Des vendanges bouleversées


Vendanges au Château La Peyrade (Frontignan)

 

La pluie a déserté le Languedoc, causant une forte sécheresse dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, qui s’est étendue au Biterrois, à la vallée de l’Orb et au Piscénois, jusqu’à ronger le bassin de Thau. Cruauté du temps, c’est la grêle qui a frappé Montpellier et ses alentours. L’année 2016, marquée en viticulture du sceau des calamités, produit anormalité sur anormalité. Des chardonnays vendangés avant des muscats, des mourvèdres avant des syrah, la chaleur affole les cépages, sans parler des sinistrés du Pic Saint-Loup et de l’est de Montpellier obligés de vendanger avant tout le monde pour sauver ce qui peut l’être. L’absence de pluie, conjuguée en fin d’été à de très fortes chaleurs, dessèche le grain, induit une perte de jus, donc de rendement. La baisse de récolte, déjà sensible partout, est évaluée à - 10 % en France par le Ministère de l’Agriculture. Les professionnels parlent d’une « récolte maigrichonne » en Languedoc. 
Loin des prévisions, vignerons et coopérateurs s’affairent à la vigne. La maturation des raisins, contrariée par un printemps humide, vecteur de maladies, avait retardé le début des vendanges. Elle s’accélère de façon galopante ces derniers jours pour tous les cépages. De quoi donner le tournis aux vignerons, et chambouler l’organisation des vendanges: il faut resserrer les dates de récolte pour ne pas trop perdre de jus ou ramasser des degrés trop élevés. En 3 jours, 2 à 3 degrés ont été pris sur les syrahs à Pomerols, avec un vent desséchant qui est levé. Vendanger au rythme des maturations, en accéléré? La plupart des vignerons et caves coopératives s’y résolvent, par crainte qu’un épisode climatique violent ne vienne tout ruiner. Valérie Ibanez, au Domaine de Roquemale à Villeveyrac, condense ses dates de récolte « sur douze jours au lieu d‘un mois » . De même, à la cave de Bessan, « Les maturités avancent tellement vite, nous vendangeons à plein. Nous passerons de 25 jours à 15 jours de vendanges cette année » commente son directeur, Robert Cabrol. Les caves rentrent des volumes plus importants sur une journée. Mais la chaleur laisse peu de temps pour ramasser le raisin, y compris la nuit. Olivier Azan, au Domaine du petit Roubié à Pinet, notait 23° à 4h du matin. « On commence avec la machine à vendanger à 2h du matin au lieu de 5h, les cadences sont plus importantes pour presser, on récolte plus. ». Et d’ajouter: « Les fortes chaleurs perturbent tout: les raisins, et les hommes. Il faut garde la tête froide, rester méthodique, concentré sur les vinifications ». 
Sauvignon et chardonnay ouvrent le bal des vins de pays, suivis des cépages régionaux, roussanne, marsanne. Le Piquepoul, cépage tardif, fermera la marche pour produire l’AOP picpoul de pinet. Bien adapté à sa zone de production littorale, il résiste mieux à la chaleur que le sauvignon, qui souffre cette année. 
A Pomerols, à Bessan, les caves  finissent  de rentrer les blancs, pour débloquer l’arrivée des rosés. A Montagnac, les grenaches, magnifiques, entrent en cave. Ils répondront à des marchés très pointus sur des rosés pâles.
 Puis vient le tour des rouges. Quelques jolies syrahs et autres cépages en agriculture biologique au Domaine de Roquemale, auréolées de trois étoiles au Guide Hachette 2017 sur la cuvée LEMA, ont donné une jolie sortie, le nombre de grappes compensant la perte de jus. 

 
Marsanne et Syrah du Domaine de Roquemale (Villeveyrac)

L’enjeu, pour tous, tient à garder le cap sur la juste maturité souhaitée. Sur le Bassin de Thau, blancs et rosés sont récoltés pour répondre très rapidement, d’ici la fin de l’année à d’importants marchés, en particulier à l’export. Ils obéissent à des critères très précis d’élaboration: peu de couleur mais une belle acidité et de la fraîcheur. Chaque année, les vignerons relèvent le défi de produire une qualité égale, alors que les conditions d’élaboration varient considérablement,. Les Costières de Pomerols se sont par exemple dotées d’outils prédictifs de la maturité, en plus des contrôles habituels sur le terrain. Joël Julien, leur Directeur le précise: « il s’agit de vendanger à l’optimum pour satisfaire ses clients et ses marchés ». Cette année plus qu’une autre, les vinifications moduleront les assemblages, moins de merlot, trop concentré, par exemple, dans les rosés de Cotes de Thau à Pomerols. 

Cuve en fermentation (Mas de la Plaine Haute - Vic-la-Gardiole)  

 Les avis sont unanimes, de Bessan à Mireval, de Villeveyrac à Pinet, pour parler d’une plus petite quantité, mais d’une bonne qualité, voire d’un très bon niveau qualitatif sur ce millésime difficile, avec de la concentration, du fruit.
 Les grands millésimes naissent dans la douleur en Languedoc comme ailleurs. Une fois de plus, les vendanges, à la fois rendez-vous immuable et sans cesse renouvelé, nous interrogent sur l’incertitude du temps, la fragilité de productions agricoles même dans un siècle où nous pensons tout maîtriser par la technique, l’informatique et nos savoirs scientifiques. Que faire de ce temps, comment composer avec lui? Les chercheurs de l’INRA et du CNRS proposaient, à l’occasion de la Conférence sur le climat à Paris COP 21 en décembre 2015, des pistes de réflexion et d’actions, sur l’irrigation, les cépages, les modes de conduite de la vigne. Elles entrent à nouveau dans le feu de l’actualité. Avec un enjeu de taille pour la viticulture régionale: le maintien des qualités, de la qualité des vins du Languedoc, après trente ans d’efforts, de sacrifices et de profondes mutations, que la prestigieuse Revue des Vins de France vient de récompenser[1]


