Des cépages et des terroirs oubliés

Deux manifestations ont alimenté, les 11 et 12 novembre, la chronique des cépages anciens dans le sud de la France. Les Rencontres des cépages modestes à Saint-Côme-d’Olt (Aveyron) ont réuni vignerons et chercheurs tandis que le 3e salon des cépages et terroirs  oubliés, à l’initiative de l’association Terre de Treilles, accueillait un public curieux à Chabeuil, près de Valence (Drôme). Outre ses célèbres vins, la Vallée du Rhône, ceinte de vignobles renaissants, alpin (Isère et Savoie) et cévenol (Ardèche et Gard), assiste à la mise à jour de cépages négligés, dans l’esprit d’une vinodiversité, souvent menée en culture biologique voire biodynamique.


Voici égrenés, au fil des stands, le cortège de noms ressurgis d’un lointain passé, tibouren ou ugni blanc romains, dureza et chatus rhodaniens, ribairenc et œillade languedociens, de lieux autrefois couverts de vignobles, des Coteaux de Gier aux terroirs oubliés de Moselle, de hasards, improbables fils de la redécouverte de quelques souches, multipliées par la passion d’un homme, d’une association.
L’invasion du phylloxéra, insecte qui détruit le vignoble français fin XIXe s., suivi par la Iere guerre mondiale mettent à mal ces cépages de moindre degré, peu productifs, emportés après 1945 dans l’ère d’une viticulture intensive, soucieuse de rentabilité économique. Disparus du catalogue officiel des variétés de la vigne[1], leur renouveau tient à la ténacité de quelques-uns, à partir des années 1980, à un Robert Plageoles à Gaillac dont les sélections massales (multiplication des plants) fournissent en prunelard Michel Issaly, présent avec son Domaine de la Ramaye.
Ces cépages forment une grande famille, dont le séquençage des gènes reconstitue les arbres généalogiques. Ainsi, dureza et mondeuse blanche de Savoie sont-ils reconnus par l’université de Davis en Californie comme les parents génétiques de la syrah, emblématique de la Vallée rhodanienne, désormais présente à l’échelle mondiale.
Cherchés, identifiés, sélectionnés pour ne conserver que les pieds sains et vivaces, multipliés lentement, ils ne donnent parfois que des micro- cuvées : 0,5 hl de chouchillon, aux arômes beurrés, de poire williams, chez Guy Bonnand, en biodynamie sur les Coteaux de Gier, ou, au Clos Centeilles en Minervois, 23 cépages languedociens alimentant – véritable conservatoire vivant des cépages nobles du XVIIIe s. - 85 cuves, de l’araignan (picardan) à la clairette rose, tous en vins biologiques.
Ici, trente ares de Gros Noir sauvés de l’arrachage au Domaine de Yoann (Ardèche) donnent un vin coloré, fruité, de cerise et griotte. Là, au pied des Cévennes, sur des schistes et des grés, subsistent 50 ha de chatus cité en 1590 par le père de l’agronomie, Olivier de Serres, un vin acidulé, très utile en assemblage, élevé dix-huit mois en fûts au Mas de Bagnols (Ardèche)
Ils se diffusent peu, s’accrochent à quelques localités. Le vénérable et pâle Rosé du Var, enfant du gouais blanc médiéval, et sans doute très ancien, tout comme le tibouren, fin et délicat, arrivés sur les côtes varoises, ne dépassent pas les limites du département, tout comme brocol, ondenc ou loin de l’œil (car il poussait à l’écart) se cantonnent à l’aire du Gaillacois.

Domaine Bouisse Matteri (Hyères)
Clos Centeilles (Siran)

 Ils reprennent vie, œuvres individuelles, telle celle d’un Pascal Jamet ramenant d’Isère le dureza et le verdesse sur son domaine en cotes du Rhône, ou œuvre collective, à l’instar du syndicat des collines rhodaniennes, qui veut faire entrer plusieurs cépages à la fois au catalogue officiel des variétés (mornen noir, durif, rousse, chouchillon), et de la toute jeune AOP Moselle, sur des terroirs réputés tombés en désuétude, passés de 22 000 ha avant le phylloxéra à 60 ha aujourd’hui Au domaine des Béliers, la famille Maurice récupère des friches agricoles, presque neutres. Elle y élabore, en culture biologique, des vins blancs fins et légers.
Sans repère, sans indicateur sur le comportement de ces cépages à la vigne et en cave, il faut être inventif, observer, analyser, expérimenter, savoir attendre. Au Clos Centeilles, la famille Boyer a passé dix ans à couper les raisins sans les vinifier avant d’élaborer une cuvée. Plusieurs vignerons pratiquent, comme autrefois, la complantation des cépages, imaginent des vignes en pergola comme en Italie, ou en hautain. De peu de degré en pleine maturité, adaptés à leurs lieux de production et résistants face aux maladies, ils intéressent les chercheurs. De fort caractère, à l’image du brocol et du duras, ou tout en délicatesse, comme le mourvaison, ils forgent des vins de garde.
« J’ai été initié dès mon plus jeune âge à la dégustation par le biais de ces cépages. Il est peu dire que quand j’en bois, toute une vie, les paysages et l’atmosphère des collines reviennent » confie un amateur gaillacois. Car les noms chantent, parlent aux anciens, évoquent odeurs et saveurs enfouies, fiertés retrouvées.

Guy Bonnand (Saint- Maurice-sur-Dargoire)  

Des amoureux de leur terre s’expriment, à l’exemple de François Henry pour ses vins de Saint-Georges d’Orques (Hérault), le Mailhol (cépages du XVIIIe siècle), le Villafranchien (sol de galets roulés) ou Les Chailles (calcaires de silex).  « Il s’agit d’un vin du lieu, qui raconte une histoire, ses cailloux, ses odeurs, qui influencent le vigneron dans la conduite de sa vigne et de son travail en cave ». Ainsi le morrastel doit-il sa réputation à la proximité de l’abbaye cistercienne de Valmagne (Hérault) puis à l’appréciation de Thomas Jefferson, futur président des Etats-Unis qui conforte, fin XVIIIe, à l’exportation, la qualité des vins locaux .
Ces vignerons et vigneronnes rêvent-ils, pour les cépages modestes, d’un destin similaire à celui du viognier, presque disparu dans les années 1960 en raison de la difficulté à le conduire, devenu aujourd’hui un des cépages les plus appréciés dans le sud est de la France ?
De beaux restes, nom d’une cuvée de Guy Bonnand, composée à 40 % de Mornen, « voilà ce qui reste quand on s’écarte des 15 cépages les plus plantés au monde ». Le vin, par sa qualité, symbolise ce renouveau des cépages oubliés, tant pratique culturale, retour à ses racines que vision d’une démarche dans son environnement et dans le monde. C’est tout ce qui nous a été donné de voir lors de ce salon, qui nous emporte même jusqu’en Moldavie. Initié par Pierre Vidal et des amateurs de vin passionnés, il entend faire vivre nos patrimoines viticoles, leurs cépages et leurs terroirs, les vins produits à nouveau, produit d’un lieu, d’un homme et d’une femme, d’une histoire.

Florence Monferran




[1]  Le catalogue répertorie les espèces et leurs variétés cultivées issues de sélections autorisées à la culture  et à la vente

 

La vigne à la croisée des chemins

Quels cépages, demain, en Occitanie?

 

 

Grapevine future : which grape varieties to select tomorrow in Occitania ?

