Riche agenda culturel pour Balaruc-le-bains

Le programme culurel de Balaruc-les-bains pour la période septembre-décembre 2017 est à présent disponible. Vous pouvez le consulter en ligne sur Thau-infos en suivant ce lien ou le télécharger au format pdf ici.

 

Le projet de développement culturel de Balaruc-les-bains : le mot du Maire

"Notre projet de développement culturel s’organise sur quatre axes principaux : mettre en place une politique d’animation culturelle du territoire œuvrant pour le développement humain ; faire de la culture un levier éducatif ; faire de la culture un levier d’attractivité touris- tique ; favoriser la multiplicité et la transver- salité des acteurs.
Cette nouvelle saison culturelle préfigure l’élaboration de ce projet avec une program- mation densifiée et annualisée qui prendra place dans le nouveau centre culturel de Pech Meja dès 2018.
Nous vous proposons des spectacles pour l’ensemble des publics, habitants (les plus jeunes comme les plus âgés), curistes, touris- tes ; une saison éclectique avec la découverte d’autres cultures, le soutien au patrimoine régional et aux artistes, l’ouverture et la bienveillance.
Un début de saison où l’on vous emmenera en d’autres lieux, d’autres villes, d’autres pays (Cambodge, Norvège, Cap-Vert)... car la connaissance de soi ne saurait exister sans l’ouverture à l’autre."

Gérard Canovas, maire de Balaruc-les-Bains

 

Sentiments connus, Visages mêlés, clap de fin du Printemps

En clôture de ce très riche Printemps des Comédiens 2017 où toutes les tendances et affinités générationnelles du théâtre en questionnement étaient représentées - texte, suite de saynètes, circassien - l'œuvre de Marthaler s'essayait à une synthèse de toutes ces problématiques. De la pièce de Botho Strauss de 1977 jouée à la Schaubühne de Berlin dont il reprend le titre : "Sentiments connus, Visages mêlés",  il garde le thème de la solitude, de l'enfermement des êtres sur eux-mêmes. Déjouant l'espace et le temps, tous deux mettent en scène la vie désorientée de notre société.

Dans un théâtre monté sur la scène de celui de J.C. Carrière dans le même esprit qu'Ariane Mnouchkine l'a fait pour "Une Chambre en Inde", se déroule une suite de saynètes dont l'intrigue significative serait selon la présentation distribuée à l'entrée : les adieux joués par de nouveaux comédiens à d'anciens qui quittent la scène de la Volksbühne.

Le spectateur voit entrer sur scène un porteur amenant un à un des emballages d'où l'on entend sortir de la musique avant de voir s'extirper des comédiens-personnages très caractérisés : musicien chaplinesque, passionné, virtuose, diva, cabotine, espiègle, effronté, tous plus burlesques les uns que les autres. Ils vont et viennent sur la scène ne semblant pas se voir, passant, grâce à une chorégraphie subtile, d'un one man show à de très belles scènes de groupe où ils entonnent de grands classiques musicaux comme "Laschia ch'io Panga" de Haendel ainsi que le "va pensiero" de Verdi, "An die musik" de Schubert entre autres. Le rôle éminemment dramatique de la musique et la chorégraphie de Marthaler les soudent et poétisent leurs actions. De paroles, il y a peu. Souvent incohérentes, sous forme d'adages ou extraites du quotidien le plus prosaïque, elles semblent cependant, renforcées par celles très édificatrices des chants, distiller des leçons de vie : malgré la vie qui passe regarder devant soi avec optimisme, s'attacher à la vie simple. A coup de touches subtiles, Christoph Marthaler construit des personnages profondément humains tournés vers leur propre accomplissement mais sans oublier leur appartenance au genre humain avec leurs partenaires mais aussi avec le public pour lequel ils effacent le quatrième mur, assis sur des chaises le fixant dans une communication muette durant deux longues minutes. Ce spectacle construit donc une histoire, celle de la passation d'une génération à une autre

Une belle leçon d'humanité et de théâtre et un très beau spectacle de clôture de cette 31e édition du printemps des Comédiens. Tous nos remerciements à ceux qui ont œuvré pour cette réussite.

