Clap de fin à Millésime Bio : regard dans le rétro et cap sur l’avenir

Millésime Bio, salon mondial des vins biologiques, a fermé ses portes le 31 janvier sur un franc succès, avec une fréquentation en hausse de 17 %. 5 700 acheteurs, dont 25 % d’étrangers, en majorité européens et nord-américains, se sont déplacés à Montpellier. Sudvinbio, son organisateur, qui promeut les productions et les valeurs de la viticulture bio, y voit le symbole de la réussite de cette filière en plein essor, véritable locomotive de l’ensemble des productions biologiques en France.
Aujourd’hui, surfaces et volumes de production, ventes et  tendances de consommation, revenus des vignerons, emploi, tous les indicateurs signalent un marché bio en hausse structurelle, tant en France que dans le monde. Dans ce bond en avant, l’Occitanie prend toute sa place. « La vigne est notre identité. Elle existe depuis l’Antiquité » rappelle d’emblée Carole Delga dans son discours inaugural. Une place de leader aussi, l’Occitanie se prévaut d’être la plus grande région viticole du monde, la première de France et la première région bio, ce qui fait dire à Denis Carretier, président de la Chambre régionale d’Agriculture que  « L’agriculture bio est un atout certain dans le développement économique régional, car elle est créatrice de valeur, d’innovation et d’emploi. »

 

Carole Delga (au centre), Denis Carretier (à droite).

 

Dans un contexte où la question alimentaire est décrétée grande cause 2018 en Occitanie, pas le temps de se reposer sur ses lauriers : il est déjà demain. Les défis pointent de toutes parts  pour les vins biologiques. Faire face à la hausse de la consommation implique une hausse de la production, donc une progression nécessaire des conversions de viticulteurs en bio. Il s’agit aussi de trouver des solutions techniques pour un mode de production moins enclin aux rendements, plus sensible aux aléas climatiques. Des chantiers structurels surgissent, comme disposer de services statistiques renseignant mieux sur l’évolution des marchés et les capacités à y répondre. Mobiliser tous les tous les acteurs de la filière,  dans un souci d’efficacité, a conduit d’ores et déjà à la création d’InterBio, association interprofessionnelle qui fédère 5 structures régionales[1].

Il est déjà demain avec le plan Bi’O 2018-2020 pour « produire, consommer et vivre bio en Occitanie », plan de valorisation des produits de qualité dans la restauration des lycées, d’accompagnement à l’installation - transmission en agriculture, à la conversion et d’aide aux investissements spécifiques des exploitations bio. Un prochain projet de loi va demander 50 % de produits locaux et bio dans la restauration collective pour le 1er Janvier 2022. Dans son discours de clôture des Etats Généraux de l’alimentation, le Premier Ministre, Edouard Philippe, a esquissé le 21 décembre 2017 un onjectif assez spectaculaire de 15 % de la surface agricole cultivée en bio en 2022 en France, alors qu’elle n’est actuellement que de 6,5 %.
Produire plus, convertir plus, pour tendre vers quelle(s) forme(s) de consommation de vins biologiques? L’attente des consommateurs est forte, tant en termes d’information sur les différents vins bio, leurs modes d’élaboration que de qualité et de bienfait pour leur santé.
Pour répondre à plus long terme, Millésime Bio s’est projeté après-demain, alors que la région Occitanie bâtit un plan à 30 ans autour de trois enjeux majeurs, dont la préservation du foncier agricole et des ressources en eau. Un travail collaboratif sur les prospectives pour la filière viticole bio à 20-25 ans était présenté en conférence par SupAgro et France AgriMer. Cinq scénarios possibles retenus parmi une cinquantaine, du plus défavorable au plus florissant, ont été élaborés afin de réfléchir et d’agir, de pouvoir peser sur cet avenir[2].

Le monde du vin biologique est arrivé à un carrefour, générationnel – les pionniers parachèvent leur travail de défricheurs - et structurel. Vers quel type de production va s’orienter la culture biologique ? Autour de réglementations souples ou contraignantes (avec ou sans OGM, des cépages résistants, hors sol) intégrant ou refusant des innovations techniques ? Dans quels contextes économiques, climatiques, législatifs ?
Les prospectives remettent également en perspective le chemin parcouru. Présents dans les stands, piliers de ce salon qu’ils ont forgé de leurs mains, quand ils n’étaient qu’une poignée, vignerons bio de la première heure, c’est à eux qu’il revient de donner d’abord la parole.
Florence Monferran


[1] Coop de France, Chambre régionale d’agriculture, Sudvinbio,Bio Occitanie (afédération régionale d’agriculture biologique) et OCEBIO, Occitanie Entreprises Bio
[2] 1. La filière bio essaie de survivre : contexte peu favorable et impasses techniques, le marché régresse.
     2. la filière bio gère sa rente de situation : contexte plus favorable, une viticulture bio qui va bien mais ne cherche pas à prendre toute la place. La filière contrôle son développement de manière restrictive
     3. disparaître pour renaître : contexte hostile, la bio victime de son succès, rejoint la production à Identité Géographique pour créer une IG-Bio ; une tendance plus bio que le bio sort de sa  marginalité  avec des refondateurs
     4. croissance quantitative assumée : la filière bio sort de sa niche dans un contexte où le vin est devenu un produit agro-industriel. La réglementation s’assouplit : Hors OGM et systémiques, tout est possible, le développement est quantitatif et conséquent
     5. filière réduite au segment premium « Vin Bio et Santé »: dans un contexte économique difficile, une réglementation contraignante, les surfaces baissent, la productivité augmente. Supplanté par d’autres labels, le bio joue sur l’argument santé. Ce sont les grandes entreprises qui développent ce segment et jouent perso sur leur marques

Synthèse disponible: http://www.franceagrimer.fr

   

Parole de pionniers

Thierry Julien, Mas de Janiny à Saint-Bauzille-de-la-Sylve, fondateur et actuel Trésorier de Sudvinbio

« A la fin des années 1980, nous voyions des gens malades, la toxicité de produits chimiques, interdits depuis. C’est ce qui nous a alertés et nous a fait peur : c’était un poison pour nous, notre famille, notre environnement (…) Le but ultime serait que toute la viticulture passe en bio. Ce n’est pas possible. Nous avons  aidé à gagner du terrain.

L’enjeu maintenant réside dans une bio pour tous, ne pas rester cloisonné, ne pas rester dans une niche ». 

 

 

 

 

Jacques Frelin, vigneron et négociant en vins bio à Terroirs Vivants, fondateur et actuel Vice-Président de Sudvinbio

« J’ai démarré par hasard en bio, en 1983, car mon beau-père l’était déjà. Peut-être trop tôt. Le respect de l’environnement est une priorité aujourd’hui, pas alors (…) Le plus dur est fait. Une prise de conscience a eu lieu de diminuer l’utilisation de produits chimiques. Cela ne veut pas dire que c’est gagné. Seulement 10 % de l’agriculture est en bio aujourd’hui ».

 

 
Louis et François, fils de Louis Delhon, fondateur de Sudvinbio, Domaine de Bassac à Puissalicon
« Notre père s’est converti en 1985-1986, par éthique et pour lutter contre les résistances de la vigne aux produits chimiques. La réunion de deux domaines a permis le passage en bio. Notre père s’est lié d’amitié avec un acheteur allemand pour mettre en bouteille Lo Bartas (le buisson en occitan), cuvée qui existe toujours ».

