Les doléances des gilets jaunes

 Ce qu'en pensent les citoyens

Après avoir recensé de façon quasi exhaustive les revendications qui circulent sur les ronds-points et sur les pages Facebook des Gilets Jaunes de l’Hérault, Thau-infos a proposé à ses lecteurs un sondage en ligne leur permettant de s’exprimer sur ces revendications et de les classer par ordre de priorité.  Cette enquête d'opinion s'est déroulée entre le 16 décembre 2018 et le 9 janvier 2019. Un seul vote était autorisé par internaute identifié par son adresse I.P .
Compte-tenu du succès rencontré par cette enquête d’opinion, avec 17.837 réponses, le résultat de la présente étude pourrait préfigurer ce qui ressortira du grand débat national que s’apprête à lancer le gouvernement.
Bien que portant sur un territoire limité, cette étude montre que les oppositions comme le pouvoir actuel ont intérêt à permette cette libre expression populaire au plan national et à ne pas chercher  à l’instrumentaliser à leur profit.

 

Conclusions

 L’extraordinaire taux de réponse à l’enquête d’opinion menée par Oc-infos montre l’intérêt des citoyens pour s’exprimer sur les revendications et propositions des « gilets jaunes ».

Les gilets jaunes sont toujours soutenus par plus de la moitié de la population et ce taux  remonte après les annonces sur le retour de la taxe d’habitation pour les classes moyennes et le lancement de la réforme de la fonction publique : d’après le baromètre oc-infos : 53% le 11 janvier contre 50% le 3 janvier.

Ce soutien perdure malgré les violences qui ont déjà occasionné une dizaine de morts sans compter ceux à venir qui vont résulter de la remontée de la mortalité routière suite à la mise hors services des radars par quelques excités. Il ne faiblit pas non plus malgré les dégradations, les pertes pour l’économie et les menaces que le mouvement fait peser sur l’emploi. Ce constat montre qu’une situation insurrectionnelle s’installe  dans le pays.

Pour éviter l’anarchie et les risques qu’une période révolutionnaire implique, il nous faut redonner du poids à la démocratie participative. Le salut ne viendra pas d’en haut. Dans le contexte actuel, le pouvoir descendant à sens unique ne peut que récolter la révolte ascendante.  Nos représentants ne sont pas tous pourris, beaucoup sont mêmes compétents et animés de nobles sentiments mais ils ne sont pas magiciens, pas plus que ceux qui, en embuscade, promettent la lune s’ils parviennent à les remplacer.

C’est au peuple de redéfinir le sens du bien commun et c’est au peuple d’identifier ce  à quoi tous les citoyens tiennent. Ce débat peut être une occasion inespérée de retrouver le sens du bien commun et de réussir pacifiquement la révolution qui s’annonce. Nous avons l’opportunité de redéfinir notre société et d’expliciter les raisons pour lesquelles nous formons un tout.

Cela implique que chacun joue vraiment le jeu. Le pouvoir comme les oppositions doivent comprendre que les antagonismes simplistes ne mènent à rien. Des gens convaincus de détenir à eux seuls la vérité seraient de piètres acteurs d’un théâtre tragique : des méchants qui refusent aux gentils ce à quoi ils pensent avoir droit, des décideurs qui jugent le peuple trop ignare pour comprendre où se trouve son intérêt, des affreux qui sentent le soufre, avec lesquels on ne peut dialoguer et qu’il faut envoyer au goulag. Il ne suffit pas d’avoir raison pour imposer son point de vue. Il faut pouvoir le confronter à d’autres et le soumettre à l’épreuve du débat pour qu’il devienne un élément du socle commun des idées et des valeurs à partager. La décision condescendante qui vient d’en haut n’a pas plus sa place dans un tel débat que le «  y a qu’à, faut qu’on » si répandu chez les démagogues et les irresponsables civiques.

De même, recueillir l’assentiment de la majorité ne donne pas le droit d’ignorer voire d’opprimer la minorité. Notre idée du vivre ensemble et du lien social ne repose pas que sur des lois et des règles fiscales, elle suppose l’adhésion à des valeurs communes et à des principes comme le respect de l’autre ou l’acceptation du pluralisme politique.

Le peuple est parfaitement capable de croiser les points de vue et de fertiliser les idées des uns et des autres. Si le débat annoncé est mené avec l’aide d’élus transparents et d’experts capables d’apporter un éclairage de réalisme, le peuple de France saura retrouver et définir le sens du bien commun pour ne pas avancer en arrière.

