Les Muscats de l’Hérault à la lumière du 18ème siècle

« Je vous demande aujourd’hui une autre grâce, elle est un peu plus considérable : c’est de me conserver la vie en m’envoyant un petit quartaut du meilleur vin de Frontignan (…) Ce sera pour moi une petite extrême-onction que vous aurez la bonté de me donner. (…) Si vous me refusez, je suis homme à venir chercher moi-même du vin Muscat à Marseille, car je ne puis plus tenir aux neiges du Mont Jura »
Voltaire, lettre à un fournisseur marseillais, 19 décembre 1774

La notoriété acquise depuis le Moyen-Age par les muscats de Frontignan, Mireval ou Lunel, leur poids économique, mesurable dès les premières estimes et compoix au XVIe siècle, ne se démentent plus. Point d’orgue de ce rayonnement, le XVIIIsiècle sonne comme une apothéose. Voltaire et Encyclopédistes, grands médecins et voyageurs, grands de ce monde, premiers ampélographes, tous célèbrent le muscat, ce vin de luxe aux vertus médicinales qui trône sur la table des Cours européennes. Dans des conditions de production toujours aussi dures, dénuées de matériels, la vigne résiste à tout : aux aléas climatiques et guerres, aux épidémies et maladies inconnues qui ont cours dans ce siècle traversé par un refroidissement climatique qu’incarne le grand hiver  de 1709 [1] . Poser un coup de projecteur sur les muscats, c’est examiner, à un moment où foisonnent les sources, ce vent d’excellence, bouillonnant d’imagination et de découvertes. Un âge d’or qui porte en germes une révolution économique : « La poussée viticole est fille du commerce plutôt que du climat »  observe un Intendant du Languedoc. La frénésie de plantations, sans souci de qualité, pointe les travers dans lesquels s’engouffre une viticulture de masse et de rapport rapide. Quelle place pour l’exigence de qualité portée par des hommes sur les terroirs de prédilection du muscat ? C’est tout l’enjeu du XVIIIe siècle pour ce territoire qui devient, en 1790, le département de l’Hérault.

Une apogée économique

     
Planches Duhamel de Monceau, Redouté, 1768

Muscats disséminés parmi les autres cépages, vignes complantées avec blé et oliviers, ou petits grains omniprésents dans le paysage autour de Frontignan [2], la culture de muscat se répand dans toutes les directions, vers l’intérieur des terres, à l’est comme l’ouest. Outre des poches qualitatives (Clermont l’Hérault, Maraussan, Montbazin), l’extension produit des muscats ordinaires dans la plaine biterroise [3]. La production s’élève en continu sur le siècle, malgré des récoltes irrégulières et des rendements faibles, entre 10 et15 hl/ha. Les terroirs historiques, exception économique où il se produit plus de grains que de vins depuis le XVIe siècle, comptent plus de 100 ha en muscat à Vic, passent  de 31 à 155 ha à Frontignan, même si la production stagne à Mireval  et reste limitée à Lunel. La vigne, cultivée par tous, est partie prenante de l ‘économie domestique. Micro-parcelles, petits propriétaires cohabitent avec les grands domaines, repris en mains par l’élite bourgeoise qui, depuis le Moyen-Age, n’a cessé d’investir dans les campagnes.
Les pratiques d’excellence, à l’exemple de la recherche de la surmaturation des raisins, attestée par l’agronome Olivier de Serres (1590), perdurent sur les terroirs historiques. Les sources démontrent un souci de qualité et de progrès à tous les stades du travail à la vigne et en cave. Vendanges à l’assiette, tri sélectif à la parcelle, souci d’hygiène, fûts tenus pleins, élevage sur lie raffiné à la colle de poisson, les exemples abondent [4]. Un  muscat fouetté  dans l’hiver, buvable à partir d’avril, des vins de garde, et une autre production d’excellence, le muscat rouge [5], sont décrits par plusieurs sources.

Production de muscats de renom au XVIIIème siècle.

Date,
source

Frontignan

Vic

Mireval

Lunel

XVIIe
Compoix

31ha en muscat

241 ha vigne,
284 ha avec les complants
42 ha muscat

33 ha muscat

20 ha de muscat environ

372 hl 

Vers 1700

 

 

 

30 ha muscat
Lunel-Viel et Montels

1701-1751
Compoix

120 ha vignes en muscat

250 ha vignes
700 cultivés
112 ha en muscats

64 ha en muscat

6 ha environ à Lunel
45 % des cultures en vigne

Vers 1770

 

 

 

70 ha en muscat
Lunel-Viel et Montels

1787
Jefferson

155 ha vignes en muscat

 

 

 

600 pièces  soit 1400 hl

AN XIII
(1805)

17 313 hl de vin

4446 hl de vin

4294 hl de vin

 

1812-1824
Préfet

464 ha vignes
126 ha en muscat
228 ha cultivés

 

177 ha vignes
pas de mention de muscat

70 ha à Lunel
18 % du vignoble planté en muscat à Lunel-Viel, seul producteur

 Parallèlement à l’extension du vignoble, le prix de vente du muscat fait plus que doubler en un siècle et demi, confortant son assise de produit exceptionnel très prisé. [6]  Les muscats de Frontignan et de Lunel se vendent cinq fois plus cher que les bons vins rouges. De 120 à 200 livres  la pièce pour un vin nouveau, le prix peut monter jusqu’à 350 voire 400 livres après une faible récolte à Frontignan.
Leur diffusion est appuyée par un développement commercial sans précédent sous Louis XIV, grâce à la baisse des taxes extérieures (droits de sortie et de fret) et aux infrastructures créées par Colbert. Port et ville de Sète (1661) et Canal du Midi (1680), puis Canal des Etangs  (1718) et grands chemins royaux offrent des débouchés aux vins du Languedoc, le rapprochent des grands centres de consommation du Nord de l’Europe. « La vente des Muscats de Frontignan et de Lunel, et de picardan est un Pérou pour le Bas Languedoc » constatent les mémoires des chambres de commerce. Il s’embarque en année commune à Cette 9 à 10 000 muids de vin, 30 000 pièces pour le seul muscat en 1787 [7].

Un rayonnement

Les témoignages contemporains hissent les muscats tout en haut de la hiérarchie des vins régionaux [8]. La reconnaissance est économique, mais aussi culturelle, politique, scientifique. Une place de choix est accordée aux muscats dans les travaux qui font souffler un vent d’expérimentations (Chaptal, Bertholon, Mourgues). Des Encyclopédistes à l’Abbé Rozier, en passant par M. Fournier, dont le Mémoire sur le vin muscat (1740) détaille la pratique viticole, les scientifiques multiplient découvertes et publications, à la Société Royale des Sciences de Montpellier dès 1706, ou dans les premières Sociétés d’Agricultures (1761). Un rayonnement marketing, dirions-nous aujourd’hui,  porte la bouteille de muscat jusqu’à Bordeaux, qui la baptise « frontignane ».  A usage de la table dès le XVIe siècle, elle est devenue contenant de transport, fabriquée par les verreries dans l’Hérault à partir de 1760.

La notoriété des Muscats s’accompagne d’un usage et d’une reconnaissance politique.  Gouverneurs, évêques et grandes dames  profitent de larges offrandes des vignerons de Frontignan bien relayés par leurs consuls. Frontignan  et Lunel voient défiler dans leurs murs têtes couronnées, princes ottomans et hôtes prestigieux. Les louanges pleuvent, des Etats-Unis à la Prusse. Le nectar s’auréole encore des références littéraires les plus prestigieuses, qui lui apportent une publicité glorieuse. Les philosophes des Lumières, qui parcourent l’Europe, tracent la voie d’amateurs éclairés, mus en ambassadeurs des muscats.  Locke, Rousseau, Voltaire, qui en fait son élixir de vie, manifestent un intérêt pour « les grands vins universels comme ceux du Muscat ». Les premiers gastronomes, à l’instar de Grimod de la Reynière qui séjourne un temps à Béziers, les ouvrages savants plus méconnus, les témoignages précieux d’inspections royales comme celle de Monsieur de Gensanne, en 1775, ou des récits d’illustres voyageurs, complètent le panorama, de Laurence Sterne (1760) Arthur Young (1787) jusqu’à l’ambassadeur des Etats-Unis Thomas Jefferson (1780, puis 1787), lui-même courtier en vins.
Les muscats culminent au sommet de l’art de faire du vin et de la renommée. Mais un point de basculement est franchi dans le siècle, quand une production de masse, et de vins rouges s’installe dans les mentalités, puis dans les faits.

