L'AOC Grés de Montpellier se déguste ... aveuglément

Le 20 juin, la jeune AOC Languedoc Grés de Montpellier organisait au Château d’Assas la deuxième dégustation à l’aveugle de son millésime, en l’occurrence 2014.


Dans ce site illustre, dont la façade de « folie montpelliéraine» laisse découvrir une partie renaissance et médiévale, avec donjon et tour pigeonnière, l’hôtesse des lieux, Marie-Claude Demangel, rappelait comment la musique baroque, ses plus grands interprètes ont assuré la renommée internationale du château.

C’est au son d’un clavecin jouant à côté que professionnels, cavistes et journalistes étaient conviés à donner leurs appréciations sur 13 vins sélectionnés à l’aveugle par les vignerons parmi 38 crus, comme représentatifs de l’AOC. Autour de quatre maîtres-mots - volume, finesse, élégance, fruit -, ces vins seront proposés dans toutes les manifestations où l’AOC sera présente. Ils y feront office d’ambassadeurs du cru.

Ce type de dégustation à l’aveugle  a pour but de «  se recaler entre vignerons sur une unité, la recherche de ce qui leur est commun », commente le président de l’AOC, Olivier Durand.
Pierre de Colbert, vigneron au Château de Flaugergues, résume le défi de la jeune appellation, qui s’étend sur 46 communes, des contreforts des Cévennes à la mer, de Montagnac à Lunel: l’homogénéité. Une robe pourpre, un nez de fruits rouges, des notes poivrées, réglissées en bouche, parfois plus complexes, évoluant sur le tabac, le café torréfié, et une belle rondeur soyeuse, les futurs ambassadeurs des Grés donnent toute leur expression aux cépages languedociens, Grenache, Syrah et Mourvèdre en tête.
Le terroir de grés, sols pauvres et caillouteux, sur un climat méditerranéen mais sous influence marine, est devenu le ciment et le porte-drapeau de l’appellation.
Tous s’en font les ardents défenseurs, de Bruno Daneluzzi, directeur des Vignerons du Pic à Assas, à Pierre de Boisgelin, vigneron en Saint-Georges d’Orques.  Des défenseurs souvent bio, à l’image d’Olivier Durand. La culture  biologique s’est invitée « naturellement » en Grés de Montpellier. « Plus de la moitié de la production est en bio, même sur de très grands domaines. Le reste de la production se fait en souvent en charte  Terra vitis, dans le souci de l’environnement. ». 
La demande en Grés de Montpellier augmente. Pour preuve, négociants et courtiers s’intéressent au plus près à l’AOC, et des importateurs chinois étaient présents en nombre à Assas.
De nouveaux producteurs entrent dans le syndicat, six primo-déclarants cette année. Les vignerons indépendants s’harmonisent avec les caves coopératives, à l’instar d’Assas et de Saint-Georges d’Orques, fleuron du dynamisme coopératif, pour accroître progressivement la production. L’effet « nouveauté » joue à plein. L’appellation produit des vins appréciés des nouveaux consommateurs, notamment de la génération des 20-35 ans, comme des cavistes, à la recherche de renouvellement.

Les Grés prennent l’aspiration de la métropole montpelliéraine, de son image forte et de son rayonnement à l’international. Accolée au terroir, Montpellier, redevenue capitale viticole, illumine l’appellation d’un riche patrimoine, aux multiples joyaux, qui servent de cadre aux dégustations de l’AOC.  L’an dernier au Château de l’Engarran, l’an prochain à l’Abbaye de Valmagne ou au Château de Flaugergues…heureuse appellation qui n’a que l’embarras du choix pour déployer ses activités. Ce patrimoine, les Grés de Montpellier le font volontiers découvrir à de multiples occasions. Le 12 juillet prochain, au Musée Fabre, tableaux évoquant la vigne et la vie viticole dialogueront avec trois vins des Grés.  La balade-phare dans la ville, rendez-vous désormais incontournable pour les amateurs, se tiendra désormais le premier dimanche de juin. La décision a été prise et acte l’affirmation de son identité.

S’exprimant dans des paysages enserrant la métropole comme un amphithéâtre, dans des sites architecturaux majeurs ou dans une histoire pluri-séculaire, les vins en AOC Languedoc Grés de Montpellier réunissent patiemment tous les atouts pour affirmer leur existence, vent en poupe,  parmi les grandes AOC régionales.

Florence Monferran

    

Les 13 ambassadeurs du millésime 2014

  • Chai d'Émilien, Epopée
  • Château de Fourques, L’Ombre du vent
  • Clos de l’Amandaie, Huit Clos
  • Domaine de Roquemale, Grés
  • Vignobles Paul Mas, Clos de Savignac
  • Les Vignerons du Pic, Château d’Assas
  • Mas de Lunés, Grés de Montpellier
  • Vignobles Paul Mas, Jean Claude Mas
  • Château de Flaugergues, La Sommelière
  • Château de l’Engarran, Château
  • Château de l’Engarran, Les Gravières
  • Abbaye de Valmagne, Cardinal de Bonzi
  • Mas du Novi, O de Novi

Le ciel languedocien vire à l'orage

Nous nous prenions ces derniers temps à scruter le ciel afin qu’il devienne définitivement bleu à l’approche de l’été, n’encombre pas de pluie les manifestations viticoles qui fleurissent partout, ne ruine pas les efforts à la vigne d’un coup de grêle. Les cieux instables restaient cléments, épargnant jusque là le Languedoc-Roussillon de catastrophes comme celles connues en Bourgogne, Val de Loire, Bordelais, Cahors, Beaujolais… C’est un séisme de toute autre nature qui secoue aujourd’hui le landernau viticole. La concurrence de dates entre les deux grands salons professionnels se tenant à Montpellier, Vinisud et Millésime Bio, conduit ce dernier à déménager … à Marseille.

