La viticulture languedocienne au coeur des changements mondiaux

 
Domaine du Chapitre, Villeneuve-lès-Maguelone, Agenda de 1915

 


Stand "Recherche et innovation" au Sitevi, Montpellier

La viticulture languedocienne connaît en cette fin d'année une intense activité, avant les fêtes qui la clôtureront. Il en ressort trois thématiques principales, objet de toutes les attentions, à l'instar des changements climatiques et des marchés à l'export, ou souci récurrent, comme peut l'être la question de la transmission des exploitations. Trois enjeux, dont le fil directeur, le tronc commun, le socle les relient à un patrimoine millénaire propulsé dans un nouveau monde en train de se dessiner.

Le développement à l'international

"La concurrence n'est plus avec son voisin, mais avec les régions viticoles du monde entier" rappelle l'élu Yvon Pellet. Dans l'optique de redonner une place de choix à notre viticulture à l'international, l'Observatoire viticole du département de l'Hérault organisait le 4 décembre à Montpellier un colloque sur "les nouvelles dynamiques viticoles internationales". 30% des volumes produits dans le département sont destinés à l'export, en premier lieu vers l'Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Royaume-uni). Chine et Etats-Unis constituent également d'importants marchés. Des délégations de Sud de France Développement , dans une action régionale, et de Montpellier Méditerranée Métropole, liée à des accords historiques avec Chengdu, étaient d'ailleurs reçues en Chine au mois de novembre. Des vignerons, notamment de Pomerols, Pic-Saint-Loup et de l'AOP Grès de Montpellier, faisaient partie du voyage. Pour exemple, 22 vignerons de la Métropole réalisent un chiffre d'affaire d'un million d'euros avec la Chine, appuyés par un système de paiement garanti à la commande par les instances chinoises. Les exportations de vin du Languedoc progressent de + 6,6 % en 2014, et + 7 % déjà en 2015.

Le changement climatique dans la viticulture, notamment en zone méditerranéenne

Hausse des températures, baisse de la pluviométrie, variabilité du climat, modification des terroirs et des caractéristiques des vins touchent et impacteront le Languedoc. COP 21 oblige, le sujet fleurit depuis plusieurs mois dans la presse, occupe conférences et tables rondes, mobilise les chercheurs du monde entier. La métropole languedocienne y prend toute sa part. Un programme national multidisciplinaire, le projet LACCAVE, est co-animé par Jean-Marc Touzard, directeur de recherches à Montpellier. Un pôle unique INRA (recherche) / SupAgro (enseignement supérieur) va être mis sur pied, au service des viticulteurs. Il travaillera sur la diversité génétique, la création de cépages, les pratiques culturales et oenologiques, le marketing, la communication, avec l'aide de start'up locales.

D'un autre point de vue, un mouvement propulsé par la conversion en agriculture biologique et en vins naturels, oppose au tout scientifique, qui a longtemps négligé les questions écologiques, une manière plus libre et plus diversifiée de conduire la vigne et la cave. Basées sur l'observation, le retour aux cépages anciens par exemple, ces pratiques ont posé au coeur de leur action le respect du raisin, du vigneron et du consommateur, de l'environnement. Deux visions, entre scientisme et empirisme, que l'urgence climatique, les défis lancés à l'échelle mondiale feront, qui sait?, marcher dans le même rang. Les solutions préconisées par les chercheurs passeront par des actions collectives et multiformes dont certaines intègrent déjà des méthodes bio et douces, de l'enherbement des parcelles jusqu'aux circuits courts de distribution.

La transmission des exploitations viticoles

Pour parler de marchés à l'export, d'avenir, d'adaptation à de nouvelles conditions de production, encore faut-il qu'il reste des viticulteurs. Troisième défi, et non des moindres, le devenir des exploitations fait souci. La viticulture occupe encore 50% des terres agricoles , mais la pyramide des âges montre un vieillissement inquiétant. Partout, les repreneurs font défaut: 70 % de vignes n'ont pas de successeur dans le pourtour montpelliérain. Les syndicats, les présidents de caves coopératives alertent sur la difficulté à installer des jeunes, de par la lourdeur des investissements, la faiblesse de la rentabilité, la dureté du métier. Montpellier Méditerranée Métropole l'évoquait récemment en conférence de presse, un Plan Local d'Urbanisme à l'échelle intercommunale est en réflexion. Il est conçu comme un outil marquant la volonté de réserver des terres à l'agriculture, à côté de terres vouées au développement démographique et aux autres secteurs économiques.