2017 has been a catastrophic year worldwide for grapevines, between spring frost in Europe and fire damaged grapevines in California. Historical year as it is, in France we have had the lowest ever seen wine production since 1945, with less than 37 million hectolitres. Without being able yet to measure the economic consequences, we have to think about three crucial points in Occitania : lack of water, ways to resist deseases, and weather changes. Those points lead us to think about which vine-growing for tomorrow, conventional or organic, which production mode, industrial or artisanal, to satisfy consumers in terms of quality, variety of wines, alimentary safety ? Visible effects of climate changes- earlier harvest, higher alcohol degree of the wine, lower productivity- as well as questioning about dryness and watering, the use or no use of pesticides, the uncertitude about the use of glyphosate in Europe, are examples of why we need to think about our environment. Modify cultural habits of wine-growers, pollute less, be more careful about water supplies, the necessary biodiversity, producer's health as well consumer's, stakes are high !
Grapevines represent 3,7% of agriculture area, but use 20 % of pesticides in France. Therefore, Languedoc AOC have signed in october 2017, an agreement over three years for their 38 controled designations, over 43.000 ha.
The first point to be questionned is the map of grapevines variety. Within Languedoc, pioneer in all sorts of experiments throughout history, up to agricultural biological culture, soon met by Gers and Tarn, all sorts of ideas have been raised in order to save production.
Favour late vines varieties, like piquepoul, clairette, mourvèdre, manseng, cabernet-franc and other tannat ? That idea is logical, as they suffer less from dry and hot summers, and beneficiate of september rains. But for how long ?
Change grape varieties ? French wine institute of grapevines and wines (IFV), which keeps the genetic sources of our grapevines and creates new varieties, and the National research institute in agriculture (INRA) work in that direction. Languedoc AOC study the possibility of planting greek and italian grapevines, more resistant to heat. Laurent Audequin, in charge of the research and development department at IFV, explains that assyrtiko « bears high temperatures, weak rains, and keeps a stunning freshness ». They think about solutions with better tolerance to hydric stress graftings. Crossbreed grape varieties in order to improve them ? It's always been. Marselan and caladoc, Chasan and arinarnoa, conceived in Montpellier, are hybrid.
Create new varieties, resistant to drought, as well as deseases ? Searchers interbreed our vines varieties, Vitis vinifera, with other american or asian varieties, containing better resistant genes. The objective is to keep production levels in spite of climate changes, and lower pesticides use, currently used up to 80 % to fight two diseases, oïdium and mildiou. This is a big job for scientists who are up to the 5th generation of hybrids. They are working on creating 30 resistant varieties to be commercialised within 10 years. This looks promising, although there is a total uncertainty about resistance durability against diseases. But progress is on the way. Three varieties are in the french catalogue since june 2017. 60 wine-growers are volunteers for trials in 2018, just like those conducted by la Colombette domain in Beziers, to study the vines. Young Picpoul de Pinet AOC thinks about a resistant variety able to adjust to trimming new conditions. There are leads to find varieties giving a lower alcohol degree. As Laurent Audequin says, « the big challenge is to adjust them to climate changes ».
Come back to old grape varieties. As of today, 6 grape varieties dominate worldwide production. Today are planted terret and black piquepoul, vine varieties from the 18th century at Saint-Georges d’Orques domain (Herault) or at Clos de Centeilles (Aude), manseng noir from cotes de Saint-Mont (Gers), or prunelard re-discovered by Robert Plageoles in Gaillac (Tarn). A european research, GrapeOnFarm, drew up an inventory of these rare vine varieties, designed in order to preserve them from disappearing. « Traditionnal grape varieties resist to hydric stress » says Christophe Miron, president of Herault muscats. As a proof, clairette, the oldest grape variety planted in Narbonne area, has lost in production in 2017 between 5 and 10%, against 30% at least on the worldwide grape varieties. Tendancies lead toward old grape varieties even if this is a niche market. Associations such as À la rencontre des cépages modestes, Wine mosaic , trade shows (in november in Chabeuil), books such as the one from André Deyrieux meet a huge success and interest from the public. What if future belongged to them, when you know that France has about 600 grape varieties ?

A futuristic vision of research that sequences vine genes, and a vision focused on past, both agree toward the fact that simplification of grape varieties lead to exhaustion. From diversity tastes and grapevine variety happen. Protection of that heritage occurs in Gaillac (Tarn), Espiguette (Gard) and at Vassal domain (Herault) with its 2 700 grape varieties coming from 54 countries. Wine-grower having the desire to plant old grape varieties have met there searchers. Those searchers are looking at varieties resisting to deseases. Pouydraguin conservatory, Sarragachies vineyard classified by historical monuments (Gers) are tested for a resistance to climate change as well as diseases.

Gers and Tarn have saved vineyards that existed before Phyllozera. Languedoc has modified many times the way it planted grape varieties, from the 18th century up to the 20th, when it created its IGP and AOP. Is Languedoc better prepared to fight that new environmental threat ? Will we keep these grape varieties ? Which ones will be planted in a hundred years in Languedoc ? No one can tell. INRA's scenarios imagine mediterranean grape varieties planted in Britany by 2040, or later, nomadic vineyards on wheels...

After all, are french vineyards future relying on research, or on its heritage reinstatement ? A story that more consumers listen to with interest and worry about what's in their glass.

Florence de Monferran
Traduction : Florence de Martino 

   

L’année 2017 sera marquée du sceau des catastrophes naturelles pour la viticulture mondiale, entre gel printanier en Europe, les bourgeons à peine éclos, et vignobles réduits en cendres, la récolte à peine rentrée, en Californie. Année historique, s’il en est, 2017 enregistre en France la production de vin la plus faible depuis 1945, avec moins de 37 millions d’hectolitres estimés. Sans que nous en mesurions bien encore toutes les conséquences économiques et humaines, le constat remet au centre des préoccupations trois questions cruciales en Occitanie. Le manque d’eau, les moyens pour résister aux maladies de la vigne, les changements climatiques s’invitent au cœur de l’actualité.Ces questions débouchent sur une réflexion plus large et des attentes sociétales : quelle viticulture pour demain, conventionnelle ou biologique, quel modèle de production, industriel ou familial, pour satisfaire les consommateurs en termes de qualité, de diversité des vins, de sécurité alimentaire ? Les effets visibles des modifications du climat - vendanges plus précoces, hausse du degré d’alcool du vin[1], baisse de rendement, salinisation des vignes, comme à l’embouchure de l’Orb et dans la basse vallée de l’Aude, aléas climatiques d’ampleur en 2016 et 2017- tout comme les interrogations sur la sécheresse et l’irrigation, l’usage ou non de pesticides, l’incertitude pesant sur l’interdiction du glyphosate en Europe[2], fournissent autant d’exemples d’une nécessaire nouvelle donne environnementale. Modifier les pratiques culturales des vignerons, polluer moins, faire plus attention aux ressources en eau, à la biodiversité nécessaire, à la santé du producteur comme celle du consommateur, l’enjeu est de taille : la vigne occupe 3,7% de la surface agricole utile, mais consomme 20 % des pesticides agricoles en France. Ainsi, les AOC Languedoc engagent-ils, en octobre 2017, une démarche durable d’ampleur qui s’inscrive d’ici trois ans dans le cahier des charges de leurs 38 appellations, sur 43 000 ha.
Concerné au premier chef par ces questions, l’encépagement nourrit articles et débats. Dans un Languedoc pionnier en bien des expériences au cours de l’histoire, jusqu’au passage précurseur en agriculture biologique, rejoint par le Gers et le Tarn, les réponses fusent dans tous les sens en vue de sauvegarder les productions viticoles.
Privilégier les cépages tardifs, à l’instar des piquepoul, clairette, mourvèdre, manseng, cabernet-franc et autres tannat? L’idée tombe sous le sens, car ils souffrent moins des étés chauds et secs, bénéficient des pluies de septembre. Mais pour combien de temps ?
Changer de cépages ? L’Institut Français de la Vigne et du  Vin (IFV), qui conserve le matériel génétique de nos cépages, pratique la sélection clonale et crée de nouvelles variétés, et l’ Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) travaillent en ce sens. Les AOC Languedoc étudient avec eux l’implantation de cépages italiens et grecs, plus résistants à la chaleur. Ainsi, l’assyrtiko « supporte des températures élevées, des pluies faibles, tout en gardant une fraicheur remarquable » explique Laurent Audeguin, chargé de coordination R&D à l’IFV. Ils réfléchissent aussi à des porte-greffes de meilleure tolérance au stress hydrique.
Hybrider des cépages en vue de les améliorer? La pratique a toujours eu cours. Marselan et  caladoc, Chasan et arinarnoa, métis conçus à Montpellier, en sont issus.
Créer de nouvelles variétés, plus résistantes à la sécheresse comme aux maladies ? Les chercheurs croisent nos cépages, des Vitis vinifera, avec d’autres espèces, américaines ou asiatiques, voire des vignes sauvages, qui contiennent des gènes résistants. L’objectif vise à maintenir les rendements face aux modifications du climat, et à diminuer l’usage de pesticides, utilisés à 80 % contre deux maladies, l’oïdium et le mildiou. La tâche occupe les scientifiques, qui en sont à la 5e génération de croisements. Ils envisagent d’élaborer une trentaine de variétés résistantes commercialisables d’ici dix ans. La création d’hybrides s’avère pleine de promesses mais entourée  d’incertitudes, sur la durabilité des résistances de la vigne aux maladies, leur goût, ainsi que de controverses sur la légitimité de leurs brevets. Mais le mouvement est lancé. Trois variétés ont été inscrites au catalogue français, à titre temporaire, en juin 2017. Une soixantaine de vignerons se sont portés candidats pour des essais en 2018, dans la lignée de ceux menés au Domaine de la Colombette à Béziers, afin d’étudier en grandeur réelle leur comportement. La jeune AOC picpoul de pinet pense déjà à une variété résistante et capable de s’adapter à de nouvelles conditions de taille et de mécanisation. Des pistes sont tracées sur des variétés donnant des vins à bas degré d’alcool.  Laurent Audeguin le résume, « le grand défi est l’adaptation du matériel végétal aux changements climatiques ».