 Olivier Azan, Domaine du Petit Roubié à Pinet (Hérault), fondateur et actuel Secrétaire de Sudvinbio

« Tout au début, en 1985, peu de gens consommaient bio. Il a fallu tout de suite faire de l’export, vers l’Allemagne, le Danemark, plus tard la Belgique et la Hollande. (…) Nous sommes la caution morale du salon, nous, les vieux grognards. Un développement de la bio est indispensable dans l’avenir ».

 

 Françoise et Vincent Costes, Domaine Costeplane à Cannes-et-Clairan (Gard)

« Peu de monde était intéressé. Les conseillers poussaient au désherbage total. La pression était très importante, mais nous n’en voulions pas. Nous ne voulions pas d’un sol mort. Nous avons quitté la cave coopérative et sommes passés au bio en 1990. Le domaine n’a jamais grandi et on se porte bien, sans aller jusqu’à la décroissance. Nous sommes passés d’écolo à bio, et à la biodynamie ».  

 

 Jean-Paul Cabanis, Domaine Cabanis à Vauvert (Gard)

« J’ai toujours adoré la nature. Travailler la terre, c’était la respecter, respecter les oiseaux, les fleurs, les plantes. Travailler en conviction, en conscience aussi. Je suis fier de ce que je fais depuis 1986.
Le but est de travailler en équilibre, dans un fonctionnement raisonnable, qui fait que cela marche, avec l’environnement sans prendre de risque financier. L’engouement actuel envers le bio me touche, comme une reconnaissance.

L’avenir sera-t-il bio ? Il sera responsable et citoyen : on dit ce qu’on fait, on fait ce qu’on dit  ».      

 Olivier Durand, Domaine de la Triballe à Guzargues (Hérault), président de l'AOC Languedoc-Grés de Montpellier

"Quand j'ai passé mon diplôme pour devenir vigneron, en 1987-1988, j'étais le seul à être bio, le seul qui décavaillonnait. On était montré du doigt. Alors que la chimie, ça marchait tout seul dans les années 1980, ça ne coûtait pas cher, tu étais tranquille en deux coups de désherbant, deux coups d'engrais chimiques. Pour nous, c'était du travail intense (...) Je pense qu'aujourd'hui, il faut que le bio rejoigne les locavores. Cela paraît logique."  

 JC Daumond, vigneron à la retraite au domaine Folle Avoine à Vendargues

« Intoxiqué en 1984 par un insecticide, je suis passé à une pratiqué bio pour me protéger, puis protéger la terre, pour prendre soin de son corps et de la terre qui nourrit le corps. Il fallait avoir la foi pour le bio. Et pourtant, s’il fallait recommencer, je courrais ! »


FM

Vinifilles et Femmes de vin illuminent le soir montpelliérain

En avant-première de Millésime Bio, les fées se sont penchées sur la soirée des Vinifilles, association de 18 femmes vigneronnes du Languedoc et du Roussillon, à l’image de Caelia et Abonde qui ont donné leur nom à deux cuvées solidaires pour leur consœur du Mas Thélème.

Délaissant les ambiances intimistes et culturelles des dernières années, elles recevaient en grand, dans la Salle des Rencontres de la Mairie de Montpellier, à l’occasion de l’assemblée générale annuelle du Cercle des Femmes de vin. 10 associations régionales, 70 vigneronnes, des terroirs d’Alsace à la Provence, de la Loire au Sud-Ouest, des Appellations prestigieuses de Bourgogne, Champagne  ou de Bordeaux… le monde du vin s’est écrit au féminin pluriel pour une soirée tout feu, tout flammes.



Valérie et Dominique Ibanez

 

 

Des stands qui n’ont pas désempli, des vigneronnes difficiles à approcher, la présence des AOC Languedoc, des medias, France Télévisions, tous les projecteurs étaient braqués sur ces vins de filles, de copines, de vigneronnes. Carole Delga, s’est  déplacée pour passer un long moment parmi elles « C’est la première fois qu’une Présidente de la région Occitanie, vient – peut-être parce que c’est une présidente » souligne Pascale Rivière, de la Jasse de Castel (Saint-Jean-de-Fos).


Fabienne Bruguière

Ces vigneronnes ont décidé de mettre en commun des idées, des moyens, commerciaux ou communicants, des réflexions, sur leurs pratiques techniques par exemple. « Nous avons une belle dynamique. L’association est une bouffée d’oxygène, on peut tout se dire » explique la Présidente des Vinifilles, Valérie Tabariès-Ibanez, du Domaine de Roquemale (Villeveyrac).

Ainsi, l’assemblée générale  des Femmes de vin tenue le matin a dégagé trois projets d’action. La transmission et la formation, présentées par les Femmes de Loire, s’attache à répertorier toutes les formations pour que les jeunes puissent s’investir dans un métier de la vigne et du vin, en particulier en viticulture biologique où les besoins en personnel sont importants. Les Femmes du Sud-Ouest proposent un volet éducatif  de formation ludique sur la vigne et le vin de façon ludique pour les écoles élémentaires. Quant aux Vinifilles, elles ont apporté leur expérience sur une action de solidarité, menée à l’égard de Fabienne Bruguière, entièrement grêlée en Aout 2016 en Pic Saint Loup. Comment mettre en route une action dans des cadres contraignants (administratif, technique) ? Don de vin, assemblage de plusieurs cépages, commercialisation aujourd’hui concrétisent cet élan.
Elle regardent le mouvement Women do Wine, initié en 2017 contre l’absence de visibilité des femmes dans l’ensemble du monde du vin, comme « une mise au point nécessaire, qui libère la parole ». Valérie Tabariès-Ibanez ajoute : « Nous, nous militons pour le bien boire, bien manger, la formation. Plus qu’une entraide de femmes, les Vinifilles sont une entraide de vigneronnes ». Ce que confirme Fabienne Bruguière : « Sans elles, je n’y serai pas arrivée. Je n’ai reçu aucune aide du Syndicat ». En écho, sur un autre salon, le vigneron Vincent Bonnal envoie un message : « Le vin est là pour séduire, qu’on soit homme ou femme. C’est un art, un artisanat. Est-ce qu’on se préoccupe du sexe d’un artiste, plutôt que de son œuvre ? Cela ne changera pas le goût du vin ».

 Le vin, l’essentiel. Un niveau qualitatif irréprochable, grimpant à des sommets avec quelques grands crus, une présence non négligeable de vins biologiques – beaucoup enchaînaient avec le salon Millésime Bio, les dégustateurs ne savaient plus où donner de la tête et des papilles.

L’an prochain, le Cercle des Femmes, créé en 2009, fêtera ses 10 ans. Les Vinifilles du Languedoc aussi. Que nous réserveront-elles ? « Nous allons y réfléchir très vite », répond Françoise Ollier ci-contre, du Domaine Ollier-Taillefer (Fos).

Auréolé d’une Médaillé d’or au concours Challenge Bio, l’Allegro, produit sur une terre de schistes chère à sa famille, prouve encore une fois la qualité des vins blancs du Languedoc.

Délaissera –t-on en 2019 la notion de vin de femme pour parler enfin de femmes de vin, comme le nom de l’association nationale réunie à Montpellier nous y invite ? Voilà qui serait un beau cadeau d’anniversaire.

