore longues sont prévues et dès fin octobre l'équipe de Méditerranée, Terroir Divin retournera en Espagne pour ne pas louper les teintes d'après vendanges dans le Priorat, ni la récolte sur les oliviers millénaires dans le Castellón!

Laurence Crinquant

Quelques liens utiles :
www.turismepriorat.org - closmogador.com - www.doqpriorat.org - www.molideloli.com - www.pellenc.com - http://www.lugaresmiticosdejaen.com - www.tauladelsenia.org - www.aceitespeset.com

 
 

ANDA LOGOID of ARTS ID OF ARTS a la mission essentielle d'amener et de développer l'art dans l'entreprise.

Ces fonds de dotation aide à la création la promotion et la diffusion de projets artistiques et culturels sur les territoires locaux nationaux et internationaux via le mécénat et le partenariat d'entreprise.

"Rendre la création accessible à tous, aider à la sauvegarde du patrimoine local, accueillir des artistes en résidence sont les axes majeurs de sa politique culturelle Le projet "MTD" s’inscrit parfaitement dans cette politique de projets d’ouverture sur le bassin méditerranéen alliant à la fois la notion de conservation d'une "mémoire patrimoniale" de la viticulture et de l’oléiculture et de pratiques artistiques (photographies, textes, dessins) performantes initiées par des artistes riches en humanité et partages. Projets, artistes, territoires, engagés …"

une belle aventure qui a du sens !

 

 
 

A la rencontre d'un nouveau souffle en caves coopératives


Rebaptisées en « vignerons de » ou parées de noms antiques, à l’instar d’Héraklès à Vergèze, ancrées dans leurs villages languedociens comme un clocher à son église, les caves coopératives, symboles de la viticulture de masse du XXe s. en vins rouges courants, ont changé de patronymes ... et de visage. 

Après le grand tournant des arrachages, des fusions entre elles, elles ont pris le chemin de la qualité et de l’innovation par le biais d’options économiques diverses. Ces « cathédrales de Bacchus » d’une époque révolue se muent en caveaux de vente ultra-modernes, à l'exemple de Florensac, Mèze ou Celleneuve. Elles offrent aujourd’hui des vins de toutes les couleurs, produits en AOC, IGP, IGP Oc ou Vin de France. Artisans du patrimoine aux cuvées historiques, coopérateurs à une échelle industrielle assumée, le cépage chevillé au corps, comme Pomerols au picpoul, tournés vers la résurgence d’une très vieille histoire, à Saint-Georges d’Orques, ou à la pointe du marketing, ces viticulteurs partagent une souplesse à s’adapter à l’évolution des marchés économiques, et aux modes de consommation actuels. Ils démontrent une inventivité dont les inaugurations qui se succèdent depuis le mois de juin, à Montagnac, à Pomerols,  apportent une illustration vivante. Tout un symbole: la cuve historique d’une capacité de 41 00 hl, la plus grande d’Europe dans les années 1960, a été démolie à Montagnac pour laisser place à un projet « ambitieux et moderne », d’ateliers de vinification à la pointe de la technique. Tous ces exemples éclairent, dans sa multiplicité, le nouveau souffle du secteur coopératif en Languedoc, en particulier dans le grand Montpellier et en Pays de Thau.

Cette coopération reste porteuse de valeurs anciennes, de travail en commun, de solidarité, dans le souci de bien rémunérer ses adhérents. « Les vignerons du Pic gardent ce précepte au centre de leurs préoccupations » explique leur Directeur, Bruno Daneluzzi. Mais des valeurs remises au goût du jour, en sachant si possible anticiper l’avenir. Joël Julien, son Directeur, le résume pour la cave de Pomerols : « dans notre conception, la coopération est avant tout une aventure humaine, et une mise en commun de moyens pour mettre en œuvre des stratégies d’entreprise efficaces. » Ces stratégies ont entraîné une  mutation dans les mentalités: l’investissement n’est plus considéré comme une prise de risque, ou une part qui vient amputer la rémunération de l’adhérent.