Vendanges chez Laurent Mazas à Mireval

Les modes de conduite la vigne en question
Au centre des débats, en pleines vendanges, l’absence de pluie en août remet sur le tapis la question des méthodes culturales pour mener la vigne. Laisser de l’ombre au raisin, de la surface foliaire, ne pas écimer, voire, pour les adeptes d’une culture en accord avec son environnement, enherber ses parcelles, pratiquer l’agroforesterie (complanter des arbres) pour redonner de l’humidité au sol et au cep apportent des réponses concrètes à la gestion du stress hydrique. Un travail en amont, auprès des viticulteurs, de formation, d’éducation pour suivre un travail adapté à de nouvelles conditions de production apparaît comme criant de nécessité. 
De même, le débat sur l’irrigation des vignes s’invite dans les discussions. Le syndicat du Bas Rhône Languedoc et la Chambre d’agriculture mènent un projet de 1500 ha pour 2020 sur le secteur de Montagnac, Pinet, Pomerols. Les réunions se multiplient mais les vignerons trouvent le temps long. Olivier Azan, qui a inscrit des parcelles dans le projet, constate que « même les vignes irriguées, en IGP, souffrent. Le cep tient bon, mais ne crée pas du végétal. Chaque année, nous assistons à des perturbations des vendanges liées à des épisodes climatiques. Nous sommes vraiment dans un changement climatique, ça y est». Jean-Louis Reffle, direction des Vignerons de Montagnac n’a pu que constater les dégâts de la chaleur sur ceux qui n’ont pas pu irriguer.
 Outre ce paramètre, le choix des cépages implantés alimente déjà le débat. Dans les faits, les cépages anciens tiennent bien le choc, le muscat à petits grains en tête. Joël Julien le constate: « les cépages traditionnels, comme en 2012 ou 2014, sont plus faciles à vinifier. Cette année, terret, carignan, et grenache tiennent mieux. ». Les vignerons tentent partout sur le Bassin de Thau des expérimentations personnelles. Les Costières de Pomerols sortent une production en gewurztraminer dans un mois. Du sangiovese, cépage italien, sera incorporé dans le rosé d’assemblage en Cotes de Thau. Le pinot, lui, souffre de la chaleur. Des croisements de cépages sont également implantés. La liste proposée s’allonge chaque année! Le château La Peyrade, à Frontignan expérimente ainsi les effets et la qualité de cépages venus d’un peu partout, pour produire un rosé atypique, et personnel. Les solutions seront-elles à la fois globales et très individuelles?

Florence Monferran


[1] Guide 2017, Revue des Vins de France (21e édition)

Les vignerons de Pézenas sur le chemin de l’obtention du Cru

L’Hôtel de Peyrat, qui abrite l’Office de tourisme de Pézenas Val d’Hérault, servait d’écrin, le 2 septembre, à la présentation de la cuvée Côté Mas, Pézenas, terroir fusionnel.  Dans la salle de la cheminée, ornée de tableaux en exposition, les producteurs de l’appellation Languedoc-Pézenas faisaient découvrir lemillésime 2015 de ce vin collectif, porteur du terroir. La cuvée en effet est issue, à l’initiative de Jean-Claude Mas, négociant-vigneron, de raisins d’adhérents volontaires pour cette démarche, sélectionnés pour leur typicité représentative de la dénomination Pézenas. A cette occasion, une sélection des anciens millésimes était offerte à la dégustation, avant une dernière soirée des Estivales entièrement consacrée aux vins en AOP Languedoc.
La Dénomination Pézenas a été reconnue dans le cadre de la hiérarchisation des AOC Languedoc en 2007. Une mosaïque de sols  la composent : cailloutis, schistes, calcaire et grès, liés entre eux par une coulée de basalte. C’est elle qui confère à ce terroir sa spécificité et un paysage caractéristique, dans une succession de petites vallées et de plateaux, traversés par plusieurs cours d’eau, sous influence du climat méditerranéen. Les vins qui en sont issus s’appuient sur des cépages anciens (carignan, cinsault et grenache) et plus récents (syrah et mourvèdre).
Les vignerons souhaitent aller plus loin et oeuvrent à l’obtention du cru AOP Pézenas, à l’instar des terroirs des Terrasses du Larzac ou de la Clape. Rassemblés autour d’une terre commune, ils viennent de tous horizons. Installés depuis plusieurs générations ou nouveaux venus issus de différents univers (chef d’entreprises, journalistes, professions libérales) le projet commun d’accéder au statut de Cru les réunit.
Cette étape supplémentaire dans la reconnaissance de la typicité de ses vins exige des identifications, puis des délimitations parcellaires, ainsi que des cahiers des charges rigoureux. Stéphane Martin, trésorier du syndicat, explique que « les vignerons pensent parvenir au bout de la démarche avec l’Institut National des Appellation d’Origine d’ici deux ans pour les vins rouges. Le travail  portera ensuite sur les blancs et les rosés. Le conseil technique syndical est déjà au travail ».
L’obtention du cru doit démontrer la spécificité et la typicité du terroir en question Jean-Claude Mas, implanté dans le vignoble et fortement impliqué dans la démarche, joue un rôle moteur, à l’exemple de sa proposition de cuvée « fusionnelle ». Un opérateur puissant qui joue le rôle de locomotive, un oenotourisme fort, avec des démarches syndicales structurées (Vins,Vignes et Terroirs au printemps, Estivales, des partenariats avec les cavistes, hôtels et restaurants), l’AOP Languedoc-Pézenas s’appuie sur de nombreux atouts dans son cheminement vers l’obtention du Cru.

 

Côté dégustation
A la dégustation, les vins présentent une couleur relativement soutenue, du grenat au pourpre, sans excès. La palette aromatique décline surtout des arômes épicés comme le poivre blanc, la cannelle, la figue, accompagnés de quelques notes de garrigue et de petits fruits rouges  out de mûre. Le profil en bouche est très caractéristique de par sa structure tannique très fine et élégante, fondue. Les millésimes présentés, de 2007 (année de création) à 2015,  confirment que ces types de vins s’épanouissent au bout d’un an minimum, d’où la nécessité d‘un élevage qui dure entre 12 et 24 mois. Sur le conseil de Frédéric Ducros, sommelier, ces vins rouges se dégustent sur de belles viandes rouges grillées (côte de boeuf ou de toro), sur une daube provençale ou de toro, un civet de lièvre. 

Présent, Guy Cazalis de Fontdouce, vigneron à la Font des Ormes à Caux, se réjouit de la qualité du millésime 2015 mis en dégustation. « Caux, Fontès et Nizas forment un triangle d’or du Languedoc, directement sur une coulée de basalte. La qualité, des vins de garde, le Languedoc a progressé à grands pas en trente ans.  Que de chemin parcouru depuis le vin  de mes grands-parents! ».

Côté Mas 2015 est un vin jeune à la robe brillante, fruité et rond en bouche, vanillé par l’apport d’un élevage sous bois. C’est un vin gourmand.
Côté Mas 2013: la robe est plus mate, les arômes évoluent, sur un nez de fruits noirs, compotés, et une bouche  puissante, mais sans agressivité.

Mas Gabriel 2013, Peter et Deborah Core, Gabian: finesse et élégance dans un nez de fruits noirs, force de la matière en bouche, c’est une belle cuvée.

