Eloge du département

Communes, communautés de communes, agglomérations, cantons, départements, régions… Notre millefeuille administratif gagnerait sans aucun doute à être simplifié et rationalisé. 

Mais faut-il pour autant supprimer les départements issus de la révolution française et modifier en même temps la carte des régions pour revenir aux provinces de l’ancien régime? 

La réforme administrative, présentée par le gouvernement comme une évolution souhaitable et bénéfique, est en fait un retour en arrière de plus de deux siècles. 
Qui tire les ficelles ? Quels sont les vrais enjeux ? Les économies annoncées sont-elles réelles ? Quels sont les risques? 
Le trio "Agglomération – Région – Europe" qu’on nous vante, est-il bien le tiercé gagnant pour tout le monde ? 
Depuis plus de 10 ans, par petites touches, les technocrates parisiens et bruxellois poussent les gouvernements français successifs, de gauche comme de droite, vers ce nouveau schéma administratif. L’évolution des plaques minéralogiques des véhicules qui déjà passait à la trappe les départements est un exemple de ces décisions technocratiques présentées comme des actes de bonne gestion. 

Les Français sont inconsciemment attachés aux départements, symboles du modèle républicain national. Pour nombre d’entre eux, les départements sont en effet liés à une certaine conception de l’état et aux valeurs léguées par la révolution : la démocratie, l’égalité des citoyens, la liberté, la solidarité, la laïcité, etc.

Supprimer les départements et recréer les provinces d’antan, c’est aussi prendre le risque de réveiller les particularismes identitaires et de voir apparaître de nouvelles féodalités avec de petits marquis ou de grands ducs en opposition à l’état républicain. 
Le renforcement parallèle du pouvoir supranational de l’union européenne fera alors courir un risque mortel à la France en tant qu‘état nation. Les tendances séparatistes que l’on observe ailleurs, en Espagne, en Italie, en Belgique et dans bien d’autres pays vont d’ailleurs déjà dans le même sens. 

Ce qui est annoncée comme une réforme administrative est en réalité un choix entre l’Europe des patries chère à de Gaulle et une Europe des régions où l’état nation est devenu l’obstacle majeur à la mondialisation libérale.

Dès sa création, le département avait pour but de rapprocher les citoyens de la république et de leur donner un accès de proximité aux services publics. Cet objectif est toujours d’actualité. Si l’Hérault disparaît et si la région Languedoc –Roussillon fusionne avec la région Midi-Pyrénée, le citoyen de Mireval devra-t-il aller à Toulouse pour trouver les services de l’état dont il a besoin ? Comme pour les commerces ou les écoles ce n’est pas l’euro-région qui est à l ‘échelle de la vie quotidienne. 

Une bonne réforme doit simplifier et non compliquer la vie des citoyens. Pensée en termes de territoires et de pouvoirs, une telle réforme risque fort de ne générer aucune économie et d’avoir plus d’effets pervers que d’effets positifs. 

Un mode d’administration moderne ne sera efficace que s’il est raisonné par projet comme le montre, par exemple au niveau local de notre agglomération, le bien fondé du schéma de cohérence territoriale (SCoT) ou du plan local d’urbanisme (PLU) .

Alors, avant de prendre des décisions lourdes d’enjeux, il faut peut-être repenser la réforme administrative en termes de missions à accomplir et d’objectifs à atteindre. Une telle approche en phase avec les évolutions de la société moderne sera plus à même de détecter les doubles emplois et de rationaliser le système actuel où les collectivités territoriales sont à la fois rivales et condamnées à œuvrer ensemble.

Le département n’est peut-être pas la structure archaïque qu’on nous décrit et dont il faut se débarrasser au plus vite pour faire des économies. Cette idée révolutionnaire a su s’adapter et traverser tous les régimes depuis 1790. Ce n’est pas un hasard. Elle peut sans doute servir encore pour réussir cette transition vers une société moderne.

Jacques Carles

 » anciens éditos

Le chômage n'est pas le problème, c'est le symptôme

Le chômage touche 5 millions de français en comptant les temps partiels et ceux qui, baissant les bras, n’apparaissent même plus dans les statistiques. Au total près d’un cinquième de la population active est touchée. Dans l'Hérault, la situation est pire encore, avec environ un quart de la population concernée et plus d’un jeune sur trois touché par la précarité.