Florence Monferran

 

 Les dix associations régionales du Cercle des Femmes de vin

Aliénor du vin de Bordeaux ( créée en 1994) 

 

Etoiles en Beaujolais ( créée en 1998)

 

Femmes et Vins de Bourgogne ( créée en 2000) 

 

Femmes Vignes Rhône ( créée en 2004) 

   

 Eléonores de Provence ( créée en 2008)

 

Vinifilles (créée en 2009)

diVINes d’Alsace ( créée en 2011)

SO Femme & Vin ( créée en 2014)

Fa’bulleuses ( créée en 2015)

Dames de Cœur de Loire (créée en 2015)

3/ Un goût, différents vins: pour se retrouver dans la culture biologique, Dossier Les vins bio en 2018

Le consommateur doit se frayer un chemin au milieu des labels, normes et expressions propres aux vins biologiques, qui dessinent la famille d'une viticulture propre en plusieurs branches interactives : un vin peut appartenir à plusieurs groupes

Les vins biologiques

Pour obtenir le label, il est obligatoire d'être certifié par un organisme agréé, après trois campagnes de conversion de son vignoble. Le vin peut alors revendiquer la mention vin biologique sur l'étiquette.
Vins de raisins issus de l'agriculture biologique jusqu'en 2012, c'est-à-dire cultivés sans produits chimiques de synthèses (pesticides, désherbants, engrais) ni OGM, protégeant le vignoble par des procédés ou produits naturels (sélection des plants, prédateurs naturels contres les insectes), les vins sont devenus vins biologiques avec la charte européenne qui remplace le label AB par l'eurofeuille, et étend la réglementation à la vinification. Raisin, sucre (en cas de chaptalisation), alcool pour les mutages, moûts concentrés doivent être 100 % bios, les produits oenologiques et levures également. Les teneurs maximales en SO2, antioxydant et antiseptique, sont limitées par rapport à la viticulture conventionnelle pour réduire l'ajout de sulfites dans le vin. Certains intrants (additifs) sont interdits, comme l'acide malique, ainsi que des procédés comme la flash-pasteurisation ou la cryo-extraction. 
"La certification vin biologique est une sécurité pour le consommateur. Tous les producteurs sont soumis aux mêmes règles, à la vigne et au chai. En cas de manquement au cahier des charges, ils doivent recommencer toute la certification à zéro » rappelle l’association Sudvinbio.

Les vins en biodynamie 
Le vigneron peut choisir d'aller plus loin dans sa démarche. Inspirée par le penseur Rudof Steiner, la biodynamie se soucie d’intensifier la vie du sol afin qu’il y ait un meilleur échange entre la terre et la vigne.  En favorisant une plus grande biodiversité des sols et en renforçant la santé des plantes, la biodynamie se définit comme une agriculture agissante et durable. Elle travaille dans le respect des cycles naturels, des rythmes lunaires et planétaires, fertilise et traite la terre par des compostages, infusions, décoctions naturelles. Elle restreint la mécanisation des tâches. Les labels Déméter et Biodyvin certifient la pratique par un cahier des charges plus strict qu’en vins biologiques, notamment dans les dosages de SO2.

 

 
Les labels, Source: Sudvinbio

Les vins naturels, les vins sans sulfites ajoutés
Poussant dans ses limites la démarche, le vigneron peut choisir de produire un vin naturel, pour lequel il n'existe aucun cahier des charges, ni dénomination officielle, ni label. Après une démarche bio ou biodynamique à la vigne, le vigneron travaille en vinification sans technique visant à modifier le moût et sans intrant, même des levures. Un exception est faite pour l’usage de sulfites. Si le vin peut en contenir naturellement des sulfites, l’ajout de SO2, issu aujourd’hui de produits de synthèse, est dicté par la nécessité de stabilisation et de conservation du vin, comme bien d’autres aliments (fruits secs, gâteaux, crevettes, etc). L'association des Vins Naturels autorise les sulfites ajoutés dans des doses minimales, si possible en soufre naturel, produit par les volcans. La charte des vins Sans Aucuns Intrants Ni Sulfites (S.A.I.N.S.) vins  pousse la démarche jusqu’au bout en les excluant de l’élaboration des vins.   


Source: Sudvinbio

Les vins vegan

 

L’apparition en 2016 de labels, tels Label V, E.V.E. Vegan, gérés par différentes associations internationales, certifie l’absence d’intrants d’origine animale dans le vin, lors de sa clarification (collage) avant mise en bouteille. Le vin est garanti 100% d’origine végétale par un logo sur l’étiquette, à l’usage de consommateurs végétariens toujours plus nombreux.

 

 

Les vins Bee friendly
Ce type de vin encourage une production respectueuse des abeilles, par des pratiques agricoles en harmonie avec les pollinisateurs (contrôle des produits utilisés, mise en place de zones de préservation de la biodiversité, soutien à des projets de recherche). Un cahier des charges rigoureux est géré depuis 2011 par des organisations d’apiculteurs européens.

Labellisés ou pas, avec ou sans sulfites ajoutés, entre sécurité de certification et liberté de création, c'est ensuite au consommateur de faire son choix parmi toutes ces directions prises par des vignerons, travaillant tous dans le respect de la terre et du vivant.

Florence Monferran

2/ Le grand bond en avant, Dossier Les vins bio en 2018

Terroir de Cabrières (Hérault). Ph. AOC Languedoc

Alors que Millésime Bio, le salon mondial créé par l’association Sudvinbio, s’apprête, de  retour à Montpellier, à fêter sa 25e édition, tous les signaux clignotent en faveur de la culture biologique. Elle gagne toutes les filières de production, se répand telle une vague verte sur la planète. Elle trouve en la viticulture son fer de lance et des terres de prédilection dans les vignobles du sud (Espagne, Italie, sud de la France) moins sujets aux maladies avec leurs climats secs, leurs vents asséchants. L’Occitanie se place ainsi en leader, première région productrice de bio tous secteurs confondus, avec plus de 25 000 ha certifiés ou en conversion, soit un tiers de la surface bio en France, et 700 000 hl de vin biologique produits. Près de 1 600 producteurs se sont réunis sous la même bannière dès la fusion des anciennes régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées, prenant l’aspiration d’un Languedoc pionnier en la matière.


Source: Agence Bio

Exempte de pesticides, tel le glyphosate qui défraie l’actualité, soucieuse d’une alimentation saine et respectueuse de son environnement, la culture en vins biologiques ne cesse, en France, de conquérir des consommateurs. Elle confirme son expansion à l’export, la viabilité des modes de production et la pertinence de ses choix.
Ce véritable boom sur le bio dans nos verres se mesure d’abord à l’aune des indicateurs économiques. Le secteur affiche un taux de croissance moyen de 20 % par an. La filière a triplé en seulement 7 ans son chiffre d’affaire, à 1,2 milliard d’euros, et ses ventes à l’étranger[1]. Pour faire face à une demande croissante chaque année, l’offre progresse également : + 35 % de vins biologiques entre 2010 et 2016. Les conversions en vin bio grimpent en flèche, passant de 170 en 2014 à 467 pour le seul premier semestre en 2017.
« Nous ne sommes plus une niche, mais bien une filière organisée avec des volumes » démontre Sudvinbio avec près de 2 millions d’hectolitres produits en France en 2016. Une filière plus créatrice d’emplois[2], plus performante dans ses résultats d’exploitation, avec un chiffre d’affaire supérieur de 46% aux viticulteurs conventionnels,  valorise mieux les vins, offrant des prix supérieurs de 10 à 40 %, notamment par une plus forte présence d’AOP dans sa production.[3]


C
ircuit du vin bio produit en France. Source: Sudvinbio

Des consommateurs soucieux de l’origine des vins, de la préservation de l’environnement, de la biodiversité et de leur santé, attentifs au goût se tournent plus facilement vers le bio. Plus de femmes, plus de jeunes, ces moins de 35 ans sensibles à l’éthique portée par le bio, de locavores modifient les données de consommation. Ils achètent en majorité par vente directe (41%), magasins spécialisés et cavistes, peu en supermarchés (17 %), ce qui fait dire à Patrick Guiraud, président de Sudvinbio, que la consommation bio relève aussi d’un acte militant.  