Latude 2007,  Vignerons de Fontès: sur ce premier millésime en AOP Languedoc-Pézenas, les terroirs de basalte et argilo-calcaires offrent une robe soutenue, un nez épicé, et une belle évolution en bouche.Les coopérateurs démontrent que la qualité est valable pour eux aussi. « La diversité des terroirs, des vignerons, des façons de voir apportent un réel dynamisme » selon Stéphane Martin, qui est coopérateur à Fontès.

Les cuvées suivantes sont des vins biologiques ou en biodynamie :

Domaine de Magellan 2009, Bruno LAFON et Sylvie LEGROS, Magalas, certifié: le vin offre un nez gourmand de fruits rouges, très épicé en bouche. Le Grenache apporte rondeur et alcool, notes de griotte. C’est un vin suave.

Domaine Leconte de Floris, Six rats 2015, à Caux Daniel Leconte de Floris: ce vin jeune minéral, acidulé respire la fraîcheur. Présent aux Estivales, Daniel Leconte de Floris propose un marsanne-carignan en vin blanc, avec une  fraîcheur et une minéralité égales.

Pour terminer, nos hôtes présentent à la dégustation un millésime 2008 un des plus beaux vins du Languedoc, duPrieuré Saint Jean de Bébian, à Pézenas, aujourd’hui repris par un investisseur. La robe intense, le nez fin, complexe, envoûtant, les arômes, la bouche n’a pas pris une ride, équilibrée, sans sécheresse. C’est un vin vinifié par Karen Turner, élue meilleure winemaker de l’année. Son mari, Emmanuel Pageot, présent aux Estivales, élabore des vins atypiques, en biodynamie, fruit de ses recherches sur leDomaine Turner-Pageot à Gabian.

Les Estivales de Pézenas
Dans la foulée de la dégustation, débutent les dernières Estivales. « un super concept » pour Frédéric Ducros, « qui mêle les générations, le vin, la musique, la gastronomie, avec des produits culinaires de qualité  en partenariat avec la chambre d’agriculture». Les Estivales de Pézenas se sont ouvertes, avec la ville et l’agglomération, à des partenaires de la route des vignerons et de pêcheurs, et des producteurs des Côtes de Thongue, qui viennent compléter l’offre « entre terre et mer ». Elle clôturent une saison estivale très fréquentée, à l’heure où les vignerons ont commencé à vendanger les blancs, sauvignon et chardonnay en tête. Les cailloux sont semés sur le chemin de l’obtention du cru Pézenas.

Florence Monferran

   

 

 

 

Quelques chiffres

AOP Languedoc-Pézenas depuis 2007, uniquement en vins rouges
- Superficie en production AOC : environ 1500 ha
- Aire de production sur 15 communes :
Adissan, Aspiran, Caux, Fontès, Fouzilhon, Gabian, Lieuran-Cabrières, Montesquieu, Neffiès, Nizas, Paulhan, Péret, Pézenas, Roujan, Vailhan

- Producteurs :
3 caves coopératives,
29 caves particulières

- Production en 2015 :
environ 27 200 hl en AOP Languedoc 
dont 6 100 hl en AOP Languedoc-Pézenas pour une dénomination en progression.

- Rendement maximum : 45 hl/ha

Des vignobles dévastés, des vignerons meurtris

Le mercredi 17 août 2016 restera une date noire dans la viticulture héraultaise. Dans l’après-midi, un couloir de grêle, venu du Gard vers Montpellier, emporte sur son passage toutes les productions agricoles, maraîchage, fruits et raisins  prêts à être vendangés. En un peu plus de quinze minutes, il saccage la moitié du vignoble Pic Saint Loup, descend vers Teyran, Vendargues. Sur une zone très étendue, la grêle frappe aveuglément. Des vignobles ne sont pas touchés, d’autres fauchés à 100 % quand les grêlons atteignent la taille d’un œuf de pigeon. Ils laissent  derrière eux une scène hivernale de routes, rues et campagnes glacées en plein été. Des vignes où il ne reste que le sarment, des vignerons sans voix, de solides gaillards qui pleurent… Le maire de la commune de Valflaunès Gérard Fabre confiait à France Bleu : "Les gens sont choqués, on n'a jamais vu un orage aussi violent. Certains viticulteurs sont touchés à 100%. C'est dramatique pour le Pic Saint-Loup. »
Pour panser les plaies, il faut faire vite. Si certains espèrent arriver au bout de la maturité du raisin, d’autres doivent aider la vigne à cicatriser. Les départs de pourriture compromettent ce qui reste. En vins biologiques, la tâche s’avère plus compliquée encore. Guy Ratier du Domaine de la Vieille à Saint-Mathieu-de-Tréviers, explique que les vignerons ont trouvé des produits et traitements biologiques en Allemagne. Panser le traumatisme ? La solidarité vigneronne joue, l’entraide et les mots pour réconforter plus atteint que soi. Guy Ratier le raconte « On s’appelle. C’est important de libérer la parole, laisser les sentiments s’exprimer. »
Après la stupeur, vient le temps des évaluations officielles. « Les territoires viticoles du Pic Saint Loup et des Grés de Montpellier sont plus particulièrement touchés avec plusieurs centaines d’hectares de vignes endommagés à 100 % » analysent les services de la préfecture de l’Hérault. Autour de Vendargues, et dans un périmètre Claret/ Sauteyrargues/Valflaunès/Lauret, les productions sont très lourdement atteintes. C’est à ces communes meurtries que Pierre Pouëssel, préfet, Olivier Jacob, secrétaire général de la préfecture et Jérôme Despey, Président de la chambre d’agriculture de l’Hérault réservent leur visite le 19 août « pour assurer les agriculteurs touchés de leur soutien et examiner les mesures de solidarité pouvant être mises en place. ». Des reports ou modérations gracieuses auprès des services fiscaux, de prise en charge des cotisations sociales des exploitants ou d’incitation à la mansuétude des banques sont envisagées. Une procédure de demande de classement des zones sinistrées au titre des calamités agricoles pour les pertes de fonds est lancée. La perte de récoltes due à la grêle, quant à elle, ne pourra être traitée que par les assurances agricoles de chacun. Les syndicats viticoles demandent aux pouvoirs publics de laisser les vignerons qui n’ont plus rien recevoir ou acheter des raisins, ce qui sera possible si l'état de catastrophe naturelle est reconnu.
Certains ne vendangeront pas cette année, et l’année prochaine sera bien maigre, tellement les vignes ont été martyrisées. Cruel coup du ciel dans un vignoble languedocien jusque là épargné par les épisodes climatiques que la France viticole a connu cette année. Le millésime 2016 sera partout un millésime bien sombre.
Florence Monferran

