Quand "Cette" ne plaisait pas au touriste

Valéry Larbaud séjourna à Cette du 6 au 20 février 1914. Ce n'était pas, en "Septimanie", la ville selon son cœur et cela se ressent à la lecture de son Journal. Mais le rentier-écrivain qui vit l'Europe et la Russie dès son adolescence a accumulé des notations sur la vie à Cette avant la Grande Guerre -  Sète depuis 1928 - preuve d'un esprit curieux et d'un regard avisé. A défaut d'un réel enthousiasme.

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 Beaucoup de choses à Cette déplurent à Larbaud.

Dès le nom de la ville écrit, il mentionne le vent. Le vent qui l'assaille "dès la sortie de la gare", qui distrait un moment et qui finit par fatiguer. Car, "sortir, c'est comme en mer monter sur le pont du navire". Le vent "vous étouffe, vous barre la route, il rebrousse l'eau exaspérée des canaux"…"soulève et secoue les tentures noires et blanches des maisons où quelqu'un est mort". Le vent qui accumule dans les encoignures débris et immondices. Car il y a des aspects de Cette misérables et sales. Ainsi près du jardin public du Château d'eau, la rue de la Fraternité "très pauvre et misérable", comme les longues rues voisines, droites, tristes. De toute façon, pour le voyageur, Cette a "l'air d'un grand entrepôt sans ville qui lui corresponde". Et le flâneur hivernal, logeant au Grand hôtel - toujours au 17 quai de Bosc -  déplore qu'il n'y ait pas d'arbres plantés au bord des canaux.

Dans la cité animée par le commerce du vin, il note bien l'omniprésence des tonneaux sur les quais, en particulier ceux situés près de l'actuel pont de la Savonnerie. Mais le but, comme l'ampleur de l'activité lui échappent.

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Le canal ?

"Une avenue d'eau coupée de ponts", note sans plus celui qui, il est vrai, a vu Saint Petersbourg. Alentour, des maisons basses, le plus souvent grises, avec parfois des constructions à "grandes façades, des entrées à effet". Certes, mais où a-t-il vu ces "avenues de palais neufs", à frontons et corniches ? Le touriste remarque l'aspect curieux des bateaux de pêche groupés quai de la Consigne, avec leurs mâts drapés de filets bruns et qui, inclinés, semblent des porte-plumes fichés dans des encriers. Avec minutie, Larbaud note le singulier, le pittoresque. En temps de Carnaval, "il y a des masques et des tirs sur l'Esplanade" et surtout les mousses du Gabès se costument en diables noirs et les jeunes filles en mousses. Si ce n'était la chevelure, on s'y tromperait.

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Il a beau observer Cette à la lorgnette depuis Saint Clair, cela ne semble guère l'émouvoir. Et c'est quand il est obligé de prolonger son séjour qu'il parle de la rue Gambette où les "Isaac, Simon, etc…, sont bien adaptés au Roussillon" (!). Certes, les promeneurs sur les trottoirs semblent défiler en rang. Et ce n'est qu'à la fin de ses notes qu'il signale, pour le célébrer, "le marché qui fait honneur à Cette".

 Mais celui qui pouvait passer pour un riche amateur s'enthousiasmait pour les navires allemands, danois, les "lourds algériens". Et quand mugissaient les sirènes, il entendait l'appel au départ pour d'autres mondes.

 Hervé Le Blanche