 

Thierry Julien, Trésorier de Sudvinbio et fondateur de Millésime Bio s’exprime :« Nous regrettons cette situation. C’est contraints et forcés que nous avons pris notre décision ». Il poursuit sans détours:
Vinisud ? « Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Il n’était pas question de se mélanger à eux, nos concepts sont totalement différents ». Il évoque l’incompatibilité entre un salon régional, Vinisud, et un salon international en vins biologiques, ainsi que l’impossibilité à juxtaposer deux salons sur un même lieu, au Parc des Expositions.Pas question de perdre son identité, ni de brouiller le message vis-à-vis des acheteurs de vins biologiques.La région LRPM ? « Elle a tout fait pour sauver les meubles », mais parmi les organisateurs du parc des Expositions ou du salon Vinisud, « nous n’avons pas trouvé les interlocuteurs pour s’entendre, la situation s’est rapidement bloquée. »
Le choix surprenant de Marseille? « Cela aurait pu être Milan ou Barcelone. La PACA, très riche en vins biologiques, possède une grande région viticole avec la Vallée du Rhône, et de grands vins bio. Rester dans l’arc méditerranéen, dans l’accueil méditerranéen et dans une tradition viticole est très important pour nous. N‘oublions pas non plus que Marseille est la 2e ville de France, dotée d’un très grand aéroport international."
Est-ce à dire que ce départ symbolise une ambition plus grande ? Thierry Julien le confirme : « Marseille sera un tremplin, une plate-forme importante pour que Millésime Bio devienne de plus en plus international».Il conclut : « nous ne partons pas de gaieté de cœur. Je faisais partie de ceux qui ont fait venir Millésime Bio à Montpellier, avec le soutien de Georges Frèches. Nous y reviendrons peut-être un jour ».

   

Sudvinbio, organisateur de la manifestation, l’a annoncé après son conseil d’administration du 13 juin, sans attendre la fin du délai demandé par Carole Delga pour trouver un compromis. De quoi mettre en colère la présidente de la région LRMP, qui s’était déplacée à Mauguio célébrer les 10 ans de la marque Sud de France.

 


En cause : la multiplicité de salons pour les acheteurs professionnels, à l’agenda de plus en plus chargé entre Londres, Montpellier, Düsseldorf, et l’Italie, dans un laps de temps très court. Le premier à dégainer, Vinisud a positionné le salon des vins de la Méditerranée à la même date que Millésime Bio, alors que « 77 % de nos exposants sont contre ce rapprochement et que le créneau de fin janvier est occupé depuis 25 ans par Millésime Bio », explique Sudvinbio.
Si le salon a pris une ampleur internationale aujourd’hui, les vignerons en agriculture biologique ont longtemps bataillé seuls, depuis le Mas de Saporta, puis le Narbonne de leurs débuts, où ils n’étaient qu’une poignée, méprisée. Le souvenir s’en est-il ravivé à l’occasion du coup de force de Vinisud ?

La profession navigue entre désarroi, colère et détermination. L’intérêt économique des vignerons doit être préservé : les salons font venir grand nombre d’acheteurs, qu’ils soient importateurs, cavistes ou restaurateurs et génèrent une part importante d’affaires pour les producteurs. Les salons alternatifs, force vive des vins nature et autres accolée à Millésime Bio, prendront-ils l’aspiration d’un Vinisud sans bannière biologique, ou suivront-ils le chemin de Marseille ? De nombreuses questions se posent dont, non des moindres, celle d’une région reprenant le chemin de ses vieux démons, renvoyant une image de division qui ne peut que nuire aux vignerons.

Si l’on peut regretter qu’un terrain d’entente n’ait pas été trouvé, on peut par-dessus tout craindre que l’ancienne région LR ne pâtisse de sa fusion avec Midi-Pyrénées en termes viticoles. Outre ce qui s’apparente à une absence de soutien au principal salon bio – et à la principale région bio - de France, filière qui a été un élément moteur du renouveau des vins du Languedoc-Roussillon, ces dernières semaines voient les projets de création de vignobles bio ou des colloques professionnels majeurs se délocaliser dans le Sud-Ouest (Gers, Tarn). Les prochaines manifestations, oenotouristiques ou artistiques, festivalières ou champêtres risquent se dérouler sous un ciel vraiment obscurci.

Florence Monferran

Aux sources de l’appellation d’origine contrôlée

Un lent cheminement à travers les siècles. L’exemple du muscat de Frontignan

 
Pomologie française mid 1800's Smithsonian Libraries Biodiversity Heritage Library - copiePlanche de muscat blanc,
Duhamel de Monceau, Redouté, 1768

FRontignan - copie 2Estime générale du diocèse de Montpellier,
1519-1520 (ADH) IMG_2245Mémoire Chambre de commerce de Montpellier, 1730 (ADH)

Chais - copieChais Botta, 1906

ADH 20 MAI 1911Lettre du syndicat agricole de Frontignan, 20 mai 1911 (ADH)

Image 1 - copieDécret du 31 mai 1936 (ADH)

Muscat 1942, pblicité papierPublicité papier, 1942

   

La création du Comité National des Appellations d’Origine, en 1935, avalise la singularité de vins, d’usages et d’histoires. Elle donne naissance en 1936 à une salve d’AOC dont, le 31 mai, l’appellation d’origine muscat de frontignan. La célébration de ses 80 ans prête à se pencher sur la lente maturation d’une idée. Le cheminement vers la reconnaissance de pratiques d’excellence court à travers les siècles, s’incruste dans les mentalités, s’immisce, ici dans les privilèges des villes médiévales, là dans des comportements protectionnistes, pour trouver son aboutissement, après un long périple législatif au XIXe et au XXe siècles.

Le cheminement dans les mentalités

A l’origine de nos vignobles, les plantations se soucient peu de cépages. Sur le modèle proposé par les agronomes romains, le sol, l’exposition, le climat priment. Aussi, si nous ne connaissons tout au plus que des familles de vignes antiques, Columelle, Palladius ou Pline l’Ancien laissent-ils dans les esprits l’ébauche de ce qui aboutira, deux millénaires plus tard, à la définition d’un terroir. « Le terroir vitivinicole est un concept qui se réfère à un espace sur lequel se développe un savoir collectif, des interactions entre un milieu physique et biologique identifiable et des pratiques vitivinicoles appliquées qui confèrent des caractéristiques distinctives au produit originaire de cet espace »[1].