La famille Clavel à Trinque Fougasse

Trinque Fougasse, institution montpelliéraine élue « meilleur bar à vin du Languedoc » par le Comité Interprofessionnel des vins du Languedoc, poursuit sa découverte de vignerons tout l’été, avec une soirée spéciale Estival’Off le jeudi soir. Le 18 août, il accueillait la famille Clavel.
Jean, figure fondatrice du syndicat des Coteaux du Languedoc (devenu AOC Languedoc), promoteur inlassable de la qualité des vins du sud, de leur identité propre et de leur très longue histoire, a transmis le flambeau à Pierre, son fils. Avec son épouse, Estelle, il a lancé son domaine en 1986, « intransigeant sur la qualité et l’harmonie avec la nature ». Leurs vins sont donc biologiques. Antoine et Martin incarnent la troisième génération de cette grande famille du vin languedocien. Ils forgent actuellement leur expérience viticole dans tous les vignobles.
Aller à leur rencontre, déguster leurs vins, au son des Cocuts (chœur occitan dans lequel chante Jean) et des Assortis, c’est partir, dans leurs pas, vers des racines chevillées au corps, le regard droit vers l’horizon, verre à la main.
Florence Monferran

Les vignerons présents font déguster leurs cuvées, les bouteilles sont proposées au prix propriété. Formules repas habituelles
Trinque Fougasse O’Nord 
A partir de 19h30
1581 Route de Mende
34 090 Montpellier
Réservation conseillée: 04 99 23 27 00 et http://www.trinquefougasse.com

 

 

Début des vendanges le 16 août

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On s’oriente vers un début de vendanges le 16 août sur le littoral héraultais avec une semaine à dix jours de retard. Quelques muscats secs et vermentinos ouvrent le bal à Lunel et Frontignan. Les contrôles de maturité à partir du 16 août seront décisifs pour déterminer la date de vendange de l’ensemble des blancs secs.

Les vrilles de la vigne à l'Abbaye de Valmagne

Auréolé du prix Oenotourisme du département aux derniers trophées Hérault Vincoeurs, le Domaine de Valmagne, à Villeveyrac, multiplie les initiatives à l’adresse des visiteurs pour faire découvrir ses vins biologiques, dans le cadre de l’Abbaye cistercienne, surnommée  « la cathédrale des vignes ».
Dernière en date, une dégustation itinérante et théâtralisée sera proposée pour la première fois, jeudi 28 juillet, dans un savoureux mélange des genres. La Compagnie Paradisiaque déambulera dans la cour d‘honneur, l’église, la salle capitulaire, ainsi qu’à la célèbre fontaine. Pendant les entractes, acteurs et spectateurs seront invités par Philippe d’Allaines, le propriétaire-vigneron du lieu, « à partager un deuxième spectacle, celui des arômes des vins produits ici ».

Jeudi 28 juillet à 19h00
Tarif : 15 €/personne
Infos et réservations :
Abbaye de Valmagne - 34 560 VILLEVEYRAC - 07 84 27 86 21 - www.valmagne.com

Pays d’Oc IGP dévoile son palmarès Collection 2016

Le label Pays d’Oc IGP vient de dévoiler les cuvées ambassadrices de son trophée. Pour l’édition 2016, 21 flacons ont été retenus par un jury international de professionnels, confirmant ainsi la créativité du label en vins mono-cépages, bi-cépages ou assemblages.

56 vins proposés à la dégustation sur une présélection de 223 cuvées

8 blancs et 13 rouges, c’est le nombre de vins qui ont été retenus pour cette nouvelle édition du palmarès « Pays d’OC IGP. » Organisée le 29 Juin dernier, la séance de dégustation réunissait un jury international composé de pas moins de 11 journalistes et professionnels du vin. A l’issue de la délibération, tous ont été unanimes. Parmi les (§ vins proposés à la dégustation sur une présélection de 223 cuvées, « les 21 cuvées retenues procuraient énormément de plaisir. » Ce palmarès Collection 2016, par sa qualité, ne peut que renforcer l’image prestigieuse des vins de la région sur les Salons où ces cuvées seront présentées à l’étranger », témoigne Dominique Laporte, Meilleur Ouvrier de France-Sommelier, qui faisait parti du jury de cette année.

Le trophée Collection : un tremplin pour les viticulteurs

Créé en 2007 à l’initiative du Syndicat des producteurs de Vins de Pays d’Oc, le trophée Collection souhaite avant tout faire émerger, à travers ses cuvées ambassadrices, les vins les plus remarquables des vignerons répondant au cahier des charges Pays d’Oc IGP (Indication Géographique Protégée).
« Pour ce palmarès Collection 2016, nous avons privilégié les vins ceux qui nous interpellaient par leur supplément d’âme et leur originalité. (…) Cela montre bien la prise de risque, le dynamisme et l’offre très vaste des vins des pays d’Oc… Avec Collection 2016, le Languedoc est certainement un peu ce Nouveau Monde de la France, » déclarait Olivier Dauga, consultant en vis bordelais et président du jury collection 2016.

Liste des cuvées sélectionnées :

Collines du Bourdic - « Le Prestige » - Chardonnay - Blanc - 2015

Domaine Gayda BIO - « Figure Libre Chenin Blanc » - Chenin blanc - Blanc - 2014

Domaine La Provenquière - « P Sémillon Vermentino » - Semillon / Vermentino - Blanc - 2015

Paul Mas BIO - « Mas des Tannes Grenache Blanc » - Grenache blanc - Blanc - 2015


Les Costières de Pomerols - « Beauvignac » - Chardonnay - Blanc – 2015

Les Hauts de Janeil - « Grenache-Viognier » - Grenache Blanc / Viognier - Blanc – 2015

Mas de Madame - « Muscat sec » - Muscat à petits grains - Blanc – 2015

Mas La Chevalière - « Vignoble Peyroli » - Chardonnay - Blanc - 2013

Aigues-Belles BIO - « Cuvée Nicole » - Assemblage - Rouge - 2013


Alma Cersius - « Terra Patres » - Assemblage - Rouge – 2012

Calmel & Joseph - « Villa Blanche Marselan » - Marselan - Rouge – 2014

Condamine Bertrand - « Elixir » - Assemblage - Rouge - 2014




Domaine de Brau BIO - « Pure Pinot Noir » - Pinot Noir - Rouge - 2015


Domaine de la Baume - « Syrah – La Jeunesse » - Syrah - Rouge – 2015

Valensac - « entre nous selon Valensac » - Petit Verdot - Rouge – 2014

Domaine du Grand Chemin - « JMF » - Cabernet-Sauvignon / Pinot Noir - Rouge – 2014