Avec l’euro, c’est-à-dire le double mark (1 euro = 2 marks), notre monnaie est surévaluée d’environ 140% par rapport aux monnaies asiatiques. Il est devenu plus avantageux de faire fabriquer nos produits en Chine ou au Bangladesh. Nous croyons nous débarrasser des pollutions et du travail pénible des usines sans nous rendre compte qu’à vouloir profiter de la pauvreté d’ailleurs nous ôtons le pain de la bouche de nos enfants.
Chez nous l’emploi industriel a quasi disparu. Plus qu’ailleurs, ce sont les transferts sociaux et le développement de l’emploi public qui occultent l’extrême gravité de la situation.

Mais combien de temps cela pourra-t-il tenir ? Si l’état lui-même se désengage, comme en Espagne ou en Italie, les conséquences peuvent être dramatiques pour le Midi.

Il est urgent de réaliser que le chômage n’est pas le problème mais le symptôme d’une maladie de longue durée : l'allergie à l'entreprise.

L'entreprise est indispensable pour donner du travail, mais sa finalité n’est cependant pas de créer des emplois. Le but d’une entreprise est d’offrir des produits ou des services appréciés des clients. L’emploi n’est que la conséquence de la réussite d’un entrepreneur. Celui-ci n’embauchera que si son entreprise peut prendre de nouveaux marchés. Tant que l'on aura pas clairement conscience de cette évidence, toute politique de soutien à l'emploi sera inefficace. A coté de la monnaie qui reste un levier essentiel pour la compétitivité, il faut créer les conditions pour permettre l’innovation et l’esprit d’entreprise.

En haut lieu, on n'aime pas les auto-entrepreneurs sous prétexte que certains d’entre eux font de la concurrence aux artisans. Plutôt que de penser à augmenter les contraintes des créateurs de richesse, c’est l’inverse qui serait logique : aligner les charges des artisans et des petites entreprises sur celles des auto-entrepreneurs qui détiennent pour une part les activités de demain. Google ou Apple n’étaient à l’origine guère autre chose que des auto-entreprises.

Sur le terrain, la CCI, avec d’autres organismes spécialisés, soutient les créateurs concrètement, avec du savoir-faire, de l’expertise et des moyens financiers. 
Le choix de nombre de nos élus locaux d’investir puissamment dans l'éducation,  la culture et les industries culturelles va aussi dans le bon sens. Ces domaines sont depuis toujours les ferments de toute renaissance et réussite économique.

Ces politiques ne porteront cependant pleinement leurs fruits que si on reconnaît, dans les faits, le rôle utile des entrepreneurs. L'urgence sera alors de miser massivement sur les créateurs. Que leurs activités soient technologiques, commerciales, artistiques ou encore environnementales, ce sont bien les créateurs qui peuvent tester de nouvelles idées, innover et finalement redonner de l’emploi et du sens à notre société.

 Jacques Carles

Résistance civique

Impolitesse, irrespect de l’autre, dégradation, malveillance, nuisance, petite délinquance en tout genre… bref  ce qu’on appelle aujourd’hui les incivilités  nous pourrissent la vie.

Et le phénomène ne concerne pas que les quartiers « sensibles ». Sont tout autant concernés, la vieille dame qui laisse son chien faire ses besoins n’importe où, le lycéen qui dérange tous les passagers du bus avec son portable, l’automobiliste qui se gare en double file pour aller acheter ses cigarettes,  ce petit vieux qui crache par terre, ce piéton qui ne remercie pas quand une voiture le laisse traverser en dehors des clous, ce voisin qui se gare sur le parking des visiteurs de sa résidence,  cette mère au foyer qui nous fait une queue de poisson pour placer son caddy devant le notre à la caisse du supermarché, etc.  

Les incivilités sont avant tout le signe d’une dégradation du lien social et le fait que de plus en plus de nos concitoyens ne se sentent plus impliqués dans la vie de leur cité. 

On peut le déplorer bien sûr, le dénoncer, faire de la morale . On peut aussi  réclamer plus de moyens, plus de police, plus de lois mais tout ceci sera vain tant que nous n’aurons pas réalisés que c’est d’abord à nous de réagir concrètement et au quotidien. 

