Le muscat à Frontignan, un vignoble qui ne veut pas mourir

Photo: ©Alain Marquina

A l’heure où le langage administratif parle de consommation d’espaces agricoles pour en signifier l’urbanisation, quelques voix s’élèvent , à Frontignan, pour rappeler l’ancienneté et la renommée de la production de muscat, la singularité de vignobles délimités pour cela parmi les premières Appellations d’Origine Protégée en France, en 1936. L’Association de Protection de l’Aire du Muscat (APAM), crée en 2002 sous la présidence de Denise Arnal, puis de M. Ferrières, a souhaité porter à la connaissance du public l’état des menaces qui pèsent sur l’aire géographique du muscat, et les actions qu’elle a entreprises pour la préserver de constructions. Dans un contexte d’afflux démographique galopant, le Schéma de Cohérence et d’Organisation Territoriale (SCOT) du 4 février 2014, modifié en 2016, crée un triangle de grande urbanisation Sète-Frontignan-Balaruc, déclarant la zone Horizon sud cœur de la nouvelle Communauté d’Agglomération du Bassin de Thau (CABT). Le document d’orientation générale, qui fixe les cadres d’un développement jusqu’en 2030, soulève la crainte que les vignobles historiques de Frontignan ne soient emportés dans une vague de construction. Cette crainte est confortée par le zonage du SCOT déclassifiant une partie du terroir en AOC, de vignoble patrimonial en espace agricole péri-urbain, de moindre valeur.


Source: SCOT du bassin de Thau

Face aux prévisions chiffrant l’apport de population à Sète et Frontignan à 9 600 arrivants chacun jusqu’en 2030, le SCOT vise à la concentration d’habitat en le densifiant. Comment développer ce cœur d’agglomération sans toucher aux vignobles ? La pression s’est accrue depuis l’instauration de zones inconstructibles à moins de 2 m au-dessus du niveau de la mer, ajoutées aux zones humides sanctuarisées et au classement de la Gardiole. L’urbanisation se tourne vers les seules terres constructibles restantes, des terres viticoles de qualité. Comme partout, le dilemme fait jaillir des conflits d’intérêts, sur lesquels se greffent des difficultés de reprise des vignobles par les jeunes générations, des questions économiques de mévente des muscats AOC. Le conflit va jusqu’aux tribunaux, où l’APAM mène plusieurs procédures.


Source: SMBT: projet d'aménagement et de développement durable

En cause, une large bande compacte au nord de Frontignan vers la Gardiole s’étendant sur 162 ha, soit 20 % du vignoble actuel. L’APAM défend les qualités intrinsèques de ce vignoble. Jean Lapasset, coopérateur, décrit « une AOC homogène, sans coupure » sur cette zone de bonnes terres agricoles, exploitées sans grand mitage ou délaissement. Les parcelles y souffrent moins de la chaleur que celles plus proches de la Gardiole. A l’ouest, les sols, plus profonds, offrent un plateau calcaire à l’épanouissement de la vigne.
 
Denise Arnal conteste le déclassement en zone agricole ordinaire sans expertise ni justification. L’APAM rejoint les critères de l’INAO, qui veille sur l’origine et sur la qualité des productions françaises, quand elle énonce comme principe que « toutes les parcelles classées en AOC ont valeur égale et sont nécessaires les unes aux autres ». Jacques Laffont, en charge du dossier, rappelle qu’il ne peut exister des parcelles moins disantes, qualifiées ici d’ordinaires. D’autre part, « l’aire est petite, elle n’est pas transposable, on ne peut pas la repousser ailleurs ».
Une certaine incompréhension règne au sein de l’APAM, car jusqu’ici les techniciens du SCOT ont contenu les velléités d’urbanisation, selon Frédéric Nodet, vigneron au Château Stony. Le SCOT parle de « pérenniser une agriculture fragilisée par la pression foncière (...) mais encore identitaire », et se veut rassurant en déclarant : « Dans tous les cas, il est aujourd’hui essentiel de reconnaître la valeur de ces espaces et de n’envisager leur artificialisation qu’avec une très grande parcimonie ». Interrogé, le Syndicat Mixte du Bassin de Thau, en charge du SCOT, confirme : « Nous essayons d’avoir le moindre impact possible sur les terres agricoles. Il ne reste de nombreuses friches, des dents creuses, des sites à réhabiliter (ex Mobil) sur Frontignan pour ne pas consommer ces espaces. Le SCOT a réduit de 76 à 66 ha la consommation d’espaces agricoles potentiellement constructibles entre 2014 et 2016 » explique David Cottalorda. Des chiffres que conteste l’APAM, ses calculs produisant des évaluations beaucoup plus hautes des terres compromises.
Les divergences de vues font tout autant jour sur l’économie. La logique du marché ne joue pas en faveur des vignobles.
 La Cave coopérative, qui représente 85 % de l’appellation, fait un bilan actuellement sur la vie et l’avenir des coopérateurs. Deux jeunes s’installent, d’autres cherchent des terres. Mais le prix à l’hectare décourage. Comment enrayer la spéculation ? Face à la mévente des Vins Doux Naturels, une partie du vignoble en AOC ne produit plus actuellement. La Cave coopérative ne voit pas d’un mauvais œil le départ d’une partie des terres, les parcelles restantes assurant le maintien de la production. Un vignoble en crise, fausse question? Le SCOT lie la pérennité du muscat à l’évolution de ses ventes, alors que Jacques Laffont, pour l’INAO, rappelle que l’aire AOC en question s’inscrit dans la durée. Elle était déjà citée par Arnaud de Villeneuve au XIIIe siècle, puis par Rabelais et Voltaire. Que sont quelques années de mauvaise conjoncture économique au regard de ces 7 ou 8 siècles d’histoire ?
Le débat est entré dans une voie judiciaire. L’urbanisation existante et l’extension de la zone à Horizon Sud prévue dans le PLU de Frontignan de 2011 est annulé en 2013 par les recours en justice de l’APAM, qui obtient le maintien de la coupure d’urbanisation à Horizon Sud, mais perd sur la zone des Hierles. Depuis, l’APAM a attaqué le SCOT de 2014 au Tribunal administratif pour violation de la loi littorale, qui n’autorise pas, selon elle, autant de constructions dans la zone proche des rivages que le SCOT n’en accorde. Ayant perdu en appel fin 2016 à Marseille, l’association se pourvoit en cour de cassation. Frédéric Nodet alerte : « Si on lâche ce vignoble en péri-urbain, c’est le cœur de l’AOC qui sera touché ».
 L’Organisme De Gestion du syndicat du cru (ODG), réuni en conseil d’administration extraordinaire, n’a pas souhaité soutenir financièrement la démarche judiciaire, bien que conscient de l’importance de cette zone déclassée.
L’INAO ne s’oppose pas à tous les projets, acceptant « un accroissement modéré de l’urbanisation ». Mais il a rendu des avis défavorables successifs, au SCOT et à sa révision, « en raison de la consommation foncière prévue en zone AOC », et un avis défavorable « sur la considération en zone ordinaire périurbaine », réaffirmant « l’unicité de ce territoire », qui ne saurait être coupé en plusieurs parties. L’INAO s’était déjà opposé au PLU de Frontignan, sur les Hierles, contre l’idée d’une zone moins disante où la nappe saline remonterait, et au Mas de Chave, pour un aspect paysager (maintenir une coupure d’urbanisme entre Frontignan et La Peyrade qui soit agréable aux habitants).
Le SMBT souligne le rôle déterminant des élus, le SCOT ne fixant que des grandes lignes dans rapport de présentation: la pérennité du muscat dépendra de la volonté des communes (Frontignan, VLG et Mireval) « de sécuriser le foncier agricole pur permettre un maintien des terroirs et une traversée de crise en résistant à la pression foncière ». Avant toute urbanisation, un diagnostic agricole poussé doit être établi. S’il met en valeur une identité paysagère, patrimoniale, la commune peut décider, dans son PLU, de ne pas urbaniser.


