Sur le Canal du Midi : Port Cassafières

 

Port Cassafières en 1974

En 1970, M. Roger Sicard, propriétaire du domaine de Cassafières qui s’étend du Canal du Midi à la Méditerranée, à Portiragnes, se rend compte que cette voie d’eau est en train de changer de vocation. Les péniches de céréales, de carburants, les pinardiers, se font de plus en plus rare. Par contre la navigation de plaisance se développe rapidement grâce aux anglais qui implantent des sociétés de location un peu partout. La principale, la Blue Line, filiale du groupe Guiness, se trouve à Castelnaudary, ils ont un savoir faire et des bateaux adaptés. M. Sicard va rencontrer l’homme providentiel, Robert Linon, ingénieur subdivisionnaire du Canal du Midi à Béziers. Il va obtenir l’autorisation de ce dernier de creuser une darse au bord du canal, puis le port.

En 1971, il embauche le fils de son régisseur, Bernard Bals, mécanicien de formation et conducteur d’engins dans l’entreprise Bec. Il crée la Compagnie de Navigation de Plaisance et va acquérir 2 bateaux pour la location. Auparavant il s’est fait livrer un chalet exposé au salon de la navigation de plaisance au CNIT à Paris, qui va être utilisé pour la réception, le stockage du matériel, et qui existe toujours. Son fils Gilles vient travailler sur le port. On fait de la location mais aussi des promenades jusqu’à Agde et certains jours sur Marseillan. Durant l’automne 1971 il fait l’acquisition d’une pelle mécanique Poclain et un camion. La terre est transportée sur le bord du chemin d’accès au port pour l’agrandir, et faire un parking surélevé au Sud du restaurant. Ainsi le tiers du port sera creusé hors saison par l’employé permanent. Au printemps 1972, l’entreprise Brault creusera un passage du Canal du Midi à la partie du port déjà aménagée. En mai 1972, le Tour de France Nautique partis de Chalons sur Marne fait escale à Port Cassafières à peine baptisé du nom de jeune fille de sa mère. C’était Edmond James, secrétaire général des comités directeurs des groupes plaisance, croisière, et motonautisme au Touring Club de France qui avait mûri ce projet. Il se faisait appeler le Commodore ! Des constructeurs comme la SICOPAL filiale des Charbonnages de France amène ses coches d’eau, Jo Inskip de la Burgundy line amène ses deux bateaux Le Saint Bris et l’Irancy, ainsi que la société Pierre de Meulan. Une fois cette manifestation terminée, la plupart des house-boats seront intégrés dans la flotte de Port Cassafières. Comme il faut aller très vite pour les recevoir, c’est l’entreprise Brault qui viendra terminer ce chantier.

 Jonction des deux bassins  La darse en 1971 Jonction des deux bassins
                                     Mise à sec peu conventionnelle                                                      Darse

En 1973, un groupe d’investisseurs anglais veut reprendre le port, la Summerway cruisers et la Med cruisers proposent d’amener 50 bateaux. Il s’agissait de ce qu’on appelle aujourd’hui un fond de pension. Les bateaux viennent d’Angleterre et sont fabriqués par un français le baron de Tourtelon, personnage atypique, d’ailleurs les modèles de bateaux sont des « Barons ». Le chef de base est M. Cairns. Le directeur est un nommé Garry Lowe et son associé P.S Horner. L’affaire va tourner court, M. Lowe se retrouvera en prison outre Manche et une vente aux enchères aura lieu le 20 juin 1974. Des anglais avaient également construit un restaurant, qui a brûlé et a été reconstruit en dur. La Compagnie de Navigation de plaisance reprend la main, il faut se développer, construire des infrastructures, faire face à la concurrence, et cette entreprise familiale ne peut y prétendre. C’est la Beaver Fleet basée à Agen qui va venir s’implanter et poursuivre le développement de ce port. Ainsi se tournait une page de cette saga familiale où Mme Sicard était la gérante, Gilles l’homme de toutes les situations, François et Catherine venaient lors des vacances scolaires à la réception ou piloter le bateau de promenade. Aujourd’hui c’est l’entreprise Le Boat qui gère ce port.