Revenir à des cépages anciens, emblématiques de nos terroirs, adaptés à leur lieu de production, retrouver le goût d’une vinodiversité, quand six cépages dominent aujourd’hui la production mondiale[3]? Comme si, à la recherche de repères, ils constituaient des points d’ancrage, voici replantés terret et piquepoul noir, cépages du XVIIIe s. au domaine Henry à Saint-Georges d’Orques (Hérault) ou au Clos de Centeilles (Aude), manseng noir des cotes de Saint-Mont (Gers), ou prunelard redécouvert par Robert Plageoles à Gaillac (Tarn).  Une grande enquête européenne, GrapeOnFarm, recense ces cépages rares, conservés « à la ferme » afin d’éviter leur disparition. Loin de l’uniformisation des goûts dans la mondialisation, ils lèvent le voile sur tout un pan de notre histoire viticole locale, font ressurgir des typicités, des traditions perdues, « un goût d’autrefois », y compris d’hybrides interdits depuis l’entre-deux-guerres, comme l’isabelle ou le clinton. Autochtones, plantés sur leurs terroirs de prédilection, aux sols souvent pauvres, peu soumis à de hauts rendements, ces cépages auxquels on a laissé le temps de construire un système racinaire donnent le meilleur d’eux-mêmes. Un goût d’ici en quelque sorte, plutôt qu’implanter des cépages standardisés, gourmands en eau et en irrigation. « Les cépages traditionnels résistent bien au stress hydrique »  assure Christophe Miron, président des muscats de l’Hérault, le cépage porteur de l’histoire du Bas-Languedoc. Pour preuve encore, la clairette, le plus ancien cépage planté en Narbonnaise, a subi, en 2017 une perte de production évaluée entre 5 et 10 % dans la moyenne vallée de l’Hérault, contre 30 % au moins sur les cépages mondialisés. La tendance incline au retour en force des cépages anciens, même s’ils se cantonnent à des productions annexes et des marchés à niche. Des associations, À la rencontre des cépages modestes, Wine mosaic pour le pourtour méditerranéen, des salons (en novembre à Chabeuil), des ouvrages, comme celui d’André Deyrieux[4] rencontrent succès et large intérêt du public. Et si l’avenir leur appartenait aussi, quand on sait que la France compte environ 600 cépages ?
Vision futuriste d’une recherche qui séquence aujourd’hui les gènes de la vigne, et vision tournée vers le passé, adepte de cépages oubliés, s’accordent sur un constat: la simplification  de l’encépagement, depuis 55 ans, conduit à un appauvrissement. De la diversité génétique naît la personnalité des cépages, la typicité des vins, la richesse des goûts. La protection d’un patrimoine végétal et historique s’est nourrie des conservatoires gérés par la recherche, au Vinopôle de Gaillac (Tarn), à l’Espiguette (Gard) et au domaine de Vassal (Hérault) le Louvre des cépages, avec ses 2 700 variétés venues de 54 pays, lui-même menacé par la montée des eaux. Les vignerons qui souhaitaient replanter de vieux cépages y ont rencontré les chercheurs. Ceux-ci se sont intéressés de près à un patrimoine génétique qui offre des perspectives pour créer de nouvelles variétés résistantes[5]. Le conservatoire de Pouydraguin, la vigne de Sarragachies classée aux Monuments historiques (Gers) font l’objet de recherches sur la résistance au réchauffement climatique et aux maladies d’un cépage de faible degré, le manseng noir, ou sur les qualités du  tardif, cépage « très intéressant » pour Laurent Audeguin, qui pourrait devenir le cépage phare des vins de Saint-Mont dans 30 ans.
Le Gers et le Tarn ont sauvé des vignes pré-phylloxériques. Le Languedoc a modifié plusieurs fois son encépagement au cours des siècles, du XVIIIe s. jusqu’à la sortie des crises du XXe, lorsqu’il a crée IGP et AOP. Partent-il mieux armé que d’autres pour répondre à cette nouvelle donne environnementale variétale? Les modifications de l’encépagement procèdent de réflexions plus larges sur les lieux de production. Conserverons-nous ces terroirs auxquels nous sommes si attachés, avec leurs typicités forgés au fil des siècles, inscrites dans les décrets de nos appellations ? Quels cépages seront plantés dans cent ans dans nos régions ? Même ceux qui y travaillent ne peuvent le dire. Des scenarii établis par l’INRA imaginent des cépages méditerranéens en Bretagne en 2040, ou, plus tard, des vignobles nomades se déplaçant au gré des climats, voire des vignobles sur  roulettes !
A la croisée des chemins, l’avenir de la viticulture française se joue-t-il pour une part sur une recherche de pointe, à l’affût de toutes les stratégies d’adaptation des vignobles, s’appuyant autant sur l’agro-écologie que sur des innovations variétales ? Se joue-t-il pour une autre part sur la réhabilitation de son héritage, un patrimoine viticole bimillénaire qui a modelé nos campagnes, une dimension oubliée, celle du vin boisson d’un lieu comme le rappelle André Deyrieux ? Une histoire à raconter que les consommateurs écoutent avec de plus en plus d’attention et de vigilance sur ce que contient leur verre, en un aller-retour incessant entre un passé lumineux et un présent toujours plus avide de réponses.

Florence Monferran

[1] + 2,5° en trente ans dans le Sud-Ouest selon une étude du laboratoire Dubernet. Le stress hydrique par manque d’eau bloque la maturité du raisin, qui se concerte en sucre et en alcool, élevant le degré du vin
[2] commercialisé sous le nom de Round’up par la firme Bayer-Monsanto
[3] Cabernet-sauvignon N, merlot N, airen B, tempranillo N,chardonnay B, sauvignon B. En outre, 30 cépages produisent 70 % des vins sur la planète
[4] A la rencontre des cépages modestes et oubliés, l’autre goût du vin, Dunod
[5] Science et avenir 25 septembre 2016

Soutien aux viticulteurs de l’Hérault

La Préfecture de l'Hérault annonce un soutien aux viticulteurs de l’Hérault confrontés à une récolte 2017 historiquement faible

photo: Claude Cruells

Les vendanges 2017 sont les plus faibles depuis l’ après - guerre , tant au niveau national, que régional ou départemental. Pour l’Hérault , la récolte devrait s’établir à 3,97 Mhl soit une baisse de 20 % par rapport à la moyenne d’environ 5Mhl alors que 2016 était déjà inférieure avec 4,63Mhl . Sans attendre, Pierre Pouëssel, Préfet de l’Hérault et Jérôme Desprey, Président de la Chambre d’agriculture, ont réuni l'ensemble des acteurs de la filière pour évaluer les difficultés auxquelles les professionnels pourraient être confrontés et accompagner les situations les plus complexes. Les partenaires se sont engagés sur des mesures d’ores et déjà opérationnelles :

