Une journée de découverte de la tauromachie

Dimanche 12 mars 2017

Le très dynamique club taurin de Béziers, animé par Christian Coll propose, dans le cadre du 120e anniversaire des arènes, une très intéressante journée de découverte, de cet art qui est parfois décrié par des activistes qui ne le connaissent pas.
La journée permet de découvrir successivement, la novillada sans picadors, la novillada piquée et la corrida de toros.
Lors de la novillada sans picadors, les toreros affrontent des bêtes de deux ans, tandis que pour la novillada piquée les taureaux ont dépassé trois ans.
Leur comportement est sensiblement différent de celui des taureaux adultes, plus de quatre ans, qui sont combattus par des toreros confirmés.
Cette corrida de bienfaisance permettra de découvrir des étoiles montantes de la tauromachie, parmi les jeunes qui se produiront en matinée, et notamment le jeune biterrois Lucas Miñana issu de l'école taurine de sa ville.
Un Franco-mexicain, André Lagravère, foulera pour la première fois le sable des arènes de Béziers.

Pour l'après-midi, face à des taureaux issus d'élevages confirmés, les spectateurs habitués pourront revoir Javier Conde. Pour ceux qui ne l'ont jamais vu en piste, il faut noter que ce torero très confirmé propose une tauromachie originale, avec une dimension artistique très affirmée, y compris devant des taureaux particulièrement combatifs.

Ses compagnons de cartel sont largement connus dans les arènes françaises, latino-américaines et espagnoles, et ils auront à cœur, alors que la saison tauromachique s'ouvre à peine, de donner le meilleur d'eux-mêmes.
Il ne faut pas manquer cette occasion pour s'initier et pour découvrir cet art. Lors de ces galas qui se déroulent dans la convivialité, on pourra trouver, au fil des rencontres, des amateurs et des passionnés, bref des aficionados, qui ne demandent qu'à transmettre et à faire partager leurs connaissances et leur savoir.

Le VIIIeme Grand Gala Taurin, organisé par Christian Coll président du CTPR El Mundillo de Béziers, se tiendra DIMANCHE 12 MARS 2017 aux Arènes de Béziers. Il sera au profit de l'association caritative de sapeurs-pompiers professionnels du Centre de secours de Béziers : « Grandir et Vieillir Ensemble ». Ce gala taurin de bienfaisance ouvrira la Temporada Biterroise et se placera dans les diverses manifestations entrant dans le cadre du 120ème anniversaire des Arènes de Béziers (1897-2017).

Le Maestro Javier Conde combattra à 15 heures un toros de la « ganaderia Fernay y sus Hijas », puis les Maestros Jeremy Banti, Sergio Serrano, MG «El Monteño», Tomas Cerqueira, David de Miranda et Michelito se mesureront avec des toros de la ganaderia Blohorn . Auparavant à 11 heures, le novillero franco-mexicain André Lagravere "El Gallo" combattra en piqué un novillo, suivi - en NSP face à des becerros de chez Blohorn - de Pierre Mailhan de Nîmes, Baptiste Cissé du Sud-Ouest, Lucas Miñana de Béziers. La cavalerie sera celle d'Alain Bonijol.

TARIFS : journée complète avec apéritif et repas : 38€ (limitée à 400 places) – matinée 15€ - après midi 25€ ; renseignements et réservation au 06 19 51 47 97 - (entrée gratuite pour les moins de 12 ans). Les 100 premières réservations « journée complète », sur présentation d'une pièce d'identité et payées, pourront donner droit à une accréditation d'accès à la contre piste.

Le Gala est en partenariat avec la Ville de Béziers et l'empresa Robert Margé, avec le soutien de l'Union des Clubs Taurins Paul Ricard, de la Fédération des Clubs Taurins du Biterrois et de l’École taurine de Béziers et bien sur avec « Grandir et Vieillir Ensemble.

Bruno Modica

Feria de Béziers 2016 - Les Miuras en majesté

 Rafaelillo est le triomphateur de la feria avec trois oreilles face à des toros de Miura exceptionnels. Mehdi Salvalli, ( Une oreille) et Alberto Lamelas n’ont pas démérité. 

Une sortie à hombros pour Rafaelillo, triomphateur de la feria de Béziers 2016.

Une corrida de Miura est toujours un spectacle très particulier pendant lequel on voit des hommes, vêtus de lumière, armés d’une étoffe et d’une épée, affronter des fauves au comportement imprévisible. Dans la longue histoire de la tauromachie ces taureaux sont auréolés d’une légende noire, en raison de leur agressivité, et surtout du nombre de morts et de blessés qu’ils ont occasionnés.
Dans le même temps, ces animaux de combat permettent des hommes qui les affrontent d’aller au bout de leur passion, celle de l’engagement dans un combat qui révèle à la fois leur courage mais aussi leur sens artistique.
Face à des Miura ce sont davantage les qualités de courage qui permettent au torero de s’exprimer. Mais pour une après-midi exceptionnelle, et celle de la dernière corrida de la feria du 15 août en faisait partie, derrière le combat, il y avait aussi de l’art.

Le torero de Murcie a su maîtriser avec brio la charge de son adversaire comme avec cette naturelle.

Rafaelillo a été exemplaire dans toutes les phases du combat, face à ses deux adversaires. Il s’est imposé avec une parfaite maîtrise des terrains, recevant la charge avec beaucoup de douceur et pesant sur son adversaire par de petits mouvements de poignet qui guidaient sa trajectoire. Au moment de l’estocade, un exercice particulièrement difficile pour cet homme de taille moyenne face à un taureau dépassant les 1,50 m au garrot, l’engagement a été total, et la mise à mort particulièrement efficace. Une oreille à son premier taureau, deux oreilles pour le second, Rafaelillo est incontestablement l’homme de l’année à Béziers. La dépouille de son adversaire a effectué un tour de piste posthume sous les applaudissements du public. ( Vuelta al toro)

Le torero arlésien, Mehdi Savalli est très soutenu par le public biterrois qui le connaît depuis longtemps. Il s’est largement engagé, notamment sur son premier taureau en allant l’accueillir à genoux, face au toril pour cette passe très spectaculaire que les spécialistes appellent : larga afarolada de rodillas a puerta gayola.