Bien sûr, une ville propre et environnement qui respecte les habitants incitera les habitants à se respecter et à respecter leur cadre de vie. 
Bien sûr l’administration doit aussi prendre soin des citoyens, la SNCF faire circuler les trains à l’heure, l’hôpital faire face aux urgences, etc.
Bien sûr il faut lutter contre la paupérisation des quartiers et ne pas laisser l’habitat se dégrader. Vivre du RMI dans un immeuble délabré où les graffitis sont partout incite au vandalisme et à toutes sortes d’incivilités qui mènent à la délinquance. 

Mais au-delà de ce constat de bon sens qui montre l’intérêt de services public s efficaces et le bien fondé de vraies politiques de l’habitat urbain, ce n’est pas de nouvelles caméras de surveillance ou de nouveaux règlements dont nous avons besoin, c’est de la volonté de chacun de faire respecter nos règles de vie en société.

La liberté ce n’est pas  refuser toute règle de conduite pour faire tout ce que l’on veut quand on le veut, sans tenir compte d’autrui. La liberté c’est tout le contraire de l’individualisme. Vivre ensemble impose des repères.

Dans une famille les enfants spontanément testent les limites de ce qu’ils peuvent faire et ce sont les adultes qui les cadrent. Dans la cité c’est aux citoyens eux-mêmes de s’opposer aux agissements de ceux qui nuisent à l’harmonie de la communauté. 

Face aux incivilités, il faut opposer la « résistance civique » sans attendre que « l’autre » s’en charge.  Il faut dire son fait au malotru qui impose son petit fascisme ordinaire,  sans agressivité mais avec fermeté. La pression sociale exercée par les citoyens est plus efficace qu’on ne le croit pour ressouder une communauté qui se fissure. 

Jacques Carles

 

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Réflexions

Le précédent édito, où Jacques Carles rappelait les vertus du tirage au sort pour la désignation de certains représentants, a été, à la veille de municipales abondamment commenté par nos internautes. Et le plus souvent approuvé. Ce serait un retour aux sources de la démocratie puisqu’à Athènes, sur l’Agora, un édile donnait la parole au peuple en posant la fameuse question : « Qui veut, qui peut, donner un avis utile pour la patrie ? »
Aujourd’hui, ce serait plutôt : « Vote et ferme la »

On connaitra bientôt l’itinéraire du Tour de France 2014. Il est bien sûr très attendu et pas seulement par les amateurs de cyclisme. Les responsables de l’environnement y sont très attentifs car, automatiquement, les routes empruntées font l’objet de soins particuliers des services de l’Equipement. Les chaussées sont rénovées et, surtout, les fossés sont nettoyés, ce qu’on ne fait normalement plus depuis la disparition des cantonniers vicinaux.
Entre autres vertus, le sport a donc aussi celle d’améliorer la circulation…

Levée de boucliers chez les responsables des Musées de province qui s’aperçoivent de plus en plus que la manne de subventions ne cesse de s’accroitre pour Paris et donc de baisser pour le reste de la France. Les plus virulents sont ceux du Sud, forts du nombre important d’expositions qu’ils présentent et pas seulement dans les grandes villes. Cet accaparement de la manne publique n’est pas de leur goût. Paris esr certes la « capitale » mais les autres villes ne sont pas pour autant des « minuscules ».

Bernard Barraillé

Confiance et démocratie

Les médias ont  fait leurs gros titres sur la montée du populisme et sur le FN devenu premier parti de France avec 24% des votes exprimés. Mais, au-delà des points d'exclamation qui font vendre du papier qu'indiquent, vraiment les chiffres?

Entre les élections présidentielles de 2012 et les européennes de 2014, tous les grands partis ont perdu des voix, á commencer par le FN : au premier tour des présidentielles de 2012, Marine LePen recueillait 6,4 millions de voix mais aux européennes de 2014, les listes FN ne totalisaient plus que 4,7 millions de voix, soit 1,7 millions de moins.  La réalité c’est donc que le FN s’effondre tout autant que le système qu’il dénonce. Son bon score apparent, en % des voix exprimées,  n'est dû qu'à la chute libre de la participation : 36 millions de suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle de 2012 contre moins de 19 millions aux européennes de 2012. Le FN passe de 14% des inscrits en 2012 à 10% en 2014. La présence aux européennes de près d'une vingtaine de listes, plus ou moins folkloriques, captant des voix "utiles", achève par ailleurs de ruiner le crédit des "partis classiques".