Domaine du Grand Chemin - « Clos Rogé » - Assemblage - Rouge - 2013



Picaro’s - « Amano » - Syrah / Grenache - Rouge - 2013




Domaine Gayda BIO - « Chemin de Moscou » - Assemblage - Rouge - 2013

Vignobles Foncalieu - « Le Versant Syrah » - Syrah - Rouge - 2015


Mas du Salagou BIO - « Cinérite » - Assemblage - Rouge - 2013

Vin et art au Musée Fabre

 
Grappillages en Languedoc

Quelques instants de légèreté offerts au Musée Fabre ont fait tutoyer vin et œuvres d’art dans les collections, puis dégustation et architecture dans la cour Joseph Marie Vien. Les amateurs étaient en effet conviés à un parcours à travers des peintures et des cuvées choisies, en compagnie de David Cabot, guide-conférencier du Musée, et de Noëlle Bardou, animatrice oenotouristique.
Ils ont pu observer Grappillages en Languedoc (vers 1905), de Max Leenhardt, jeune cousin de Frédéric Bazille, honoré actuellement. Le tableau, accroché à titre temporaire, rend compte de la culture viticole qui fit la fortune de Montpellier et nourrit l’effort de la révolution industrielle par le vin – aliment. On le sait peu, le père de Frédéric Bazille, Gaston, travailla avec Jules Planchon sur le phylloxéra qui sévit fin XIXe s. Noëlle Bardou retrace que le Languedoc, berceau de la vigne de France, y reste le plus grand vignoble d’un seule tenant.
A la différence de ce vin de masse, les tableaux proposés à la visite, tous flamands, évoquent une consommation d’élite avec des accents moralisateurs.


 Les noces de Cana, de Baellieur (XVIIe siècle) rappellent, par la présence de grandes jarres d’eau en pierre, que Jésus la changea en vin.

 


Per Boch dépeint dans Jeune Hollandaise versant à boire (vers 1650) les effets pernicieux du vin, la vulgarité de l’ivresse de l’homme, mais aussi comment la femme peinte se verse du vin en vraie dégustatrice, tenant le verre par la cive (rondelle terminant le pied). Nous apprenons ainsi que le verre à vin existait déjà, produit et diffusé largement depuis l’Angleterre.


Avec Comme les vieux chantent, les enfants piaillent (vers 1662), Steen renvoie l’image d’une famille bourgeoise, cossue. Scène de genre hollandaise typique de légèreté, joie, et bonne chère, elle contient elle aussi une mise en garde, car même les enfants boivent.

 

Son «Repos devant l’auberge (vers 1660) nous montre un client fortuné qui boit du vin et non de la bière.
Le verre, conique, est là aussi tenu par la cive, invitation à boire, et peut-être plus … avec la noix aux cerneaux en forme de cœur.

 

 

La dégustation avant achat par un négociant est évoquée dans Deux muletiers à l’auberge  de Dujardin ((1658).De cette leçon de peinture, David Cabot conclut, avec Pline l’Ancien, et humour : « L’homme doit au vin d’être le seul animal qui boit sans soif ».

   

L’accès privilégié à la cour Joseph Marie Vien, havre de fraîcheur à l’ombre d’un olivier et d’un cyprès, à l’intérieur des murs du Musée Fabre conduit le groupe à la dégustation évoquée dans les tableaux. « L’art, le vin, ancrent Montpellier dans son terroir viticole » introduit Noëlle Bardou, qui présente trois cuvées sélectionnées: Edmond le démon, Rosé 2015 du Chai d’Emilien à Sussargues, Blanc, 2014 du Clos Sorian à Poussan, et la Cuvée Turenne, Rouge 2013, en vin biologique, de l’Abbaye de Valmagne à Villeveyrac.

  

Le rosé Edmond le démon, vin plaisir, hommage au grand-père d’Emilien Fournel, réunit les cépages emblématiques du sud et du rosé : grenache, cinsault, syrah, aux arômes de pêche de vigne, framboise, pamplemousse. Blanc, 2014 du Clos Sorian, petit domaine de 7 ha, se compose de roussanne, marsanne, venus des Côtes du Rhône, et de  grenache blanc, « fils d’Espagne ». Elevé sur lies fines, ce vin offre des arômes de fleurs blanches (aubépine, tilleul) et agrumes, à la belle persistance aromatique. L’AOP Languedoc Grés de Montpellier, sa bouteille syndicale et ses cépages reconnaissables sont abordés avec la Cuvée de Turenne. A Valmagne, « le vin fait l’association entre  culture, art et religion dans cette cathédrale des vignes », commente Noëlle Bardou. Ce rouge, à base de syrah et de mourvèdre élevés un an en fût, présente des arômes typiques de l’appellation en nez, beaucoup de jambe. « Le vin est un être vivant, il change selon les jours ». Pour ce vin de garde, elle recommande de le goûter à plusieurs étapes de son évolution dans le temps.
Dans la discussion ouverte, Noëlle Bardou met en valeur l’identité d’artisans vignerons, de « petits  qui ont progressé, qui viennent de loin. On ne peut pas juger l’époque du vin aliment, il était là pour accompagner un effort. Il y a eu des évolutions énormes, le Languedoc a su s’adapter ». L’auditoire, attentif et curieux, goûte à toutes ces informations, interroge, participe aux commentaires de dégustation et se sépare, enthousiaste. Devant le succès de la formule, un partenariat régulier est sur le point de voir le jour, pour une animation tous les mois ou tous les deux mois.

Florence Monferran

Prochaine visite le vendredi 21 octobre (à 11h et 16h)
Une Visite guidée œnologique est également pendant  la Fête des vignes en novembre.
Musée Fabre  39, boulevard Bonne Nouvelle
 34000 Montpellier
04 67 14 83 00 - www.museefabre.montpellier3m.fr

Les vins d’Hérault mis à l’honneur lors du tour de France 2016

Cette année, Le Département de l’Hérault, 1er vignoble de France, a choisi le Tour de France pour valoriser ses vignobles du 13 au 14 Juillet.

11e étape Carcassonne/ Montpellier 

« Le Département a la volonté de travailler avec la profession viticole et de faire découvrir ses vignobles. La viticulture en Hérault c’est un circuit, une invitation à la dégustation, une histoire, des atouts et le vivre ensemble héraultais, » a déclaré Kléber Mesquida au sujet du tour de France qui tiendra place dans le département du 13 au 14 Juillet. En effet, lors cette nouvelle édition, dès l’entrée dans le territoire héraultais, le Département a fédéré 25 communes pour mettre en avant ses vignobles, (AOC Appellation d’Origine Contrôlée et IGP Indication Géographique Protégée). Dans chaque commune, située sur le tracé de la Grande Boucle, une banderole de promotion des vignobles sera donc installée.