 Accueillir à genoux, à la sortie du toril, un toro de 600 kg à pleine charge, c’est le défi de Mehdi Savalli.

 La pose de banderilles par le maestro est également un moment très apprécié, et on a pu, encore une fois, apprécier sa sincérité, en se présentant entre les cornes.
Malheureux à la mise à mort  pour son premier taureau, il s’est totalement engagé face à son second adversaire et le public a très largement pétitionné en faveur de l’obtention d’une oreille.


La pose de la paire de banderilles, d’une seule main, en pleine course, s’appelle al violin. Elle est issue de la tauromachie à cheval mais a été adoptée par les toreros banderilleros depuis une quinzaine d’années.

Alberto Lamelas se présentait pour la première fois aux arènes de Béziers, en remplacement de Manuel Escribano blessé. Dans les arènes du Sud-Ouest, il avait été très remarqué lors de la feria de Vic-Fezensac en 2014 face à un taureau assassin de Dolores Aguirre dont il avait pu triompher grâce à un courage exceptionnel.

Face à des taureaux de Miura qui ne toléraient pas la moindre approximation, le maestro, malgré son enthousiasme, a pu sembler parfois dépassé. Cela ne remet pas en cause l’envie que l’on a de revoir ce torero très courageux, qui est rentré dans ce cercle peu envié par les grandes vedettes, celui des spécialistes des corridas dures.

Alberto Lamelas, un torero au courage exceptionnel reçoit son adversaire à genoux.

Si les Miuras de Béziers ont permis aux toreros de s’exprimer, il n’en demeurent pas moins des taureaux très particuliers. Leur hauteur au garrot, l’envergure de leurs cornes, et surtout la vitesse avec laquelle ils se retournent contre le torero en fait toujours des adversaires redoutables. Ils peuvent être parfois impossibles à toréer, mais c’était loin d’être le cas pour cette dernière corrida de la feria 2016.

Le majoral, le maître du troupeau assiste au combat de ses toros. Sur son petit carnet leur comportement est soigneusement noté
et permet d’anticiper les sélections futures des taureaux de combats. Il est le seul à en connaître les origines.

Sur le visage du majoral de Miura, la satisfaction était visible, à l’image de celle du public qui avait le sentiment d’avoir vécu un grand moment, parfois trop rare, celui d’une tauromachie authentique. Mais la longue histoire des Miura à Béziers a su en offrir, comme ce 15 août 2016, d’exceptionnels.    

Bruno Modica

Feria de Béziers 2016 - Corrida du 14 août

Bilan contrasté pour les toreros et les toros.

Pour, Robert Margé, l’empresa des arènes de Béziers, qui présente ses propres taureaux dans ses arènes, le pari est toujours difficile. Les deux oreilles coupées par Juan Bautista à son premier taureau et par David Mora à son second, ont permis au public d’apprécier la bravoure de la plupart des taureaux présentés qui se sont franchement engagés à la pique, avec deux rencontres à chaque fois. Les picadors de Juan Bautista et de David Mora ont d’ailleurs été exemplaires à cet égard, appelant le taureau de loin en évitant cette monopique que l’on voit trop souvent dans certaines arènes.

Ce premier taureau de Diego Urdiales aurait pu révéler son potentiel avec une approche plus engagée.

On attendait beaucoup du chef de lidia, Diego Urdiales, qui se présentait dans les arènes de Béziers pour la première fois, et qui n’a pas su tirer de son premier taureau, le remplaçant (sobrero) - le premier exemplaire s’est cassé une corne en entrant en  piste - , le potentiel dont il disposait. Il aurait mérité plus d’engagement que des passes à mi-hauteur qui n’ont pas permis d’apprécier la noblesse du pensionnaire de la ganaderia des Monteilles.

Avec beaucoup de sincérité dans cette naturelle, Juan Bautista n’ a pas déçu le public. 

Comme cela avait été annoncé dans le précédent article d’annonce de cette corrida, Juan Bautista s’est comporté en très grand professionnel, engagé face à des adversaires qui n’étaient pas forcément commodes, et proposant son répertoire de passes classiques, avec l’élégance mais aussi l’honnêteté qui le caractérise. Juan Bautista a le sentiment très fort qu’il ne doit en aucun cas décevoir le public, et il a obtenu, pour son premier taureau, un trophée très largement mérité. Au moment de la mise à mort, il a fait le choix de recevoir la charge du taureau, ce que l’on appelle al recibir, et le public a su apprécier cette forme d’estocade que l’on voit trop rarement.

Si son deuxième adversaire ne lui a pas permis de s’exprimer totalement, -il s’est très vite arrêté de charger - , il a tout de même essayé d’en tirer le maximum, et les gradins ne lui en ont pas tenu rigueur.

David Mora est allé défier son second taureau contre les barrières et lui a imposé sa volonté. Le public a su reconnaître sa détermination.

Mal servi à  son premier taureau, David Mora a montré face à son deuxième adversaire, qu’il pouvait s’adapter aux circonstances. Fuyant le long des barrières après la pique, ce toro aurait été estoqué très rapidement par d’autres toreros que David Mora. Sans doute piqué au vif, et avec une énorme envie, David Mora est véritablement allé chercher le taureau en effectuant avec lui un tour de piste complet. Totalement engagé face à son adversaire qui se réfugiait contre les barrières, le maestro lui a littéralement arraché les passes, l’une après l’autre, en se croisant et en s’exposant face à lui, en imposant littéralement sa volonté. Le torero a décliné son répertoire face à un animal peu coopératif, et après une mise à mort concluante, il a été récompensé par une oreille, celle du courage et de la détermination.

Les taureaux de Robert Margé étaient de belle présentation, ils se sont bien livrés à la pique, ce qui est un signe encourageant. Ils demandent pour être toréés beaucoup d’engagement et de maîtrise technique, car, même s’ils suivent la muleta volontiers, ils cherchent à peser sur le torero et peuvent se retourner très rapidement vers lui pendant l’exécution de la passe.