Photo: ©Alain Marquina
 

La procédure judicaire, action forte, met et en lumière les conceptions divergentes en présence, la valeur que chacun, administratif, politique, acteur économique, accorde à la terre agricole dans notre société urbaine. Dans une vision plus globale, Frédéric Nodet cherche « une voie entre les techniciens et les politiques pour que les particuliers aient le droit de s’exprimer ».
 Denise Arnal prône une révision du code de l’urbanisme lui-même qui, dans un article très simple, déclarerait que les bonnes terres agricoles, en particulier les terres en AOC, ne doivent pas être urbanisées. Ainsi, les différends actuels ne seraient plus soumis à différentes pressions ou pouvoirs locaux. Le muscat à Frontignan, patrimoine matériel et porteur d’une culture, ne se réduit pas à l’air du temps. Un vignoble qui ne veut pas mourir, qui ne peut pas mourir, a trouvé ses porte-voix.
Florence Monferran


Photo: ©cornflake

De l’adversité, naît un grand millésime

 

Tout a été dit sur les conditions d’élaboration du millésime 2016 en Languedoc, notamment dans l’Hérault, longtemps épargné par les aléas climatiques, puis violemment frappé par la grêle dans l’est montpelliérain, sèchement atteint dans le biterrois et tout l’ouest, par l’absence de pluies voire un stress hydrique dans les dernières semaines avant les vendanges. Adversité du temps, à laquelle le vigneron ne peut que se rendre, adversité économique également, sur fonds de concurrence venue d’Espagne sur les vins en IGP, et de tension des prix d’achat en caves, la cuvée 2016 s’annonçait sous de mauvais auspices. La baisse des volumes récoltés n’a épargné aucun vignoble, de -10 % à - 20 % en moyenne. Des fins de maturation affolantes où tous les cépages mûrissaient à très grande vitesse ont rendu les vendanges complexes, avec des degrés élevés.
Et pourtant, se profile une grande qualité louée par les professionnels, Comité Interprofessionnel des Vins du Languedoc en tête. Jérôme Villaret, délégué général, le résume en trois mots : « une année singulière ». Les vins du Languedoc, « de plus en plus plébiscités »[1] affirment la régularité de leur niveau qualitatif depuis plusieurs années. Jean-Philippe Granier, directeur technique des AOC Languedoc, le confirme: « Nous avons moins d’écart que dans les années 1980. On reproduit la qualité de millésime en millésime ». 2016 concrétise cette mutation au plan des pratiques : des rendements plus faibles, plus d’application, des vignerons travaillant bien leurs vignes (sols vivants, vendanges manuelles, tri) et en cave.
Les spécificités du millésime tiennent à une concentration extrême, et des équilibres, naturels ou travaillés en cave, surprenants : un degré élevé mais de la fraîcheur, du fruit sur les blancs et rosés, de la finesse. Joël Julien, directeur des Costières de Pomerols l’exprime : « On apprend tout le temps. Chaque année, les conditions sont différentes, nous devons apporter des corrections, réagir à de nouvelles situations ». Compliqué, lorsqu’il s’est agi de gérer en même temps de gros volumes de production en cave, - Luc Flache, directeur des caves de l’Estabel à Cabrières parle d’un millésime de challenge -, passionnant à vinifier aussi, pour Frédéric Nodet, au Château Stony à Frontignan, où « le millésime n’a presque pas été problématique, alors qu’il aurait pu l’être » en muscat.


Sur les vins blancs, dominent gras, rondeur et acidité. Le sauvignon, cépage précoce, a été plus ardu à travailler, Les Costières de Pomerols ont laissé la maturité se développer sur les chardonnay et viognier. Les cépages anciens du Languedoc ont mieux résisté aux conditions climatiques. Jean-Philippe Granier met en avant le carignan blanc, la clairette, le vermentino (rolle). En effet, ce dernier, fabuleux à Pomerols, apporte dans les assemblages (grenache-vermentino) une belle fraicheur et une minéralité. Jean Renaud, directeur de la Cave d’Adissan, évoque une clairette très florale pour le moment en sec avec ses notes habituelles de poivre et de coing, des arômes de pomme sur les moelleux, un côté sucré, miellé qui explose en bouche. Le muscat à petits grains n’est pas en reste, la récente médaille d’or au CGA de Paris, pour le muscat sec du Mas de Jacquet à Vic-la-Gardiole atteste de la vivacité du cépage, mais aussi d’une qualité lissée, égale sur les Vins Doux Naturels, pour Frédéric Bailleux, directeur commercial des Vignerons du Muscat de Lunel qui travaillent, « en dehors du sucré, un côté épicé, poivré, gingembre en fin de bouche » lui aussi récompensé à Paris. Frais jusqu’au bout, sans souci en cave, Frédéric Nodet a tiré du cépage concentration et arômes sur les VDN, légèreté et délicatesse sur les secs, très floraux en ce moment. « Le fruit reviendra avec la chaleur ».Mêmes bénéfices pour le piquepoul. « La concentration change la perception des dégustateurs, surpris et emballés par le volume, le gras, la richesse du Picpoul de Pinet » note Joël Julien.
En vins biologiques, « les vinifications en blanc et rosé révèlent en général des arômes fruités. On retrouve dans les vins une belle acidité. Concentrée dans les baies fin août elle s’est maintenue dans les vins, leur apportant de la fraicheur
 » constate Sudvinbio. Des syrah sans soufre, des grenaches plaisants, avec beaucoup de minéralité ont été primés en janvier en vins rosés à Millésime bio. Jean Renaud, comme Jérôme Vidal, président du syndicat du cru Saint-Georges-d’Orques, se résolvent à faire des vins rosés de plus en plus pâles, demandés par les marchés. La Cave de Saint-Georges continue néanmoins, avec d’autres à produire un rosé à la belle robe soutenue « très fruité, croquant, très parfumé et équilibré».


Vignoble de Faugères

Le rouge sera grand, il sera de garde. La profession, unanime, le clame. « La chaleur a dominé le millésime. Nous avons eu peur d’une reproduction du phénomène connu en 2003, 2009 ou 2013, mais non, le vin n’a pas de caractère brûlant, trop chaud, où l’alcool domine » analyse Jean-Philippe Granier. Du Faugérois, où « les baies, restées petites, ont donné des jus très concentrés, mais un très beau millésime plutôt frais, en petit volume », constate Françoise Ollier au Domaine Ollier-Taillefer, aux Grés de Montpellier, où leur Président, Olivier Durand, évoque un millésime extraordinaire, en passant par le meurtri Pic-Saint-Loup, qui engendre « un millésime avec une grande richesse aromatique, du fruit, un peu plus d’acidité» pour Guy Ratier, éprouvé au Domaine de la Vieille, monte un même son de cloche : concentration, mais aussi finesse et élégance des vins en cave.
Sudvinbio rapporte « de la couleur et des tanins étonnamment souples, malgré le manque d’eau subi par la vigne. On note des fermentations relativement longues sur les moûts concentrés et à forts degrés ». Sur les vins biologiques. De superbes arômes, du fruit, de la rondeur due à des macérations courtes, compte tenu de la maturité des raisins, les conditions sont réunies en bio aussi pour un grand millésime, avec de très beaux cabernet et marselan dégustés.


Vignoble de Saint-Georges d'Orques

Un millésime où les terroirs se révèlent ? Assurément. Marc Fite, directeur des Chevaliers de Saint-Georges d’Orques confirme « des rouges puissants, ronds, gras, comme d’habitude, avec beaucoup de couleur, de tanins, équilibrés » sur ses terroirs historiques proches de Montpellier. « Les AOC, sur leurs terres de coteaux, sont habituées à la sécheresse. Tout est superbe, avec un potentiel de vieillissement énorme, des tanins présents mais fondus, riches, complexes » expose Olivier Durand. Luc Flache décrit pour Cabrières « combien les schistes ont crée une tension qui réveille les vins. Les blancs, ont certes, un peu moins d’acidité, mais notre terroir apporte de la minéralité »,   un bel équilibre cette année. Un terroir historique s’exprime, en blancs comme en rouges, à Frontignan, où Frédéric Nodet  les vinifie « avec le même intérêt et le même soin ».
Quant aux vieilles vignes, elles ont particulièrement bien résisté à la sécheresse, enracinées dans leur sol de prédilection.
Un millésime où les cépages anciens tirent leur épingle du jeu ? Indéniablement. Les cépages tardifs, aidés par les dernières pluies mi-septembre, ressortent particulièrement. « Clairette, mourvèdre, cinsault sont merveilleux » s’enthousiasme Jean-Philippe Granier. Ces vieux cépages, tout comme le Carignan ou le muscat, n’ont pas craint la sécheresse. Le mourvèdre a donné comme rarement. « Le picpoul a su résister »
 énonce Joël Julien, notamment « sur des sols profonds, à proximité de l’étang, avec de l’humidité » au sud de la zone AOP.
Premiers salons, dans le Sud, à Paris ou récemment à Düsseldorf, premières mises en bouteilles dans l’hiver, premières synthèses, le Languedoc viticole regarde avec du recul et les retours de ses clients l’état de son millésime en construction. A l’optimisme d’un JP Granier, « Les prix se maintiennent, ils vont progresser » succède le questionnement d’un Olivier Durand : « les clients ne veulent pas payer 30 % de plus pour la sécheresse et la grêle. C’est compliqué avec 25-30 hl/ha, de tenir économiquement. Nous sommes parmi les AOP françaises qui produisent le moins (moins que Bordeaux et la Bourgogne). 
Mais le Languedoc n’a pas encore la notoriété pour augmenter ses prix.  Nous prenons des lettres de noblesse, il faut le courage et la volonté d’augmenter les prix, avec la qualité que l’on a ».
Dans un mouvement en marche depuis trente ans, s’agit-il de la prochaine étape de la mue du Languedoc ? L’historienne Geneviève Fontaine l’exprimait dans un récent colloque sur la viticulture, « le bon vin doit régaler le consommateur, mais il faut aussi qu’il fasse vivre le vigneron». Ce produit qui rapporte beaucoup est naturellement soumis à des luttes, l’histoire du Languedoc en est parsemée. Les vignerons demandaient ce « prix social » - le mot est de Charles Gide - . Dès le XIIIe siècle, Saint Thomas d’Aquin parlait d’égalité dans l’échange, pour le producteur, l’intermédiaire et le consommateur. Il se référait au « juste prix » posé par le philosophe grec Aristote au IVe siècle avant JC, une notion aujourd’hui sous les feux de l’actualité.
Florence Monferran


[1] Jérôme Villaret cite l’enquête récente Wine trade monitor 2016 réalisée par SOPEXA auprès de 1100 importateurs, détaillants ou grossistes internationaux, le Languedoc arrive en tête des régions viticoles d’Europe dont la demande va le plus augmenter dans les 24 prochains mois.

