Jacky Fanjaud l'« inventeur » de l'Ephèbe d'Agde

L'Ephèbe d'Agde est une statue antique en bronze haute de 1,4 mètres et datée du IV° siècle avant JC. Elle a été découverte dans le lit de l'Hérault, juste en face de la cathédrale d'Agde. Le dimanche 13 septembre 1964 reste une date importante dans le cœur de son « inventeur » Jacky Fanjaud. Il faisait partie à l'époque du GRASPA (Groupe de Recherches Archéologiques Subaquatiques et de Plongée d'Agde).
A ce jour, "c'est le seul bronze grec découvert en France, ce qui en fait une découverte très importante ".

1965 : l'éphèbe sort de l'eau

Jacky Fanjaud a toujours été un passionné de plongée. Dès ses 15/16 ans, après la guerre quand il fut possible d'accéder aux plages, il pratiquait déjà la plongée et il allait faire de la pêche sous-marine avec des amis. Depuis 3 mois un club de plongée agathois venait de se créer, le 2 avril 1960 et un ami bitterois connaissant sa passion lui avait conseillé d'intégrer ce club agathois.. Il avait alors 29 ans.
A sein du GRASPA il a commencé en faisant un petit peu de tout, tout d'abord comme « stagiaire » pour montrer ce qu'il savait faire. A ces débuts le club ne possédait aucun équipement, pas de bouteille et pas de compresseur. Tous les membres de cette jeune association venait avec leur propre équipement jusqu'à ce que la commune d'Agde leur alloue de l'équipement sous forme d'une subvention leur permettant d'acheter leur première bouteille. Rapidement le club a fait des découvertes qui ont amené d'autres aides.
A ses débuts, lui-même venait avec sa propre bouteille qui lui permettait une autonomie de 30 minutes pour un maximum de 6 à 8 mètres de profondeur. Mais elle était suffisante pour plonger dans l'Hérault. Il partageait sa bouteille avec ses autres collègues pour des descentes en plongée de 5 minutes.
A cette époque, il ne trouvait pas grand chose à la différence de ses collègues. Sans trop se décourager, il s'est obstiné et il a continué à plonger.
L'Hérault a toujours été propice aux découvertes car les bateaux grecs remontaient le fleuve et venaient accoster. Une fois sur place, du matériel et des amphores cassées, entre autre, étaient sans doute jetées à l'eau, d'où les nombreuses découvertes. Ils trouvaient surtout du phocéen, des amphores grecques de Marseille.
Il a lui-même réalisé un inventaire des types d'amphores retrouvées, il en a identifié plus de 50 différentes. Jacky Fanjaud connaît toutes sortes d'amphores car il en a tellement vues, dessinées et classées mais là s'arrête sa connaissance de l'archéologie. Il ne se targue surtout pas d'être un archéologue, il adore juste chercher et trouver. Il a, par sa passion et son engagement, fait tout de suite sa place au sein du club. Il y était dès que possible, jours fériés ou non. C'était une passion pour lui. Il a été secrétaire du club puis trésorier fédéral mais il balayait aussi la salle et il entretenait, comme tous les autres, le matériel.
Les membres du club était au nombre de 12 et l'adhésion se faisait au compte-goutte. Il fallait être parrainé par 2 membres du club et avoir fait ses preuves durant une année pour y être admis, afin d'éviter d'intégrer des personnes « douteuses » plus intéressées par un certain pillage que par la sauvegarde.
« La sauvegarde du mobilier archéologique agathois », là était la raison d'être du club. Dans ses statuts il était bien précisé que tout objet retrouvé lors de fouilles devait revenir au GRASPA. Il n'y a qu'à aller voir les collections du Musée de l'Ephèbe d'Agde pour se rendre compte de la richesse des fonds sous-marins de nos côtes.

Les circonstances de la découverte de l'Ephèbe

Ce 13 septembre 1964, comme tous les dimanches il y avait une sortie le matin en mer à bord du bateau du club. De retour en Agde, lui et deux de ses amis du club, Raphaël Molla, et Aimé Blanc ont décidé de remplir leurs bouteilles et ensuite d'aller plonger dans l'Hérault. Après avoir pris leur déjeuner ils plongèrent tous les trois (vers les 15 ou 16 heures). Comme à leur habitude ils sont partis prospecter au fond, parfois en tâtonnant, en zigzag le plus souvent.
A un moment Jacky Fanjaud croise Aimé Blanc et après avoir constaté, par un signe de la main, que tout va bien ils repartent chacun de leur côté, à l'opposé l'un de l'autre. A cet instant de l'histoire il faut noter qu'Aimé Blanc était un homme pesant plus de 100 kg. Il se plombait « à mort » pour pouvoir descendre et quand il passait il « labourait » le fond.
En progressant, 10/15 mètres plus loin, la vase s'étant reposée, Jacky Fanjaud a vu une tâche, du vert de gris, « même pas de la taille d'une sous-tasse à café ». Il s'est fait la réflexion... « ça jure dans le contexte ». Il y est allé et en nettoyant la vase il lui est apparu toute la chlamyde (une draperie) sur l'épaule de la statue. Il a continué jusqu'à apercevoir le visage … Il était émerveillé par la beauté des traits du personnage. Sans rien connaître encore sur la valeur de l'objet ni en savoir sa provenance, ni pouvoir encore le dater.  « J'étais content parce que c'était beau ».
Il y avait une grosse lauze posée sur le torse (une pierre qui servait et qui sert encore à couvrir les toits) qu'il a repoussé.  « Là ça m'est apparu … c'était quelque chose de magnifique …. ».
« Quand il a été bien dégagé je l'ai soulevé doucement pour ne pas l'abîmer. On sent si ça va venir ou si ça pas venir. Si ça va pas venir on continue ». « Je l'ai dégagé complètement. Je suis vite remonté à la surface et là j'ai vu le président du club, Denis Fonquerles qui venait d'arriver ». « Je lui ai demandé de me donner un bout lui annonçant que j'avais trouvé un athlète en bronze » (à ce moment là on ne parlait pas encore d'Ephèbe).
« Je prends le bout et je redescends. J'étais sur ma réserve d'air. J'accroche le bronze et je tire les trois coups pour qu'on le remonte. Denis Fonquerles se met à le remonter doucement. Je suis arrivé à la surface, je n'avais plus d'air. Et là, à la surface quand je l'ai vu dans une eau plus claire, quand je l'ai vu s'élever dans l'eau de surface …. avec le soleil... c'était quelque chose de merveilleux. Là, on a le palpitant qui accélère. Donc on l'a remonté sur le bateau. La main est tombée ».
N'ayant plus d'air dans sa bouteille, Jacky Fanjaud demande à Aimé Blanc de vite aller la rechercher avant de perdre sa trace dans ces fonds vaseux. Ce qu'il fit. A partir de ce moment là Jacky Fanjaud a toujours considéré qu'Aimé Blanc était devenu le « co-inventeur » de l'Ephèbe.

