Un muscat de Lunel rajeuni célébré à Viavino

Cure de jeunesse pour un muscat de Lunel qui a modernisé la gamme de ses vins, la soirée annonce la couleur: une présentation thématique plutôt que rangée par stand de producteur,  ou des cuvées aux noms et packagings relookés, à l’exemple de Lune d’Elles. L’appellation a changé en juin de Président de syndicat du cru, en la personne de Bernard Rouger, et de président de la cave coopérative, avec Frédéric Saint-Jean. Ce dernier rappelle que la cave commercialise 15 produits différents autour du muscat. Le Vin Doux Naturel lui-même, à l’image vieillissante,  s’est rafraîchi, grâce à un taux de sucre abaissé, une baisse de rendement drastique (15 hl/ha), des méthodes d’élaboration privilégiant des arômes floraux et fruités, « dont les jeunes raffolent aux Estivales ». Des stratégies se mettent en place pour pallier une production en monocépage. Des partenariats commerciaux avec des caves produisant des rouges offrent une gamme complémentaire, en particulier à l’export. Frédéric Bailleux, directeur de la Cave de Lunel, y travaille d’arrache-pied. C’est lui qui a embauché six jeunes de l’ESCAA pour rajeunir l’image du VDN et des muscats de la cave. Un bag-in-box de 1,5 l sera commercialisé pour la première fois en VDN en novembre, et un muscat sec haut de gamme en décembre.
Le cocktail vedette, dans l’espace Bar animé par Jean-Baptiste André, barman formateur chez Ypnotik, et l’espace DJ dédié à la soirée musicale dépoussièrent la consommation, avec modération, du muscat dans toutes ses déclinaisons. Le cocktail se compose d’une multitude de saveurs et d’arômes  à base de muscat de Lunel, Campari et Noilly Prat, soda-gingembre, thym… Il n’a pas encore de nom, les gens peuvent proposer leurs suggestions. La députée Fanny Dombre-Coste le résume : « il s’agit de changer de regard sur le muscat, par une nouvelle façon de déguster ». Des ateliers animés par l’oenologue et sommelière Marie-Hélène  Dal Cin complètent la connaissance du cépage et de sa diversification en marche.

 

C’est par une fête en l’honneur du muscat que s’est clôturée au pôle oenotouristique Viavino à Saint-Christol la semaine de l’agriculture en Pays de Lunel.

Le partenariat entre la communauté de communes (CCPL) et la Chambre d’agriculture, instauré en 2012, a donné un coup de projecteur sur le cépage historique.

Ambrussum tout proche nous rappelle que sa culture remonte probablement à l’Antiquité. La fête présente «le muscat dans tous ses états », sous forme thématique : sec, authentique, en Vin Doux Naturel, tardif, en vendanges surmûries, « décalé » en moelleux, rosé moelleux ou Carthagène, effervescent. A chaque type de vin, son assiette, dans un accord « qui lui colle à la peau » avec des productions locales, des fruits de mer aux fromages et chocolat.



Elus du pays de Lunel, chambre d’agriculture, Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc, département, région ont répondu présents pour cette « belle idée de relancer le muscat de Lunel »,  selon Philippe Cros, directeur du CIVL. Jean-Luc Bergeon, président de l’office de tourisme intercommunal  est « « très heureux d’accueillir le muscat de Lunel, breuvage international, à Viavino, pour valoriser le savoir-faire des vignerons » alors que Claude Barral, vice-président du conseil départemental évoque qu’« aujourd’hui le vin n’est plus un aliment, mais un produit socioculturel, un art de vivre, un attachement à une terre »  dont Viavino doit être le levier oenotouristique. 
L’avenir du muscat focalise, en filigrane, les préoccupations d’un territoire dont il porte l’ancrage. Fanny Dombre-Coste centre sa réflexion sur la question de la transmission, par laquelle le vigneron peut avoir envie de continuer à produire, pour d’autres demain. Jacques Gravegeal, vice-président de la CCPL mais aussi président des Vins de Pays d’Oc rappelle, dans « ce lieu magique, que cette production emblématique a marqué les communes  qui ont accolé leur nom au muscat » pour en porter la renomméeLe cépage a également démontré la capacité, unique en son genre, à se décliner en vin tranquille ou effervescent, sec ou doux. 80 % de la production est élaborée aujourd’hui en muscat sec, « une émancipation » dont il se réjouit, « confiant » pour le futur.

    

Les vignerons sont tous venus pour faire de cette fête un succès. Ils espèrent que la manifestation, signe de reconnaissance de leurs productions et de leurs efforts, sera reconduite. La promotion des nouveaux muscats ne peut que combler un déficit de notoriété : « nous avons une image à revitaliser » confie Bernard Rouger. En ce sens, tous comptent sur le pôle oenotouristique de Viavino.
La soirée se prolonge aux sons des DJ de U.Events. Son écho porte jusqu’à l’espace Terroir. A côté de l’espace dédié à la fête, bat le cœur d’un vignoble, d’un terroir et de ses vignerons. Deux temps dialoguent, pour que continue l’histoire du muscat à petits grains. 
Florence Monferran

 

Un point sur le millésime 2016
Les vignerons ont encore à l’esprit  des vendanges, tendues, resserrées dans le temps pour faire face à la montée des degrés. La quantité, quasiment habituelle, (moins 2 à 5 % sur l’appellation) et la qualité supérieure, par la concentration en sucre des raisins sous la chaleur de la fin d’été, les rassurent.  