Le millésime 2016 en quelques mots :

JP Granier : « Un très grand millésime, de garde »
Jean Renaud : « Un millésime généreux »
Joël Julien: "Un millésime riche et concentré. La dégustation ne laisse pas paraître les difficultés de ses conditions d’élaboration"
Frédéric Nodet: » Une vendange et une vinification vraiment intéressantes »
Frédéric Bailleux : « Ce millésime est l’occasion d’entamer une réflexion commune sur les quatre muscats de l’Hérault" Jérôme Vidal et Marc Fite : « des vins qui ont du corps, comme nous les aimons »
Guy Ratier : « Il faut attendre que ce millésime s’élève patiemment. Nous aidons à la taille les vignerons qui ont tout perdu. Les bourgeons à fruits sont impactés par la grêle d’août denrier. La récolte 2017 s’en ressentira »
Sudvinbio : « Un bilan très réjouissant concernant la qualité des vins bio de notre région »
Olivier Durand : « Les terroirs s’expriment vraiment »

Photos: CIVL, AOC Languedoc, Vins de Pays d'Oc

137 entreprises Sud de France à ProWein

La marque Sud de France débarque en force à ProWein, le plus grand salon des vins au monde. Du 19 au 21 mars, à Düsseldorf, Sud de France Développement pour le compte de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée accompagne 137 entreprises viticoles régionales en Allemagne. Un record ! C’est un salon majeur pour la marque Sud de France qui occupe le plus grand stand collectif (857 m2) avec une dégustation permanente libre des vins régionaux.

 

« Nous avons l’ambition de devenir la région à la pointe de la viticulture du XXIe siècle. La culture du vin et du goût est ancrée dans nos territoires depuis des millénaires. Première région productrice de vins en France, la région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée est aussi le premier vignoble mondial en surface dédiée aux vins d’origine. Un tiers de la production régionale est désormais exporté faisant de la région la première région exportatrice de vins français. Notre participation massive à ProWein contribue à ce résultat.»
Carole Delga, présidente de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée

 

Sud de France Développement déploie à Düsseldorf tout son savoir-faire en matière de prospection du marché allemand et de networking, en mettant particulièrement en avant le Wine Hub Sud de France (la plateforme de mise en relation permanente entre les vins Sud de France et les acheteurs nationaux et internationaux), le programme de formation « master level Sud de France » en partenariat avec l’université des vins allemande, la DWS, le Club OEnotourisme Sud de France.

Sud de France Développement organise également, le premier jour du salon, un évènement de mise en relation entre 65 entreprises régionales accompagnées et près de 260 contacts professionnels qualifiés.

L’Allemagne est l’un des plus grands importateurs de vins au monde et le premier client des vins régionaux. Avec 790 480 hl de vins Sud de France importés en Allemagne en 2015 pour 156,712 millions d’€ (l’équivalent de 105,4 millions de bouteilles), les vins régionaux représentent plus d’un vin français sur deux importés en Allemagne, soit 51,7% de part de marché. Sur 10 ans, les chiffres parlent en faveur de la marque Sud de France une forte augmentation en valeur : +33% entre 2006 et 2015, passant de 117,339 M € en 2006 à 156,712 M € en 2015.

Ils vont à ProWein avec Sud de France Développement :

 

« C’est la première fois que nous participons à ProWein. 40 % de nos vins sont exportés au grand export principalement en Chine, aux Etats-Unis et en Australie. Notre participation à ProWein doit nous aider à trouver des clients européens et notamment allemands. Nous avons invité tous nos contacts. Nous nous donnons trois années pour avoir des retours. L’aide de Sud de France Développement qui nous fournit un stand clé en main est précieuse pour aborder ce genre de salon ».
Delphine Maymil, co-gérante du Château Maylandie à Ferrals-les-Corbières dans l’Aude

« Je participe à ProWein depuis près de cinq années. J’y vais pour rencontrer mes clients européens. Nous n’avons pas le choix, il faut que nous y soyons. C’est un salon hallucinant et vous vous en rendez compte rien qu’en traversant les halls qui vous mènent jusqu’au stand Sud de France. Il y a plus de 6 000 exposants. Heureusement la marque Sud de France attire les visiteurs. Dans un salon international, Sud de France nous permet d’être beaucoup plus visible ».
Norbert Gaiola, directeur de la cave de Saint-Chinian dans l’Hérault

 

Les entreprises régionales exposantes à ProWein :
Maison Ventenac, Virgile Joly & Cie, Famille P&J Allard (Château Lastours), Alma Cersius, Domaine Piquemal, Jeannon Mongeard (Mas Cremat), Château de Cazeneuve, Mas de Figuier, Château Tourril, Pacaud Chaptal, Les Grandes Costes, Mas du Novi (Saint-Jean-du-Noviciat), Château de Lascaux / JB Cavalier, Les Domaines Montariol-Degroote, Jacques Frelin / Terroirs Vivants, Le Hameau des Ollieux, Vignobles Dom Brial, Chris Wines - Laidebeure Christophe, Grap'Sud, Georges et Roger Antech, Château Coupe Roses, Château La Dournie, Château Beaubois, Clos des Nines, Château de l'Ou, Château Rives-Blanques, Château Saint-Jacques d'Albas, Château Camplazens, Domaine la Toupie, Château Maylandie, Les Vignerons de la Vicomté, VHC France (Mandourelle), Calmel et Joseph, Domaine Parazols-Bertrou, Mas Amiel (Vignes Olivier Decelle), Delmas (Domaine Delmas), Coste et Fils (Montrose), Château Gilbert & Gaillard / Frenchies Wines, Lage Jean et Fils - Mas des Capitelles, Maison Gardies, Domaines Pierre Chavin, Château de La Liquière, Cave de Cabrières, Château de Cointes, Syndicat AOP Languedoc Grès de Montpellier, Château de l’Engarran, Consorts Guizard, D'Albenas Geoffroy (Château Bas d'Aumelas), Château de Blanville, Durand Olivier (La Triballe), Granier Florent (Clos Sorian), Mas Rouge, Peytavy Philippe (Clos de l’Amandaie), Saint-Martin-de-la-Garrigue, Domaine des Enfants, Wines Sélections - Yves Hamel, Les Hauts de Vignecroze / Clos des Calades, Vins Pierre Clavel - Domaine Clavel, Domaine de la Tour Boisée, Domaine du Maridet, Domaine de Besombes, Gianesini (Château Jouclary), Domaine Fontanel, Millésime Sud (Domaine de l'Argenteille), Domaine de Fabrègues / Les Verrières, Domaine Saint Sylvestre, Château des Estanilles.