Le renouveau coopératif passe par la qualité. Rupture avec le passé, tout ou majeure partie du vin est conditionné sur place (Assas, Pomerols), quand il partait autrefois massivement en vrac, en citernes. La recherche de la qualité peut passer par la limitation de la production de la cave. A Assas, qui produit en AOC Languedoc - Pic Saint-Loup et Grés de Montpellier,  le Conseil d‘administration a acté de ne produire que ce qui peut être vendu. Pas toujours simple à faire passer: il faut convaincre les adhérents, mettre au point un cahier des charges qualitatif (sol, conduite de la vigne, jusqu’à la surmaturité des rouges).
La coopération partie prenante de la recherche d’excellence? A Saint Georges d’Orques, la cave participe main dans la main avec les vignerons indépendants et le syndicat au travail pour l’obtention d’un cru communal. Tous s’appuient et valorisent ensemble une démarche historique sur ces vins fins, naturellement élégants célébrés par Thomas Jefferson dans son voyage en France, avant de devenir Président des Etats-Unis d’Amérique.

 
Nouvelle cuverie à Montagnac                                          Chaîne d'embouteillage à Pomerols

Dans une option de modernisation à grande échelle, des caves n’ont pas hésité à s’équiper en matériel pour traiter vins blancs et rosés au froid. Les vignerons de Montagnac en sont un bel exemple. Ils inauguraient le 21 juin dernier leur nouvel atelier de vinification, d’une capacité de 45 000 hl, tout en cuverie inox, à l’abri de l’oxygène dès l’arrivée du raisin jusqu’en cuve de fermentation. Des jus automatiquement sélectionnés, pressés dans d’immenses pressoirs mis au point sur place, sont ensuite refroidis et distribués en cuves de débourbage. Cout: 3,7 millions d’euros. Ces investissements font dire à Boris Calmette, président régional de Coop de France « qu’en cave coopérative, les investissements réalisés au service des adhérents le sont également pour les générations à venir ». Deux jours après Montagnac, les Costières de Pomerols inauguraient leur nouvelle ligne d’embouteillage, entièrement automatisée. D’une valeur de 1,5 millions d’euros, elle constitue la dernière étape d’une modernisation complète, entamée à partir des années 2000, « dans l’ordre » rappelle le Président sortant Cyr Gaudy, partant de l’encépagement, puis la vinification jusqu’à la commercialisation. « Ce n’était pas évident. Le premier investissement coûtait 6,5 millions d’euros. Tout le monde a suivi » raconte celui qui, après 14 ans à la barre, passe le relais, serein, à la tête d’une coopérative qui fait figure aujourd’hui de locomotive. En opérant plusieurs fusions, se dotant d’outils de vinification, mise en bouteille et stockage , ainsi que de caveaux de vente, les Costières de Pomerols ont démontré leur capacité à élaborer et poursuivre durablement des stratégies commerciales, s’adapter aux nouvelles conditions des marchés.
Ces caves ont répondu à la crise. « Nous avons traversé une crise économique où le consommateur cherche à identifier des produits de très bon rapport-qualité/prix » analyse Joël Julien. La crise analysée, la cave a préparé, anticipé les reconversions. Henri Cabanel, sénateur de l’Hérault, le rappelle : « la viticulture languedocienne, aujourd’hui connue et reconnue, dans une agriculture malade, s’est prise en mains, n’a pas ménagé sa peine et ses efforts ». 
Elles ont construit des marchés: Assas en réseau cavistes France (60% de son activité), Pomerols à l’export (pays anglo-saxons, Asie maintenant), St Georges d’Orques avec Montpellier Méditerranée Métropole en Chine.
 
Les résultats sont là: une progression à deux chiffres à Assas, des bouteilles bien valorisées, des frais de vinification qui n’ont pas augmenté à Pomerols, malgré la lourdeur des investissements.
Le succès économique tient aussi à une démarche marketing pensée, qui définit un profil de produit à vinifier (Pomerols, Assas), avec une belle typicité en Picpoul de Pinet, Languedoc - Pic Saint Loup et Grés de Montpellier. Bouteille personnalisée, vins dotés d’une véritable identité,  à l’instar du slogan « son terroir, c’est la mer » en picpoul, le travail de communication a intégré le produit dans son environnement.