L’AOP muscat de lunel en chiffres
350 plantés, 270 ha en production
48 producteurs,
1 cave coopérative (44 coopérateurs)
4 vignerons en caves particulières : Domaine Rouger, Domaine des Aires, Château Grés Saint-Paul, Domaine Lacoste, 
Président du syndicat du Cru : Bernard Rouger
www.domainerouger.com/
http://domainedesaires.com
www.gres-saint-paul.com
http://muscatlacoste.free.fr

Les Vignerons du Muscat de Lunel-Vérargues
10 500 hl environ en 2016
3 500 hl de VDN
90 % de la production en muscat de lunel
Rendement de 15 hl/ha
9% des ventes à l’export
Président  (depuis juin 2016) Frédéric Saint-Jean, producteur à Lunel, Lunel-Viel et Saint-Christol
Directeur commercial : Frédéric Bailleux

Viavino : www.viavino.fr/

Un monde viticole retrouvé à Vic-la-Gardiole

L’affluence record du parcours commenté dans le village de Vic-la-Gardiole témoigne de l’engouement pour les Journées du patrimoine. Une soixantaine de personnes rejointes par un flot grandissant de curieux se pressait devant la Mairie autour d’une thématique 2016 sur « patrimoine et citoyenneté ».


Oenochoe, IVe s., Nécropole, Vic


Reconnaissance du château de Vic, 1161


Manifestation à Montpellier,
L'Eclair, 10 juin 1907

 

 Le vigneron antique était-il un citoyen?
Nous avons pu nous poser la question, en surplomb l’étang de Vic, témoin de l’installation de la viticulture sur nos rivages au Ier siècle avant JC. Villa (domaine agricole) et vicus (regroupement d’hommes libres) ont dialogué pour nous parler de lui, puis des apports des réfugiés de l’Espagne wisigothique au VIIIe s., installés dans l’ecclesia sancta de leocadia in valle. Effacé derrière le religieux, le citoyen devient paroissien, asservi, libre ou vassal. Nous le voyons au travail, dans les rues près de l’Eglise, possession des  évêques et prévosts de la puissante Maguelone.
Nous observons ses traces dans les compoix (registres fiscaux) et contrats de vente, imaginons sa vie dans la maison du XIVe s., son cellier, le tinal, où il loge ses tonneaux et ses récoltes. Nous nous interrogeons sur sa production, ses pratiques, d’excellence, qui font la renommée du terroir, malgré les accidents climatiques et la pauvreté du lieu La vie communautaire au sein des assemblées et des délibérations des consuls en porte l’empreinte.
Grande propriété, lopin de terre ou arrivée massive de bourgeois de Montpellier, nous évoquons la possession des vignes, les lieux où elle est installée, où elle se développe lors des expansions successives (XIVe, XVIe) pour envisager ses grands développements, bien avant le XIXe de la révolution industrielle et du vin-aliment, dès le XVIIIe et « la fureur de planter » qui s’empare de la région.
Après la révolution française, et la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, le vigneron devient citoyen dans les textes. Ce sont des bourgeois, aisés vignerons, qui prennent les rênes économiques, et parfois politiques, du village. S’ensuit un double chemin pour la viticulture locale : de masse, en vins rouges, ou hautement qualitative avec le maintien d’une culture en muscats d’excellence, œuvre de toute une vie parfois, à l’exemple  de Frédéric Cazalis-Allut en son Domaine d’Aresquiers.
Les portes ouvertes par Magali Potet-Legros sur l’ancien chai viticole de sa maison vigneronne n’étaient pas assez larges pour accueillir tout le monde, sur le boulevard symbole de l’expansion viticole du XIXe et de ses corollaires architecturaux: c’est toute une armature nouvelle que le passage à la monoculture de la vigne a engendré dans nos villages. Puis les crises viticoles se succèdent au XXe siècle, 1907 reste dans toutes les mémoires, mais ce sont les années 1980 qui scellent le déclin de la pratique, recul des vignes au profit d’une nouvelle extension du village, à usage d’habitation et touristique, marquant d’une nouvelle empreinte architecturale et paysagère un village doublement millénaire.
Quoi de mieux qu'une dégustation, offerte par Sabine Nadal, caviste en vins bios et nature au Placard à Pinard, pour clore le parcours, conjuguer mots et écrits avec travaux pratiques sur le muscat à petits grains, en toute modération et en toute convivialité.

Un grand merci à tous, vicois depuis plusieurs générations ou d'adoption, touristes auvergnats, savoyards, belges et autres pour cette participation active, attentive et joyeuse!

Florence Monferran

 


Le village dans le cadastre napoléonien, 1807

Les vins du Pic Saint Loup reconnus en Appellation d’origine contrôlée (AOC)

 

L’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) vient de reconnaître l’AOC pic-saint-loup en vins rouges et rosés.
Après La Clape et les Terrasses du Larzac, un pas supplémentaire est franchi dans la hiérarchisation des vins du Languedoc avec la reconnaissance de ce terroir pionnier dans la production de vins de qualité.  Dominée par le Pic Saint-Loup et le Causse de l’Hortus, l’appellation, située à 30 kilomètres de Montpellier, comptera 17 communes, adossées aux premiers contreforts cévenols. L’influence du climat continental, qui se mêle à celle du climat méditerranéen associé à une belle palette de sols et de reliefs, façonne les vins de Pic Saint Loup, réputés pour leur finesse et leur fraicheur inhabituelle en bord de Méditerranée. Les rouges à base notamment de syrah, de grenache et de mourvèdre sont majoritaires (90 %) et donnent des vins profonds et veloutés, avec une bonne capacité de garde. Quant aux rosés qui représentent 10 % de la production, ils se caractérisent par leur joli équilibre fruité, tout en minutie.
L’obtention de l’AOC est considérée par les vignerons comme la reconnaissance d’un travail mené depuis trente ans, qui offre à la région des domaines de référence et de vraies pépites. Elle sonne comme du baume au cœur de ces hommes courageux qui font face à l’épisode dramatique du 17 août qui a ruiné une partie du vignoble sur le secteru Claret/Valflaunès/Lauret/Sauteyragues. Le Président du syndicat, Régis Valentin, le rappelle : « il s’agit d’une belle récompense du travail accompli par tous les Hommes de l’appellation qui se sont impliqués depuis des générations dans une démarche qualitative. C’est également une reconnaissance méritée pour cette appellation historique qui existe depuis 60 ans et un beau symbole pour les vignerons dont les vignobles viennent d’être durement touchés par la grêle. »
Une fois le décret paru au Journal officiel, les vignerons poursuivront leur travail de reconnaissance en AOC pour leurs vins blancs, et pour sortir d’ici une dizaine d’années un premier Cru, tout en haut de la pyramide des vins du Languedoc.