12e étape Montpellier/ Mont Ventoux

En partenariat avec « Hérault tourisme, » dès le 14 Juillet le Département installera un stand dans le village du Tour de France, afin de poursuivre sa promotion de ses vins.
Toujours sur le village, une dégustation de vins de terre et de mer sera organisée. Deux vignerons de l’Hérault ont été sélectionnés par le Pays Haut Languedoc et Vignobles pour venir à la rencontre des Héraultais et faire découvrir leur savoir-faire et leur terroir. Le domaine de Savary sera représenté par Christophe Savary, vigneron à Montagnac et le Domaine Mari par Eric Mari, vigneron à Siran.

Durant cette journée, le village du Tour de France deviendra incontestablement un lieu privilégié de rencontre et de partage entre les partenaires du Tour.
Les invités du jour et les coureurs, ouvre ses portes le matin environ 3 heures avant le départ de la course, et les ferme une fois le départ officiel donné.

A la rencontre d'un nouveau souffle en caves coopératives


Rebaptisées en « vignerons de » ou parées de noms antiques, à l’instar d’Héraklès à Vergèze, ancrées dans leurs villages languedociens comme un clocher à son église, les caves coopératives, symboles de la viticulture de masse du XXe s. en vins rouges courants, ont changé de patronymes ... et de visage. 

Après le grand tournant des arrachages, des fusions entre elles, elles ont pris le chemin de la qualité et de l’innovation par le biais d’options économiques diverses. Ces « cathédrales de Bacchus » d’une époque révolue se muent en caveaux de vente ultra-modernes, à l'exemple de Florensac, Mèze ou Celleneuve. Elles offrent aujourd’hui des vins de toutes les couleurs, produits en AOC, IGP, IGP Oc ou Vin de France. Artisans du patrimoine aux cuvées historiques, coopérateurs à une échelle industrielle assumée, le cépage chevillé au corps, comme Pomerols au picpoul, tournés vers la résurgence d’une très vieille histoire, à Saint-Georges d’Orques, ou à la pointe du marketing, ces viticulteurs partagent une souplesse à s’adapter à l’évolution des marchés économiques, et aux modes de consommation actuels. Ils démontrent une inventivité dont les inaugurations qui se succèdent depuis le mois de juin, à Montagnac, à Pomerols,  apportent une illustration vivante. Tout un symbole: la cuve historique d’une capacité de 41 00 hl, la plus grande d’Europe dans les années 1960, a été démolie à Montagnac pour laisser place à un projet « ambitieux et moderne », d’ateliers de vinification à la pointe de la technique. Tous ces exemples éclairent, dans sa multiplicité, le nouveau souffle du secteur coopératif en Languedoc, en particulier dans le grand Montpellier et en Pays de Thau.

Cette coopération reste porteuse de valeurs anciennes, de travail en commun, de solidarité, dans le souci de bien rémunérer ses adhérents. « Les vignerons du Pic gardent ce précepte au centre de leurs préoccupations » explique leur Directeur, Bruno Daneluzzi. Mais des valeurs remises au goût du jour, en sachant si possible anticiper l’avenir. Joël Julien, son Directeur, le résume pour la cave de Pomerols : « dans notre conception, la coopération est avant tout une aventure humaine, et une mise en commun de moyens pour mettre en œuvre des stratégies d’entreprise efficaces. » Ces stratégies ont entraîné une  mutation dans les mentalités: l’investissement n’est plus considéré comme une prise de risque, ou une part qui vient amputer la rémunération de l’adhérent.

Le renouveau coopératif passe par la qualité. Rupture avec le passé, tout ou majeure partie du vin est conditionné sur place (Assas, Pomerols), quand il partait autrefois massivement en vrac, en citernes. La recherche de la qualité peut passer par la limitation de la production de la cave. A Assas, qui produit en AOC Languedoc - Pic Saint-Loup et Grés de Montpellier,  le Conseil d‘administration a acté de ne produire que ce qui peut être vendu. Pas toujours simple à faire passer: il faut convaincre les adhérents, mettre au point un cahier des charges qualitatif (sol, conduite de la vigne, jusqu’à la surmaturité des rouges).
La coopération partie prenante de la recherche d’excellence? A Saint Georges d’Orques, la cave participe main dans la main avec les vignerons indépendants et le syndicat au travail pour l’obtention d’un cru communal. Tous s’appuient et valorisent ensemble une démarche historique sur ces vins fins, naturellement élégants célébrés par Thomas Jefferson dans son voyage en France, avant de devenir Président des Etats-Unis d’Amérique.

 
Nouvelle cuverie à Montagnac                                          Chaîne d'embouteillage à Pomerols

Dans une option de modernisation à grande échelle, des caves n’ont pas hésité à s’équiper en matériel pour traiter vins blancs et rosés au froid. Les vignerons de Montagnac en sont un bel exemple. Ils inauguraient le 21 juin dernier leur nouvel atelier de vinification, d’une capacité de 45 000 hl, tout en cuverie inox, à l’abri de l’oxygène dès l’arrivée du raisin jusqu’en cuve de fermentation. Des jus automatiquement sélectionnés, pressés dans d’immenses pressoirs mis au point sur place, sont ensuite refroidis et distribués en cuves de débourbage. Cout: 3,7 millions d’euros. Ces investissements font dire à Boris Calmette, président régional de Coop de France « qu’en cave coopérative, les investissements réalisés au service des adhérents le sont également pour les générations à venir ». Deux jours après Montagnac, les Costières de Pomerols inauguraient leur nouvelle ligne d’embouteillage, entièrement automatisée. D’une valeur de 1,5 millions d’euros, elle constitue la dernière étape d’une modernisation complète, entamée à partir des années 2000, « dans l’ordre » rappelle le Président sortant Cyr Gaudy, partant de l’encépagement, puis la vinification jusqu’à la commercialisation. « Ce n’était pas évident. Le premier investissement coûtait 6,5 millions d’euros. Tout le monde a suivi » raconte celui qui, après 14 ans à la barre, passe le relais, serein, à la tête d’une coopérative qui fait figure aujourd’hui de locomotive. En opérant plusieurs fusions, se dotant d’outils de vinification, mise en bouteille et stockage , ainsi que de caveaux de vente, les Costières de Pomerols ont démontré leur capacité à élaborer et poursuivre durablement des stratégies commerciales, s’adapter aux nouvelles conditions des marchés.
Ces caves ont répondu à la crise. « Nous avons traversé une crise économique où le consommateur cherche à identifier des produits de très bon rapport-qualité/prix » analyse Joël Julien. La crise analysée, la cave a préparé, anticipé les reconversions. Henri Cabanel, sénateur de l’Hérault, le rappelle : « la viticulture languedocienne, aujourd’hui connue et reconnue, dans une agriculture malade, s’est prise en mains, n’a pas ménagé sa peine et ses efforts ». 
Elles ont construit des marchés: Assas en réseau cavistes France (60% de son activité), Pomerols à l’export (pays anglo-saxons, Asie maintenant), St Georges d’Orques avec Montpellier Méditerranée Métropole en Chine.
 