Prompt à s’indigner et à s’opposer à l’injustice, le peuple de France n’est cependant pas idiot et ne s’engagera pas dans une voie qui l’amènerait vers des lendemains qui déchantent. Si son génie l’amène parfois à rêver l’utopie, il a su démontrer dans son histoire que rêver à plusieurs est souvent le début de la réalité.

Jacques Carles – Jean-Marie Philipon

 

cliquez sur ce lien pour
télécharger l'étude complète

 


 

   

 Principaux enseignements

 Les 8 thèmes reflétant les préoccupations des citoyens tels qu’elles ressortent de cette enquête recoupent bien les sujets mis en avant par les grands medias nationaux mais leurs importances relatives montrent aussi quelques surprises. Ainsi  le pouvoir d’achat est certes un sujet prioritaire pour les participants à cette évaluation mais le fonctionnement de l’État, la fiscalité et les inégalités sont des thèmes jugés plus importants encore. L’éducation, la santé, le social, l’environnement et l’immigration nourrissent également le débat mais à un degré moindre qu’attendu. Enfin, de façon surprenante, l’économie et l’emploi sont peu mis en avant alors qu’ils ont des implications fortes sur tous les sujets abordés et notamment le pouvoir d’achat

 Les thèmes et leurs importances relatives
(Base statistique : 17.837 réponses)

fonctionnement de l'état 24%
fiscalité et inégalités 22%
pouvoir d'achat 16%
aménagement du territoire 11%
éducation, santé, social 8%
environnement 7%
immigration 6%
économie et emploi 6%
___

 

100%

 Principales préoccupations

La présente analyse porte sur les 83 revendications (ou propositions) qui ont recueillies, pour chaque thème, au moins 1%  des votes.
Ces revendications ou propositions peuvent, pour certaines, paraître contradictoires, incompatibles, sectorielles ou encore irréalistes mais la pondération qui en est faite par l’échantillon populaire que représentent les lecteurs de Thau-infos, conduit malgré tout à une vision rationnelle des français pris dans leur ensemble.

Fonctionnement de l’État

Les français souhaitent un fonctionnement de l’État beaucoup plus transparent et plus sobre de l’ensemble des institutions. Ils demandent de façon récurrente une diminution significative du nombre des élus.

Par ailleurs, un escalier se balayant en commençant par le haut, ils exigent un comportement exemplaire des élus et des hauts fonctionnaires et un encadrement de leur rémunération. Ils souhaitent enfin remettre en cause plusieurs de leurs avantages considérés comme des privilèges. 

Fiscalité et inégalités

Au delà d’un rejet de la pression fiscale, l’enquête montre que les inégalités de traitement devant l’impôt constituent une forte cause du mécontentement actuel. C’est aussi une des raisons de l’affaiblissement préoccupant de la cohésion sociale.

Comme on pouvait s’y attendre, le rétablissement de l’ISF apparaît comme une demande forte mais elle n’intervient néanmoins qu’en troisième position après l’exigence d’une imposition des GAFA opérant en France et  d’une répression accrue de la fraude fiscale, notamment celle des ultra-riches (ceux du « 1% »).

L’enquête fait également ressortir une demande de progressivité pour l’imposition des entreprises au profit des PME, TPE et artisans.

Par ailleurs le souhait d’une solidarité plus forte envers les plus faibles et notamment des personnes handicapées transparait dans certaines des mesures plébiscitées.

 Pouvoir d’achat

Le prix des carburant à l’origine du mouvement des gilets jaunes reste une préoccupation mais les revendications principales portent à présent sur des mesures plus globales comme l’Indexation des salaires, des retraites et des allocations sur l’inflation ou encore l’instauration d’un minimum mensuel de 1250 euros net pour les retraites, les pensions de réversion et les pensions des handicapés. De nombreuses demandes catégorielles sont par ailleurs exprimées notamment en faveurs des personnels de santé  et du secteur de l’aide à la personne. Enfin il est demandé aux banques de modérer les frais bancaires et plus particulièrement les agios pour les découverts.

Aménagement du territoire et infrastructures

Pour l’essentiel, l’enquête fait ressortir les préoccupations de la France « rurale » : mettre fin à la fermeture des écoles, des bureaux de poste, des maternités, des  petites lignes ferroviaires.  Nombre de citoyens exigent par ailleurs  la fin de la vente des « biens de la République » comme par exemple les aéroports.  Le « racket » des sociétés d’autoroute est également fortement dénoncé et beaucoup souhaitent que l’argent des péages aille à l’entretien des routes et à la sécurité routière.  Enfin beaucoup souhaitent que soit privilégié le commerce de centre-ville plutôt que les centres commerciaux périphériques.

