Quand grands travaux riment avec archéologie

Les chantiers du CNM et du déplacement de l’autoroute A9. © Yannick Brossard, Oc’Via 

Menés de front, le chantier de dédoublement de l’autoroute A9 et le contournement ferroviaire de Nîmes et de Montpellier, n’ont pas été l’occasion que d’aménagements d’envergure et de prouesses techniques. En parallèle aux travaux étaient organisées, selon la législation en vigueur depuis 2001, des fouilles archéologiques préventives tout au long des tracés, impactant environ 1 200 ha. Des diagnostics posés par l’Institut National de Recherche et d’Archéologie Préventive (Inrap) entre 2008 et 2012 ont révélé une centaine de sites, du Paléolithique ancien à la fin du Moyen-Age, sur des zones explorées depuis trente ans (près de Nîmes, dans la plaine littorale entre Montpellier et Lattes ou sur les coteaux du Lunellois) mais aussi sur des secteurs méconnus, dans les Costières, la plaine de la Petite Camargue et de Mauguio. A la suite de ces diagnostics, balayant 300 000 ans d’histoire humaine du Languedoc oriental, 28 sites archéologiques ont fait l’objet d’une fouille préventive extensive entre septembre 2012 et juillet 2014. Ces chantiers d’ampleur et d’urgence – le temps était compté avant de redonner place aux travaux – ont mobilisé 170 archéologues sur plus de 32 ha, dans 14 communes du Gard et de l’Hérault.
Les vestiges qu’ils livrent sont à la hauteur du défi relevé. L’humain y apparaît, central, dans sa présence la plus reculée, près de Nîmes, sur un site du paléolithique inférieur sans équivalent régional, dans son habitat, ses modes de vie, ses activités quotidiennes tournées vers l’agriculture et l’élevage, ses rites funéraires. Eclairées sous de nouveaux jours par  ces fouilles, nos connaissances s’enrichissent, nos visions se renouvellent, à l‘exemple de celle, transversale, d’un habitat intercalaire peu connu en plaine, entre collines et lagunes. Une quinzaine de sites du néolithique illustrent « la précocité de l’impact anthropique ainsi que la densité des occupations humaines » selon la synthèse de l’Inrap, comme ces vestiges du néolithique final étudiés sur une grande surface et sur six siècles à La Cavalade près de Montpellier.

Aimargues, maison à pièce unique ©M.Couval, Inrap 

Une dizaine de fouilles mettant à jour chemins, cultures, parcellaires et établissements ruraux, « renseignent sur la construction et l’évolution du paysage antique », La Voie domitienne, grand axe de communication entre Rome et l’Espagne y apparaît à des chronologies différentes, avec ses relais, ses ateliers de potiers, ses ramifications, à Codognan ou Vergèze, ses survivances dans les cadastres et la campagne, près de Castries. On y envisage l’homme antique vivant, travaillant, priant. Un des plus anciens fours à chaux observés dans le Sud de la France (30 à 140 de notre ère) a été ainsi retrouvé à Baillargues. Les découvertes liées à l’activité viticole se sont multipliées, témoignant du poids de la viticulture dans notre région depuis l’Antiquité[1] : parcelles de vignes, chais, dolia, outils agricoles se dévoilent à Lattes, à Mudaison ou Aimargues.
Quant à la période médiévale, l’exploitation des vestiges renouvelle l’histoire d’un habitat rural méconnu et peu documenté, alors que plus de 90 % de la population vit à l’époque en campagne. Une villa suivie du Ve au XIIIe siècle près d’Aimargues, une manse, exploitation agricole à l’origine de nos mas, transformée peu à peu en village fortifié à Castries, fournissent autant d’exemples de la transition, observée sur plusieurs siècles, entre villa antique et village médiéval. De même, les archéologues ont pu suivre l’exploitation du terroir –le mot apparaît au Moyen-Age- sur de longues durées, à Mauguio (site de Lallemand) ou à Vergèze.
Les fouilles rigoureuses, presque austères, restituent parfois quelques objets nous emplissant d’émotion. Ici, un autel à Jupiter, là une tête de Silène, une serpette, une enseigne de pèlerinage font ressurgir la main de l’homme, ses croyances, sa pensée, ses outils.