 
Terroir d'Art à Montagnac                                                                               Cuvée Jefferson de Saint-Georges d'Orques

Ces caves savent aussi surfer sur des vagues montantes, celle, en particulier, des nouvelles appellations: en picpoul de pinet depuis 2013 (Montagnac, Pomerols), en dénomination Grés de Montpellier depuis 2003 (Assas, Saint Georges d’Orques), qui constituent des valeurs porteuses d’image.  Ces caves ont observé et géré de nouveaux modes de consommation, à l’exemple d’Assas et de Saint-Georges d’Orques avec des vins féminins, gourmands, qui s’adressent à un consommateur plus jeune. Elles ont utilisé l’aspiration touristique, comme pour Pomerols près du Cap d’Agde, Assas et Saint Georges d’Orques près de Montpellier, métropole régionale tournée vers l’international. 
Elles ont glissé vers l’oenotourisme, aidées en cela par le département ou la marque régionale Sud de France pour s’offrir un nouvel élan. Les circuits oeno-rando inaugurés en juin à Montagnac et Pomerols en sont la preuve pour Jean-Louis Reffle, directeur des Vignerons de Montagnac : « L’oenotourisme fait partie du renouveau de la Cave, de notre dynamisme ». Il permet d’y renouer avec un « Terroir d’art » à parcourir avec Nadine, vigneronne et conteuse de sa terre. Cette oenoculture allie sans complexe vins et mets, à l’exemple  des ateliers de Beauvignac à Mèze, musique, photo, art, paysages … et démontre un attachement au terroir. A Saint-Georges d’Orques, il n’est question que de patrimoine, et d’histoire. Une Cuvée Jefferson a vu le jour à la demande de l’ambassadeur des Etats-Unis venu il y a cinq ans dans le village perpétuer son souvenir.
Le récent concours national de l’oenotourisme en caves coopératives à Marseille ne s’y est pas trompé. Il a largement récompensé les initiatives héraultaises[1].

Une amorce plus timide en vins biologiques fait jour. Les inaugurations ont vanté la pratique de la confusion sexuelle à Montagnac et  Pomerols, qui limite l’usage de traitements. Trois productions bio  sont vinifiées et mises en bouteille en prestation à Montagnac. Tout le matériel de l’ancienne cuverie détruite y a été recyclé, et l’installation d’une toiture photovoltaïque fait montre d’un souci environnemental. Mais d’une manière générale, le bio en cave coopérative, en Languedoc-Roussillon ne prend qu’une part relativement faible: moins d’un quart du vignoble bio est en coopérative, 1 coopérative sur 4 produit du bio (66/210 en Languedoc).

Caveau des Vignerons du Pic à Assas

Vous croiserez peut-être cet été un rouge en Grés de Montpellier de Saint-Georges d’Orques ou Assas, un picpoul de Pomerols ou de Montagnac, … ou un rosé de Bessan en bord de mer. Vous saurez alors par vous-mêmes combien ces caves coopératives ont progressé sur le chemin de la qualité et de la création, comment, à leur mesure, elles contribuent par leurs efforts et leurs compétences au renouveau de la viticulture languedocienne tout autour de Montpellier.

Florence Monferran


[1] Les circuits « Oeno-rando» – démarche portée par un groupe de 10 caves coopératives de l’Hérault en Catégorie "Balades vigneronnes" » et L’Art en Cave – démarche portée par la cave de Saint-Chinian en Catégorie "Evénements, animations"

Montagnac et Pomerols : entre investissements colossaux et oenotourisme

 

Les Vignerons de Montagnac :
Créés en 1937
Président : René Moréno, Directeur : Jean-Louis Reffle
Fusion avec Lézignan, Tourbes, Loupian
2000 ha - 130 000 hl
50% en rouge, 25% en rosé, 25% en blanc
AOC Picpoul de pinet, AOC Languedoc Rouge, IGP Coteaux de Bessilles, vins de cépages
Circuit oeno-rando « Terroir d’art »