Publié le 1er juillet 2017 par A.K. 

Songes et métamorphoses

D'Ovide à Shakespeare, une œuvre très polymorphe que celle de Guillaume Vincent, qui fut donnée le weekend dernier au Printemps des Comédiens 2017. Spectacle à la recherche du théâtre, de son essence. A la recherche de l'amour, de son essence. Comment dire tout cela ?

En montant le difficile « Songe d'une Nuit d'été » de Shakespeare, maître en théâtre, précédé d'un prologue écrit sur des métamorphoses d'Ovide maître en fantasmes.

Cela donne un spectacle riches en scènes comiques, réalistes et lyriques où s'explosent de jeunes comédiens passionnés.

Les Métamorphoses d'Ovide

Le théâtre séduit dès l'enfance par ses histoires et ses personnages étranges qui meublent l'imagination en gestation. En première partie, dans un théâtre comme à la Commedia dell' Arte, des enfants de CM1 s'emparent de « Narcisse » d'Ovide et offrent ainsi un fort joli moment d'innocence, de grâce et d'imaginaire enfantin. Ils arrivent à point après le prologue d'Henri V de Shakespeare qui enjoint aux spectateurs de libérer leur imagination.

Puis suivant les métamorphoses de l'être humain, on poursuit dans la sphère des adolescents qui, profitant du jeu théâtral sur « Ianthé et Iphis » deux Crétoises amoureuses l'une de l'autre, s'essayent aux transgressions en y prenant goût. Cela libère leur parole réelle et ils se hasardent dans la cour des grands avec des propos contestataires, politiques. Et ils repoussent les barrières plus loin, pourquoi pas l'inceste ? C'est Myrrha amoureuse de son père puis toujours sur le sexe, ce grand inconnu de l'homme : Hermaphrodite. Enfin, ils abordent les affres du monde adulte : l'amour fou, la jalousie, la vengeance avec Procné dont le mari a abusé de sa sœur. Cette suite de saynètes place le théâtre, lieu de rencontres, d'échanges d'idées, de réalisations de nos aspirations profondes, au centre de la vie, qu'il soit amateur ou professionnel car le théâtre est une catharsis.

 Les passions amoureuses du "Songe"

La deuxième partie était consacrée à la présentation du « Songe d'une nuit d'été » qui reprend avec le langage poétique propre au théâtre les tourments des êtres humains déjà apparus dans la première partie.

L'argument de la pièce est complexe à souhait. Thésée, Duc d'Athènes doit épouser Hippolyta. Démetrius aime Hermia qui l'aime en retour mais son père la promet à Lysandre qui est aimé d'Héléna. Obéron, roi des Elfes, veut se venger de sa femme Tatiana, reine des fées, qui porte trop d'intérêt à un jeune page. Il ordonne à Puck de verser une potion magique sur les yeux de celle-ci afin qu'elle tombe amoureuse de la première personne qu'elle verra à son réveil. C'est la nuit, tout le monde se retrouve dans la forêt. C'est la confusion la plus totale. Par la magie que possède Puck, tous les amours sont inversés. L'action consiste à retrouver l'ordre désiré par les amoureux. Et tout se conclut sur les amours tragiques de Pyrame et Thisbé, divertissement présenté par une troupe de comédiens amateurs à tous les futurs mariés.

Ce Songe fut remarquablement interprété et chanté par des comédiens qui se lâchaient avec beaucoup de fraîcheur, de gaieté, de lyrisme et de violence aussi. L'amour est ainsi.

L'un d'entre eux, Gérard Watkins, vient d'être récompensé par le prix du syndicat de la critique meilleur comédien 16/17 pour sa prestation dans ce spectacle.