Cette notion française intraduisible, que les langues étrangères conservent tel quel, fait son entrée dans l’histoire aux XVIe siècle. L’inscription de la terre du lieu en tant que « terroir » dans les estimes générales et compoix fait entrer le vocable dans l’usage, sans aucune connotation particulière. Une fois la viticulture installée dans nos paysages, se construisent des systèmes de protection de son cru, en réaction à la concurrence. L’instauration de privilèges et droits d’entrée des vins étrangers à sa ville dresse une barrière tant mentale que financière à l’arrivée de vins perçus comme rivaux, conférant au vin local une valeur spécifique et une supériorité économique. Les vins du Languedoc le savent bien, qui sont bloqués par le privilège de la ville de Bordeaux depuis 1271, et ne peuvent vendre qu’après la Saint-Martin, une fois les prix en baisse. Les villes viticoles comme Frontignan régulent aussi l’arrivée de vins, y compris de leurs voisins. Le chapitre cathédral de Maguelone, déplacé à Montpellier, y est obligé de s’acquitter de droits, même moindres, pour rentrer sa récolte intra muros[2]. Le principe est combattu au XVIIIe siècle par les Etats du Languedoc, jusqu’à la libre circulation des vins dans tout le royaume édictée par Turgot en 1776.

Désignation du terroir du lieu, droits d’entrée fixent une sphère géographique contenue à la production, particulièrement en matière viticole. Des signaux jalonnent également la mise en avant d’une exception locale à partir du moment où son vin rayonne économiquement, à l’instar des muscats au sortir du Moyen-Age. Il ne s’agit plus seulement de protéger son vin, mais aussi la qualité de son vin contre les fraudes, et l’origine de son vin, contre les imitations. Il en va de même pour tous les crus réputés, des Cotes du Rhône à Saint-Georges d’Orques[3]. Au XVIIe siècle, Frontignan déploie un arsenal de mesures qu’il va défendre auprès du Parlement de Toulouse: registre de chais, marquage des fûts de muscat de Frontignan, contrôle des vins étrangers, inspections. Et ce, bien qu’un arrêt du Parlement de Toulouse de 1622 ait autorisé l’entrée des vins des villages voisins[4]. La marque d’origine au fer rouge apposée sur les tonneaux est confirmée au XVIIIe siècle[5]. Elle est surveillée par les consuls, qui prennent une part active à la protection du précieux nectar. Les Cahiers de doléances de 1789 inscrivent la nécessité d’une politique protectionniste, reprise après la Révolution. En 1818, Frontignan, qui vise la concurrence de Lunel, demande au préfet l’autorisation de prendre des mesures contre les vins doux produits hors de son terroir, de nommer des contrôleurs de qualité du muscat après vendange. Voici le lien entre lieu et qualité couché sur le papier.

Un autre jalon est posé avec les classements des vins, qui introduisent dans les mentalités la notion de hiérarchisation. L’usage en est fréquent depuis La Bataille des vins d’Henri d’Andeli en 1224. Fin XVIIIe siècle, divers mémoires établissent le muscat de Frontignan et de Lunel tout en haut d’une pyramide qualitative, qui repose ensuite sur les crus rouges, Cotes du Rhône, St Georges d’Orques, St Drezery, St Christol. Fin XVIIIe, les vins sont même délimités en quatre catégories : vins de renom, désignés par des noms de terroirs, comme les Cotes du Rhône et muscats, vins de cépage, par exemple les picardans, puis viennent les produits de distillation, liqueurs et vins parfumés. Le classement interpelle les hiérarchies établies fin XXe s. entre AOC, VDQS et vins de table ![6]

L’installation d’un vignoble de masse au XIXe siècle nuit aux vins doux, dont la part dans la production s’amoindrit. Emporté par le phylloxéra, le muscat doit son salut, autour de Frontignan, à la migration des muscats vers les coteaux.

Des jalons législatifs

C’est un arsenal législatif (loi Arago en 1872 et loi Pams en 1898) qui prend le relais de la protection des meilleurs crus. Ce dispositif, complété en 1907, définit les vins doux naturels (cépages, alcool), les exemptent de lourdes taxes en les maintenant sous le régime fiscal de vins ordinaires.

Nouveau pas en avant, l’Appellation d’Origine est autorisée par la loi du 1 er Août 1905, afin de « protéger contre la fraude les régions productrices de nos produits les + réputés »[7]. Le Petit Méridional publie, en 1909, la tribune d’un propriétaire prônant de « faire délimiter notre région. Le muscat de Frontignan n’est pas un produit de fantaisie ; c’est un vin de cru »[8] . Des commissions locales commencent à se réunir pour procéder à cette délimitation « en vertu d’usages constants », terme ne quittera plus le champ lexical législatif.

Quand bien même le chemin semble tracé, fin XIXe-début XXe siècles, les appellations d’origine trébuchent : Frontignan n’obtient pas la délimitation géographique que le syndicat réclamait avec insistance au Ministre de l’Agriculture, dans un courrier daté du 20 mai 1911.[9] Le Préfet de l’Hérault reconnaît « la très grande renommée » du muscat de Frontignan et la nécessité de se prémunir des nombreuses imitations. Mais il préconise « une grande prudence dans l’examen des délimitations », dans un moment où le sujet est très discuté et un projet de loi en débat. Le Ministre de l’Agriculture suit son avis et ne donne pas suite à la demande du syndicat[10]. Ce n’est qu’en 1919 que la procédure pour la délimitation des futures appellations est introduite dans la loi. Le critère «territorial » est retenu en 1927 pour des vins qui « doivent satisfaire à des conditions d’origine géographique, de cépage, d’aire de production, consacrés par les usages locaux et constants », socle commun aux futures appellations. Des syndicats de défense du cru se forment dans les années 1920, en Minervois, dans les Corbières, et à Frontignan, où l’organisation réunie par Victor Anthérieu reprend les bases des cahiers de doléance de 1789 : « toute personne étrangère à la commune ne peut introduire dans ladite commue du muscat, soit en vin, soit en fruit ». Pour asseoir la notion de terroir vigneron, Louis Chappotin rédige « le muscat à travers l’histoire » La délimitation officielle du vignoble de l’Hérault entérine, en 1932, les hiérarchies anciennes. Elle distingue les « crus récoltés « : vins du Minervois, de Saint-Georges d’Orques et muscats de Frontignan, des « vins ordinaires », dans les autres régions du département[11].

