Les adieux d'un grand d'Espagne

Feria de Béziers 2018

En faisant son dernier paseo dans la cité de Paul Riquet, Juan José Padilla a mis un terme à une histoire d’amour qui avait commencé il y a 22 ans. À ses côtés, Antonio Ferrera et Juan Bautista ont également triomphé.

En cette soirée du 12 août, deuxième journée de la feria, Juan José Padilla avait déjà expédié, le matin même à Dax, deux taureaux dans notre monde. Il faisait également ses adieux au sud-ouest. Mais il était attendu avec une certaine impatience à Béziers. Le maestro de Jerez qui a combattu tous les taureaux, des Miura aux Valdefresno, des Cebada Cago et autres élevages réputés difficiles était opposé ce soir, avec ses compagnons de cartel à un lot plus qu’honorable de Nunez del Cuvillo.

Juan José Padilla a fait toute sa carrière avec cette réputation de torero « qui se joue la peau ». On se souvient de sa période pendant laquelle il se présentait à genoux devant le toril au moment où un taureau de Miura sortait au grand galop. On se souvient aussi des terribles blessures qui sont autant de cicatrices sur son corps. On ne peut pas oublier cette terrible rencontre qui l’a rendu borgne le 7 octobre 2011 à Saragosse. J’ai toujours dans la mémoire l’image de cet homme qui se relève le visage en sang et dont les premiers mots sont adressés à son impresario : « tu ne m’en annules aucune ! ». Une leçon de courage et une leçon de vie pour cet homme qui a tout donné pour sa passion, et qui s’est livré au regard du public, comme aux cornes des taureaux, sans calcul, avec cette générosité qui le caractérise. José Padilla c’est cette star de la tauromachie qui a occupé à plusieurs reprises la première place du classement, et qui a toujours un mot aimable pour ceux qui le croisent, areneros, valets de cheveaux, photographes et tant d’autres, croisés dans le patio de caballos, ce corridor de la peur dans lequel il plaisante toujours.

Torero athlétique il a souvent suavé des après midi de l’ennui... Ce n’était pas le cas de ce 12 août ! 

Ses adieux à Béziers ont été largement à la hauteur du plaisir mais aussi du frisson qu’il a su transmettre pendant deux décennies à ce public. Une nouvelle fois blessé en juillet dernier, il a encore été bousculé la veille du 12 août, assez sévèrement, pour toréer le lendemain matin, et terminer sa journée à Béziers.

Le fin torero Padilla montre son savoir-faire dans cette naturelle épurée

La carrière de Juan José Padilla elle s’est faite à la pointe de l’épée mais aussi en exposant son corps aux cornes de ses adversaires. Son registre a été celui  de ces toreros guerriers, pour qui la corrida est un combat, et qui se livre totalement face au danger. Cela lui a permis d’ouvrir les portes de toutes les arènes, et rares ont été les corridas où il n’a pas séduit. Il a bien souvent, même avec des adversaires peu coopératifs, sauvé de l’ennui bien des fins d’après-midi.

Mais beaucoup ignorent, sauf de rares aficionados que Juan José Padilla est surtout un très fin torero, parfaitement capable de maîtriser tous les tercios. Élégant à la cape, diaboliquement habile aux banderilles et capable de peser sur ses adversaires à la muleta. Lorsque l’on regardera les vidéos qui ont pu être filmées, les photographies qui ont été prises, indépendamment de celles où il a pu être blessé, on comprendra peut-être qu’il aura été, pendant trois décennies, l’un des grands toreros de sa génération.  

Il suffisait pour s’en persuader d’assister à ses deux faenas du 12 août. La première traduit sa totale maîtrise du toreo le plus classique, et le plus puriste des membres du Tendido 7 de Madrid n’y aurait sans doute rien trouvé à redire. Alterner les séries, sans longueur, offrir des naturelles très épurées, tout y était. L’oreille demandée, après l’estocade concluante, était amplement méritée. Sur son deuxième adversaire qu’il a choisi de banderiller, il a offert au public ce qu’il attendait de lui, et après une estocade tout aussi concluante les gradins unanimement réclamaient plus que leur trophée, (une oreille) mais également la deuxième. Cette attribution appartient au président de la course, et force est de constater qu’à trop vouloir « faire de Béziers une arène sérieuse », on oublie parfois que la corrida est aussi une fête. On pourrait débattre à l’infini sur l’attribution du deuxième trophée pour José Padilla, mais est-il nécessaire de priver le public, celui qui paye ses places sans billets de faveurs, du plaisir de voir sortir, pour une dernière fois, « son torero » par la porte grande.

Padilla s’est offert le luxe d’un deuxième tour de piste, avec une ovation très largement méritée, sous la bannière des pirates, qui est devenu aujourd’hui son emblème. On sait quel en a été le prix.

Ce drapeau est devenu son emblème - Il en a payé le prix 

Ses compagnons de cartel ont été particulièrement investis, et même s’il a été mal servi à son second Toro, Antonio Ferreira qui a atteint maintenant une certaine maturité a montré qu’il maîtrisait également, notamment de la main gauche, parfaitement son art. Une belle estocade et une pétition majoritaire du public lui ont permis d’obtenir une oreille.

Avec maturité le torero a su imprimer son talent sur la corne gauche de son adversaire

On sait tout le bien qu’il faut penser de Juan Bautista, toujours sérieux et exigeant avec lui-même. Avec presque 20 ans d’alternative il semble avoir atteint une certaine sérénité, et il imprime sa marque dans toutes les grandes arènes, notamment au moment de la mise à mort, en pratiquant le Récibir. Contrairement au volapié, le plus souvent pratiqué, lorsque le torero s’engage entre les cornes, en déviant la tête du taureau de la main gauche, le recibir suppose de déclencher la charge du taureau qui vient alors rencontrer l’épée. Sur son deuxième adversaire, cette estocade, parfaitement portée, est à inscrire dans les annales.

La naturelle est la passe apparemment la plus simple, mais avec la main gauche les cornes passent très près du corps.