Le difficile chemin de la qualité

Mémoire sur le vin Muscat, Fournier, 1740, ADH

 

                                                                
« La fureur de planter », selon l’expression des contemporains, conduit à des défrichements massifs, y compris dans les zones humides (palus de Vic), qui bravent les interdictions royales et les amendes. La vigne progresse partout, et avec elle l’étendue des muscats. L’argent facile issu du développement à l’export incline aux fraudes, qui nuisent à la qualité et à la réputation du Languedoc à l’étranger. La concurrence, à l’intérieur, des Blanquettes et Clairettes, mais aussi de nouvelles productions, en Champagne et Sauternes, entrainent des réflexes de défense de son cru, y compris contre ses proches voisins. La protection de sa qualité et de sa renommée, embryon d’une démarche de délimitation géographique et qualitative, s’installe dans les mentalités des villes réputées (Frontignan, Montpellier, St Georges d’Orques, Roquemaure et les  Cotes du Rhône). Aux privilèges et droits médiévaux d’entrée dans les villes s’ajoutent le contrôle par des inspecteurs aux limites des communes, chez l’habitant (caves et celliers), le marquage des tonneaux pour bien identifier la provenance du vin, le recours aux garde-terres contre les vols, jusqu’à la surveillance des stocks.
« Un nouveau Languedoc viticole se dessine, plus diversifié » [9], avec 2 millions d’hl produits dans toute la province fin XVIIIe siècle, et une hiérarchie des vins aux résonnances actuelles, en différentes  catégories : vins de renom, désignés par des noms de terroir, tels les Muscats et Cotes du Rhône, vins de cépages, comme le picardan , vins produits de distillation, liqueurs et vins parfumés.
Le classement d’André Jullien en 1816 confirme le tableau qualitatif des muscats de l’Hérault. Mais les sources nous montrent un vignoble qui cherche sa voie [10]. La monoculture viticole s’installe pas à pas, dotée de moyens techniques  (procédés et appareils de distillation et de vinification d’Adam, Chaptal), de moyens humains par l’essor démographique qui fournit des bras à une production très consommatrice en main d’œuvre, et dotée d’une nouvelle classe dirigeante. Détenant le pouvoir économique, elle prend les commandes politiques avec la révolution, à l’exemple de Lapierre, Artignan, Cazalis-Allut sur les terroirs historiques du muscat. En 1805, on produit 4 500 hl de vin à Vic, 4 300 hl à Mireval, plus de 17 000 hl à Frontignan : c’est plus qu’aujourd’hui. Comme le remarque le Préfet Creuzé de Lesser dans sa grande statistique agricole de 1824, « La viticulture industrielle affûte ses méthodes » [11], produit des copies, des muscats d’imitation, et entraine mévente et chute des prix à Frontignan.

Pourtant, des hommes tracent le sillon d’une autre viticulture, maintenue dans une production et des pratiques exigeantes, qui conduit à un repli qualitatif, sur les coteaux de la Gardiole par exemple, et à la limitation volontaire à de petits rendements. La double voie d’une viticulture de masse / viticulture hautement qualitative, mais aussi d’une viticulture en rouge/ viticulture en blanc est tracée. Avec un attachement d’hommes et de femmes au muscat à petits grains, guidé par un intérêt économique mais aussi par la recherche obstinée d’un chemin d’excellence dans l’Hérault.

Florence Monferran

  1. Grand gel de 1709 : « On n'a jamais vu de mémoire d'homme une année plus cruelle ni plus malheureuse que l'année 1709 », Livre de raison du professeur Jean-Henri Hagueno
  2. « De Montpellier à Gigean, les vignes se mêlent aux labours ; mais de Cette et Frontignan jusqu'au-dessus de Vic, il n'y a rien que des vignobles fort bien entretenus. De nouveau, dans la plaine entre Montpellier, Mauguio et Lunel, on revoit d'excellentes terres labourables entremêlées de vignobles », M. de Gensanne (1775)
  3. « Ce sont les muscats qui font la richesse de la ville et du diocèze de Béziers » Chambre de commerce, ADH série C 2683
  4.  cf : Jefferson, livres de raison de bourgeois locaux, Abbé Bouquet à Lunel, articles de Diderot et d’Alembert dans l’Encyclopédie
  5.  « Il est très recherché et présente de l’analogie avec le vin de Constance » en Afrique du sud, note M. Fournier en 1740 (ADH série D 184) Jefferson en observe la production à Lunel en 1787, la quasi disparition à Frontignan. Mais V. Rendu en 1857 et le Dr Guyot en 1868 en confirment l’existence à Lunel, Frontignan et Maraussan.
  6. « La demande est suffisante pour que la récolte soit toute vendue la première année « écrit Jefferson.
  7. Les contenances varient d’un village à l’autre. A Frontignan : muid de 685l. et pièce (barrique) de 228 l.
  8. Les mémoires de l‘Intendance du Languedoc, des Chambres de Commerce abondent en témoignages. « Le Bas-Languedoc produit des muscats dont on connaît la bonté », Ballainvilliers, Intendant du Languedoc, 1788, « Nos vins les plus recherchés et les plus chers sont ceux de la côte du Rhône. (…) Nos vins muscats ne sont pas moins recherchés. On en recueille à frontignan, à Lunel, à Montbazin, à Béziers » Mémoire sur le commerce des vins et des eaux de vie, 1768, ADH série C 2683
  9. Cité par Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M [10] Notes Lunel, Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M [11] Il décrit la production en grand dans la région de Béziers de muscats de bas étage « servant à dédoubler le muscat de Frontignan »
  10. Notes Lunel, Statistiques Préfet Creuzé de Lesser1824, ADH série 6M
  11. Il décrit la production en grand dans la région de Béziers de muscats de bas étage « servant à dédoubler le muscat de Frontignan »

Valflaunès, Festa de la Vendemia

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Vidéo du studio MCV





 

 Valflaunès doit compter près de 800 habitants. Dimanche 13 novembre, cette commune de la Communauté de Communes du Grand Pic Saint Loup en a vu défiler bien plus. Car Valflaunès célébrait la 9ème Vendemia (fête des vendanges) de son histoire récente. Ce fut, dans le contexte particulier de cet automne 2016, un moment festif bien propre à égayer un public varié.

Valflaunès ? C'est au nord de Montpellier, après les Matelles et Saint Mathieu de Tréviers. C'est une très ancienne communauté attestée dès avant 923, lorsqu'elle faisait partie du "Consulat du val de Montferrand" qui comprenait 9 communes, de Saint Mathieu de Tréviers à Combaillaux. L'appellation latine (figulina, atelier du potier et le suffixe -ensem) a évolué pour donner au XIIème siècle Vallefeneira, puis Valleflaunesia au XVIème siècle et enfin Valflaunès. La communauté, érigée en commune en 1792, est la plus proche du Pic Saint Loup, là où la roche des garrigues se dresse face au ciel. Environné de vignes (AOP ou AOC), le village célèbre la fin des vendanges selon le calendrier révolutionnaire, du 22 septembre au 21 octobre. Mais il pleut souvent en octobre et mieux vaut repousser la fête début novembre. La récolte est rentrée. On estime le degré, la quantité. Et l'on espère l'assistance nombreuse car le bénéfice de la manifestation permettra d'aider les viticulteurs fort éprouvés par "l'alerte rouge" de la fin du mois d'août quand les grêlons ont blanchi la garrigue et dévasté les vignes.

Et le public emplissait la place de la mairie et la pente de la rue de l'Eglise, sensible aux sons, couleurs et images. Il y en avait pour tous les goûts. Place de la mairie, au son des guitares électriques, on pouvait être tenté par des pâtisseries, du savon au lait d'ânesse ou la dégustation d'huîtres de Bouzigues. Rue de l'Eglise, au son d'un jazz-band, des stands proposaient des huiles essentielles d'une abbaye de Haute Provence, olives du terroir et tapenades, objets de bois flotté. Et quand le soleil se montrait, il lustrait les tissus des produits "Alouane". Ces textiles issus de fibres d'agave, tissés au Maroc, aux couleurs vives et nettes, propres à illuminer un intérieur ou à figurer sur des scènes de théâtre. Mais l'aire du Pic Saint Loup est célèbre pour son vin. Alors on pouvait évoquer le passé : visiter une ancienne cave avec son pressoir et ses foudres de bois. Une très riche exposition retraçait la grande révolte vigneronne de 1907 : Argeliers, Marcellin Albert, la manifestation monstre à Montpellier, la crosse en l'air des conscrits du 17ème et les victimes de Narbonne. La geste vigneronne est aujourd'hui moins dramatique, même si les temps sont difficiles. Les stands de dégustation ne désemplissaient pas et certains crus plus souples, un peu moins chauds connaissaient un franc succès.

On pouvait même faire connaissance avec les cépages, tels cette "roussanne" typiquement languedocienne. La Vendemia était à l'image de toute une culture, vécue autour de la vigne. La vigne qui était, ne l'oublions pas, l'attribut d'un dieu de l'Olympe.

Hervé Le Blanche

reportage vidéo de Valérie et Michel Campion (studio MCV, partenaire de Montpellier-infos)

Saint-Chinian

Les vins de l’AOC prennent un envol… transatlantique

 

 
L'AOP Saint-Chinian

Partagé en deux par les rivières de l’Orb et du Vernazobres, le vignoble de Saint-Chinian s’étend sur vingt villages, protégés par un microclimat exceptionnel qui permet de voir fleurir mimosas et orangers.  Il est dominé au nord par les schistes, qui produisent des vins soyeux et élégants, et au sud par de petits plateaux calcaires, dont sont issus des vins corsés, et fruités.
 Ses vins rouges sont en AOP (Appellation d’Origine Protégée) depuis 1982, ses vins blancs depuis 2004. 

 Chiffres clefs
3 300 hectares
100 caves particulières
8 caves coopératives 
Production moyenne : 135 000 hl en volume (4ème appellation du Languedoc)
Répartition par couleur : 89% de vins rouges, 10% de vins rosés, 1% de vin blanc
Cépages principaux : syrah, grenache noir et mourvèdre, le plus souvent associés au carignan pour les vins rouges et au cinsault  pour les vins rosés.