Education, santé, social

Les réponses sur ce thème reflètent la population vieillissante du bassin de Thau avec son taux élevé de retraités : davantage d’infirmières et d’aides-soignantes dans les hôpitaux et les cliniques, traiter humainement les personnes âgées, etc.  En matière d’éducation l’accent est mis sur l’encadrement (25 élèves l’effectif par classe de la maternelle à la terminale) et à la formation des plus modestes.

Environnement

Développer le transport de marchandises par rail est la mesure la plus souvent mentionnée suivie de la taxation des transports aériens et maritimes (malgré la difficulté probable d’appliquer une telle taxation sans un consensus international). Deux autres actions sont fortement préconisées : d’une part l’augmentation des aides à la reconversion vers les énergies renouvelables et d’autre part le lancement d’un plan d’isolation des logements.

Immigration

 Le sujet divise les français au plan national et l’analyse du sondage mené pour cette étude montre qu’il en est de même en pays de Thau. Toutefois un consensus semble se dégager : limiter sérieusement l’immigration  mais dans le même temps  bien traiter les demandeurs d’asiles acceptés avec une réelle politique d’intégration : cours de langue française, d’histoire de France, éducation civique, école pour les mineurs, logement, etc. Un renforcement de la l’action au plan international est par ailleurs souhaitée pour supprimer les causes des migrations forcées et pour que des camps d’accueil soient ouverts de par le monde pour les demandeurs d’asile en attente de l’instruction de leur dossier.

Economie et emploi

Peu de doléances liées à l’économie et à l’emploi si ce n’est indirectement au travers des revendications et propositions des autres thèmes abordés. Toutefois quelques points montrent clairement que ce sujet n’est pas évacué avec des demandes précises : favoriser les circuits courts, protéger l’industrie française en pénalisant les entreprises qui délocalisent, limiter davantage le recours aux CDD et favoriser les CDI,  etc.

» télécharger l'étude complète pour obtenir les chiffres détaillés

 

 

Verbatim

Parmi les commentaires recueillis par Thau-infos dans le cadre de cette enquête, oralement ou par email, les quelques exemples ci-dessous illustrent l’état d’esprit de ceux qui expriment des doléances sur les ronds-points ou sur les réseaux sociaux.
 

Fonctionnement de l’état

« Le cas Chantal Jouano révèle, s'il en était besoin, l'existence de ces organismes, dont l'efficacité première n'apparaît pas, mais qui permettent à certains de toucher de confortables rémunérations. Ce sont des fromages, nourris au lait du troupeau qu'on traite sans vergogne et qu'on tond allègrement. R.F. : République Fromagère »

« La vraie démocratie serait de revenir à une représentation proportionnelle dans toutes les assemblées élues, en particulier à l'assemblée nationale. ».

« Il est pas acceptable que les politiques, droite comme de gauche, vivent comme des rois, alors qu'une grande partie de la population se serre la ceinture. Ça suffit ! »

« Nous avons réduit le nombre de régions et de cantons, nous avons regroupé les communes, nous avons créé des agglomérations, etc. Sur le principe c’est bien sauf que, au global, le nombre d’élus n’a pas diminué pour autant : il a même augmenté. En France le nombre d’élus dépasse à présent les 600.000, soit environ 1 mandat électif pour 100 habitants y compris les bébés. Est-ce bien raisonnable de payer autant de monde pour nous gérer ? »

« Ne pourrait-on pas vendre l'Hôtel de Région pharaonique que Georges Frêche a construit à Montpellier puisque la région Languedoc-Roussillon a disparue après sa fusion avec Midi-Pyrénées? -Cela pourrait financer des maisons de retraite. »

 

Fiscalité et inégalité

« A quand la chasse aux patrons voyous qui abusent du travail au noir et ne payent pas les cotisations sociales...des milliards d'euros... qui sont les parasites de la société ? »

« la fraude, l’évasion fiscale et la défiscalisation abusive doivent être sévèrement combattues. »

« On parle de justice fiscale mais je n'ai jamais entendu qui que soit soulever ce problème de l'impôt sur l'impôt qu'est la CSG. Prenez votre bulletin de paye et regarder les 2 zones revenu imposable de l'année et montant imposable du mois. On déclare plus aux impôts que ce que l'on gagne mensuellement. Artifice fiscal : on paye un impôt sur une partie de la CSG qu'on nous retire et donc sur de l'argent que l'on ne touche pas ! Commençons par payer nos impôts sur ce que l'on gagne réellement. »