Les résultats sont là: une progression à deux chiffres à Assas, des bouteilles bien valorisées, des frais de vinification qui n’ont pas augmenté à Pomerols, malgré la lourdeur des investissements.
Le succès économique tient aussi à une démarche marketing pensée, qui définit un profil de produit à vinifier (Pomerols, Assas), avec une belle typicité en Picpoul de Pinet, Languedoc - Pic Saint Loup et Grés de Montpellier. Bouteille personnalisée, vins dotés d’une véritable identité,  à l’instar du slogan « son terroir, c’est la mer » en picpoul, le travail de communication a intégré le produit dans son environnement.

 
Terroir d'Art à Montagnac                                                                               Cuvée Jefferson de Saint-Georges d'Orques

Ces caves savent aussi surfer sur des vagues montantes, celle, en particulier, des nouvelles appellations: en picpoul de pinet depuis 2013 (Montagnac, Pomerols), en dénomination Grés de Montpellier depuis 2003 (Assas, Saint Georges d’Orques), qui constituent des valeurs porteuses d’image.  Ces caves ont observé et géré de nouveaux modes de consommation, à l’exemple d’Assas et de Saint-Georges d’Orques avec des vins féminins, gourmands, qui s’adressent à un consommateur plus jeune. Elles ont utilisé l’aspiration touristique, comme pour Pomerols près du Cap d’Agde, Assas et Saint Georges d’Orques près de Montpellier, métropole régionale tournée vers l’international. 
Elles ont glissé vers l’oenotourisme, aidées en cela par le département ou la marque régionale Sud de France pour s’offrir un nouvel élan. Les circuits oeno-rando inaugurés en juin à Montagnac et Pomerols en sont la preuve pour Jean-Louis Reffle, directeur des Vignerons de Montagnac : « L’oenotourisme fait partie du renouveau de la Cave, de notre dynamisme ». Il permet d’y renouer avec un « Terroir d’art » à parcourir avec Nadine, vigneronne et conteuse de sa terre. Cette oenoculture allie sans complexe vins et mets, à l’exemple  des ateliers de Beauvignac à Mèze, musique, photo, art, paysages … et démontre un attachement au terroir. A Saint-Georges d’Orques, il n’est question que de patrimoine, et d’histoire. Une Cuvée Jefferson a vu le jour à la demande de l’ambassadeur des Etats-Unis venu il y a cinq ans dans le village perpétuer son souvenir.
Le récent concours national de l’oenotourisme en caves coopératives à Marseille ne s’y est pas trompé. Il a largement récompensé les initiatives héraultaises[1].

Une amorce plus timide en vins biologiques fait jour. Les inaugurations ont vanté la pratique de la confusion sexuelle à Montagnac et  Pomerols, qui limite l’usage de traitements. Trois productions bio  sont vinifiées et mises en bouteille en prestation à Montagnac. Tout le matériel de l’ancienne cuverie détruite y a été recyclé, et l’installation d’une toiture photovoltaïque fait montre d’un souci environnemental. Mais d’une manière générale, le bio en cave coopérative, en Languedoc-Roussillon ne prend qu’une part relativement faible: moins d’un quart du vignoble bio est en coopérative, 1 coopérative sur 4 produit du bio (66/210 en Languedoc).

Caveau des Vignerons du Pic à Assas

Vous croiserez peut-être cet été un rouge en Grés de Montpellier de Saint-Georges d’Orques ou Assas, un picpoul de Pomerols ou de Montagnac, … ou un rosé de Bessan en bord de mer. Vous saurez alors par vous-mêmes combien ces caves coopératives ont progressé sur le chemin de la qualité et de la création, comment, à leur mesure, elles contribuent par leurs efforts et leurs compétences au renouveau de la viticulture languedocienne tout autour de Montpellier.

Florence Monferran


[1] Les circuits « Oeno-rando» – démarche portée par un groupe de 10 caves coopératives de l’Hérault en Catégorie "Balades vigneronnes" » et L’Art en Cave – démarche portée par la cave de Saint-Chinian en Catégorie "Evénements, animations"

Montagnac et Pomerols : entre investissements colossaux et oenotourisme

 

Les Vignerons de Montagnac :
Créés en 1937
Président : René Moréno, Directeur : Jean-Louis Reffle
Fusion avec Lézignan, Tourbes, Loupian
2000 ha - 130 000 hl
50% en rouge, 25% en rosé, 25% en blanc
AOC Picpoul de pinet, AOC Languedoc Rouge, IGP Coteaux de Bessilles, vins de cépages
Circuit oeno-rando « Terroir d’art »

15 Avenue d'Aumes - 34530 MONTAGNAC
04 67 24 03 74 - www.lesvignoblesmontagnac.com et www.terroir-dart.com 


 

Les Costières de Pomerols : 
Créées en 1932
Président  depuis juin 2016 : Jean-Louis Atienza, Directeur : Joël Julien
Fusion avec Castelnau de Guers, Mèze
1800 ha, dont 430 en picpoul - 130 000 hl
65 à 70 % conditionnés 
AOC picpoul de pinet, IGP Oc, IGP Cotes de Thau
60 % blanc, 20 % rosé, 20% rouge
6 millions de cols, capacité portée à 8-10 millions avec la nouvelle chaîne d’embouteillage
Circuit oeno-rando  et Thaucyclette ( à vélo)
Avenue de Florensac - 34810 POMEROLS
04 67 77 89 94
Et Caveau de Beauvignac - Route de Pézénas -34140 MEZE
04 67 43 80 48
www.cave-pomerols.com 

 Assas et Saint-Georges d’Orques: un passé prestigieux dans l’aspiration de Montpellier
Les deux lieux produisaient des crus très réputés aux 17e et 18e siècles


 