Publié le 30 juin 2017 par A.K.

« Democracy in America » de Romeo Castelluci

Jeudi 15 juin 2017, les spectateurs sont sortis fort perplexes du théâtre Jean Claude Carrière où ils avaient assisté à la dernière création de Romeo Castellucci « Democracy in America » présenté en avant-première à Montpellier.

Le spectacle, constitué d'une suite de tableaux est d'une grande puissance esthétique que ce soit sur les plans visuels ou sonores mais fort mystérieux quant au sens qu'il recèle. "C'est le spectateur qui, au final, construit le sens selon ses ressentis, sa culture et ses aspirations," répond le metteur en scène. Umberto Eco, dans « Lector in fabula » ne dit pas autre chose. Cependant, si l'on s'appuie sur l'œuvre qui a inspiré le metteur en scène : le livre d'Alexis de Tocqueville « De la Démocratie en Amérique », le spectateur peut trouver des pistes de réflexion. L'une d'elles est l'importance de la langue et de la compréhension entre les humains. L'ouverture uniquement sonore avec cartouches informatifs sur les propos entendus disserte sur l'approximation des significations des langues avant d'approfondir la réflexion en jouant avec les différents anagrammes qu'offre le titre de la pièce et dont chaque lettre est portée par l'une des dix-huit comédiennes de la troupe qui ne compte aucun homme même pour les rôles masculins : choix de l'auteur...

Une réflexion complexe sur l'Amérique

La démocratie américaine n'a pas le même sens que la démocratie athénienne car elle a été fondée sur une théocratie par les premiers pèlerins qui étaient des calvinistes puritains. Puritanisme évoqué par le tableau éminemment tragique du couple obligé de vendre son enfant pour continuer à vivre. Ensuite, d'une scène de brouillard sortent, flous, de magnifiques tableaux de danses sacrificielles ou orgiaques qui laissent voir l'enfant vendue aux mains de ce qui semblent être des aristocrates précieux. Puis toujours derrière ce rideau, sorte de nuage transparent qui embrume l'image, d'autres danses semblent diviniser le symbole de la construction de la « démocratie » aux Etats-Unis dont les dates essentielles défilent dans le désordre sur ce rideau d'avant-scène.

Ce sont ces tableaux qui ont le plus marqué chaque spectateur par leur beauté. Dans la dernière scène, deux indiens discourent sur le langage. Et les propos qui terminent leur dialogue portent sur l'irréductibilité du langage : « ils n'ont pas de mots pour nos choses », « Nous n'avons pas de mots pour leurs choses ». Et donc sur la frontière entre les hommes qui peut devenir violence - ce qu'elle sera avec l'extermination des indiens par les blancs - ou richesse si l'on dépasse cette fracture linguistique. Ce thème de la langue était aussi l'enjeu de la pièce « Lenga » de Christophe Rulhes du GdRA donnée peu avant au Printemps des Comédiens 2017. Thème éminemment actuel si l'on s'intéresse aux rôles que jouent dans notre société la vérité, le mensonge, le réel et la virtualité.

Prochains spectacles Songes et Métamorphoses, de Guillaume Vincent et la Cie Midiminuit. Printemps des Comédiens à Montpellier du 23 au 25 juin.

Publié le 22 juin 2017 par A.K.

Fall, Fell, Fallen à la Sisyphe

Devant un parterre d'enfants mêlés aux adultes, le duo du Lonely Circus composé de Jérôme Hoffmann et Sébastien Le Guen a donné cette semaine au domaine d'Ô dans le cadre du Printemps des Comédiens, un spectacle original : « Fall, Fell, Fallen » conjugaison du verbe allemand signifiant tomber. Le premier est musicien, bidouilleur de musique électroacoustique et le deuxième, acrobate circassien et fildefériste. Leur numéro consiste à composer une œuvre de musique concrète sur la prestation acrobatique et en partie au moyen des instruments connectés de l'équilibriste. Cela donne une musique polyvalente faite d'hésitations, de suspense, de forces selon les exercices proposés suivant une construction en crescendo.