« Plutôt que de baisser la TVA, ne faudrait-il pas être beaucoup plus sélectif : baisser fortement la TVA pour les produits courants et les produits locaux mais à l'inverse augmenter la TVA sur les produits de luxe dont beaucoup sont importés de pays exploitant leurs travailleurs et parfois même les enfants. »

" On ne paye plus les intérêts de la dette et pendant dix ans on ne paye plus la dette. Ils se sont assez gavés. Nos écoles, hôpitaux, etc. Retrouveront une belle santé. Et les très riches se trouveront raccourcis de quelques mètres de bateaux, quelques hectares à Saint-Tropez. Si rien n’est fait, le raccourcissement risque bien d’être un peu plus physique… Historiquement, 230 ans entre les révolutions, c’est un compte rond."

 

Pouvoir d’achat

« Il faut faire respecter la loi fixant les salaires minima. Dans certains métiers, il existe encore des personnes qui ne touchent même pas le SMIC et travaillent à temps plein pour une rémunération qui les laisse en dessous du seuil de pauvreté. »

« Les retraité en ont marre d’être ciblés pour financer la gabegie de l’état »

« Le gouvernement veut remettre la taxe d’habitation pour le riches… Selon lui être riche commence à 2500 euros par mois… J’aimerai bien qu’on s’occupe des vrais riches : ceux qui représentent le 1% ou le 0,1% dans l’échelle des revenus »

 

Aménagement du territoire

« Les péages d’autoroute ne cessent d’augmenter sans raison valable autre que celle de faire des bénéfices.  On devrait les obliger à réinvestir l’argent gagné sur notre dos pour améliorer les petites routes »

« L’état devrait obliger les sociétés d’autoroute à financer la  lutte contre l’insécurité routière.»

« J’ai 2h30 de trajet par jour, et 200 € par mois de gasoil. Ce n est pas moi qui ai décidé de m’installer loin de mon travail, c’est mon employeur qui a déménagé, ne me laissant aucun choix. »

« Je ne peux plus faire mes démarches administratives : la mairie, les impôts, la poste sont tous fermés à l’heure de mon retour du boulot. »

« Réaménager les territoires aiderait à régler le problème du pouvoir d'achat et d’environnement : si le travail et les services publics se trouvaient reparti sur tout le territoire, nous réduirons notre consommation de gasoil et nous polluerions moins. »

«  Si les commerces et les services publics ne fuyaient pas nos villages, nous ne serions pas obligés de faire 30 km pour aller faire nos achats ou régler nos problèmes administratifs. »

 « Médecins et spécialistes, ne veulent pas venir en campagne, mais si nos gros villages de 5.000 habitants étaient dotés des mêmes services et commerces, qu’en ville, ils viendraient s’installer. La clientèle est là : par exemple, il faut quasiment un an pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmo à 25 km de chez moi, »

Social, santé, éducation

« Les prestations du chômage ne sont pas des aides sociales mais des droits acquis et cotisés mensuellement par le salarié et son employeur contrairement au RSA.»

« Il y a un moment, quand on a plus rien à perdre où si peu ... ou on se laisse mourir, ou on se bat. J'ai fait mon choix. »

 

Environnement

« L'énergie doit faire l'objet d'un grand projet national: recherche dans les énergies nouvelles, éoliennes, solaires, etc. et résoudre le problème du nucléaire risqué et cause de prolifération d’éléments radioactifs dans la nature. »

 

Immigration

« On est plus chez nous… »

« Les immigrés sont une richesse s’ils s’intègrent… »

« Nous sommes pour  beaucoup des descendants d’immigrés, il faut bien traiter les  réfugiés et en faire des français comme nous : ceci n’est possible que s’ils ne sont pas trop nombreux ».

« On en a marre de s’agenouiller devant les islamistes.»

 

Economie et emploi

"Travailleurs détachés : il est anormal qu’une personne qui travaille sur le territoire français ne bénéficie pas du même salaire et des même droits. Toute personne étant autorisée à travailler sur le territoire français doit être à égalité avec un citoyen français et son employeur doit cotiser à la même hauteur qu’un employeur français. »

« Il y a des patrons et des administration qui ne fonctionnent qu’avec des CDD ou des intérimaires : personne ne dit rien. »

« Trump a réussi a garder les emplois chez lui, pourquoi pas nous ? Sommes nous trop bons trop cons ?»