Les initiatives se multiplient en Languedoc, tant institutionnelles que professionnelles, collectives qu'individuelles, locales qu'internationales. Un mouvement est en marche, autour d'une viticulture traditionnelle en pleine mutation qualitative depuis une vingtaine d'années, au coeur de l'innovation et de l'inventivité, dynamique à la vigne aussi bien que sur un salon à l'étranger. Une viticulture, comme le rappelait le chercheur Jean-Marc Touzard, "qui s'adapte au monde, et le fait depuis 5000 ans"

Florence Monferran

Partageons les fruits de la vigne, d'ici et d'ailleurs

Après des jours éprouvants, se pose à tous la question: faut-il continuer à se divertir, à se rassembler dans la convivialité, à célébrer le vin en ce mois de novembre qui lui était dédié en Languedoc? A Paris, restaurants, bars à vin, lieux de spectacle, incarnant un art de vivre à la française visé par les attentats, multiplient les initiatives, à l'instar de "Tous au Bistrot!". Bernard Baraillé le rappelle, cette joie de vivre nous distingue aux yeux du monde et marque une forme de résistance à la peur aujourd'hui.

Le 3ème jeudi de novembre, revient le Beaujolais Nouveau, comme un rendez-vous immuable sur nos agendas. Un rendez-vous dont Gilles Paris, Président d'Inter Beaujolais fixe les contours cette année: "A l'heure où notre culture et notre art de vivre sont attaqués, il nous semble indispensable de maintenir les principaux événements marquant l'arrivée des Beaujolais Nouveaux 2015 (...) Ils maintiendront la tradition, fiers, plus que jamais, d'être français! Par respect pour les victimes et leurs proches, une minute de silence sera respectée lors des différents événements."

Le SITEVI (salon international des équipements et savoir-faire pour des productions vigne-vin, olive, fruits-légumes), inscrit dans tout agenda vigneron après les vendanges, débutera mardi 24 novembre sous le signe de la question environnementale avec des moyens de sécurité renforcés, annonce sa directrice, Martine Degremont. La 12ème Fête des vignes de Montpellier Métropole est maintenue, du 27 au 29 novembre sur l'Esplanade à Montpellier et dans les caves et domaines de l'agglomération, où les vignerons partageront leur passion avec les visiteurs, dans un moment de découverte et d'échange. "L'art et le vin rapprochent les hommes" disait Goethe. Nous dirons de cet art de vivre qui intègre depuis quelques jours la peur dans son quotidien qu'il est aussi accessoire qu'indispensable.
Ultime pied de nez à une année bien sombre, dont il éclaire les derniers jours, le millésime 2015 sera de l'avis de tous, vignerons et professionnels, un grand cru en France, un grand cru en Languedoc.

Florence Monferran

Des terroirs et des vins

La vigne et le vin occupent une place particulière en Languedoc. Une place physique: 80 % de l'espace agricole est couvert de vignes dans l'Hérault. Une place économique, procurant plus d'un tiers de l'emploi régional, et ressource unique sur certains terroirs. Une place historique: c'est sur ses rivages que la viticulture il y a 27 siècles, près des comptoirs grecs, puis avec l'installation du plus grand vignoble d'un seul tenant par les Romains. Un patrimoine écologique s'est constitué au fil des siècles, tissé de cépages, façonné de paysages d'une grande beauté. Il n'est qu'à voir en ces jours coteaux et plaines se couvrir de couleurs d'automne et s'offrir aux objectifs des photographes. L'attachement des habitants à la vigne, aux productions et aux traditions qu'elle a engendrées se couple à l'intérêt de touristes de plus en plus nombreux sur nos côtes et dans l'arrière-pays, curieux de partir à la découverte des vignerons et de leurs caves.

Ainsi entrent dans la lumière des vins de plus en plus qualitatifs, abordables, et respectueux de leur environnement, confortant le Languedoc comme première région de production bio de France. Ainsi, après des mutations viticoles parfois traumatisantes, renaissent une viticulture, des terroirs depuis longtemps réputés. Muscat de Frontignan, Clairettes, Saint-Georges-d'Orques, Saint-Christol, Saint-Drézery, Assas, la hiérarchie des vignobles prestigieux depuis le XVIe siècle est connue. Elle englobe de nos jours le pourtour de Montpellier et de Sète, villes-phares dans l'histoire viticole. Les vins y font figure de fers de lance, en Appellations d'Origine Protégée Languedoc Rouge Pic-Saint-Loup, Coteaux de la Méjanelle, Grès de Montpellier, comme en blancs, en AOP Muscat de Frontignan, de Mireval ou Picpoul de Pinet, sans oublier les dynamiques vins de pays sous différentes Identifications Géographiques Protégées.