Bernard Bals

Une cité gallo-romaine à Murviel-lès-Montpellier

Les chantiers de fouilles se poursuivent sur la zone monumentale de la cité gauloise, place bordée de portiques et de monuments publics, centre de la vie religieuse, commerciale et politique de la cité gallo-romaine des Samnagenses. Aujourd'hui, sur le site archéologique du Castellas à Murviel-lès-Montpellier, pour partie propriété de Montpellier Méditerranée Métropole, la métropole de Montpellier participe au financement de ces campagnes de fouilles menées par les archéologues du laboratoire ASM (UMR 5140 - Archéologie des sociétés méditerranéennes) via une subvention annuelle.

Plongée dans l'Histoire à  l'est de Montpellier

Le secteur monumental, dont l’exploration méthodique a commencé en 2001, est désormais presque entièrement dégagé. Les deux dernières travées du portique nord ont été entièrement fouillées. L’avant-dernière salle, dont les murs étaient revêtus d’enduits peints, comporte un sol orné d’une mosaïque parfaitement conservée. La dernière salle est, quant à elle, particulière. À la différence des autres, elle ne communique pas avec le portique sur toute sa largeur mais seulement par un passage réduit dans l’angle sud-ouest, et ne comporte aucun aménagement construit, juste le rocher nu sur lequel une partie des murs est construite. L’hypothèse d’un lieu de culte naturel est actuellement la plus vraisemblable.

L'agglomération antique du Castellas, chef-lieu des Samnagenses (peuple gaulois)

L’agglomération antique du Castellas, identifiée récemment comme le chef-lieu des Samnagenses (peuple gaulois mentionné par Pline l’Ancien), naît au début du IIe siècle av. J.-C. Cette période correspond à un développement important des sociétés gauloises du Midi ainsi qu’à une présence de plus en plus sensible de Rome, qui se concrétise par la conquête de toute la région à la fin du IIe siècle av. J.-C. Cette communauté prospère ne résiste toutefois pas à la croissance des grands centres urbains. Elle perd son indépendance vers la fin du Ier s. apr. J.-C. et est intégrée dans la cité de Nîmes. Au milieu du IIIe s., la plus grande partie de la ville semble désertée.

Dotée d’un système de fortifications en grande partie conservé, qui englobe une surface de plus de 20 ha, l’agglomération du Castellas est l’un des établissements anciens les plus vastes du Midi languedocien, et peut être considéré comme l’établissement principal entre les cités de Nîmes et de Béziers.

Les fouilles archéologiques qui y sont conduites depuis les années 1970, et plus particulièrement celles menées depuis 2001 par l’université Paul-Valéry dans le cadre du laboratoire de recherches Archéologie des sociétés méditerranéennes, révèlent un site de prédilection pour étudier la question de la romanisation d’une cité gauloise.

Un sanctuaire gallo-romain à visiter

Organisée par l'institut national de recherches archéologiques préventives, une visite guidée de l'oppidum du Castellas datant du 1er siècle avant J.C et mis au jour à Murviel-lès-Montpellier s'adresse à tous les amateurs de patrimoine et de traces historiques. Le rendez-vous est fixé mercredi 26 juillet 2017 à 18 h à la Fontaine romaine. Prévoir des chaussures de marche.
La visite gratuite du chantier de fouilles d'une durée d'1 h 30 environ se déroulera sous la direction de Grégory Vacassy et Gh. Vincent, responsables d’opération – assistants d’étude et d’opération (INRAP). On y découvrira le dégagement des parois peintes de la pièce de réception de la maison où se déroulaient les banquets : le triclinium. Les fresques sont particulièrement bien conservées, sur une hauteur de plus d’un mètre. Dans l’aile nord, la fouille a montré une occupation dense de ce secteur dévolu aux activités artisanales de la maisonnée.

La fouille de l’habitat de la ville basse de l’agglomération antique du Castellas à Murviel-lès-Montpellier, débutée en 2009, en est maintenant à sa neuvième campagne. Elle concerne le dégagement et l’étude d’une habitation dont le plan et le cadre de la vie quotidienne évoluent d’une société traditionnelle gauloise vers une société gallo-romaine. Les avancées sont particulièrement importantes, notamment dans la compréhension de l’évolution du bâtiment étudié, dont la fouille touche en cette année 2017 à sa fin.


Enduits peints particulièrement bien conservés - Crédit photo Stéphanie Raux, Inrap

 

L’agglomération antique du Castellas

Identifiée récemment comme le chef-lieu des Samnagenses (peuple gaulois mentionné par Pline l’Ancien), la cité antique du Castellas naît au début du IIe siècle av. J.-C. Cette période correspond à un développement important des sociétés gauloises du Midi ainsi qu’à une présence de plus en plus sensible de Rome, qui se concrétise par la conquête de toute la région à la fin du IIe siècle av. J.-C.