Syndicat AOP Saint-Chinian
Rue de la Promenade,  34360 Saint-Chinian
04 67 38 11 69 - www.saint-chinian.com

Photos : Vins AOC Saint-Chinian

   

A la conquête des Etats-Unis, la dégustation annuelle des Virtuoses de l’AOC Saint-Chinian s’est tenue pour la première fois à New York, le 17 octobre dernier. Une trentaine de journalistes et professionnels influents (restaurateurs, sommeliers et acheteurs) américains ont pu goûter à 183 vins parmi les meilleurs de l’appellation languedocienne. Après Londres et Paris, c’est la Maison Occitanie de New York qui a organisé la manifestation, présidée par Lauren Buzzeo, directrice au magazine Wine Enthusiast. Initiée en 2011, la dégustation vise à « casser certaines idées reçues et à démontrer que les grands terroirs de notre appellation rivalisent avec les plus grands vignobles », explique Henri Miquel, le président de l’AOC Saint-Chinian.
Lors de ce concours à l’aveugle entre les plus grands vins rouges et blancs, le style des vins et la régularité entre les millésimes sont pris en compte. Chaque cuvée était présentée sur trois millésimes différents choisis par le vigneron. Le palmarès final en distingue 47.
La rencontre affiche la volonté de renforcer les exportations, qui n’assurent encore que 18 % des débouchés, en particulier sur le marché américain (5 % des volumes de vente). L’appellation Saint-Chinian veut profiter des véritables perspectives qu’offre ce pays et surfer sur la vague portante pour l’ensemble des vins de la région. Le Languedoc ne vient-il pas d’être désigné comme le vignoble mondial le plus prometteur pour les années à venir par le Wine Trade Monitor, enquête annuelle de l’agence internationale en communication et marketing SOPEXA ?

 

Top 10 des vins ayant obtenu plus de 17/20 au palmarès 2017

  • Domaine La Linquière - La Sentenelle 310
  • Domaine Cathala - Absolu
  • Les Eminades - Vieilles Canailles
  • Clos Bagatelle - La Terre de mon Père
  • Les Coteaux de Berlou - Terre de loups. Les Terrasses Royales
  • Cave de Roquebrun - Golden Vines
  • Château Milhau Lacugue - Les Truffières
  • Mas Champart - Causse du Bousquet
  • Château Fonsalade - Félix Culpa
  • Mas d’Albo - Or Brun
  • Château La Dournie - Élise
  • Domaine du Sacré Cœur - Jean Madoré

Grand angle sur la viticulture biologique

avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio

Episodes climatiques de sécheresse et de grêle ont occupé les esprits pendant les vendanges et les vinifications. Aujourd’hui, un millésime se dessine en caves. Quelle part y prend la culture biologique? Comment se sont comportées les vignes ? Quel est l’état de la récolte? Nous vous proposons un tour d’horizon de la production en vins biologiques, occasion de faire un point complet avec Patrick Guiraud, président de SudvinBio, qui apporte son éclairage sur une autre vision de la viticulture. 

 

 Patrick Guiraud

Vigneron à Aimargues, en IGP Sables de Camargue, et IGP Oc, œnologue, Patrick Guiraud a été réélu le 5 juillet dernier pour un 4e mandat à la tête de SudvinBio, où il a succédé à Thierry Julien. Au cours de cette assemblée générale extraordinaire, faisant entrer deux adhérents de Midi-Pyrénées dans son conseil d’administration (un du Gers, un de Fronton), SudvinBio est devenue la première association interprofessionnelle représentant l’ensemble de la nouvelle région Occitanie.

   

La production

 

70.000 ha de vignes biologiques en France aujourd’hui. L'Occitanie est la 1ere région française, avec 21 000 ha en Languedoc-Roussillon et 3 000 ha en Midi-Pyrénées, viennent ensuite PACA, (14.000 ha) puis l'Aquitaine (8 000 ha). La production occitane a été multipliée par 5 : 5 000 ha en 2005, 24.000 ha en 2016. En France elle a été multiplié par 3.
« Le bio s’est étendu partout en France, mais c’est dans notre région qu’il a explosé, dans les dix dernières années. Le fief de la viticulture biologique, c’est le bord de la Méditerranée, et le sud. »

 

F.M : Comment s’est déroulée la récolte ?

P. Guiraud:
Nous connaissons une baisse de 11 % de la production dans la région[1]. La récolte a été quasiment parfaite, avec un état sanitaire très bon. C’est une année difficile pour tous. Nos vignes se portent bien, le végétal n’a pas été touché, le feuillage ne s’est pas desséché, mais la récolte a été impactée par la sécheresse.
Nos rendements sont en général inférieurs à ceux en agriculture conventionnelle. Nous sommes beaucoup plus tributaires des maladies, avec lesquelles nous apprenons à travailler.  Si une maladie nous impacte, nous allons la subir, nous n’allons pas surtraiter. Ces contraintes font partie de notre métier. Il est très important d’avoir cette vision là, vis-à-vis des aléas climatiques.

F.M : La culture biologique peut-elle apporter des réponses en elle-même aux changements climatiques ?

P. Guiraud: 
Nos vignes résistent un peu mieux que les vignes conventionnelles à la sécheresse, car nous  travaillons les sols, ce qui engendre moins de capillarité, et donc moins d’évaporation. Mais nous n’avons pas de moyens, ou d’outils propres au bio par rapport à la sécheresse. La solution technique, comme en conventionnel, reste l’arrosage. Sur du long terme, nous serons moins sensibles à la sécheresse sur des années répétées : en travaillent le sol, les racines radiculaires vont descendre. Quant aux évolutions climatiques, c’est un grand débat. Nous venons d’avoir une année sèche, après une année humide. N’extrapolons pas. Précoces ou tardifs, les cépages ont souffert. En bio, nous sommes des gens de terroir, attachés à notre terre, à nos cultures. Nous laissons une large part à la nature, en évoluant dans un système plutôt qualitatif que quantitatif. Pragmatiques, nous savons qu’une année sans rendement peut arriver.

F.M : Un profil du futur millésime peut-il être dressé?

P. Guiraud: 
Ce sera un millésime très qualitatif parce que la qualité des raisins était très bonne. Nous pensons que ce sera un millésime quasiment exceptionnel, expressif, tout petit en quantité. Nous observons un bel équilibre des vins, très stables, sur les trois couleurs. Ce sera une bonne année !

 La consommation

 
  • 15 % au niveau national

Ventes :

  • 700 millions d’euros sur le marché français,
  • 300 millions d’euros sur le marché export.

Soit un poids total de la filière viticole biologique d’1 milliard d’euros. 60 % en France, 40 % à l’export. Les tendances se sont inversées il y a 2-3 ans, l'export représentait 60 %.
Répartition entre cavistes (augmentent, 18%), magasins spécialisés (explosent, 20-22%), grandes surfaces (stagnent autour de 19 %)
La viticulture représente 20 %  du marché global en agriculture biologique

 

 

F.M:  On parle de forte hausse de la consommation en vins biologiques. Confirmez-vous cette tendance ?

P. Guiraud: 
Le marché se porte relativement bien. Notre but est qu’il soit stable.

L’acte de consommer bio, c’est avoir une sécurité alimentaire, protéger l’environnement, économiser les ressources en eau, puisque l’agriculture biologique est la plus favorable au maintien des nappes phréatiques, mais aussi favoriser développement de l’emploi[2].
D’un point de vue de sécurité alimentaire, le bio est très qualitatif pour notre bien-être et notre santé. D’un point de vue de qualité des vins, nous avons le même taux de médailles que les conventionnels au Concours général agricole de Paris par exemple[3]. La qualité est liée au travail du vigneron. Le rôle de l’achat du produit est donc double pour le consommateur: avoir du plaisir avec un vin, comme en conventionnel, mais aussi préserver la nature. Il achète tout cet environnement qui va avec la bio, avec toutes les garanties de l’élaboration du produit. La certification répond à ce besoin de traçabilité, de garantie par rapport à son acte d’achat.
La réussite de la bio, liée à ces garanties, est explosive au niveau du vin.  Le taux de progression de la consommation stagnait à 2 %. Dès que les volumes de production ont augmenté, la consommation a  commencé à exploser, nous sommes rapidement passé à un taux de progression à deux chiffres.

F.M : Le bio a-t-il un prix?

P. Guiraud
J’entends souvent « le bio, c’est cher et c’est élitiste ». Je ne suis pas persuadé que le bio soit cher. Travailler avec des méthodes respectueuses de l’environnement a un coût, une valeur. Le consommateur qui achète notre produit fait un acte militant.  C’est plutôt un achat qualitatif  dans l’éthique du consommateur bio, qui englobe une refonte de comportement: gaspiller moins, manger mieux, voire moins. En faisant attention à votre consommation, votre gaspillage, acheter bio ne vous coûtera pas beaucoup plus cher.  A un moment donné, il faut faire des choix. Si l’alimentation est une priorité de votre vie, le bio n’est pas cher. Consommer bio, ce n’est pas consommer plus cher, c’est consommer mieux, différemment.

F.M : Ressentez-vous l’obligation de garantir une production derrière cet achat?

P. Guiraud: 
Il y a une production si la nature est favorable. On ne peut pas garantir chaque année les mêmes produits, les mêmes récoltes, sinon, ce n’est pas bio, on passe à un système industriel.  Nous essayons de préserver les rentabilités, d’être de plus en plus percutants et performants, mais notre premier objectif est de respecter nos engagements sous le label vins biologiques.

F.M : Que pensez-vous de la production biologique en grande distribution ?