L’AOC pic-saint-loup en chiffres
Superficie de production : 1 000 ha
Aire de production : 17 communes
Les Matelles, Saint-Gély-du-Fesc, Le Triadou, Saint-Jean-de-Cuculles, Cazevieille, Saint-Mathieu-de-Tréviers, Valflaunès, Corconne, Sauteyrargues, Lauret, Claret, Fontanès, Sainte-Croix-de-Quintillargues, Vacquières, Assas, Guzargues, Brouzet-lès-Quissac).
Nombre de producteurs : 60 domaines, dont 3 caves coopératives
Production annuelle : 40 000 hl
Rendement moyen : 38 à 40 hl/ha
Couleurs : rouge (90%) et rosé (10%)

Des vendanges bouleversées


Vendanges au Château La Peyrade (Frontignan)

 

La pluie a déserté le Languedoc, causant une forte sécheresse dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales, qui s’est étendue au Biterrois, à la vallée de l’Orb et au Piscénois, jusqu’à ronger le bassin de Thau. Cruauté du temps, c’est la grêle qui a frappé Montpellier et ses alentours. L’année 2016, marquée en viticulture du sceau des calamités, produit anormalité sur anormalité. Des chardonnays vendangés avant des muscats, des mourvèdres avant des syrah, la chaleur affole les cépages, sans parler des sinistrés du Pic Saint-Loup et de l’est de Montpellier obligés de vendanger avant tout le monde pour sauver ce qui peut l’être. L’absence de pluie, conjuguée en fin d’été à de très fortes chaleurs, dessèche le grain, induit une perte de jus, donc de rendement. La baisse de récolte, déjà sensible partout, est évaluée à - 10 % en France par le Ministère de l’Agriculture. Les professionnels parlent d’une « récolte maigrichonne » en Languedoc. 
Loin des prévisions, vignerons et coopérateurs s’affairent à la vigne. La maturation des raisins, contrariée par un printemps humide, vecteur de maladies, avait retardé le début des vendanges. Elle s’accélère de façon galopante ces derniers jours pour tous les cépages. De quoi donner le tournis aux vignerons, et chambouler l’organisation des vendanges: il faut resserrer les dates de récolte pour ne pas trop perdre de jus ou ramasser des degrés trop élevés. En 3 jours, 2 à 3 degrés ont été pris sur les syrahs à Pomerols, avec un vent desséchant qui est levé. Vendanger au rythme des maturations, en accéléré? La plupart des vignerons et caves coopératives s’y résolvent, par crainte qu’un épisode climatique violent ne vienne tout ruiner. Valérie Ibanez, au Domaine de Roquemale à Villeveyrac, condense ses dates de récolte « sur douze jours au lieu d‘un mois » . De même, à la cave de Bessan, « Les maturités avancent tellement vite, nous vendangeons à plein. Nous passerons de 25 jours à 15 jours de vendanges cette année » commente son directeur, Robert Cabrol. Les caves rentrent des volumes plus importants sur une journée. Mais la chaleur laisse peu de temps pour ramasser le raisin, y compris la nuit. Olivier Azan, au Domaine du petit Roubié à Pinet, notait 23° à 4h du matin. « On commence avec la machine à vendanger à 2h du matin au lieu de 5h, les cadences sont plus importantes pour presser, on récolte plus. ». Et d’ajouter: « Les fortes chaleurs perturbent tout: les raisins, et les hommes. Il faut garde la tête froide, rester méthodique, concentré sur les vinifications ». 
Sauvignon et chardonnay ouvrent le bal des vins de pays, suivis des cépages régionaux, roussanne, marsanne. Le Piquepoul, cépage tardif, fermera la marche pour produire l’AOP picpoul de pinet. Bien adapté à sa zone de production littorale, il résiste mieux à la chaleur que le sauvignon, qui souffre cette année. 
A Pomerols, à Bessan, les caves  finissent  de rentrer les blancs, pour débloquer l’arrivée des rosés. A Montagnac, les grenaches, magnifiques, entrent en cave. Ils répondront à des marchés très pointus sur des rosés pâles.
 Puis vient le tour des rouges. Quelques jolies syrahs et autres cépages en agriculture biologique au Domaine de Roquemale, auréolées de trois étoiles au Guide Hachette 2017 sur la cuvée LEMA, ont donné une jolie sortie, le nombre de grappes compensant la perte de jus. 

