Paul Dardé, sculpteur socialo-libertaire

Paul Dardé Paul Dardé, né en 1888 à Olmet (Hérault) et mort à Lodève (Hérault) en décembre 1963, est un des artistes français dont certaines oeuvres se retrouvent au musée d'Orsay dans quelques autres grands musées prestigieux en France et à l'étranger. Homme au tempérament trempé, Paul Dardé reste largement méconnu et quand on le ressort de l'ombre c'est pour occulter le combattant qu'il était et lui fabriquer l'image nette d'un artiste entouré de beaux esprits. Christian Puech, son biographe rétablit la vérité sur ce sculpteur-dessinateur de l’âme humaine.

Paul Dardé : trop grand, trop vrai, pour être redécouvert avant mille ans 
par Christian Puech.

A quoi sert aujourd’hui un Artiste en politique ? Surtout à attirer des touristes avec ses œuvres. Mais, quand les engagements et messages humanistes qu’elles sous-tendent, dépassent ou contrarient les pouvoirs en place, les écrits de l’artiste ou ceux de son biographe sont souvent censurés.

La redécouverte espérée, n’est plus alors que l’enterrement d’une œuvre dans un musée. Aujourd’hui encore à Lodève, les hommages à Dardé éludent l’engagement politique de l’artiste, et se cantonnent dans le détail, comme un : « Colloque sur les dessins préparatoires au faune ». Il n’y a pas de justice sans vérité, et encore moins d’évolution de la conscience et de la dignité des peuples.

Le 29 décembre 1963, Paul Dardé s’éteignait à Lodève dans la misère et l’oubli injustes. En 1920 la presse voyait en lui : « Le nouveau Michel-Ange, successeur de Rodin ».Ce sculpteur socialo libertaire était devenu célèbre à Paris avec son malicieux « Vieux Faune » duquel il disait aux journalistes: « Il ricane et son rire est méprisant pour les hommes… » de pouvoir et d’argent médiocres. Visionnaire. Alors que la fortune lui tendait les bras, il était revenu s’installer près de Lodève, pour aider la population exploitée contrainte de se taire, à s’informer, et à prendre en mains son destin. Mais dans ce pays encore timoré par l’Inquisition, la critique était dangereuse ; on ne se fiait à personne, on ne bougeait pas. Après 1789 de « nouvelles féodalités »(1) avaient été réintroduites par cumul des mandats. Et les banquiers avaient repris la main.

Pour cet engagement, Dardé fut persécuté pour délit d’opinion par quelques notables radicaux et médiocres qui contrôlaient tout, et surtout la liberté d’expression, d’opinion. Ils reprochaient à l’artiste autodidacte -dont ils jalousaient les projets pour la ville ruinée- son indépendance et sa liberté d’expression critique par l’art, le verbe et la plume. Ces persécutions inspirèrent à Dardé un Christ aux Outrages (3 m.) symbole du calvaire d’une partie de la population soumise. Ainsi, la poursuite de son œuvre de sculpture monumentale fut brisée en 1926 par sa mise en faillite. Ses courriers sollicitant le soutien financier de ses débiteurs et amis parisiens avaient été détournés à la poste de Lodève pour l’empêcher de rembourser ses créanciers, écrira l’artiste. Une I.V.G. : Interruption Volontaire de Génie. Pour survivre, le paria s’exila plus de vingt ans sur le Larzac, terre de vérité. Cela, non sans avoir au préalable édité et publié en 1932 un journal avec ses « Lettres Ouvertes aux conseillers municipaux » encore taboues : » J’ai fait face à des manœuvres criminelles…J’estime que j’ai un grand devoir (envers ceux) qui n’ont pas pu se défendre et ont du succomber dans des cas pareils… ». (Mon livre p.139 à 146 ). Dardé vendait son journal dans la rue, le quotidien régional faisant surtout la politique des notables.

En 1964, lors d’une exposition posthume, un notable qui avait eu demi- siècle pour rendre justice à Dardé, s’adressant aux « amis » du sculpteur, demanda théâtralement « Pardon à Dardé !…Nous n’avons pas su faire notre devoir à l’égard de cet artiste. Pendant que nous, les petits les nains, allions à nos activités mesquines…Il faut…Il faut…Il faut… ».( P.219).Quand vanité et orgueil, dépassent la capacité à faire, l’homme en arrive là ! Et, souvent plus bas. Nous allons le voir. La mythologie était bavarde à ce sujet. Ce décalage avec l’envergure de l’artiste rendait impossible la redécouverte véridique de Dardé à partir du Languedoc. D’ailleurs, une chape de plomb politico-médiatique locale (encore d’actualité) tomba sur les écrits de Dardé, voués à passer à la trappe de l’histoire du Languedoc et de l’Art français. Après avoir ferraillé quatre ans avec le sous-préfet et la mairie, le 1er août 1967 le conseil municipal de Lodève refusait à la veuve désargentée la modeste rente dont elle rêvait « pour lui permettre de vivre décemment… » (P.V. d’huissier). Mme Dardé refusait d’enterrer plus du tiers de l’œuvre dans une ville où l’artiste persécuté n’avait jamais voulu effectuer le moindre legs. Pourtant, manipulée, elle y sera amenée pour diverses raisons, contre une rente de 700 francs par mois environ (110 euros) ; nécessité économique oblige.