Evolution  d’une société traditionnelle gauloise vers une société gallo-romaine

Cette communauté prospère ne résiste toutefois pas à la croissance des grands centres urbains. Elle perd son indépendance vers la fin du Ier s. après J.-C. et est intégrée dans la cité de Nîmes. Au milieu du IIIe s., la plus grande partie de la ville semble désertée.
Dotée d’un système de fortifications en grande partie conservé, qui englobe une surface de plus de 20 ha, l’agglomération du Castellas est l’un des établissements anciens les plus vastes du Midi languedocien, et peut être considéré comme l’établissement principal entre les cités de Nîmes et de Béziers.

 

 

Quand grands travaux riment avec archéologie

Les chantiers du CNM et du déplacement de l’autoroute A9. © Yannick Brossard, Oc’Via 

Menés de front, le chantier de dédoublement de l’autoroute A9 et le contournement ferroviaire de Nîmes et de Montpellier, n’ont pas été l’occasion que d’aménagements d’envergure et de prouesses techniques. En parallèle aux travaux étaient organisées, selon la législation en vigueur depuis 2001, des fouilles archéologiques préventives tout au long des tracés, impactant environ 1 200 ha. Des diagnostics posés par l’Institut National de Recherche et d’Archéologie Préventive (Inrap) entre 2008 et 2012 ont révélé une centaine de sites, du Paléolithique ancien à la fin du Moyen-Age, sur des zones explorées depuis trente ans (près de Nîmes, dans la plaine littorale entre Montpellier et Lattes ou sur les coteaux du Lunellois) mais aussi sur des secteurs méconnus, dans les Costières, la plaine de la Petite Camargue et de Mauguio. A la suite de ces diagnostics, balayant 300 000 ans d’histoire humaine du Languedoc oriental, 28 sites archéologiques ont fait l’objet d’une fouille préventive extensive entre septembre 2012 et juillet 2014. Ces chantiers d’ampleur et d’urgence – le temps était compté avant de redonner place aux travaux – ont mobilisé 170 archéologues sur plus de 32 ha, dans 14 communes du Gard et de l’Hérault.
Les vestiges qu’ils livrent sont à la hauteur du défi relevé. L’humain y apparaît, central, dans sa présence la plus reculée, près de Nîmes, sur un site du paléolithique inférieur sans équivalent régional, dans son habitat, ses modes de vie, ses activités quotidiennes tournées vers l’agriculture et l’élevage, ses rites funéraires. Eclairées sous de nouveaux jours par  ces fouilles, nos connaissances s’enrichissent, nos visions se renouvellent, à l‘exemple de celle, transversale, d’un habitat intercalaire peu connu en plaine, entre collines et lagunes. Une quinzaine de sites du néolithique illustrent « la précocité de l’impact anthropique ainsi que la densité des occupations humaines » selon la synthèse de l’Inrap, comme ces vestiges du néolithique final étudiés sur une grande surface et sur six siècles à La Cavalade près de Montpellier.

Aimargues, maison à pièce unique ©M.Couval, Inrap 

Une dizaine de fouilles mettant à jour chemins, cultures, parcellaires et établissements ruraux, « renseignent sur la construction et l’évolution du paysage antique », La Voie domitienne, grand axe de communication entre Rome et l’Espagne y apparaît à des chronologies différentes, avec ses relais, ses ateliers de potiers, ses ramifications, à Codognan ou Vergèze, ses survivances dans les cadastres et la campagne, près de Castries. On y envisage l’homme antique vivant, travaillant, priant. Un des plus anciens fours à chaux observés dans le Sud de la France (30 à 140 de notre ère) a été ainsi retrouvé à Baillargues. Les découvertes liées à l’activité viticole se sont multipliées, témoignant du poids de la viticulture dans notre région depuis l’Antiquité[1] : parcelles de vignes, chais, dolia, outils agricoles se dévoilent à Lattes, à Mudaison ou Aimargues.
Quant à la période médiévale, l’exploitation des vestiges renouvelle l’histoire d’un habitat rural méconnu et peu documenté, alors que plus de 90 % de la population vit à l’époque en campagne. Une villa suivie du Ve au XIIIe siècle près d’Aimargues, une manse, exploitation agricole à l’origine de nos mas, transformée peu à peu en village fortifié à Castries, fournissent autant d’exemples de la transition, observée sur plusieurs siècles, entre villa antique et village médiéval. De même, les archéologues ont pu suivre l’exploitation du terroir –le mot apparaît au Moyen-Age- sur de longues durées, à Mauguio (site de Lallemand) ou à Vergèze.
Les fouilles rigoureuses, presque austères, restituent parfois quelques objets nous emplissant d’émotion. Ici, un autel à Jupiter, là une tête de Silène, une serpette, une enseigne de pèlerinage font ressurgir la main de l’homme, ses croyances, sa pensée, ses outils.