 
Marsanne et Syrah du Domaine de Roquemale (Villeveyrac)

L’enjeu, pour tous, tient à garder le cap sur la juste maturité souhaitée. Sur le Bassin de Thau, blancs et rosés sont récoltés pour répondre très rapidement, d’ici la fin de l’année à d’importants marchés, en particulier à l’export. Ils obéissent à des critères très précis d’élaboration: peu de couleur mais une belle acidité et de la fraîcheur. Chaque année, les vignerons relèvent le défi de produire une qualité égale, alors que les conditions d’élaboration varient considérablement,. Les Costières de Pomerols se sont par exemple dotées d’outils prédictifs de la maturité, en plus des contrôles habituels sur le terrain. Joël Julien, leur Directeur le précise: « il s’agit de vendanger à l’optimum pour satisfaire ses clients et ses marchés ». Cette année plus qu’une autre, les vinifications moduleront les assemblages, moins de merlot, trop concentré, par exemple, dans les rosés de Cotes de Thau à Pomerols. 

Cuve en fermentation (Mas de la Plaine Haute - Vic-la-Gardiole)  

 Les avis sont unanimes, de Bessan à Mireval, de Villeveyrac à Pinet, pour parler d’une plus petite quantité, mais d’une bonne qualité, voire d’un très bon niveau qualitatif sur ce millésime difficile, avec de la concentration, du fruit.
 Les grands millésimes naissent dans la douleur en Languedoc comme ailleurs. Une fois de plus, les vendanges, à la fois rendez-vous immuable et sans cesse renouvelé, nous interrogent sur l’incertitude du temps, la fragilité de productions agricoles même dans un siècle où nous pensons tout maîtriser par la technique, l’informatique et nos savoirs scientifiques. Que faire de ce temps, comment composer avec lui? Les chercheurs de l’INRA et du CNRS proposaient, à l’occasion de la Conférence sur le climat à Paris COP 21 en décembre 2015, des pistes de réflexion et d’actions, sur l’irrigation, les cépages, les modes de conduite de la vigne. Elles entrent à nouveau dans le feu de l’actualité. Avec un enjeu de taille pour la viticulture régionale: le maintien des qualités, de la qualité des vins du Languedoc, après trente ans d’efforts, de sacrifices et de profondes mutations, que la prestigieuse Revue des Vins de France vient de récompenser[1]


Vendanges chez Laurent Mazas à Mireval

Les modes de conduite la vigne en question
Au centre des débats, en pleines vendanges, l’absence de pluie en août remet sur le tapis la question des méthodes culturales pour mener la vigne. Laisser de l’ombre au raisin, de la surface foliaire, ne pas écimer, voire, pour les adeptes d’une culture en accord avec son environnement, enherber ses parcelles, pratiquer l’agroforesterie (complanter des arbres) pour redonner de l’humidité au sol et au cep apportent des réponses concrètes à la gestion du stress hydrique. Un travail en amont, auprès des viticulteurs, de formation, d’éducation pour suivre un travail adapté à de nouvelles conditions de production apparaît comme criant de nécessité. 
De même, le débat sur l’irrigation des vignes s’invite dans les discussions. Le syndicat du Bas Rhône Languedoc et la Chambre d’agriculture mènent un projet de 1500 ha pour 2020 sur le secteur de Montagnac, Pinet, Pomerols. Les réunions se multiplient mais les vignerons trouvent le temps long. Olivier Azan, qui a inscrit des parcelles dans le projet, constate que « même les vignes irriguées, en IGP, souffrent. Le cep tient bon, mais ne crée pas du végétal. Chaque année, nous assistons à des perturbations des vendanges liées à des épisodes climatiques. Nous sommes vraiment dans un changement climatique, ça y est». Jean-Louis Reffle, direction des Vignerons de Montagnac n’a pu que constater les dégâts de la chaleur sur ceux qui n’ont pas pu irriguer.
 Outre ce paramètre, le choix des cépages implantés alimente déjà le débat. Dans les faits, les cépages anciens tiennent bien le choc, le muscat à petits grains en tête. Joël Julien le constate: « les cépages traditionnels, comme en 2012 ou 2014, sont plus faciles à vinifier. Cette année, terret, carignan, et grenache tiennent mieux. ». Les vignerons tentent partout sur le Bassin de Thau des expérimentations personnelles. Les Costières de Pomerols sortent une production en gewurztraminer dans un mois. Du sangiovese, cépage italien, sera incorporé dans le rosé d’assemblage en Cotes de Thau. Le pinot, lui, souffre de la chaleur. Des croisements de cépages sont également implantés. La liste proposée s’allonge chaque année! Le château La Peyrade, à Frontignan expérimente ainsi les effets et la qualité de cépages venus d’un peu partout, pour produire un rosé atypique, et personnel. Les solutions seront-elles à la fois globales et très individuelles?

Florence Monferran


[1] Guide 2017, Revue des Vins de France (21e édition)