Le lendemain, la presse est venue et Denis Fonquerles a présenté la découverte en stipulant que cette découverte avait été réalisée par Jacky Fanjaud, membre du club.  Les autorités compétentes ont aussitôt été averties et un spécialiste est venu de Marseille le jeudi suivant. La rencontre s'est faite dans un restaurant agathois, la Galiotte. Lors de cette rencontre le patron du restaurant, passionné d'antiquité, Jules Boudou, s'est exclamé « ça, c'est un éphèbe » (le terme désigne aujourd'hui un jeune homme d'une grande beauté).  Cette appellation lui est depuis restée.

La statue désormais appelée Ephèbe est partie dans un musée de Marseille et là elle a été préservée de toute attaque par le sel en attendant sa restauration. Elle est ensuite partie pour Nancy où elle a été prise en charge par un laboratoire qui en a fait ce qu'elle est actuellement.  Mais entre-temps, six mois plus tard, son collègue Raphaël Molla avait trouvé la jambe gauche un peu plus en aval à environ à 600 mètres de la précédente découverte.
Jacky Fanjaud aime à dire qu'il associe à cette découverte Raphaël Molla, « inventeur » de la jambe de l'Ephèbe ainsi que Aimé Blanc qui était co-inventeur de l'Ephèbe pour la remontée de la main.
Après mûres réflexions, Jacky Fanjaud pense que cet Ephèbe devait être placé sur un socle et qu'à un moment donné il a du être jeté verticalement à l'eau et s'envaser Une crue violente a du arriver et l'on connaît aujourd'hui les effets dévastateurs des crues de l'Hérault. « Il a du se plier et se casser au niveau des chevilles. Donc le socle est là où l'Ephèbe est tombé. L'Ephèbe quant à lui, il est parti, entraîné par le courant ».

La découverte de la jambe

Six mois plus tard, lors de cette seconde découverte Jacky Fanjaud était à bord du bateau pendant que son ami Raphaël Molla était en plongée.
« C'était un très bon plongeur. Il avait aussi un très bon œil et quand il sortait quelque chose il savait ce que c'était .  Il sort à une vingtaine de mètres du bateau et dit qu'il a trouvé un tuyau de poêle.... » « Moi connaissant Raphaël, j'ai douté que ça en soit un ». « Vite, vite je gratte, délicatement, le prétendu tuyau de poêle et puis je vois que c'est une jambe et je remarque la cassure au niveau de la hanche. J'étais alors persuadé que c'était la jambe de l'Ephèbe. Nous étions fébriles. On se dépêche d'emporter la jambe au club car nous étions impatients de savoir. On arrive au club et on regarde la photo car la statue de l'Ephèbe était partie. Pas de doute c'était la jambe de l'Ephèbe ».
Cette jambe a alors rejoint le reste de la statue et elle a été reconnue comme appartenant au reste du corps. Par contre la main qui avait été repêchée par Aimé Blanc ne semblait pas correspondre au corps.
Malgré le fait que Jacky Fanjaud ai bien vu cette main se casser et couler il en est venu à croire cette version, la main n'était pas celle ayant appartenu à l'original à sa création.

« C'était sûrement une réparation de l'époque ». « A bien y regarder elle me paraît trop grosse par rapport au reste de la statue, elle est sur-dimensionnée ». Malgré les doutes elle a été rajouté au corps. « Mais je trouve que cette main elle jure …Il a du arriver quelque chose à un moment donné et ils en ont refait faire une ».

Le socle est pour lui toujours en place … « Oui, mais où ? ».

A la suite de cette découverte, en mer, Jacky Fanjaud a aussi trouvé des ancres en bois, en pierre et de nombreuses amphores. Toutes ces découvertes sont désormais visibles au Musée de l'Ephèbe d'Agde.


« Le GRASPA a été une très belle aventure pour moi . Sans la création du club, je n'aurais jamais eu l'occasion de découvrir l'Ephèbe. Je n'imaginais même pas que l'on puisse découvrir des amphores dans l'Hérault. Je me suis rendu compte qu'étant jeune je m'étais laissé un peu dominé . Je souhaite aujourd'hui dire ce qui a été ».

Jacky Franjaud souhaitait être reconnu. Voilà qui est fait.

Jean-Marc Roger