     
           Autel figurant Jupiter, Lattes                                                                                     Serpette, Mauguio


Enseigne de pèlerinage, Castries

Ces fouilles préventives extensives de grande ampleur ne restent pas lettre morte auprès des publics, puisque l‘INRAP a décidé de partager ses découvertes avec le plus grand nombre. Appuyés par des conférences et des expositions, les chantiers archéologiques ont été ouverts à la visite, accueillant près de 3 500 visiteurs. Depuis le mois de mai, l’Inrap met en ligne, à la disposition du public, un atlas archéologique[2] très fourni, rassemblant synthèses, données précises sur chaque site fouillé et iconographie. Une exposition  au Musée Henri-Prades à Lattes, « Circulez, y a tout à voir ! » retrace les découvertes, reconstitue la vie quotidienne aux époques préhistoriques, antiques et médiévales. Ces temps, du plus lointain passé comme plus proches, resurgis … grâce à des travaux autoroutiers et ferroviaires du XXIe siècle.
Florence Monferran

Exposition du 17 mai 2017 au 5 février 2018
Infos pratiques : 
Site archéologique Lattara - Musée Henri Prades
390, avenue de Pérols
34970 Lattes
04 67 99 77 20
Sur réservation au 04 67 99 77 24 ou 04 67 99 77 26: Visites guidées, Tarif : 5 € par personne et Ateliers pour enfants (à partir du cycle 3) : Le labo du petit archéo, Tarifs : 3 € par enfant et par séance / 2,30 € par enfant et par séance, sur présentation de la carte Pass’Métropole
www.museearcheo.montpellier3m.fr

Photos: INRAP


[1] Voir l'article « La viticulture au cœur des découvertes archéologiques de l’Inrap » en rubrique Terroirs/vigne
[2] http://www.inrap.fr/atlas-archeologique-entre-nimes-et-montpellier-contournement-ferroviaire-et-12694

Les chimères du marquis de Castries

Charles Eugène Gabriel de la Croix, marquis de Castries (1726-1801), compte tenu de sa carrière, n'était sans doute pas un rêveur. Celui qui valut à l'armée française un de ses rares succès lors de la guerre de 7 ans (1756-1763), qui accéda au maréchalat et au ministère de la Marine ne devait pas se complaire dans le domaine de l'imaginaire. Pourtant, son souvenir est associé à un curieux monument à Montpellier : l'ex "fontaine des licornes", place de la Canourgue.



C'est une des plus anciennes de Montpellier. Elle doit son nom (en occitan canorga) à un bâtiment, habitation de chanoines (sens du mot occitan) chassés de Maguelone à une époque troublée et s'installant à Montpellier. La maison des chanoines fut détruite au XVIème siècle et au XVIIème, fut élevé l'hôtel de Belleval qui, en 1816, devint l'Hôtel de ville. Le "plan" (agrandi en 1860) ne comportait pas de monument au XVIIIème siècle. Or, lorsque l'aqueduc des Arceaux amena à Montpellier l'eau en abondance, il alimenta trois fontaines : une place de la Comédie, une place Chabanneau où une sculpture commémore toujours l'arrivée du précieux liquide et une "place des Etats du Languedoc". Qu'est-ce à dire ? Selon Barral (Les noms de rues à Montpellier, Espace éditions 1989), dans le renfoncement de la rue de la Loge face à la place Jean Jaurès, se situait l'église Notre Dame des Tables dont il ne reste plus que la crypte. L'église, si importante pour la vie du clapas, fut démolie en 1652 et, sur son emplacement devenu "place des Etats du Languedoc", s'éleva la troisième fontaine, "la fontaine aux licornes" ou "des chevaux marins" (sic).

