Adrien Puech

ADRIEN PUECH : « architecte », conseiller d’art, peintre, penseur et chercheur indépendant et libre d’esprit, apôtre de la prolongation de la vie, écologiste actif, né et mort à Montpellier (1915-1993).
(Extrait du Dictionnaire de biographie héraultaise, édition Pierre Clerc, Montpellier 2001, p.1180).

Il montre vers l’âge de 10 ans un don  pour le dessin épuré  d’une étonnante élégance. Elève de Gallix à l’Ecole des Beaux Arts de Montpellier, il obtient le prix Bonnet Capmarty d’architecture, puis entre chez Carlier, l’architecte. Il approfondit ses connaissances par une démarche personnelle, négligeant la poursuite du diplôme D.P.L.G.,  pour rencontrer de nombreux  architectes comme Auguste Perret, Beaudouin, ou  Charles Jeanneret (Le Corbusier) qui lui dit  :» Avec ton  dessin  tu ne manqueras jamais de travail », il lui propose une place dans son atelier. Mais Mme Jean De Richemond, épouse à Montpellier de l’architecte des Monuments Historiques atteint subitement d’une maladie invalidante, vient frapper à sa porte, ses enfants en bas âge à la main.   Par compassion  (écrira plus tard Puech ) il accepte de venir en aide à l’architecte  auprès duquel il est le véritable chef d’agence, à la tête de sept dessinateurs. 

Institut de Biologie de Montpellier

Chez cet architecte, il conçoit -en relation avec les recteurs- les  plans pour la construction de l’Institut de Biologie de Montpellier,  pour lequel Adrien Puech recevra lors de l’inauguration les félicitations d’André Marie, ancien Président du Conseil. S’en suivront, l’extension de la Faculté de Médecine, de Pharmacie, l’Institut de Botanique, l’immeuble EDF (bld Frédéric Miustal) la caserne des Gardes Mobiles, et des immeubles d’habitation où il développe ses idées humanistes sur l’urbanisme social moderne  : « L’architecture fait les mœurs, les mœurs font la politique,  des gens heureux ou malheureux » écrit-il.

Tant dans ces plans , que dans ceux qu’il réalisera pour son propre compte, on retrouve ses références hellénistiques dans l’ordonnancement des façades avec pilastres et corniches, quant à la forme des bâtiments aux angles arrondis comme l’Institut de Biologie, elle est à l’image de sa personnalité consensuelle, et de la nature qu’il admirait. De plus, son coup de crayon dans la silhouette élégante des personnages se retrouve tout au long de sa vie sur tous les plans ou tableaux. En 1953 il quitte le cabinet  De Richemond et prend son indépendance économique.

« Pour réaliser plus parfaitement sa personne » il crée la profession de Conseiller d’Art qu’il définit  dans une plaquette en 1970. Il embellit pendant dix sept ans le centre ville de Montpellier, par la  transformation de  plus de  cent magasins dont les Archives Municipales conservent la trace.Il réalise pour le gotha de la région plusieurs pavillons modernes, et la décoration de nombreux appartements dans les Hôtels particuliers 18 ème. Le directeur du Midi-Libre lui confie l’aménagement du grand bureau avec fresque murale du conseil d’administration du journal. Pour ces réalisations, il avait sélectionné les meilleurs ingénieurs béton, entrepreneurs, et artisans d’art, certains se souviennent de ses apartés sur l’urbanisme dans la ville et l’art… Adrien Puech est à l ‘origine de l’avènement après la guerre, de l’élégance face au clinquant, de la beauté avec des matériaux naturels ou pauvres, et d’aménagements pratiques pour la femme  à la maison. Un entrepreneur qui l’a connu raconte : »Mes souvenirs sur ce Monsieur, bien que lointains, se résument en quelques mémorisations marquantes : il était dans son physique et son comportement : grand, imposant, mais non dépourvu d’aisance, de charme et d’affabilité. Il ne parlait pas pour ne rien dire et meublait nos échanges, sur le sujet en cours, d’arguments techniques issus de ses connaissances et de ses expériences vécues. Les premiers contacts, lors des réunions de chantiers étaient, essentiellement, consacrées à l’état des lieux au jour dit et à l’avancement des travaux à venir. Ses conseils étaient précieux. Lorsque étaient terminés les nécessaires préambules techniques, un autre Homme faisait surface et se transfigurait en une sorte d’individu hors du commun. C’était un Philosophe averti, un observateur attentif de la vie courante, un Expert dans l’appréciation de l’état de la cité. Ainsi, sans le vouloir à tout prix, il laissait libre cours à son éloquent discours de psychologue éminent, d’arbitre des élégances esthétiques, de Maître à penser et de réformateur des coutumes alors en vigueur dans la ville ou la corporation. Après son départ, on avait le sentiment que cet Homme de goût, ennoblissait, par ses dires et conclusions personnelles, nos métiers manuels. Adrien Puech aurait mérité d’être décoré ».(1)

Les perspectives et dessins d’Adrien Puech, souvent rehaussés de pastels, de gouaches ou d’or,  sont  recherchés.