Une marge de progression s’ouvre encore: la France n’est que le 3e vignoble bio du monde,  avec plus de 70 000 ha [4], distancée et fortement concurrencée par l’Espagne et ses 106 000 ha, puis par l‘Italie. L’offre encore déficitaire par rapport à le demande en France incite Sudvinbio à fixer un objectif ambitieux : 50 % de vignes certifiées bio en 2025. Les aléas climatiques de 2017, qui ont entrainé une baisse de production de 25%, n’entravent pas ce désir de  marche en avant.
Une génération prépare le passage de témoin. Arrivée au moment des arrachages massifs en Languedoc-Roussillon, ces vignerons ont fait le choix de replanter et de travailler différemment. Ils ont structuré la production biologique à partir des années 1980. Avec l’objectif 2025, qui n’est que le premier volet d’un plan pour les 25 prochaines années, se profile l’arrivée d’une génération nouvelle. C’est elle qui aura en charge de transformer la vague verte qui déferle en lame de fond, avec quelques enjeux majeurs: la gestion du développement des vins biologiques, les prix, la concurrence.
2025, 25 ans à venir, 25e anniversaire, le chiffre s’affiche dans toutes ses dimensions. Regard sur tout ce qui a été fait, célébration actuelle et cap sur le futur sont à l’ordre du jour.
Florence Monferran


[1] Etude Sudvinbio, juin 2017. En 2016, en un an, les ventes ont progressé de 18 % en France et 32 % à l’export.
[2] Les domaines certifiés bios emploient 1,5 fois plus de salariés, plus permanents et au niveau de technicité plus élevé. étude INRA et Sup Agro Montpellier 2016 
[3] Avec le maraîchage et la production laitière, le vin est le secteur qui affiche les meilleurs résultats d’exploitation : CA moyen de 17 000 €/ha, excédent but d’exploitation double du conventionnel. Le vin bio est plus rémunérateur, de 8 à 10 000 /ha, contre 1300 €/ha pour les céréales par exemple.  Etude INSEE, 5 décembre 2017. 82 % des vins vendus chez les cavistes sont en AOP. Etude Sudvinbio, juin 2017
[4] 70 740 ha certifiés ou en conversion 

1/ La planète bio se donne rendez-vous à Montpellier, Dossier Les vins bio en 2018


Du 29 au 31 janvier 2018, le cœur de la Métropole bat pour les vins biologiques venus du monde entier. Le salon Millésime Bio donne rendez-vous, sur 3 halls, à 1 000 exposants, 5 000 acheteurs professionnels attendus, 15 pays européens et du Nouveau Monde. 40 % de la production française y sera représentée. Fidèle à sa philosophie, il n’accueille que des vins labellisés biologiques, loge tout le monde à la même enseigne, sur de simples tables, deux mètres sur un. Il célèbre cette année ses 25 ans, en mesurant le chemin parcouru depuis la première édition, à Saporta (Lattes). Avec une poignée de précurseurs,  peu pris au sérieux, venus déguster ensemble leur nouveau millésime, est né le nom de Millésime Bio.  Un anniversaire au goût du succès pour la viticulture bio dans le monde, au gout de l’ambition pour son organisateur, Sudvinbio, qui met le cap sur un avenir vert, tout en gérant la croissance du salon. Créée en 1991, l’association fait figure d’expert de la filière bio en Occitanie, organise des évènements, tels Millésime Bio et son concours mondial Challenge Bio, et a même créé une chaine You tube.

Des vins biologiques, toujours plus de vins biologiques
Très stricts sur la certification des vins, effectuant des contrôles pendant le salon, Sudvinbio se veut le garant d’une sécurité d’achat pour le consommateur. Sont également admis des vins qui, outre le label vins biologiques, proposent une certification en biodynamie (Demeter ou Biodyvin). L’édition 2017 a vu apparaître le premier vin vegan, au Château Beaubois à Franquevaux (Gard). Le label Bee Friendly « respectueux de l’abeille » est à ce jour proposé par deux entreprises dans le sud de la France: l’opérateur languedocien Gérard Bertrand, par le biais de partenariats avec les viticulteurs, et Les Vignerons de Buzet (Lot-et-Garonne).
Millésime Bio n’accueille pas de vins nature ou en biodynamie s’ils ne sont pas certifiés en vins biologiques. 

Dans les off, de retour sur Montpellier et ses environs, des vignerons s’expriment en toute liberté, sans obligation de label mais avec le même respect de la terre, dans une relation humaine privilégiée (pas plus d'une cinquantaine d'exposants) et une ambiance décontractée, Vins des amis, Affranchis, Roots 66, BioTop Wines, Vignerons de l’Irréel affichent leur philosophie.
En avant-première de Millésime Bio, auquel elles participeront en nombre, les Vinifilles, association de 18 femmes vigneronnes du Languedoc-Roussillon, organisent une dégustation professionnelle  de vins de 70 femmes vigneronnes en France, à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle de l’association Femmes de vin à Montpellier.
L’année 2018 sera bio, et se conjuguera au féminin.

Challenge Bio, concours international des vins de Millésime Bio, livre son Palmarès

Le concours a accueilli cette année 1516 échantillons. Près de 29 % des vins (434) ont été récompensés de 136 médailles d’or, 201 d’argent et 97 de bronze, par un jury présidé cette année par Klaus Hermann, Directeur de la publication du magazine professionnel allemand WEIN+MARKT.
50 médailles d’or ont été décernées à l’Occitanie. Quelques grands traits ressortent du palmarès : une prédominance des AOP (60 %), des vins rouges (60%), des cépages régionaux, d’origine languedocienne ou rhodanienne. Syrah, grenache, carignan mourvèdre en rouge, grenache blanc, vermentino (rolle), viognier, roussanne en blanc, côtoient des cépages historiques: bourboulenc et muscats, en de l’el gaillacois, seul représentant de l’ancien Midi-Pyrénées. Les piliers du Languedoc viticole, AOP Corbières, Faugères, Cotes du Roussillon, y côtoient les jeunes appellations Terrasses du Larzac, Languedoc Grés de Montpellier, Montpeyroux ou Cabrières. Pays d’Oc, Hérault, Cotes catalanes, Cotes de Thongue témoignent de la vitalité en vins de Pays IGP, du renouveau des vins des Cévennes (deux médailles d’or).
Un palmarès à l’image de la production en vins biologiques : ancrée dans ses terroirs, ses cépages, appuyée sur ses piliers, Château de Caragulhes (Corbières), Château Maris (Minervois-la-livinière), Cazeneuve (Pic-saint-Loup), Domaine Ollier-Taillefer (Faugères), accueillant une jeune garde confirmée, Domaine Decalage ou Virgile Joly (Languedoc AOP)
Tout le palmarès ici :
https://www.challenge-millesime-bio.com/home/palmares
Florence Monferran


Photos: Sudvinbio

Bonne année viticole !