Le 30 juillet 1935, le Conseil National des Appellations d’Origine des vins et eaux de vie (devenu INAO en 1947) est chargé d’organiser le label, dans un contexte de crise viticole et après bien des fraudes sur les qualités. Très actif dans la phase initiale de création d’AOC (1/3 de celles existant aujourd’hui), il privilégie le critère local des appellations, entérinant la position d’influence des syndicats à l’origine des demandes. Les AOC voient le jour sur fond de Front Populaire et de revendications des ouvriers agricoles. Les vendanges se déroulent en septembre dans une grande agitation.[12]

Le muscat obtient l'AOC en 1936 pour trois dénominations: Frontignan, muscat de Frontignan et Vin de Frontignan, sous trois vinifications possibles : vins naturellement doux produits par raisins passerillés, vins de liqueur et vins doux naturels. Le rendement des vignes ne doit pas excéder 20 hl/ha. La forme de la bouteille est même inscrite sur les tablettes.[13] Une commission de contrôle qualitatif des boissons reçues est instituée en 1937. Elle siège dans l’Hérault à partir de Mars 1938 [14]. Le 1er Mai 1939, la grêle s’abat sur le vignoble autour de Frontignan, comme un signe avant-coureur des temps sombres qui s’avancent.
Tout en se gardant de reconstruire le passé avec nos propres schémas et connaissances, des pierres et des jalons nourrissent cette idée protectrice de pratiques et de typicités, porteuse de la création des AOC en 1936. Son cheminement procède d’une maturation longue et complexe. Il n’est en rien inéluctable. A peine croit-on le principe acquis – 80 ans c’est peu au regard du flux historique – que de nouveaux dispositifs viennent le remettre en cause. La négociation actuelle sur le Trans-Atlantic Free Trade Agreement (TAFTA) pointe la fragilité de la protection de nos terroirs. Les Etats-Unis, où seules les marques sont protégées, refusent de cesser d’utiliser 17 appellations d’origine européennes dites semi-génériques[15]. La commémoration de la création des AOC en 1936 prend tout son sens et son relief dans cette actualité brûlante qui en éclaire la singularité du contenu, à l’image du parcours du muscat de Frontignan.

Florence Monferran

 

 

Notes
[1] Définition retenue par l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin en 2011.
[2] Arrêt de la Cour des Comptes, Aides et Finances de Mtp du 5 fév. 1756 portant règlement pour la levée des droits de subvention : un peu plus d’1 livre pour chaque muid « comme vin de terroir » que chaque habitant de Mtp aura recueilli « dans le Terroir » et taillable, et 2 livres hors taillable, ET 10 livres/ muid pour les vins hors taillable appartenant à des étrangers (au terroir). « Les personnes qui favoriseraient, en quelque manière que ce soit, l’entrée de vins étrangers seront déchues de leurs droits et privilèges d’habitant pendant le cours du bail. (Archives Départementales de l’Hérault série C)
[3] Ainsi une requête des consuls et habitants de Roquemaure demande en décembre 1738 un règlement pour empêcher que les vins des terroirs voisins ne soient confondus dans les ventes qui s’en font à l’étranger, avec les vins du cru, bien supérieurs (ADH)
[4] Arrêt du Parlement de Toulouse, Juillet 1665
[5] Arrêt du Parlement de Toulouse, 1718. D’autres communes pratiquent le marquage des tonneaux : St Georges d’Orques, Saint-Christol (instauré en 1785)
[6] Mémoires de la Chambre de commerce de Montpellier, Rapports des Intendants du Languedoc, ADH C2683 et 2684
[7] Le décret d’application de septembre 1907 stipule : il sera « statué ultérieurement sur la délimitation des régions pouvant prétendre exclusivement aux appellations de provenance des produits ». Le Ministre adjoint à ces commissions des députés des régions concernées ; les commissions devront rendre des avis motivés. (ADH) [8] La demande est refusée le 29 janvier 1912 ADH, 7 M 529
[9] Signé par le président du syndicat Provost-Cantagrel, le courrier prie le Ministre « de faire procéder à la délimitation du territoire producteur de muscat de Frontignan », dans le seul but d’« empêcher la fraude qui se fait sur une grande échelle sur le nom de Frontignan, et de sauvegarder une renommée nationale ».
[10] ADH 7 M 544
[11] ADH 6M 1872 [12] Les milieux patronaux craignent un sabotage et agitent les peurs dans une grande campagne de presse. ADH 7 M 541
[13] Degrés minimum : 15° minimum d’alcool acquis dont 123 g de sucre naturel par litre en vin naturellement doux, 15° et 178 g de sucre en Vin Doux Naturel avec apport de 10 % d’alcool après le début de la fermentation, 15° en présence d’un excès de sucre naturel de 125 g par litre en vin de liqueur avec apport de 15% d’alcool avant fermentation [14] Avec Eugène Orsetti, négociant de Frontignan, Maurice Péridier, Négociant de Sète, Gustave Cayrol, et Eugène Cambon, propriétaires à Frontignan.ADH 7 M 554
[15] Le Monde, mai 2016, en particulier 3 mai 2016

 