L’avenir des vins IGP de la région en jeu

 

C’est avec beaucoup de précautions –les mots pesés et le conditionnel de mise- que Boris Calmette (Coop de France), Jean-Marie Fabre (Fédération des Vignerons Indépendants) et Jacques Gravegeal (Pays d'Oc IGP) se sont  présentés devant la presse au Domaine de Manse, près de Montpellier. Ils ont fait part de leurs propositions, issues d’une réflexion commune depuis onze mois pour assurer l’avenir des IGP régionales. Une concertation avec les acteurs de la production a été étendue au négoce, avec les quatre grands opérateurs, représentant plus de 3 millions d’hl en IGP Oc, et à la grande distribution qui brasse 80% du commerce des vins en IGP. La conférence de presse fait suite à une importante réunion en Préfecture, le 14 mars, rassemblant tous ces acteurs de la filière, ainsi que les corps constitués. (INAO, Dirrecte, Douanes, DRAF, Préfet, Médiateur national). La discussion a été « franche, correcte, attentive » selon les mots de Jacques Gravegeal.
Les trois leaders ont décidé de porter leur message ensemble. « Nous sommes complémentaires. Ce qui nous réunit est plus fort que quelques divergences » explique Jean-Marie Fabre. L’enjeu est de taille, l’inquiétude réelle. Les tensions, suite au ralentissement des volumes de transactions, apparaissent. Boris Calmette souhaite « que la campagne 2016-2017 se termine le mieux possible, en termes de prix et de contractualisations d’achats ». L’offre construite depuis trente ans, la notoriété atteinte et la valorisation des vins de pays, entrent dans une nouvelle ère. Bâties sur une production égale à celle de l’Australie, supérieure à celle du Chili ou de l’Afrique du Sud, les vins IGP de la région sont attaqués par quelques compétiteurs, dans une concurrence devenue internationale. Jean-Marie Fabre part du constat que le segment bas de l'offre est le moins compétitif. « Ou on arrache les vignes, ou on le réorganise, en le consolidant sur la notoriété et la valeur des IGP ». Jacques Gravegeal fait du soutien aux jeunes viticulteurs qui se sont installés une priorité. « Nous n’avons pas le droit de les décevoir, nous n’avons pas le droit de repartir en crise ».
Une thématique en deux volets est  exposée conjointement par les trois présidents : travailler à la clarté et à la lisibilité de l’offre d’entrée de gamme en grande distribution, adapter l’offre régionale aux marchés mondiaux en construisant une nouvelle segmentation en matière d’IGP.
La première vise à pour apaiser les tensions chez les producteurs languedociens. La pression constante des vins espagnols vient concurrencer les IGP régionales sur les marchés d’entrée de gamme en les copiant (emballages, publicité). Sans mention d’origine, le consommateur ne sait pas clairement ce qu’il achète en Bag-In-Box. La clarté doit être faite sur les marques, y compris du négoce et des enseignes, le positionnement en rayon, le packaging utilisé. « Notre produit est reconnu par le consommateur, adapté au marché. Nous ne voulons pas être usurpés dans notre notoriété, notre valeur » résume Boris Calmette. La grande distribution est prête, semble-t-il, à mettre en place un système plus lisible de ses offres. Leclerc proposera dès le printemps un linéaire BIB clair et une identification des origines. En lançant une nouvelle marque, l’enseigne donnera le la, permettant de faire revenir une partie de la production française dans ses rayons, espèrent les trois leaders. « La clarification aura résolu notre sous-performance ces derniers mois sur ces parts de marché» estime Jean-Marie Fabre.
Des études commandées et des tests évaluent que le consommateur français est prêt à payer quelques centimes de plus pour acheter français, car il a confiance en un label réputé et en la traçabilité de nos vins..
Comment regagner des parts de marché avec un sourcing français plutôt qu’espagnol ? Les trois leaders proposent un système de contractualisation plutôt sur trois ans pour donner de la pérennité à un circuit commercial, à tous les stades de la chaîne (production - négoce - grande distribution), nécessaire pour travailler sur des bases saines. Jacques Gravegeal décrit cet « encordement de la contractualisation » : les vignerons ont besoin de la pérennité des engagements du négoce, le négoce de ceux de la grande distribution, ainsi que d’approvisionnements réguliers en vins. Avec des garanties triennales sur les contrats d’achat, on peut donner de la cohérence, consolider l’image des vins de pays et de mettre en place l’entrée de gamme, selon Jean-Marie Fabre.
La réflexion, partie de points de tension, débouche ainsi sur une proposition plus large et ambitieuse pour la viticulture régionale : la construction d’une nouvelle segmentation du marché. Les trois leaders envisagent une pyramide, qui n’est pas encore validée, qui partirait des « Terres du Midi » (IGP d’assemblage ou de cépage, avec possibilité de mentionner le cépage ou le département), avec les trois IGP actuelles (Aude, Hérault, Gard) et les Pyrénées-Orientales si elles le veulent, et avec des conditions de production plus larges qu’en VDP d’Oc. Les IGP de territoire ne seraient pas concernées, car elles évoluent sur des marchés de niche. Viendraient ensuite les Vins de Pays d’Oc à deux niveaux : premium et icon.
Pour bâtir cette pyramide, au calendrier très rapide, dès la campagne 2017, les trois leaders proposent une gouvernance unique, en un même lieu, au Domaine de Manse,  où seraient réunis, avec l’organisme de gestion (ODG), et l’interprofession, un Conseil d’administration composé de 18 administrateurs des VDP d’Oc, 4 de la coopération et 4 vignerons indépendants.
A la recherche d’une nouvelle compétitivité, contrant les attaques de la concurrence espagnole en entrée de gamme, c’est à une proposition de réorganisation globale que les trois leaders aboutissent, qui remodèle et l’offre et les méthodes de travail : une nouvelle segmentation sur l’ensemble de l’offre en Vins de Pays, une implication de l’ensemble des acteurs de la filière (pôle production, négoce et grande distribution) ainsi qu’une gouvernance commune et complémentaire gérant la production et la communication.  Pistes de travail ouvertes à tous, volonté d’influer sur un cours économique qui remet en cause trente d’efforts et de mue du Languedoc-Roussillon, le projet est ambitieux, renversant et prudent à la fois.  « Il faut mettre de l’intelligence au service de l’économie. Nous portons la responsabilité de l’avenir de la région. Notre réflexion doit être validée par tous » conclut Jacques Gravegeal.

Florence Monferran

Les Héritières de Bacchus 2017 primées







 

Cette troisième édition du salon des vigneronnes à Claret a encore tenu toutes ces promesses malgré une météo capricieuse. Le public de connaisseurs était au rendez-vous, amateurs avertis ou professionnels (cavistes, restaurateurs….). Le Bistro du Pic a régalé les visiteurs par ses tapas et desserts.
Toutes les exposantes tiennent encore à dire le professionnalisme de Laurent Lafont et de son équipe, pour l’organisation de cette manifestation atypique. Puisque, aux dires de l’ensemble des connaisseurs amateurs et surtout professionnels, aucun endroit dans le sud de la France ne propose un salon 100% féminin avec autant de qualité, puisque c’était 20 appellations représentées pour 35 vigneronnes. Tout le monde souhaitant fortement la 4ème Edition.
Les exposantes cette année, se soumettaient au jugement d’un jury d’experts à la première « Sélection des Héritières » présidée par M. Philippe Faure-Brac, Meilleur sommelier du monde 1992 et Président de la Sommellerie Française et Laurent Lafont, Président des Héritières de Bacchus. Monsieur Philippe Faure-Brac lui-même a reconnu la qualité des produits présentés à cette sélection.
Suite aux dégustations, le jury final a attribué ces distinctions aux vigneronnes suivantes :

Rosés

  • Or : Château le Bouis Confidences 2016 IGP Pays d'Oc
  • Argent : Domaine Vaquer L'Éphémère 2016 AOP Côtes du Roussillon
  • Bronze : Vignoble Château de la Salade Saint-Henri Rosa Rosae 2016 AOP Languedoc Pic Saint Loup

Blancs

  • Or : Domaine Décalage Entre deux soleil 2014 AOP Languedoc Méjanelle
  • Argent : Domaine Feuillat-Juillot Les Coères 2015 AOP Montagny 1er cru
  • Bronze : Château le Bouis Route Bleue 2015 AOP Corbières

Rouges

  • Or : Domaine Vaquer L'Exception 2013 AOP Côtes du Roussillon Les Aspres
  • Argent : Domaine des Favards Les Bons Moments 2015 AOP Côtes du Rhône
  • Bronze : Château Le Bouis R 2013 AOP Corbières Coup de Coeur du Président : Mas Coris Thetys 2012 AOP Languedoc Cabrières

Autres vins

  • Or : Clos de Miège Prima Ora 2013 Vin de France
  • Coup de coeur du Président : Véro Mas Coris Thetys 2012 AOP Languedoc Cabrières

Femmes du vin, les grandes absentes de l'histoire

La journée internationale des droits de la femme a résonné d’un écho viticole le 8 mars à Montpellier. Sortant de l’ombre ces femmes qui ont aussi fait le vin, trois conférences ont croisé, à Pierres Vives, des regards économiques, ethnographiques, historiques dans la longue durée sur le travail de la vigne et du vin au féminin, avant d’offrir à la dégustation les productions de deux vigneronnes.