Photo: CIVL

Aux vignes et aux vigneron.ne.s, aux terroirs millénaires, qui nous offrent leurs précieux breuvages !

Soleil en bouteille et or rouge, la vigne, si présente dans nos paysages, notre économie, notre histoire, reprend des couleurs après avoir subi bien des aléas en 2017.  L’année 2018 s’ouvre sous une tonalité très bio, dans une région pionnière et leader en la matière. En janvier et en février, Millésime Bio et Vinisud le démonteront encore. L’Occitanie tient tête à l’adversité, résiste aux changements climatiques, innove, affiche ses ambitions. Face à la menace de disparition d’un modèle d’exploitation familiale, priorité est donnée à l’installation de jeunes viticulteurs, alors qu’une génération, depuis les années 1990, a « magnifié les acquis des anciens et  su travailler ses terroirs pour en prouver la qualité », ainsi que l’exprime l’œnologue Philippe Cambie
Alors bonne année 2018 ! Que prospèrent des terres, des hommes et des femmes, une culture du vin, un art de vivre, dont nous usons avec délice (et modération)
Florence Monferran

 
Les deux plus anciens cépages du Languedoc :
Clairette d'Adissan, bouteille peinte, Jean-Jacques François. Vendange en muscat à petits grains, Vic-la-Gardiole

 

Les Grés de Montpellier refont salon

 

Au programme :

Vendredi 15 décembre :

  • dégustation/vente de 16h00 à 21h00

Samedi 16 décembre:

  • dégustation-vente de 12h00 à 20h00
  • 14h00: Histoire des Grés de Montpellier avec Jean Clavel, fondateur des AOC Languedoc
  • 16h00 : visite oenologique au Musée Fabre,
  • 16h30 : Master Class, comprendre et déguster des Grés de Montpellier, avec Daniel Roche, sommelier

Participation : 3 €, verre offert (5€ pour 2)
Restauration sur place par Cabiron Traiteur

 

 Second wine show - december 15 and 16th.
Saint Côme hotel, 32 Grand'rue Jean-Moulin - Montpellier

23 vineyards will be present, from 46 different villages.

Program

Friday december 15th:

  • wine tasting and sale from 4pm to 9pm

Saturday december 16th:

  • wine tasting and sale from 12 to 8pm
  • 2pm: Jean Clavel, fonder of Languedoc AOC will give a conference about the Montpellier Gres
  • 4pm: Wine tour at the Fabre museum
  • 4.30pm: Master Class, understanding and tasting Montpellier Gres, with Daniel Roche, sommelier

Participation : 3 €,  (5€ for 2)
wine glass offered
Catering by Cabiron Traiteur

   

Les 15 et 16 décembre, les vignerons des Grés de Montpellier investissent à nouveau l’Hôtel Saint-Côme pour y tenir la deuxième édition de leur salon des vins. Le lieu toujours inspirant, siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Hérault,  a abrité la cotation des vins jusqu’en 2008. Il illustre encore son passé viticole à travers un fameux vitrail figurant le Pic-Saint-Loup, des gypseries illustrant les vendanges et des ferronneries d’art aux grappes de raisin.

23 vignerons seront présents, symbole de la vaste et jeune appellation, créée en 2002. Sur quarante-six communes, de Montagnac à Saturargues, de Saint-Martin-de-Londres à Villeneuve-lès-Maguelone, protégés des vents du nord par les Cévennes, nourris d’influence maritime, ses vignobles ont en commun un enracinement profond, un rendement moindre sur les sols pauvres de leurs collines, enserrant la métropole en un vaste amphithéâtre. L’amplitude thermique permet une maturation douce des baies et des tanins. Dans ces grés, cailloux en occitan, l’appellation puise son nom, recherche une typicité, une identité gustative autour de ses cépages, grenache, syrah, mourvèdre. Une trame s’est construite sur une finesse, une fraicheur et une élégance reconnues. Son hétérogénéité a renforcé la cohésion du groupe, et la moitié des Domaines a opéré sa conversion en vins biologiques. Toujours enclins à allier vins et patrimoine, véritables ambassadeurs viticoles de la Métropole, les Grés de Montpellier s’inscrivent dans le projet de « Route des vins, du patrimoine et des métiers d’art » de la CCI de l’Hérault, qui prendra la forme  d'un site dédié et d'une application interactive début 2018.
Trois temps forts rythmeront les dégustations : une conférence sur l’histoire des Grés de Montpellier, une master class pour apprendre à en déguster les vins, et une visite au Musée Fabre, alliant vin et art, comme savent le faire les vignerons de l’appellation.

Florence Monferran

 

 

Les Grés de Montpellier

  • Superficie en production : 12 000 hectares dont 1 000 classés en AOC Languedoc–Grés de Montpellier et 201 ha actuellement en production
  • Aire de production : 46 communes (Assas, Aumelas, Beaulieu, Boisseron, Campagne, Castelnau-le-Lez, Castries, Combaillaux, Cournonsec, Cournonterral, Garrigues, Gignac (pour partie), Guzargues, Juvignac, Lavèrune, Lunel, Lunel-Viel, Mauguio, Montagnac, Montbazin, Montpellier, Murviel-lès-Montpellier, Pignan, Plaissan, Poussan, Prades-le-Lez, Restinclières, Saturargues, Saint-Aunès, Saint-Bauzille-de-la-Sylve, Saint-Bauzille-de-Montmel, Saint-Christol, Saint-Clément, Saint-Drézéry, Saint-Genies-des-Mourgues, Saint-Georges-d’Orques, Saint- Pargoire, Saint-Pons-de-Mauchiens, Saint-Séries, Saint-Vincent-de-Barbeyrargues, Sussargues, Vailhauques, Vendémian, Vérargues, Villeneuve-lès-Maguelone, Villeveyrac).
  • Nombre de producteurs sur la zone Grés de Montpellier : 40 caves particulières 2 caves coopératives
  • Production annuelle : 80 726 hectolitres, dont 7 090 hectolitres en AOC Languedoc-Grés de Montpellier.
  • Rendement maximum : 45 hl/ha
  •  Couleur : vins rouges uniquement
  •  Commerce : quasi exclusivement vente en bouteille

 

 