15 Avenue d'Aumes - 34530 MONTAGNAC
04 67 24 03 74 - www.lesvignoblesmontagnac.com et www.terroir-dart.com 


 

Les Costières de Pomerols : 
Créées en 1932
Président  depuis juin 2016 : Jean-Louis Atienza, Directeur : Joël Julien
Fusion avec Castelnau de Guers, Mèze
1800 ha, dont 430 en picpoul - 130 000 hl
65 à 70 % conditionnés 
AOC picpoul de pinet, IGP Oc, IGP Cotes de Thau
60 % blanc, 20 % rosé, 20% rouge
6 millions de cols, capacité portée à 8-10 millions avec la nouvelle chaîne d’embouteillage
Circuit oeno-rando  et Thaucyclette ( à vélo)
Avenue de Florensac - 34810 POMEROLS
04 67 77 89 94
Et Caveau de Beauvignac - Route de Pézénas -34140 MEZE
04 67 43 80 48
www.cave-pomerols.com 

 Assas et Saint-Georges d’Orques: un passé prestigieux dans l’aspiration de Montpellier
Les deux lieux produisaient des crus très réputés aux 17e et 18e siècles


 

Les Vignerons du Pic :
Créés en 1939
Président : Yves Euzet, Directeur : Bruno Daneluzzi,
Fusion de 4 coopératives
629 ha en 2015
45 000 hl
AOP Languedoc et dénomination Pic Saint Loup et Grés de Montpellier, IGP Oc
60% de son activité avec les cavistes (400 en France)
20-25 % en vente directe
20 % à l’export
Progression en Grés de Mtp : de 10000 bouteilles il y a dix ans à 100 000 bouteilles285,
Avenue de Sainte Croix-34820 ASSAS
04 67 65 93 55
Et Caveau du Cellier Du Pic
2 Avenue du Pic Saint-Loup - 34 980 SAINT-GELY-DU-FESC
http://vigneronsdupic.net 

 

Saint-Georges d’Orques, « l’émeraude de Montpellier »
Créée en 1947
Président : Robert Vidal, Directeur : Marc Fite
Fusion (la première du département en 1980) avec Celleneuve
412 ha
27 000 hl en 2015
AOP Languedoc, et dénomination Grés de Montpellier, IGP Oc
Objectif : reconnaissance en cru communal en 2018 ou 2019/21
avenue de Montpellier - 34 680 SAINT-GEORGES d’ORQUES
04.67.75.11.16
et Caveau de Celleneuve 
10 rue de Gignac
  -34000 MONTPELLIER
04.67.75.22.79

http://cavesstgeorges.pagesperso-orange.fr 

Crédit photos aux Caves coopératives

Aux sources de l’appellation d’origine contrôlée

Un lent cheminement à travers les siècles. L’exemple du muscat de Frontignan

 
Pomologie française mid 1800's Smithsonian Libraries Biodiversity Heritage Library - copiePlanche de muscat blanc,
Duhamel de Monceau, Redouté, 1768

FRontignan - copie 2Estime générale du diocèse de Montpellier,
1519-1520 (ADH) IMG_2245Mémoire Chambre de commerce de Montpellier, 1730 (ADH)

Chais - copieChais Botta, 1906

ADH 20 MAI 1911Lettre du syndicat agricole de Frontignan, 20 mai 1911 (ADH)

Image 1 - copieDécret du 31 mai 1936 (ADH)

Muscat 1942, pblicité papierPublicité papier, 1942

   

La création du Comité National des Appellations d’Origine, en 1935, avalise la singularité de vins, d’usages et d’histoires. Elle donne naissance en 1936 à une salve d’AOC dont, le 31 mai, l’appellation d’origine muscat de frontignan. La célébration de ses 80 ans prête à se pencher sur la lente maturation d’une idée. Le cheminement vers la reconnaissance de pratiques d’excellence court à travers les siècles, s’incruste dans les mentalités, s’immisce, ici dans les privilèges des villes médiévales, là dans des comportements protectionnistes, pour trouver son aboutissement, après un long périple législatif au XIXe et au XXe siècles.