  •  Un numéro unique pour tous les agriculteurs en difficulté (N° Vert : 0 800 100 362) : le dispositif partenarial Agir Ensemble afin de permettre d'identifier les viticulteurs les plus en difficulté et de réaliser un diagnostic de leur situation.
  • Pour les jeunes agriculteurs un accompagnement particulier : les jeunes agriculteurs bénéficieront d'un entretien personnalisé si leur situation nécessite un aménagement de leur plan d’entreprise (contact : DDTM 34 / ddtm - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) .
  •  Un soutien à la trésorerie
    • Sur la base de ce repérage, les services de l’État (DDTM, FranceAgriMer) seront mobilisés pour accélérer le versement des aides agricoles en instance de traitement.
    • Les viticulteurs en difficultés peuvent également demander la prise en charge partielle des cotisations sociales (formulaires à télécharger sur http://www.msalanguedoc.fr/lfr/web/msa - du - languedoc/exploitant/pec - msa ) et un échelonnement possible du paiement des cotisations (examen des dossiers par la MSA au 04 67 34 80 17) .
    • Pour les communes les plus touchées des mesures collectives de dégrèvement fiscal sur la taxe sur le foncier non bâti sont mises en place. Par ailleurs, les exploitants qui, du fait des intempéries, justifieraient de difficultés particulières pour acquitter leurs impositions courantes (IR, TH, TF de la résidence principale), peuvent solliciter des délais de paiement ou des remises gracieuses, dans les conditions de droit commun (contact : DDFIP)
    • Les banques (Crédit Agricole, Banque Populaire) ont accepté d’examiner les situations bancaires au cas par cas des exploitants et des caves coopératives qui en feraient la demande. L’État peut prendre en charge partiellement les frais liés à la restructuration des prêts et de garantie bancaire (DDTM 34 / ddtm - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ) .
    • La possibilité de solliciter une médiation du crédit, en cas de refus de refinancement par la banque habituelle des entreprises, par la Banque de France (www.economie.gouv.fr/mediateurcredit) .
    • Les services de l’Etat (Direccte Occitanie - UD Hérault) rappellent qu’il existe un dispositif d’allocation d’activité partielle, pour compenser les heures chômées par les salariés ( https://activitepartielle.emploi.gouv.fr ) .

Par ailleurs le Préfet a, dès le 28 août, autorisé dans les secteurs touchés par le gel, l’achat de vendanges et de moût. Une procédure de reconnaissance en calamité agricole a également été lancée pour que les exploitants ayant subi des pertes de fonds su r les plantiers du fait du gel du mois d’avril puissent bénéficier d’une aide financière du fonds national de gara ntie des risques en agriculture (procédure en cours).

Les partenaires examineront de façon concertée les situations des exploitants les plus en difficulté et se réuniront à nouveau d’ici la fin de l’année 2017.

La Belle Dame fait pencher le cœur du Guide Hachette

 

Chaque année, à la fin de l’été, alors que les vendanges battent leur plein, sort comme un rituel le Guide Hachette des vins. L’ouvrage, qui sélectionne près de 10 000 cuvées, fait référence pour le consommateur, qu’il aiguille à travers toutes les gammes de prix, toute la hiérarchie des productions, des petites cuvées aux crus les plus prestigieux, en se faisant l’apôtre de la diversité des terroirs. Ce sont donc des vins, et non des domaines, qui reçoivent une étoile, deux étoiles (vin remarquable) ou trois étoiles (vin exceptionnel). La distinction suprême, le Coup de cœur, est accordée à des cuvées que le guide veut particulièrement honorer, après une double dégustation à l’aveugle.L’un d’entre eux a été attribué à La verte printanière 2016, du domaine de la Belle Dame à Mireval, pour « son harmonie, sa prestance et la richesse de ses arômes d’agrumes, de fleur de sureau ou d’orange amère. Élégante, elle défile avec grâce et souplesse en offrant au palais des saveurs de pêche charnue et d’abricot gourmand et friand ». 
La distinction récompense un vin, un millésime, à la belle vivacité, une AOC, muscat-de-mireval, et … vingt ans de travail. Le domaine, crée en 1996, s'étend sur 19 ha entre mer et garrigues, sur les plus vieilles vignes de l'appellation. Ces petites parcelles entourées de chardons, de thym, de romarin donnent d'agréables senteurs aux vins de la Belle Dame. Jean-Luc et Béatrice Mazas y élaborent depuis dix ans différents vins doux naturels, ainsi que des vins, en AOC et IGP, qui plongent dans le terroir : des carthagènes, muscats secs, rosés et depuis peu des vins rouges et pétillants. Ils ont entamé une conversion en vins biologiques, dans le respect d’un environnement exceptionnel, une zone littorale protégée où se plaît la Belle Dame, papillon migrateur qui se pose en bord d’étang. C’est avec beaucoup d’émotion qu’ils ont reçu l’annonce de cette récompense. « Ce coup de cœur est arrivé par surprise. Il est le signe que nous commençons à être connus et reconnus, et qu’avec de petits moyens, de petits rendements, une cave particulière peut faire de grandes choses » explique Jean-Luc Mazas, qui réalise un sans-faute avec trois distinctions pour trois vins présentés. En effet, deux autres cuvées, également en AOP muscat-de-mireval, Diamant noir 2016 et Irrésistible baiser 2016, ont été récompensées de deux étoiles. Elles viennent parfaire la réussite technique du Domaine sur les Vins Doux Naturels, que Jean-Luc Mazas défend avec la même ardeur de vigneron que lorsque, Président de l’Appellation, il en a fait évoluer les caractéristiques techniques vers plus de légèreté. « Nous croyons qu’il y a encore un avenir pour les Vins Doux Naturels, pour des produits de qualité, voire d’exception » poursuit le vigneron.
Ces récompenses se posent, au milieu des vendanges et des vinifications, comme la reconnaissance du travail accompli, un encouragement à poursuivre dans sa voie, un baume au cœur dans les années difficiles, comme 2017, où la faible récolte sera compensée par une grande concentration, laissant présager le meilleur pour le prochain millésime … et les prochains guides.

Florence Monferran

 

Domaine de la Belle Dame
135 chemin de la Tieulière - 34 1110 Mireval
06 62 24 10 10 - Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Caveau de vente : route RD 116 (face à la gare de Vic-Mireval)

Des produits du terroir sont aussi à la disposition de tous les visiteurs : Miel, confiture, gâteaux, huile, vinaigre...
Dans leur démarche, Jean-Luc et Béatrice Mazas ont souhaité aller plus loin dans le souci de l’humain, en oeuvrant pour un accès pour tous à leur caveau de dégustation (paralysés, mal-entendants, mal-voyants). Ils ont obtenu en 2017 le label Tourisme Handicap, qui valide cette démarche unique jusqu’ici dans l’Hérault.

 

Les vins Sud de France à l’heure anglaise

unetop100 En septembre, au Royaume-Uni, les vins régionaux entament une promotion protéiforme destinée à accroitre les ventes de vins Sud de France sur le troisième marché à l’export en valeur (79, 448 M€ en 2016) et le quatrième en volume (312 860 hl en 2016). Le vins présentés sont issus du Top 100* Sud de France, un concours organisé en mai dernier par Sud de France Développement présidé par Carole Delga et le CIVL pour mettre en avant les vins régionaux qui représentent près d’un tiers des vins français exportés sur le marché anglais. En 10 ans, le prix de l’hectolitre des vins Sud de France exporté au Royaume-Uni a progressé de 29%. Entre 2015 et 2016, les AOC régionaux ont progressé de 2,4% en valeur. Le 14 septembre, les vins Sud de France vont faire le buzz en investissant les réseaux sociaux outre-Manche. A la Maison de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée, la journaliste bloggeuse Sorcha Holloway propose une dégustation d’une trentaine de vins Sud de France en présence d’une quarantaine de ses principaux « followers » Twitter. Angleterre, Irlande du Nord, Ecosse et Pays de Galles, c’est l’ensemble du Royaume-Uni qui se retrouve sur Twitter à travers les vins Sud de France.