Au final, cette corrida de Nunez del Cuvillo a bien tenu toutes ses promesses. À l’exception du cinquième, tous les taureaux ont pu servir, et même s’ils manifestaient quelques faiblesses sur la fin, les toreros ont pu s’exprimer très largement. On notera deux chutes de la cavalerie, heureusement sans gravité, ce qui montre que la pique reste l’élément indispensable pour déterminer la bravoure du taureau de combat. Et pour cet après-midi de toros, les pensionnaires de Nunez del Cuvillo n’en manquaient assurément pas.

Bruno Modica

La Miurada de toutes les questions

De la longue histoire de la présentation de la ganaderia de Miura à Béziers, il ne faudra certainement pas retenir celle du 15 août 2017. Deux pensionnaires de Zahariche (le lieu d’origine de cet élevage), remplacés, un troisième impropre au combat, et expédié rapidement par Juan Bautista et trois taureaux de réserve utilisés, dont le second a été renvoyé dans les corrales après quelques minutes.

On retiendra pourtant de cette Miurada trois moments forts. Le premier adversaire du torero de Murcie, l’un des spécialistes du combat contre cet élevage, Rafaelillo, s’est comporté parfaitement comme un Miura particulièrement dangereux, cherchant l’homme très rapidement, et se retournant comme un chat. Le maestro de Murcie a livré un combat court mais courageux, et s’il n’a pas obtenu de trophée à son premier taureau, le public a très largement ovationné cette première prestation.

Toute la quintessence du combat contre les Miura dans cette sortie de passe exécutée par Rafaelillo

Alternant avec Rafaelillo, Juan Bautista a très vite tiré le meilleur de son adversaire, lui aussi parfaitement dans le morphotype de cet élevage, avec de larges cornes, et cette longueur qui en fait la caractéristique essentielle. On connaît déjà la rigueur du torero arlésien, son sens de l’engagement, et dans cette confrontation nécessairement courte, tant les toros de Miura apprennent vite les règles du jeu, il a pu servir quatre séries de passes, et après une estocade très engagée, obtenir le premier trophée de l’après-midi.

Avec le deuxième taureau, on pouvait espérer que cet élevage tiendrait toutes ses promesses, et ferait oublier la corrida de la veille, avec ses Victorino Martin particulièrement décevants. Cela n’a pas été le cas hélas, preuve que les corridas, même avec des élevages prestigieux, ne remplissent pas toujours leurs promesses.

Pour le troisième taureau qui accuse une faiblesse majeure au niveau des antérieurs, le président de la corrida, Michel Daudé, sort pour la première fois le foulard vert demandant le remplacement du taureau. C’est donc le quatrième, toujours de l’élevage de Miura qui se présente à la sortie du toril, face à Rafaellillo, qui touche d’ailleurs un bon partenaire. Toujours très investi, engagé au plus près des cornes, le matador de Murcie a livré, comme d’habitude dirait-on, un combat courageux, allant chercher le Miura sur ses deux cornes, y compris la gauche particulièrement dangereuse.  Le torero obtient un trophée largement mérité malgré un premier échec à l’épée.

Le Seigneur aux pieds nus

C’est à partir du quatrième combat de Juan Batista que la situation a commencé à devenir confuse. Un problème de communication entre la présidence et les corrales a très largement entaché le déroulement du combat, le premier torero de remplacement qui a été attribué à Rafaelillo n’a pas transmis de grandes émotions, tandis que le second, attribué à Juan Batista a été, lui aussi, remplacé.

Le dernier taureau de la feria, issu de l’élevage de José Cruz de Salamanque a permis à Juan Bautista de montrer l’immense respect qu’il éprouve pour le public biterrois

Quelque part, c’est le troisième «sobrero », (le terme qui désigne les taureaux de réserve), qui a permis au torero arlésien de se montrer comme un grand seigneur. Face à un spécimen de la ganaderia de José Cruz, de Salamanque, il a voulu offrir au public, avec la générosité qu’on lui connaît, une sorte de spectacle de rattrapage, pour compenser la déception de l’après-midi.

Son combat a été exemplaire, et le taureau présentait de nombreuses qualités. Parfaitement coopératif, il a permis à Juan Bautista de « toréer le public », pieds nus, et exigeant la musique, pourtant une prérogative de la compétence du président de la corrida. Le public l’a évidemment suivi, et la faena très complète, malheureusement conclue par un échec au «recibir », lorsque l’épée portée dans le mouvement de la charge taureau, a enflammé le public. Très logiquement, et malgré un conflit ouvert avec la présidence, Juan Bautista a obtenu sa deuxième oreille de l’après-midi.

Les taureaux de Miura étaient superbement armés, mais seuls trois exemplaires sur six se sont révélés aptes au combat. Une remise en question majeure pour un élevage prestigieux

Il faut avoir l’honnêteté de dire que cette feria 2017 n’a pas été un grand cru. Les élevages pourtant prestigieux, de Nunez del Cuvillo à Miura en passant par Victorino Martin n’ont pas été à la hauteur de leur réputation. Même les Garcia Gimenez du 13 août ne se sont pas montrés exceptionnels. Difficile dans ce cas de faire porter une quelconque responsabilité aux toreros, pas plus que l’organisation de ces spectacles taurins. Les secrets de la corrida se trouvent dans cette sélection patiente à laquelle se consacrent les éleveurs pendant de longues années. Mais la vérité, et la réussite, se trouvent dans ces moments où le savoir des hommes se confronte à la sauvagerie de l’animal. Le taureau de corrida est un animal de combat, et les éleveurs savent que les décisions de croisement qu’ils prennent auront des conséquences sur plusieurs années. Ce qui fait de la corrida un spectacle unique, c’est qu’il n’y a aucune certitude. Il faut savoir l’accepter. Exiger le contraire serait signer à l’arrêt de mort de la tauromachie de tradition espagnole. Au-delà de la perte d’un patrimoine culturel, et des sensations esthétiques extraordinaires qu’il apporte, cela constituerait une atteinte majeure à la biodiversité, et à l’environnement. Il ne faut jamais oublier que les élevages de taureaux de combat sont des conservatoires de nature sauvage, ce que les « animalistes » et autres pseudos écologistes auraient tendance à oublier. En matière de préservation de la nature, un éleveur de taureaux a infiniment plus de mérite qu’un « écolo - bobo » enfermé dans sa bulle de certitudes d’enfant gâté dans un monde pasteurisé.

Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

Novillada avec Picadors - Promesses tenues par la ganaderia des Monteilles

Pour cette Novillada avec picadors, ou des taureaux de moins de quatre ans sont combattus par des toreros qui n’ont pas encore pris l’alternative, qui leur permet de combattre des adversaires de quatre ans et plus, le public, malheureusement trop peu présent en fin de matinée, a pu voir un excellent spectacle, dont les pensionnaires de la ganaderia de Robert Margé étaient les acteurs principaux.

C’était déjà le cas lors des deux spectacles sans picadors, et notamment celui du 13 août, ou les becerros, (deux ans) se sont révélés aussi particulièrement intéressants.

Alors que la faiblesse des taureaux, pourtant issus d’élevage prestigieux, a été largement soulignée, les protégés du majoral Olivier Margé n’ont absolument pas déçu. Pour la novillada avec picadors, Ces taureaux qui affichaient tout de même entre 450 et 470 kilos, (très proche du poids de taureaux adultes de quatre ans et plus), se sont largement engagés face à l’acier du picador et ont largement permis aux novilleros de s’exprimer. Dans cette alchimie que représente le combat de l’homme face aux taureaux, la question fondamentale réside dans la capacité de l’homme à imposer sa volonté à son adversaire qui reste un animal sauvage, un combattant, en tenant compte de son potentiel. Au-delà des sensations esthétiques que le spectacle peut offrir, le public doit tenir compte des capacités du taureau, et des possibilités du torero à lui « servir » la faena adaptée. Cela est question d’expérience, de capacités techniques, de courage aussi.

Robert et Olivier Margé, avec Didier Lacroix. Le ganadero Robert Margé et son fils Olivier, le Majoral de l’élevage avec Didier Lacroix, personnalité majeure du monde de l’ovalie

Les taureaux de la ganaderia des Monteilles permettaient tous, très largement, de répondre aux attentes du public. Globalement, les trois novilleros, et particulièrement, Carlos Olsina,  le jeune biterrois qui se présentait pour la première fois au public, ainsi que Adrien Salenc, le jeune nîmois, non pas vraiment démérité. Ils ont obtenu chacun un trophée à leur deuxième novillo.

On espérait mieux du jeune vénézuélien, Jésus Enrique Colombo, qui a pourtant deux ans d’expérience dans le métier, en novillada piquée qui nous a semblé en dessous de ses adversaires. On aurait pu attendre une tauromachie un peu plus fleurie, notamment dans ce répertoire de passe de capote qui est la marque de fabrique des toreros latino-américains.

Jesus Enrique Colombo du Vénezuela s’est révélé comme un bon banderillero

Carlos Olsina n’a pas été très heureux à son premier taureau, mais n’a pas laissé passer sa chance face à son second adversaire. Il a servi une tauromachie rigoureuse, laissant suffisamment d’espace au novillo pour qu’il puisse déployer sa charge, et lui servir en alternance des «redondo », et des naturelles, (passes de la main gauche) bien inspirés.

  
Le novillero biterrois a pu montrer son savoir-faire pour la première fois en public face à des taureaux de plus de trois ans. On lui souhaite le meilleur pour la suite de sa carrière.  

Porté par son public, Carlos a obtenu son premier trophée. Un événement qui comptera pour l’avenir

 

Porté par son public, il a très logiquement obtenu de la présidence une oreille, la première de sa carrière de professionnel. Il lui reste maintenant à parcourir ce chemin difficile, celui qui conduit vers l’alternative, le moment où tout commence vraiment. On espère pour lui, comme pour les autres toreros biterrois qui ont succédé à Sébastien Castella, Tomas Cerqueira qui se rétablit d’une sévère blessure, et Cayetano Ortiz, qu’ils pourront entreprendre une carrière, et que les différentes arènes, en France, comme en Espagne, ouvriront leurs portes à ces toreros français. Ces derniers sont loin de faire pâle figure, pas plus que les élevages tricolores, à l’image de celui de Robert Margé qui a fourni, il faut le dire, les meilleurs adversaires de toute la feria.

Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

Les Miura, la légende noire

Les amateurs de corrida éprouvent toujours une sensation particulière à l’évocation du nom de cet élevage dont l’ancienneté de présentation aux arènes de Madrid remonte à 1849. Si la plupart des taureaux présentés en corrida sont issus de divers croisements réalisés au fil des sélections, mais aussi des changements de propriétaires des élevages, les taureaux de Miuras sont issus d’une encaste ( une branche spécifique de la race des taureaux de combat) originelle, dont les origines remontent probablement à une sélection opérée dans les terres d’un monastère d’Andalousie.

La présentation des taureau de Miura est toujours particulière. Ils sont tout simplement plus grands, plus haut, plus longs, et plus armés que leurs congénères. Sur la balance les Miura accusent en général 100 à 150 kg, voire plus que les autres spécimens qui sont présentés en corrida.

Mais c’est leur comportement qui est sensiblement différent. Lorsqu’un taureau de Miura entre en piste, dans ce couloir (callejon) où se réunissent les professionnels, le silence s’installe. Car qu’avec ce type de taureaux tout peut arriver. Malgré leur masse ils peuvent se révéler très mobiles, et parfois sauter dans la contre piste, ce qui déclenche évidemment la panique que l’on peut imaginer.

Face au cheval, lorsqu’ils s’engagent face au picador, les murs ont souvent tendance à rechercher les parties hautes du groupe équestre, et beaucoup de biterrois se souviennent de séances de piques mémorables, ou les chevaux et le picador ont été mis en difficulté, même si les chevaux sont protégés par un caparaçon, ce qui leur évite de très graves blessures.