Trente ans, l’âge de la maturité pour les Pays d’Oc IGP

Avec le Domaine de Verchant, près de Montpellier, comme écrin,  Pays d’Oc IGP, vins de pays et de cépages, célébraient le 5 décembre leur trentième anniversaire sous le signe d’une incontestable réussite, d’une qualité reconnue dans le monde entier. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La moitié du vignoble languedocien, soit 120 000 ha, autant que la surface totale du vignoble bordelais, produit des vins de pays, issus de 58 cépages, d’une infinité de combinaisons et d’expressions aromatiques. 1 200 caves particulières, 175 caves coopératives, travaillent dans une rigueur qualitative : 100 % des vins  sont contrôlés en cuves. La production est passée en trente ans de 200 000 à 6 millions d’hl. Elle se place à elle seule au 5e rang mondial d’exportation de vins de cépages. 916 millions de bouteilles circulent dans le monde entier, il s’en ouvre 24 chaque seconde. Les clés de ce succès ? Olivier Simonou, président de l’Interprofession Inter’Oc évoque « un socle qui a su conquérir le monde sur des bases compétitives et qualitatives » 
Plus encore que  grands témoins conviés à en retracer les formes, ce sont les acteurs de cette saga qui sont venus éclairer près d’un demi-siècle de viticulture languedocienne, apportant par leur narration une nouvelle pierre à cette histoire. 
Une révolution languedocienne est en marche au tournant des années 1980, en deux volets : création des AOC Languedoc en décembre 1985, puis  des Vins de Pays d’Oc deux ans plus tard, nés de la rencontre du producteur et syndicaliste Jacques Gravegeal et du négociant Robert Skalli. Rien ne préfigurait un tel schéma. Interrogés sur les résistances au projet, quelques-uns de ces leaders rappellent l’opposition à la remise en cause de systèmes et habitudes de production. Selon Yves Barsalou, « une partie du monde vigneron n’a pas compris que Jacques Gravegeal et Robert Skalli n’avaient en tête que le succès de leur région ». L’autre partie a du mal à se projeter dans l’avenir, alors que la viticulture languedocienne vit les convulsions d’une grave crise de mévente de ses vins de table, de concurrence européenne, conduisant à des arrachages massifs. 200 000 ha disparaissent, l’équivalent de la surface actuelle du vignoble. Il n’est question que de distillation, de primes pour soutenir une viticulture au bord de l’asphyxie. La production et le commerce entrent en guerre ouverte. Montredon, en mars 1976,  marque à l’encre noire cette époque. Deux morts et une quinzaine de blessés dans les affrontements entre vignerons et CRS laissent des plaies qui ne cicatrisent pas.

Jean Clavel (à droite)

Une poignée d’hommes que rien ne prédestinait à travailler ensemble bénéficie de la conjonction de quelques bonnes étoiles… et de soutiens énergiques à la naissance des Vins de Pays d’Oc.
Jean Clavel : « Il fallait transformer les esprits »
A l’origine du concept Vins de Pays d’Oc, Jean Clavel, alors jeune directeur des Coteaux du Languedoc, lance avec Jacques Gravegeal une réflexion pour « élaborer un concept de valorisation des vins » en dehors des AOC nouvellement créées. 140 vins de pays disparates, le meilleur et le pire, cohabitent alors en Languedoc, sans communication entre eux et sans visibilité. L’objectif est d’en améliorer la qualité, trouver une discipline interne et les faire découvrir aux consommateurs.
Yves Barsalou : « Nous sommes les témoins d’une époque révolue »
Président de la Caisse régionale du Crédit Agricole de 1974 à 2000, et président national pendant quinze ans, il est celui qui a doté le projet de moyens financiers, avec la Banque verte. Il éprouve plaisir et nostalgie à retracer les premiers pas de cette saga.
Eric Brousse : « Bâtir ensemble une nouvelle catégorie de vins ouverts sur le monde »
C’est avec lui , en tant que président des Chais beaucairois et acheteur du groupe Casino, que sont jetées les bases de la relation entre production et négoce.
La présence au premier rang de l’auditoire de Jacques Blanc n’est pas anodine. Robert Skalli évoque, avec son implication dans le projet en tant que Président de la Région Languedoc-Roussillon, sa disponibilité sur le terrain.
Le rôle de Denis Boubals, éminent professeur à l’Ecole d’Agronomie de Montpellier, qui envoie ses meilleurs agronomes sur le terrain régional plutôt qu’en Australie, au service du projet, est également souligné.

Les grands travaux de la mise en route des Vins de Pays d’Oc, c’est « un tandem de choc » selon Yves Barsalou, qui les mène. Jacques Gravegeal et Robert Skalli partagent une vision identique. « Nous avons vu tous deux le monde entier bouger pour les vins de cépage. Pourquoi pas  le Languedoc-Roussillon ? » témoigne Robert Skalli.
Le monde des cépages, ce dernier l’a découvert un peu plus tôt. Parti en Californie, il rencontre Robert Mondavi, producteur de vins visionnaire en la matière dans la Napa Valley, observe que le Languedoc présente des similitudes de terroirs. En 1982, il acquiert 250 ha de vignes là-bas. De retour en France, il plante en masse trois cépages : chardonnay, merlot et cabernet-sauvignon, crée la marque Fortant de France se dote, sur les conseils de Denis Boubals, d’un chai révolutionnaire de 2500 à 3000 barriques à Sète, car la région pèche par ses techniques d’élevage tout comme de vinification, étapes aussi capitales, pour faire un grand vin, que le cépage, le terroir ou le climat.
Jacques Gravegeal voit en lui« l’homme providentiel pour cette région ». Le contexte viticole leur donne une envie forte d’innover, de trouver une troisième voie, entre vins de table en perdition et jeunes AOC en construction. Il s’appuie sur l’expérience américaine du jeune négociant, sur les banques, les institutions et les producteurs pour tracer la feuille de route des Vins de Pays d’Oc. Priorité est donnée aux cépages, au moment où le concept anglo-saxon prend le pas sur le concept latin de vins aux multiples cépages et au labyrinthe d’appellations. Dans un second temps, il s’agit de consolider la qualité, avec un label prévendu. L’agrément qualitatif ,« clé de notre réussite «  ne  laisse circuler aujourd’hui, aucun vin sans son Passeport.
Une dynamique de communication axée en particulier sur des campagnes publicitaires qu’un petit film évoque, fait défiler cette histoire en accéléré, de L’époque est au Pays d’Oc (2002)  au  Vins de Pays, un trésor de cépages (2007), jusqu’aux  Vins de cépages, vins de créateurs »(2012) et  l’art et la manière (2014), campagne d’inspiration fauviste, nous rappelant que Robert Skalli a été un mécène de l’art à Sète.
L’installation au Domaine de Manse, à Maurin, en 2002, la création de l’Interprofession Inter’Oc (2006), courroie de transmission qui regroupe un organisme de défense et de gestion uniques, la reconnaissance officielle des IGP en 2009 au sein de la maison INAO jalonnent les étapes du décollage des vins de pays, partis à la conquête du monde. 
Aujourd’hui, le Club des Marques (négoces), les Collections (producteurs) ambassadeurs du label, les effervescents entrés depuis peu dans les IGP, portent les Pays d’Oc. La contractualisation, levier technique des rapports entre production et commercialisation, ouvre un dernier chantier « ancré sur des durées significatives » pour gérer l’offre et la demande et la compétitivité des vins sur les marchés.