P. Guiraud:
Ce n’est pas le lieu où les producteurs biologiques sont le plus présents. La part de la grande distribution représente 19 % et ne progresse  pas. L’essor même de la bio est de pouvoir être représenté partout, nous avons besoin de ces réseaux, mais la grande distribution n’est pas le meilleur porteur pour notre image. Un metteur en marché expliquait que l’acte d’achat doit être communicatif, le consommateur a besoin d’avoir des informations sur le produit bio. L’intérêt des magasins spécialisés et des cavistes, c’est qu’ils peuvent être le relais du message. La grande distribution offre un linéaire, sans conseil, dans une recherche de prix, de promotion, ce qui ne correspond pas à l’éthique de la bio. Le bio en low cost, ce n’est plus du bio. La vente en grande distribution représente  un volume, autour de 200 millions d’euros, ce qui n’est pas négligeable. Mais il faut rester sur une politique qualitative. La consommation passe  aussi par des moyennes surfaces et des commerces de proximité, des circuits courts. Les modes de consommation vont se restructurer.

F.M: Comment situez-vous les vins natures ou en biodynamie ?

P. Guiraud:
La bio est aujourd’hui un mouvement porteur, qui a acquis ses lettres de noblesse, basées sur une image très crédible. C’est le seul mode de conduite avec des règles européennes bien définies, avec une certification, contrôlée chez les vignerons, des contraintes. La biodynamie est une autre façon d’aborder les choses, avec les astres, des produits, une réflexion plus empirique, mais structurée, qui peut être justifiée. C’est très intéressant. Avant tout, en biodynamie, il faut déjà être certifié en vins biologiques. Les vins natures jouent sur le terme de « nature » évocateur, sur la similitude avec la bio ou la biodynamie, mais sans certification ni contrainte. La seule crédibilité, c’est la parole du vigneron. Cela me gêne. Si les vins nature étaient d’abord biologiques, cela ne me poserait pas de problème, mais la législation ne le leur impose pas. Il n’y a aucune garantie pour le consommateur que ce vin ne contient pas de pesticides. Des vignerons en vins natures qui sont déjà certifiés bio essaient de se défendre pour ne pas être usurpés par de structures qui apposent nature en faisant croire que c’est du bio. Pour le consommateur, l’amalgame est complet. Il faut être très strict sur les termes.

F.M : Quel avenir pour le bio en viticulture ?

P. Guiraud: 
Ca fait 25 ans que je suis bio.  Les producteurs « ancestraux » ont fait leur travail, suivis par des conversions massives entre 2005 et 2015.  Les vins biologiques entrent aujourd’hui dans les concepts environnementaux, COP 21, COP22, ambition 2017 bio du Ministère. Ils ont un avenir certain. Le consommateur plébiscite nos productions. Nous devons résoudre quelques problématiques techniques pour pérenniser nos cultures. La production va devenir déficitaire par rapport à la consommation.
Les gens qui ne passent pas au bio ont quelques craintes par rapport aux risques climatiques, phytosanitaires, ou de ne pas savoir affronter ces problématiques. La culture biologique demande beaucoup de connaissances, des compétences, savoir peser les risques. Elle demande en permanence une recherche pour continuer à se développer. Des formations sont assurées à Sud vin bio par deux ingénieurs agronomes qui travaillent sur l’accompagnement des vignerons.

F.M: Sur quels terrains se déroulent vos recherches?

P. Guiraud: 
Nous travaillons sur toutes les maladies (black-rot, flavescence dorée), l’enherbement, les économies d’énergies, les tracteurs électriques, des  méthodes de plus en plus respectueuses de l’environnement. Nous travaillons surtout sur la prophylaxie : la bio c’est toujours une connaissance, une identification des problèmes, et un travail en préventif. Nous avons très peu de moyens curatifs. Il faut être très attentif pour intervenir bien avant que la maladie soit en place. Le profil des agriculteurs biologiques est un profil jeune, (une dizaine d’années de moins que les conventionnels), de formation Bac + 2.
Le bio n’est pas statique, nous ne sommes pas parfaits en bio, mais nous travaillons pour  trouver des solutions pour pouvoir être de plus en plus respectueux de l’environnement. La bio dans dix ans ne sera plus la même. Nous aurons trouvé des moyens physiques à substituer à tous les autres moyens. 

F.M : Des Moyens physiques ? C’est à dire pas de produits ?

P. Guiraud: 
Du travail, de la prophylaxie, des méthodes culturales. Par exemple, pour la flavescence dorée,  nous travaillons sur des aspirateurs de cicadelles, vecteur de la maladie, au lieu de les tuer avec des pyrèthres naturels. De nombreuses techniques évoluent, pour aller plus près de la nature. La recherche demande de gros moyens financiers. Le consommateur nous donne ces moyens en achetant le produit le juste prix, en nous permettant de travailler différemment.
Le bio, ça fonctionne !

Entretien réalisé par Florence Monferran


[1] NDLR :  - 10% en agriculture conventionnelle.
[2] NDLR : La viticulture  biologique crée 50% d'emplois en plus que le vignoble classique selon l’étude de l’INRA-Sup Agro de Montpellier, en raison de tâches moins mécanisées. Elle emploie en moyenne 1,8 personne, contre 1,2 dans une exploitation classique.
[3] Lors de l'édition 2016 du Concours Général Agricole, 301 vins bio ont remporté des médailles (133 médailles d’or, 119 médailles d’argent et 49 médailles de bronze). Les vins biologiques sont régulièrement primés dans les différents concours français (Challenge International du vin, Concours des caves particulières, Concours national des vignerons indépendants)

 

Challenge Bio et Millésime Bio,
Concours et salon spécifiques  à la culture biologique

Millésime Bio 30 janvier-1er février 2017 à Marseille, Parc Chanot
24e Edition - 900 exposants
300 exposants de la région Occitanie
40 % de la production nationale en vins et spiritueux,
toutes appellations sont présentes
200 exposants étrangers - 16 pays
2016 : environ 4500 visiteurs professionnels

Le 17 janvier, le concours rassemblera 400 producteurs et 1400 échantillons. Le nombre croissant de participants au concours montre un intérêt réel pour le label du Challenge.
A sa suite, le salon mondial Millésime Bio viendra promouvoir les lauréats. Organisé par les vignerons d’Occitanie, il a été créé à Montpellier en 1993, avec une vingtaine d’exposants. Il a depuis beaucoup grossi, déménagé souvent.  En 2017, il se tiendra  à Marseille, suite à une problématique avec le salon conventionnel Vinisud sur les dates. "Il n’y avait pas de synergie avec Vinisud, les façons de travailler sont bien différentes", explique Patrick Guiraud. Il poursuit: 
« Nous sommes un salon 100% bio, les exposants ne peuvent exposer que des vins certifiés Bio, toutes les tables  sont similaires. On est là pour  exposer et faire connaître des produits, pour que  les gens fassent des affaires. Millésime Bio est organisé des professionnels, la marque leur appartient, et tout l’argent est réinvesti dans la communication. Nous limitons le nombre d’exposants (une centaine en liste d’attente), pour avoir un ratio exposants/visiteurs cohérent. Nous  essayons de gérer la croissance du salon en fonction du nombre de visites.
Au Parc Chanot, les vignerons seront regroupés dans un seul hall, de 14 000 m2,  un hall de 10 000 m2 accueillant la restauration et la vinothèque. Quasiment tous les vignerons du Languedoc-Roussillon partiront à Marseille. Les professionnels viennent pour créer leur linéaire, leur réseau commercial, ou leur base spécialisée bio.  Notre panel d’exposants est très hétéroclite, du tout petit producteur au super négociant. Tous sont mélangés, sans classification. Le seul lien entre nous, c’est l’agriculture biologique, notre lien et notre ciment ».

Sudvinbio : ZAC Tournezy - 2, bâtiment A8, rue S. Signoret 34070 Montpellier
04 99 06 08 41 - www.sudvinbio.com

 

Wines's forum : Joël Julien, élu manager de l’année

La première édition de la Tribune Wine’s Forum a eu lieu ce mercredi 9 Novembre 2016 au Palais des Congrès de Perpignan, en présence de 130 participants. Lors de cet événement co-organisé par La Tribune Toulouse et Objectif Languedoc-Roussillon, plusieurs entreprises de la filière viti-vinicole ont été récompensées. Outre le prix spécial du jury, des prix ont été attribués dans  les catégories  inovation, international, jeune talent et manager. Dans cette dernière catégorie, Joël Julien, Directeur Général des Costières de Pomérols, a été désigné Manager de l’année.


Carole Delga et Joël Julien

 

Ce prix honore l’esprit d’initiative concertée du directeur au sein d’une mission collective : la Cave Coopérative. Il reconnait la stratégie de Joël Julien qui a contribué à la commercialisation en France et dans le Monde de la marque phare Beauvignac.

Ce dernier est distingué grâce à la réussite parfaite du rapprochement des trois caves Pomérols, Castelnau de Guers et Mèze, en suggérant une démarche visant la qualité, la compétence et la régularité. Ses qualités de visionnaire ont été gratifiées. Il a pensé, avec son Président et son Conseil d’Administration, à investir dans la création d’une nouvelle chaîne d’embouteillage, installé cette année, sous la bannière de l’innovation. Il a, avec ses vignerons coopérateurs, toujours su s’adapter aux nouvelles contraintes d’un marché mondial.

C’est pour toutes ces qualités que Joël Julien a été élu « Manager de l’Année ».

Ce prix remis par Carole Delga, Présidente de la Région Occitanie, rend non seulement hommage à Joël Julien, mais aussi honore le dynamisme de toute l’entreprise, le professionnalisme et le savoir-faire des 350 vignerons, des œnologues et des salariés des Costières de Pomérols.

