Priorité à ceux qui méritent notre respect

Il a fallu le drame de Charlie et l'attaque raciste de l'Hyper Cacher pour que notre pays prenne conscience de l’importance des fonctionnaires de police et des forces de l'ordre en général. Leur courage, et pour certains leur sacrifice, ont forcé le respect des Français.

Cette utilité des fonctionnaires de police s'exprime au quotidien, à Paris et partout en France, comme l'illustre encore cette semaine le cas de ce forcené chez nous, dans l'Ecusson de Montpellier, qui a retenu 2 femmes dans une bijouterie durant 9 heures. Là encore, ce sont les hommes du RAID de Marseille qui en sont venus à bout en quelques heures sans aucun dommage collatéral. Dans un contexte où il est de bon ton de dénigrer les services publics et l'administration, il est temps de rappeler que de nombreux métiers méritent aussi respect et considération, qu’ils soient fonctionnaires ou non. Par exemple :

  • les auxiliaires de vie, au statut souvent précaire et chichement payées qui sont indispensables au domicile des personnes âgées.
  • les personnels des maisons de retraite qui prennent soin au quotidien de nos aînés, une tâche difficile, physiquement et psychologiquement.
  • Les travailleurs et contrôleurs sociaux qui affrontent chaque jour des situations de toutes natures, avec parfois des risques d'agression. Souvenons-nous de cette inspectrice, mère de deux enfants froidement abattue par un employé dans le secteur agricole il n'y a pas si longtemps.
  • Les éducateurs et tous ceux qui sont chargés de la protection de l’enfance y compris dans des cas exceptionnels mais qui existent comme ceux de jeunes enfants qui perdent leur parents dans un accident de voiture et se retrouvent sans aucune famille.
  • Les « invisibles », dans les écoles et les collèges, qui, à coté des enseignants, font tourner la boutique, prennent en charge l’intendance, la cantine et le ménage sans parler des auxiliaires de vie scolaire qui s'occupent des enfants handicapés pour des salaires misérables mais avec l’intelligence du cœur et un dévouement admirable.

La liste est longue et ne s’arrête pas là mais citons quand même encore les pompiers. Ils interviennent en cas d'incendies et de catastrophes naturelles mais aussi sur les accidents de la route ou domestiques à toute heure du jour et de la nuit, 7jours/7. Ils côtoient le danger et sont prêts à donner leur vie pour sauver celles des autres. S’intéresser un peu plus à leur statut, leur carrière et à leur rémunération ne serait pas indécent.

Les exemples ci-dessus sont pour la plupart du ressort du département. Or justement les élections départementales ont lieu dans moins de trois mois. Personne ne parle de ces élections et pourtant elles sont très importantes car c’est à l’assemblée départementale que sont décidées les affectations d'une bonne part de nos taxes et impôts. 
Nous devons peser pour que les choix qui y seront faits le soient dans notre intérêt. Notre argent doit donner de vrais moyens à ceux qui nous sont les plus utiles. Nous, citoyens, nous devons prendre part aux de décisions qui nous concernent et ne pas laisser le champ libre aux gens de pouvoir. La politique locale ne doit pas devenir un relais au service des officines parisiennes ou le tremplin d’une nouvelle oligarchie. 

Les problèmes concrets nécessaires à notre quotidien doivent être traités conformément à nos attentes. Le temps n’est plus aux discours qui prennent l’accessoire pour l’essentiel.

Refusons enfin l'abstention comme solution. A l’heure où la laïcité et Clémenceau reviennent à la mode, rappelons cette formule du père La Victoire : "on ne peut pas être vainqueur quand on a pour unique stratégie de déserter le champ de bataille ".

Jacques Carles

 

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Super-Languedoc : une chance?

L’Assemblée Nationale vient d’entériner ce 25 novembre, la carte à 13 régions, contre 22 actuellement. La fusion de Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon est donc confirmée.  Il en résulte un Super-Languedoc dont la taille est plus grande que celle du Danemark ou de l'Autriche.

Les medias commentent les détails de ce nouveau découpage administratif, ils insistent sur les enjeux de pouvoir, voire de guerre entre personnalités. Mais est-ce bien là le fond du débat?