Ces taureaux ne sont pas des faire-valoir des toreros, et face à eux, les trophées se méritent. La frontière est très étroite entre la réussite et la déception, et encore une fois, cela dépend de chacun des taureaux et de l’engagement des toreros.

Il restera de cet fin d’après-midi le respect que l’on doit à David Mora pour son engagement, et à Juan Bautista, le torero arlésien, l’admiration que l’on doit porter à cet homme chaleureux, soucieux du public et fondamentalement honnête. Si le public des arènes de Béziers l’encourage avec constance, cela ne doit rien au hasard.

Bruno Modica.

Feria de Béziers : corrida du 13 août

Corrida de première classe : promesse tenue.

à 18h NUNEZ DEL CUVILLO - Sébastien CASTELLA - Alejandro TALAVANTE - Andres ROCA REY

Castella sort des arènes porté en triomphe

Robert Margé - L’empresa des arènes de Béziers

Pour Robert Margé, le directeur des arènes de Béziers, l’organisation de cette corrida avec les toreros les plus en vue du moment, et un élevage de référence, représente toujours un véritable pari. Par cette belle fin d’après-midi, cette corrida de rêve a répondu à toutes les espérances du public et celle de l’empresa ( l’organisateur du spectacle).

Les trois matadors, le biterrois Sébastien Castella, l’espagnol Alejandro Talavante et le Péruvien, Andres Roca Rey ont incontestablement répondu présent et montré au public l’étendue de leur répertoire. Ils ne dominent pas le haut du classement des toreros, l’escalafon, par hasard.

Cinq oreilles ont été coupées, deux pour Sébastien Castella à son deuxième taureau, une pour Talavante à son premier, et une pour chaque toro est tombée du balcon de la présidence ( le palco) pour le jeune Andres Roca Rey, âgé d’à peine vingt ans.

À l’exception du premier, très faible et de charge courte, les taureaux se sont révélés comme d’excellents partenaires, s’engageant modérément à la pique mais permettant aux maestros de décliner leur répertoire. Et en matière de répertoire le public n’a pas été déçu.

Maître sur ses terres, le biterrois Sébastien Castella a très clairement mis les choses au point à son second taureau en alternant des passes de loin, très près du corps, à des naturelles, lorsque la muleta est tenue de la main gauche, très épurées. Mal servi à son premier taureau il avait incontestablement envie de triompher et son estocade justifiait à elle seule la seconde oreille qui dépend toujours de la seule volonté de la présidence de la corrida.

Son second taureau était également le meilleur, avec la noblesse qui caractérise souvent l’élevage de Nuñez del Cuvillo. (On parle de la noblesse pour désigner la capacité du taureau à suivre la muleta du matador). Les taureaux présentés avaient tous cette noblesse, associée à la bravoure qui les conduisait à affronter le cheval avec un certain entrain. Les picadors, aux ordres du maestro, ont su doser les piques pour permettre aux toreros, dans la troisième phase du combat de s’exprimer pleinement.

La muleta tenue dans le dos, le taureau passe très près de Alejandro Talavante.

Alejandro Talavante est un fin torero, maîtrisant avec beaucoup de talent un répertoire de passes de muleta particulièrement étendu. Des naturelles très précises, des molinete, ( des rotations du corps face au taureau) et des manoletinas ( La muleta tenue des deux mains derrière le corps), ont séduit le public dès le second taureau et la pétition d’oreille s’est très largement exprimée. Il a manifesté le même enthousiasme face de son deuxième adversaire mais le public n’a probablement pas mesuré la performance du matador qui a su imposer sa volonté à un taureau plutôt réservé et qui transmettait peu d’émotion aux spectateurs.

La gaonera, une passe de cape trop rarement exécutée que le jeune péruvien, Andres Roca Rey maîtrise parfaitement

Le public biterrois a été très séduit par le jeune Péruvien, Andres Roca Rey. Avec l’enthousiasme de sa jeunesse il s’est pleinement engagé face à ses deux adversaires, et obtenu dans les deux cas une oreille pour chaque toro. Comme tous les toreros latino-américains, Andres Roca a proposé un répertoire de passe de cape particulièrement étendu. Aux classiques Véroniques et aux chicuelina ( lorsque le torero s’enroule dans sa cape sur le passage du taureau), il a rajouté de surprenantes gaoneras ( la cape est tenue à deux mains sur l’arrière du corps). Pour conduire le taureau vers le picador il a même proposé cette passe en marchant, un exercice qui est plutôt rare chez les toreros européens.

En coupant deux oreilles à un taureau Sébastien Castella a ouvert la grande porte des arènes de Béziers. Mais ses deux compagnons de cartel n’ont absolument pas démérité, bien au contraire. En compétition avec l’enfant du pays, ils se sont totalement livrés, en grands professionnels, soucieux de proposer au public un beau spectacle.

Lorsque l’on est familier des arènes, on parle souvent de grande corrida « sur le papier ». Cela désigne la réunion de toreros de grande réputation et d’un élevage de référence. Il arrive parfois que l’on soit déçu, car tout dépend finalement du comportement des taureaux et de l’engagement des toreros. Cette fois-ci, pour la deuxième corrida de la feria, toutes les promesses ont été tenues. Cela n’est pas si fréquent, mais lorsque l’on sort de l’amphithéâtre on conserve au fond de soi, comme l’arrière bouche d’un grand cru, cette sensation de plaisir unique que l’on a pu partager avec tous les autres spectateurs.

C’était une belle fin d’après-midi qui donne assurément envie de participer à «  cette fête du courage, la fête des gens des cœur » comme le chante le ténor qui accompagne le paseo sur l’air d’Escamillo, dans Carmen, l’opéra de Bizet. Et les arènes de Béziers sont incontestablement le plus beau des écrins pour partager ces moments uniques.

