Accusations

C’est fou ce qu’on trouve en ce moment de procureurs et dénonciateurs divers et variés. C’est à qui dénoncera telle pratique ou telle corporation. Derniers en date à être montrés du doigt et du bras vengeur : les pêcheurs plaisanciers dans les canaux et en mer, chasseurs sous-marins compris. Ifremer les accuse de vider la mer de ses poissons ! Nos braves pescofis n’en reviennent pas. Les voilà mis au rang des gros chalutiers et de leurs immenses filets. On pourrait en rire mais les plus avertis voient là un prélude à l’instauration du permis de pêche en mer. Jusque là gratuit, cette pêche échappait à l’onéreux permis qui, depuis toujours, frappe les pêcheurs en rivières et en lacs. Déjà, l’amarrage des petits bateaux dans les canaux, gratuits jusque la; est en train de devenir payant. Gratuité est un mot qui hérisse les gouvernants.

Autre cible à la mode : les maires accusés de trop construire et de favoriser les promoteurs. En cette période pré-électorale, c’est même l’argument favori des opposants candidats au fauteuil si convoité de premier magistrat. Souvent, ce sont les mêmes qui militent pour le droit au logement. J’ai bien aimé la réflexion de la pétulante Marion Devineau, sétoise qui a inventé le soutien critique à la majorité dont elle est l’élue : « Ils râlent contre le béton, mais veulent accueillir toute la misère du monde. Ils envisagent comment, alors… Des tentes pour tous, des camping-cars ? » On ne saurait mieux dire… …

Bernard Barraillé

O Sole Mio !

Du 13 au 18 mai, la Semaine Européenne du Solaire a été célébrée un peu partout, parfois même sous la neige. Partout, sauf en pays de Thau où un ensoleillement supérieur de 35 à 50 % à celui du nord de la France ne semble intéresser que les touristes.

En Allemagne, l’industrie solaire emploie déjà 150.000 personnes. En 2020, la puissance photovoltaïque installée outre-Rhin sera de 52 GW, contre seulement 5 GW en France

La France dispose pourtant d’un potentiel exceptionnel et de nombreux savoir-faire. Dès les années 1970 les fours solaires de Mont-Louis et d'Odeillo dans les Pyrénées ont servi de modèles dans le monde entier. Aujourd’hui encore nos industriels sont en pointe. La société française Air Liquide développe des gaz silanes capables d’augmenter significativement le rendement des cellules photovoltaïques. Tout près de nous, à Montpellier, la Compagnie du Vent déjà pionnière dans l’éolien est également une référence dans les champs solaires capables de valoriser nos friches et nos garrigues.

La compétitivité du solaire augmente à une vitesse extraordinaire. Le prix du silicium a baissé de 40% sur la seule année 2012. First Solar un des leaders mondiaux de fabrication de panneaux solaires annonce un rendement record pour ses nouvelles  cellules à base de tellurure de cadmium. Les projets jugés encore non rentables il y a peu le deviennent.
Aujourd’hui First Solar estime que la fabrication de panneaux photovoltaïques est une activité non seulement possible mais lucrative en Europe. Avec son partenaire EDF Énergies Nouvelles, elle avait proposé de construire la plus grande usine de panneaux photovoltaïques de France. Ce projet a été abandonné en 2012 à la suite de changements dans la politique du Gouvernement français en matière d'énergie solaire. Du coup First Solar double la capacité de son usine en Allemagne, laquelle emploie plus de 1.200 personnes.

L'essor du solaire est inéluctable mais comme le dit Bertrand Piccard, le créateur de l'avion Solar Impulse : « Les gens n'aiment pas qu'on les oblige à se réinventer. Pourtant, ceux qui vont réussir sont ceux qui y parviendront. Ceux qui produiront l'énergie et les solutions énergétiques de demain ne sont pas ceux qui la produisent aujourd'hui ».

L’énergie solaire peut créer des emplois de qualité dans toute la filière : la recherche, la fabrication, l’installation et la maintenance des systèmes solaires.

Le pays de Thau a des atouts indéniables pour tirer parti de cette transition énergétique à venir? Le fera-t-il ? C’est une question de politique au sens étymologique du terme, c’est-à-dire une volonté des citoyens et de leurs élus.