Le cheminement dans les mentalités

A l’origine de nos vignobles, les plantations se soucient peu de cépages. Sur le modèle proposé par les agronomes romains, le sol, l’exposition, le climat priment. Aussi, si nous ne connaissons tout au plus que des familles de vignes antiques, Columelle, Palladius ou Pline l’Ancien laissent-ils dans les esprits l’ébauche de ce qui aboutira, deux millénaires plus tard, à la définition d’un terroir. « Le terroir vitivinicole est un concept qui se réfère à un espace sur lequel se développe un savoir collectif, des interactions entre un milieu physique et biologique identifiable et des pratiques vitivinicoles appliquées qui confèrent des caractéristiques distinctives au produit originaire de cet espace »[1].

Cette notion française intraduisible, que les langues étrangères conservent tel quel, fait son entrée dans l’histoire aux XVIe siècle. L’inscription de la terre du lieu en tant que « terroir » dans les estimes générales et compoix fait entrer le vocable dans l’usage, sans aucune connotation particulière. Une fois la viticulture installée dans nos paysages, se construisent des systèmes de protection de son cru, en réaction à la concurrence. L’instauration de privilèges et droits d’entrée des vins étrangers à sa ville dresse une barrière tant mentale que financière à l’arrivée de vins perçus comme rivaux, conférant au vin local une valeur spécifique et une supériorité économique. Les vins du Languedoc le savent bien, qui sont bloqués par le privilège de la ville de Bordeaux depuis 1271, et ne peuvent vendre qu’après la Saint-Martin, une fois les prix en baisse. Les villes viticoles comme Frontignan régulent aussi l’arrivée de vins, y compris de leurs voisins. Le chapitre cathédral de Maguelone, déplacé à Montpellier, y est obligé de s’acquitter de droits, même moindres, pour rentrer sa récolte intra muros[2]. Le principe est combattu au XVIIIe siècle par les Etats du Languedoc, jusqu’à la libre circulation des vins dans tout le royaume édictée par Turgot en 1776.

Désignation du terroir du lieu, droits d’entrée fixent une sphère géographique contenue à la production, particulièrement en matière viticole. Des signaux jalonnent également la mise en avant d’une exception locale à partir du moment où son vin rayonne économiquement, à l’instar des muscats au sortir du Moyen-Age. Il ne s’agit plus seulement de protéger son vin, mais aussi la qualité de son vin contre les fraudes, et l’origine de son vin, contre les imitations. Il en va de même pour tous les crus réputés, des Cotes du Rhône à Saint-Georges d’Orques[3]. Au XVIIe siècle, Frontignan déploie un arsenal de mesures qu’il va défendre auprès du Parlement de Toulouse: registre de chais, marquage des fûts de muscat de Frontignan, contrôle des vins étrangers, inspections. Et ce, bien qu’un arrêt du Parlement de Toulouse de 1622 ait autorisé l’entrée des vins des villages voisins[4]. La marque d’origine au fer rouge apposée sur les tonneaux est confirmée au XVIIIe siècle[5]. Elle est surveillée par les consuls, qui prennent une part active à la protection du précieux nectar. Les Cahiers de doléances de 1789 inscrivent la nécessité d’une politique protectionniste, reprise après la Révolution. En 1818, Frontignan, qui vise la concurrence de Lunel, demande au préfet l’autorisation de prendre des mesures contre les vins doux produits hors de son terroir, de nommer des contrôleurs de qualité du muscat après vendange. Voici le lien entre lieu et qualité couché sur le papier.

Un autre jalon est posé avec les classements des vins, qui introduisent dans les mentalités la notion de hiérarchisation. L’usage en est fréquent depuis La Bataille des vins d’Henri d’Andeli en 1224. Fin XVIIIe siècle, divers mémoires établissent le muscat de Frontignan et de Lunel tout en haut d’une pyramide qualitative, qui repose ensuite sur les crus rouges, Cotes du Rhône, St Georges d’Orques, St Drezery, St Christol. Fin XVIIIe, les vins sont même délimités en quatre catégories : vins de renom, désignés par des noms de terroirs, comme les Cotes du Rhône et muscats, vins de cépage, par exemple les picardans, puis viennent les produits de distillation, liqueurs et vins parfumés. Le classement interpelle les hiérarchies établies fin XXe s. entre AOC, VDQS et vins de table ![6]

L’installation d’un vignoble de masse au XIXe siècle nuit aux vins doux, dont la part dans la production s’amoindrit. Emporté par le phylloxéra, le muscat doit son salut, autour de Frontignan, à la migration des muscats vers les coteaux.