Ce qu'il faut retenir des élections de 2014, ce n'est donc pas  la victoire du FN clamée  par les médias mais bien que les trois quart des 47 millions de français inscrits sur les listes électorales n'ont pas pris part au vote ou ont voté pour des candidats faisant de la figuration.

Avec l'appui d'un électeur inscrit sur dix, le FN reste très minoritaire. Il  est néanmoins le symptôme le plus apparent de la perte de confiance des français dans la politique. Il témoigne du sentiment partagé par beaucoup que nous sommes sur un bateau en perdition.

Cette perte de confiance a des raisons objectives comme la situation économique désastreuse du pays. Elle est aussi due aux médias qui plutôt que de contribuer à l'analyse des problèmes nous enfoncent encore davantage en dégradant constamment l'image de la politique par leur recherche du sensationnalisme. L'espace médiatique se remplie des rumeurs et des faits divers de la politique. Le débat d'idées est inexistant. L'accessoire remplace l'essentiel.

Pour finir les sondages, dont la France est championne du monde, manipulent en permanence l'opinion avec leurs questions démagogiques sur tout et n'importe quoi.

Certes, certains hommes politiques sont méprisables ou inspirent le sourire, mais la politique elle-même est noble et conditionne notre futur. Ce n'est pas parce qu'une dizaine de petits chefs politiciens caricaturaux tournent en rond avec les vedettes de la télé et donnent une image déplorable que nous devons rejeter la politique.

Sur le terrain, beaucoup de militants et d'élus se dévouent à la cause publique. Ceux là méritent notre soutien et notre reconnaissance. Ils tentent avec peu de moyens de colmater les brèches ouvertes par des "élites" déconsidérées.

Pour  prendre en compte les réelles attentes des citoyens, il est urgent de rebattre les cartes et de donner le pouvoir à ceux qui sur le terrain ont notre confiance 

La confiance est le socle de la démocratie. Si cette confiance vient à disparaître, la démocratie fait place à ce que Montesqieu avait déjà décrit dans "L'esprit des lois" : le despotisme ou l'anarchie.

Jacques Carles 

le tirage au sort pour plus de démocratie

A Montpellier, le taux de participation aux élections européennes n'a été que de 41%... 6 électeurs sur 10 ne se sont pas exprimés.

Cette faible participation reflètent le sentiment qui prévaut au plan national, celui d’une défiance envers les élus. "Tous pourris" crie la foule qui rajoute "privilèges pour ceux d’en haut, rigueur et impôts pour ceux d’en bas". Les classes populaires se sentent abandonnées voire victimes des politiques perçus comme travaillant d’abord pour leurs propres intérêts. 
L’épisode des sénateurs qui refusent le non cumul des mandats est symptomatique : pour la majorité des français le maintien des avantages d’une infime minorité passe avant l’intérêt du plus grand nombre. Les habillages vertueux de la langue de bois des cumulards ne changeront rien à cette réalité dont ils sont coupés.

Dans un contexte de crise économique voire de crise morale, le discours démagogique ne peut que prospérer. Or l’expérience historique montre que le populisme et la surenchère extrémiste n’ont toujours apporté que du malheur.

Alors que faire si les élections ne font plus recette ? Si le citoyen boude les urnes mais il n'en reste pas moins qu'il souhaiterait être écouté et qu'il aimerait que ses avis ou ses idées soient pris en considération. Bref il est prêt à participer aux prises de décisions qui le concernent.

Pourquoi alors ne pas redonner une place à un système qui fut le fondement des démocraties directes de l’antiquité : le tirage au sort. Après tout on désigne bien les jurés d’assises de cette façon.

En Islande, petite île de trois cents mille habitants, un collectif de citoyens tirés au sort a réussi à imposer un processus de refondation du pays après sa quasi-faillite en 2008. Ce processus a abouti en 2010 à une assemblée constituante composée de vingt-cinq citoyens « ordinaires » : élue par la population sur une liste de 523 candidatures purement individuelles dont étaient exclus les parlementaires totalement discrédités.

Etymologiquement élection veut dire choix. Choix des meilleurs. L’élection n’est donc fondamentalement pas un processus démocratique. C’est au contraire un processus qui aboutit peu à peu à la constitution d’une oligarchie d’aristocrates. Le tirage au sort à l’inverse donne un échantillon représentatif de la population, il est associé depuis Platon à la démocratie. Pour Montaigne ou Rousseau il est aussi un gage d’égalité et de liberté.