Au début, les enfants, médusés, pouvaient se demander si Sébastien Le Guen s'essayait aux exercices ou si ses chutes étaient maîtrisées. La suite les rassura, elles étaient maîtrisées. Ils riaient de bon cœur. De toutes les façons, à la fin de l'exercice, l'acrobate retombe au sol. Quoi qu'on fasse pour échapper à l'attraction, au final, celle-ci l'emporte. C'est une leçon à la Sisyphe.

Publié le 22 juin 2017 par A.K

Isabelle Huppert lit Sade à Montpellier

Grande déception hier soir à l'amphi d'Ô à la lecture de Sade par Isabelle Huppert. Entendait-on aussi mal dans tout l'amphithéâtre ? Nous ne comprenions pas les fins de phrases, certains mots étaient inaudibles. Nous devinions plus que nous n'entendions. Était-ce la logorrhée d'Isabelle Huppert qui ressemblait plus à une performance qu'à un désir d'entrer en communication avec un public ? Son comportement, ce soir-là, a été plus proche de celui d'un automate que de la femme de chair que nous attendions.

Isabelle Huppert dans la peau de deux sœurs aux destins opposés

Après la lecture off de la lettre passionnée d'Anne-Prospère de Launay, belle-sœur et grande amoureuse de Sade, elle surgit du noir se dirigeant d'un pas sûr et précipité directement sur le pupitre qui supporte le livre. Aucune attention au public. Pour une lecture, le quatrième mur s'est solidement maintenu entre elle et nous. Il est vrai que son choix est de jouer plus que de lire. Elle est tour à tour, accompagnée de la lumière, Justine dans toute sa naïveté et Juliette dans toute sa rouerie, sa forfanterie mais en même temps, elle est Le Marquis, jubilant, sûr de lui quand il s'agit de Juliette, narquois, moqueur, méprisant, lorsqu'il dépeint Justine et Isabelle Huppert tire quelques rires du public. Le jeu est fin mais bien rodé, mécanique.

Reste le texte de Sade, auteur réhabilité dans les années 70 parce qu'il écrit bien. On comprend pourquoi Gilles de Rais ne l'a pas été, la muse ne l'avait pas choisi.

 

Des textes sélectionnés par le philosophe Raphaël Enthoven

A trois siècles de nous, le français du XVIIIe paraît une autre langue, belle, précise, descriptive, riche. Mais la pensée que véhicule Sade, reflet de ses actes que racontent les minutes de ses multiples procès, se heurte souvent à celle des lecteurs. Aux récits de Justine que l'on dit « érotiques » déferlent dans la mémoire du public d'autres récits : ceux des femmes martyrisées de toutes les guerres jusqu'à aujourd'hui et ceux que l'on découvre aussi dans les faits divers. A travers les récits de Juliette, on entend le désir de vivre plus fort que la peur, la contrainte, le châtiment qui menaçaient toutes les femmes et qui les menacent encore. Le vice, pourquoi pas, à condition que les humains impliqués soient librement consentants. Etre libre, c'est très difficile.

Publié le 20 juin 2017 par A.K.

Cirkulations libres de Balthazar

Beaucoup de familles avec enfants pour ces Cirkulations Libres, spectacle circassien de jonglerie et d'acrobaties au sol ou avec trapèze ou cordes donné par les élèves stagiaires de la formation professionnelle 1ère et 2ème années du Centre des arts du cirque Balthazar de Montpellier. Autour du bassin, des cris d'animaux d''Afrique inquiètent soudain les enfants qui découvrent, médusés une vingtaine d'êtres à la démarche simiesque descendre l'un après l'autre dans le Bassin, l'homme rendu à sa nature première retrouvant les facultés corporelles de son animalité : agilité, souplesse, dynamique.