Les vignerons de Pézenas sur le chemin de l’obtention du Cru

L’Hôtel de Peyrat, qui abrite l’Office de tourisme de Pézenas Val d’Hérault, servait d’écrin, le 2 septembre, à la présentation de la cuvée Côté Mas, Pézenas, terroir fusionnel.  Dans la salle de la cheminée, ornée de tableaux en exposition, les producteurs de l’appellation Languedoc-Pézenas faisaient découvrir lemillésime 2015 de ce vin collectif, porteur du terroir. La cuvée en effet est issue, à l’initiative de Jean-Claude Mas, négociant-vigneron, de raisins d’adhérents volontaires pour cette démarche, sélectionnés pour leur typicité représentative de la dénomination Pézenas. A cette occasion, une sélection des anciens millésimes était offerte à la dégustation, avant une dernière soirée des Estivales entièrement consacrée aux vins en AOP Languedoc.
La Dénomination Pézenas a été reconnue dans le cadre de la hiérarchisation des AOC Languedoc en 2007. Une mosaïque de sols  la composent : cailloutis, schistes, calcaire et grès, liés entre eux par une coulée de basalte. C’est elle qui confère à ce terroir sa spécificité et un paysage caractéristique, dans une succession de petites vallées et de plateaux, traversés par plusieurs cours d’eau, sous influence du climat méditerranéen. Les vins qui en sont issus s’appuient sur des cépages anciens (carignan, cinsault et grenache) et plus récents (syrah et mourvèdre).
Les vignerons souhaitent aller plus loin et oeuvrent à l’obtention du cru AOP Pézenas, à l’instar des terroirs des Terrasses du Larzac ou de la Clape. Rassemblés autour d’une terre commune, ils viennent de tous horizons. Installés depuis plusieurs générations ou nouveaux venus issus de différents univers (chef d’entreprises, journalistes, professions libérales) le projet commun d’accéder au statut de Cru les réunit.
Cette étape supplémentaire dans la reconnaissance de la typicité de ses vins exige des identifications, puis des délimitations parcellaires, ainsi que des cahiers des charges rigoureux. Stéphane Martin, trésorier du syndicat, explique que « les vignerons pensent parvenir au bout de la démarche avec l’Institut National des Appellation d’Origine d’ici deux ans pour les vins rouges. Le travail  portera ensuite sur les blancs et les rosés. Le conseil technique syndical est déjà au travail ».
L’obtention du cru doit démontrer la spécificité et la typicité du terroir en question Jean-Claude Mas, implanté dans le vignoble et fortement impliqué dans la démarche, joue un rôle moteur, à l’exemple de sa proposition de cuvée « fusionnelle ». Un opérateur puissant qui joue le rôle de locomotive, un oenotourisme fort, avec des démarches syndicales structurées (Vins,Vignes et Terroirs au printemps, Estivales, des partenariats avec les cavistes, hôtels et restaurants), l’AOP Languedoc-Pézenas s’appuie sur de nombreux atouts dans son cheminement vers l’obtention du Cru.

 

Côté dégustation
A la dégustation, les vins présentent une couleur relativement soutenue, du grenat au pourpre, sans excès. La palette aromatique décline surtout des arômes épicés comme le poivre blanc, la cannelle, la figue, accompagnés de quelques notes de garrigue et de petits fruits rouges  out de mûre. Le profil en bouche est très caractéristique de par sa structure tannique très fine et élégante, fondue. Les millésimes présentés, de 2007 (année de création) à 2015,  confirment que ces types de vins s’épanouissent au bout d’un an minimum, d’où la nécessité d‘un élevage qui dure entre 12 et 24 mois. Sur le conseil de Frédéric Ducros, sommelier, ces vins rouges se dégustent sur de belles viandes rouges grillées (côte de boeuf ou de toro), sur une daube provençale ou de toro, un civet de lièvre. 

Présent, Guy Cazalis de Fontdouce, vigneron à la Font des Ormes à Caux, se réjouit de la qualité du millésime 2015 mis en dégustation. « Caux, Fontès et Nizas forment un triangle d’or du Languedoc, directement sur une coulée de basalte. La qualité, des vins de garde, le Languedoc a progressé à grands pas en trente ans.  Que de chemin parcouru depuis le vin  de mes grands-parents! ».

Côté Mas 2015 est un vin jeune à la robe brillante, fruité et rond en bouche, vanillé par l’apport d’un élevage sous bois. C’est un vin gourmand.
Côté Mas 2013: la robe est plus mate, les arômes évoluent, sur un nez de fruits noirs, compotés, et une bouche  puissante, mais sans agressivité.

Mas Gabriel 2013, Peter et Deborah Core, Gabian: finesse et élégance dans un nez de fruits noirs, force de la matière en bouche, c’est une belle cuvée.

Latude 2007,  Vignerons de Fontès: sur ce premier millésime en AOP Languedoc-Pézenas, les terroirs de basalte et argilo-calcaires offrent une robe soutenue, un nez épicé, et une belle évolution en bouche.Les coopérateurs démontrent que la qualité est valable pour eux aussi. « La diversité des terroirs, des vignerons, des façons de voir apportent un réel dynamisme » selon Stéphane Martin, qui est coopérateur à Fontès.

Les cuvées suivantes sont des vins biologiques ou en biodynamie :

Domaine de Magellan 2009, Bruno LAFON et Sylvie LEGROS, Magalas, certifié: le vin offre un nez gourmand de fruits rouges, très épicé en bouche. Le Grenache apporte rondeur et alcool, notes de griotte. C’est un vin suave.

Domaine Leconte de Floris, Six rats 2015, à Caux Daniel Leconte de Floris: ce vin jeune minéral, acidulé respire la fraîcheur. Présent aux Estivales, Daniel Leconte de Floris propose un marsanne-carignan en vin blanc, avec une  fraîcheur et une minéralité égales.

Pour terminer, nos hôtes présentent à la dégustation un millésime 2008 un des plus beaux vins du Languedoc, duPrieuré Saint Jean de Bébian, à Pézenas, aujourd’hui repris par un investisseur. La robe intense, le nez fin, complexe, envoûtant, les arômes, la bouche n’a pas pris une ride, équilibrée, sans sécheresse. C’est un vin vinifié par Karen Turner, élue meilleure winemaker de l’année. Son mari, Emmanuel Pageot, présent aux Estivales, élabore des vins atypiques, en biodynamie, fruit de ses recherches sur leDomaine Turner-Pageot à Gabian.

Les Estivales de Pézenas
Dans la foulée de la dégustation, débutent les dernières Estivales. « un super concept » pour Frédéric Ducros, « qui mêle les générations, le vin, la musique, la gastronomie, avec des produits culinaires de qualité  en partenariat avec la chambre d’agriculture». Les Estivales de Pézenas se sont ouvertes, avec la ville et l’agglomération, à des partenaires de la route des vignerons et de pêcheurs, et des producteurs des Côtes de Thongue, qui viennent compléter l’offre « entre terre et mer ». Elle clôturent une saison estivale très fréquentée, à l’heure où les vignerons ont commencé à vendanger les blancs, sauvignon et chardonnay en tête. Les cailloux sont semés sur le chemin de l’obtention du cru Pézenas.