Face au torero, le comportement du Miura est également très différent. Ces taureaux de tous les superlatifs sont aussi considérés comme plus « intelligents », que tous les autres. Malgré leur taille et leur longueur, il se retournent, comme des chats, après la passe. Pour le matador, il n’y a pas de place à l’improvisation. La muleta doit être présentée avec la plus grande rigueur, et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, un torero qui chercherait à prendre ses distances face aux cornes, se mettrait en danger. En effet, la vision périphérique du taureau lui permettrait de comprendre que l’adversaire ne se situe pas dans la muleta qui lui est proposée, mais dans la silhouette immobile qui se trouve à côté. On imagine évidemment la suite.

Si l’on parle de légende noire à propos des Miura, c’est que leur histoire a été jalonnée par de très nombreux accidents et blessures, dont la mort en piste, en 1947, de Manolete, le torero du siècle.

Un des six redoutables adversaires que Rafaellillo et Juan Bautista vont devoir affronter. Cette robe grise, cette tête large, et ces cornes largement déployées, sont la caractéristique des pensionnaires de la ganaderia de Zahariche.

Le public d’une Miurada, puisque même l’élevage donne son nom au spectacle, est à la recherche de sensations fortes. Il s’agit véritablement d’un combat, et Stéphane Fernandez Méca, un torero français qui les a souvent combattus parlait tout simplement lorsqu’il rentrait en piste « de faire la guerre ».

Le public doit avoir conscience que les toreros ne pourront pas, sauf exception rarissime, se livrer à un toreo artistique. Mais cela donne encore plus de valeur à ce spectacle. Parvenir, par son courage d’abord, par sa science et son pouvoir a peser sur le taureau pour le guider dans ses trajectoires, est en soi une performance. Celle-ci offre au public des sensations à nulles autre pareilles.

Il faut aller voir une corrida de corrida de Miura, car il s’agit sans doute de la tauromachie la plus authentique, celle dont l’origine remonte au fond des âges, le combat de l’homme face à la nature sauvage. Et parfois, dans ce combat, comme à plusieurs reprises dans la longue histoire des présentations de cet élevage dans les arènes de Béziers, il peut y avoir des moments magiques. C’était le cas l’an dernier, avec le triomphateur de l’édition 2016 de la feria, Rafaelillo, sorti en triomphe face à ces taureaux. Il sera évidemment présent pour ce 15 août, accompagné pour un mano à mano, (deux toreros au lieu de trois), par Jean-Baptiste Jalabert, Juan Bautista. Ce torero arlésien a toujours été présent dans les grands moments. Rigoureux, fondamentalement honnête et très respectueux de son public, il est très apprécié par les biterrois, plus qu’en Arles parfois diraient certains esprits taquins. Et a la particularité, tout comme son partenaire Rafaellillo de ne jamais reculer devant ses adversaires.

Au-delà du mérite, et du courage des hommes, (car tous les toreros n’affrontent pas les Miura), la qualité du spectacle dépendra, comme toujours, et cela s’est vérifié le 14 août, du comportement des taureaux, et de ce point de vue, rien n’est jamais certain.

L’alchimie d’une corrida repose certes sur les éléments que l’on met en présence, les taureaux et les toreros. Pour la transmutation, il n’y a pas de pierre philosophale qui marche à tous les coups, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de la tauromachie, qui va au-delà du spectacle, car cette proximité avec le danger interpelle tout un chacun. Dans un monde aseptisé, ou dans nos pays développés, on recherche le risque zéro, la tauromachie nous rappelle à tous, à notre condition de mortels. Le sacrifice du taureau en piste, cet animal symbole de force brute, opposée à la diligence de l’homme, nous interpelle toujours quelque part.

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Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

Le 15 août : la journée des toros - Novillada piquée

Journée de clôture de la feria de Béziers, le 15 août permet de découvrir deux spectacles tauromachiques qui ont chacun leur particularité. En fin de matinée, c’est une novillada piquée, de l’élevage de Robert Margé qui sera opposée à trois jeunes toreros, des novilleros en fait, dont le jeune biterrois qui débute ce jour même dans la discipline, Carlos Olsina.

Les novillos sont des taureaux ayant passé trois ans, parfois proche de quatre, mais ne sont pas considérés comme des taureaux adultes. Légèrement plus petits en gabarit que leurs aînés, ils sont surtout différents par le comportement en piste. Un novillo se montre beaucoup plus mobile, et peut permettre, relativement souvent, de livrer une tauromachie plus spectaculaire.

Les toreros sont originaires d’Amérique du Sud, avec le Vénézuélien, Jésus Enrique Colombo, âgé de 20 ans, de Nîmes, avec Adrien Salenc. Carlos Olcina, natif de Béziers et un pur produit de l’école taurine de cette ville.

On peut espérer beaucoup de cette novillada, surtout après l’épisode que l’on peut qualifier de calamiteux du retour des Victorino Martin de la veille. Avec les taureaux de l’élevage de Robert Margé, sur lesquels veille son Majoral, qui n’est autre que son fils, Olivier Margé, on peut avoir une certitude pour ce qui concerne la magnifique présentation de ce bétail. Issu d’une sélection qui a commencé il y a maintenant 25 ans, associant des taureaux piquants comme les Cebada Cago, et des partenaires propices à l’expression artistique, comme les Santiago Domecq et les Nunez del Cuvillo.

Le mayoral, Olivier Margé verra combattre ses taureaux en piste. De leur comportement dépendront les sélections futures de l’élevage.

Présentés en novillada avec picador, les pensionnaires de la ganaderia des Monteilles ont rarement déçu. On peut supposer que face à de telles adversaires, le jeune biterrois qui commence effectivement sa carrière de professionnel aura tout à prouver ce qui devrait motiver ses partenaires de cartel également.

Cela peut donner un très beau spectacle, et dans la longue histoire des corridas du 15 août, la novillada du matin a très souvent été un grand moment de tauromachie.

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Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

« Corrida de expectation, corrida de decepción »

Faut-il être hispanophone pour comprendre le désappointement du public des arènes qui attendait le retour de cet élevage prestigieux depuis 25 ans dans les arènes de Béziers ?