Le 19 septembre à Bristol et le 21 septembre à Londres, Sud de France Développement et la Maison de la Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée participent au salon SITT pour présenter une sélection de vins régionaux avec pour objectifs de susciter de nouveaux référencements auprès d’importateurs britanniques.

Les 22-23 septembre, les vins régionaux sont présentés au City Wine Show, un salon consommateurs créé par le magazine professionnel the Drink Business à destination des jeunes cadres de la City.

Le 28 septembre, à la Maison de la Région Occitanie, une soirée consommateurs avec les quatre célèbres journalistes vin du Wine Gang.

En septembre et octobre, ce dispositif est complété par l’envoi d’une caisse de vins régionaux à des distributeurs et leur équipe d’achat afin qu’ils les achètent directement après les avoir dégustés.

L’agroalimentaire régional n’est pas en reste puisque, le 27 septembre, lors du salon Local Flavours à Norwich, une gamme de produits Sud de France d’une dizaine d’entreprises régionales est présentée, en partenariat avec le distributeur britannique Shire Foods of Norfolk.

Vendanges en Languedoc et Roussillon: quand l'exception devient la norme

Après un début de vendanges accéléré, une période  de calme transitoire règne, à mi-parcours des vendanges en Languedoc et en Roussillon. « Les degrés se sont enflammés, avant de se stabiliser » observe Jean-Philippe Granier, directeur technique des AOC Languedoc. Les entrées maritimes augurent la fin des fortes chaleurs et l’espoir de pluies bienfaitrices pour la récolte des rouges. Les blancs, rentrés en majorité, donnent un très beau vermentino, un muscat puissant, de jolis équilibres. Terret-bourret et grenache blanc tirent leur épingle du jeu. Les cépages destinés aux vins rosés, syrah, merlot et grenache rouge, entrent partout en cave.
Bien sûr, comme une stupeur, la faiblesse de la récolte frappe les esprits. Peu de sorties de grappes, des raisins mal développés, voire des coulures sur tout le pourtour méditerranéen, ont eu raison des rendements. Les estimations du Ministère de l’Agriculture, revues à la baisse, placent les vendanges 2017, en France comme en Italie, comme la plus petite récolte depuis l’après-guerre. Avec 11,4 millions d’hectolitres estimés, il manquerait en Languedoc un million d’hl par rapport à 2016. Sur les vignobles déjà vendangés, la perte affole les compteurs : - 30 %, - 40%, avec des pics à – 50%, -60 % sur de vieilles vignes. En culture biologique, « comme en conventionnel et peut-être de façon plus violente », les volumes oscillent entre – 30 et – 50 %, estime Patrick Giraud,  président de Sudvinbio.
Bien sûr, la précocité des maturités, qui avance chaque année la date des vendanges,  a été d’autant plus rapide que les grappes étaient peu nombreuses. Il n’est pas rare en Languedoc comme en Roussillon, que les vendanges soient terminées au 31 août. La vigne elle-même, épousant ce calendrier inhabituel, prend des airs d’automne anticipé.
Bien sûr, comme une litanie reviennent les aléas climatiques qui ont régi le travail vigneron, le gel printanier sur une vigne en végétation, dans l’Aude et dans l’Hérault surtout, les épisodes de grêle en début d’été. Les réserves en eau hivernales, les nuits fraîches d’été ont préservé d’un stress hydrique, à l’exception de zones de forte production. Le temps sec et chaud a présenté l’avantage, au moins, de favoriser un bon état sanitaire des raisins, contenant les maladies. Mais des maturités hétérogènes entre parcelles d’un même terroir, voire à l’intérieur d’une même parcelle, compliquent la récolte. « Il faut aller sur le terrain, voir comment se comporte la vigne, goûter les grains » explique Jean-Philippe Granier.
Bien sûr, comme chaque année, fleurissent les superlatifs, échos de l’anormalité, d’un exceptionnel qui se répète. Bien sûr, la qualité, appelée au rendez-vous, sera d’autant plus belle que les rendements seront faibles. Patrick Guiraud constate « une très belle qualité, de bons équilibres entre l’acidité et l’alcool en vins biologiques ». Jean-Philippe Granier attend « un très grand millésime, proche de 2010 »
Bien sûr, les stocks en cave feront face à la demande, compte tenu du déficit de production annoncé. Un retard de commercialisation sera absorbé, sans lever l’inquiétude sur le chiffre d’affaires et la trésorerie des exploitations. Dans un marché des vins biologiques exponentiel, à flux tendus, le faible stock rendra la pénurie d’autant plus forte.  « La culture biologique fonctionne avec la nature, qui a des impacts plus ou moins forts. Nous n’aurons pas les volumes escomptés pour nous développer, en particulier à l’export» analyse Patrick Guiraud. 
Le revenu des vignerons, plombé par ses frais fixes quelle que soit la récolte, et par ricochet celui  de toute une filière supportée par la viticulture seront lourdement impacté par le manque de raisins. Aux Etats Généraux de l’alimentation, lancés cet été par le nouveau président Emmanuel Macron, la nécessité d’assurer des revenus plus décents aux producteurs, déjà mise sur le tapis par les représentants agricoles, prendra une acuité particulière en viticulture.
Une nouvelle ère s’impose-t-elle au Languedoc et au Roussillon, qui auraient pu espérer voir fructifiés trente ans d’efforts et de sacrifices, vers la reconnaissance de la qualité de leurs vins et de leur leadership en bio[1] ? Les AOC Languedoc y réfléchissent sérieusement. Leur conseil d’administration s’est réuni pour un élaborer un plan d’action en vue de s’adapter aux nouvelles conditions de production. Il trace des pistes vers l’utilisation de cépages résistants à la sécheresse mais avec une forte acidité pour conserver de la fraîcheur, pense à de nouvelles variétés venant d’Italie, (Pouilles ou Sicile) et de Grèce, pour lesquelles des essais sont prévus.  Il s’intéresse aux vieux cépages languedociens et aux cépages tardifs, qui s’expriment de mieux en mieux dans ce nouveau contexte. Le cinsault, « une pure merveille », ou « de très beaux mourvèdres », selon Jean-Philippe Granier, promettent le meilleur. « Nous devons nous remettre en question. Faire du vin partout a été une erreur. Il y a des endroits où nous ne pourrons plus mettre de vigne, on ne peut pas irriguer partout» affirme-t-il.
Bien sûr, comme une urgence, reprendre sans répit son bâton de pèlerin, dans une vision pour les trente prochaines années, tel est le défi de cette rentrée viticole, défi accéléré par les caprices de la météo, grande ordonnatrice du labeur vigneron. Lorsque, à l’autre bout de la chaîne, vous dégusterez, dans quelques mois ou dans quelques années, ce millésime 2017, vous songerez à la complexité de son élaboration, en Languedoc et en Roussillon, à l’âpreté et l’incertitude du temps qui ont concouru à sa maturation, aux mutations nécessaires qu’il enclenche. Bien sûr.
Florence Monferran


[1] Dernier en date, le magazine Vogue célèbre notre région dans un article de Lane Nieset: "Skip Bordeaux—This Is the New Wine Region to Visit in France", 23 aout 2017

Les muscats ont ouvert le ballet des vendanges

Dans les rangées, le geste, immuable, réunit toutes les générations, de 16 à 72 ans à l’image de la colle [1] de Jean Lapasset, coopérateur à Frontignan. Entre sérieux de la coupe et échanges dans la bonne humeur, il se joue en quelques jours une année de labeur, de taille et de travail du sol, d’épamprage et d’écimage, de lutte contre les maladies, pour, une fois emmené en cave, transformer le fameux raisin en vin.