Festival Œnovideo

Des Ceps d'or pour des hommes et des patrimoines

Les projecteurs du festival international des films sur la vigne et le vin se sont éteints, au Ciné Mistral à Frontignan. Dans la lumière revenue dans la salle, après une ultime séance, les trophées de la 23e édition ont été décernés par le Grand Jury. Ils consacrent, dans une belle unité de choix, des hommes,  - et des femmes -, des patrimoines  et des voyages, à l’instar du Grand Prix remis au film québécois Au pif, sur Véronique Rivest, 2e meilleure sommelière au monde. « Son histoire ressemble à celle d’un film : elle prend son temps et fait preuve d’un mental de sportif » commente le président du jury, Philippe Muyn.
Le palmarès capte un air du temps, sur l’évolution de la vigne et du vin. Deux films géorgiens et un slovène figurent parmi les meilleurs, nous rappelant le déplacement actuel des vignobles européens vers l’est, et leur part accrue dans la production.  Outre la place accordée à la femme, les meilleurs longs comme courts métrages replacent l’homme comme vecteur essentiel du vin, de sa création. Autre mot-clé : la transmission, celle d’un vigneron pionnier du vin nature à son fils dans  Soulève les montagnes, celle d’un patrimoine, avec le très applaudi Lost in vine, sur les méthodes de vinification traditionnelle en Géorgie, berceau attesté de la viticulture il y a 8000 ans. L’invitation au voyage dans le monde de la vigne et du vin qu’offre un tel festival transparaît dans la remise de plusieurs prix : de la découverte attribué au slovène Terre magica, du meilleur film destiné aux professionnels à Chablis vu du ciel, du meilleur scénario pour Les vendanges de l’extrême, récompensé pour « la qualité du voyage, plein de beauté et d’humour, hommage à l’esprit créatif et rebelle de gens du vin ». L’humain, décidément omniprésent.
Le palmarès n’a pas oublié notre région. Hérault Tourisme a produit le meilleur court-métrage, Homme-livre John Bojanowski, un américain devenu vigneron en Minervois. Le film Le midi viticole 2 s’est vu récompensé deux fois (mention spéciale du jury « pour sa dimension historique » et meilleure action d’intérêt général). Le public, invité à voter pour son film préféré après chaque séance, a été séduit, comme le jury, par Soulève les montagnes, montrant, les uns comme les autres, un attachement à une culture, l‘humain au coeur de l’élaboration du vin, l’humain responsable de la transmission de la vigne et de ses pratiques.
La remise des prix aura lieu le 14 septembre prochain, au Sénat à Paris. C’est là que sera divulgué le nom de la prochaine étape de ce festival itinérant, qui transporte, de ville en ville, des images et des savoirs. Philippe Muyn ne conclue-t-il pas non sans humour qu’ignorant des choses du vin, il a beaucoup appris de sa participation, « en voyant des films et en buvant des coups » ?

Florence Monferran

Les trophées 2016

  • Trophée spécial du Grand Jury : Au pif, de Bachir Bensaddeck et Orlanda Arriagada (Québec)
  • Meilleur long métrage : Soulève les montagnes de Baptiste Debicki (France)
  • Meilleur court-métrage : Homme-livre John Bojanowski, d’Olivier Gaches et Sébastien Tuffery (France)
  • Meilleure image : Julie Rénault pour Rivercap, l’artisan capsulier (France)
  • Meilleure réalisation : Lost in vine, de Giorgi Molodinashvhili (Géorgie)
  • Meilleur scénario : Les vendages de l’extrême, d’Emmanuel Ostian et Yann Moaligou (France)
  • Meilleure promotion des ventes : Jean, de Sylvain Dade (France)
  • Meilleur Film destiné aux professionnels : Chablis vu du ciel , de Bourgogne live production (France)
  • Mention spéciale : Le midi viticole 2, de Yannick Séguier pour sa dimension historique, de 1920 à nos jurs (France)

Prix des partenaires :

  • Prix de la Revue des Œnologues : Prime meridian of vine, de Nana Djorjadze (Géorgie)

Prix du public :

  • Soulève les montagnes de Baptiste Debicki (France)

Paysages et environnement :

  • Lost in vine, de Giorgi Molodinashvhili (Géorgie)

Meilleure action d’intérêt général :

  • Le midi viticole 2, de Yannick Séguier (France)

Vin et Santé :

  • Un concert par an, de Sandra Hitouche (France)

Imagination et création :

  • Le vin du crime, de Franck Mairine (France)

Sciences et culture :

  • Le vin des terres lyonnaises, de David Geoffroy (France)

Découverte :

  • Terra magica, de Jure Breceljnik (Slovénie)

La filière vitivinicole présente sur le Tour de France

Photo: ville de Montpellier, Tour 2013

Afin d’apaiser les tensions nées de la présence d’un cru chilien comme vin officiel du Tour de France,  Christian Prudhomme, son Directeur, en tournée dans l’Aude et l’Hérault, a annoncé le 10 mai à Narbonne un accord avec la filière vitivinicole. Frédéric Rouanet, président du syndicat des vignerons de l’Aude, l’a confirmé : « on ne bloquera pas le Tour, puisqu’il y a beaucoup d’avancées ».
Les modalités du partenariat signé ont été présentées, confirmant l’opportunité pour les vignerons de promouvoir leurs productions sur la grande Boucle. La création d’un « pavillon des vins », complétant le pavillon des produits régionaux existant, et des animations vigneronnes les valoriseront à chaque ville-étape, même si le Tour ne traverse pas une région viticole. Jérôme Despey, Président de la chambre d’agriculture de l’Hérault, s’est félicité que « la filière viticole soit présente sur toutes les étapes ». En sa compagnie, Christian Prudhomme a également rencontré Philippe Saurel, Maire de Montpellier et Président de Montpellier Méditerranée Métropole, et Carole Delga, présidente de la Région Languedoc Roussillon Midi Pyrénées, qui s’étaient mobilisés pour que la filière viti-vinicole ait toute sa place lors de ce grand événement sportif international. Carole Delga « se félicite vivement » de cet accord. Elle  participera à la promotion des vins régionaux sur le « village départ » de Carcassonne le 13 juillet prochain.
"Le Tour de France est une vitrine internationale exceptionnelle. Il est primordial que notre filière viti-vinicole y soit valorisée" souligne Philippe SAUREL. La métropole, ville étape de l’arrivée Carcassonne-Montpellier le 13 juillet et du départ de la prestigieuse 12e étape Montpellier-Ventoux le 14 juillet, verra les vins régionaux s’installer sur le village du Tour, Esplanade Charles de Gaulle. Les vignerons participeront également à la mise en place d’un buffet pour l’accueil des journalistes internationaux  pendant toute la journée du 13 juillet.
La découverte et la valorisation du patrimoine de notre région, par le biais des produits du terroir local, et maintenant des vins, trouvera une fort belle vitrine, sur la Grande Boucle, mettant un point final, semble-t-il, à la colère de viticulteurs de l’Aude.

Florence Monferran

 

Vinocap 2016

C'est par une belle matinée ensoleillée qu'a été lancée la 7ème édition de Vinocap. Venus faire découvrir leurs vins et rencontrer le public, près de 100 vignerons étaient présents sur les quais de la station touristique du Cap d'Agde.