Mon arrière grand-père, puis mon père Adrien Puech, ayant bien connu l’artiste maudit, (p.200) sa veuve sans enfant m’a confié en 1968 la dangereuse mission d’écrire la biographie véridique de Dardé, et, je cite : « …de m’engager par acte notarié à m’aider à protéger et diffuser l’œuvre de feu mon mari Paul Dardé sculpteur, sachant par avance les difficultés qu’il rencontrera… car toute la vie mon mari et moi nous avons été persécutés par une grande partie de la société qui a voulu nous faire périr( physiquement) ce qui est hélas trop souvent le sort des artistes ».(p.254). Dès lors, les mobiles politiques d’une affaire aussi grave, ayant valeur universelle, ne pouvaient être tus. Et il en fallait du courage intellectuel et du cœur envers la veuve abandonnée de tous, pour se lancer dans pareille aventure. Dans l’élan de ma jeunesse, j’ai donc signé en 1968 le contrat que Mme Dardé « avait composé et écrit en toute conscience et lucidité » -dix neuf ans avant sa mort- devant un huissier qui a établi un P.V., puis un notaire.
En 1968, le souci de vérité et de redécouverte de l’artiste, pour la veuve désargentée défiait des « féodalités » en place, ravivait des remords, égratignait des vanités et prétentions littéraires régionales. La convention signée contrariait aussi de jaloux appétits et emprunts d’œuvres (que Mme Dardé m’avait chargées de récupérer par mandat le 25 octobre 1968,mon livre p.254), ainsi qu’un projet fumeux d’un musée dans sa propriété du Larzac vendue pour 5000 francs (750 euros) ! Pour les manipulateurs de la veuve, j’étais devenu le biographe à abattre. Mais après les persécutions subies par Dardé, la Justice était là en 1969 ! Ce combat inégal et périlleux que j’ai gagné m’honore comme une légion d’honneur méritée sur un champ de bataille. Témoigner sans mise en cause personnelle, ni haine, de ce qui se passe réellement, c’est représenter, défendre la société.

Malgré ces « féodalités » sectaires, après plus de vingt ans de recherches et travail, j’ai publié en 1992 l’importante biographie commandée. Elle rétablit le lien tabou mais indissociable, entre les écrits politiques de Dardé et ses œuvres. Ce livre fait aussi découvrir le sculpteur Dardé comme un merveilleux dessinateur. Il reste le seul ouvrage à reproduire les Lettres Ouvertes de Dardé dont personne n’avait osé parler avant moi depuis 1932. Il est un individualisme qui construit, donne une dignité à la personne. Mais dans l’histoire des hommes, tous ceux qui ont révélé des vérités ont été calomniés. Je n’y échappais pas. Une procédure judiciaire fut entreprise pour faire censurer le contenu de mon livre -qui fut validé en 1994- pendant qu’une version « officielle » de la vie de Dardé était subitement publiée « Avec le concours de la Mairie de Lodève ». Cette version coupe le lien politique avec les œuvres de Dardé, et conclut après un exercice d’érudition que l’artiste aurait dit : « avant de mourir à un de ses amis : J’ai eu la vie que je voulais… » ! Et pendant que cette version « officielle » était mise en vente au musée, mon livre y était interdit. D’ailleurs, il reste encore introuvable vingt et un ans après sa publication dans la bibliothèque de cette sous-préfecture, où se trouvent pourtant les versions locales sur l’artiste. (Ce pays ne fait plus démocratie et pourtant la municipalité a changé en 2008). La vie engagée de Dardé s’en trouve réduite à la dimension de celle d’un artiste local dont l’œuvre serait dénuée de sens.

Ce type de récupération d’un artiste pour attirer quelques touristes est sans avenir. Mon livre et mes interventions auprès des pouvoirs publics, du Ministère, et pour aider la mairie, ont cependant été l’aiguillon jalousé de tout ce qui a été fait pour Dardé. En 2011, j’ai même proposé à l’Agglo le prêt au musée Fabre de quelques œuvres de Dardé. Je n’ai jamais reçu de réponse. Dans pareil contexte Paul Dardé ne peut pas être redécouvert à partir de Lodève, ni même à partir de la France. Mais il y a des précédents avec Van Gogh, Gauguin, Cézanne, redécouvert à partir de l’étranger. Si aujourd’hui la biodiversité en danger est un sujet d’actualité, la « discrimination » politique qui frappe ceux qui s’affranchissent- pour faire progresser les consciences- du discours convenu faussement majoritaire, est un sujet tabou en France. La diversité intellectuelle est pourtant une richesse, un patrimoine. Je constate cependant avec joie que la résistance aux « féodalités » progresse en Languedoc, entre autres pour certains lecteurs de mon livre. Le combat contre la manipulation massive et sophistiquée des consciences, est le plus grand défi lancé aux hommes du troisième millénaire.

 Christian Puech

Pour en savoir plus : « Paul Dardé sculpteur-dessinateur de l’âme humaine », 
ISBN : 2-9504899-1-5. 
Ouvrage 32 x 24 cm, 
couverture cartonnée, dos carré cousu, 248 pages, 
plus de 500 reproductions en noir et couleur. 
Diffusion : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. et 06.03.38.16.98

" Après la publication dans mon livre des écrits tabous de l’artiste maudit à Lodève (p.139 à 145) vouloir accréditer la thèse d’un Dardé entouré de notables, mécènes, érudits et poètes : « Florence sous les Médicis », prête à sourire. Quoiqu’on ne puisse plus douter de rien. C’est d’ailleurs plus à la fabrication de cette image valorisante, qu’à la redécouverte de Dardé qu’on s’est intéressé depuis la mort de l’artiste à Lodève." - Christian Puech