Geneviève Gavinaud-Fontaine
Jean-Louis Escudier

L’histoire du vin est faite, et surtout écrite par des hommes, Geneviève Gavinaud-Fontaine, professeur émérite à l’université Paul-Valéry de Montpellier, le rappelle : « Le vin, c’est une affaire d’hommes ». La transmission du savoir, ferment de la richesse intellectuelle du Languedoc, des agronomes antiques aux précurseurs modernes, en passant par les moines, des premiers œnologues aux universitaires, se tisse au masculin. Représentants professionnels, députés du vin, ardents guerriers des luttes viticoles, les forces et mouvements constitutifs du métier à partir du XIXe siècle jusque tard dans le XXe ne concernent que les hommes.

La féminisation du monde agricole, en particulier viticole, s’opère tardivement, depuis une vingtaine d’années. Marie-Ange Lasmènes, ethnographe, le souligne dans son intervention. 32 % des actifs agricoles permanents sont aujourd’hui des femmes. Elles dirigent 13,5 % des exploitations viticoles en 1988, 27 % en 2010. Notre Midi réputé machiste est plus ouvert aux femmes que le Nord de la France. Sans statut jusque dans les années 1960, les femmes sont de simples « aides familiales » , avant que le tournant du mouvement féministe et les mutations économiques n’aboutissent à une reconnaissance de leur travail dans l’agriculture, par un statut d’exploitante et l’accès au savoir. Aujourd’hui, 52 % des effectifs dans l’enseignement agricole sont des filles. Elles n’étaient que 39 % il y a vingt ans. Une plus grande visibilité des femmes tient, il faut relativiser, à une transmission tardive de l’exploitation, par le départ à la retraite ou le décès du conjoint. Dans les métiers périphériques, la féminisation avance à plus grands pas. Près de 50 % d’inscrits au diplôme national d’œnologie sont des femmes en 2014. Une forme de nouvelle solidarité féminine s’exprime à travers les cercles de femmes vigneronnes dans toute la France, toujours depuis une vingtaine d’années. En Languedoc, les Vinifilles expriment cette forme de sociabilité et d’entraide entre femmes du vin.

Jean-Louis Escudier, qui a consacré ses recherches au CNRS au rapport salarial depuis le XIXe siècle, part d’une problématique du partage des tâches, des salaires et des qualifications dans la viticulture. A la différence de l’industrie, qui emploie hommes et femmes indifféremment à un poste, le secteur viticole porte une différenciation forte des tâches, corrélée à une différenciation de revenu. Jusque dans les années 1940, la norme de rémunération d’une femme équivaut à la moitié de celle d’un homme, différence accrue par la possibilité pour lui de gains supplémentaires. Egratignant quelques stéréotypes, comme une division du travail entre hommes et femmes qui attribuerait à ces dernières les tâches les moins pénibles, il donne corps à de profondes inégalités jusque dans les comportements. Absentes des débats, des revendications dans les grèves, ce sont elles qui sont mises en première ligne des piquets, exposées à la violence de la répression et aux poursuites judiciaires.
Il n’est qu’à observer les photographies d’époque - l’homme, souvent relevé, la femme, toujours courbée - pour pointer ces inégalités dans les gestes de chacun à la vigne.  Aux hommes les tâches les plus physiques, mais aux femmes les tâches les plus pénibles, sarmentage, relevage des pampres, échaudage. Jean-Louis Escudier a été frappé par la pérennité de certains gestes, comme l’attache des sarments, et par une permanence de la différenciation du travail par le genre, excepté la taille, dans les vendanges manuelles où les femmes coupent et les hommes portent, ou même dans la forme la plus évoluée de la mécanisation, avec la machine à vendanger sur laquelle la femme ne monte pas. Il parle en revanche de rupture dans le travail en cave, d’où la femme était non exclue, mais tenue à l’écart, où elle arrive en nombre, mais dans les emplois les moins qualifiés.


Illustré par une riche iconographie, le propos nous ouvre les portes d’un monde viticole féminin, acteur économique sans voix. Les femmes ne sont longtemps jamais interviewées dans les journaux, elles ne portent pas de revendication dans les grèves viticoles. Les voici, prises en photo sans que l’on sache qui elles sont, quelle est leur implication dans l’événement. Au XXe siècle, souvent présentes dans les grands mouvements sociaux, elles se contentent d’accompagner la revendication de leurs maris, voire sont utilisées comme rempart contre une possible violence dans les réunions publiques.
« Le Languedoc sera toujours une terre de vin » conclut Geneviève Gavinaud-Fontaine. Une terre qui se travaille désormais, à l’image de mutations globales de l’économie et de la société, au féminin pluriel.

Pour illustrer la féminisation du monde viticole, deux vigneronnes présentent leurs vins et leur métier. « C’est dur et compliqué physiquement » raconte sans détour Nathalie Delbez, à la tête de 22 ha en bio près de Saint-Aunès, sur le domaine Décalage. « Ce métier, c’est une passion, et c’est tout le temps. Il n’y a pas de répit ». Lise Fons-Vincent mène le Château de Fourques, domaine familiale de 50 Ha, Clin d’oeil à la célébration de la journée des droits de la femme, elle a apporté deux cuvées. Jeanne, un rosé, porte le nom de sa fille, qui prendra le relais, 5e génération de femmes exploitantes. Son blanc, La vigne de Madame, est présent sur les tables étoilées. Toutes les propriétés, explique-t-elle, possèdent une « vigne de Madame », parcelle attribuée à la bru à son arrivée sur l’exploitation.
Les femmes, muettes, oubliées des sources, sans statut, absentes de l’histoire du vin ? Seulement de l’histoire écrite, ce n’est pas le moindre des mérites de ce colloque de les avoir fait surgir dans la lumière.

Florence Monferran

Le Languedoc viticole, ce « nouveau monde du vieux monde »

En ce début d’année, qui voit les événements professionnels se multiplier jusqu’à l’ouverture du Salon International de l’Agriculture, le terme de terroir s’affiche partout.L’américaine Christie Canterbury, Master of Wine, en dessine les contours, pose son regard sur les vins qu’il engendre et sur les vignerons qui l’expriment depuis trente ans. Dans une plongée au cœur des AOP Languedoc à l’occasion d’une master class à Montpellier, elle analyse des raisons de leur renommée à l’international. Son point de vue distancié projette notre région, loin des tensions et de la morosité économique ambiante, comme  « un nouveau monde du vieux monde ».
Sorti des arrachages massifs du vignoble en vins de table, le Languedoc ne possédait pas d’AOP au début des années 1980. Les premières vignes issues de la replantation ont maintenant 30 ans. Elles ont vieilli, les vins se sont bonifiés, dans un rapport qualité / prix « excellent » qui a mené les vins du Midi sur la voie du succès. Cette réussite tient avant tout, selon Christie Canterbury, à des vignerons, des personnalités, des vins authentiques, qui reflètent leur terroir et leur histoire.
Un maître-mot ressort : la diversité.  Le Languedoc offre une palette complète de vins, rouges, blancs, rosés, doux, effervescents. Sous des influences-clés, soleil, vents, et même grands vents, qui rafraîchissent la température, assèchent l’humidité, le vignoble s’étire sur de vastes étendues. Des façades maritimes aux arrières-pays d’altitude (relative), des plateaux arides au verdoyant Minervois, le Languedoc compose une mosaïque de paysages et de sols, graviers des terrasses du Larzac, schistes du Faugérois, grés, jusqu’au sable, en AOP La Clape, sur un des climats les plus chauds et secs de France. Les cépages se révèlent eux aussi d’une grande diversité, qu’ils soient descendus en cascade de la Vallée du Rhône, importés ou autochtones, à l’image des carignan et cinsault. Une combinaison gagnante grenache-syrah-mourvèdre domine, apporte du fruité et de la puissance avec d’infinies variations, « passionnantes à observer ». Le degré élevé, la minéralité du grenache se combinent aux fruits rouges, aux baies sauvages de la syrah. Le même éclectisme règne dans les modes de vinification et d’élevage. En cuves béton, conservées du passé, en cuves acier, qui les ont remplacées, en macérations courtes ou longues, carboniques, les combinaisons se multiplient,  reviennent vers les grandes barriques en bois traditionnelles du Languedoc ou testent des cuves tronconiques en vogue.
Le succès vient aussi de rendements maîtrisés. La région parachève la construction de sa pyramide, qui hiérarchise ses vins AOP en affinant et durcissant les règles de production, de l’AOP Languedoc aux dénominations puis aux crus, abaissant à chaque étape les rendements, mettant en avant les particularités locales du terroir, pour obtenir des vins plus concentrés, spécifiques à une aire restreinte.  La région recèle ainsi « de petits bijoux, de petites AOP ».
Les vignerons jouent avec leur sol, leur climat, leurs vignes qui bravent le réchauffement climatique. « Les vignes sont plus intelligentes que les hommes. Elle se mettent en veille quand il fait très chaud, baissent leur alcool pour préserver eau et énergie ». Et de citer les Terrasses du Larzac, où il fait 25° la nuit. « Pour un étranger, c’est chaud ! Mais c’est frais pour la région, et les vignes pensent que c’est frais ». Les vents maritimes viennent buter sur les premiers reliefs, à 100 m d’altitude, échappant une brise rafraîchissante. Ailleurs, une combinaison de vents et de sols se dresse contre le climat chaud à Faugères. A La Clape, sur un sol où rien d’autre ne pousse, le calcaire donne une acidité renforcée, dans une fraîcheur maritime bénéfique.