Revenir à une carte des provinces de l'ancien régime d'avant 1789, suivre un schéma de régionalisation amorcée sous Vichy en 1941, c’est aussi prendre le risque de réveiller les particularismes identitaires et de voir apparaître de nouvelles féodalités avec de petits marquis ou de grands ducs en opposition à l’état républicain. Le renforcement parallèle du pouvoir supranational de l’union européenne peut alors faire courir un risque mortel à la France en tant qu‘état nation. Les tendances séparatistes que l’on observe ailleurs, en Espagne, en Italie, en Belgique et dans bien d’autres pays vont d’ailleurs déjà dans le même sens.

Ces risques sont réels mais pouvons-nous aller contre le sens de l'histoire? Ne vaut-il pas mieux prendre cette aventure comme une opportunité.

Pour notre littoral, par exemple, c'est peut-être une chance historique de développer enfin significativement le port de Sète-Frontignan. Avec ce Super-Languedoc, Toulouse et Midi-Pyrénées auront une façade maritime et un port de commerce, atout essentiel dans les flux de mondialisation qui dessinent l'économie de demain. Pierre-Paul Riquet qui construisit le canal du Midi et relia Toulouse en était déjà convaincu.

Si Toulouse peut devenir la capitale économique du Super-Languedoc, Montpellier Métropole peut en devenir la capitale politique et administrative et jouer le rôle du pôle de synergie entre Barcelone et Toulouse.

Encore faut-il que cette fusion ne soit pas qu’un simple aménagement de façade. L’enjeu doit rester avant tout celui de la maîtrise des dépenses publiques.

Pour ce faire, une  clarification des compétences est primordiale. Elle seule permettra de rationaliser un millefeuille devenu indigeste pour les contribuables. Elle seule induira la coopération, la mutualisation des serviceset des économies d’échelle. Philippe Saurel, maire de Montpellier et président de Montpellier Agglomération montre l’exemple d’une telle mutualisation en confiant la direction des services de la ville au DGS de Montpellier Agglomération. 

Au  niveau des communautés de communes qui sont la base de notre administration, l’esprit de coopération reste aussi essentiel pour préparer l’avenir. Le vote unanime des 31 maires de Montpellier agglo pour adopter le nom Montpellier Métropole est tout un symbole. On est heureusement loin des querelles d’appareil de nos politiciens parisiens.

Jacques Carles

A propos du Président de la République

Les Français n’aiment plus l’actuel Président de la république. Ils n’aimaient guère davantage son prédécesseur. Cela n’empêche pas les médias et les politiciens de lancer déjà la campagne des présidentielles 2017.

Ne serait-il pas plus pertinent de se poser une question : à quoi sert le Président ?

Fait sur mesure pour le général de Gaulle, le costume de Président de la 5ème République apparaît, un demi siècle plus tard, bien grand pour ses successeurs et surtout bien mal adapté au contexte du 21ème siècle.

En Europe, la France fait figure d'exception. Son monarque absolu, élu au suffrage universel, n’est soumis à aucun contrôle et n’est responsable que devant lui-même.
En Grande Bretagne, en Espagne, en Suède et dans tous les royaumes, le roi ou la reine n'ont qu'une fonction symbolique de représentation. En Allemagne, en Italie et dans tous les autres pays républicains du continent, le président n'a qu’une autorité morale. Partout, le vrai pouvoir est exercé par le premier ministre ou son équivalent,le Chancelier en Allemagne ou le Président du Conseil en Italie. 
Dans toutes les démocraties d’Europe, le pouvoir est exercé par la représentation parlementaire qui désigne le premier ministre. Seule, la France marginalise son sénat et accepte que son assemblée nationale ne soit qu’une chambre d’enregistrement des volontés du chef de l’état.

En Amérique, les Etats Unis, république fédérale à l’échelle d’un continent, le président élu au suffrage indirect par les grands électeurs de chaque état, cumule le rôle de chef d’état et de premier ministre.Tout au long de son mandat, il doit tenir compte du peuple et de sa représentation, le « congrès ».