Les Vignerons du Pic :
Créés en 1939
Président : Yves Euzet, Directeur : Bruno Daneluzzi,
Fusion de 4 coopératives
629 ha en 2015
45 000 hl
AOP Languedoc et dénomination Pic Saint Loup et Grés de Montpellier, IGP Oc
60% de son activité avec les cavistes (400 en France)
20-25 % en vente directe
20 % à l’export
Progression en Grés de Mtp : de 10000 bouteilles il y a dix ans à 100 000 bouteilles285,
Avenue de Sainte Croix-34820 ASSAS
04 67 65 93 55
Et Caveau du Cellier Du Pic
2 Avenue du Pic Saint-Loup - 34 980 SAINT-GELY-DU-FESC
http://vigneronsdupic.net 

 

Saint-Georges d’Orques, « l’émeraude de Montpellier »
Créée en 1947
Président : Robert Vidal, Directeur : Marc Fite
Fusion (la première du département en 1980) avec Celleneuve
412 ha
27 000 hl en 2015
AOP Languedoc, et dénomination Grés de Montpellier, IGP Oc
Objectif : reconnaissance en cru communal en 2018 ou 2019/21
avenue de Montpellier - 34 680 SAINT-GEORGES d’ORQUES
04.67.75.11.16
et Caveau de Celleneuve 
10 rue de Gignac
  -34000 MONTPELLIER
04.67.75.22.79

http://cavesstgeorges.pagesperso-orange.fr 

Crédit photos aux Caves coopératives

Un Palmarès des Muscats du monde à la gloire des arômes

Le rendez-vous est pris chaque année en début d’été à Frontignan pour une confrontation internationale autour des muscats, organisée par l’association Forum Oenologie et la ville de Frontignan. Les 29 et 30 juin, la 16e édition de Muscats du Monde® n’a pas failli à la tradition, dans le cadre dédié de la maison Voltaire. Elle a vu 244 vins venus de 22 pays différents démontrer la richesse aromatique du cépage.

La confrontation a rassemblé des muscats sous toutes les formes: sec, doux, tranquille, effervescent, blanc, jusqu’aux nuances rosées à rouge foncé, des vins jeunes comme de longue garde.  Outre d'une diversité d'élaboration, le concours, vitrine mondiale du cépage, témoigne d’une grande variété géographique d'implantation, avec une forte participation coutumière de pays voisins (Espagne, Italie, Portugal) ou plus lointains, comme l’Afrique du Sud et le Brésil. Pour ce qui concerne la France, toutes les régions productrices de muscat étaient largement représentées, de l’Alsace à la Corse, en passant par les terroirs historiques du Languedoc, du Roussillon, et de la Vallée du Rhône.

Muscats du Monde® a rendu un palmarès expression de cette diversité. 81 vins (33% des échantillons) se sont vus récompensés de 29 médailles d’or, dont 7 pour la France, et de 52 médailles d’argent.  Le tableau d’honneur reflète tout autant la diversité des formes de vinification des muscats. Aux côtés des traditionnels vins doux naturels, très aromatiques, flamboyants, puissants, aux profils modernes, des vins issus de vendanges spéciales valorisant la complexité, la finesse des muscats a séduit les jurés, en vins naturellement doux, muscats « Hors d’âge » ou vins de liqueur, ainsi qu’en vins effervescents, de plus en plus présents dans le concours. Au top 10 (13 cette année en raison d’égalités) huit pays sont distingués, avec une mention spéciale pour le Portugal et la France (trois récompenses).

Le Sud, du Languedoc et du Roussillon à la Provence, récolte une belle moisson de médailles, avec une présence notable, aux côtés de vignerons indépendants, de grands négoces impliqués dans la production de muscats ( Grands Chais de France, Gérard Bertrand).
Frontignan occupe une place d’honneur dans ce palmarès, qui confirme des valeurs sûres, habituées du podium. En Or, le Muscat de Frontignan 20 ans d’âge de la cave coopérative, vieilli en fûts de chêne, se classe au top 10 des meilleurs muscats du monde. La Belle Etoile 2015 du domaine Peyronnet, qui avait décroché une médaille d’or l’an passé, obtient de nouveau une médaille d’argent pour sa cuvée , récompense qui avait déjà distingué deux de ses vins en 2014. Par ailleurs, le Domaine de la Magdeleine, régulièrement primé en Muscat de Mireval, obtient une nouvelle médaille d’argent pour sa cuvée Vent d’anges 2014. Les Costières de Pomerols reçoivent également l'argent cette année pour leur Muscat sec.

La célébration des muscats se poursuivra, du 11 au 17 juillet prochain à Frontignan, à l’occasion du Festival du muscat. Cette année verra le 30e anniversaire du festival coïncider avec le 80e anniversaire de l’Appellation d’Origine Contrôlée muscat de Frontignan. Tous les muscats de l’Hérault, de Saint-Jean de Minervois à Lunel, en passant par Mireval, seront conviés à célébrer une nouvelle fois, le fabuleux cépage à petits grains, sous toutes ses formes, dans tous ses états, dans tous ses arômes.

Florence Monferran

Top 10* des meilleurs Muscats du Monde® 2016
PaysProduitsProducteurs
Portugal Setubal Do Moscatel Roxo - Adegas de Pegoes COOP. AGRICOLA STO ISIDRO DE PEGOES CRL
Australie Morris Cellar Reserve Grand Liqueur Muscat MORRIS WINES
France
Muscat de Rivesaltes Château les Pins 2006 VIGNOBLES DOM BRIAL
Italie
Moscato di Terracina Doc Oppidum Secco 2015 CANTINA SANT'ANDREA AZ. AGRICOLA
Portugal
Moscatel Roxo de Setubal Casa Ermelinda Freitas 2009  CASA ERMELINDA FREITAS - VINHOS LDA
Bulgarie
Muscat Dessert wine 2013 LVK - VINPROM LTD AD TARGOVISHTE
Australie
Morris Old Premium Rare Liqueur Muscat MORRIS WINES
Afrique du Sud
Nederburg Private Bin Eminence Noble Late Harvest 2012 DISTELL - NEDERBURG WINES
Espagne
La Mancha Do - Finca Antigua - Naturalmente Dulce 2015 FINCA ANTIGUA, SA
France
Muscat de Frontignan 20 ans d'Age - Vieilli en fûts de chêne SCA FRONTIGNAN MUSCAT
Brésil
Pietro Felice Moscatel Espumante IRMAOS MOLON LTDA - SINUELO
France
Muscat de Beaumes-de-Venise - Bois doré 2009 VIGNERONS DE BALMA VENITIA
Portugal
Setubal Do - Sivipa - Moscatel Roxo Superior 10 Anos SIVIPA, SOC. VINICOLA DE PALMELA, SA
* Certains vins sont rigoureusement ex-aequo
ainsi le TOP 10 2016 comprend 13 vins.