            
Florence Barthès, Laurent Sauvage, Jacques Gravegeal, Robert Skalli. Samuel Masse ( à droite)

Pays d’Oc IGP aborde ces nouvelles étapes de son histoire avec le début de travaux de nouveaux bâtiments, salles de réception et de dégustation, et songe à l’engagement des jeunes générations pour poursuivre l’œuvre accomplie. Samuel Masse, président des Jeunes agriculteurs de l’Hérault, né avec les vins de Pays – il aura bientôt trente ans lui aussi- incarne cette génération Pays d’Oc qui reprendra le flambeau, face à de nouveaux défis : le renouvellement des générations sur un territoire en proie à la déprise agricole, avec de plus en plus de terres en friches, la pression foncière et  démographique, mais aussi les enjeux d’irrigation des vignes, l’évolution des modes de consommation ou des besoins sociétaux vers de nouvelles pratiques, éco-durables. Avec Jacques Gravegeal, il se bat pour l’installation des jeunes et la possibilité de plantations nouvelles, grâce à une aide régionale, obtenue, et à une aide supplémentaire des Pays d’Oc de 1000 €/ha.
Que seront les trente prochaines années ? Olivier Simonou fait de la notoriété de Pays d’Oc IGP le point crucial du futur. La notion de cépage sera-elle une notion durable ? Si les plus grands volumes sont échangés sur ce type de vins, Florence Barthès, directrice générale de Pays d’Oc et de l’ODG, précise que « le challenge n’est pas de vendre un cépage, mais Pays d’Oc cépage ». C’est ce qui fera la différence, selon Jacques Gravegeal,  au milieu d’une forte concurrence, « Ce défi exige une législation européenne favorable à notre concept », allusion à peine voilée aux difficultés nées de la concurrence espagnole actuelle.  Robert Skalli déploie une vision tout en optimisme : « les vins de cépage doivent durer des siècles ! Ce n’est pas une mode, mais un type de consommation. L’avenir sera à des cépages de mieux en mieux adaptés au consommateur, sur un positionnement prix de plus en plus premium ».
La famille Pays d’Oc s’est élargie petit à petit aux vieux cépages du Languedoc, bourboulenc, mauzac, muscat, aux cépages emblématiques de la région, grenache, carignan, mourvèdre, à des cépages venus d’ailleurs en France, comme le manseng, le point noir ou le gewurztraminer, des cépages importés, comme l’alvarinho, le sangiovese, des métis, marselan et caladoc. Elle réfléchit aux futurs cépages, résistants aux maladies et à la sécheresse. Toujours en prise avec son temps, la tête tournée vers l’avenir. Trente ans, âge de la maturité et temps de la transmission, un bel âge pour les vins de pays languedociens.
Florence Monferran

Une cuvée anniversaire est signée Fortant de  France avec six cépages syrah et grenache pour la richesse et le velouté, cabernet et merlot pour la puissance et structure, malbec pour la robustesse, pinot noir pour l’élégance et l’harmonie. 3000 bouteilles en magnum,  collector non commercialisées.

Pomerols : La famille des vins Beauvignac a fêté les Millésimes 2017

Le Président Jean-Louis Atienza, Joël Julien, Directeur Général des Costières de Pomérols, les membres du conseil d’administration ainsi que l’équipe des vins Beauvignac avaient invité, samedi 9 Décembre 2017, personnalités et amis à venir partager un instant festif et convivial  pour fêter et déguster les Millésimes exceptionnels 2017 de la famille des vins de Beauvignac, accompagnés d’une belle sélection de mets du terroir aux saveurs du Sud.

Le président Atienza a salué les représentants de Sète Agglopôle Méditerranée ; Vincent Gaudy, maire de Florensac, vice président du département ; Robert Gairaud, maire de Pomerols, vice président de l’agglomération Hérault méditerranée et Laurent Durban, premier adjoint au maire de Pomérols.

« Cette année a été un millésime encore une fois difficile, a souligné le président, difficile par rapport à la sécheresse que nous subissons depuis deux ans et qui implique une vendange précoce qui a débuté le 15 août. Nous avions fait 104 000 hectolitres en 2016, cette année nous en sommes à 80 000 hectolitres. Malgré les aléas climatiques, nous arrivons à faire des produits excellents grâce à l’adaptation de nos vinifications.» Jean-Louis Atienza a conclu son intervention par des remerciements aux membres du personnel ainsi qu’aux viticulteurs, coopérateurs et administrateurs.   

 « La dégustation de ce nouveau millésime est un moment de découverte pour savourer le travail de nos vignerons et celui de nos équipes au niveau de la vinification et de l’assemblage, a poursuivi le Directeur Général, Joël Julien. Ce millésime est historiquement le plus faible jamais réalisé. Nous sommes tributaires de la nature. Par contre des raisins magnifiques, très murs, tres concentrés  nous ont permis d’élaborer des vins aromatiquement intenses avec beaucoup de fraicheur, d’élégance, de finesse, de saveur et d’équilibre en bouche. »

Mais, la problématique existe, elle est malheureusement due au manque de volume qui pénalise aujourd’hui  les Costières de Pomérols dans sa croissance commerciale par rapport à la faiblesse de la récolte, Beauvignac étant producteur et non négociant. De ce fait, la finalisation des projets de restructuration avec la cave de Florensac se déciderait le 19 décembre prochain ce qui permettrait d’alimenter de façon plus importante les circuits commerciaux des caves de Pomérols.

« Notre ambition est de maintenir de l’activité économique, a conclu Joël Julien, ainsi que de bien faire vivre nos vignerons le mieux possible, Ils nous font confiance. C’est aussi grâce à ça que tous ensemble, nous sommes plus fort pour valoriser le travail de ce terroir avec ses cépages exceptionnels que nous exportons partout dans le monde. »

Cette sympathique manifestation a été agrémentée par un moment choral avec le groupe vocal Tempomérols et le collectif des Zygomoteurs, venu en avant-première, présenter leur nouvel album. 

Claude Stekelorom

Les Clos de Miège présentent le millésime 2015 de Prima Ora

Vin naturellement doux élaboré de bout en bout sans sulfites ajoutés.

La sortie d’un nouveau millésime de la cuvée patrimoniale Prima Ora des Clos de Miège est toujours un événement attendu. Elle vient d'être présentée à Paris ce 1er décembre. Dans la continuité du travail rigoureux mené par Florence Monferran, le vin conserve ses caractéristiques techniques et historiques. La démarche en accord avec la nature est poussée aujourd’hui jusqu’à l’absence totale de sulfites ajoutés, y compris à la mise en bouteille. Cette prouesse technique sur des vins comportant des sucres résiduels n’a été possible qu’avec l’appui technique de spécialistes des vins doux.

   


Florence Monferran
lors de la journée du patrimoine
 

Florence Monferran, historienne et vigneronne, poursuit, entre Sète et Montpellier, l’élaboration de cuvées patrimoniales avec l’Originel et Prima Ora. Remettant en lumière des productions oubliées en vin naturellement doux, ces cuvées reproduisent les pratiques les plus anciennes, comme la surmaturation des raisins des Romains. Prima Ora s’attache plus précisément à reproduire les pratiques d’excellence des 17e et 18e siècles, attestées dans les archives sur les terroirs historiques du muscat à petits grains. Tant les pratiques culturales que les méthodes de vinification ou les temps d’élevage, entre 24 et 36 mois en fûts de chêne, sont scrupuleusement respectés.

Après un premier millésime en 2013, médaillé d’or aux Héritières de Bacchus, une nouvelle cuvée vient d’être mise en bouteille sur le millésime 2015, année ayant donné, en quantité, un très beau passerillage (raisin séché sur pied). Tout en rondeur et en complexité, le vin offre une robe d’or intense, un nez d’agrumes, épices douces puis fleurs blanches, un velouté en bouche sur ses notes caractéristiques de fruits confits et de miel.

Poussant les méthodes d’élaboration – une conduite à la vigne dans une biodiversité retrouvée, une vinification et un élevage sans intrants, en particulier sans sulfites ajoutés - , la cuvée franchit une ultime étape  en ne subissant pas d’adjonction de SO2 à la mis en bouteille. Elle se positionne en vin nature, dans la rigueur d’un travail en cours de certification en vins biologiques, et dans la rigueur d’un travail historique parti à la recherche d’un goût perdu.