Benjamin et doyenne réunis

En un éternel recommencement, chaque année différent, les muscats ouvrent le ballet des vendanges. Le cépage, précoce, bat aujourd’hui des records, surprenant tout le monde, chevauchant la saison estivale dédiée à la vente. Avec quinze jours d’avance dans les parcelles, le raisin destiné à l’élaboration de muscat sec est récolté depuis le 2 aout à Frontignan, et même le 31 juillet au château Stony, qui avait atteint des degrés satisfaisants. Le raisin dédié au Vin Doux Naturel, en AOP, entre en caves depuis le 14 aout. Du jamais vu.
Cette précocité s’explique par le peu de quantité de raisin, qui murît donc plus facilement. Ce n’est un secret pour personne, la récolte sera faible, en muscat à petits grains comme sur d’autres cépages blancs, contrariés, au sortir d’un hiver rugueux, par les gelées printanières. « Le froid tardif a joué sur la floraison. Sur le moment, on s’est dit qu’on avait échappé au gel, mais je pense que les fleurs se sont un peu abîmées» évalue Christophe Miron, Président de la cave Frontignan Coopérative. Malgré un beau feuillage, abondant, la sortie a été petite, les grappes peu développées. Le muscat à petits grains n’a jamais aussi bien porté son nom. Une baisse de volume de 30 % en moyenne, jusqu’à 40 %, des pointes impressionnantes constatées à moins 50 % dans les vieilles vignes, plus touchées, les vignerons dressent partout le même bilan sur les terroirs historiques de Frontignan, Mireval et Vic-la-Gardiole. Chacun doit trancher sur des choix stratégiques dans la répartition de la récolte entre ses différentes productions : privilégier la fraîcheur préservée des secs ou garder la récolte pour les VDN, plus rémunérateurs.


Christophe Miron, président De Frontignan Coopérative
 
Jean-Luc Mazas, Domaine de la Belle Dame à Mireval

Dans tous les cas, la qualité sera belle, bien sûr. « L’état sanitaire est correct », estime Olivier Robert, au Mas de la Plaine Haute à Vic-la-Gardiole. « Le raisin est très joli, pas de gâté » au château Stony. Le principal problème du muscat, l’oïdium, a été contenu, et l’apparition du mildiou prise à temps.
Jean-Luc Mazas, au Domaine de la Belle Dame à Mireval, ou Christophe Miron ne pensent pas que les pluies apporteraient quelque secours, bénéfique à une évolution moins rapide de la maturation. Le jus se concentre dans le grain, son extraction se fera plus difficile. Les températures, reparties à la hausse après quelques jours et quelques nuits de fraîcheur, entrainent des degrés parfois élevés. Henri Nodet et Jean Lapasset, dans des pratiques solidaires, mettent en commun leur moyens, comme l’emploi des saisonniers, payés par chacun mais travaillant pour tous. La colle peut ainsi vendanger une grande pièce en une seule journée, avantage non négligeable lorsque le degré grimpe vite, pour porter en coopérative.

 

En culture biologique, qui exalte la complexité et la puissance du muscat à petits grains, la fraîcheur et les arômes prendront toute leur intensité. Frédéric Nodet, pour qui «le travail en bio exprime mieux le terroir, la typicité du cépage », évoque des muscats secs bio tout en fraîcheur, aux arômes citronnés, aux notes de poire sur les derniers arrivés en cave. « Le muscat à petits grains est fait pour le bio » confirme Jean-Luc Mazas, entré cette année en conversion. Elles se font rares dans les rangs, les délicates grappes aux Clos de Miège, en vins sains à Mireval. Mais quelles saveurs! Comme si la nature, privant d’un côté, gâtait le vigneron d’un autre, dans une sublime compensation aromatique.
Vendange de toutes les interrogations, la production du millésime 2017 n’élude aucune question. Sur les changements climatiques qui nécessitent d’adapter végétal et conditions de production ou sur la quantité de la récolte, qui pèsera sur les revenus, sur les méthodes, traditionnelles ou dans une logique économique (vendanges manuelles ou mécanisées par ex), tout comme sur le devenir des vignes, par rétrécissement des terres agricoles et difficulté à installer des jeunes viticulteurs. Représentant la principale force économique locale, avec 153 coopérateurs, 600 ha de vignes, et l’essentiel de la production en AOP, Christophe Miron se veut rassurant sur leur future rémunération. « Nous allons faire jouer les stocks tampons en trésorerie pour assurer leurs acomptes ». Il remarque que « la souche de vigne bénéficiera d’un repos salutaire d’avoir eu moins de raisin, aucun stress hydrique cette année. La vendange sera meilleure l’an prochain. (…) Des périodes de sécheresse et de chaleur, il y en a eu. Ce qui fait justement que nous continuons à produire sur ce terroir, c’est que le cépage a totalement trouvé sa place à cet endroit-là. Ce n’est pas pour rien qu’il est cultivé ici depuis l’antiquité ».
Cette spécificité de Frontignan et de ses alentours, chaque viticulteur, chaque vigneron la porte en lui, dans son optique propre mais tourné vers le même souci de prolonger chaque année, et un peu plus encore, l’histoire du muscat à petits grains sur nos rivages.

Florence Monferran


[1] Equipe de vendangeurs composée de coupeurs et de porteurs

L'espace vins et découvertes à Montagnac

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Une exposition multimédia permanente a lieu à l'Espace Vins et découvertes de Montagnac, 1 rue Jean Jaurès à côté de l'esplanade.
Ouvert chaque jour de 10h30 à 12h30 et 14h à 19h, cet espace géré par la communauté d'agglomération Hérault-Méditerranée retrace 26 siècles d'histoire de la vigne et du vin sur le territoire de 20 communes de l'agglomération.

Six séquences historiques racontent l'évolution des techniques de production, la constitution et l'organisation des domaines, les crises et les périodes d'expansion, l'architecture... bref notre patrimoine de l'Antiquité au XXIème siècle.

  • Des supports interactifs sont présents dans cet espace aux lumières tamisées:
  • Un théâtre optique présente la phase de vinification dans un domaine gallo-romain, avec des hologrammes.
  • Un livre numérique dévoile le rôle des abbayes au Moyen-âge.
  • Une grande carte interactive permet de découvrir le patrimoine viticole actuel.
  • Une borne oenotouristique dévoile les richesses patrimoniales du territoire.
  • Un très bel espace pour tout apprendre ou redécouvrir le patrimoine.

Florence de Martino

 

Drapeau du Royaume-UniThe Wine discovery centre in Montagnac is an information centre dedicated to the history of wine and the vine in the territory occupied by the 19 communes of the Hérault Méditerranée Agglomeration Community.

Designed with multimedia terminals, this facility offers the opportunity to discover the history of the vine since its introduction by the greeks 2,600 years ago. Six historical sequences (Antiquity, Middle Ages, Modern Era, 19th, 20th and 21st centuries) recount the evolution of production techniques, the creation and organisation of wine estates, crises and periods of expansion, and architecture...

Wine Discovery centre, tourist information point.
1 rue Jean Jaurès, 34 530 Montagnac
Tel: (33) 4 67 24 18 55 - www.pezenas-tourisme.fr

Opening dates

Every day in july & august from 10.30AM to 12.30PM. And 2 to 7PM. From november to April: 2PM to 5PM. Closed on mondays. May, june, september and october: 10.30AM-12.30PM and 2 to 6PM.

 

 

L’Art, expression d’une histoire patrimoniale et viticole à Montpellier

 

En face de l’imposant Musée Fabre, l’espace Dominique-Bagouet offre une salle à la fois intimiste et pourvue de vastes volumes, dédiée à l’art et au patrimoine montpelliérain. Des expositions thématiques y donnent à voir des pans méconnus de l’histoire locale. Ainsi, Le 19e siècle, âge d’or de la peinture montpelliéraine  invite-t-il à redécouvrir, par un accrochage audacieux, des peintres oubliés, à l’ombre d’artistes reconnus comme François-Xavier Fabre, Alexandre Cabanel ou Frédéric Bazille. Les portraits de Charles Matet et d’Edouard Marsal, les paysages de Charles Node, Numa Larché ou Eugène Castelnau, en très grands comme petits formats, balaient de leur éclectisme l’histoire du XIXe siècle à Montpellier, ses personnalités, religieux et notables, ses lieux de promenade.