Bien. Mais le marquis ? Cet homme d'épée entra dans l'armée à 13 ans. Il apprend son métier dans un régiment prestigieux, régiment du "Roi Infanterie". Il est lieutenant en 1742. Et lorsqu'éclate la guerre de 7 ans en 1756, il se guerroie aux Caraïbes, en Allemagne. Le marquis échappe à l'opprobre du désastre de Rossbach (1757). Car les puissances européennes s'affrontent en Allemagne. Face à une puissance prussienne menaçante (celle de Frédéric II) soutenue par l'Angleterre, sont liguées la Russie, l'Autriche et la France. En 1760, les anglo-prussiens visent le contrôle de la province de Hesse. Leur généralissime, Ferdinand de Brunswick, prend Kassel, Göttingen en bousculant les forces du maréchal de Broglie. Or, le 16 octobre 1760, à Klosterkamp (au nord de Düsseldorf), il se heurte aux 16 000 Français du "jeune marquis de Castries" (Voltaire, Précis du règne de Louis XV). Et Brunswick recule. L'exploit du marquis de Castries sera immortalisé par un bas relief évoquant ce combat et sculpté sur le socle de la "fontaine des licornes". On peut penser que fut alors ajouté le "putto" arborant une couronne de lauriers. Curieusement, l'inscription n'évoque pas le marquis de Castries.

Il était pourtant gouverneur de Montpellier et de Cette, baron des Etats du Languedoc, maréchal de camp (officier général). Menait-il une existence trop parisienne ? Et la fontaine, aux chimères (issues d'un monde idéal) ? Il faudra plus de place pour donner suite à l'histoire...

Hervé Le Blanche

 

 

 

Quel avenir pour le canal du Midi ?

L'année 2017 s'est ouverte sur les Assises du canal du Midi convoquées à Carcassonne  comme suite à la création du Comité de Bien du Canal. Il s'agit de définir la politique de la Région pour réhabiliter le canal du Midi.

Pourquoi ce bouillonnement et cette urgence à agir ?

Nous avons fêté en 2016 deux commémorations coïncidant avec l'an I de la région Occitanie. Le 350e anniversaire de l'Édit de création du canal signé par Louis XIV en octobre 1666.  Il a focalisé l'attention du public sur son concepteur et réalisateur Pierre Paul Riquet. Le 20eanniversaire de l'inscription du canal au Patrimoine mondial de l'Humanité en décembre 1996. Il nous ramène à la dure réalité. Cette reconnaissance universelle est-elle toujours méritée ?

La situation aujourd'hui.   

Il suffit de se déplacer le long du canal pour se rendre compte de la réalité de son délabrement. Le canal qui s'étale sous nos yeux depuis la disparition des platanes qui en assuraient l'attrait incontestable, souffre d'un demi-siècle de désintérêt et d'abandon. Nous en sommes tous responsables. Un constat et des explications :

  • Privé de toute activité marchande depuis 1960, défiguré par une mise à niveau technique avortée, on a envisagé jusqu'à son déclassement au profit de voies routières.
  • Entretenu a minima par son gestionnaire, il reste ouvert à la circulation des seuls bateaux de plaisance.
  • Faute d'entretien, les bâtiments historiques ont perdu leur caractère et ne sont plus que des fantômes pitoyables.
  • Les eaux sont polluées par les effluents et parfois les déchets déversés librement par les bateaux de plaisance, ses rives sont occupées par des barques abandonnées à demi-immergées.
  • Les ouvrages d'art témoins de son origine ne sont l'objet d'aucune mise en valeur ; aucune information ne les signale aux visiteurs.
  • Manque de respect de la part de certains riverains, utilisateurs et visiteurs.
  • Le chemin de halage envahi d'herbes folles, voie d'accès naturelle à ce musée vivant de plein air, est difficilement praticable.
  • Abandon pur et simple de certains ouvrages patrimoniaux de grand intérêt.

Qu'a-t-on fait depuis 1996 ? Rien, ou si peu. Notre orgueil légitime a fait long feu. Le mépris a perduré. Pire, on prive le chef-d'œuvre de ses attributs historiques en poursuivant la destruction de ce qui est considéré de nos jours comme inutile, sans être toutefois gênant.

On peut comprendre l'amertume et la déception de ceux qui ont œuvré et rendu possible son inscription par l'UNESCO, menacée aujourd'hui de déclassement.

Des projets de modernisation et leurs limites.

La Région va prendre en mains le devenir de cet immense voie d'eau. Il faut redonner au canal à la fois un intérêt économique, un attrait touristique et une reconnaissance forte de la valeur patrimoniale de ce chef-d'œuvre du Grand Siècle.

Les Assises et les Ateliers vont tenter de fixer les objectifs et les moyens. Les collectivités territoriales « mouillées » vont se pencher sur ce grand corps malade. Pourra-t-on obtenir un consensus quant au travail à faire d'urgence sur l'emprise actuelle du chantier ?