En tout cinq entreprises et personnalités de la filière viti-vinicole de la Région Occitanie – Pyrénées Méditerranée ont été récompensées à l’occasion de cet événement organisé par la Tribune Toulouse et par Objectif Languedoc Roussillon et cinq lauréats ont été distingués dans les catégories innovation, jeune vigneron, international, prix spécial du jury et Manager de l’année.

Les vins Sud de France à Guangzhou

Du 13 au 15 novembre, à Guangzhou (Canton – Chine), dans le cadre du programme d’appui aux importateurs chinois de gammes de vins Sud de France et en vue d’augmenter leur distribution, Sud de France Développement et la Maison de la Région à Shanghai participent avec 10 importateurs chinois de vins Sud de France au salon Interwine China Canton, ultime rendez-vous d’affaires de la filière avant le Nouvel An chinois.
 Contrairement à ProWine, ce salon s’adresse à des entreprises déjà bien implantées en Chine et qui souhaitent développer leurs affaires dans le Sud de la Chine. La Maison de la Région à Shanghai en profite pour animer son réseau d’acheteurs et de prescripteurs afin d’accroître dans cette zone proche de Hong Kong les opportunités d’affaires des entreprises viticoles Sud de France.
 En lien avec l’école des vins Nova Jubilant, Sud de France Développement organise un séminaire de formation sur les vins de la région à destination des professionnels, des prescripteurs et leaders d’opinion.

La clairette, retour dans la lumière

« Elle porte si bien son nom caractéristique de clairette, avec ses jolies grappes élégantes, à grains transparents, oblongs, blancs ambrés, et ses feuilles blanches au revers, contrastant avec le vert foncé de la page supérieure, ses sarments longs et fins de couleur claire qu’elle a peu ou point de synonymes dans la région ». Henri Marès, 1890

Journalistes, œnologues, sommeliers, à l’exemple de Philippe Cambie ou de Daniel Roche [1],  ne tarissent pas d’éloges sur la clairette, rangée parmi les cépages majeurs pour l’élaboration des grands vins blancs méridionaux. Elle a pourtant connu de longues éclipses, et doit à la ténacité de quelques passionnés d’être toujours cultivée. Coup de projecteur et coup de cœur pour le plus vieux cépage autochtone du Languedoc, qui a donné naissance à sa plus petite AOP, reconnue dès 1948.

Seule, en AOC clairette du Languedoc, de Bellegarde, ou en cépage d’appoint dans la vallée du Rhône et en Provence, elle a été curieusement rendue célèbre par la clairette de Die, vin pétillant et doux composé de … 75 % de muscat à petits grains, cépage avec lequel elle partage une longue histoire. Remontant le fleuve Hérault, elle s’est lovée dans sa moyenne vallée, pour s’épanouir avec vigueur sur des terroirs peu fertiles, calcaires et secs (terrasses du villafranchien,  marnes et schistes). Robuste, peu sensible aux maladies telles que l'oïdium ou la pourriture grise,  la clairette déploie une grande longévité. Baignée de soleil, elle aime les hivers doux, aux rares précipitations, les étés chauds où elle ne craint pas la sécheresse. Paresseuse, - c’est un cépage tardif - elle a besoin de temps pour mûrir correctement. Aussi, les vendanges ne s’achèvent-elles pas avant mi-octobre. Rebelle, il faut alors dompter ses tanins dès le pressurage et la vinification.

L’appellation Clairette du Languedoc s’étend sur 11 communes. L’essentiel de la production se concentre à Aspiran, Paulhan, et Adissan, considéré comme son berceau, Elaborée à partir d'un cépage unique, la clairette blanche à petits grains, elle propose une  palette de vins tranquilles vinifiés sous quatre formes différentes : en sec, moelleux, rancio ou vin de liqueur [2]. Ces vins sont appréciés pour leur absence d’acidité, qui les rend faciles à boire. La variété des productions, des sols, des expositions, des maturations du raisin comme des choix de vinification, donnent de subtiles nuances aux vins. Des arômes reconnaissables de pomme et de pamplemousse, de fleurs blanches dominent les dégustations, avec des notes florales et de fruits exotiques en sec, des arômes de pêche et de coing en moelleux, pour finir sur des accents de miel et de noisette pour les vins les plus évolués.


Carte de Cassini (XVIIIe siècle)
 

Le périple de la clairette épouse les contours de l’histoire du Languedoc, sa qualité en porte la renommée pendant des siècles. Implantée par les Grecs depuis le port d’Agde, la viticulture s’est installée durablement dans la vallée de l’Hérault, au cœur des grandes voies de communication anciennes. Ce sont les Romains qui font de la clairette « le grand cépage de la Narbonnaise », raconte l’historien et Maire d’Adissan, Philippe Huppé. Pour preuve, deux villae, parmi les plus vastes connues en Languedoc, ont été découvertes au cœur du terroir, à Paulhan et à Aspiran. Des grappes de raisins retrouvées au fond d'un puits gallo-romain proche ont été identifiées comme de la clairette. Le cépage connaît un second essor au Moyen-Age, par la proximité avec les grandes abbayes, dont celle d’Aniane, qui contrôle une partie de son aire de production. Le vin blanc, en particulier doux, est placé tout en haut de la hiérarchie des vins. Il sert une fonction liturgique, et s’offre aux nombreux pèlerins de passage. La renommée de la clairette point au XVe siècle. Le Maître sommelier du Roi Louis XI en acquiert, distinguant le sec (piquardentz) et le moelleux (cleratz). Rabelais, Olivier de Serres, les botanistes la célèbrent, en compagnie des muscats.  Malgré une production restreinte, sa réputation, basée sur la maîtrise de la maturation des raisins par des vendanges très tardives, ne se dément pas. Elle est servie en vin d’honneur dans les grandes réceptions  royales (François 1er en 1533, Louis XIII en 1622). La clairette étend ensuite ses vignobles vers Montpellier et les bords du Rhône. Elle connaît son plus grand déploiement autour de Marseillan, Mèze, Florensac, Pomerols, Pinet, Maraussan, Cazouls les Béziers, délimitant, avec  les piquepouls et les muscats, une vaste zone de prédilection pour les vins blancs en Languedoc au XVIIIe siècle. De plus en plus cotée, la clairette se vend cher, conquiert l’Europe du Nord, prospère sur ses terres d’origine. Puis elle se perd à partir du milieu du XIXe s. dans la fabrication de vermouths, apéritifs très prisés dont elle sert de base, avant que l’arrivée du phylloxera, qui détruit le vignoble héraultais ne lui porte un rude coup, comme à toutes les productions de qualité. Son image de marque ternie,  la pratique tombée en désuétude, la production de clairette se confine au confidentiel au XXe siècle.

  

Quelques vignerons portent l’effort de sa reconnaissance en tant qu’AOP en 1948, mais il ne s’en  plus produit guère plus que 20 hl en 1990. Un an plus tard, à son arrivée à la direction de la cave coopérative d’Adissan, Jean Renaud ose le pari de la remettre en production. « Personne n’y croyait, le nom ne plaisait pas ». Il en vinifie 80 hl à peine en rancio, par curiosité. « Elle était belle, vinifiée à part » confie-t-il. Il s’attaque au moelleux l’année suivante, mais la première vendange conséquente date de 1998, le temps de s’adapter au cépage, à sa vinification, changer le mode  de conduite à la vigne, la taille,  mais aussi retrouver des pratiques perdues. En interrogeant les anciens, il réveille leur mémoire, enfouie, fixe les délimitations géographiques de la production [3]. A l’heure actuelle, il se produit 1000 hl de clairette en moelleux. Le rancio, dont la vinification n’était plus usitée, est commercialisé en bouteille « costaud, stable… comme le vin qu’elle contient », prévu pour vieillir « un temps fou », un siècle peut-être.

  

Le syndicat du cru a porté cette renaissance viticole, depuis M. Souyris, Pierre Nogaret jusqu’à Jean Dardé, son président depuis deux ans. Des hauts et des bas, la clairette en a bien connu, des défis, elle en a beaucoup relevé. Le vin n’est plus au goût du jour, la mode va vers le piquepoul ou les cépages de la mondialisation, chardonnay et sauvignon ?  « C’est un cépage merveilleux pour les gens qui veulent revenir aux sources », répond Jean Dardé, par sa résistance à la sécheresse, son ancienneté dans un air du temps qui s’attache au terroir, à l’histoire locale. Une reprise est amorcée. Un bon bouche à oreille, la fidélité de la clientèle en caveaux, la qualité du produit, des prix raisonnables, une forme de curiosité pour le cépage sonnent comme autant d’atouts. La relance de la production connaît depuis 2014 un coup d’accélérateur économique. Les Domaines Paul Mas, très impliqués dans les terroirs méridionaux, s’intéressent au cépage, doublent leurs achats chaque année, à Adissan et Puilacher. Le vin, en AOP Clairette du Languedoc sec, est destiné à l’export. Jean-Claude Mas offre ainsi des réseaux internationaux et une nouvelle jeunesse au plus régional des cépages. 