Superbes de présentation, parfaitement dans le type de Santa Coloma, les pensionnaires de l’élevage de Victorino Martin ont déçu, dès le passage face au picador, et se sont éteints progressivement, ne permettant pas aux toreros de s’exprimer.

Il faudrait vraiment rentrer dans le détail pour trouver quelques sensations à cet après-midi comme la tauromachie peut parfois en proposer. En la matière, il n’y a pas de certitude. Les trois premiers taureaux de l’après-midi, qui arrivaient avec un certain entrain en piste, qui ont subi deux rencontres avec les piques, pourtant parfaitement dosées, se trouvaient dénués de toute charge, et le public exprimait très vite son mécontentement en exigeant des toreros qu’ils abrègent ce qui devenait très vite ennuyeux.

Des taureaux superbes de présentation, qui sont loin d’avoir tenu toutes leurs promesses

Les trois autres taureaux ont montré, surtout le cinquième et le sixième, un peu plus de force. Les toreros ont dû éviter de les solliciter à la muleta pour éviter leur chute, ce qui a d’ailleurs joué un très mauvais tour à David Mora qui s’est obstiné à son cinquième taureau à lui servir des passes linéaires qui ne l’ont pas préparé à la mise à mort. Cela a donné plusieurs tentatives à l’épée, particulièrement désolantes.

Les trois toreros n’ont pourtant pas démérité, et ils étaient probablement aussi dépités que leur public devant la faiblesse de leurs adversaires. Manuel Escribano a dû abréger son premier taureau, et a pu à peine servir quelques séries de derechazo à son second. Mehdi Savalli n’a pas été plus heureux à son premier taureau, pas plus que David Mora.

Avec cette pose de banderilles, al violin , Mehdi Savalli a essayé d’enflammer les arènes. Mais c’était mission impossible

 

Parmi les moments toujours spectaculaires, l’alternance des deux toreros banderillero, Escrivano et Savalli a pu un temps enflammer le public, mais cela retombait très vite en même temps que le mental des taureaux.

Torero banderillero, Manuel Escrivano a dû prendre des risques, près des barrières, pour cette pose difficile, face à un taureau dénué de charge

Il arrive parfois que les corridas déçoivent. Ce spectacle a la particularité de réunir des paramètres extrêmement complexes. Quel sera le comportement des taureaux ? Parce que c’est de celui-ci que dépend la qualité du spectacle. Les toreros seront-ils au niveau de leurs adversaires ? Cela est aussi lourd d’incertitudes. C’est ce qui fait de la corrida un spectacle unique, qui offre des sensations à nul autre pareilles, et qui parfois déçoit.

Mais ce qui caractérise l’aficionado, (la personne qui s’intéresse à tous les aspects de la tauromachie), c’est qu’il a la particularité de croire au Père Noël, en période de feria, aux alentours de 18 heures. Tout peut arriver ! Le pire, et parfois même la tragédie, mais aussi le meilleur, et à l’aficionado déçu on pourra toujours dire qu’il y aura encore des taureaux demain, et certainement de grands moments.

Pendant la corrida, le majoral, le responsable de l’élevage dont les taureaux combattent en piste est toujours présent. Sur un petit carnet de notes, il enregistre le comportement de ses pensionnaires. Car il est le seul à connaître leur histoire, leur lignée. Il y a de fortes chances après cette corrida du 14 août que les géniteurs des taureaux qui ont  présentés à Béziers ne soient eux aussi livrés à la boucherie. Car la corrida repose sur une sélection patiente, commencée sur près d’une décennie. Une corrida aussi décevante a forcément des conséquences sur l’élevage, et amène l’éleveur à effectuer d’autres choix dans ses sélections.

Le cinquième taureau de l’après-midi qui a été reçu par David Mora aurait pu permettre probablement au matador de s’exprimer différemment. Mais dans un tel contexte, cela devenait difficile

L’élevage de Victorino Martin avait été absent des arènes de Béziers pendant 25 ans. Ils ne se sont pas illustrés pour leur grand retour. Il faut espérer ne pas attendre un autre quart de siècle pour retrouver cet élevage qui reste tout de même une référence pour les amateurs de corrida de respect.

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Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

Les Victorino, la référence des connaisseurs !

Si les deux premières corridas de la féria ont permis de découvrir des toreros particulièrement bien placés dans la hiérarchie de la profession, le spectacle proposé ce 14 août par l’empresa Robert Margé mérite assurément le détour. Les taureaux qui fouleront le sable de l’arène en cette fin d’après-midi sont issus d’un élevage d’exception, celui de Victorino Andres Martin.

Les taureaux qui sortiront en piste sont le résultat d’un patient travail de renaissance qui a commencé il y a plus de 50 ans. Victorino Martin retrouvait les souches originales d’une branche qui avait été largement décimée pendant la guerre civile espagnole, celle des Saltillo, une branche issue de ce que l’on appelle une encaste, celle de Santa Coloma.

Les toros de cet élevage sont reconnaissables à leur tête très particulière, avec un museau plutôt fin, une conformité très athlétique, et dans la plupart des cas une armure qui inspire le respect.

Un exemplaire de la corrida du 14 août, parfaitement dans le type de cet élevage d’exception

Ces toros peuvent permettre les plus grands triomphes, car ils se caractérisent par leur bravoure, notamment face à la pique, et ils conservent, dans toutes les phases du combat, une grande mobilité. Ce sont des adversaires qui peuvent se montrer particulièrement piquants, et qui demandent aux matadors un investissement total. Face à un Victorino Martin, ce qui marque en premier, c’est la mobilité de son regard. Le torero qui ne serait pas parfaitement positionné face à un tel adversaire pourrait très vite « perdre ses papiers », c’est-à-dire se faire déborder, et finalement se mettre en danger.

Robert Margé, l’empresa des arènes de arènes de Béziers propose une corrida qui peut se révéler riche en émotions

Pour combattre ce bétail, il faut faire preuve d’une extrême rigueur. Il est indispensable de livrer une tauromachie très engagée, en se croisant face aux cornes, et en imposant la trajectoire au toro.