     
           Autel figurant Jupiter, Lattes                                                                                     Serpette, Mauguio


Enseigne de pèlerinage, Castries

Ces fouilles préventives extensives de grande ampleur ne restent pas lettre morte auprès des publics, puisque l‘INRAP a décidé de partager ses découvertes avec le plus grand nombre. Appuyés par des conférences et des expositions, les chantiers archéologiques ont été ouverts à la visite, accueillant près de 3 500 visiteurs. Depuis le mois de mai, l’Inrap met en ligne, à la disposition du public, un atlas archéologique[2] très fourni, rassemblant synthèses, données précises sur chaque site fouillé et iconographie. Une exposition  au Musée Henri-Prades à Lattes, « Circulez, y a tout à voir ! » retrace les découvertes, reconstitue la vie quotidienne aux époques préhistoriques, antiques et médiévales. Ces temps, du plus lointain passé comme plus proches, resurgis … grâce à des travaux autoroutiers et ferroviaires du XXIe siècle.
Florence Monferran

Exposition du 17 mai 2017 au 5 février 2018
Infos pratiques : 
Site archéologique Lattara - Musée Henri Prades
390, avenue de Pérols
34970 Lattes
04 67 99 77 20
Sur réservation au 04 67 99 77 24 ou 04 67 99 77 26: Visites guidées, Tarif : 5 € par personne et Ateliers pour enfants (à partir du cycle 3) : Le labo du petit archéo, Tarifs : 3 € par enfant et par séance / 2,30 € par enfant et par séance, sur présentation de la carte Pass’Métropole
www.museearcheo.montpellier3m.fr

Photos: INRAP


[1] Voir l'article « La viticulture au cœur des découvertes archéologiques de l’Inrap » en rubrique Terroirs/vigne
[2] http://www.inrap.fr/atlas-archeologique-entre-nimes-et-montpellier-contournement-ferroviaire-et-12694

Les chimères du marquis de Castries

Charles Eugène Gabriel de la Croix, marquis de Castries (1726-1801), compte tenu de sa carrière, n'était sans doute pas un rêveur. Celui qui valut à l'armée française un de ses rares succès lors de la guerre de 7 ans (1756-1763), qui accéda au maréchalat et au ministère de la Marine ne devait pas se complaire dans le domaine de l'imaginaire. Pourtant, son souvenir est associé à un curieux monument à Montpellier : l'ex "fontaine des licornes", place de la Canourgue.



C'est une des plus anciennes de Montpellier. Elle doit son nom (en occitan canorga) à un bâtiment, habitation de chanoines (sens du mot occitan) chassés de Maguelone à une époque troublée et s'installant à Montpellier. La maison des chanoines fut détruite au XVIème siècle et au XVIIème, fut élevé l'hôtel de Belleval qui, en 1816, devint l'Hôtel de ville. Le "plan" (agrandi en 1860) ne comportait pas de monument au XVIIIème siècle. Or, lorsque l'aqueduc des Arceaux amena à Montpellier l'eau en abondance, il alimenta trois fontaines : une place de la Comédie, une place Chabanneau où une sculpture commémore toujours l'arrivée du précieux liquide et une "place des Etats du Languedoc". Qu'est-ce à dire ? Selon Barral (Les noms de rues à Montpellier, Espace éditions 1989), dans le renfoncement de la rue de la Loge face à la place Jean Jaurès, se situait l'église Notre Dame des Tables dont il ne reste plus que la crypte. L'église, si importante pour la vie du clapas, fut démolie en 1652 et, sur son emplacement devenu "place des Etats du Languedoc", s'éleva la troisième fontaine, "la fontaine aux licornes" ou "des chevaux marins" (sic).

Bien. Mais le marquis ? Cet homme d'épée entra dans l'armée à 13 ans. Il apprend son métier dans un régiment prestigieux, régiment du "Roi Infanterie". Il est lieutenant en 1742. Et lorsqu'éclate la guerre de 7 ans en 1756, il se guerroie aux Caraïbes, en Allemagne. Le marquis échappe à l'opprobre du désastre de Rossbach (1757). Car les puissances européennes s'affrontent en Allemagne. Face à une puissance prussienne menaçante (celle de Frédéric II) soutenue par l'Angleterre, sont liguées la Russie, l'Autriche et la France. En 1760, les anglo-prussiens visent le contrôle de la province de Hesse. Leur généralissime, Ferdinand de Brunswick, prend Kassel, Göttingen en bousculant les forces du maréchal de Broglie. Or, le 16 octobre 1760, à Klosterkamp (au nord de Düsseldorf), il se heurte aux 16 000 Français du "jeune marquis de Castries" (Voltaire, Précis du règne de Louis XV). Et Brunswick recule. L'exploit du marquis de Castries sera immortalisé par un bas relief évoquant ce combat et sculpté sur le socle de la "fontaine des licornes". On peut penser que fut alors ajouté le "putto" arborant une couronne de lauriers. Curieusement, l'inscription n'évoque pas le marquis de Castries.