       

La persévérance d’un directeur de cave, d’un syndicat, l’arrivée d’un leader en vins du Sud trouvent un prolongement dans la démarche d’une collectivité. Maire depuis 2008, Philippe Huppé montre un attachement naturel à maintenir les traditions, que la Confrérie Saint-Adrien, la Nuit de la Clairette, fête collective et populaire,  font vivre.  Le PLU protège les  bâtiments viticoles, y compris les maisons vigneronnes du 19e s. L’édile place, au centre de ses préoccupations, la pérennité d’une production de niche qui atteint ses limites, à la fois qualitatives - les vins donnent aujourd’hui le meilleur d’eux-mêmes -, mais aussi de potentiel de production. Plus tard, seuls quelques propriétaires, quelques jeunes maintiendront vraisemblablement la viticulture à Adissan. Philippe Huppé entend se servir de l’oenotourisme et de projets artistiques haut de gamme comme leviers économiques. Président du réseau national villes et métiers d’art (VMA), une association d’élus qui ont pris cette compétence, il mène un ambitieux projet, au long cours, tablant que, dans vingt ans, Adissan se sera enrichi par l’apport de ces métiers, au cœur d’un patrimoine vivant, dont la clairette sera l’autre pilier. Grâce à l’installation d’ateliers au sein même du village, à la constitution de structures d’oenotourisme autour des deux pôles, interdépendants (circuits pour bus, visite de la cave, des artistes, restauration, hébergement), le visiteur repartira, empli de toute une histoire : celle de vins et vieux métiers. Car « avec la clairette, c’est toute une histoire que l’on boit ».

Dans cette toile tissée autour du plus ancien cépage languedocien, chaque fil puise dans un retour aux sources, entre connaissance du patrimoine viticole et inventivité, un savoir-faire du vin immuable et sans cesse renouvelé, des accords contemporains. Pour mieux assurer la permanence des vignobles, des pratiques, d’un métier, d’un cépage, comme un retour dans la lumière.

Florence Monferran


[1] Philippe Cambie, œnologue: « un très grand cépage ». Daniel Roche, sommelier « un cépage trop méconnu »
[2] Vin sec : 12° d’alcool minimum - Vin moelleux : 15° d’alcool minimum - Rancio après trois années de vieillissement pour un vin titrant 14° minimum - Vin de liqueur (17°) avec mutage en cours de fermentation (5% minimum et 8% maximum d’alcool à 90°)
[3] en fonction de la présence de mazets et de la distance que pouvait parcourir le cheval

 

La Clairette en chiffres, en 2016
Une centaine d’hectares
4 caves coopératives, : Adissan, Cabrières, Fontès, Puilacher (Paulhan, Aspiran, Péret apporteurs)
5 caves particulières
Production annuelle: 4000 hl en 2015, 4 500hl en 2016 dont 2300 hl à Adissan
En année commune : 60% en moelleux et 40% en sec
Commerce France: 80% (GD) et 20% (vente directe)

Accords culinaires
La clairette peut facilement accompagner un repas entier, de l'apéritif au dessert: les foies gras, les poissons délicats ou même les viandes blanches en sauce ainsi que les fromages, en particulier le roquefort, la tarte au chocolat
Secs : poissons, huîtres chaudes, viandes blanches

Le projet Ville et Métiers d’Art (VMA)de la Mairie d’Adissan
Sur une friche industrielle de 2500 m2 dans le village
Avec Hérault Habitat
Thématique retenue : autour de l’espace public, l’améliorer, ou le qualifier
Budget : 4 millions d’euros
16 professionnels, disposant d’un atelier et d’un logement
Pour moitié : ouvert à des jeunes, renouvelés tous les 3 ans
Pour moitié : ouvert à un groupe qui restera et transmettra son expérience.
Critère de choix des professionnels : « qu’ils soient les meilleurs dans leur catégorie. Nous visons l’excellence »
Des atouts: à proximité d’une sortie d’autoroute ; Adissan sur un axe du réseau VMA qui passe par Agde, Pézenas, Lodève, et Gignac

Le château de Flaugergues

passeur de patrimoine précurseur avec Vinofolia

Pierre de Colbert

 

La famille de Colbert mène depuis 2008, dans sa folie montpelliéraine de la fin du XVIIe siècle, un projet baptisé  Vinofolia, « Un vignoble remarquable dans la ville de Montpellier en 2020 » . Projet de rénovation pour pérenniser un outil – une nouvelle cave, design et durable, des vignobles replantés, un souci environnemental fort  – , mais aussi projet de préservation d’un terroir, désormais au cœur de la métropole, d’une culture, à travers un oenotourisme ambitieux, « pour rêver le vignoble de demain ». 
L’ancienne cave, de 1897, au milieu de l’espace de réception, n’était plus adaptée au travail viticole. Un nouveau chai, signé Sancie Matte de l’agence MDR,  recentre la production dans les vignes. Il répond à des exigences de qualité, pour révéler la typicité du terroir et des vins, en vinification et en élevage, avec 26 cuves inox, des pompes de réception de la vendange, un travail par petits lots. Il répond également à un souci écologique : gestion des effluents, économies d’énergie et d’eau ou climatisation naturelle, maîtrise de l’empreinte carbone. Construit dans le but d’obtenir la norme Haute Valeur Environnementale (HVE), ce chai déploie « deux corps de bâtiments enchâssés telle une structure monolithique ». La future enveloppe de tubes d’acier comportera une dimension végétale, fondant la cave dans le vignoble. La famille a investi 1,8 millions d’euros, sur fonds propres et avec une subvention européenne de 250 000 €, pour réaliser cette modernisation durable, dans tous les sens du terme. « Nous voulions que le chai soit beau, et intégré dans Flaugergues » » explique Pierre de Colbert, installé sur le domaine depuis 2002.
Le projet Vinofolia évoluant au fil des ans a débouché sur l’ambition de bâtir un vignoble remarquable, sur le modèle du Jardin remarquable existant. Il passe par la replantation de 10 ha autour du château, avec un nouveau cépage, le morrastel. Après palissage et irrigation de certaines parcelles, un travail sera mené sur l'équilibre du milieu (plantes auxiliaires, enherbement maîtrisé, haies) pour une conduite de la vigne respectueuse de la nature.  
Dernier volet du projet, le Jardin des Vignes, « sas de découverte sensorielle et initiatique de la vigne et du vin » souhaité par Henri de Colbert, créera un lien entre jardin et vignoble.  Imaginé par la paysagiste Amélie Vallon, il assemblera cépages historiques et locaux et plantes illustrant les arômes présents dans les vins de Flaugergues.
Avec le breuvage, écho de son terroir, la famille de Colbert cultive un oenotourisme pionnier dans la région, décliné depuis plus de trente ans dans les visites de vignes, dégustations au caveau ou afterworks, à la table du Folia, mais aussi à la découverte d’un patrimoine viticole dont le château fait figure de gardien. Archives de vignerons, livres rares et marbres peints en sont un précieux exemple. Dernière-née, une nouvelle visite complète, De la vigne au caveau  fera découvrir la nouvelle cave avec le vigneron. A l’horizon 2020, le Château poursuivra la modernisation de son outil viticole, avec une ligne de mise en bouteille adaptée, une centrale d’azote. Il envisage la formation d’un vino Club pour les amateurs.
A Flaugergues, chaque génération réalise un projet qui laisse son empreinte. Vinofolia, par sa dimension, est porté par deux générations, Brigitte et Henri, Marie et Pierre, réunies. A la question de savoir s’ils se sentent propriétaires à part entière du lieu, ou dépositaires d’un patrimoine remarquable à transmettre, la réponse de Pierre de Colbert fuse : « Mon père vous répondrait sans hésiter que nous ne sommes que les dépositaires actuels de Flaugergues », un maillon passeur de patrimoine, sans cesse précurseur.

Florence Monferran

 

Le vignoble

Sur le terroir historique de La Méjanelle, qui a fait battre le cœur des AOC Languedoc, des terrasses de galets roulés sous influence marine
Palette de cépages pour épouser le terroir : grenache noir,syrah, mourvèdre, rolle, cinsault, viognier , marselan, merlot et muscat à petits grains + ariarnoa, egiodola
Vins AOP Languedoc Grés de Montpellier et IGP pays d’Oc qui expriment le terroir : de la fraîcheur avec des tanins soyeux et des arômes de fruits, une structure plus charnue en haut de gamme, avec des arômes fumés et épicés

Le château de Flaugergues en chiffres   
320 ans de tradition familiale viticole dans une folie de la fin du XVIIe siècle 
2 étoiles au Guide Vert Michelin et 30 ans de classement Monument Historique 
1,5 million d’euros de CA consolidé 
160 000 bouteilles dont 65% vendues à l’export dans 17 pays (30% en Chine) 
25 ha de vignes cultivées sur les communes de Montpellier et Mauguio
27 ha de verdure dans Montpellier (dont 4 ha de jardins) 
60 000 visiteurs  

Visite de la nouvelle cave :
Vins &Vignes : 10 €/pers (visite des vignes, de la cave et découverte de 3 vins, 1h30), Saveurs des Vignes 20 €/pers (visite des vignes, de la cave +  découverte de 3 vins avec produits du terroir 1h30 et visite libre des jardins),
De la Vigne au Caveau : 35 €/pers, visite VIP avec le vigneron : de la cave, des vignes, du  château et dégustation de 5 vins avec des produits du terroir (2h30 + visite libre des jardins).  
Visites en groupe (min 10 pers.) du mardi au vendredi et le samedi après-midi, sur réservation à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. 