Le magnifique Domaine d'Ô se prête tout à fait au propos des artistes sous la houlette de Martine Leroy : exercer son art hors du chapiteau pour manifester contre la forte institutionnalisation de la population circassienne depuis les années 2000. Après cette scène de nature sauvage, deux parcours mènent les spectateurs sur les endroits d'exhibition. Les lieux boisés où évoluent un à deux artistes confèrent à ces numéros d'équilibristes beaucoup de suspense, d'intimité et de poésie.

Les enfants sont stupéfiés de voir l'artiste naître peu à peu de la terre avant de s'envoler sur son trapèze et jouer avec sa compagne. Dans une autre scène, des acrobates au sol offre une danse d'amour où s'éprouve la confiance respective de l'un pour l'autre. Puis une jolie jardinière montre les différentes astuces pour arroser les plantes avec les orteils, la tête en bas ou encore couchée entre deux arbres. Avant de retrouver le deuxième parcours pour des jongleries humoristiques. Et enfin s'installer confortablement aux Micocouliers pour assister à des jeux amusants d'acrobaties au sol et avec des cordes qui mettent en valeur le nouveau savoir faire des futurs artistes.

Cette expérience ex-situ dans un si bel endroit, qui eut lieu du 6 au 11 juin,  renouvelle non seulement l'imaginaire de « l'humain circassien » mais aussi la vision que le spectateur peut avoir de la nature humaine et du cirque.

Publié le 13 juin 2017 par A.K.

Lenga, un spectacle inédit au Printemps des comédiens.

Que voilà un spectacle inédit au Printemps des Comédiens et qui retrouve un des objectifs premiers du théâtre contemporain : alerter, dénoncer !

L'objet de cette manifestation ? Attirer l'attention sur la perte de la langue et des langues en symbiose avec celle de la biodiversité. La langue? quel beau sujet de théâtre ! Cette pièce est du GdRA/ Christophe Rulhes/ Julien Cassier chorégraphe, groupe variable à la croisée des disciplines qui s'est spécialisé dans les écritures scéniques sur les thèmes de l'Anthropocène et des enjeux écologiques qui nous attendent.


Julien Cassier musicien et scénographe - Christophe Rules, occitan, anthropologue,

 La langue française aujourd'hui

Sur un projet de Christophe Rules, occitan, anthropologue, Julien-Cassier, scénographe et artiste, ouvre le spectacle avec des sonnailles agitées par les mouvements de son corps perçu comme premier producteur d'expressions sonores. Stupeur, délaisserions-nous le premier outil de notre humanité, notre corps et ses multiples fonctions ? Qui n'a pas constaté une perte de la langue qui commence avec l'affaiblissement de l'articulation et du souffle chez les jeunes générations ! Et ne parlons pas du vocabulaire. Mais cette perte, ne serait-elle pas aussi le résultat d'une paresse ou d'un désintérêt croissant pour notre moyen d'expression le plus élaboré. Et plus encore, ne s'insinue-telle pas aussi au théâtre même où la parole-reine laisse de plus en plus souvent la place au « théâtre sans paroles ».

Ne serait-ce qu'en ce Printemps des Comédiens 2017 : le théâtre de texte ne représente plus que les 2/3 des spectacles. Quant à la saison d'hiver du Domaine d'Ô annoncée pour 2017-2018, sur vingt-neuf spectacles, il n'y en a plus que cinq peut-être y en aura-t-il six, les vingt-trois autres étant des concerts - dix - non-dépourvus de textes puisqu'il s'agit de chansons « Un art, certes, mais mineur » (Mario Vargas Llosa), des spectacles circassiens (douze) et deux pièces de « théâtre sans paroles ».