Les torero présentés cet après-midi sont parfaitement aptes à s’exprimer devant de telles adversaires. Manuel Escrivano est connu à Béziers depuis longtemps, et après une éclipse dans sa carrière, revient en se spécialisant dans ce que l’on appelle « les corridas dures ». Torero très complet, il pose ses banderilles, il s’engage totalement, et il peut transmettre énormément d’émotion au public.

Manuel Escribano

C’est également le cas de l’arlésien que les biterrois connaissent bien également, Mehdi Savalli. Torero particulièrement courageux, communiquant avec le public, notamment lors des poses de banderilles, il peut enflammer les arènes, tant son engagement se révèle total. Encore une fois, face aux Victorino Martin, il devra faire preuve de la plus grande rigueur, notamment lorsqu’il prendra l’épée et la muleta.

Mehdi Savalli

David Mora est également un très fin torero. Très élégant dans ses postures, et pourtant lui aussi abonné aux « corridas dures », il dégage dans son toreo une impression de facilité, alors que ses adversaires cherchent à peser sur lui. Il se montre toujours particulièrement serein, quels que soient les fauves qui lui sont opposés. Il peut, lui aussi, pour peu que le tirage au sort lui soit favorable, réaliser de très grandes choses dans ces arènes qu’il apprécie tout particulièrement.

David Mora

Une corrida de Victorino Martin est toujours dans une féria un moment fort. L’expression de « toros de combat » prend ici tout son sens. Ensuite, comme toujours en la matière, le destin décide.

» Pour en savoir plus sur la corrida du 14 août

Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

Corrida du 13 août - La maîtrise artistique et le moment de vérité

Le très beau cartel de toreros opposés aux pensionnaires de l’élevage de Garcia Gimenez a pu, pour cette deuxième corrida de la feria 2017, largement satisfaire le public à la recherche de sensations esthétiques, avec des toreros situés vers les sommets du classement de leur discipline.

À l’exception du premier, plutôt faible, tous les taureaux se sont présentés deux fois face au picador, et le dernier de l’après-midi s’est révélé particulièrement intéressant.

Le maestro des maestros Enrique Ponce n’a pas été favorisé par le tirage au sort, et il a dû, avec toute la maîtrise qui le caractérise, toréer à mi-hauteur le premier toro de l’après-midi, sur un terrain très réduit. On a retrouvé ici les immenses qualités de ce matador dont l’expérience lui a permis de littéralement inventer un taureau et de proposer des séries de passe réglées au millimètre. Malgré une pétition du public que l’on pouvait considérer comme majoritaire, la présidence n’a pas reconnu la qualité de son engagement. À notre sens, une oreille n’aurait pas été déméritée. Cela pose d’ailleurs la question de l’attribution des trophées. Tous les taureaux ne permettent pas de livrer une tauromachie complète, mais le public, et a fortiori la présidence d’une corrida, particulièrement éclairée, doivent reconnaître la capacité du torero à s’adapter à un taureau qui ne présente pas d’exceptionnelles qualités. C’était évidemment le cas du premier Toro de l’après-midi, et Enrique Ponce lui a opposé son immense savoir et son respect du public. Beaucoup de matadors ne se seraient pas engagés autant et auraient beaucoup plus vite abrégé le combat. Cela n’a pas été le cas du maestro de Valencia et l’ovation du public, à deux reprises, et au moment de sa sortie a montré que finalement cet engagement avait été reconnu.

Toute la maîtrise du maestro des maestros dans cette naturelle à mi hauteur, indispensable face à un adversaire plutôt faible

Mieux servi pour son deuxième taureau, montrant toutes les facettes de son « savoir », le maestro a été particulièrement malheureux à la mise à mort, ce qui l’a privé de trophées que le public lui aurait attribués très probablement.

Le triomphateur de l’après-midi, (une oreille à son premier Toro, et deux oreilles à son second), a été incontestablement le jeune péruvien de 21 ans, Andres Roca Rey. Le tirage au sort, que l’on appelle sorteo et qui attribue une paire de taureaux à chaque matador, a été particulièrement favorable à Andres. Contrairement à ce que l’on pouvait attendre, il s’est concentré sur la faena et ne s’est pas livré à sa démonstration habituelle de passes de cape qui sont la marque des toreros d’Amérique du Sud. Sans doute voulait-il, très opportunément, conserver tout le potentiel de ses deux adversaires, et il a commencé ses deux combats  avec une certaine douceur, servant des séries de passe de facture très classique, avant de s’engager avec une grande détermination, et suscitant, surtout à son second toro, l’enthousiasme du public. Présent pour la seconde fois consécutive au cartel de la feria de Béziers, Roca Rey a répondu aux attentes et très logiquement est sorti par la grande porte des arènes.

Servi par un remarquable adversaire, Andres Roca Rey a pu exprimer la fougue de sa jeunesse, mais aussi proposer une tauromachie très classique, et à certains égards inspirée

Alejandro Talavante a vite tiré le meilleur de son premier adversaire, plutôt coopératif, et ne présentant pas de difficulté particulière. Construisant une faena vers le centre de la piste, il a pu donner une mise à mort rapide, qui lui a permis d’obtenir logiquement une oreille. Le style de Talavante est particulièrement épuré, très précis dans l’exécution des passes, mais il aurait peut-être été possible d’éviter, sur ses deux taureaux de l’après-midi que les faenas soient pratiquement identiques. Très malheureux à la mise à mort de son deuxième adversaire, il n’a pu, logiquement, obtenir un second trophée.

Une sortie de passe naturelle, (à gauche), à hauteur de poitrine (pecho)

Les taureaux de l’élevage de Garcia Giménez se sont révélés dans l’ensemble, moyen de force. S’ils ont eu deux rencontres au cheval, celles-ci ont été parfaitement dosées, et seul le dernier tour de l’après-midi, récompensé par une vuelta posthume s’est engagé contre le picador avec beaucoup de force. D’origine Juan Pedro Domecq, ces taureaux sont bien présentés, bien armés, et en dehors du premier, particulièrement faible, on peut permettre aux toreros de s’exprimer. Cette seconde corrida de la feria, si elle n’a pas été exceptionnelle, a permis une belle après-midi de taureaux, avec tous les aléas qui sont indissociables de ce spectacle. À quelques centimètres près, une estocade concluante, au moment de la mise à mort, permet l’attribution de trophées. Une conclusion maladroite fait perdre en quelques secondes tout le bénéfice d’une faena particulièrement bien construite.