Il était pourtant gouverneur de Montpellier et de Cette, baron des Etats du Languedoc, maréchal de camp (officier général). Menait-il une existence trop parisienne ? Et la fontaine, aux chimères (issues d'un monde idéal) ? Il faudra plus de place pour donner suite à l'histoire...

Hervé Le Blanche

 

 

 

Quel avenir pour le canal du Midi ?

L'année 2017 s'est ouverte sur les Assises du canal du Midi convoquées à Carcassonne  comme suite à la création du Comité de Bien du Canal. Il s'agit de définir la politique de la Région pour réhabiliter le canal du Midi.

Pourquoi ce bouillonnement et cette urgence à agir ?

Nous avons fêté en 2016 deux commémorations coïncidant avec l'an I de la région Occitanie. Le 350e anniversaire de l'Édit de création du canal signé par Louis XIV en octobre 1666.  Il a focalisé l'attention du public sur son concepteur et réalisateur Pierre Paul Riquet. Le 20eanniversaire de l'inscription du canal au Patrimoine mondial de l'Humanité en décembre 1996. Il nous ramène à la dure réalité. Cette reconnaissance universelle est-elle toujours méritée ?

La situation aujourd'hui.   

Il suffit de se déplacer le long du canal pour se rendre compte de la réalité de son délabrement. Le canal qui s'étale sous nos yeux depuis la disparition des platanes qui en assuraient l'attrait incontestable, souffre d'un demi-siècle de désintérêt et d'abandon. Nous en sommes tous responsables. Un constat et des explications :

  • Privé de toute activité marchande depuis 1960, défiguré par une mise à niveau technique avortée, on a envisagé jusqu'à son déclassement au profit de voies routières.
  • Entretenu a minima par son gestionnaire, il reste ouvert à la circulation des seuls bateaux de plaisance.
  • Faute d'entretien, les bâtiments historiques ont perdu leur caractère et ne sont plus que des fantômes pitoyables.
  • Les eaux sont polluées par les effluents et parfois les déchets déversés librement par les bateaux de plaisance, ses rives sont occupées par des barques abandonnées à demi-immergées.
  • Les ouvrages d'art témoins de son origine ne sont l'objet d'aucune mise en valeur ; aucune information ne les signale aux visiteurs.
  • Manque de respect de la part de certains riverains, utilisateurs et visiteurs.
  • Le chemin de halage envahi d'herbes folles, voie d'accès naturelle à ce musée vivant de plein air, est difficilement praticable.
  • Abandon pur et simple de certains ouvrages patrimoniaux de grand intérêt.

Qu'a-t-on fait depuis 1996 ? Rien, ou si peu. Notre orgueil légitime a fait long feu. Le mépris a perduré. Pire, on prive le chef-d'œuvre de ses attributs historiques en poursuivant la destruction de ce qui est considéré de nos jours comme inutile, sans être toutefois gênant.

On peut comprendre l'amertume et la déception de ceux qui ont œuvré et rendu possible son inscription par l'UNESCO, menacée aujourd'hui de déclassement.

Des projets de modernisation et leurs limites.

La Région va prendre en mains le devenir de cet immense voie d'eau. Il faut redonner au canal à la fois un intérêt économique, un attrait touristique et une reconnaissance forte de la valeur patrimoniale de ce chef-d'œuvre du Grand Siècle.

Les Assises et les Ateliers vont tenter de fixer les objectifs et les moyens. Les collectivités territoriales « mouillées » vont se pencher sur ce grand corps malade. Pourra-t-on obtenir un consensus quant au travail à faire d'urgence sur l'emprise actuelle du chantier ?