Bruno Modica

Première corrida de la feria de Béziers

L’affirmation d’une passion

La première corrida de la feria de Béziers réunissait un torero à cheval, celui qui domine cette spécialité depuis plus de 15 ans, Paulo Hermoso des Mendoza face à des taureaux de Fermin Bohorquez et deux toreros à pied, situés en tête du classement de l’escalafon actuel. Les deux piétons étaient opposés à des taureaux de Garcigrande. De présentation plutôt moyenne, l’ensemble des taureaux, pour le cavalier, comme pour ses compagnons à pied, disons clairement, a plutôt plutôt déçu.
Cette première corrida de la feria a connu une entame plutôt inédite, avec un discours préliminaire de Richard Pascal, un aficionado biterrois bien connu, rappelant le danger qui menace la corrida. Cette passion, solidement implantée dans les villes du Sud subit une pression permanente de ses opposants qui se félicitent de l’arrêt récent du conseil d’État, le 25 juillet dernier, considérant la tauromachie de tradition espagnole comme ne faisant plus partie du patrimoine immatériel de la France. La mort récente d’un torero en Espagne a d’ailleurs laissé place à un déferlement de haine, sur les réseaux sociaux, que le public biterrois a très largement dénoncé.

Une pose de banderille en pleine course face à une charge directe sur le cheval.

Face à ses deux adversaires, le cavalier, Hermoso de Mendoza a confirmé sa maîtrise exceptionnelle de l’art équestre, et a mis en valeur des montures de superbe présentation, affrontant le taureau au plus près des corps. Lorsqu’un cheval rentre en piste son nom est annoncé au public, et nous avons pu apprécier la prestation remarquable de Berlin et de Pirata, sans doute les plus à l’aise pour défier leur adversaire. Les deux taureaux de l’élevage de Boherquez n’ont d’ailleurs pas permis à Pablo et à sa cavalerie de montrer toutes les facettes de leur talent, en raison de charges trop courtes et d’un manque d’agressivité évident. Le premier des taureaux a suscité une indifférence polie du public tandis que le second permettait au cavalier de couper une oreille après une mise à mort extrêmement rapide.

Une demi véronique à pieds joints avec beaucoup de douceur pour évaluer le comportement du taureau au début du combat.

On attendait beaucoup de la confrontation entre Sébastien Castella, l’enfant du pays, et la jeune étoile montante de la tauromachie, Alberto Lopez Simon. Face à son premier adversaire, Sébastien Castella a essayé de tirer le maximum d’un taureau au comportement assez quelconque, suivant la muleta avec une certaine docilité mais dont le manque d’entrain ne permettait pas à son adversaire de développer pleinement sa tauromachie. Faisant preuve de beaucoup d’élégance et de maîtrise, cherchant le terrain du taureau plus près de ses cornes, le maestro biterrois s’est largement imposé face à son premier adversaire et a obtenu la première oreille de l’édition 2016 la feria de Béziers. Son second toro, pourtant plus armé, s’est éteint très rapidement malgré les efforts méritoires du maestro biterrois qui est véritablement venu le chercher entre les cornes pour déclencher ses charges. Deux estocades ratées n’ont pas permis au maestro d’ouvrir la grande porte de ses arènes, face à son public.

Passe de poitrine, al Pecho donnant la sortie au toro à la fin de sa charge


Alberto Lopez Simon a montré sur son premier adversaire d’excellentes dispositions, mais les deux taureaux que le tirage au sort lui a réservés ont montré peu de force pour permettre à ce jeune torero de montrer l’étendue de son répertoire. Il a pourtant essayé de proposer des passes naturelles, celles qui sont servies en présentant la muleta de la main gauche, mais au final les deux taureaux manquaient de force, malgré une belle poussée à la pique du second. Alberto Lopez Simon n’a pas obtenu dans la ville de Pierre-Paul Riquet le triomphe qu’il aurait espéré. L’élevage de Garcigrande est pourtant largement appréciée des toreros, et particulièrement de Sébastien Castella, mais l’origine ne fait pas tout. Dans la tauromachie, chaque taureau est unique, et le public doit savoir apprécier, au-delà de l’esthétique du spectacle qui lui est proposé, la justesse avec laquelle le torero découvre son adversaire et lui permet de livrer son combat. On ne le dira jamais assez, c’est bien le taureau qui est l’acteur principal, et les hommes doivent mettre leur courage, leur talent à son service. Cette soirée était loin d’être déplaisante, mais les moments où l’on a pu vibrer étaient trop rares pour que cette première corrida de la feria 2016 s’ancre durablement dans les mémoires.

Bruno Modica

Feria de Béziers : vendredi 12 août, Corrida d’ouverture

De l’art pour des triomphateurs.

 Depuis plusieurs années, la corrida d’ouverture de la feria de Béziers associe l’équitation, avec un torero à cheval, et deux matadors à pied. Ce choix permet au public qui souhaite découvrir la tauromachie d’apprécier deux formes différentes de cet art pendant le même spectacle.

Pablo Hermoso de Mendoza, le rejoneador, (on désigne ainsi le torero à cheval), a été présenté dans un article précédent.  Il domine incontestablement, et depuis plus d’une décennie, cette discipline très particulière qui permet d’apprécier le travail des chevaux face au taureau de combat. Pablo Hermoso de Mendoza pratique une tauromachie équestre qui le différencie très largement de ses collègues qui peuvent également offrir un spectacle de qualité par ailleurs comme Andy Cartagena ou Diego Ventura. Cette originalité s’explique par une approche très particulière du cheval, basée sur l’équilibre du cavalier qui semble laisser à sa monture une grande autonomie. C’est la raison pour laquelle, à propos des compagnons de Pablo, les amateurs parlent souvent de « chevaux–toreros », à l’image de l’inoubliable « Cagancho », mort en août 2015. C’est ce cheval extraordinaire qui a construit son torero. Depuis Cagancho, Pablo Hermoso de Mendoza a littéralement transformé la tauromachie à cheval en laissant le taureau charger au plus près de sa monture et en effectuant des passes, comme les toreros à pied.

Présents sur le même affiche, Sébastien Castella et Alberto Lopez Simon, face à des taureaux de Garcigrande, devraient offrir au public biterrois beaucoup d’émotion. Ces deux toreros sont actuellement en grande forme, même si leur prestation dépendra très largement de leurs adversaires. Rappelons que la vocation de cette série d’articles consacrés à la tauromachie est d’initier le public qui n’est pas forcément familier des arènes.