Florence Monferran

   

 

 

 

Quelques chiffres

AOP Languedoc-Pézenas depuis 2007, uniquement en vins rouges
- Superficie en production AOC : environ 1500 ha
- Aire de production sur 15 communes :
Adissan, Aspiran, Caux, Fontès, Fouzilhon, Gabian, Lieuran-Cabrières, Montesquieu, Neffiès, Nizas, Paulhan, Péret, Pézenas, Roujan, Vailhan

- Producteurs :
3 caves coopératives,
29 caves particulières

- Production en 2015 :
environ 27 200 hl en AOP Languedoc 
dont 6 100 hl en AOP Languedoc-Pézenas pour une dénomination en progression.

- Rendement maximum : 45 hl/ha

Des vignobles dévastés, des vignerons meurtris

Le mercredi 17 août 2016 restera une date noire dans la viticulture héraultaise. Dans l’après-midi, un couloir de grêle, venu du Gard vers Montpellier, emporte sur son passage toutes les productions agricoles, maraîchage, fruits et raisins  prêts à être vendangés. En un peu plus de quinze minutes, il saccage la moitié du vignoble Pic Saint Loup, descend vers Teyran, Vendargues. Sur une zone très étendue, la grêle frappe aveuglément. Des vignobles ne sont pas touchés, d’autres fauchés à 100 % quand les grêlons atteignent la taille d’un œuf de pigeon. Ils laissent  derrière eux une scène hivernale de routes, rues et campagnes glacées en plein été. Des vignes où il ne reste que le sarment, des vignerons sans voix, de solides gaillards qui pleurent… Le maire de la commune de Valflaunès Gérard Fabre confiait à France Bleu : "Les gens sont choqués, on n'a jamais vu un orage aussi violent. Certains viticulteurs sont touchés à 100%. C'est dramatique pour le Pic Saint-Loup. »
Pour panser les plaies, il faut faire vite. Si certains espèrent arriver au bout de la maturité du raisin, d’autres doivent aider la vigne à cicatriser. Les départs de pourriture compromettent ce qui reste. En vins biologiques, la tâche s’avère plus compliquée encore. Guy Ratier du Domaine de la Vieille à Saint-Mathieu-de-Tréviers, explique que les vignerons ont trouvé des produits et traitements biologiques en Allemagne. Panser le traumatisme ? La solidarité vigneronne joue, l’entraide et les mots pour réconforter plus atteint que soi. Guy Ratier le raconte « On s’appelle. C’est important de libérer la parole, laisser les sentiments s’exprimer. »
Après la stupeur, vient le temps des évaluations officielles. « Les territoires viticoles du Pic Saint Loup et des Grés de Montpellier sont plus particulièrement touchés avec plusieurs centaines d’hectares de vignes endommagés à 100 % » analysent les services de la préfecture de l’Hérault. Autour de Vendargues, et dans un périmètre Claret/ Sauteyrargues/Valflaunès/Lauret, les productions sont très lourdement atteintes. C’est à ces communes meurtries que Pierre Pouëssel, préfet, Olivier Jacob, secrétaire général de la préfecture et Jérôme Despey, Président de la chambre d’agriculture de l’Hérault réservent leur visite le 19 août « pour assurer les agriculteurs touchés de leur soutien et examiner les mesures de solidarité pouvant être mises en place. ». Des reports ou modérations gracieuses auprès des services fiscaux, de prise en charge des cotisations sociales des exploitants ou d’incitation à la mansuétude des banques sont envisagées. Une procédure de demande de classement des zones sinistrées au titre des calamités agricoles pour les pertes de fonds est lancée. La perte de récoltes due à la grêle, quant à elle, ne pourra être traitée que par les assurances agricoles de chacun. Les syndicats viticoles demandent aux pouvoirs publics de laisser les vignerons qui n’ont plus rien recevoir ou acheter des raisins, ce qui sera possible si l'état de catastrophe naturelle est reconnu.
Certains ne vendangeront pas cette année, et l’année prochaine sera bien maigre, tellement les vignes ont été martyrisées. Cruel coup du ciel dans un vignoble languedocien jusque là épargné par les épisodes climatiques que la France viticole a connu cette année. Le millésime 2016 sera partout un millésime bien sombre.
Florence Monferran

La famille Clavel à Trinque Fougasse

Trinque Fougasse, institution montpelliéraine élue « meilleur bar à vin du Languedoc » par le Comité Interprofessionnel des vins du Languedoc, poursuit sa découverte de vignerons tout l’été, avec une soirée spéciale Estival’Off le jeudi soir. Le 18 août, il accueillait la famille Clavel.
Jean, figure fondatrice du syndicat des Coteaux du Languedoc (devenu AOC Languedoc), promoteur inlassable de la qualité des vins du sud, de leur identité propre et de leur très longue histoire, a transmis le flambeau à Pierre, son fils. Avec son épouse, Estelle, il a lancé son domaine en 1986, « intransigeant sur la qualité et l’harmonie avec la nature ». Leurs vins sont donc biologiques. Antoine et Martin incarnent la troisième génération de cette grande famille du vin languedocien. Ils forgent actuellement leur expérience viticole dans tous les vignobles.
Aller à leur rencontre, déguster leurs vins, au son des Cocuts (chœur occitan dans lequel chante Jean) et des Assortis, c’est partir, dans leurs pas, vers des racines chevillées au corps, le regard droit vers l’horizon, verre à la main.
Florence Monferran

Les vignerons présents font déguster leurs cuvées, les bouteilles sont proposées au prix propriété. Formules repas habituelles
Trinque Fougasse O’Nord 
A partir de 19h30
1581 Route de Mende
34 090 Montpellier
Réservation conseillée: 04 99 23 27 00 et http://www.trinquefougasse.com

 

 

Début des vendanges le 16 août

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On s’oriente vers un début de vendanges le 16 août sur le littoral héraultais avec une semaine à dix jours de retard. Quelques muscats secs et vermentinos ouvrent le bal à Lunel et Frontignan. Les contrôles de maturité à partir du 16 août seront décisifs pour déterminer la date de vendange de l’ensemble des blancs secs.