La théâtralisation de l'élection présidentielle française ne doit pas faire illusion. Dépassée, elle n’est démocratique qu’en apparence. De Gaulle voulait un Président au-dessus des partis. Aujourd’hui, ce sont les partis qui contrôlent le système. La fonction présidentielle n’est plus que le poste couronnant la carrière d’un politicien professionnel. 

Le débat d’idées est totalement vidé de sens au profit de l'apparence. Promesses inconsidérées, voire dangereuses et discours réducteurs font croire le temps d’une campagne électorale que des solutions simplistes suffisent à régler des problèmes complexes.

La forme prime le fond. L’affect l’emporte sur le raisonnement. Le « look » des candidats ou leurs vies privées a valeur d’arguments. Slogans et incantations ont valeur de programmes. Les medias font leurs choux gras des batailles d’ego et occultent les vrais enjeux. 

Les français le supportent de moins en moins. Dans le contexte actuel de méfiance envers la politique, le risque est grand de voir un jour le système accoucher d’un despote, éclairé ou borné, à l’opposé de l’idéal démocratique de notre république. 

Un escalier se balayant par le haut, il est alors grand temps d’attaquer le mille-feuille par le bon côté et de recréer une vraie représentation populaire au sommet de l’état.

Jacques Carles

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Vaches maigres

Frappé par la crise, l’Etat effectue des coupes sombres sur son budget. Et premier touché, bien sur, celui de la culture. Les organismes dépendant de lui directement ont été mis au pain sec et à l’eau pure, ce qui entraine des suppressions de postes et des baisses de financement.

Les communes ont elles aussi été mises au régime minceur et ont dû, elles aussi, restreindre leur train de vie. Et là encore, c’est avant tout la culture qui subit les contre coups de ces restrictions budgétaires. Entre autres exemples , le Printemps des Comédiens à Montpellier, les Voix Vives à Sète comme à Lodève sont menacés dans leur existence. Grâce aux recettes que suscitent leurs excellentes programmations, la Scène Nationale de Sète et l’Opéra de Montpellier semblent échapper aux conséquences de ces coups de ciseaux budgétaires.

Plus directement touchés, les vedettes de cinéma : dorénavant, le plafond maximum de leur cachet ne pourra dépasser 1 million d’euros par film. De toutes les conséquences de cette baisse des budgets, c’est bien la seule qui n’inspirera aucun regret.

Bernard Barraillé 

Bénévolat : le vrai engagement citoyen

SDF, frappes chirurgicales, dommages collatéraux, demandeurs d’asile… Les vedettes bien payées de la télé ne manquent pas de clichés pour rendre plus douce la dure réalité.
Pendant ce temps là, sur le terrain, les bénévoles des restos de cœur donnent de leur temps sans compter pour aider les personnes en détresse, ceux de Pax Christi mènent un combat désespéré pour la paix et ceux d’Amnesty International défendent les libertés fondamentales partout où ils le peuvent.

A une époque où l’on confond grandeur de la France et CAC40, les bénévoles montrent que l’argent n’est pas l’unique centre de nos vies.

Ils se retrouvent dans les grandes causes mais aussi dans notre quotidien. Grâce à eux des centaines d'activités d'animation, des ateliers, des expositions, des spectacles, des rencontres et des conférences permettent à des milliers de gens de connaître leur patrimoine local, leurs artistes et leurs écrivains.

Souvent, ce sont aussi les bénévoles qui permettent à beaucoup de pratiquer un sport ou d’avoir accès à des activités de loisirs. Ce sont eux également qui font vivre les comités de quartiers, pierres d’assise de la démocratie locale.

Ce sont eux encore qui donnent de leur temps dans les formations politiques pour les idées auxquelles ils croient, eux toujours que l’on retrouve dans les programmes d’alphabétisation pour lutter contre l’ignorance, forme pernicieuse du terrorisme…

Les bénévoles se retrouvent partout, visiteurs dans les prisons, clowns pour les enfants hospitalisés ou au côté des jeunes créateurs d’entreprise pour leur transmettre un savoir précieux. Eux encore pour la protection des animaux. La liste est sans fin, dans tous les domaines.