« La maison tournée vers le soleil est chauffée la première » dit le proverbe. Il est temps de s’en souvenir.

Jacques Carles

Informer autrement, influencer positivement

Chaque soir le journal télévisé ouvre sur un fait divers, révoltant ou scabreux. Le présentateur vedette enchaîne ensuite sur la catastrophe du moment qui sera oubliée quelques jours après pour laisser la place  à une autre catastrophe, à  la crise, aux scandales, aux malversations supposées de tel ou tel homme politique, aux attentats, etc..

L’information négative est tout autant à la une de nos journaux locaux : une dame de 84 ans agressée à Montpellier, des jeunes caillassent un bus à Frontignan, un SDF poignardé à Sète …

L’information négative est la règle. Bonnes nouvelles, pas de nouvelles ! Les médias sécrétent jour après jour la sinistrose, la morosité voire l’angoisse. Ils privilégient le subjectif et le spectaculaire. Cette information neurasthénique et superficielle mine notre société. Les français n’ont plus le moral. Des peurs irrationnelles s’installent, la consommation est en berne. Les entrepreneurs hésitent à investir. Le chômage monte. Le repli dit identitaire fait des ravages. La France doute d’elle-même.

Si la critique constructive est utile, les pisse-vinaigre font rarement avancer les choses. Alors plutôt que de mettre le projecteur sur les assassins, parlons des héros du quotidien. Plutôt que d’offrir une tribune aux illuminés ou aux fanatiques, donnons la parole à ceux qui réfléchissent aux grands enjeux de l’humanité et qui ont des propositions à faire. Plutôt que de mettre l’accent sur les problèmes, intéressons-nous aux solutions concrètes pour les résoudre.

La grande majorité de nos concitoyens sont des gens biens qui méritent considération. Il n’existe aucun être humain qui n’ait pas au moins une qualité. Alors positivons l’information. Parlons d’initiatives, d’idées, de  projets, de succès. C’est ce que nous cherchons à faire sur Thau-info, sans angélisme mais avec une conviction : plutôt que de mettre en lumière le sordide ou l’incivisme, il est préférable de promouvoir ce qui a valeur d’exemple.

Nombreux sont nos lecteurs qui nous aident en ce sens et nous remontent l’information positive de leur ville ou de leur village, de leur entreprise ou de leur association. Nous les en remercions et nous souhaitons qu’ils continuent longtemps à le faire.

Privilégier l’information positive, c’est inciter chacun à s’impliquer, à être acteur et à jouer un rôle utile.

Jacques Carles

La culture, élément clé de la politique publique ?

Selon une étude, la valeur de la Tour Eiffel est estimée à 434 milliards d’euros, soit 1/5ème du PIB de la France. Cette estimation prend en compte des critères tels que son image, son attractivité et son impact sur l’économie en général.

Ceci montre que le patrimoine culturel est un levier économique puissant. Autre exemple, à Metz, avec l’ouverture de l’antenne lorraine du Centre Pompidou, les commerces et les restaurants sont en plein boom. Exactement comme à Bilbao en 1997 avec l’ouverture du musée Guggenheim qui a généré 45.000 emplois dans les dix ans qui ont suivi son ouverture.

Investir dans la culture est aussi rentable. Pour 1 euro de dépenses de fonctionnement du Château de Versailles, les retombées économiques sont de plus de 23 euros. Mieux que le tiercé !

Au-delà des musées et des monuments, une véritable politique d’investissement culturel doit aussi s’intéresser à l'ensemble des entreprises produisant des biens culturels ou issues de la créativité intellectuelle : musique, films, télévision, radio, jeux vidéo, livre, médias numériques et nouvelles technologies, design, gastronomie, etc.

La Chine prévoit déjà qu’en 2020 le chiffre d’affaires de ses industries culturelles atteindra 10% de son PIB. En Allemagne, le Centre Européen pour l’Economie Créative, en plein cœur de la Ruhr industrielle, prépare l’avenir de l’économie immatérielle. Des “hubs culturels” fleurissent un peu partout en Asie et en Amérique. Au Moyen-Orient, l’émirat d’Abou Dhabi aménage l’île de Saadiyat en un gigantesque complexe touristico-culturel, avec le musée Guggenheim Abou Dhabi, le Louvre Abou Dhabi, un musée maritime, des salles de spectacles, des studios d’enregistrement, etc.