Triomphateur de l’après-midi avec trois oreilles, le torero péruvien a été adopté par le public biterrois

C’est aussi une des particularités de la corrida, malgré l’engagement, malgré le courage, malgré l’expérience et le savoir, dans ce moment que l’on appelle « l’instant de vérité », le destin peut contrarier toutes les certitudes. Enrique Ponce et Alejandro Talavante qui sont loin d’avoir démérité, en ont fait l’expérience. Leur benjamin, Andres Roca Rey, encore une fois, très bien servi, par le tirage au sort, a pu très largement en profiter, et répondre ainsi, avec l’enthousiasme de sa jeunesse, aux attentes du public.

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Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

Une novillada d'exception

LES AMATEURS QUI ONT EU LA BONNE IDÉE, MALGRÉ LES FESTIVITÉS ET LA COURTE NUIT DE LA VEILLE, DE SE PRÉSENTER AUX ARÈNES DE BÉZIERS CE DIMANCHE 13 AOÛT À 11 HEURES, AURONT INCONTESTABLEMENT VÉCU UN TRÈS GRAND MOMENT DE TAUROMACHIE.

Le directeur des arènes de Béziers, Robert Margé, est aussi éleveur de taureaux de race espagnole, et son fils Olivier gère lui aussi le domaine, et les 500 pensionnaires qui permettent à la ganaderia de Monteilles de présenter plusieurs corridas dans l’année depuis 1993. Présenter les taureaux de son élevage, lorsque l’on est l’empresa des arènes, (l’organisateur des spectacles tauromachiques), n’est jamais facile.

Les pensionnaires de la ganaderia sont cette année présentée en novillada sans picador à deux reprises, et pour la novillada piqûre du 15 août au matin.

Le deuxième adversaire issu de la ganaderia des Monteilles avait les comportements d’un grand taureau

Le lot présenté ce 13 août était littéralement exceptionnel. Ces becerros, (le terme qui désigne les taureaux de deux ans), ont permis aux quatre élèves des écoles taurines de Madrid, de Saragosse, de Toledo et de Navarre de s’exprimer pleinement. Le second becerro combattu par Alfonso Ortiz de Saragosse avec les comportements d’un très grand taureau, capable de suivre la muletta  avec constance, et demandant à son adversaire beaucoup de rigueur. Rares sont les novilleros qui ont la chance de rencontrer de tels adversaires en début de carrière. Alfonso Ortiz a vu assez rapidement le potentiel de son adversaire et a pu exprimer ses capacités de combattant, proposant de très belles séries de passes, à la grande satisfaction du public. Très opportunément, et avec une très large pétition du public, ce becerro a été gratifié d’un tour de piste posthume, que l’on appelle la vuelta et que la présidence ordonne avec un foulard bleu.

Olivier Margé, le majoral de l’élevage familial a d’ailleurs laissé les petits-enfants de Robert Margé, dont sa propre fille âgée de cinq ans, faire le tour de piste avec le novillero.

Ce novillo d’exception a été honoré d’une vuelta posthume

Parmi les triomphateurs de cette novillada sans picador, le public a pu apprécier le savoir-faire du jeune madrilène, Juan José villa, deux oreilles, et celui de Alejandro Adame de Toledo, deux oreilles également. Le premier novillero en piste, El Luri de Navarra a obtenu, a obtenu, tout comme Alfonso Ortiz une oreille.

Assister à ce type de spectacle permet au public de s’initier véritablement à la tauromachie. Les élèves des écoles taurines ont évidemment à cœur de séduire le public, les comportements très rapides de ces taureaux qui ont à peine deux ans de proposer des passes qui sont beaucoup moins évidentes avec des adversaires plus massifs, et surtout beaucoup plus armés.

Ce sont les petits enfants de Roberts Margé qui ont accompagné, Alfonso Ortiz, le torero triomphateur pour le tour de piste

Pour le public qui souhaiterait faire cette expérience pour la première fois, sans parler de ceux qui étaient présents ce 13 août au matin, et qui voudraient la renouveler, une session de rattrapage est prévue pour le 14 août. Si les pensionnaires de la ganaderia des Monteilles sont du même niveau, il faudra s’attendre à un excellent moment de tauromachie.

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Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

Deuxième corrida de la feria de Béziers - En première classe !

Une corrida repose sur la rencontre de taureaux et de toreros dont l’engagement dans ce qui relève à la fois du combat et de l’art permet au public d’éprouver des sensations esthétiques uniques. C’est dire l’importance, pour l’organisateur du spectacle, de choisir les acteurs les plus à même de s’adapter aux taureaux qui seront présentés en piste.

L’équipe de Robert Margé a mit la barre très haut pour cette deuxième corrida de la feria en réunissant trois matadors particulièrement en vue, face à un élevage de grande origine, dont les spécimens sont particulièrement adaptés au type de tauromachie pratiquée par Enrique Ponce, Alexandre Talavante et Andres Roca Rey.

Les taureaux de Garcia Jimenez, d’origine Juan Pedro Domecq, se sont révélés, lors des dernières temporadas, comme d’excellents partenaires, permettant aux toreros de s’exprimer pleinement. Bien présentés, ils sont habituellement aptes à suivre la muleta et se révèlent bien adaptés au type de tauromachie pratiquée par les trois maestros.