 

S’appuyant sur un choix judicieux de vins pour la dégustation, Christie Canterbury révèle par l’exemple ces atouts, ces richesses, la diversité de ces terroirs qui conquièrent le monde, qui se sont ouverts au monde : le Languedoc, terre d’accueil par essence, ouvre ses vastes espaces aux vignerons venus d’ailleurs, ou de d’autres horizons.
Deux blancs très différents ouvrent les palais sur une fraîcheur, malgré la chaleur des terres, de l’acidité et de la rondeur avec un Château Puech-Haut 2014  - qui imaginerait un vin du Languedoc à l’aveugle ? - et sur un Limoux Toques et Clochers 100% chardonnay, pierreux, presque  minéral, d’une grande fraicheur lui aussi.
Mais, selon Christie Canterbury, « le Languedoc est la terre de prédilection pour les rouges », à l’exemple d’une de ses appellations les plus connues à l’étranger, l’AOP Corbières (95 % de ses vins sont rouges), ou de toutes jeunes AOP, uniquement dans cette couleur (Pézenas, Terrasses du Larzac, Pic Saint Loup). Le Château d’Aussières 2013 illustre le déplacement de style du nouveau monde languedocien, plus sur le fruit, plus éclatant, dans lequel la pureté des cépages utilisés se fond en un harmonieux mariage. La Chapelle de Bébian, en AOP Pézenas, combine la minéralité du grenache, et les fruits rouges, baies sauvages mûres de la syrah. Autre combinaison, syrah-mourvèdre,  au Château de la Roque en Pic Saint Loup. Ce vin très intéressant fait découvrir un cépage «  paresseux, qui fait la sieste au soleil, aime les lentes maturations, a besoin, dit-on, de voir la mer pour mûrir ». Le mourvèdre, noir, velouté, s’exprime ici avec force, même s’il n’est pas en bordure maritime. La combinaison GSM se fait l’expression d’une personnalité, à l’instar de La Peira, dans la jeune AOP Terrasses du Larzac où la vigneronne, alsacienne installée depuis deux ans, cherchant « l’expression pure d’un cépage sur une variété de sols », délivre des notes de cuir et de fruits rouges.
Christie Canterbury estime que «plus que des AOP, ce sont des personnalités, des vignerons, des artistes ! » qui font le Languedoc. Dans une ode à la liberté chère à la région « ils communiquent beaucoup, enfreignent les règles de production », proposent des combinaisons classiques pour mieux en faire ce qu’ils veulent. Ils osent même transformer leur lourd héritage de vins de masse en atout.  Symbole de cette époque révolue, le carignan, aux tanins rustiques et âpres, produit aujourd’hui des merveilles chez ceux qui l’ont conservé ou replanté. Le Château Ollieux-Romanis en fait la démonstration, avec un vin de fort caractère, mais frais et velouté en finale.
La Master of Wine conclut avec enthousiasme: « Les vignerons font des vins très excitants, au-delà des règles des AOP », en optant aussi pour l’élaboration de vins en IGP ou sans IG. Ils bifurquent en vins biologiques et vins nature, qui eux aussi bénéficient du climat sec et des grands vents asséchant l’humidité néfaste.

La plongée de Christie Canterbury dans nos terroirs viticoles, dégustation à l’appui, a trouvé des prolongements, comme un écho vivant à ses propos, dans les salons viticoles, en in comme en off. Arrêt sur image à Roots 66, en marge de Millésime Bio, où une nouvelle génération de vignerons libres, passionnés, inventifs, et bio, exhale et exalte son terroir. Sylvain Lejeune, à Tautavel (P.O.) fait vivre grenache et maccabeu « sur des terroirs complexes d’argiles basiquse, de marnes schisteuses, de limon près des rivières, de granit de hauteur, de schistes à Maury, quelques grés », le tout sur une vingtaine de kilomètres ! Montant sur les Côtes de l’Agly, vous y croiserez Raymond Manchon, vigneron et coopérateur de vins sans soufre. Sur une vigne de cent ans, il produit le plus beau carignan qu’il m’ait été donné de boire. Que dire de la marsanne d’altitude (400 m) d’un Romain Pion, produite en biodynamie « sur une petite veine schisteuse » qu’il ramasse en deux tris. « Le cépage est complexe, tonique quand il n’est pas trop mûr, avec des arômes incroyables de rhubarbe quand il arrive à bonne maturité». Prolongeant jusque dans le Gard, à Langlade, un autre bonheur attend au Clos des Calades, où Laurence Escavi fait revivre, en Vaunage, un vignoble en vins rouges qui fut l’égal des Bourgogne. Sur ses 5 ha en bio et vins natures, elle projette de replanter des cépages languedociens anciens, ribairenc, œillade, et chenin (oui, il y était déjà présent). Deux magnifiques cuvées  sont issues de son travail, et une prochaine  s’annonce, Atom’Hic.
Des groupes, Renaissance Carignan ou Grenache Association portée par Marlène Angelloz, font vivre ces cépages languedociens.  Les démarches vigneronnes vont aujourd’hui bien au-delà du respect du terroir et de l’environnement, avec le premier vin végan, au Château Beaubois, présenté par Fanny Boyer  à Millésime Bio.

 
 

Rançon du succès présent, les vins du Languedoc n’ont pas le temps de vieillir, déplore Christie Canterbury. Les vieux millésimes ne sont plus disponibles à la vente.  Les jeunes AOP qui grimpent en haut de la hiérarchie offrent comme autant de promesses pour le futur, le temps pour elles de se construire autour d’un style homogène. Le Languedoc-Roussillon ouvert aux promesses d’avenir, à l’international, à toutes les aventures, déploie ses vignobles, « en toute liberté » note, avec un regard plein d’optimisme une américaine passionnée. Qui n’hésite pas à épingler des fiches techniques où figurent « des notes de garrigue ». « Que voulez-vous qu’un étranger qui lit ça comprenne ? » Que saisira-t-il sans être venu ici, humer l‘odeur de pierre chaude, de soleil, de plantes naturelles, tout ce que le vin contient de nos terroirs ?

Florence Monferran

 

Master class de Christie Canterbury, Vinisud 30/01/2017, 
présentée par sa consœur MW Elisabeth Gabay

Saint-Drézery, Château Puech Haut, Tête de bélier 2014
Limoux, Toques et clochers 2014
Pézenas, La Chapelle de Bébian 2012
Pic Saint Loup,  Château La Roque,  Cuvée vieilles vignes 2013
Corbières, Château d’Aussières 2013
Saint-Chinian, Clos Bagatelle 2013 Je me souviens
Terrasses du Larzac, Domaine La Peira, La Peira 2014
Corbières, Château Ollieux-Romanis, Or 2014
La Clape, Château La Négly, L’ancely 2014
Minervois, Domaine de Courbissac ,Roc Suzadou 2014
Faugères, Domaine de Fenouillet, Le père la minute 2014

Roots 66, salon de l’association de promotion des vins de Fenouillèdes,
représentée par Morgane Le Bars, Marseille 31/01/2017


Vins biologiques, en biodynamie ou vins natures, labellisés ou pas
Sylvain Lejeune, Domaine de Sabbat, La Tour de France
Raymond Manchon, Bota Nostra 2015, Estagel
Romain Pion, Domaine Romain Pion, à Félines-Minervois, Mademoiselle, Marsanne
Laurene Escavi, Clos des Calades à Langlade, Les Strates et Paciènca

 

Retour de Millésime Bio à Montpellier en 2018

Millésime Bio revient à Montpellier dès 2018. Un communiqué commun de Montpellier Events, gestionnaire du Parc des Expositions, et de Sudvibio, organisateur du salon, a officialisé la nouvelle : un accord a été signé entre les deux parties. Il permet à la métropole régionale d’accueillir à nouveau les deux événements viticoles majeurs pour les vins de la Méditerranée et le monde des vins biologiques que sont Vinisud et Millésime Bio. Le bon sens a parlé, et la raison, économique, les deux salons amenant des retombées sur la filière viticole régionale, sur la ville et le territoire. Rendez-vous est donné en janvier 2018, en espérant que Vinisud se tiendra dans la foulée, donnant plus d’ampleur et de rayonnement aux pratiques viticoles dans leur diversité.
Florence Monferran