Un réseau de manifestations qui mettent le vin en lien avec les arts (musique, peinture et sculpture, littérature, théâtre et bande dessinée), la gastronomie, les traditions (fêtes des vendanges, du vin nouveau) contribue à faire briller, autour de ces productions, une culture du vin multiforme, festive, élément constitutif de cette civilisation du vin installée dès l'Antiquité.
Des terroirs et des vins, des hommes et des femmes, des paysages et une histoire, une culture, retrouvez-les désormais dans les colonnes de Thau-Info et de Montpellier-Info.

Florence Monferran

Pomerols : Klebert Mesquida en visite au caveau Beauvignac

Dans le cadre de ses déplacements à la rencontre des présidents et directeurs de caves, Kléber Mesquida se trouvait dernièrement aux Costières de Pomerols.
Accompagné des conseillers départementaux, de ses proches collaborateurs et des membres de l’Observatoire Viticole, il a été reçu par le président Cyr Gaudy et le directeur Joël Julien en présence du maire Robert Gairaud et de son premier adjoint Laurent Durban.
Kléber Mesquida a exposé l’objectif de ces rencontres : « Dans le département il n’y a pas une, mais des viticultures et dans chaque territoire, il y a des problématiques différentes. Arrivé à la fin de cette tournée, nous aurons visité 42 caves sur les 62 qui couvrent l’espace départemental, on aura une bonne approche de tout ce qui est ressenti par la profession en termes de besoins, de souhaits, de stratégies. Ce que vous allez nous dire, nous permettra, après, de voir comment nous pourrons réorienter la politique publique. On peut imaginer que les dispositifs d’il y a 20 ans ne sont plus d’actualité. Aujourd’hui il y a d’autres attentes ».
Le président Cyr Gaudy a évoqué la récolte 2015 qui est de bonne qualité, même si la quantité est moins importante cette année. Puis, il a interrogé Kleber Mesquida sur le devenir de l’aide départementale, de 100 euros à l’hectare, apportée depuis 3 ans à l’application de la démarche environnementale de la technique de lutte contre les parasites, la ‘’Confusion sexuelle des papillons’’, précisant : « les vignerons font beaucoup d’effort pour l’environnement afin de produire des produits propres, sans pesticides, ce qui est le souhait de la clientèle pour cette démarche qui va dans le bon sens ». Le président Mesquida, qui connaît bien ce problème, a garanti que l’aide serait maintenue mais peut-être sous une autre forme.
Le directeur Joël Julien a, quant à lui, donné d’autres informations complémentaires sur les différents caveaux de vente et sur les aspects de la production. Il a mis en valeur la cave Beauvignac en tant qu’outil ultra performant.
Des échanges enrichissants tant pour le président du Département que pour le président et le directeur des Costières de Pomerols. La visite s’est terminée devant les premiers présentoirs lumineux en carton recyclé, dans un concept éco-solidaire nouvelle génération.

Claude Stekelorom

Muscats

Une personnalité éminente de la viticulture reçue aux 15èmes Muscats du Monde

Henri-Laurent Arnould, Pierre Galet et Michel Salade gauche à droite : Henri-Laurent Arnould, Pierre Galet et Michel Sala

 

Pierre Galet

Né en 1921 à Monaco, il  est le père de l’ampélographie moderne (étude des cépages). Nommé en Janvier 1944 à la protection des végétaux (bois et plants de vigne), il devient chef de travaux à l’Ecole Nationale d’Agronomie de Montpellier. Il y enseigne l’ampélographie, le greffage, la pathologie de la vigne jusqu’en 1987.
Traduit et publié dans le monde entier, il continue de donner des conférences et de participer à des colloques

Dictionnaire encyclopédique des cépages et de leurs synonymes
(Edts Libre 1 Solidaire)

Première édition en 2000, épuisée

Réactualisée et augmentée aujourd’hui. Les Edts Libre et Solidaire rendent hommage à "un travail unique et monumental ".

Un regret : qu’il ait fallu faire appel à une levée de fonds (par FundoVino) pour en assurer la publication. 1200 p, 3 000 photos, 100 € (98 € chez Amazon)

   

Pierre Galet a consacré sa vie à reconnaître, répertorier, classifier les cépages, tous les cépages. Auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont un « Précis d’ampélographie pratique » paru en 1952, il s’impose comme la référence mondiale en la matière.