Des jalons législatifs

C’est un arsenal législatif (loi Arago en 1872 et loi Pams en 1898) qui prend le relais de la protection des meilleurs crus. Ce dispositif, complété en 1907, définit les vins doux naturels (cépages, alcool), les exemptent de lourdes taxes en les maintenant sous le régime fiscal de vins ordinaires.

Nouveau pas en avant, l’Appellation d’Origine est autorisée par la loi du 1 er Août 1905, afin de « protéger contre la fraude les régions productrices de nos produits les + réputés »[7]. Le Petit Méridional publie, en 1909, la tribune d’un propriétaire prônant de « faire délimiter notre région. Le muscat de Frontignan n’est pas un produit de fantaisie ; c’est un vin de cru »[8] . Des commissions locales commencent à se réunir pour procéder à cette délimitation « en vertu d’usages constants », terme ne quittera plus le champ lexical législatif.

Quand bien même le chemin semble tracé, fin XIXe-début XXe siècles, les appellations d’origine trébuchent : Frontignan n’obtient pas la délimitation géographique que le syndicat réclamait avec insistance au Ministre de l’Agriculture, dans un courrier daté du 20 mai 1911.[9] Le Préfet de l’Hérault reconnaît « la très grande renommée » du muscat de Frontignan et la nécessité de se prémunir des nombreuses imitations. Mais il préconise « une grande prudence dans l’examen des délimitations », dans un moment où le sujet est très discuté et un projet de loi en débat. Le Ministre de l’Agriculture suit son avis et ne donne pas suite à la demande du syndicat[10]. Ce n’est qu’en 1919 que la procédure pour la délimitation des futures appellations est introduite dans la loi. Le critère «territorial » est retenu en 1927 pour des vins qui « doivent satisfaire à des conditions d’origine géographique, de cépage, d’aire de production, consacrés par les usages locaux et constants », socle commun aux futures appellations. Des syndicats de défense du cru se forment dans les années 1920, en Minervois, dans les Corbières, et à Frontignan, où l’organisation réunie par Victor Anthérieu reprend les bases des cahiers de doléance de 1789 : « toute personne étrangère à la commune ne peut introduire dans ladite commue du muscat, soit en vin, soit en fruit ». Pour asseoir la notion de terroir vigneron, Louis Chappotin rédige « le muscat à travers l’histoire » La délimitation officielle du vignoble de l’Hérault entérine, en 1932, les hiérarchies anciennes. Elle distingue les « crus récoltés « : vins du Minervois, de Saint-Georges d’Orques et muscats de Frontignan, des « vins ordinaires », dans les autres régions du département[11].

Le 30 juillet 1935, le Conseil National des Appellations d’Origine des vins et eaux de vie (devenu INAO en 1947) est chargé d’organiser le label, dans un contexte de crise viticole et après bien des fraudes sur les qualités. Très actif dans la phase initiale de création d’AOC (1/3 de celles existant aujourd’hui), il privilégie le critère local des appellations, entérinant la position d’influence des syndicats à l’origine des demandes. Les AOC voient le jour sur fond de Front Populaire et de revendications des ouvriers agricoles. Les vendanges se déroulent en septembre dans une grande agitation.[12]