Plus de 1000 associations sont recensées en Pays de Thau, un habitant de plus de quinze ans sur 3 est bénévole, régulier ou occasionnel.

Le bénévolat s'appuie sur un système de valeurs humaines. Il illustre l’envie de beaucoup de nos concitoyens de s’impliquer socialement. Il témoigne aussi de leur souci de solidarité et de la prise de conscience qu’un système de valeur basé sur le « tout à l’égo » nous mène droit dans le mur.

Nos hommes et femmes politiques à la recherche de vision à long terme devraient s’intéresser davantage aux bénévoles, ces obscurs qui savent combien est utile le lien invisible qui nous unit aux autres.

Si tout a un prix, la vie ne se réduit pas à l’économie surtout quand le libéralisme donne au mot liberté le sens de loi du plus fort et du chacun pour soi. En ce sens, les bénévoles nous montrent la voie du rééquilibrage des priorités, préalable à toute sortie de crise.

Jacques Carles

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Des vœux pour tous

Des vœux pour tous 

Bonne année à tous les habitants de tout le pays de Montpellier

Et des vœux pour notre Montpellierais qui a si bien fêté Noel. Parmi nos souhaits à cette si belle région:

-que partout persiste cette belle ambiance fraternelle autour de la Comédie et dans tous les quartiers ainsi que dans les communes qui font le Grand Montpellier

-que Montpellier Méditerranée Métropole prenne le relais de Montpellier Agglo et continue à être gérée sereinement, dans la plus parfaite entente des politiques, réservant leurs rivalités aux scrutins nationaux.

-que la fusion de la région Languedoc-Roussillon avec Midi-Pyrénées se fasse dans le respect réciproque et que Montpellier comme Toulouse y gagnent.

- que la dynamique économique à l’œuvre dans notre métropole s’amplifie et crée beaucoup d’emplois

-que nos artistes, modestes ou célèbres, continuent à créer et à faire vivre une étonnante animation culturelle dans toutes les communes.

-que les maires continuent à modérer leurs impôts locaux, l’Etat se chargeant, lui, de faire enfler ses prélèvements.

-que nos sportifs continuent à briller dans les salles, les piscines et les terrains, flattant ainsi notre chauvinisme invétéré.

A tous, Mtp-info souhaite une bonne année 2015 !

Toute l'équipe de Montpellier info

Les braves gens

Les gazettes sont pleines des noms des malfaisants, coupables de larcins ou de crimes. Mais, ce n’est que très rarement qu’on y peut lire les noms de ceux qui se dévouent pour autrui. On ne parle pas de ceux qui s'engagent, dans l’anonymat le plus complet, pour les autres, sans autre satisfaction ou avantage que celui du devoir accompli.

Il y a ceux qui se dévouent dans les associations caritatives, tels le Secours Populaire, le Secours Catholique ou les Petits frères des pauvres. Il y a ceux qui chaque soir vont dans les écoles et collèges aider les élèves en difficulté. De même, ceux qui animent les cours d’alphabetisation pour ceux qui ont manqué leur scolarité ou pour les migrants. Et ceux qui risquent leur vie à bord des canots de sauvetage de la Société nationale de sauvetage en mer. N’oublions pas les animateurs bénévoles de ces associations culturelles qui aident les gens à parfaire leur culture artistique. Pas plus que les animateurs syndicaux défendant les droits des travailleurs. Ou ces bénévoles dirigeants de clubs de sport permettant à la jeunesse de pratiquer leur sport favori.

Et on en oublie certainement tels ceux qui viennent en aide aux autres tels les voisins de personnes âgées isolées qui, en toute discrétion, leur permettre de mieux finir leur vie.

A tous ces anonymes méritants, toujours anonymes et ne réclamant ni subsides, ni médailles, merci et bravo !

Bernard Barraillé

Le petit nuage et la mer

Il venait de loin lorsque je l’aperçus. Poussé par un mistralou indolent, il avait quitté les hautes garrigues du Larzac, puis survolé le Lodévois, passant très vite, un peu méprisant, sur le lac du Salagou.

Seul au milieu d’un ciel uniformément bleu, il apercevait enfin son but : la grande mer dont il rêvait.