Quel que soit le mérite, le courage, la technique du torero, rien n’est possible si le taureau ne présente pas les qualités requises pour que le matador puisse s’exprimer. Le taureau de combat est l’acteur principal de ce spectacle, et l’émotion que l’on ressent devant cet art de l’éphémère est le résultat de cette alchimie mystérieuse. Elle associe la force brute du taureau à la capacité de l’homme à en maîtriser les comportements d’un animal sauvage, armé de cornes dont il sait se servir avec l’expérience que lui donnent cinq années de lutte contre ses congénères dans les élevages.

Sébastien Castella l’enfant de Béziers, jouera à domicile et beaucoup se souviennent de ses débuts, face à des vaches, dans des novilladas, jusqu’à son alternative, son accession au statut de matador de toros, dans les arènes de sa ville, en 2000.

Sébastien Castella est un torero qui refuse le compromis. Il ne cherche pas à flatter le public par des passes « faciles », mais bien à imposer sa volonté à son adversaire. Le toreo de Sébastien est le résultat d’un apprentissage rigoureux, et au fil des années il a su gagner en précision dans ses postures, construisant des figures avec la rigueur de composition d’un grand peintre. Les taureaux semblent aimantés par les doux mouvements de la muleta et passent très près du corps du maestro immobile et serein. Sébastien Castella sait associer des appels de loin, le corps figé face à un taureau qui le charge sur plus de 10 mètres avant de le détourner au dernier moment, à une tauromachie « entre les cornes », pesant sur son adversaire. 

Alberto Lopez Simon est un jeune torero originaire de Madrid. Souvent récompensé cette année, il a multiplié les sorties triomphales dans les arènes françaises comme espagnoles. De formation classique, il sait s’engager sur le terrain du taureau et construit des séries de passes avec beaucoup d’assurance. Il faut s’attendre, en venant défier Sébastien Castella sur ses terres, à un engagement total de ce torero de 26 ans dont la carrière a littéralement explosé depuis moins de deux ans.

Si les spectateurs familiers des arènes savent que les acteurs en piste sont des maîtres confirmés, actuellement au sommet de leur art, le public qui découvrira la tauromachie à cette occasion pourra en apprécier les multiples facettes. Si les taureaux « servent », pour reprendre cette expression qui résume en un seul mot la bravoure et la noblesse des taureaux sauvages, tous les publics pourront espérer passer une belle fin d’après-midi.

Bruno Modica

Feria de Béziers : Samedi 13 août, une corrida de prestige

6 Toros de NUÑEZ DEL CUVILLO pour SÉBASTIEN CASTELLA, ALEJANDRO TALAVANTE , ANDRES ROCA REY.

samedi 13 août

Novilladas à 11h

Corrida à 18h

SÉbastien CASTELLASÉbastien CASTELLA

Né le 31 janvier 1981 à Béziers
ALTERNATIVE : 12 août 2000 à Béziers
TEMPORADA 2015 : 57 corridas - 78 oreilles - 1 queue

Alejandro TALAVANTEAlejandro TALAVANTE

Né le 24 novembre 1987 à Badajoz
ALTERNATIVE : 9 juin 2006 à Cehegin
TEMPORADA 2015 : 45 corridas - 56 oreilles

Andres ROCA REY
Andres ROCA REY

Né le 21 octobre 1996 à Lima (Pérou)
ALTERNATIVE : 19 septembre à Nîmes
TEMPORADA 2015 : 22 novilladas - 42 oreilles – 1 queue / 2 corridas – 4 oreilles

   