Communiqué de presse de SUDVINBIO et MONTPELLIER EVENTS – le 21 février 2017
MILLESIME BIO 2018 se tiendra du lundi 29 au mercredi 31 janvier 2018 au Parc des Expositions de Montpellier

Le salon Millésime Bio 2017 se clôture sur un franc succès avec un visitorat de 4 850 personnes et du Parc Chanot de Marseille pour son soutien sans faille dans la construction de ce succès. Sudvinbio rappelle que cette implantation à Marseille a été motivée par la volonté de préserver l’existence d’un salon professionnel géré par des vignerons bio pour des vignerons bio. La réussite du salon à Marseille a une nouvelle fois prouvé la nécessité d’organiser un salon spécifique des vins biologiques dans l’univers des salons professionnels. Le salon Millésime Bio est un outil au service de la promotion des vins biologiques et des 300 producteurs adhérents de Sudvinbio, tous vignerons en Occitanie.
La volonté du salon Vinisud de prendre les mêmes dates que Millésime Bio a conduit Sudvinbio à prendre la décision de quitter le parc des expositions de Montpellier pour son édition 2017, et de libérer les halls réservés par Sudvinbio auprès de Montpellier Events pour permettre à Vinisud de se réaliser.
Philippe Saurel, Président de Montpellier Events, a souhaité que soit trouvé une solution afin de pouvoir accueillir à nouveau dès 2018, les deux événements majeurs que représentent Millésime Bio et Vinisud pour le parc des expositions de Montpellier, pour son territoire et pour la filière dans notre région.
Pour ce faire, un accord a été signé entre Montpellier Events et Sudvinbio. Celui-ci garantit à Sudvinbio l’exclusivité des dates pour Millésime Bio, sans salon des vins concurrent de nature professionnelle ou grand public sur la période du salon (3 jours) et sur les périodes de montage (5 jours) et démontage (2 jours), en contrepartie Sudvinbio s’engage à maintenir Millésime Bio sur le parc des expositions de Montpellier pour un minimum de 5 ans soit de 2018 à 2022.
Cet accord permet de garantir l’autonomie de gestion de l’événement et de préserver son identité et son organisation si spécifiques.
Millésime Bio est depuis 25 ans l’un des acteurs et des moteurs de la croissance de la filière viticole biologique. Sudvinbio tient à poursuivre son action et garde à cœur l’accompagnement du développement économique et les intérêts des producteurs qui nous font confiance, en Occitanie en France et à l’étranger.

Le Salon Millésime Bio en bref
Créé et organisé depuis 1993 par Sudvinbio (Association interprofessionnelle des vins bio d’Occitanie)
Edition 2017 : 902 exposants dont 22% d’étrangers (16 nationalités, France, Espagne et Italie constituant le trio de tête)
4850 visiteurs uniques
1er salon d’affaires de l’année
Seul salon international dédié au vin bio
Une efficacité unanimement reconnue

Ils font chanter le vin


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Verres de vin

 

 

 

Sébastien Durand et Franck Rudelle deux hommes à la base d’un projet innovant ont participé dernièrement à Vinisud 2017, le salon International des Vins et Spiritueux Méditerranéens à Montpellier. Pourtant ils n’ont pas de caves, ne sont pas vignerons mais ils mettent à la disposition de ces derniers un outil permettant d’innover, de diversifier leur production et de se différencier. Ainsi une cave pourra monter en gamme, valoriser son image et marquer sa notoriété grâce à leur technique, si elle le souhaite.

Il y a quatre ans, Sébastien et Franck, ont eu l’idée de tenter une expérience au fond de leur garage avec quelques hectolitres de vin, dans deux cuves, une équipée de musique, l’autre non. S’apercevant qu’après fermentation, le vin obtenu était bonifié par la musique, ils ont tenté l’expérience à plus grande échelle à la Cave des Terroirs de la Voie Domitienne à Cournonsec, puis au Domaine de l’Octroi en Agde.

Parallèlement, ils ont fondé leur société, « Swing it », pour lancer cette vinification musicale, avec un protocole effectif durant la fermentation (3 semaines) afin d’agir sur les organismes vivants, les levures, qui contribuent à révéler les arômes et qui apportent une plus grande typicité ainsi qu’une structure gustative plus complexe et plus riche. "Dans de nombreuses régions, la Musique est connue pour ses effets bénéfiques sur le monde animal et végétal. Il nous fallait l’essayer sur les fameuses levures. Et le constat fut à la hauteur des espérances car les qualités organoleptiques du vin obtenu étaient supérieures à celles des autres vins" précisent-ils.

Un procédé scientifique

Comme chacun sait, la musique comme tous les sons est constituée d'énergie acoustique due aux vibrations du milieu parcouru. La fréquence des sons audibles par l'oreille humaine va de 16 hertz (son très grave) à 16 000 hertz (son très aigu) en dehors de cette plage, on trouve les infra-sons et les ultra-sons qui eux aussi peuvent être émis par les instruments de musiques mais ne sont pas perçus par l'homme. Le son se propage particulièrement bien en milieu aqueux et donc dans le vin. L'atténuation due à l'absorption et à la diffusion est beaucoup plus faible pour les ondes acoustiques que pour les ondes électromagnétiques. Chaque musique est donc associée à un ensemble de fréquences de vibration dont les effets sur le milieu traversé sont spécifiques.
Une mystérieuse alchimie des ondes se superpose ainsi à l'alchimie de la vinification, l'art de la musique bonifiant l'art du vigneron. Une mystérieuse alchimie des ondes se superpose ainsi à l'alchimie de la vinification, l'art de la musique bonifiant l'art du vigneron. A musique différente, ondes et effet différents. Si la musique classique a été concluante à Cournonsec (Quatre saisons de Vivaldi), en Agde ce fut du Jazz.

Un procédé breveté

Beaucoup de personnes ont encore du mal à admettre l'impact de la musique sur la qualité du vin. Pourtant des tests de dégustation menés en aveugle et des analyses organoleptiques le prouvent.
Travaillant avec des chercheurs et des spécialistes dans les domaines musical et scientifique, Swing-it a pu déposé un brevet sur la base d'un solide dossier, étayé par des expériences concluantes. La jeune société pionnière désire maintenant aller plus loin, elle optimise son procédé avec des moyens techniques très élaborés et des capteurs connectés pour mesurer les paramètres à contrôler.

Un procédé innovant à fort potentiel

Certains voient déjà dans le procédé Swing-it une innovation aussi porteuse de développement en terme de qualité et de marketing que ne le fut il y a quelques années celle du conchyliculteur Tarbouriech avec le procédé d'exondation des huîtres.

« Nous recherchons donc des partenaires pour continuer" précisent les dirigeants de la start-up ajoutant que "si certains sont prêts à tenter l’aventure avec nous, dans la Région que nous aimons, nous sommes prêts, car cette technique a de l’avenir. "

L'aventure commence mais le parcours sera difficile. De même que Tarbouriech à ses débuts a eu du mal à être crédible auprès des conchyliculteurs, Swing-it rencontre encore beaucoup de scepticisme chez les viticulteurs.

Pourtant, comme pour Tarbouriech, il y a gros à parier qu'une fois encore, et presque par définition, les modernes l'emporteront sur les anciens. Sébastien et Franck, ces précurseurs qui font chanter le vin, finiront par être reconnus.

Pour en savoir plus :
Facebook : Swing it - Le vin qui chante
Tel : 06.84.11.77.45

Le botaniste Pierre Magnol, cet illustre méconnu

Les voies du vin sont impénétrables. Cherchant des renseignements sur les cépages anciens, il arrive de découvrir une œuvre, un homme.