Lizo James

Un constat

Exploitant tous les moyens d'expression actuels : videos, enregistrements audio, musique, performances acrobatiques, récits, le spectacle ne cherche pas à toucher notre sensiblerie mais nos facultés d'analyse, de comparaison, de synthése pour nous faire comprendre la tragédie qui se joue insidieusement avec la mondialisation, origine de l'extinction des langues et donc de toute biodiversité. Mais aussi extinction des particularités ethniques qui font la richesse de notre humanité. En 2 100, 50% au minimum des 6 700 langues dans le monde auront disparu.


Christophe Rules

Un spectacle arc-en-ciel

Le spectacle met en scène deux performers Africains, Maheriniaina Pierre Ranaivoson d'origine Malgache Merina-Betsiloe et Lizo James sud-Africain Xhosa qui racontent dans leur langue respective (celle à « clics » pour Lizo qui rendit si célèbre le film « Les Dieux sont tombés sur le tête ») leur parcours, leur initiation (pour Lizo) et leur filiation à partir de leurs arrière grands-parents. Mais ce sont surtout leurs grands-mères, deux très belles figures de femmes qui ont assuré la transmission de leurs valeurs. Participant au spectacle vivant au moyen de la video, les récits de leur propre parcours fait de ténacité, de dignité, de lutte pour la liberté et surtout d'amour insatiable pour leurs enfants forcent notre admiration. Lizo et Maheriniai sont acrobates parce que dans les quartiers où l'exode rural ou l'autorité des puissants avait amené leurs familles, c'est l'acrobatie qui leur a permis de se réaliser.


Lizo James, Julien Cassier et Maheriniaina Ranaivosoni

Mais en creux, ils évoquent ceux qui sont restés en brousse, seuls et toujours de moins en moins nombreux à protéger la diversité biolinguistique. Quelle fraîcheur lorsqu'un scientifique bouscule avec de fortes réalités les idées souvent très conventionnelles et philosophico-littéraires de cette vieille institution qu'est le théâtre contemporain !

Printemps de Comédiens du 8 au 10 juin 2017.
Prochain spectacle du 13 au 17 juin  « les Grands Cyprès »

Publié le 12 juin 2017 par A.K

Les Bas-Fonds au Printemps des Comédiens

Eric Lacascade et sa troupe donnent en ce moment au Printemps des comédiens une adaptation des « Bas-Fonds » de Maxime Gorki, pièce écrite en 1902. La première représentation a eu lieu le jeudi 08 juin 2017 dans un Amphi d'Ô rempli aux trois quarts d'une majorité de têtes blanches emmitouflées dans leurs manteaux. La température tenait plus d'un début mai que d'un mois de juin. Ne se pose-t-il pas un problème de la relation entre le théâtre et les jeunes générations ? Où est-ce le mois de juin et son cortège d'examens qui serait cause de cette défection ?

 

Le décor minimaliste qui s'offre aux spectateurs présente au premier plan un bar-restaurant dont un coin est loué à un ouvrier qui martèle des profilés. Une succession de rideaux de plastique transparent le sépare dans sa profondeur d'un dortoir équipés de lits de camp. Le célèbre texte de l'auteur russe est respecté mais ne peut-on pas se demander malgré l'actualisation d'Eric Lacascade s'il n'est pas un peu dépassé aujourd'hui ? Cette lutte du Prolétariat contre la Bourgeoisie, si nécessaire en 1902, semble bien surannée et cette « philosophie » de l'homme, exposée par les différents protagonistes, tourne en rond. Quelles solutions aux problèmes actuels peut apporter à notre société contemporaine une pièce où les rapports entre les humains ne sont que violence, où leurs centres d'intérêts sont l'alcool, la baise et l'oisiveté. Leurs aspirations étant niées, refoulées par eux-mêmes.