La deuxième corrida de l’édition 2016 de la feria de Béziers verra se présenter ce que l’on peut espérer de mieux en matière de tauromachie. Les trois toreros sont actuellement dans le top cinq du classement que l’on appelle l’escalafon. Toutes proportions gardées, cela correspondrait au classement ATP du tennis professionnel. Sébastien Castella sera présent au cartel comme la veille, mais il sera accompagné par deux confrères qui eux aussi ne manquent pas d’ambition et surtout du désir de triompher.
Le choix de l’élevage a toute son importance, pour ce que l’on peut qualifier de corrida de prestige. Et les taureaux de Nuñez del Cuvillo sont considérés habituellement comme d’excellents partenaires pour ces toreros qui ont en commun un sens artistique exceptionnel.
Cet élevage a été constitué il y a plus de 30 ans, par une association de plusieurs rameaux de ce que l’on appelle « l’encaste », la souche originelle. Le propriétaire de cet élevage, Joaquim Nuñez, recherche des taureaux avec une charge longue, suivant la muleta avec régularité, permettant aux toreros de servir des passes au plus près du corps. À l’instar de Juan Pedro Domecq, cet éleveur, le ganadero recherche "des taureaux artistes pour des toreros artistes".
La tauromachie pratiquée par les trois maestros présentés ce 12 août est en effet particulièrement contraignante pour le taureau. Les passes les plus esthétiques servies imposent à l’animal des trajectoires près du corps, dans une sorte de mouvement circulaire qui demande des taureaux particulièrement résistants et solides sur leurs appuis.
Les deux compagnons de cartel de Sébastien Castella, Talavante et Roca Rey, ne sont pas les premiers venus. Alejandro Talavante est matador de taureau depuis 10 ans, et depuis cette date il enchaîne les triomphes avec une grande régularité. Il est très inspiré par José Tomas, qui est son modèle, et il recherche, pour peu que le taureau le permette, des mouvements très lents, réglant la charge du taureau au plus près de son corps.
Andres Roca Rey est péruvien, et il a été éprouvé cette année lors de la feria de Séville, par une blessure spectaculaire. Cela n’a pas empêché ce jeune maestro de poursuivre une série de prestations et de triomphes qui justifient parfaitement sa place dans ce cartel prestigieux.
Âgé d’à peine 20 ans, Andres fait preuve d’une très grande maturité avec une tauromachie très précise, cherchant à défier le taureau au plus près, et avec un engagement total. Comme la plupart des toreros latino-américains, il est particulièrement attentif pour tout ce qui concerne les passes avec la cape, le premier temps du combat, lorsque le taureau se présente en piste. Cette grande cape, le plus souvent rose et jaune, capote de brega, est tenue à deux mains. Pendant cette première phase du combat, le matador évalue le comportement du taureau à pleine charge lorsque ce dernier découvre pour la première fois un homme à pied. Les mouvements de cape sont destinés à "intéresser" l’animal qui cherche à éliminer de son champ de vision cet ensemble mobile et en même temps insaisissable.
Pendant cette phase, parfois trop courte, le torero affronte son adversaire en lui proposant une série de passes qui associent l’esthétique à la charge de l’animal, à pleine vitesse. Dans la série de ces figures qui permettent aux matadors de s’exprimer, on citera la Véronique qui est une évocation du mouvement de la Sainte essuyant le visage du Christ pendant la montée vers le Golgotha. Lorsque le taureau charge à pleine vitesse, l’homme déplie, le plus lentement possible, et sans que les cornes ne touchent le tissu déployé, la cape en guidant la trajectoire du taureau pour lui donner "sa sortie".
Le public qui n’est pas forcément initié à ce vocabulaire appréciera sans doute cette passe de cape très spectaculaire, la chicuelina, lorsque le matador s’enroule littéralement dans la cape sur le passage de son adversaire.
Les trois toreros présentés à Béziers pour cette corrida de Nuñez del Cuvillo, maîtrisent parfaitement cet exercice, comme toutes les autres phases du combat. Leur classement au sommet ne doit rien au hasard mais au nombre important de trophées, - les oreilles, dont il sera question dans un prochain article, - reçus dans les différentes arènes cette saison.
La direction des arènes de Béziers offre ainsi au public, et avec le souci de lui faire découvrir le meilleur, un spectacle riche de promesses. Si les taureaux sont à la hauteur de l’événement, cette deuxième corrida a toutes les chances de marquer les esprits.
Novillada sans picadors - Une initiation
Le public qui souhaite accéder à une forme d’initiation à la tauromachie peut, pour un billet d’entrée modique, se présenter en matinée aux arènes de Béziers, les samedis et dimanche, à 11 heures. Les acteurs en piste lors d’une novillada ont en commun leur jeunesse, mais celle-ci peut être synonyme d’enthousiasme.
Les taureaux combattus ont deux ans, et portent le nom de novillos, ou encore de becerros. Les hommes qui les combattent, ne sont pas encore matadors de toros, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas encore atteint le moment où ils prennent l’alternative. Cette cérémonie qui se déroule en piste lors d’une corrida leur donne le droit de combattre des taureaux adultes, âgés d’au moins quatre ans et plus.
Si le gabarit des novillos est moins impressionnant que celui de leurs congénères plus âgés, c’est surtout leur comportement, plus mobile, souvent très actifs en piste, qui change la donne. La novillada sans picadors se déroule sans la présence du groupe équestre auquel s’affrontent les taureaux de trois ans pour les novilladas piquées et de quatre ans et plus pour les corridas de toros.
Les novilleros qui sont présentés pendant le spectacle sont issus, pour la plupart, des différents écoles taurines. La présentation en piste constitue pour eux un point de passage extrêmement important qui déterminera probablement la suite de leur carrière. C’est la raison pour laquelle ces jeunes gens, la plupart ont moins de 20 ans, vont véritablement "tout donner". Ils savent que dans ce milieu les opportunités ne sont pas légion, et que de leur comportement, de leur courage, de leur présence face au novillo, dépendra la poursuite de leurs rêves.
Les novillos où les becerros le sont pas forcément des adversaires très coopératifs, et malgré leur plus petit gabarit, ils restent des animaux de combat qui dans la plupart des cas répondent à toutes les sollicitations du torero.
Ces derniers vont décliner leur répertoire, appris pendant de longues séances d’entraînement, et chercher à triompher. Face à leur adversaire ils devront s’engager pleinement, car le public appréciera en premier lieu leur sincérité et leur enthousiasme.
Assister à une novillada sans picadors et donc une façon commode, et très accessible, de commencer son initiation à la tauromachie. C’est donc un spectacle qui mérite très largement l’intérêt et qui permet parfois de découvrir les futurs talents, qui eux aussi ont commencé leur carrière face à des novillos, et pour certains il y a peine quelques années.

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Feria de Béziers : dimanche 14 août

CORRIDA À 18h - 6 Toros de ROBERT MARGÉ - DIEGO URDIALES - JUAN BAUTISTA - DAVID MORA - NOVILLADAS SANS PICADORS À 11h

GANADERIA DE ROBERT MARGE

GANADERIA DE ROBERT MARGE

Propriétaire : Robert Margé
Devise : Bordeaux et or
ancienneté à Madrid : pas d'ancienneté
Élevage : Finca « Les Monteilles » à Fleury d'Aude
Origines : Cebada Gago – Nuñez del Cuvillo – Santiago Domecq
Temporada 2015 : 19 toros - 14 oreilles


DIEGO URDIALES

DIEGO URDIALES

Né le 31 mai 1975 à Arnedo
ALTERNATIVE : 15 août 1999 à Dax
TEMPORADA 2015 : 16 corridas - 11 oreilles

JUAN BAUTISTA

JUAN BAUTISTA

Né le 12 juillet 1981 à Arles
ALTERNATIVE : 11 septembre 1999 à Arles
TEMPORADA 2015 : 25 corridas - 39 oreilles

DAVID MORA

DAVID MORA

Né le 5 février 1981 à Madrid
ALTERNATIVE : 31 août 2006 à Borox
TEMPORADA 2015 : pas de corrida (blessé)

   

Le taureau de combat - un animal unique.

La troisième corrida de la feria de Béziers verra rentrer en piste des taureaux qui ont vu le jour à quelques dizaines de kilomètres des arènes dans les basses plaines de l’Aude. Robert Margé, le directeur de la société gestionnaire des arènes est également l’éleveur de ces toros, dont les novillos sont également présentés le matin à 11 heures pour des novilladas sans picadors ce samedi et ce dimanche.