On le voit aujourd’hui la compétition est mondiale pour attirer les touristes mais aussi les entreprises et les cerveaux qui créeront bien plus d’emplois de qualité que n’importe quelle marina géante.

A l’heure où le conseil général de l’Hérault réduit le budget de la culture quand nos voisins font le choix inverse, il serait intéressant de connaître les programmes en la matière de nos futurs candidats aux élections municipales de 2014

Que représente pour eux la culture en Languedoc-roussillon ? Nombre de nos élus en ont compris l’importance et agissent déjà dans le bon sens mais peut-on aller bien au-delà ? Comment nous différencier et favoriser ici un véritable essor des industries créatives ? Quelles sont les synergies innovantes qui s’offrent à nous à la croisée des arts, du terroir et de l’activité portuaire ? Bref, au-delà de l’incontournable tourisme et de la plaisance, quelles sont les idées neuves des candidats pour créer de la richesse et de l’emploi ?

La campagne électorale est déjà bien lancée. Les états-majors des candidats tiennent réunion sur réunion mais, pour l’heure, nous ne faisons pas partie des convives invités à leurs tables. Et pour cause, nous sommes au menu.

Jacques Carles

Franchise

Accoudé à la rambarde du Pont de la Civette, Maurice Clavel contemplait des hommes qui, arseillère en mains, draguait les coquillages au fond du canal. Il était descendu dans le Sud pour voir son père retiré à Balaruc et se remettre du tapage causé par son spectaculaire départ d’une émission de télé où il avait lancé son désormais fameux « Messieurs les censeurs, bonsoir ». Cela en raison d’une coupure par les producteurs dans un film qui devait précéder le débat.

Soudain, au milieu d’un échange banal, il me confia : « Tu sais, les milieux parisiens que je suis obligé de fréquenter me fatiguent énormément. Ici, dans mon triangle familial Balaruc-Sète-Frontignan, je revis. Ici, les gens parlent vrai et te disent ce qu’ils pensent, sans fioritures »

Cette confidence m’est revenue en mémoire à la lecture des réactions au précédent édito sur le sort fait aux femmes dans les siècles passés. Notre boite à lettre électronique a explosé de commentaires exposant les réticences de beaucoup devant la libération féminine. Plus ou moins machistes, ces commentaires ont eu, pour le moins, le mérite de nous rappeler que le deuxième sexe n’a pas encore gagné dans sa course à l’égalité.

Mais l’essentiel est que nos internautes aient pu dire franchement ce qu’ils pensent !

Bernard Barraillé

Égalité

Les femmes ont été à l’avant-garde du combat du mariage pour tous et toutes. Ce n’est qu’une étape dans la longue lutte qu’elles mènent depuis des siècles pour s’affranchir de la dictature des males.

Quelques textes anciens pour rappeler d’où elles viennent :

« La nature crée seulement des femmes quand elle ne peut créer des hommes ». La femme est, par conséquent, un homme inférieur. « Aristote IV° siècle avant J.C.

« Que les femmes soient silencieuses dans les églises, parce qu’il ne leur est pas permis de parler. Si elles veulent être instruites sur un sujet quelconque, qu’elles demandent à leur mari. Saint Paul, an 67 après J.C.

« Les enfants, les idiots et les femmes n’ont pas la capacité d’effectuer des négoces ». Henry VII, roi d’Angleterre, chef de l’Église anglicane. (XVI° siècle)

« Les hommes sont supérieurs aux femmes parce que Allah leur a octroyé la supériorité sur elles. Les maris qui souffriront de la désobéissance de leurs femmes peuvent les châtier et même les frapper. » Le Coran

« La pire étiquette que peut avoir une femme, c’est d’être savante » . Luther

Quel long chemin parcouru pour obtenir respect et liberté. Et le but n’est pas encore tout à fait atteint…

Bernard Barraillé

Il n’est de richesses que d’hommes

Beaucoup voient dans le tourisme la panacée pour l’avenir du Languedoc-Roussillon. 

Certes les bienfaits du tourisme ne sont plus à démontrer en terme d’emplois et de revenus, mais est-ce bien raisonnable de mettre tous ses œufs dans le même panier ?