Et l'on voit poindre le projet d'une « vélo-route », sorte de voie rapide pour cyclo-touristes pressés. Tel qu'il est présenté, ce projet surdimensionné va engendrer des atteintes irréversibles au monument classé. Son coût sera disproportionné par rapport aux retombées économiques attendues. Des solutions plus sages, plus adaptées au site et à l'attente des visiteurs curieux doivent être étudiées.

Il est heureux que la Région prenne conscience de l'importance de l'enjeu. L'ouvrage majeur de notre patrimoine historique régional a un besoin urgent d'être réhabilité, redynamisé, modernisé (avec mesure), rendu accessible et compréhensible par tous.

Il faut lui offrir un nouvel avenir en respectant son passé.

Jean-Michel Sicard

Le Peyrou à Montpellier entre dans une nouvelle ère urbaine

De l'Arc du triomphe à la place royale du Peyrou, le chantier de rénovation a duré 4 mois. Le résultat est saisissant : les pierres dégradées par le temps ont été restaurées ou remplacées par la pierre de l'Hérault, les pavages par la pierre de Pompignan devant les grilles de la promenade, tandis que la calade en galets généralement située au pied des maisons consulaires jouxte des dallages accessibles aux piétons et aux personnes à mobilité réduite.

Le tailleur de pierre montpelliérain Stéphane Cabanel, chef d'équipe

Plus loin, la place Giral - l'architecte Antoine Giral a achevé les travaux de l'avant-place Royale au XVIIIe s - a fait l'objet d'une revalorisation par la présence de bandes végétales sur l'îlot qui enserre la croix récemment parée de calcaire marbrier de Laurens avec le concours de la Confrérie des pénitents blancs.

la croix et ses marbres polis sur la place Giral, entrée repositionnée de la zone piétonne Ledru-Rollin

Plus spectaculaire encore, le pont Vialleton se voit doté de deux cages d'ascenseurs de verre  émergeant du mur de soutènement du Palais de Justice qui permettent de relier le tracé du tramway à l'axe majeur commerçant de l'avenue Foch, six mètres plus haut. La visite guidée du patrimoine historique de la ville assurée par Philippe Saurel maire de Montpellier fut très appréciée par les journalistes conviés deux jours avant l'inauguration du bouclage de la ligne 4, seule ligne circulaire. 

calade avantageusement remplacée par les dallages

Les conditions sont donc réunies pour que piétons, cyclistes et usagers des transports en commun apprécient l'ensemble historique le plus prestigieux de Montpellier désormais piéton, de la rue saint Guilhem, à l'avant-place Royale du Peyrou en passant par la Place Albert 1er, servi par la ligne 4 soit 1km200 de ligne.

D'autres travaux d'embellissement devraient intervenir à l'horizon 2017 -2018 sur les corps de garde et les murs d'échiffre.

un des deux corps de garde prévu à la restauration en 2017

Le château de Flaugergues tourné vers l'avenir

Montpellier est reconnu pour les joyaux de son patrimoine, les édifices classés monuments historiques sont légion dans la capitale héraultaise. Rejoignant la place royale du Peyrou et l'arc de triomphe érigé à la gloire de Louis XVI, l'Hôtel Saint-Comes du XVIIIe siècle qui abrite la CCI au cœur du centre-ville, la tour de la Babote vestige de l'enceinte fortifiée de Montpellier, le château de Flaugergues  vient de recevoir la distinction du Guide Vert Michelin 2016, bible de référence du tourisme, en lui décernant deux étoiles.

Flaugergues, classé il y a 30 ans  Monument Historique, a été transcendé en folie en 1696 par l'aïeul Etienne de Flaugergues : les jardins à la française, les cépages autour de cette folie, expression du raffinement à la française, s'étendent sur 40 hectares dont 32 consacrés à la viticulture. Henri de Colbert, comte de Flaugergues et actuel propriétaire du château, diversifie les activités qui génèrent beaucoup d'emplois pour assurer l'état de conservation des lieux : concerts, spectacles de théâtre, visites scolaires, réceptions et séminaires, son restaurant Folia, les visites Coulisses du château avec guide ou tout simplement Flaneries aux jardins - labellisés "Jardins remarquables" - sans accompagnateur et pour les amateurs de vins, le concept des Saveurs des vignes allie la visite et la dégustation des 5 vins du château.