Une troupe de quatorze comédiens

Pourquoi le théâtre s'abaisse-t-il au niveau de la TV qui offre pléthore de personnages tels que Satine l'ex-taulard, Le Baron un aristocrate déclassé ou Medvedev un policier véreux. La seule lueur d'espoir réside en Louka, personnage dostoïevskien, construit, généreux, sans préjugés et optimiste. Mais la scène de beuverie de la fin, au cours de laquelle les comédiens se sont surpassés, détruit tout espoir. Nous ne venons pas au théâtre pour nous faire flageller mais pour nous sentir grandir par l'optimisme que peut dégager une réflexion construite autour des problèmes de notre époque comme l'a si bien fait Ariane Mnouchkine. D'aucuns reprochent à sa pièce de manquer de dramaturgie c'est- à-dire qu'il n'y a pas de montée de la tension pour arriver à un dénouement.

Mais l'approche du sujet que la troupe du Soleil a exploré ne pouvait évoluer que par tâtonnements représentés par cette suite de saynètes qui donne à sa pièce la « petite forme » du cabaret. Ariane lui donne là ses lettres de noblesse. Les applaudissements avec deux rappels sont en phase avec le ressenti très modéré de l'amphi.

Prochaine représentation : samedi 10 juin à 22h - durée 2h30 - Amphithéâtre d'O - Montpellier

Publié le 10 juin 2017 par A.K.

 

Autour d'Une Chambre en Inde : deux grandes figures humanistes

Autour d'une Chambre en Inde d'Ariane Mnouchkine, Jean-Claude Carrière a proposé une lecture des histoires essentielles du Mahabharata.

Portant beau ses 86 ans, Jean-Claude Carrière est apparu, vêtu de la tenue quotidienne d'un indien, au milieu du décor de la pièce : une maison tropicale baignée de lumière tamisée et animée par trois musiciennes traditionnelles : une chanteuse, une percussionniste et une joueuse de « théorbe » qui accompagnaient les récits. Il est dommage que le micro fût défaillant et qu'une bonne partie du spectacle en fût gâchée. Monsieur Jean Varela s'est excusé mais l'acteur a été gêné de ne pouvoir se mouvoir à son aise et donner à son récit plus de présence dramatique. Heureusement, il a su s'adapter en prêtant plus d'attention au rythme vocal imposés par les récits. Il a très bien réussi à faire partager sa passion pour les personnages qui animent cette œuvre immense ainsi que pour la sagesse qui l'habite et qui guide les indiens depuis des générations. Quand il sentait que les spectateurs novices éprouvaient quelques difficultés à se retrouver dans tous ces personnages qui surgissaient du néant, alors l'acteur reprenait et précisait qui ils étaient. Certains épisodes sont d'ailleurs, repris dans la pièce : celui de la femme aux 7 maris et cet autre où l'héroïne, encore une femme, refuse à son mari le viatique pour la guerre parce qu'elle veut le garder auprès d'elle. Mais ce qu'il a su encore le mieux délivrer est cette sagesse indienne qui révèle un monde aléatoire qui renvoie chacun face à lui-même.
Merci pour ce cadeau d'Inde.

Ariane Mnouchkine et le chaos du monde

Le lendemain, Ariane Mnouchkine a offert une rencontre où elle a raconté la genèse de la pièce, le travail collectif qui rejette la censure, l'apport de chaque comédien dans le travail d'improvisation et donc de création, la contribution fidèle d'Hélène Cixou, la difficulté de fabriquer du comique, la douleur de devoir renoncer à de très bonnes scènes qui ne trouvent pas leur place. Elle a parlé aussi de la vie et des exigences du Théâtre du Soleil, confronté aux réalités politiques, financières, sociétales. Elle a remercié la France d'aider les artistes, de promouvoir l'exception culturelle. Il y a des pays où les comédiens paient pour jouer.

Madame Mnouchkine est une grande dame humble, exigeante, généreuse. Ceux qui la rencontrent ressentent davantage ce qu'est l'humanité.