Le tout tourisme a aussi ses effets négatifs.
Une bonne part des coûts des infrastructures et des services liés au tourisme est supportée par ceux qui ne tirent aucun avantage de cette activité.
Outre les taxes et les impôts locaux qui s’accumulent, les habitants doivent faire face à l’augmentation des loyers ou du prix du foncier, ils doivent s’accommoder du trafic automobile étouffant et de l’impact de plus en plus visible de la pollution sur terre comme sur mer.
Les emplois créés pour les locaux sont généralement des emplois peu qualifiés, souvent précaires tandis qu’une bonne partie des sommes investies pour developper les infrastructure échappent aux populations locales et vont simplement grossir les profits de sociétés étrangères à la région.
Enfin la concurrence pour l’usage du sol entre l’agriculture et tourisme provoque une augmentation des prix qui rend la terre inaccessible aux producteurs locaux.
Dans leurs projets, certains confondent l'industrie des hôtels et des congrès avec le vrai tourisme, celui qui motive un voyage de vacances ou un long week-end. D’autres ne rêvent que de marinas géantes ou d’implanter un de ces éléphants blancs dont la France a le secret.
Sous le faux prétexte de développement économique le risque est grand de ne voir au bout du compte qu’une simple politique de bétonnage et de création de structures artificielles.

Alors, oui, développons le tourisme mais de façon raisonnable.
Ne sous-estimons pas l’importance des activités traditionnelles. Pensons aux immenses perspectives offertes par les industries culturelles et les industries immatérielles des nouvelles technologies peu gourmandes en capitaux.
Il n’est de richesses que d’hommes affirmait déjà Jean Bodin au XVIème siècle. Identifions les créateurs et les porteurs de projets. Aidons les. Et pour ces entrepreneurs qui ne sont pas encore chez nous, allons les chercher et séduisons les pour venir s’épanouir et créer emplois et richesses dans un pays où il fait bon vivre.

Jacques Carles

Sortir de la pensée unique asphaltée

A Sète la grand’rue a été renovée, une nouvelle ligne de bus a vu le jour, des bateaux électriques commencent à sillonner nos canaux, des navettes fluviales sont proposées l’été pour rejoindre le théâtre de la mer…A Frontignan, à Marseillan, à Mèze et partout ailleurs, les communes du bassin rénovent et aménagent leur centre-ville.  En moins de 10 ans, le nombre de kilomètres de pistes cyclables a quintuplé autour de l’étang…
Très bien mais n’est-il pas temps d’avoir une vision plus globale pour le long terme et de faire des choix ambitieux pour l’avenir de tout le pays de Thau ?
Une priorité ne devrait-elle pas être de réduire la dépendance à l'automobile, d’accroître l'efficience des transports en commun, sur terre et sur l’eau, de faciliter à grande échelle le développement du vélo et  des autres modes de déplacement non polluant.
Cela coûte cher, mais les coûts économiques, sociaux et environnementaux de l’étalement urbain et de la voiture à usage individuel sont encore plus élevés. Chaque fois que nous remettons à plus tard la décision d’investir dans le transport alternatif à l’automobile, nous aggravons le retard et la facture.
De nombreux citoyens, mobilisés par ces questions, s’impliquent dans le débat, car ils sentent bien que la qualité de vie à long terme dépend des décisions d’aménagement de notre territoire.
Gardons en tête que l’on aménage l’espace pour le présent et le futur.
Aménager intelligemment le pays de Thau et la Venise languedocienne exige de sortir de la pensée unique asphaltée, 

Jacques Carles

Rêvons ensemble

Toujours plus de réglementations, d’interdits, de radars, de vidéosurveillance, de contrôles et de mise en fiches des citoyens.

Des différences entre les hommes et les femmes, entre les jeunes et les vieux, entre les gens d’ici et les gens d’ailleurs, entre les fonctionnaires et les salariés du privé, entre les habitants des villes et ceux des périphéries…

Un communautarisme qui monte, une laïcité qui régresse.

Des salaires exorbitants pour les uns, des revenus de misère pour les autres.

Un peu partout des avantages, des passe-droits, du clientélisme, du favoritisme

Les liens familiaux se distendent, le taux de syndicalisation est au plus bas. Et les pêcheurs sont de plus en plus nombreux les jours d’élection.