1744, av Albert Einstein (quartier du Millénaire) - 34000 Montpellier
Tél : +33 (0)4 99 52 66 37 - www.flaugergues.com et www.folia-restaurant.fr 

 

Les vins du Languedoc voient la vie en blanc

Photo: AOC Languedoc

Plus de dix ans qu’ils pointent le goulot de leur bouteille, taquinent les grandes appellations, ont l’audace de bien vieillir, et un penchant pour la conduite biologique, voire biodynamique : les blancs du Languedoc sont de retour. Oui, de retour, car ce sont eux qui ont forgé la renommée de cette terre, dès l’époque romaine. Pline l’Ancien voyait la Narbonnaise comme « une seconde Italie ». Ses paysages, l’Hérault en offre un condensé, du littoral jusqu’aux hauts cantons. La diversité des sols, schistes, grés, villafranchiens, aux coulées de basalte, n’a d’égal que le foisonnement de cépages qu’elle a fait naître. Les vignerons ne manquent ni de variétés ni d’imagination pour les assembler. Cépages anciens, clairette, muscat à petits grains et piquepoul, cépages emblématiques, comme grenache et terret,  cépages oubliés, œillade, Augibi et aspiran, ou retrouvés, à l’image du carignan blanc ou du rolle (devenu vermentino) ont vu affluer au fil du temps roussanne, marsanne, puis viognier jusqu’aux cépages de la mondialisation, chardonnay en tête, voire quelques cépages insolites, à l’instar du Gewurztraminer.
Les grands, grâce auxquels un terroir rayonne, se sont patiemment installés. Olivier Jullien a été rejoint en 2016 au firmament de l’influente RVF par Marlène Soria (Domaine de Peyre Rose) et Basile Saint-Germain (Domaine Les Aurelles). Tous trois produisent des blancs salués par la critique, en culture biologique. Avec un élevage sous bois modéré, ils en font des vins de garde [1]. A leurs côtés, les chevilles ouvrières de la renaissance, valeurs confirmées ou en devenir, tissent les fils de cette renommée: Grange des Pères, Clos Marie et Ermitage Pic Saint loup, Mas Champart, Prieuré de St Jean de Bébian,  Domaine d’Aupilhac, Clos de l ‘Amandaie ou Mas Novi …

Comme un retour aux sources
Est-ce parce que le grec Hippocrate disait de lui qu’ « il aiguise l’intelligence », ou parce que les agronomes et poètes romains le plaçaient tout en haut de leurs hiérarchies, avec des doux, que le vin blanc a pesé de son empreinte sur l’histoire viticole du Languedoc ? Porteurs d’un patrimoine, trois cépages le sont assurément, des plus anciens reconnus en AOP (muscat et clairette) jusqu'au petit dernier, en 2013 (piquepoul). Lovés dans la moyenne vallée de l’Hérault et sur le cordon littoral, d’Agde à Lunel, ils tirent aujourd’hui encore leur épingle du jeu. A l’occasion de vendanges difficiles, ils démontrent leur résistance à la sécheresse, en particulier sur les rivages. Muscat et clairette, le plus précoce et le plus tardif, aiment la chaleur. Ils ne sont pas soumis à de hauts rendements sur leurs terroirs de prédilection, où leurs racines puisent dans l ‘humidité du cordon littoral. Tardif lui aussi, le piquepoul, dans son implantation en terrains profonds, profite des  pluies régénératrices de septembre. La baisse de volume, générale, est ici contenue : - 2% à la Cave de Lunel, - 10 % sur le terroir de Frontignan, – 10 % environ en piquepoul. Les années difficiles engendrent souvent de grands vins. Les vignerons s’accordent sur une moindre récolte génératrice de plus de concentration et très aromatique.


La clairette : « C’est une histoire que l’on boit »
Philippe Huppé, Maire d’Adissan, affiche la couleur. « La clairette est le plus vieux cépage autochtone du Languedoc ». Le village, entouré de Fontès, Cabrières et Péret, supporte l’essentiel d’une production, oubliée un long temps après son passage en AOP en 1948.  Relancée, dans une niche haut de gamme, sur un  faible volume, elle est portée par une démarche économique et oenotouristique de la commune d’Adissan, un président de syndicat, Jean Dardé, qui en est le plus gros producteur, un directeur de cave, Jean Renaud, fou du cépage, qui l’a remis en culture, vinifié, délimité géographiquement. Il raconte avec passion ces vendanges : « La clairette n’a pas du tout flétri sur souche, elle récupère les dernières fraîcheurs ou pluies après équinoxesSi nous manquons de degré, c’est par manque d’eau en hiver. » La vigne n’a pas eu de réserves en profondeur, mais les clairettes ont bien réagi, le volume est habituel. Elles seront vinifiées en sec, moelleux et rancio. Les vendanges s’achèvent, comme à l’accoutumée, vers le 10 octobre. « Pour faire de la clairette, il faut être patient  et attendre la bonne maturité ».

  

« Avec le muscat, on peut tout se permettre »
Bruno Pastourel le démontre à Frontignan depuis trente ans, consacrés  à innover autour du cépage, en sec, naturellement doux, moelleux au Château La Peyrade, bâti au XVIIIe s. Calcaires lacustres qui se mêlent aux vestiges de l’implantation romaine, racines très profondes, sélections parcellaires, le terroir parle, sous une influence maritime bénéfique. Plantés dans des sols adaptés, « les cépages traditionnels résistent bien au stress hydrique. » confirme Christophe Miron, président de la Cave coopérative. « Le cépage a eu un très bon comportement, c’est là qu’on voit qu’il est bien adapté au terroir et qu’il a l’habitude de souffrir de la sécheresse » ajoute Bernard Rouger, président du syndicat du cru de Lunel. Malgré des vendanges un peu tendues, en condensé pour faire face aux maturations groupées, la qualité est là, par concentration des sucres, avec des arômes floraux et fruités sur l’ensemble du muscat lunellois, tirant vers le miel à la Cave coopérative.

  

« Le piquepoul, un cépage que j’adore »
Héritier d’une famille implantée depuis 1744 à Pinet, près de la Via Domitia antique, Laurent Gaujal poursuit la lignée d’ardents défenseurs du piquepoul. Il témoigne que « le cépage a beaucoup souffert,  flétri, petit comme un petit pois ». Quinze jours avant les vendanges, la pluie salvatrice a gorgé d’eau un grain qui avait du degré. Le cépage a bien réagi. Guy Bascou, président du syndicat du cru analyse l’ensemble des vendanges: « La récolte, d’une grande hétérogénéité, diminuera globalement de 10 % environ, avec de grandes disparités entre vignes en terrains profonds et en terrains superficiels,  entre vignes vieilles, bien enracinées, et vignes jeunes, et des pluviométries variables : il a moins plu dans l’ouest de la zone d’appellation (Florensac, Castelnau de Guers). Le millésime sera un grand millésime dans son environnement traditionnel ».

Les aires de production des trois cépages lancent de nouveaux produits : un muscat sec haut de gamme à Lunel, un piquepoul premium à Pinet, à destination des cavistes, hôtels et restaurants (CHR), récolté plus tard, et élevé sur lie. Depuis 2014, le négociant Jean-Claude Mas s’intéresse à l’AOP Clairette du Languedoc sec, qu’il sort de son cadre régional, en la développant à l’export.
Des produits très anciens resurgissent : un rancio de 2006 mis en bouteille dix ans plus tard à Adissan, des muscats en surmaturation pour les vendanges de la Saint-Vincent à la Cave de Frontignan, des passerillés au Château la Peyrade. On assiste, en 2016, à un vrai boum sur les raisins surmûris !
Précoces ou tardifs, ces cépages font fi du temps. Le Château La Peyrade conserve un muscat naturellement doux de garde de plus de 25 ans. En vieillissant, la minéralité, omniprésente, se développe au détriment du sucre. Jean Renaud dit du rancio d’Adissan « qu’il est prévu pour tenir un temps fou, un siècle peut-être ! »
Et si l’avenir appartenait aussi aux clairettes, piquepouls et muscats, trio gagnant des cépages anciens ?
Florence Monferran


[1] Olivier Jullien assemble Carignan, grenache, chenin, viognier, clairette, roussanne sur des terres alluvionnaires et caillouteuses.  
Le blanc de Basile Saint-Germain (Aurelles) marie vieilles vignes de clairette et jeune roussanne plantée sur les terrasses sablo graveleuses du Villafranchien.
Marlène Soria utilise principalement vermentino et roussanne. Son magistral Oro  a été commercialisé en 2015, quinze ans après sa vendange.

Un muscat de Lunel rajeuni célébré à Viavino

Cure de jeunesse pour un muscat de Lunel qui a modernisé la gamme de ses vins, la soirée annonce la couleur: une présentation thématique plutôt que rangée par stand de producteur,  ou des cuvées aux noms et packagings relookés, à l’exemple de Lune d’Elles. L’appellation a changé en juin de Président de syndicat du cru, en la personne de Bernard Rouger, et de président de la cave coopérative, avec Frédéric Saint-Jean. Ce dernier rappelle que la cave commercialise 15 produits différents autour du muscat. Le Vin Doux Naturel lui-même, à l’image vieillissante,  s’est rafraîchi, grâce à un taux de sucre abaissé, une baisse de rendement drastique (15 hl/ha), des méthodes d’élaboration privilégiant des arômes floraux et fruités, « dont les jeunes raffolent aux Estivales ». Des stratégies se mettent en place pour pallier une production en monocépage. Des partenariats commerciaux avec des caves produisant des rouges offrent une gamme complémentaire, en particulier à l’export. Frédéric Bailleux, directeur de la Cave de Lunel, y travaille d’arrache-pied. C’est lui qui a embauché six jeunes de l’ESCAA pour rajeunir l’image du VDN et des muscats de la cave. Un bag-in-box de 1,5 l sera commercialisé pour la première fois en VDN en novembre, et un muscat sec haut de gamme en décembre.
Le cocktail vedette, dans l’espace Bar animé par Jean-Baptiste André, barman formateur chez Ypnotik, et l’espace DJ dédié à la soirée musicale dépoussièrent la consommation, avec modération, du muscat dans toutes ses déclinaisons. Le cocktail se compose d’une multitude de saveurs et d’arômes  à base de muscat de Lunel, Campari et Noilly Prat, soda-gingembre, thym… Il n’a pas encore de nom, les gens peuvent proposer leurs suggestions. La députée Fanny Dombre-Coste le résume : « il s’agit de changer de regard sur le muscat, par une nouvelle façon de déguster ». Des ateliers animés par l’oenologue et sommelière Marie-Hélène  Dal Cin complètent la connaissance du cépage et de sa diversification en marche.