Parmi les figures peintes, un Portrait de la famille Fabrège : Frédéric Fabrège et ses parents devant la cathédrale de Maguelone (1864) par Auguste Glaize remet dans la lumière et un peintre célèbre en son temps, et un épisode majeur de l’histoire locale, lorsque le jeune historien entreprend de redonner vie à l'édifice religieux, mais aussi au vignoble, perdus sur leur île. Il consacre sa vie, et une grande partie de sa fortune, à restaurer le domaine, acquis en 1852. Ce Maguelone, lieu magique, puissant évêché, qui fut seconde Eglise chrétienne après Rome, battait monnaie, possédait un immense territoire et conservait tant ouvrages savants que pratiques viticoles installées depuis l’Antiquité. Sur la toile d’Auguste Glaize, comme un symbole de la passion d’une vie, la cathédrale se profile en arrière-plan, esseulée, encore à l’état d’abandon, de même que le vignoble n’est pas encore remis en culture. Frédéric Fabrège et ses parents apparaissent au premier plan, solides, sûrs d’eux face à l’immense tâche.
Tout à côté, Vendanges en Languedoc (1902), très grand format de Max Leenhardt, fixe, comme sur une pellicule, le film d’une apogée, celle d‘une viticulture de masse, sous un jour opulent, insouciant des signes avant-coureurs de la révolte qui éclate en 1907. Numa Hambursin, commissaire de l’exposition, y voit « le dernier témoin d’un siècle chimérique et agonisant ». Le tableau décrit une vendange d’Aramon, si l’on se réfère à la grosseur des grains et à leur couleur violette. Le cépage fait figure de symbole de cette époque où le vin-aliment du Midi nourrit la révolution industrielle en marche, faisant au passage la fortune de Montpellier. La scène nous renseigne sur l’organisation du travail saisonnier, confié aux femmes, courbées sur la coupe des raisins, les hommes, debout, portant les comportes. On y observe l’usage des bœufs, en arrière-plan, au premier un jeune enfant suivant sa mère.

  

L’œuvre de Max Leenhardt croise à plusieurs reprises ce monde viticole auquel la lignée de sa prestigieuse famille protestante, donnant naissance à des banquiers, scientifiques, architectes et artistes, est liée par la possession de grands domaines viticoles, en particulier le long du littoral. Avec ses cousins Eugène Castelnau et Frédéric Bazille, il est apparenté au président de  la Société d’Agriculture de l’Hérault, Gaston Bazille, qui travaille avec Jules Planchon à éradiquer le phylloxéra fin XIXe s. Avant de réaliser sa grande fresque sur les vendanges, Max Leenhardt a décoré, en 1890, l’Institut botanique de Montpellier de deux grands tableaux qui ornent l’escalier d’honneur de cette école renommée. Depuis Henri IV, et la création du Jardin des Plantes, elle a engendré d’éminents spécialistes, de Pierre Magnol à Jules Planchon, qui se sont penchés sur les cépages et sur la viticulture. En 1900, le peintre produit à nouveau de grands décors, à l’Institut biologique de Sète, illustrant deux paysages patrimoniaux, l’étang de Thau et le Mont Saint-Clair. En 1902, c’est pour le tout jeune Crédit agricole de Montpellier qu’il réalise Vendanges en Languedoc. La banque abrite encore cette fresque, épique et attachante, en son siège régional à Lattes.
A l’Espace Dominique-Bagouet, dans ce « cabinet d’un autre siècle, à la fois enchanteur et nostalgique de ce temps que l’on ne peut plus retrouver que dans un lieu d’art », ainsi que l’écrit Philippe Saurel, Maire de Montpellier, resurgissent avec cette toile quelques instantanés d’un passé prestigieux, de fiertés et de peintres oubliés, dans lesquels s’immisce, omniprésente, une part viticole, comme un patrimoine en soi.

Florence Monferran

Exposition jusqu’au 3 septembre 2017, du mardi au dimanche
Esplanade Charles-de-Gaulle - Montpellier
04 67 63 42 78
www.montpellier.fr

Le Musée Fabre continue d’explorer, dans ses visites œnologiques, les rapports entre Vin et Art.
Programmation à consulter : museefabre.montpellier3m.fr

Les nouveaux ambassadeurs des Grés de Montpellier

Facétie du temps, la pluie s'est invitée le 26 juin au Château de Flaugergues lors de la dégustation des AOP Languedoc Grés de Montpellier 2015, comme elle avait compliqué l’élaboration d’un millésime très arrosé. Olivier Durand, président du syndicat, l’a rappelé en préambule. « Fraîcheur, élégance et harmonie dominent un millésime à l’opulence moins marquée qu’en 2014, tirant plus sur des vins plaisir », avec un air de famille malgré des écarts de pluviométrie entre l’est et l’ouest montpelliérain donnant plus ou moins de sucrosité et de structure aux vins. L’homogénéité à laquelle les vignerons travaillent de concert poursuit néanmoins sa progression. Depuis quinze ans, date du premier millésime ayant obtenu la dénomination, des caractéristiques communes se dessinent, reconnaissables à la robe pourpre, soutenue, des vins, à leurs arômes de fruits rouges, à leur pointe épicée. Le cheminement qualitatif montre l’évolution vers de la finesse, de la gourmandise, que recherchent les consommateurs, évalue Olivier Durand.
Avec Pierre de Colbert, fils des actuels propriétaires, en hôte des lieux, c’est la folie montpelliéraine édifiée fin XVIIe siècle par Etienne de Flaugergues qui accueille cette année la dégustation, toujours liée, dans les actions du syndicat, au patrimoine architectural et culturel de la métropole, que ce soit lors de la balade phare dans la ville en mai, ou lors du tout nouveau salon des vins en décembre, dans l’Hôtel Saint-Côme.

La soirée fournit aux vignerons l’occasion de travailler sur l’homogénéité d’une vaste dénomination, couvrant quarante-six communes autour de Montpellier. Philippe d’Allaines, à l’Abbaye de Valmagne, le met en avant: « Chacun d’entre nous se restitue par rapport à l’ensemble. C’est très intéressant, cette dégustation nous étalonne ». Dans une ambiance studieuse, la dégustation se déroule à l’aveugle pour tous, vignerons, puis journalistes, cavistes et restaurateurs. L’anonymat ne sera levé que le lendemain, découvrant un palmarès de treize vins, qui feront office d’ambassadeur du cru dans toutes les manifestations où l’AOC sera présente. Le millésime 2015, bientôt commercialisé, se découvre chaleureux et gourmand. La sélection rassemble des fleurons de l’appellation, Abbaye de Valmagne, Mas de Novi, Château Saint-Martin de la Garrigue, rejoints par la jeune garde, Clos de l’Amandaie, Domaine de Roquemale. Deux communes, Montagnac, avec trois domaines, et Villeveyrac, avec deux, y figurent en force. La pluie y a été  bénéfique, à l’inverse de l’est montpelliérain, représenté par trois vins seulement, du Chai d’Emilien à Sussargues, des Vignerons du Pic à Assas et du Chemin des rêves à Saint-Gély-du-Fesc. Une mention spéciale au Domaine de Roquemale, présent dans la sélection pour trois cuvées différentes, dont un Grés au nez de truffe, et de champignon, à la bouche finement épicée, et une cuvée Male archétype de la dénomination, à la robe intense, aux arômes de fruits rouges et notes poivrées.
A la suite de la découverte du millésime 2015, les Grés de Montpellier proposaient une remontée dans le temps, avec la dégustation de vieux millésimes, de 2001 (juste avant l’obtention de la dénomination) jusqu’en 2011. Dix ans de travail, et une surprenante capacité à vieillir pour quelques cuvées magnifiques: le 2001 de Château Haut-Blanville à Saint-Pargoire, à la robe tuilée, aux arômes de cacao, griotte, à l’élégance soyeuse en bouche. Dans la même veine, le Clos de l’Amandaie 2006, l’Abbaye de Valmagne 2007, le Mas de Novi 2008  confirment la pertinence des choix de cette jeune appellation. Une surprise clôt ce vaste survol: un 2011 de Cours Saint-Vincent,  tout en maturité déjà.
A la nuit tombante, Flaugergues dresse sa silhouette, impassible sous la pluie, enserrée de jardins et de vignobles historiques tournés aujourd’hui vers la lointaine Chine et l’export. Un glorieux passé transmet le flambeau à une poignée de jeunes vignerons, déterminés à porter la renommée de leurs vins, de leurs terroirs de cailloux, ces grés dont ils familiarisent le nom, occitan, en France comme à l’étranger.