A l’occasion de la réédition de son « Dictionnaire encyclopédique des cépages et de leurs synonymes » (Edts Libre & Solidaire), il était l’invité, jeudi 2 juillet, au Centre culturel François-Villon, de Henri-Laurent Arnould et de Michel Sala, représentant la ville de Frontignan, co - organisateurs de la 15e confrontation des Muscats du Monde. Pour se repérer dans la jungle des cépages, ce Dictionnaire savant en livre la description, le tracé, les aptitudes, la répartition, et les synonymes selon les pays ou les régions. Réticent à l’arrivée des décodages génétiques, il prône l’observation, la reconnaissance visuelle, pratique, sur le terrain.

Dans un passage en revue haut en couleurs, Pierre Galet évoque, par un jeu de questions/réponses, les quelques 10 000 cépages qu’il a identifiés dans le monde entier, cultivés ou non. Il nous entraîne en Chine, avec des vignes porteuses d’épines ou de poils, en Afrique, avec des vignes tubéreuses ou baobab, de plus de deux mètres de haut, au Brésil, où, « intelligents », les plants se bouturent eux-mêmes. Toutes ces observations feront l’objet de son prochain ouvrage de botanique. Il précise, pour la France, qu’après le phylloxéra dans les années 1880 et jusque dans les années 1960, date de leur interdiction, 1/3 des cépages étaient des hybrides (croisements) produits sur 400 000 ha.

A la demande d’HL Arnould, il comptabilise les trois grands cépages muscats dans le monde : le muscat blanc, dit  de Frontignan, à petits grains, aux origines grecques, le muscat d’Alexandrie, à gros grains et aux usages multiples (raisin de table, sec, vin, alcool) et le Muscat de Hambourg (raisin de table). Pourquoi un « Muscat de  Frontignan » ? Chaque région s’approprie un cépage, quand il donne du bon vin ! Il est certain que le petits grains tient de ses composés chimiques de plus grandes qualités aromatiques.

Une question sur le tokay plonge dans l’histoire européenne. Importé par les officiers de Napoléon Ier, vainqueur de l’empire austro-hongrois, le cépage s’installe dans la région du Languedoc (Costières, Capestang) et y révèle une belle adaptation. Pierre Galet entraine ensuite l’auditoire dans le Caucase, berceau du vin, évoque les 600 cépages géorgiens, les vignes turques, le premier vin vinifié, arménien, dont on ignore l’origine mais dont le tokay serait le descendant.

Interrogé sur la disparition de cépages locaux dans la mondialisation, Pierre Galet note avec humour que les cépages français y sont très présents (Amérique du Nord, du Sud, Chine, Australie) … parce qu’ils sont bons. La question essentielle à se poser n’est pas de savoir si l’on peut faire du bon vin, mais ce que l’on veut faire du vin : de la qualité, comme sur les coteaux de Californie, des rendements, un moindre coût. Quel avenir pour les hybrides gros producteurs dont certains souhaitent le retour ? Il ne croit pas que ces vins, dont on a changé la nature, de qualité ordinaire, à bas prix, soient une solution économique. Pour conclure sur une dimension religieuse, à la demande de Michel Sala sur quel vin a bu le Christ, Pierre Galet s’excuse: les Juifs, tout comme les Romains, n’ont pas décrit les cépages, qu’ils considéraient trop variables !

En guise de conclusion, il lance à son auditoire : « si vous avez des insomnies, lisez quelques lignes de mon livre », ce que le public de connaisseurs s’empresse de faire. Une séance de dédicaces conclut ce brillant survol d’une ampélographie vivante, par un scientifique de terrain, incarnation vivante de ce patrimoine viticole qu’il nomme, éclaire, illumine de sa malice.

Florence Monferran

Succès des assises de l’œnotourisme et du terroir

L'édition 2015 des assises de l’œnotourisme se tenait cette année à l’abbaye de Valmagne.
Ces rencontres ont réuni plus de 120 professionnels qui se sont mobilisés pour participer aux tables rondes et aux échanges, autour d’une problématique commune : le Pays de Thau.
Vignerons, conchyliculteurs, restaurateurs, hébergeurs, agences réceptives, guides touristiques et représentants des structures de tourisme et de loisirs ont ainsi fait un bilan des actions menées en 2014 (Montmartre…) avant de lancer des pistes pour développer l’attractivité du territoire.

L'image du vin en France : le vin, un plaisir raisonnable

Chaque année le baromètre IFOP/Vin & Société réalise un sondage qui mesure la perception qu'ont les Français de leur trésor national. La dernière enquête publiée (2014) incite à l'optimisme comme l'illustre la vidéo ci-dessous. Espérons que le sondage de cette année confirme cette image positive.