Pour gérer une ville ou un pays, il faut certes de l’expérience et de la compétence, choisir les meilleurs pour faire ce travail est donc nécessaire (1). Mais il serait sans doute utile aussi de faire entrer dans nos assemblées un certain pourcentage de représentants  tirés au sort pour un seul mandat. Ces conseillers statistiquement représentatifs de la population et ancrés dans la vie réelle ne pourraient qu’éclairer positivement les choix des élus. Ces représentants de la population ne faisant pas carrière et ne pouvant être taxés de clientélisme, seul le bien commun y serait gagnant.

Jacques Carles

Le petit nuage et la mer

Il venait de loin lorsque je l’aperçus. Poussé par un mistralou indolent, il avait quitté les hautes garrigues du Larzac, puis survolé le Lodévois, passant très vite, un peu méprisant, sur le lac du Salagou.
Seul au milieu d’un ciel uniformément bleu, il apercevait enfin son but : la grande mer dont il rêvait. En passant sur Villeveyrac, il put croire être arrivé mais ce n’était que l’étang de Thau. Encore quelques rafales et enfin, dans un scintillement argenté de vaguelettes, il aperçut la Méditerranée.
Hélas, alors qu’il s’apprêtait à planer au dessus de l’immense nappe bleue où son blanc cotonneux allait se refléter, ce fut soudainement la renverse du vent ! Il était midi au soleil, heure où les souffles marins reprennent durant l’été leur domination sur les vents de terre. Le petit mistral, épuisé, s’assoupit se laissant relayer par un guilleret labech.
Lentement mais inexorablement, mon petit nuage se vit repoussé et renvoyé vers ses montagnes natales. Il faisait trop sec pour qu’il verse la moindre larme.
Pauvre petit nuage qui n’eut que moi pour le plaindre. J’étais seul ce jour-là à rêvasser les yeux au ciel, allongé sur le sable. Autour de moi, les baigneurs batifolaient, les baigneuses bronzaient et les marmots réclamaient des glaces.
De toutes façons, qui s’intéresse aux malheurs des petits nuages …

Bernard Barraillé

Culture et gros sous

Un récent rapport commun du ministère de la Culture et au ministère de l'Economie constate que les industries culturelles génèrent près de 6% de la valeur ajoutée dégagée en France. 

La culture contribue 7 fois plus au PIB français que l'industrie automobile avec 57,8 milliards d'euros de valeur ajoutée par an. Son coût total pour la collectivité approche 21,5 milliards d'euros. La culture n'est donc pas une dépense à perte selon cette analyse basée sur les chiffres de l'INSEE. 

Les choses sont dites : la culture rapporte au pays. Et pas seulement de l'argent mais aussi des emplois. Les seules entreprises culturelles emploient quelque 670.000 personnes, que leur profession soit culturelle ou non, soit 2,5% de l'emploi dans le pays.
A cela s'ajoutent les 870.000 professionnels de la culture qu'emploient les entreprises non culturelles.
On serait curieux d’avoir les chiffres concernant le pays de Thau. Ils devraient être proportionnels étant donné l’intense activité culturelle dont nous nous faisons l’écho dans toutes les communes.
Nos voisins marseillais, dont beaucoup critiquaient le lourd financement de l’année culturelle européenne, se réjouissent des retombées de l’opération : 9 millions de visiteurs en 2013. Au point que le « New York Times » place Marseille à la 2° place mondiale de son classement des 46 villes à visiter après Rio de Janeiro !
Alors, la culture coute cher au contribuable ? Non, elle rapporte !

Bernard Barraillé

Prose électorale

Janvier va marquer, le 6, le début officiel de la campagne électorale pour les municipales. Les slogans vont fleurir et apprêtons-nous à en savourer de succulents, dans la lignée de l’anarchiste Sanguinède, idole des dockers sétois dans les années 40-60, qui terminait toujours ses discours par "Le patronat c’est : A moi le poulet, à vous la salade!". 
Et comme le disait George Orwell dans "1984" : "Le langage politique est constitué pour l’essentiel d’euphémismes, de pseudo-banalités et de vaporeuses ambiguités". N’exagérons pas ! Au moins en Pays de Thau, les candidats qui s’affrontent sont tous de braves gens honnêtes et, le plus souvent, compétents. Mais, durant ces prochains mois, ils vont devoir se colleter avec leurs concurrents, c’est la Loi de la démocratie depuis les grecs : que le meilleur gagne ! Et pour cela, tous les coups , ou presque, sont permis. Malheur aux tièdes, comme en sport, ils ont perdu d’avance. Une fois élu, le vainqueur n’en aura pas fini avec son opposition qui va le titiller durant tout son mandat. Ce qu’il devra assumer en même temps qu’il assurera la gestion de sa commune.
Gestion qui d’ailleurs a tendance à s’amenuiser, cohérence et efficacité oblige, au profit des agglomérations et des communautés de communes qui ne cessent d’empiéter sur les prérogatives des maires autrefois tous puissants. Si cette tendance se poursuit, ils seront bientôt réduits au seul Etat Civil…