La santé et la retraite des personnes âgées deviennent des problèmes individuels. De déremboursement de médicaments en taxes sur les pensions, la sécurité sociale, cette grande et généreuse idée de la Résistance, est mise à mal, jour après jour.

Force est de constater que « Liberté – Egalité – Fraternité » n’est plus qu’un slogan bien creux.

Je rêve pourtant que la devise de notre république redevienne un programme politique.

Un escalier se balaye en commençant par le haut dit le proverbe. Je rêve que l’exemple soit donné par ceux qui nous gouvernent.

Rêver à plusieurs est le début de la réalité. Rêvons ensemble.

Jacques Carles

Faut-il croire en l’avenir du port de Sète ?

Il y a 50 ans, la France était la 4ème puissance maritime mondiale, elle est aujourd'hui reléguée à la  30ème position. La moitié des marchandises qui arrivent en France par la mer sont débarquées dans un port étranger. Les ports français continuent de s’affaiblir alors que le transport maritime concerne 90% du commerce extérieur mondial.

La France qui possède le deuxième  espace maritime du monde, avec 18 000 kilomètres de côtes en comptant l’Outre-mer, devrait être une puissance maritime de premier plan. Mais seules les courses de  voiliers et la plaisance passionnent nos concitoyens

Vu d’Asie ou d’Amérique, Barcelone, Gênes ou Marseille  c’est la même chose : un point  sur la côte sud de l’Europe. Alors  pourquoi Sète ne deviendrait-il pas aussi un grand port méditerranéen ? La Région le croit en tout cas.  Un retour rapide à la compétitivité du port de Sète permettrait la création de centaines d’emplois.

Mais restons lucides. Le transport maritime est aujourd’hui  mondialisé, complètement ouvert à la concurrence, sans aucune protection ni restriction. Il n'existe aucune relation de nationalité entre aucun des intervenants, depuis le propriétaire du navire jusqu'à son équipage, et encore moins avec les propriétaires de la marchandise. La notion de pavillon est pervertie.

Dans cette jungle, développer le port de Sète ou tout autre port français implique une politique maritime forte au niveau national , c’est à dire une politique qui prenne en compte les ports mais également d’autres volets tout aussi importants, par exemple  l'armement des navires  (le transporteur, propriétaire ou  affréteur)  et la construction navale. Une  politique portuaire ambitieuse ne peut se concevoir en restant fortement dépendant de puissances étrangères tant pour transporter les marchandises (ou les personnes) que pour construire les navires.

Investir dans de coûteuses installations pour attirer les navires  suppose aussi une réflexion préalable pour identifier les cargaisons pertinentes pour Sète. Déjà en 2005, Jean-Philippe Huchet rappelait que « c'est le navire qui va à la marchandise  et non l'inverse" . Les grandes heures du port de Sète furent celles où le vin ou les produits chimiques attiraient les bateaux.  Aujourd’hui les pinardiers sont passés de mode et les usines du littoral ont quasiment disparues.

Cette évolution n’est cependant pas inéluctable. Les populations et l’activité économique se déplacent vers les régions littorales et portuaires. Les unités de production viennent de nouveau au plus près des ports pour minimiser les coûts et les ruptures de charges. Au-delà le port sera performant le jour où une entreprise lyonnaise passera par Sète plutôt que par Rotterdam , économisera 450 km de transport et fera appel au transport fluvial dont les coûts sont moins élevés pour le pré-acheminement sans compter la réduction de la congestion routière et des émissions de gaz à effet de serre.

Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche, a présenté le 21 novembre dernier en Conseil des ministres une communication relative à la politique maritime, touchant à la fois l'économie, la recherche, l'environnement et les conditions de travail. Les orientations annoncées vont indéniablement dans le bons sens. Elles s’inspirent  des pays scandinaves qui ont su développer leur efficacité économique, leurs flottes, leurs ports et l’emploi sans tomber dans le travers de l’ultra-libéralisme.

Dans ce contexte, faire du port de Sète un grand port est un pari qui peut être gagné. Encore faut-il garantir  que ce développement  se fasse en préservant l’environnement, celui du port comme celui du littoral. Encore faut-il aussi que le financement public ne serve pas à compenser  une compétitivité insuffisante mais au contraire soit exigeant et serve au développement, à l’innovation et à la performance.

Jacques Carles