Il établit les plans et invente vers 1968 un concept d’organisation rationnel  "Informer  les entreprises (et particuliers) et  Promouvoir  les métiers" pour le Centre de Promotion des Métiers. Mettant, à l’instar de Neimeyer,  la courbe à l’honneur, ce bâtiment ultra moderne devait être en  « béton armé de forme elliptique avec voûtes à simple courbures, nervurées longitudinalement et en cadre » Ce projetd’avant garde ne verra jamais le jour à Montpellier.

Le projet de Centre de Promotion des Métiers

Adrien Puech a aussi réalisé une œuvre en tant que dessinateur, peintre et aquarelliste.  En effet, c’est dans ce travail  que se trouve la genèse  de toutes ses réalisations. Dans la région il a peint le Jardin du Peyrou, des lieux pleins de charme du centre ville, le canal de Palavas où il allait en vacances.  Il a su restituer avec finesse la douce lumière qui nimbe la cité où il avait vu le jour. Son dessin moderne, construit, conjugue rigueur et élégance. Il a travaillé dans toutes les techniques et matières : par collages,  au pochoirs, lavis, pastels…

Adrien Puech est l’auteur de plusieurs essais visionnaires édités à compte d’auteur : « L’architecture de demain ».  « La ville à la campagne ». « L’expansion de l’homme dans l’univers ». « Les stations spatiales habitées » dont il avait réalisé une maquette. « La conscience universelle ». « La paix ».  « L’unité universelle », 1962. Il donnera publiquement son point de vue sur la philosophie des formes, lors des discussions publiques précédent les constructions  pyramidales de la Grande Motte par Balladur, ou néo-classiques à Antigone par Bofil, ou plus « mastoques »pour le  Corum par… (Des architectes  imposés par la politique… comme s’il n’y avait pas de bons architectes à Montpellier 

Il fut aussi l’un des tout premiers écologistes. Il comparait déjà en 1965 le volume d’oxygène dont l’humanité disposait autour de la planète, par rapport à celui consommé par les activités humaines. Son cri d’alarme sur le  réchauffement climatique trouvait peu d’échos naguère. Adrien Puech a oeuvré pour un progrès responsable et vraiment concerté, essayant d’ ancrer le respect de la nature et le sens de la responsabilité personnelle et collective dans les consciences. Rares étaient chez lui les contradictions, entre l’homme, l’artiste et le militant. D’ailleurs sa vie fut sous-tendue par une éthique, une morale : "servir, plus tôt que se servir".  René Pialot, ingénieur et entrepreneur à Montpellier, le décrit ainsi dans ses "Souvenirs": "Il était dans son aspect physique et son comportement : grand, imposant mais non dépourvu d’aisance, de charme et d’affabilité". 

Chantre de l’élévation des consciences au moyen « du bouche à oreille », par ses recherches et questions  il s’est fait  connaître de nombreux professeurs français et étrangers venus pour des Congrès dans le cadre d’Euro-médecine. Certains s’étonnaient de son esprit de synthèse. En septembre 1987 il présenta une grande fresque: "Pour l’étude du caractère téléonomique de la matière vivante en tant que résultat d’une finalité génétique. Le vieillissement disparaîtra par régénération permanente des organes, pour ceux qui auront librement recherché les nutriments et les molécules de la médecine de l’an 2000, au bénéfice de tous". Adrien Puech ne fit rien en dilettante,  à 65 ans il s’était inscrit comme auditeur libre à l’Institut de  chimie. Il n’est pas étranger avec le Groupe Visa à l’idée de  création du Centre de gérontologie Antonin Balmes à Montpellier. Toutes ces recherches multidisciplinaires se rejoignaient, et avaient du sens.

Ainsi, n’est-il pas exagéré d’écrire qu’Adrien Puech a participé pendant quarante ans au rayonnement intellectuel, humaniste, et artistique de Montpellier et de la France. Ses archives le montre. Il avait offert à la ville de New-York une grande fresque multicolore qui résume autour de la célèbre statue de la Liberté ayant à sa gauche Manhattan, et à sa droite le Château d’Eau du Peyrou, ses recherches sur le commencement et la fin de la vie humaine, et sur ses engagements  pour un monde meilleur et en paix. S’intéressant plus à autrui  qu’à lui même, les expositions de cet artiste bien trop modeste, furent rares. Adrien Puech aimait la ville de Montpellier, peut-être dans un  environnement différent aurait-il pu réaliser la totalité de l’œuvre dont il était porteur. C’est probablement ce recul chargé de bonté, par rapport au matérialisme et à l’arrivisme ambiant, qui donnait à son visage la grâce aimable que  ses innombrables interlocuteurs remarquaient chez lui. Il cherchait toujours avec humour des excuses à ceux qui auraient  mérité des critiques. La redécouverte, ou la découverte, de l’œuvre originale et du parcours de cet homme hors du commun pourrait être un apport pour la société d’aujourd’hui, c’est aussi un devoir de Justice et de mémoire.

Adrien Puech est mort en juin 1993,  un crayon à dessin à la main. Le journal écrivit, semble-t-il,  voilà un homme qui n’a laissé que de bons souvenirs. C’est peu, mais sur peu d’hommes d’Etat on peut en dire autant.( La première biographie  d’Adrien Puech est en préparation).

Christian Puech .
Biographe d’artistes, grand voyageur, artiste photographe.