Les vrilles de la vigne à l'Abbaye de Valmagne

Auréolé du prix Oenotourisme du département aux derniers trophées Hérault Vincoeurs, le Domaine de Valmagne, à Villeveyrac, multiplie les initiatives à l’adresse des visiteurs pour faire découvrir ses vins biologiques, dans le cadre de l’Abbaye cistercienne, surnommée  « la cathédrale des vignes ».
Dernière en date, une dégustation itinérante et théâtralisée sera proposée pour la première fois, jeudi 28 juillet, dans un savoureux mélange des genres. La Compagnie Paradisiaque déambulera dans la cour d‘honneur, l’église, la salle capitulaire, ainsi qu’à la célèbre fontaine. Pendant les entractes, acteurs et spectateurs seront invités par Philippe d’Allaines, le propriétaire-vigneron du lieu, « à partager un deuxième spectacle, celui des arômes des vins produits ici ».

Jeudi 28 juillet à 19h00
Tarif : 15 €/personne
Infos et réservations :
Abbaye de Valmagne - 34 560 VILLEVEYRAC - 07 84 27 86 21 - www.valmagne.com

Pays d’Oc IGP dévoile son palmarès Collection 2016

Le label Pays d’Oc IGP vient de dévoiler les cuvées ambassadrices de son trophée. Pour l’édition 2016, 21 flacons ont été retenus par un jury international de professionnels, confirmant ainsi la créativité du label en vins mono-cépages, bi-cépages ou assemblages.

56 vins proposés à la dégustation sur une présélection de 223 cuvées

8 blancs et 13 rouges, c’est le nombre de vins qui ont été retenus pour cette nouvelle édition du palmarès « Pays d’OC IGP. » Organisée le 29 Juin dernier, la séance de dégustation réunissait un jury international composé de pas moins de 11 journalistes et professionnels du vin. A l’issue de la délibération, tous ont été unanimes. Parmi les (§ vins proposés à la dégustation sur une présélection de 223 cuvées, « les 21 cuvées retenues procuraient énormément de plaisir. » Ce palmarès Collection 2016, par sa qualité, ne peut que renforcer l’image prestigieuse des vins de la région sur les Salons où ces cuvées seront présentées à l’étranger », témoigne Dominique Laporte, Meilleur Ouvrier de France-Sommelier, qui faisait parti du jury de cette année.

Le trophée Collection : un tremplin pour les viticulteurs

Créé en 2007 à l’initiative du Syndicat des producteurs de Vins de Pays d’Oc, le trophée Collection souhaite avant tout faire émerger, à travers ses cuvées ambassadrices, les vins les plus remarquables des vignerons répondant au cahier des charges Pays d’Oc IGP (Indication Géographique Protégée).
« Pour ce palmarès Collection 2016, nous avons privilégié les vins ceux qui nous interpellaient par leur supplément d’âme et leur originalité. (…) Cela montre bien la prise de risque, le dynamisme et l’offre très vaste des vins des pays d’Oc… Avec Collection 2016, le Languedoc est certainement un peu ce Nouveau Monde de la France, » déclarait Olivier Dauga, consultant en vis bordelais et président du jury collection 2016.

Liste des cuvées sélectionnées :

Collines du Bourdic - « Le Prestige » - Chardonnay - Blanc - 2015

Domaine Gayda BIO - « Figure Libre Chenin Blanc » - Chenin blanc - Blanc - 2014

Domaine La Provenquière - « P Sémillon Vermentino » - Semillon / Vermentino - Blanc - 2015

Paul Mas BIO - « Mas des Tannes Grenache Blanc » - Grenache blanc - Blanc - 2015


Les Costières de Pomerols - « Beauvignac » - Chardonnay - Blanc – 2015

Les Hauts de Janeil - « Grenache-Viognier » - Grenache Blanc / Viognier - Blanc – 2015

Mas de Madame - « Muscat sec » - Muscat à petits grains - Blanc – 2015

Mas La Chevalière - « Vignoble Peyroli » - Chardonnay - Blanc - 2013

Aigues-Belles BIO - « Cuvée Nicole » - Assemblage - Rouge - 2013


Alma Cersius - « Terra Patres » - Assemblage - Rouge – 2012

Calmel & Joseph - « Villa Blanche Marselan » - Marselan - Rouge – 2014

Condamine Bertrand - « Elixir » - Assemblage - Rouge - 2014




Domaine de Brau BIO - « Pure Pinot Noir » - Pinot Noir - Rouge - 2015


Domaine de la Baume - « Syrah – La Jeunesse » - Syrah - Rouge – 2015

Valensac - « entre nous selon Valensac » - Petit Verdot - Rouge – 2014

Domaine du Grand Chemin - « JMF » - Cabernet-Sauvignon / Pinot Noir - Rouge – 2014