L’histoire de la ganaderia des Monteilles a commencé en 1978 lorsque Robert Margé a commencé à élever des taureaux de race camarguaise destinés à cette tauromachie particulière qui oppose ces animaux à des hommes ( les raseteurs) qui doivent, en pleine course, leur arracher les trophées qu’ils portent entre leurs cornes.

Sur ces étendues entre terre et mer, sur les berges de l’Aude, Robert a décidé, en 1993, de rejoindre ce cercle très fermé des éleveurs de taureaux de combat de race espagnole. Depuis le début du XXe siècle en effet, ces taureaux ont pu trouver, particulièrement en Provence, des espaces propices à leur développement au cœur de la nature. Il convient d’ailleurs de rappeler que l’existence de ces élevages permet de protéger de l’agriculture intensive et de la spéculation immobilière de vastes espaces naturels. Les animateurs du lobby anti taurin gagneraient à réfléchir, si toutefois ils en sont capables, à cet effet positif du maintien de la tauromachie dans nos régions.

Les premiers taureaux de Robert Margé ont été présentés en corrida il y a moins de 15 ans ; cela représente peu de chose à côté d’élevages qui ont commencé à se développer dans la deuxième moitié du XIXe siècle en Espagne, et dont les souches originelles remontent à l’antiquité. En rentrant dans ce cercle d’éleveurs, Robert a fait preuve de beaucoup d’humilité, car l’élevage de taureaux de combat est une alchimie complexe qui demande beaucoup de rigueur et de patience. Il s’agit en effet de conserver la nature sauvage de l’animal tout en le rendant propre à la pratique de la tauromachie à pied.

Les taureaux présentés sont issus de la rencontre et de croisements de plusieurs souches dont les comportements sur le sable de l’arène peuvent être très différents. Les premiers taureaux sont issus de l’élevage de Cebada gago, des bêtes à la robe tirant souvent vers le brun clair ou le roux, (on dit castaño). Ils sont particulièrement agressifs et pèsent souvent sur le torero surtout s’il ne parvient pas à imposer d’emblée sa volonté. À cette souche originelle l’éleveur à intégré au fil de croisements dont il est le seul à détenir les secrets, d’autres élevages, ayant aussi leurs particularités, comme les Nunez del Cuvillo et les Santiago Domecq. Cela donne à ces taureaux une grande diversité de robes, le gris foncé tacheté de blanc pour les Nunez del Cuvillo ou le noir profond des Santiago Domecq sur lesquelles on peut retrouver le châtain tirant vers le roux des Cebada Gago.

Un taureau qui montre ses origines Nuñez del Cuvillo par sa robe « salpicada ». ( Poivre et sel)

Depuis que ces taureaux s’élancent en piste, avec leur devise, les rubans bordeaux et or aux couleurs de l’élevage, ils suscitent toujours l’intérêt du public. Le Majoral, le maître du troupeau, qui n’est autre que Olivier, le fils de Robert Margé, veille avec un soin jaloux sur la parfaite conformité de ces toros. Toujours bien proportionnés, avec des cornes effilées, un large poitrail et une musculature bien dessinée, ces toros sont souvent applaudis lorsqu’ils rentrent en piste.

Cette corrida du dimanche verra présentés au cartel des toreros qui savent concilier le sens du combat indispensable face aux taureaux de cette origine avec la volonté d’offrir au public des sensations esthétiques.


Beaucoup de maîtrise de Juan-Bautista pour cette passe naturelle « aidée ».
L’épée tenue de la main droite permet de déployer l ‘étoffe de la muleta.

Juan Bautista est un torero arlésien, de la même génération que le biterrois Sébastien Castella, qui apprécie énormément les taureaux de cet élevage. Juan Bautista fait partie de cette catégorie de torero qui ne renonce jamais. Lorsqu’un taureau est difficile, peu coopératif, dangereux même, il n’hésite pas à s’imposer en se croisant devant les cornes. Avec la muleta il parvient, par un léger mouvement de poignet, à faire passer le taureau et à en conduire la trajectoire pendant la charge. C’est très exactement ce que signifie le verbe : «toréer ».

Ses compagnons de cartel, Diego Urdiales et David Mora sont également des matadors confirmés. Dans toutes les arènes d’Espagne comme dans celles du Sud-Ouest et du Sud, ces matadors affrontent, tout comme Jean-Baptiste, tous les types de taureaux, et souvent des élevages réputés comme étant les plus difficiles. Les deux premières corridas de la feria ont vu présentés en piste des taureaux dans les comportements permettent, en général, car en la matière rien n’est jamais sûr, l’expression artistique des toreros. Les taureaux de Robert Margé, à l’instar de ceux d’autres élevages, peuvent se révéler comme de redoutables combattants. Mobiles et puissants, solides sur leurs appuis, ils exigent des toreros une parfaite maîtrise technique.

le majoral Olivier Margé
le maître du troupeau accompagne ses taureaux jusqu’au bout de leur destin.

Pour cette troisième corrida le comportement des taureaux de l’éleveur sera examiné à la loupe, et pendant le combat, juste à côté de la sortie du toril, Olivier Margé, le majoral regardera ses taureaux piste. Il connaît les secrets de leurs origines, leur généalogie, et déjà, derrière ses grands yeux bleus, il sera en train de planifier avec au moins quatre ans d’anticipation, les croisements futurs qui permettront aux couleurs de l’élevage de permettre aux toreros de triompher. Quelque part cette réussite espérée sera aussi la sienne.

Bruno Modica

 

Feria de Béziers : lundi 15 août

Toros de Miura - Rafaelillo, Mehdi Savalli, Alberto Lamelas. 
Les Miuras, des toros de légende.

Les taureaux présentés en piste pour la dernière corrida de la feria de Béziers ont une réputation telle qu’ils donnent leur nom au spectacle. Franchir les accès des arènes de Béziers ce 15 août, ce n’est pas seulement aller voir une corrida, mais une Miurada, du nom de cet élevage mythique à la réputation sulfureuse.

Hauteur au garrot, gabarit impressionnant, cornes larges, sont les caractéristiques des toros de Miura.