 

C’est par une fête en l’honneur du muscat que s’est clôturée au pôle oenotouristique Viavino à Saint-Christol la semaine de l’agriculture en Pays de Lunel.

Le partenariat entre la communauté de communes (CCPL) et la Chambre d’agriculture, instauré en 2012, a donné un coup de projecteur sur le cépage historique.

Ambrussum tout proche nous rappelle que sa culture remonte probablement à l’Antiquité. La fête présente «le muscat dans tous ses états », sous forme thématique : sec, authentique, en Vin Doux Naturel, tardif, en vendanges surmûries, « décalé » en moelleux, rosé moelleux ou Carthagène, effervescent. A chaque type de vin, son assiette, dans un accord « qui lui colle à la peau » avec des productions locales, des fruits de mer aux fromages et chocolat.



Elus du pays de Lunel, chambre d’agriculture, Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc, département, région ont répondu présents pour cette « belle idée de relancer le muscat de Lunel »,  selon Philippe Cros, directeur du CIVL. Jean-Luc Bergeon, président de l’office de tourisme intercommunal  est « « très heureux d’accueillir le muscat de Lunel, breuvage international, à Viavino, pour valoriser le savoir-faire des vignerons » alors que Claude Barral, vice-président du conseil départemental évoque qu’« aujourd’hui le vin n’est plus un aliment, mais un produit socioculturel, un art de vivre, un attachement à une terre »  dont Viavino doit être le levier oenotouristique. 
L’avenir du muscat focalise, en filigrane, les préoccupations d’un territoire dont il porte l’ancrage. Fanny Dombre-Coste centre sa réflexion sur la question de la transmission, par laquelle le vigneron peut avoir envie de continuer à produire, pour d’autres demain. Jacques Gravegeal, vice-président de la CCPL mais aussi président des Vins de Pays d’Oc rappelle, dans « ce lieu magique, que cette production emblématique a marqué les communes  qui ont accolé leur nom au muscat » pour en porter la renomméeLe cépage a également démontré la capacité, unique en son genre, à se décliner en vin tranquille ou effervescent, sec ou doux. 80 % de la production est élaborée aujourd’hui en muscat sec, « une émancipation » dont il se réjouit, « confiant » pour le futur.

    

Les vignerons sont tous venus pour faire de cette fête un succès. Ils espèrent que la manifestation, signe de reconnaissance de leurs productions et de leurs efforts, sera reconduite. La promotion des nouveaux muscats ne peut que combler un déficit de notoriété : « nous avons une image à revitaliser » confie Bernard Rouger. En ce sens, tous comptent sur le pôle oenotouristique de Viavino.
La soirée se prolonge aux sons des DJ de U.Events. Son écho porte jusqu’à l’espace Terroir. A côté de l’espace dédié à la fête, bat le cœur d’un vignoble, d’un terroir et de ses vignerons. Deux temps dialoguent, pour que continue l’histoire du muscat à petits grains. 
Florence Monferran

 

Un point sur le millésime 2016
Les vignerons ont encore à l’esprit  des vendanges, tendues, resserrées dans le temps pour faire face à la montée des degrés. La quantité, quasiment habituelle, (moins 2 à 5 % sur l’appellation) et la qualité supérieure, par la concentration en sucre des raisins sous la chaleur de la fin d’été, les rassurent.  

L’AOP muscat de lunel en chiffres
350 plantés, 270 ha en production
48 producteurs,
1 cave coopérative (44 coopérateurs)
4 vignerons en caves particulières : Domaine Rouger, Domaine des Aires, Château Grés Saint-Paul, Domaine Lacoste, 
Président du syndicat du Cru : Bernard Rouger
www.domainerouger.com/
http://domainedesaires.com
www.gres-saint-paul.com
http://muscatlacoste.free.fr

Les Vignerons du Muscat de Lunel-Vérargues
10 500 hl environ en 2016
3 500 hl de VDN
90 % de la production en muscat de lunel
Rendement de 15 hl/ha
9% des ventes à l’export
Président  (depuis juin 2016) Frédéric Saint-Jean, producteur à Lunel, Lunel-Viel et Saint-Christol
Directeur commercial : Frédéric Bailleux

Viavino : www.viavino.fr/

Vendanges de la Saint-Vincent à Frontignan

Avec un jour d’avance sur le calendrier, c’est le 26 septembre qu’un joyeux convoi s’est dirigé vers les vignes, à la sortie de Frontignan, pour célébrer la Saint-Vincent.
Elle est bien là, la vénérable dame, en surplomb de la ville et de la route, faisant face à la Gardiole qu’elle regarde d’un côté, la mer de l’autre comme horizon et comme origine : la viticulture est venue de là... Christophe Miron, son propriétaire, président de la Cave coopérative, n’en connaît plus vraiment l’âge, 100 ans, 150 ans peut-être.  Son père, à 89 ans, l’a toujours connue vieille. Comme Mathusalem en somme. Elle a subi le gel de 1956, ses souches ne tiennent plus très bien, l’espace entre les rangs de plus en plus étroit autorise peu de mécanisation, mais ses racines puisent encore dans la terre son alimentation. Aussi, cette vigne conserve-t-elle sa vivacité : de belles feuilles abondantes et vertes, quelques « dimanches »[1], mais pas de maladie, et un état sanitaire impeccable, sans pourriture. Et sans stress hydrique, précise Christophe Miron, qui poursuit : « Les cépages traditionnels résistent bien au stress hydrique. Historiquement, les muscats se plantaient dans des endroits cultivables. On n’a pas planté partout ici, non. Si nous continuons à travailler comme nous le faisons, sans trop de rendement, en respectant l’implantation du vignoble, nous n’aurons pas besoin d’irriguer pour nos vins en IGP. En AOP, la méthode est interdite dans nos cahiers des charges. Les clones sont devenus productifs ici. Nous devons faire attention, une vigne, c’est comme un enfant, il faut lui laisser le temps de s’enraciner, tomber les raisins les premières années pour ne pas la surcharger. C’est ce type de vignes, et de vin sans mutage, qui a fait la renommée de Frontignan. Cette future cuvée, c’est un peu un retour aux sources ».

      

Les conditions météorologiques sont idéales, avec du soleil, de la douceur, sans pluies sinon celles, régénératrices de mi-septembre. De jolies grappes se cueillent, presque sans l’aide du sécateur. Elles se sont concentrées en sucres, ont perdu du volume et du jus, mais gagnent en arômes ... et en degrés. La cave de Frontignan renoue ainsi avec la pratique antique de la surmaturation du raisin. Sur cette vieille vigne de 32 ares, le passerillage s’opère naturellement. A vendange exceptionnelle, moyens exceptionnels.  Des coopérateurs, des salariés de la cave, personnel technique ou administratif, sont venus, l’œnologue Deborah Donnadei, a délaissé le temps d’une matinée les vinifications en cours, jusqu’au Directeur commercial, Bernard Germain,  qui a quitté ses bureaux, tous récoltent le précieux petit grain, qui prendra le nom de « Vendanges de la Saint-Vincent » une fois en bouteille. « La dernière cuvée date de 6 ans, je n’étais pas encore là » raconte Deborah Donnadei. « Le raisin sera vinifié en moelleux, après un pressurage long de 8h dès la fin de la récolte. » Elle estime le volume à 11 hl environ, qui donneront un peu plus de 14 000 bouteilles. Beau rendement pour une vénérable vigne ! Les coopérateurs sont ravis : « le raisin est joli, magnifique, nous allons faire une très bonne cuvée de la Saint-Vincent. J’aimerai la goûter quand elle sera prête » espère M. Duquesnoy,  pendant qu’Aline Brigliozzi, viticultrice et administratrice à la cave, insuffle entrain et bonne humeur au groupe, soudé par cette vendange inaccoutumée.

 

Bernard Germain le rappelle, la cuvée ne sort pas tous les ans. Elle est soumise à des contraintes, du temps, « il faut que l’année s’y prête », et d’écoulement des stocks. « Nous avons adapté notre commercialisation à ces contraintes. C’est le seul produit de la cave qui échappe à notre contrôle ».
Christophe Miron fait remonter cette tradition à une vingtaine d’années. Il m’a été rapporté qu’elle aurait été inspirée par l’éminent œnologue bordelais Denis Dubourdieu, venu étudiant en stage puis conseiller à la cave de Frontignan. Le futur « pape des blancs », récemment décédé, s’était intéressé à ce cépage à petits grains qui produisait des vins naturellement doux, des moelleux ou liquoreux comme il en connaissait à Sauternes avec le sémillon. Il avait tissé des ponts entre Bordeaux et Frontignan, longtemps concurrents dans l’histoire, réunis dans la passion pour les vins doux. Une passion toujours vivante, en cette Saint-Vincent, dans la cité muscatière.

Florence Monferran


[1] Terme local qui désigne une partie de parcelle où les pieds morts n’ont pas été remplacés.