Domaine du Grand Chemin - « Clos Rogé » - Assemblage - Rouge - 2013



Picaro’s - « Amano » - Syrah / Grenache - Rouge - 2013




Domaine Gayda BIO - « Chemin de Moscou » - Assemblage - Rouge - 2013

Vignobles Foncalieu - « Le Versant Syrah » - Syrah - Rouge - 2015


Mas du Salagou BIO - « Cinérite » - Assemblage - Rouge - 2013

Vin et art au Musée Fabre

 
Grappillages en Languedoc

Quelques instants de légèreté offerts au Musée Fabre ont fait tutoyer vin et œuvres d’art dans les collections, puis dégustation et architecture dans la cour Joseph Marie Vien. Les amateurs étaient en effet conviés à un parcours à travers des peintures et des cuvées choisies, en compagnie de David Cabot, guide-conférencier du Musée, et de Noëlle Bardou, animatrice oenotouristique.
Ils ont pu observer Grappillages en Languedoc (vers 1905), de Max Leenhardt, jeune cousin de Frédéric Bazille, honoré actuellement. Le tableau, accroché à titre temporaire, rend compte de la culture viticole qui fit la fortune de Montpellier et nourrit l’effort de la révolution industrielle par le vin – aliment. On le sait peu, le père de Frédéric Bazille, Gaston, travailla avec Jules Planchon sur le phylloxéra qui sévit fin XIXe s. Noëlle Bardou retrace que le Languedoc, berceau de la vigne de France, y reste le plus grand vignoble d’un seule tenant.
A la différence de ce vin de masse, les tableaux proposés à la visite, tous flamands, évoquent une consommation d’élite avec des accents moralisateurs.


 Les noces de Cana, de Baellieur (XVIIe siècle) rappellent, par la présence de grandes jarres d’eau en pierre, que Jésus la changea en vin.

 


Per Boch dépeint dans Jeune Hollandaise versant à boire (vers 1650) les effets pernicieux du vin, la vulgarité de l’ivresse de l’homme, mais aussi comment la femme peinte se verse du vin en vraie dégustatrice, tenant le verre par la cive (rondelle terminant le pied). Nous apprenons ainsi que le verre à vin existait déjà, produit et diffusé largement depuis l’Angleterre.


Avec Comme les vieux chantent, les enfants piaillent (vers 1662), Steen renvoie l’image d’une famille bourgeoise, cossue. Scène de genre hollandaise typique de légèreté, joie, et bonne chère, elle contient elle aussi une mise en garde, car même les enfants boivent.

 

Son «Repos devant l’auberge (vers 1660) nous montre un client fortuné qui boit du vin et non de la bière.
Le verre, conique, est là aussi tenu par la cive, invitation à boire, et peut-être plus … avec la noix aux cerneaux en forme de cœur.

 

 

La dégustation avant achat par un négociant est évoquée dans Deux muletiers à l’auberge  de Dujardin ((1658).De cette leçon de peinture, David Cabot conclut, avec Pline l’Ancien, et humour : « L’homme doit au vin d’être le seul animal qui boit sans soif ».

   

L’accès privilégié à la cour Joseph Marie Vien, havre de fraîcheur à l’ombre d’un olivier et d’un cyprès, à l’intérieur des murs du Musée Fabre conduit le groupe à la dégustation évoquée dans les tableaux. « L’art, le vin, ancrent Montpellier dans son terroir viticole » introduit Noëlle Bardou, qui présente trois cuvées sélectionnées: Edmond le démon, Rosé 2015 du Chai d’Emilien à Sussargues, Blanc, 2014 du Clos Sorian à Poussan, et la Cuvée Turenne, Rouge 2013, en vin biologique, de l’Abbaye de Valmagne à Villeveyrac.

  

Le rosé Edmond le démon, vin plaisir, hommage au grand-père d’Emilien Fournel, réunit les cépages emblématiques du sud et du rosé : grenache, cinsault, syrah, aux arômes de pêche de vigne, framboise, pamplemousse. Blanc, 2014 du Clos Sorian, petit domaine de 7 ha, se compose de roussanne, marsanne, venus des Côtes du Rhône, et de  grenache blanc, « fils d’Espagne ». Elevé sur lies fines, ce vin offre des arômes de fleurs blanches (aubépine, tilleul) et agrumes, à la belle persistance aromatique. L’AOP Languedoc Grés de Montpellier, sa bouteille syndicale et ses cépages reconnaissables sont abordés avec la Cuvée de Turenne. A Valmagne, « le vin fait l’association entre  culture, art et religion dans cette cathédrale des vignes », commente Noëlle Bardou. Ce rouge, à base de syrah et de mourvèdre élevés un an en fût, présente des arômes typiques de l’appellation en nez, beaucoup de jambe. « Le vin est un être vivant, il change selon les jours ». Pour ce vin de garde, elle recommande de le goûter à plusieurs étapes de son évolution dans le temps.
Dans la discussion ouverte, Noëlle Bardou met en valeur l’identité d’artisans vignerons, de « petits  qui ont progressé, qui viennent de loin. On ne peut pas juger l’époque du vin aliment, il était là pour accompagner un effort. Il y a eu des évolutions énormes, le Languedoc a su s’adapter ». L’auditoire, attentif et curieux, goûte à toutes ces informations, interroge, participe aux commentaires de dégustation et se sépare, enthousiaste. Devant le succès de la formule, un partenariat régulier est sur le point de voir le jour, pour une animation tous les mois ou tous les deux mois.

Florence Monferran

Prochaine visite le vendredi 21 octobre (à 11h et 16h)
Une Visite guidée œnologique est également pendant  la Fête des vignes en novembre.
Musée Fabre  39, boulevard Bonne Nouvelle
 34000 Montpellier
04 67 14 83 00 - www.museefabre.montpellier3m.fr