Une célébration est passée inaperçue en 2015, celle du tricentenaire de la mort d’un de nos plus grands botanistes. Pierre Magnol (1638-1715) a ouvert la voie à une école renommée d’études botaniques, à Montpellier, qui trouve ses prolongements depuis le XIXe siècle dans les recherches sur la vigne et le vin. De Charles Flahaut à Francis Hallé, du premier Jardin des Plantes créé en France en 1593 à Montpellier Sup’ Agro, en passant par Jules-Emile Planchon identifiant le phylloxéra, des hommes et des structures universitaires entrent dans la continuité de cet homme, en son temps le plus célèbre botaniste de France.
Il ne subsiste pourtant de lui qu’une plante, ramenée d’Amérique par Charles Plumier, baptisée en son honneur magnolia , un buste dans le Jardin des plantes et un nom de rue, discrète, dans Montpellier. Ironie du sort pour ce protestant mis à l’écart des postes prestigieux, la voie s’étire à quelques pas de la Cathédrale Saint-Pierre.
Issu d’une lignée d’apothicaires, Pierre Magnol poursuit ses études au sein de la prestigieuse université de Montpellier. Il obtient brillamment son Doctorat en médecine en 1659, puis le brevet, honorifique, de médecin royal en 1663. Mais c’est pour la botanique qu’il se passionne. « Il se livra entièrement à l’étude de la science aimable, parcourant pendant près d’un quart de siècle la campagne languedocienne et cévenole» écrit le Dr Dulieu à son sujet[1]. Sa réputation grandit en France, passe les frontières. Les principales sociétés savantes d’Europe s’attachent ses services. Les étudiants, dont Joseph Pitton de Tournefort, ou plus tard Antoine et Bernard de Jussieu, se pressent nombreux à ses herborisations. Après avoir abjuré la foi protestante en 1685, il se voit confier le titre de professeur royal, puis de directeur du Jardin des plantes de Montpellier, avant d’en être nommé inspecteur à vie. En 1706, il fait partie des fondateurs de l’Académie Royale des Sciences de Montpellier, puis entre à celle de Paris en 1709.
Pierre Magnol recense les plantes du Languedoc, en dénombre plus de deux mille, cherche à les ordonner. Jusqu’alors, elles étaient le plus souvent rangées en fonction de vertus médicinales. Mais un flot de variétés nouvelles afflue en Europe au XVIIe siècle. Ses travaux, notamment son court (79 pages) mais décisif Prodromus historiæ generalis plantarum (1689), débouchent sur une nouvelle classification, en « familles », en espèces, puis en affinités d’espèces comme pour les animaux, selon des caractères communs d’ensemble.[2]
Sa remarquable finesse d’analyse inspire son élève, Bernard de Jussieu, sur le chemin des classifications botaniques modernes. En décédant en 1715, il quitte la lumière et une gloire qui s’est toujours refusée à lui.

Florence Monferran


 

[1] Dr Louis Dulieu, Revue d'Histoire des sciences et de leurs applications, Année 1959
[2] « J'ai reconnu que les animaux se divisaient en familles, distinguées par des caractères spéciaux… J'ai retrouvé tous ces degrés d'affinités dans les plantes. (…) Il y a entre certaines plantes une ressemblance et une affinité qui n'apparaît pas dans les parties séparées, mais qui résulte de l'ensemble »

 

Pierre Magnol et les cépages du Languedoc

 

C’est pour son jeune auditoire d’étudiants qu’il décide de publier, en 1676, un catalogue alphabétique des plantes de la région, Botanicum monspeliense, sive plantarum circa Monspelium nascentium index. Le succès est tel qu’une nouvelle édition, augmentée, paraît en 1686. Il y décrit avec précision les plantes, leur habitat et leurs vertus. Ainsi pour le produit de la vigne, à laquelle il consacre un article : « Je dirai seulement que, dans toute la famille des remèdes pour le cœur et l’estomac, aucun n'est plus excellent que le vin. »
A la suite d’Olivier de Serres, dans son Théâtre d’agriculture (1600), Pierre Magnol énumère et hiérarchise les cépages locaux. Il commence par les raisins blancs, puis noirs. Les voila, les cépages anciens du Languedoc! Au premier rang, exporté dans l’Europe toute entière, principalement de Frontignan, le muscat, l'apiana des Anciens (raisin aimé des abeilles). Suivent le piqardan, ou augebin ou peut-être l’Alzibil arabe (il confond raisins secs et vins vinifiés en sec) puis l’ugne, le servan et l’agrumel blanc à usage médicinal (fièvres), et la clarette, « dont il est fait le meilleur vin ». Parmi les cépages noirs, l'espiran est recommandé, tant à la table qu’en vin, le marrouquin, l’agrumel negre. Les vins rouges sont élaborés à partir des tarret, piquepoule, efoiran, ouliade « et un très grand nombre d'autres». Puis il nomme un raisin rouge « qu'on appelle barberoux et duquel, dit-on, on élabore le meilleur vin ».
Ces cépages connaissent des fortunes diverses au cours des siècles. Le piquepoul vit aujourd'hui une nouvelle jeunesse, quand d’autres déclinent. L’aspiran, devenu ribairenc, ou l’œillade (ouliade), reviennent en production pour entrer, seuls ou en assemblage, dans des cuvées languedociennes.

 


 

Sur les traces de Pierre Magnol

Mort en 1715, Pierre Magnol est inhumé dans l’Eglise Saint-Anne, proche de l’Hôtel particulier où il résidait, au 10 rue de Bayle et 1, rue Philippi. Cette magnifique résidence, en particulier son escalier et sa cour intérieure, accueille désormais des manifestations culturelles et des événements professionnels, ainsi que l’atelier du luthier Frédéric Chaudière.


Buste de Pierre Magnol
(Jardin des plantes- Montpellier)

Hôtel Magnol
(photo :OTM)
 

Millésime Bio : une grande famille réunie à Marseille


Photo: Millésime Bio

Fidèle à une organisation sans hiérarchie, d’appellation ou de pays, attaché à son indépendance, Millésime Bio s’est installé pour trois jours à Marseille. Du 30 janvier au 1er février, il a offert le visage d’un salon en pleine expansion, à l’image d’une production croissante, qui se diffuse dans le monde entier.
Plus de 900 exposants, venus de 16 pays, de nouveaux clients, cavistes et importateurs, des acheteurs de plus en plus internationaux confirment cette montée en puissance de Millésime Bio, qui se revendique comme le 3e plus grand salon viticole en France. Côté exposants, la liste était complète dès juillet dernier. Cendrine Vimont, chargée de communication de Sudvinbio, l’association organisatrice, se félicite d’avoir été bien suivis par les producteurs dans le déménagement de Montpellier et même, « rançon de la gloire », par quelques off, Roots 66 et Biotop Wines. Le poids économique, le dynamisme des vins biologiques, Patrick Guiraud, président de Sudvinbio, les a soulignés dans son discours inaugural. La bousculade du premier jour aux portes du Parc Chanot, la fréquentation en hausse en ont également attesté.
L’immense hall s’est offert à la rencontre avec les producteurs, tous logés à la même enseigne : une table, deux chaises, un crachoir, rien ne perturbe la dégustation. Valérie Tabariès, du Domaine de Roquemale à Villeveyrac décrit cette ambiance : « Nous sommes tous réunis pour la première fois dans le même hall. On se perd, on découvre des vins étrangers, son voisin de stand. »


La culture en vins biologiques entre dans la cour des grands. Elle bénéficie à Marseille d’une desserte plus vaste et plus variée, dans une région PACA devenue le vignoble le plus bio en France (24 % des vignes). Le salon a accueilli, à son habitude, tous les vins biologiques sous condition d’être certifiés. Pas de vins en conversion, mais les procédés d’élaboration peuvent suivre de principes de biodynamie ou de vins nature si le producteur certifié le souhaite. Jusqu’au premier vin vegan, exempt de composés ou trace animale à la vigne comme en cave, présenté au Château Beaubois à Beauvoisin (Gard).
Millésime Bio ouvre des chantiers pour l’avenir de la culture biologique, que Patrick Guiraud trace vers une plus grande technicité, pour réduire en particulier les risques liés aux aléas climatiques, et plus d’information des professionnels comme des publics sur les bienfaits de la culture en vins biologiques. Une deuxième génération succède aux pionniers du bio en France, il y a trente ans. Il est temps maintenant de conquérir le monde des vins conventionnels, le monde tout court.
Florence Monferran

Bilan chiffré du salon, et retour à Montpellier en 2018 ?
Les chiffres communiqués par Sudvinbio confirment le bilan très positif de cette Edition.
Fréquentation globale : 4850 visiteurs (+ 8%)
+ 20 % de visiteurs étrangers (Europe, Amérique du Nord, Asie)
La filière poursuit sa croissance, avec un chiffre d’affaires qui ne cesse de progresser en France (+17%) et à l’export (+ 26%)
Dès la fin du salon, désir ou réalité?, son retour à Montpellier a été évoqué dans la presse. Sudvinbio ne confirme pas ces dires. De nouveaux épisodes sont à prévoir dans le feuilleton avec l'autre grand événement viticole, Vinisud. L'attente est forte en Languedoc que les deux grands salons viticoles basés à Montpellier se succèdent, afin de conserver le rôle leader de la métropole régionale à l’international, en tant que vitrine des vins du Sud, et vitrine des vins biologiques.

 

IGP Pays d’Oc, premier acteur du bio en grande distribution
Les Vins de Pays d’Oc communiquent les derniers chiffres sur les ventes de bio en grande distribution, qui rassemble environ 19 % des ventes en France. Ils y affirment leur rôle leader, en volume, avec plus de 780 500 bouteilles (24% des ventes) et en valeur (21,5 %), dans un marché en forte hausse.
La consommation bio aussi plébiscite les vins de cépages, merlot et chardonnay en tête. 30 ans après sa création, le label pays d’Oc a suivi les grandes évolutions viticoles. Il concentre aujourd’hui près de 50 % de la production biologique régionale.