 
 
 
 

François Commeinhes, le sénateur-maire de Sète et président de Thau agglo ainsi que la presque totalité des maires des communes de l'Agglo « Hérault Méditerranée » étaient là aussi aux côtés du Maire d'Agde, Gilles d'Ettore qui a entamé son discours en exprimant son plaisir de constater que la manifestation allait se dérouler, durant les trois prochains jours, sous un franc soleil. Il a ainsi appelé les visiteurs à venir et à revenir durant ces trois jours pour pleinement profiter des dégustations offertes par les vignerons régionaux présents sur l'Esplanade Pierre Racine.


Gilles d'Ettore a tenu à remercier et à célébrer tous les vignerons et toutes les confréries (la Clairette d'Adissan, la Croustade et le Rosé de Bessan, les Pointus du Grau d'Agde, les Amis de Marseillan, les Bescos Figos de Nézignan l'Evêque, le Picpoul de Pinet, les Mille et Une pâtes du Bassin de Thau, Saint Hippolyte et le Rosé de Fontès.....) présents lors de cette manifestation. Le Maire d'Agde a également rappellé que "toutes ces confréries montrent à quel point nous sommes ici en Languedoc,  attachés à ces traditions, à ces valeurs qui font finalement notre particularité et qui font aussi notre caractère. Et c'est important d'avoir du caractère... CC'est pour nous un grand moment que Vinocap ".
Le désormais traditionnel coupé de ruban a ensuite eu lieu avant une déambulation à la rencontre des vignerons.

Jean-Marc Roger

Gilles d'Ettore, Sébastien Frey,
Marie-Christine Fabre de Roussac et François Commeinhes


L’AOP Picpoul de Pinet toutes voiles dehors pour une montée en qualité

L’AOP Picpoul de Pinet toutes voiles dehors pour une montée en qualité


photos: AOC Languedoc Picpoul de Pinet
www.picpoul-de-pinet.com

Il est loin le temps où le piquepoul se buvait entre amis, au milieu d’une nature encore sauvage en bord d’étang de Thau, avec quelques huîtres et coquillages. « Un petit vin, pas vraiment pris au sérieux » raconte avec sa faconde le Président du syndicat picpoul de pinet, Guy Bascou. Aujourd’hui, la jeune Appellation d’Origine Protégée, obtenue en 2013, compte parmi les plus dynamiques du Languedoc. La production confidentielle est passée à 80 000 hl, « plus que Faugères ou Fitou » s’enorgueillit son Président. Le marché s’est structuré. Le vin, mis en bouteille dès le mois de décembre, finit chaque année par manquer et le millésime suivant est attendu fébrilement. 56 % des vins partent à l’export, notamment chez les clients anglo-saxons.
Présent dans les archives dès le XVIe siècle dans l’armada de grands vins blancs du Languedoc, avec les Picardans, clairettes et muscats, ce cépage ancien et original offre une typicité particulière - impossible de le confondre avec un autre cépage blanc- qui méritait une bouteille particulière, aisément identifiable. Guy Bascou analyse les raisons de son succès: « Vin de conversation », facile, homogène entre les différents producteurs, il a misé sur un côté plaisir et rafraichissant, à un prix attractif pour le consommateur. Pari gagné, en temps de crise économique et de recherche de nouveaux goûts.
La dégustation primeur de la cuvée 2015 le 14 avril à Carcassonne, lors de l’opération Terroirs et Millésimes, a conforté les choix opérés par l’AOP. Guy Bascou, accompagné de Joël Julien, directeur des Costières de Pomerols, a présenté le vin aux journalistes du monde entier, dont beaucoup d’américains, canadiens, irlandais, allemands et chinois.
Cette « merveilleuse dégustation » selon les mots du président ouvre tous les espoirs au picpoul de pinet. Le terroir recèle bien des qualités, entre terre et mer. Le vignoble se déploie aussi bien sur le littoral que sur les coteaux, plus méconnus, du cœur d’Hérault.
L'appellation en a tiré des enseignements. Sur le solide socle d’un marché stable, forte de ses succès à l’export, elle souhaite offrir à ses vignerons les moyens d’aborder de nouveaux marchés. Elle vise l’entrée chez les cavistes et en CHR (cafés, hôtels, restaurants), avec un vin plus travaillé, plus complexe - le cépage s’y prête -. Après le temps de la réflexion, l’action se met en route. Une réunion est prévue en mai, une bouteille est en cours de création, pour élaborer un vin avec un cahier des charges propre, qui serait vendu autour de 8 € la bouteille. Par sa montée en qualité, picpoul de pinet tourne la tête à la fois vers l’avenir et vers son histoire méconnue. Un livre en cours de préparation appuiera la réflexion globale menée sur le cépage piquepoul et les vins élaborés. Guy Bascou conclut, serein: « le picpoul de pinet existe dans le monde et dans l’histoire. Il faut le faire avancer maintenant. »
Le cap est mis sur une nouvelle tranche de cette histoire, toutes voiles dehors.

Florence Monferran

A noter : balade dans les vignobles, dans le cadre de
Vins, vignes, terroirs le dimanche 22 mai

 

La colère gronde aussi chez les viticulteurs


en 1907, déjà... source : Mémoires de Marcelin Albert

Après la tension agricole liée à la crise de l’élevage, la colère s’est emparée du monde du travail et de la jeunesse face au projet de loi El Khomri. Elle gagne depuis quelques semaines le monde viticole. Un premier signal d’alarme avait été tiré par les viticulteurs audois contre la présence de vins chiliens sur les étapes du Tour de France cycliste (Voir dans ces colonnes « Les raisins de la colère »). Mi-mars, les chiffres du commerce extérieur 2015, divulgués par FranceAgriMer, laissaient présager la fin de l’embellie dans laquelle la viticulture languedocienne baignait ces derniers mois grâce aux résultats économiques des AOP, IGP et de l’export. Un record vient d’être battu, celui des importations de vins étrangers : 7,2 millions d’hectolitres en 2015, + 11 % en un an. 81 % de ces volumes proviennent de vins vendus en vrac à des prix très bas, et les 3/4 sont espagnols. A noter : la présence des vins sud-africains (7% des importations) et la stabilité des entrées italiennes. Ces importations, pour lesquelles les opérateurs envisagent d’atteindre la barre des 8 millions d’hectolitres en 2016, sont pour la plupart destinées à des marchés de BagInBox en grande distribution, à bas coût pour le consommateur.