 

Une Chambre en Inde d'Ariane Mnouchkine, jusqu'au 10 juin
Printemps des Comédiens du 30 mai au 1er juillet 2017 à Montpellier

Publié le 8 juin 2017 par A.K.

Ariane Mnouchkine ouvre le festival du Printemps des Comédiens

Ariane Mnouchkine ouvre le festival du Printemps des Comédiens sur notre monde nouveau

25 ans après, Ariane Mnouchkine revient au Printemps des Comédiens pour nous présenter la dernière œuvre du Théâtre du Soleil créée à Pondichéry en janvier 2016 : « Une chambre en Inde », pièce foisonnante d'histoires drôles, dramatiques, tragiques racontées dans toutes les langues, chantées, dansées et jonglées dans un festival de spectacles.

Pour l'occasion, le vaste plateau du théâtre J-C. Carrière a été élargi au maximum pour pouvoir accueillir le magnifique intérieur d'une maison tropicale dont les persiennes latérales filtrent une lumière et surtout une atmosphère bruissante faussement apaisantes.

De ce fait, les loges sont installées dans l'entrée offrant à la vue de tous les spectateurs les préparatifs rituels de l'Office qui va commencer, façon de rendre au théâtre son origine sacrée. Devant une salle comble de têtes chenues ( les jeunes générations ont pourtant un jour ou l'autre vu le « Molière » d'Ariane...) se déroule un spectacle comme on en voit peu. Après le choc des attentats de 2015, dans une chambre, en Inde où elle doit monter un projet, une comédienne contemporaine issue de la Comedia del Arte, souffre des affres des responsabilités qui lui sont imposées et aspire au sommeil, réservoir de songes. Ceux-ci apparaissent sous la forme d'un foisonnement de saynètes jouées par des comédiens aux multiples talents et convoquant toutes les formes de théâtre et de toutes origines. Certaines dont les intrigues passent de la mythologie à des faits d'actualité sont organisées comme des séries, interrompues puis reprises quelques scènes plus loin, d'autres sont des apparitions des mannes d'illustres prédécesseurs d'Ariane, du Mahabharatha à Charlot en passant par Shakespeare et d'autres moins illustres. Derrière ce chaos apparent, l'argument est très charpenté suivant deux constructions, l'une stellaire autour de l'héroïne magnifiquement jouée par Hélène Cinque mais aussi linéaire, tendue vers le questionnement sur la société, le théâtre et l'être humain provoqué par les attentats de 2015 et qui bouleversent la comédienne.

Où en est cette société mondialisée ? Comment combattre le désespoir engendré ?

Peut-on encore faire du théâtre après cela, et du théâtre comique ? Le Théâtre du Soleil y réussit très bien, il habille le tragique d'éléments comiques et le spectacle est beau, drôle, poétique et transgressif à souhait, rendant aux spectateurs la force de se battre contre la soumission et pour la liberté. La réalisation de cette œuvre a mobilisé au moins soixante dix personnes parmi lesquelles environ 50 comédiens, chanteurs, danseurs, acrobates dont certains appartiennent à une troupe de théâtre venue d'Inde : la Kalaimamani Purisai Kannappa Sambadan Thambiran spécialisée dans une forme de théâtre traditionnel le Theru Koothu qui reprend les histoires de la mythologie indienne puisées dans le Mahabharatha et le Ramayana. Un grand bravo et un immense merci à tous les acteurs, aussi excellents les uns que les autres, de ce spectacle qui nous a réjouis durant 3 heures et demie. Si vous désirez vous enivrer d'autres épisodes du Mahabharatha, rendez-vous samedi 3 juin à 17h sous le chapiteau de la Pinède avec Jean-Claude Carrière pour 2 heures de lecture de ce patrimoine de l'humanité.

Publié le 1er juin 2017 par A.K.

Le Printemps des Comédiens du 30 mai au 1er juillet 2017

Réservations : 04 67 63 66 66