Le premier d’entre eux, Enrique Ponce est resté au sommet depuis un quart de siècle, son alternative date de 1990, et reste une référence incontournable de toutes les grandes férias. Comme torero le plus ancien de ce cartel, il sera le chef de lidia, celui sur lequel repose finalement la bonne coopération de tous les acteurs du spectacle. Paradoxalement, ce qui est la marque d’un grand torero, c’est la facilité, seulement apparente, avec laquelle il se présente devant ses adversaires. Cette aisance est liée à une maîtrise exceptionnelle de ce que l’on appelle « les terrains », (en espagnol on dirait le sitio), qui permet au torero de déclencher la charge de son adversaire et de lui imposer les trajectoires qui lui permettent de littéralement « construire » son toreo. Enrique Ponce, séduit aussi par sa très grande lucidité, et par sa capacité à véritablement tirer le meilleur de ses adversaires. En ayant gracié trois taureaux en 2016,  il a montré qu’il restait au sens littéral du terme « le maître ». Car si un taureau peut sortir vivant des arènes, cela signifie que le torero a pu révéler tout le potentiel de l’animal, et permet ainsi à l’éleveur de le conserver éventuellement comme reproducteur.

Toute la maîtrise du professeur Ponce dans ce redondo où le taureau subit cette passe circulaire qui le contraint à suivre la muleta

 

Alejandro Talavante qui a pris son alternative en 2006 propose, une tauromachie épurée, très rigoureuse, et il parvient à imposer aux taureaux sa volonté. Présent dans toutes les grandes férias, Talavante avait séduit le public biterrois l’année dernière, et sa présence en piste permet d’augurer une prestation de qualité. Bien entendu, il n’y a pas dans ce domaine de garantie absolue, puisque le comportement du taureau détermine finalement les possibilités du maestro d’interagir pour construire la faena. (  La troisième phase du combat où le matador utilise la muleta).

Une passe du répertoire, la manoletina, exécutée par Talavante. En fin de faena, le taureau passe au plus près, dans une trajectoire rectiligne face à un torero immobile

 

Le péruvien Andres Roca Rey est le benjamin de ce cartel. Il a pris son alternative, (la cérémonie qui permet le passage au statut de matadors de toros de plus de quatre ans), à Nîmes en 2015. Il avait alors 18 ans. Il associe la fougue de sa jeunesse à une maîtrise exceptionnelle de toutes les phases du combat. Comme la plupart des toreros sud-américains il est particulièrement attentif aux passes exécutées avec le capote, ( la cape de travail tenue à deux mains, utilisée avant l’entrée des picadors). Son répertoire dans ce domaine est particulièrement varié. À la Véronique, très classique, qui demande beaucoup de douceur d’exécution, face à un taureau en pleine vitesse, à la sortie du toril, Roca Rey peut ajouter des chicuelina, (lorsque le corps s’enveloppe dans la cape, faisant passer le taureau au plus près), et des serpentina, un exercice particulièrement difficile où le capote ondule littéralement, au moment de la charge.

Beaucoup de sérénité chez Andres Roca Rey dans cette exécution de la passe de cape face à un taureau en pleine charge

 

Tout est réuni pour offrir au public une corrida d’exception. Mais dans ce domaine, il faut rester modeste, il n’existe pas véritablement de certitude. Dans les milieux éclairés de la tauromachie, on parle de grande corrida sur le papier. Mais sa grandeur ne se révèle vraiment que sur la piste, et là, parce que la corrida demeure un spectacle vivant, au sens premier du terme, qui associe l’intelligence de l’homme à la nature sauvage, tout peut arriver. Et c’est sans doute la raison essentielle pour laquelle la corrida est un spectacle unique qui ne mérite assurément pas l’indignité des attaques dont il est l’objet périodiquement. La présence du public, plus massive cette année, que l’année dernière, dans les arènes comme dans la ville en fête, est sans doute la meilleure des réponses à ceux qui voudraient remettre en cause cette tradition ancrée dans certaines cités du Midi de la France, et qui s’affiche comme à Béziers, sur le fronton des arènes, « ville de tradition taurine ».

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Bruno Modica

Bruno Modica est agrégé d'Histoire enseignant au lycée Henri IV de Béziers. Passionné de corridas, il intervient souvent aux arènes en tant que photographe taurin et fait profiter Béziers-Infos de sa vaste culture sur le sujet.

 

La fête au pied des Arènes!

La fin de la corrida marque le vrai début de cette folle soirée de la feria, et cela commence devant la grande porte des arènes de Béziers, là où le public attend, s’ils ont triomphé, la sortie des toreros. C’était le cas pour la corrida du 12 août, avec la sortie en triomphe de Sébastien Castella, qui a obtenu trois oreilles face à ses quatre adversaires.

Une fois le torero conduit à son véhicule, un véritable minibus dans lequel il commencera à décompresser après l’exercice intense auquel il s’est livré, le public, qu’il ait assisté ou non à la corrida ne pense plus qu’à la fête, dans une ambiance musicale que les bodegas proches des arènes entretiennent avec force décibels.

C’est aussi l’occasion de réaliser quelques images de ces personnes de tous âges et de toutes conditions, croisées dans la foule, qui s’écoule peu à peu vers l’Avenue Saint-Saëns.

On peut donc croiser Henri Cabanel le sénateur de l’Hérault, mais aussi ces groupes de jeunes anonymes, venus tout simplement faire la fête. Derrière les comptoirs des bodegas il y a aussi toutes ces personnes qui s’affairent, et qui se mettent au service des festejaires, pour reprendre l’expression en langue occitane.

La Pena Oliva très proche des arènes est un lieu très apprécié,
et avec un personnel particulièrement investi

Henri Cabanel, sénateur de l’Hérault, sort de la corrida

Dans cette cohue, plutôt bon enfant, l’on peut croiser aussi ceux qui sont en charge de la sécurité publique, CRS, policiers nationaux et municipaux, pompiers, et même des soldats de la légion étrangère, dans le cadre de l’opération sentinelle. Pour eux il n’est pas question de fête, mais bien de vigilance, et d’engagement.

Pour ces jeunes filles la fête avait déjà bien commencé !

Ce jeune homme avait un sens inné de l’effet de lumière !

La simple vue d’un appareil photo, dès lors qu’il a une touche plutôt professionnelle, suscite d’ailleurs des demandes, un peu comme si ces personnes voulaient immortaliser à tout jamais les bons moments qu’ils passent. Difficile dans ce cas de ne pas répondre à leurs sollicitations.

Bruno Modica