Et l'on voit poindre le projet d'une « vélo-route », sorte de voie rapide pour cyclo-touristes pressés. Tel qu'il est présenté, ce projet surdimensionné va engendrer des atteintes irréversibles au monument classé. Son coût sera disproportionné par rapport aux retombées économiques attendues. Des solutions plus sages, plus adaptées au site et à l'attente des visiteurs curieux doivent être étudiées.

Il est heureux que la Région prenne conscience de l'importance de l'enjeu. L'ouvrage majeur de notre patrimoine historique régional a un besoin urgent d'être réhabilité, redynamisé, modernisé (avec mesure), rendu accessible et compréhensible par tous.

Il faut lui offrir un nouvel avenir en respectant son passé.

Jean-Michel Sicard

Le Peyrou à Montpellier entre dans une nouvelle ère urbaine

De l'Arc du triomphe à la place royale du Peyrou, le chantier de rénovation a duré 4 mois. Le résultat est saisissant : les pierres dégradées par le temps ont été restaurées ou remplacées par la pierre de l'Hérault, les pavages par la pierre de Pompignan devant les grilles de la promenade, tandis que la calade en galets généralement située au pied des maisons consulaires jouxte des dallages accessibles aux piétons et aux personnes à mobilité réduite.

Le tailleur de pierre montpelliérain Stéphane Cabanel, chef d'équipe

Plus loin, la place Giral - l'architecte Antoine Giral a achevé les travaux de l'avant-place Royale au XVIIIe s - a fait l'objet d'une revalorisation par la présence de bandes végétales sur l'îlot qui enserre la croix récemment parée de calcaire marbrier de Laurens avec le concours de la Confrérie des pénitents blancs.

la croix et ses marbres polis sur la place Giral, entrée repositionnée de la zone piétonne Ledru-Rollin

Plus spectaculaire encore, le pont Vialleton se voit doté de deux cages d'ascenseurs de verre  émergeant du mur de soutènement du Palais de Justice qui permettent de relier le tracé du tramway à l'axe majeur commerçant de l'avenue Foch, six mètres plus haut. La visite guidée du patrimoine historique de la ville assurée par Philippe Saurel maire de Montpellier fut très appréciée par les journalistes conviés deux jours avant l'inauguration du bouclage de la ligne 4, seule ligne circulaire. 

calade avantageusement remplacée par les dallages

Les conditions sont donc réunies pour que piétons, cyclistes et usagers des transports en commun apprécient l'ensemble historique le plus prestigieux de Montpellier désormais piéton, de la rue saint Guilhem, à l'avant-place Royale du Peyrou en passant par la Place Albert 1er, servi par la ligne 4 soit 1km200 de ligne.

D'autres travaux d'embellissement devraient intervenir à l'horizon 2017 -2018 sur les corps de garde et les murs d'échiffre.

un des deux corps de garde prévu à la restauration en 2017

Le château de Flaugergues tourné vers l'avenir

Montpellier est reconnu pour les joyaux de son patrimoine, les édifices classés monuments historiques sont légion dans la capitale héraultaise. Rejoignant la place royale du Peyrou et l'arc de triomphe érigé à la gloire de Louis XVI, l'Hôtel Saint-Comes du XVIIIe siècle qui abrite la CCI au cœur du centre-ville, la tour de la Babote vestige de l'enceinte fortifiée de Montpellier, le château de Flaugergues  vient de recevoir la distinction du Guide Vert Michelin 2016, bible de référence du tourisme, en lui décernant deux étoiles.

Flaugergues, classé il y a 30 ans  Monument Historique, a été transcendé en folie en 1696 par l'aïeul Etienne de Flaugergues : les jardins à la française, les cépages autour de cette folie, expression du raffinement à la française, s'étendent sur 40 hectares dont 32 consacrés à la viticulture. Henri de Colbert, comte de Flaugergues et actuel propriétaire du château, diversifie les activités qui génèrent beaucoup d'emplois pour assurer l'état de conservation des lieux : concerts, spectacles de théâtre, visites scolaires, réceptions et séminaires, son restaurant Folia, les visites Coulisses du château avec guide ou tout simplement Flaneries aux jardins - labellisés "Jardins remarquables" - sans accompagnateur et pour les amateurs de vins, le concept des Saveurs des vignes allie la visite et la dégustation des 5 vins du château.