 Bernard Barraillé

Cameras ou policiers ?

Il y a quelques années, le Ministère de l'Intérieur affirmait dans un rapport que la vidéosurveillance était l’outil essentiel pour résoudre les problèmes de l’insécurité. Tout récemment encore, au mois de mars 2013, un sondage BVA montrait que 75% des Français étaient favorables à la vidéosurveillance,
Est-ce à dire que la technologie est la meilleure réponse pour garantir notre sécurité ?

Rien n’est moins sûr d’après les scientifiques qui ont étudié et analysé le problème.
Si la vidéosurveillance apparaît utile dans les lieux fermés ou privés (parking, banques, magasins, etc.) elle est loin d’être la panacée en matière de lutte contre la délinquance dans l’espace urbain. Dans ce cas, son impact est très limité voir nul.
En Angleterre, pays le plus vidéo-surveillé au monde, un haut responsable de Scottland Yard n’hésite pas à parler de « fiasco total » à propos des résultats réels obtenus par les milliers de caméras installée dans les communes du royaume. Chez nous, tout récemment, la commission des finances du Sénat qualifie « d’investissements à fonds perdus » les sommes considérables dépensées par les pouvoirs public pour développer la vidéo-surveillance dans l’espace urbain.
Malheureusement, malgré ces constats, les intérêts, financiers ou politiques, sont tels que l’installation de caméras de surveillance continue de se banaliser au détriment de la réflexion sur leur utilité.
En pays de Thau, les villes y succombent les unes après les autres, même les plus petites : Agde, Sète, Poussan, Gigean, Mèze, Marseillan, Balaruc le vieux.

Quand on sait que la cour des comptes estime que l'installation de caméras par les communes pourrait financer la création de 6.500 postes de policiers municipaux, il est grand temps de s’interroger sur la pertinence du recours à la technologie fut-elle très sophistiquée au détriment des moyens humains.

En ville, pour assurer notre sécurité et notre tranquillité, la présence du policier reste encore préférable à la machine .

Jacques Carles

Regrets

Jean Vilar ne cessait de le répéter : "Rien ne vaut un spectacle vivant, avec des artistes vivants, devant un public vivant". On en a eu la preuve lors de l’ouverture de la saison de la Scène Nationale avec une Comédie Française plus moliéresque que jamais. Et cela ravive nos regrets de voir le Théâtre de la Mer se cantonner à la musique de variétés et au jazz, de très bon niveau, certes.

Ceux qui ont connu les belles soirées théâtrales données par Jean Deschamps, puis par Jacques Echantillon, partageront cette nostalgie. La prochaine municipalité, qu’elle soit conduite par François Commeinhes ou par un autre, reviendra-t-elle aux sources qui transformèrent le Fort Saint Pierre délabré en rival d’Avignon, sous les yeux de Vilar qui, depuis son havre de « Midi le Juste » pouvait apercevoir les réalisations de ses disciples. L’art dramatique reviendra-t-il dans ce haut lieu pour lequel il fut aménagé ?

Tout cela, notre concitoyen Henri Massadau, à qui Malraux confia la première Maison de la Culture, le dit depuis longtemps et mieux que moi :
"Public, je t’en prie, écoute ce que je tente de te dire : Dérange toi, découvre, existe. C’est à dire :sors. Sors de chez toi, sors de toi-même. Rencontre Molière, Brecht, Pirandello, etc… Rencontre les tous, tu rencontreras ton frère. C’est ça le Théâtre. Ce n’est pas la machine à décerveler, ce n’est pas la Télé (Dé-chaine toi). Ce n’est pas le confort, c’est un acte plus joyeux, plus riqué, plus lucide."

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