Plus encore que pour tout autre corrida, l’acteur principal d’une miurada est bien ce taureau dont l’élevage se situe en Andalousie, à Zahariche. Cette ganaderia a été constituée en 1842 et présentée à Madrid en 1849 et elle appartient toujours à la même famille. La souche originelle ( Cabrera) est fondamentalement différente de la plupart des élevages présentés par ailleurs, tant du point de la morphologie  que du comportement en piste. Sur la balance ces taureau affichent souvent une bonne centaine de kilos de plus que leurs congénères, leur hauteur au garrot 20 à 30 centimètres de plus, et leurs cornes impressionnantes.

Les hommes qui affrontent ces taureaux ne comptent pas parmi les mieux placés dans l’escalafon. Car les triomphes, les oreilles coupées face aux Miuras sont beaucoup plus difficiles à obtenir. Rafaelillo, l’Arlésien Mehdi Savalli et Alberto Lamelas qui remplace Manuel Escribano blessé, sont des familiers de ces corridas si particulières. Au-delà du gabarit impressionnant des toros de Miura c’est leur comportement qui est fondamentalement différent. En quelques secondes ces taureaux prennent possession de l’arène, s’imposent sur leur terrain et les hommes doivent venir les défier au plus près pour pouvoir les toréer. Face aux picadors leur poussée peut-être impressionnante, et en raison de leur gabarit, ils frappent la protection du cheval beaucoup plus haut. Les 600 à 700 kg de muscles peuvent très souvent renverser le cheval et le cavalier. Seuls les meilleurs picadors peuvent s’imposer face à ces monstres. Si les Miuras sont plus hauts, plus armés, plus lourds que leurs congénères, ils sont aussi paradoxalement extrêmement mobiles, et ont la particularité de se retourner après la passe beaucoup plus rapidement. Le matador doit en permanence se replacer pour éviter un choc qui pourrait être grave. Il n’est pas rare que des toros de Miura ne fassent une incursion dans le couloir qui entoure la piste, (le callejon), en sautant la barrière avec la même aisance qu’un chat. Cela déclenche alors une belle panique chez les personnes protégées heureusement dans des abris disposés tout autour de la piste.

Voir toréer les Miuras est une expérience particulière. Rares sont les spécimens qui permettent au torero des passes lentes, permettant l’expression artistique. Cette corrida, plus que toute autre, est un combat et les matadors en piste, des guerriers. Pour espérer triompher face à de tels clients, le torero doit s’imposer, paradoxalement le plus près possible de ses cornes, pour lui présenter en permanence la cape ou la muleta et espérer guider sa trajectoire. Permettre au taureau de voir l’espace entre la muleta et le corps du matador est une erreur qui peut être lourde de conséquences. Tous les toreros qui les affrontent le disent, les Miuras comprennent plus vite que tous les autres toros que la menace n’est pas constituée par l’étoffe qui s’agite mais par l’homme immobile qui les défie.

Beaucoup de maîtrise dans cette naturelle aidée pour Rafaelillo.

Rafaellilo, comme ses deux compagnons de cartel, Mehdi Savalli et Alberto Lamelas construisent leur carrière dans ce que l’on qualifie de corridas « dures ». Le public appréciera la prestation à l’aune de leur capacité à gérer les comportements de ces fauves qui ne pardonnent pas la moindre erreur.
Plus ancien dans le métier, Rafaelillo apparaît comme l’un des spécialistes de cet élevage, de taille plutôt moyenne il cherche à imposer sa volonté face aux cornes de son adversaire en servant des passes vers le bas pour que le taureau continue à suivre la muleta le plus longtemps possible. Il est présent dans les arènes comme matador depuis 20 ans cette année. Il construit sa carrière à la pointe de l’épée, face aux élevages réputés les plus difficiles. Si les Miuras sont redoutables, les Victorino Martin, Dolores Aguirre, Valverde, sont aussi des clients pas faciles.

Le torero arlésien Mehdi Savalli pose les banderilles de façon très spectaculaire

Mehdi Savalli est un torero arlésien, spécialiste de la pose de banderilles, toujours spectaculaire et qui sait enflammer le public. Avec un lumineux sourire il sait défier ses adversaires sur leur propre terrain, et le public des arènes de Béziers le soutient avec constance depuis 10 ans. C’est aussi une des particularités de la corrida de Miura. Face à des taureaux qui peuvent se révéler impossibles à toréer, ce que le public comprend assez vite, le respect est de rigueur. Rentrer en piste face à ces monstres est en soi une démonstration éclatante de courage.


Impressionnant de courage, Alberto Lamelas affronte les taureaux les plus difficiles
 

 Du courage, Alberto Lamelas qui foulera le sable des arènes de Béziers pour la première fois, comme matadors de toros, - Il rentrera tête nue en piste - en a assurément. Depuis deux ans, dans les arènes de Vic-Fezensac, face à un terrible taureau de Dolores Aguirre qui avait renversé, à deux reprises, le picador et son cheval, avec un comportement totalement imprévisible, Alberto Lamelas avait su s’imposer avec un brio exceptionnel. Il a aussi triomphé dans le Sud-Ouest cette année.
Face aux élevages les plus difficiles Alberto s’engage, sans calcul ni faux-semblant. Parfois bousculé et même blessé, il est toujours revenu en piste pour relever le défi.

Ce toro de Dolores Aguirre a été l’un des plus redoutables adversaires
combattu par Alberto Lamelas. (Vic 2014)

Avec les trois maestros présentés en piste, pour la dernière corrida de la feria 2016, c’est encore une fois la fête du courage qui sera célébrée. La survie de ces élevages, réputés difficiles, dont les taureaux de Miura sont les chefs de file, participe du maintien de l’authenticité de la tauromachie. Si la capacité des hommes à créer peut offrir des sensations esthétiques pendant la corrida, sa vérité réside dans ce postulat fondamental : le taureau de combat est un animal sauvage, une parcelle de la nature authentique que l’homme, pendant sa brève histoire sur notre planète, apprend à dominer. Les 15 minutes du combat d’un taureau en piste, face à un homme armé d’une épée et d’une étoffe, sont un résumé de la vie. La mort du taureau en piste rappelle aux hommes, qu’ils sont aussi mortels.

Bruno Modica.