Florence Monferran

Les ambassadeurs de l’année
  • Abbaye de Valmagne Cuvée de Turenne 2015
  • Mas du Novi Chemin de Novi 2015
  • Château Saint Martin la Garrigue
  • Chemin des Rêves Éxubérant 2015
  • Clos de l'Amandaie Huis Clos 2015
  • Domaine de Roquemale Lema 2015
  • Mas du Novi O de Novi 2015
  • Chai d'Émilien Épopée 2015
  • Vignerons du Pic Château d'Assas 2015
  • Domaine de Roquemale Male 2015
  • Domaine de Roquemale Grés 2015
  • Château Paul Mas Clos de Savignac 2015
  • Château l'Engarran Château 2015
Dégustation de vieux millésimes
  • Abbaye de Valmagne Cardinal de Bonzi 2007
  • Château Bas d'Aumelas Égérie 2010
  • Château l'Engarran Château Magnum 2001
  • Château Haut Blanville Haut Blanville 2001
  • Clos de l'Amandaie Huis Clos 2006
  • Clos Sorian Grès 2008
  • Cours Saint Vincent Clos du Prieur 2011
  • Château Paul Mas Clos de Savignac 2009
  • Domaine de la Triballe Capitelle 2010
  • Mas du Novi 2008

Et pour rafraîchir l'atmosphère lourde et orageuse, quelques vins blancs et rosés étaient proposés, pour compléter la dégustation de l'AOP Languedoc- Grés de Montpellier, uniquement composée de vins rouges.


Une Collection 2017 des Pays d’Oc IGP à la saveur particulière

Syndicats du cru et instances interprofessionnelles du Languedoc sélectionnent depuis le printemps leurs meilleures cuvées, qui porteront le flambeau des vins de la région dans les différentes manifestations viticoles, tant  en France qu’à l’étranger. Avec ses Vignerons ambassadeurs, c’est une sélection particulière, une Collection « haute couture » qui marque le trentième anniversaire des Vins de Pays d’Oc. A la saveur de la célébration, s’ajoute celle du travail accompli, occasion d’un retour sur le chemin parcouru. Florence Barthès, directrice générale, évoque ces années passées à créer une force économique, une qualité et une  renommée : « Créé en 1987, notre label a consacré vingt ans à la résurrection du vignoble via un travail de ré-encépagement, pour construire une offre de vins de cépages de qualité, au process de traçabilité unique, en alternative aux surfaces non classées en AOC ».  Une fois le défi relevé, il a fallu « segmenter cet immense navire de 6 millions d’hectolitres et mettre en place un événement capable de promouvoir ses vins d’exception. (…) Collection  proclame l’identité et l’origine Pays d’Oc IGP, atteste de son savoir-faire et de sa créativité. En un mot, une liberté d’expression dans l’excellence. »
Douze experts internationaux, représentant 7 nationalités différentes ont composé  le Grand jury 2017 réuni le 29 juin à Béziers. A sa tête, Samuel Masse, Président des Jeunes Agriculteurs de l’Hérault, incarne la génération Pays d’Oc. « Je suis né et j’ai grandi avec ce label qui pour moi, a toujours été un moteur ».
Le palmarès célèbre 28 cuvées, dont 14 blancs, 2 rosés, 12 rouges et 4 vins biologiques, choisies parmi 67 vins présélectionnés, alors qu’un record de participation a vu 83 entreprises s’inscrire cette année.
La saveur des cépages s'offre dans sa diversité, son renouvellement. A côté des cépages mondialisés, cabernet sauvignon, chardonnay, syrah, et des cépages ancrés dans les terroirs du sud, grenache, carignan ou terret, les Pays d’Oc IGP innovent depuis plusieurs années par l’introduction dans leur cahier des charges, à l’instar de l’insolite portan, de nouvelles variétés,  qui enthousiasment la journaliste et écrivaine, Master of Wine, Rosemary George : « le label a eu raison de s’ouvrir à de nouveaux cépages, lesquels offrent ici des résultats excitants, inattendus… Un albarinho à l’expression délicate, différente du profil espagnol… Un pinot noir frais en bouche, élégant… Un petit verdot merveilleusement allié à une syrah qui estompe sa richesse tannique. L’avenir est là ! ».
La Collection 2017 a la saveur de cet avenir, avec la volonté appuyée des Vins de Pays d’Oc IGP de passer le témoin à la jeune génération, incarnée par la présence de Samuel Masse. Il en va du renouvellement et de la pérennité des exploitations, confrontées au vieillissement des propriétaires, au prix « exorbitant » des terres, aux difficultés de plantation. Une aide de 1000 €/ha est allouée pour les bénéficiaires de l’aide régionale à la plantation dès lors qu‘ils déclarent leur plantation nouvelle en IGP Pays d’Oc. « Une façon d’accompagner ceux qui feront le Pays d’Oc de demain » assure Florence Barthès.
30 ans, « l’âge de raisin » conclue avec humour le label. Un bel âge et 28 cuvées porteuses de cet espoir pour le Languedoc viticole, un espoir aux saveurs méditerranéennes, dans une vision internationale.

Florence Monferran

 

Vins de Pays d'Oc IGP, un label leader

1 200 vignerons indépendants et 230 caves coopératives
1ère IG française en volume
1ère IG française à l’export
1ère IG française productrice de rosé
1 bouteille de vin bio sur 4 vendue en GD française
120 000 hectares de vignes, soit la moitié du vignoble du Languedoc-Roussillon
743 millions d’éq. cols commercialisées dont 48 % à l’export
3,6 Milliards d’euros de chiffre d’affaires 

 

 

 

Ambassadeurs Collection 2017 

Blancs

Blanville, cuvée Chardonnay Roussanne 2015
Calmel & Joseph, cuvée Villa Blanche chardonnay 2016
Domaine Gayda, cuvée Figure Libre chenin blanc 2015, Vin biologique
Domaine La Fadèze, cuvée Terret 2016
Domaine Rives-Blanques, cuvée Chardonnay-Chenin 2016
Maison Ventenac, Cuvée de Marie 2016
Famille Guilhem, cuvée Famile Guilhem, Sauvignon 2016
Laurent Miquel, cuvée Solas 2016
Domaines Paul Mas, cuvée Astélia Chardonnay 2016
Les Jamelles, cuvée Les Jamelles Gewurztraminer 2016
Les Vignerons de Puimisson, cuvée Le Pas du Centurion 2016
Les Vignerons du Sommièrois, cuvée Viognier 2016
Les Vignobles Foncalieu, cuvée Le Versant 2016
Domaine d’Aigues Belles, cuvée Permier Rolle 2016

Rosés

Domaine de L’Engarran, cuvée Terres de L’Engarran 2016
Gens et Pierres, cuvée Sud-Sud Rosé 2016, Vin biologique

Rouges

Anne de Joyeuse, cuvée Loriu Rouge 2016
Anne de Joyeuse, cuvée Gargantuavis 2016, Vin biologique
Domaine de Gourgazaud, cuvée Quintus 2014
Domaine Gayda, cuvée Figure Libre Cabernet Franc 2015
Domaine les Yeuses, cuvée Ô d’Yeuses 2015
Domaine les Yeuses, cuvée Syrah Les Epices 2015
Laurent Miquel, cuvée Solas 2016
Les Jamelles, cuvée Les Jamelles Mourvèdre 2015
Valensac – le Domaine, cuvée Entre Nous selon Valensac 2015
Domaine de la Baume, cuvée Saint Geniès 2016
Domaine du Grand Chemin, cuvée Clos Rogé 2014
Domaine de la Jasse, cuvée Réserve d’Excellence 2014