 

A la publication de ces chiffres, Jacques Gravegeal, président du Syndicat des producteurs de vin de pays d'Oc, exprimait son inquiétude dans une lettre à Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture. Il lui demandait de protéger les vins à Identité Géographique français contre l’arrivée massive de ces vins étrangers sans provenance géographique ni cépage, « à des prix totalement cassés ». Les prix du vrac espagnol défient en effet toute concurrence : 0,32 € le litre contre 0,60 € le litre de vin français sans IG, et 1,06 € le litre en IGP

Exaspérés par l’épisode des vins chiliens du Tour de France, inquiets de ces importations massives, voici maintenant des viticulteurs en colère. Le déversement sur la chaussée, début avril, du chargement de cinq citernes en provenance d’Espagne au péage du Boulou, par 150 viticulteurs du Midi vient exprimer cette colère. Il rappelle les actions menées dans les différentes crises de mévente des vins du Sud, dans les années 1970 et 1980.
Le quarantième anniversaire des tragiques événements de Montredon, près de Narbonne le 4 mars 1976, aurait-il servi de détonateur à des viticulteurs subissant la baisse des cours? L’épisode du Boulou restera-t-il un acte isolé, ou fera-t-il tâche d’huile ? Après les vins espagnols, la concurrence du Prosecco italien a été examinée à la loupe. La protestation pourrait gagner d’autres lieux et d’autres cibles symboles de ces importations de vins étrangers.

Florence Monferran

 

De Montredon à aujourd’hui, un marché vrac agité

A partir de 1970, les viticulteurs du Midi entrent en guerre ouverte contre la déréglementation européenne, qui laisse entrer massivement des vins italiens, et engendre l’effondrement des cours de leurs productions. Le 4 mars 1976, à Montredon-des-Corbières, ils protestent contre l’arrestation de membres de leur comité d’action viticole. Un barrage de 3 000 manifestants est dressé. L’intervention des CRS se solde par un très lourd bilan: un viticulteur et un CRS sont tués, les blessés se comptent par dizaines. Montredon résonne dans la mémoire vigneronne et collective comme la fin sanglante d’une époque de lutte, enclenchée avec la révolte de 1907. Dès lors, le Languedoc opère en trois décennies, dans la douleur, une mutation de son vignoble avec des arrachages massifs, l’installation d’une politique de qualité (création des AOC, hiérarchisation des vins). Aujourd’hui, le marché du vrac à bas prix est d’autant plus ouvert aux vins européens que les derniers règlements sur les droits de plantation renouvellent les autorisations annuellement sur toute l’Union. Un nouveau paysage viticole est en train de s’y dessiner.

 

Les costières de Pomérols au top 10 des Chardonnay du monde

 

Le palmarès des Chardonnay du monde, organisé par Forum Oenologie, ont consacré les vignerons des costières de Pomerols, qui obtiennent une grande médaille (top 10).

La 23e confrontation qualitative des meilleurs Chardonnay du Monde s’est déroulée du 8 au 11 mars 2016 dans le cadre du Château des Ravatys, Domaine Viticole de l’Institut Pasteur à Saint Lager en Bourgogne viticole.
782 échantillons représentant 39 pays. Le collège des dégustateurs était composé de 50 % de dégustateurs en provenance de pays étrangers. Après quatre journées de travaux, les Jurys ont attribué 259 médailles sur 782 échantillons présentés, soit 33,1 %, qui se répartissent qualitativement de la manière suivante

 

Répartition des médailles

  • Médailles d’Or : 63
  • Médailles d’Argent : 196
  • Palmarès complet des vins de notre région :

Classement Top 10* des meilleurs Chardonnay du Monde® 2016

8e: Pays d'Oc IGP Cap Cette Chardonnay 2015
Les Costières de Pomerols

Médailles d’or:

LES DOMAINES PAUL MAS
Pays d'Oc IGP dA Chardonnay Réserve
2015 Boisé

LES COSTIERES DE POMEROLS
Pays d'Oc IGP Saint Peyre Chardonnay
2015

Argent

LES CAVES RICHEMER
Côtes de Thau IGP Henri de Richemer Chardonnay
2015

LES DOMAINES PAUL MAS
Pays d'Oc IGP Astelia Chardonnay
2015 Boisé

LES DOMAINES PAUL MAS
Pays d'Oc IGP Jean Claude Mas Les Grès Réserve Chardonnay
2015 Boisé

LES VINS SKALLI
Pays d'Oc IGP Fortant de France Réserve des Grands Monts Chardonnay
2014