Le muscat obtient l'AOC en 1936 pour trois dénominations: Frontignan, muscat de Frontignan et Vin de Frontignan, sous trois vinifications possibles : vins naturellement doux produits par raisins passerillés, vins de liqueur et vins doux naturels. Le rendement des vignes ne doit pas excéder 20 hl/ha. La forme de la bouteille est même inscrite sur les tablettes.[13] Une commission de contrôle qualitatif des boissons reçues est instituée en 1937. Elle siège dans l’Hérault à partir de Mars 1938 [14]. Le 1er Mai 1939, la grêle s’abat sur le vignoble autour de Frontignan, comme un signe avant-coureur des temps sombres qui s’avancent.
Tout en se gardant de reconstruire le passé avec nos propres schémas et connaissances, des pierres et des jalons nourrissent cette idée protectrice de pratiques et de typicités, porteuse de la création des AOC en 1936. Son cheminement procède d’une maturation longue et complexe. Il n’est en rien inéluctable. A peine croit-on le principe acquis – 80 ans c’est peu au regard du flux historique – que de nouveaux dispositifs viennent le remettre en cause. La négociation actuelle sur le Trans-Atlantic Free Trade Agreement (TAFTA) pointe la fragilité de la protection de nos terroirs. Les Etats-Unis, où seules les marques sont protégées, refusent de cesser d’utiliser 17 appellations d’origine européennes dites semi-génériques[15]. La commémoration de la création des AOC en 1936 prend tout son sens et son relief dans cette actualité brûlante qui en éclaire la singularité du contenu, à l’image du parcours du muscat de Frontignan.

Florence Monferran

 

 

Notes
[1] Définition retenue par l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin en 2011.
[2] Arrêt de la Cour des Comptes, Aides et Finances de Mtp du 5 fév. 1756 portant règlement pour la levée des droits de subvention : un peu plus d’1 livre pour chaque muid « comme vin de terroir » que chaque habitant de Mtp aura recueilli « dans le Terroir » et taillable, et 2 livres hors taillable, ET 10 livres/ muid pour les vins hors taillable appartenant à des étrangers (au terroir). « Les personnes qui favoriseraient, en quelque manière que ce soit, l’entrée de vins étrangers seront déchues de leurs droits et privilèges d’habitant pendant le cours du bail. (Archives Départementales de l’Hérault série C)
[3] Ainsi une requête des consuls et habitants de Roquemaure demande en décembre 1738 un règlement pour empêcher que les vins des terroirs voisins ne soient confondus dans les ventes qui s’en font à l’étranger, avec les vins du cru, bien supérieurs (ADH)
[4] Arrêt du Parlement de Toulouse, Juillet 1665
[5] Arrêt du Parlement de Toulouse, 1718. D’autres communes pratiquent le marquage des tonneaux : St Georges d’Orques, Saint-Christol (instauré en 1785)
[6] Mémoires de la Chambre de commerce de Montpellier, Rapports des Intendants du Languedoc, ADH C2683 et 2684
[7] Le décret d’application de septembre 1907 stipule : il sera « statué ultérieurement sur la délimitation des régions pouvant prétendre exclusivement aux appellations de provenance des produits ». Le Ministre adjoint à ces commissions des députés des régions concernées ; les commissions devront rendre des avis motivés. (ADH) [8] La demande est refusée le 29 janvier 1912 ADH, 7 M 529
[9] Signé par le président du syndicat Provost-Cantagrel, le courrier prie le Ministre « de faire procéder à la délimitation du territoire producteur de muscat de Frontignan », dans le seul but d’« empêcher la fraude qui se fait sur une grande échelle sur le nom de Frontignan, et de sauvegarder une renommée nationale ».
[10] ADH 7 M 544
[11] ADH 6M 1872 [12] Les milieux patronaux craignent un sabotage et agitent les peurs dans une grande campagne de presse. ADH 7 M 541
[13] Degrés minimum : 15° minimum d’alcool acquis dont 123 g de sucre naturel par litre en vin naturellement doux, 15° et 178 g de sucre en Vin Doux Naturel avec apport de 10 % d’alcool après le début de la fermentation, 15° en présence d’un excès de sucre naturel de 125 g par litre en vin de liqueur avec apport de 15% d’alcool avant fermentation [14] Avec Eugène Orsetti, négociant de Frontignan, Maurice Péridier, Négociant de Sète, Gustave Cayrol, et Eugène Cambon, propriétaires à Frontignan.ADH 7 M 554
[15] Le Monde, mai 2016, en particulier 3 mai 2016