Requins de Méditerranée en crise

Plus de la moitié des espèces de requins et de raies de Méditerranée sont considérées comme en danger d’extinction, pourtant la majorité d’entre elles ne sont pas protégées

Le 14 juillet 2019, à l’occasion de la journée mondiale des requins (Shark Awareness Day), le World Wildlife Fund (WWF ou Fond Mondial pour la Nature), au travers de sa délégation méditerranéenne (Mediterranean Marine Initiative) a publié un nouveau rapport en anglais sur les requins de Méditerranée appelé “Sharks in crisis : a call to action for the Mediterranean” soit les requins en crise : un appel à l’action en Méditerranée. L’association Ailerons ayant été auditée concernant la façade maritime française, nous revenons pour vous sur ce rapport et apportons quelques compléments d’informations concernant notre côte.

Shark, Great Barrier Reef, Underwater

 Requins et raies : des espèces en danger en Méditerranée!

Les requins font partie de la classe taxonomique des chondrichtyens que l’on nomme également poissons cartilagineux. Il existe deux grands groupes de chondrichtyens, celui des élasmobranches comprenant les requins, les raies et celui des holocéphales comprenant uniquement les chimères. Ils jouent un rôle vital dans les écosystèmes marins et constituent un indicateur de l’état général de l’environnement. Considérés comme des apex prédateurs (ou superprédateurs), ils assurent la stabilité de la chaîne alimentaire et le bon fonctionnement global de l’écosystème marin méditerranéen. Quant aux raies et petits requins, ils entrent en jeu dans la complexité de l’écosystème benthique du fond marin. Les espèces pélagiques de faibles niveaux trophiques comme les diables de mer  ou le requin pèlerin permettent (à l’instar des mammifères marins) le transfert de nutriments et d’énergie depuis le fond des océans jusqu’à la surface.
Les requins et les raies se caractérisent pour la plupart par une croissance lente, une maturité sexuelle tardive, une longue durée de gestation et une faible fécondité. Ces composantes ont certainement été des facteurs favorables à leur incroyable adaptation à leur milieu mais désormais, à l’ère de l’Anthropocène  et de la sixième extinction massive, ces mêmes composantes expliquent aussi leur extrême vulnérabilité et le déclin des populations de Méditerranée.

Avec 664 espèces et un fort taux d’endémisme, la mer Méditerranée est considérée comme un hotspot de la biodiversité. Plus de 80 espèces faisant partie de la classe des chondrichtyens y ont été décrites et 73 d’entres sont considérées comme résidentes. Or 80% des stocks de poissons de Méditerranée sont considérés comme étant surexploités et cela touche tout particulièrement les poissons cartilagineux. Près de 10 ans après un premier rapport alarmant (c’était en 2007), l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) délivrait le Lundi 5 décembre 2016 un rapport précisant la nouvelle évaluation régionale du statut de conservation (liste rouge) des poissons cartilagineux (requins, raies, chimère) en mer Méditerranée (lien du rapport UICN, 2016). Ce rapport statuait qu’après dix ans, la situation des requins et raies de Méditerranée avait empiré malgré la sonette d’alarme tirée par le comité d’experts internationaux. Depuis, il n’y a pas eu de nouvelles évaluations du statut de conservation des chondrichtyens en Méditerranée. Et pour ce qui est des côtes françaises, le dernier rapport d’évaluation de l’état des populations de requins et de raies date de 2013.

Ainsi, il est aujourd’hui considéré par les experts de l’UICN que 53% des espèces de requins et de raies de Méditerranée sont menacées d’extinction (statuts En danger critique, En danger et Vulnérable). Avec 6 nouvelles espèces classées En Danger Critique d’Extinction et 2 espèces classées En Danger, il y a eu une augmentation du taux d’espèces menacées de 15% en 10 ans. Si l’on s’intéresse aux 1 004 espèces de poissons cartilagineux évaluées dans le monde par l’UICN global, c’est tout simplement un taux d’espèces en danger 3 fois supérieur. Alors qu’au niveau mondial, 2% de la population des requins et des raies sont classés “En danger critique d’extinction”, ce taux est de 27% en Méditerranée avec 20 espèces concernées (soit 25% supérieur!).

Les espèces de requins les plus menacées de Méditerranée sont le requin bleu (Prionace glauca), le requin-marteau commun (Sphyrna zygaena), le requin mako (Isurus oxyrinchus), le requin taupe commun (Lamna nasus), le requin taureau (Carcharias taurus), le requin féroce (Odontapsis ferox), le squale chagrin commun (Centrophorus granulosus), la centrine commune (Oxynotus centrina) et les anges de mer (Squatina aculeata, S. oculata, S. squatina).

Les espèces de raies les plus menacées de Méditerranée sont la raie-papillon épineuse (Gymnura altvela), la raie aigle vachette (Pteromylaeus bovinus), le poisson scie tident (Pristis pectinata), le poisson-scie commun (Pristis pristis), le pocheteau gris (Dipturus batis), la raie circulaire (Leucoraja circularis), la raie chardon (Leucoraja fullonica) et la raie maltaise (Leurcoraja melitensis).

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