LES DOMAINES PAUL MAS
Pays d'Oc IGP Paul Mas Estate Chardonnay
2015 Boisé

LES COSTIERES DE POMEROLS
Pays d'Oc IGP Beauvignac Chardonnay
2015

» en savoir plus: tous les résultats

Les Héritières de Bacchus, le petit salon qui grandit

Après un coup d’essai en 2015, les Héritières de Bacchus ont réussi un coup de maître pour leur 2ème édition.
Ils étaient peu nombreux, au soir de la première édition, à parier sur l’avenir de cette expérience originale et unique en Languedoc de réunir un salon vigneron entièrement féminin. Avec patience, énergie et détermination, Laurent Lafont, son président, entouré d’une solide et joyeuse équipe de bénévoles, a tissé une toile d’amitié, un réseau solide de partenaires publics et privés pour pérenniser la manifestation. Pari réussi, la deuxième édition, dimanche 13 mars, a réuni des vigneronnes venues de toute la France, des entreprises et start’up viticoles, ainsi que des élus locaux de Claret, de la Communauté du Pic Saint-Loup, du département et de la région LRMP, venus tous inaugurer le salon. Le public a répondu en nombre sur la place du 3e Millénaire, sous un doux soleil printanier. De nombreux amateurs, des cavistes se sont pressés sur des stands toute la journée. Vins blancs, rosés et rouges, cépages locaux et classiques, vins rares, ces vigneronnes ont montré leur savoir-faire et une qualité de haut niveau. Les ateliers de dégustation de Christine Dardé et l’exposition photographique de Didier Page sur les vigneronnes dans leur quotidien ont apporté des éclairages complémentaires sur la femme dans le vin.
Au bilan, 1 500 verres ont été vendus, les vigneronnes ont d’ores et déjà pris rendez-vous pour l’année prochaine, et Laurent Lafont a repris son bâton de pèlerin pour donner une grande envergure à ce projet, occasion pour lui « de belles découvertes gustatives et humaines ». Fabienne Bruguière (Mas Thélème), Agnès Bourgeron (Domaine de Fournaca), Elisabeth Villeneuve (La robe pourpre) ont représenté la production locale, près du Pic Saint-Loup qui offrait un écrin paysager et patrimonial à la manifestation. Françoise Ollier-Taillefer, du Domaine éponyme en Faugèrois, remercie les Héritières pour « leur gentillesse et leur professionnalisme », Carine Fitte, du Domaine de Herrebouc en Gascogne, loue « une superbe ambiance ». Dans leurs commentaires, les vigneronnes ne tarissent pas d’éloge sur l’événement, qui met dans la lumière leur travail, la qualité de leurs vins et leur vision du monde viticole, qu’elles contribuent, en Languedoc et ailleurs, à faire progresser depuis trois décennies.

Un millésime 2015 tout en fraîcheur sur le littoral héraultais

 


Photos: IGP d'Oc et AOC Languedoc

Après les événements montpelliérains, la présentation des vins aux professionnels s’est poursuivie au Salon International de l’Agriculture à Paris, grand rendez-vous annuel viticole également.S’y dessinaient les contours d’un millésime 2015 qui tient ses belles promesses dans l’Hérault. Terre antique de vins blancs, puis de rosés, les clairets, il déploie sur son littoral, d’Agde à Lunel, une viticulture encore massivement basée sur ces couleurs. Le raisin a bravé les épisodes climatiques. Sécheresse tout l'été, orages ou pluies abondantes au moment des vendanges ont  contrarié la maturation du raisin, mis à rude épreuve son état sanitaire, et les nerfs des vignerons, entre nécessité de laisser mûrir et impératif de récolter avant les ondées.  Leur art et leur maîtrise ont eu tout loisir de s’exprimer sur ce millésime difficile. La quantité était globalement au rendez-vous et une belle qualité se confirme partout. Restait à reconduire, en vinification, un même profil de vin « pour que le consommateur retrouve son produit » explique  Frédéric Bailleux, directeur des Vignerons de Lunel.
Sur le terroir des muscats, les blancs secs se sont révélés d’une grande richesse aromatique typique du cépage  à petits grains, marqués cette année par le fruit de la passion, le pomelos, le citron, ainsi qu’une dominante pêche des vignes, avec de la rondeur et du gras sur les vins biologiques, très présents sur le littoral. Olivier Robert, au Mas de la Plaine Haute à Vic-la-Gardiole, met en avant une année peu commune pour le muscat, retardé dans sa maturation pour l’élaboration des vins doux naturels (VDN). Du gras, de la rondeur, un bel équilibre ressortent aujourd’hui en dégustation. A la cave de Frontignan, où ils occupent encore 73 % de la production, Deborah Donnadei confirme les notes dominantes de fruit, « expression des beaux raisins récoltés » sur les muscats en AOP. Après les pluies, le vent du nord qui séchait les grains a œuvré pour les passerillages. Les raisins récoltés tardivement ont développé une grande complexité.
2015 consacre le picpoul, avec une vendange abondante compensant une faible récolte en 2014. Ce cépage tardif, qui n’a pas subi les pluies, a, par nature,  la peau dure! Très floral, d’un bon équilibre en bouche, il révèle de Florensac jusqu’à Mèze, en passant par Castelnau-de-Guers, « une belle expression aromatique, avec de l'élégance, de l'harmonie » note Joël Jullien, directeur des Vignerons de Pomerols. Olivier Azan, au Domaine du Petit Roubié à Pinet,  met l’accent sur « une belle acidité, du fruit, de la longueur en bouche, et de la vivacité». Sur les hauts terroirs, les picpouls expriment « du volume, de la matière, de la rondeur travaillée sur lies » chez les Vignerons de Montagnac.
D’une manière générale, 2015 préfigure une grande année pour les AOP Blancs, issues d’un grenache et vermentino au mariage harmonieux, d’un viognier remarquable quand récolté bien mûr, roussanne et marsanne apportant de la complexité.
Les Vins de Pays blancs et rosés se parent de belles robes franches, limpides, avec une bonne maturité en général, des niveaux d'acidité et de fraîcheur intéressants. « Les pluies ont été très opportunes, nous avons eu très peu de corrections à faire sur les acidités, beaucoup d’arômes en Cœur d’Hérault » ajoute Jean-Louis Reffle, directeur des Vignerons de Montagnac. Le grenache blanc, emblématique du Languedoc, se découvre très floral  en Pays de Thau. Quant au cépage - roi cette année, le vermentino, il se révèle tout en  rondeur.
Symbole de la culture méditerranéenne, les rosés seront eux aussi très frais, avec de bonnes acidités. La star en sera le grenache, marqué fruits rouges et fruit de la passion, à la belle robe très pâle, expressive. Le muscat aussi prend des couleurs, à l’exemple de la cuvée Terres roses à Frontignan, aux arômes musqués, assemblage de muscat blanc et de muscat rouge.
Blancs secs et rosés sont déjà mis en bouteille et commercialisés depuis quelques semaines, avec un bon  démarrage des ventes. La fraîcheur du millésime 2015 séduit, les résultats du Concours Général Agricole de Paris en attestent, avec une  moisson de médailles sur le littoral. Le lent cheminement de ces vins arrive dans la dernière étape: la rencontre avec les consommateurs, pour être bus dans l’année avec toute leur vivacité, leur belle typicité d’une vendange 2015 … entre les gouttes.

Florence Monferran

Palmarès complet du concours général agricole de Paris sur : www.concours-agricole.com/vins_palmares_rech.aspx