Contact :

Florence Monferran
Les clos de Miège
44, rue des jardins
34 110 VIC-LA-GARIDOLE

06 25 55 16 96

http://lesclosdemiege.fr

Des cépages et des terroirs oubliés

Deux manifestations ont alimenté, les 11 et 12 novembre, la chronique des cépages anciens dans le sud de la France. Les Rencontres des cépages modestes à Saint-Côme-d’Olt (Aveyron) ont réuni vignerons et chercheurs tandis que le 3e salon des cépages et terroirs  oubliés, à l’initiative de l’association Terre de Treilles, accueillait un public curieux à Chabeuil, près de Valence (Drôme). Outre ses célèbres vins, la Vallée du Rhône, ceinte de vignobles renaissants, alpin (Isère et Savoie) et cévenol (Ardèche et Gard), assiste à la mise à jour de cépages négligés, dans l’esprit d’une vinodiversité, souvent menée en culture biologique voire biodynamique.


Voici égrenés, au fil des stands, le cortège de noms ressurgis d’un lointain passé, tibouren ou ugni blanc romains, dureza et chatus rhodaniens, ribairenc et œillade languedociens, de lieux autrefois couverts de vignobles, des Coteaux de Gier aux terroirs oubliés de Moselle, de hasards, improbables fils de la redécouverte de quelques souches, multipliées par la passion d’un homme, d’une association.
L’invasion du phylloxéra, insecte qui détruit le vignoble français fin XIXe s., suivi par la Iere guerre mondiale mettent à mal ces cépages de moindre degré, peu productifs, emportés après 1945 dans l’ère d’une viticulture intensive, soucieuse de rentabilité économique. Disparus du catalogue officiel des variétés de la vigne[1], leur renouveau tient à la ténacité de quelques-uns, à partir des années 1980, à un Robert Plageoles à Gaillac dont les sélections massales (multiplication des plants) fournissent en prunelard Michel Issaly, présent avec son Domaine de la Ramaye.
Ces cépages forment une grande famille, dont le séquençage des gènes reconstitue les arbres généalogiques. Ainsi, dureza et mondeuse blanche de Savoie sont-ils reconnus par l’université de Davis en Californie comme les parents génétiques de la syrah, emblématique de la Vallée rhodanienne, désormais présente à l’échelle mondiale.
Cherchés, identifiés, sélectionnés pour ne conserver que les pieds sains et vivaces, multipliés lentement, ils ne donnent parfois que des micro- cuvées : 0,5 hl de chouchillon, aux arômes beurrés, de poire williams, chez Guy Bonnand, en biodynamie sur les Coteaux de Gier, ou, au Clos Centeilles en Minervois, 23 cépages languedociens alimentant – véritable conservatoire vivant des cépages nobles du XVIIIe s. - 85 cuves, de l’araignan (picardan) à la clairette rose, tous en vins biologiques.
Ici, trente ares de Gros Noir sauvés de l’arrachage au Domaine de Yoann (Ardèche) donnent un vin coloré, fruité, de cerise et griotte. Là, au pied des Cévennes, sur des schistes et des grés, subsistent 50 ha de chatus cité en 1590 par le père de l’agronomie, Olivier de Serres, un vin acidulé, très utile en assemblage, élevé dix-huit mois en fûts au Mas de Bagnols (Ardèche)
Ils se diffusent peu, s’accrochent à quelques localités. Le vénérable et pâle Rosé du Var, enfant du gouais blanc médiéval, et sans doute très ancien, tout comme le tibouren, fin et délicat, arrivés sur les côtes varoises, ne dépassent pas les limites du département, tout comme brocol, ondenc ou loin de l’œil (car il poussait à l’écart) se cantonnent à l’aire du Gaillacois.

Domaine Bouisse Matteri (Hyères)
Clos Centeilles (Siran)

 Ils reprennent vie, œuvres individuelles, telle celle d’un Pascal Jamet ramenant d’Isère le dureza et le verdesse sur son domaine en cotes du Rhône, ou œuvre collective, à l’instar du syndicat des collines rhodaniennes, qui veut faire entrer plusieurs cépages à la fois au catalogue officiel des variétés (mornen noir, durif, rousse, chouchillon), et de la toute jeune AOP Moselle, sur des terroirs réputés tombés en désuétude, passés de 22 000 ha avant le phylloxéra à 60 ha aujourd’hui Au domaine des Béliers, la famille Maurice récupère des friches agricoles, presque neutres. Elle y élabore, en culture biologique, des vins blancs fins et légers.
Sans repère, sans indicateur sur le comportement de ces cépages à la vigne et en cave, il faut être inventif, observer, analyser, expérimenter, savoir attendre. Au Clos Centeilles, la famille Boyer a passé dix ans à couper les raisins sans les vinifier avant d’élaborer une cuvée. Plusieurs vignerons pratiquent, comme autrefois, la complantation des cépages, imaginent des vignes en pergola comme en Italie, ou en hautain. De peu de degré en pleine maturité, adaptés à leurs lieux de production et résistants face aux maladies, ils intéressent les chercheurs. De fort caractère, à l’image du brocol et du duras, ou tout en délicatesse, comme le mourvaison, ils forgent des vins de garde.
« J’ai été initié dès mon plus jeune âge à la dégustation par le biais de ces cépages. Il est peu dire que quand j’en bois, toute une vie, les paysages et l’atmosphère des collines reviennent » confie un amateur gaillacois. Car les noms chantent, parlent aux anciens, évoquent odeurs et saveurs enfouies, fiertés retrouvées.

Guy Bonnand (Saint- Maurice-sur-Dargoire)  

Des amoureux de leur terre s’expriment, à l’exemple de François Henry pour ses vins de Saint-Georges d’Orques (Hérault), le Mailhol (cépages du XVIIIe siècle), le Villafranchien (sol de galets roulés) ou Les Chailles (calcaires de silex).  « Il s’agit d’un vin du lieu, qui raconte une histoire, ses cailloux, ses odeurs, qui influencent le vigneron dans la conduite de sa vigne et de son travail en cave ». Ainsi le morrastel doit-il sa réputation à la proximité de l’abbaye cistercienne de Valmagne (Hérault) puis à l’appréciation de Thomas Jefferson, futur président des Etats-Unis qui conforte, fin XVIIIe, à l’exportation, la qualité des vins locaux .
Ces vignerons et vigneronnes rêvent-ils, pour les cépages modestes, d’un destin similaire à celui du viognier, presque disparu dans les années 1960 en raison de la difficulté à le conduire, devenu aujourd’hui un des cépages les plus appréciés dans le sud est de la France ?
De beaux restes, nom d’une cuvée de Guy Bonnand, composée à 40 % de Mornen, « voilà ce qui reste quand on s’écarte des 15 cépages les plus plantés au monde ». Le vin, par sa qualité, symbolise ce renouveau des cépages oubliés, tant pratique culturale, retour à ses racines que vision d’une démarche dans son environnement et dans le monde. C’est tout ce qui nous a été donné de voir lors de ce salon, qui nous emporte même jusqu’en Moldavie. Initié par Pierre Vidal et des amateurs de vin passionnés, il entend faire vivre nos patrimoines viticoles, leurs cépages et leurs terroirs, les vins produits à nouveau, produit d’un lieu, d’un homme et d’une femme, d’une histoire.

Florence Monferran




[1]  Le catalogue répertorie les espèces et leurs variétés cultivées issues de sélections autorisées à la culture  et à la vente