En passant sur Villeveyrac, il put croire être arrivé mais ce n’était que l’étang de Thau. Encore quelques rafales et enfin, dans un scintillement argenté de vaguelettes, il aperçut la Méditerranée.

Hélas, alors qu’il s’apprêtait à planer au dessus de l’immense nappe bleue où son blanc cotonneux allait se refléter, ce fut soudainement la renverse du vent ! Il était midi au soleil, heure où les souffles marins reprennent durant l’été leur domination sur les vents de terre.

Le petit mistral, épuisé, s’assoupit se laissant relayer par un guilleret labech.

Lentement mais inexorablement, mon petit nuage se vit repoussé et renvoyé vers ses montagnes natales. Il faisait trop sec pour qu’il verse la moindre larme.

Pauvre petit nuage qui n’eut que moi pour le plaindre. J’étais seul ce jour-là à rêvasser les yeux au ciel, allongé sur le sable. Autour de moi, les baigneurs batifolaient, les baigneuses bronzaient et les marmots réclamaient des glaces.

De toutes façons, qui s’intéresse aux malheurs des petits nuages …

Bernard Barraillé

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Ce n'est pas le patron qui donne du travail, c’est le client

Selon les derniers chiffres de l’INSEE, le nombre des demandeurs d’emploi de la seule catégorie A en Languedoc-Roussilon est en hausse de 6,2 % sur un an.

L'entreprise n'est ni de gauche ni de droite.  Le premier ministre a raison de rappeler cette évidence mais pour combattre le fléau du chômage, le monde politique doit encore réaliser que ce n'est pas le patron qui donne du travail, c’est le  client. Sans client, pas d’emplois.

En dehors de l’économie sociale et solidaire, le chef d'entreprise, même sil ne recherche pas systématiquement le profit maximum, a souvent bien d'autres motivations que  l’emploi. Une fois obtenu la rentabilité minimale pour faire vivre son entreprise, le dirigeant peut rechercher le développement de sa société mais aussi la richesse personnelle ou le prestige, le pouvoir, l’indépendance ou tout simplement donner un sens à sa vie ! Il existe autant de motivations que d’entrepreneurs. Dans les grands groupes, le dirigeant dépend en outre des actionnaires, souvent beaucoup plus intéressés par des profits spéculatifs à court terme que par l’entreprise dont ils sont temporairement propriétaires.

Compter sur les patrons pour créer des emplois est donc illusoire. Les entrepreneurs sont indispensables et méritent considération mais l'emploi ne viendra pas d’eux, il viendra des clients. 

Les clients doivent être nombreux.  Un pays de vieux est un pays fichu à moyen terme. Une politique de la famille favorable au dynamisme démographique est donc essentielle pour le développement économique.  Les trente glorieuses ont suivi le baby-boom, l'effondrement de la natalité du Japon a brisé son essor, l'Allemagne elle-même est fragilisée dès que l'immigration d’Europe de l’est et de Turquie ne comble plus le vide de ses naissances.

L.es clients doivent aussi avoir les moyens d'acheter. La réussite historique du capitalisme c’est d’avoir permis les gains de productivité qui réduit le coût des produits et les rend accessibles au plus grand nombre. Aujourd’hui, le capitalisme libéral suit une autre logique : abaisser les coûts en produisant ailleurs. Il est devenu plus avantageux de faire fabriquer nos produits en Chine ou au Bangladesh. Nous croyons nous débarrasser des pollutions et du travail pénible des usines sans nous rendre compte qu’à vouloir profiter de la pauvreté des autres, nous ôtons le pain de la bouche de nos enfants.

Dans un contexte de mondialisation, réduire les salaires n’est guère plus efficace pour résoudre un problème de compétitivité car l’appauvrissement des consommateurs peut se traduire in fine par une déflation destructrice du tissu social et des entreprises elles-mêmes.

Reste la baisse des charges pour réduire le coût du travail et redonner un peu d’oxygène à nos entreprises, mais là encore, les effets pervers sont inévitables : baisser les charges c’est moins de sécurité sociale et moins de services publics. Doit-on rappeler que la Grèce en faillite, incapable de contrôler la fraude fiscale et incapable de réaliser les infrastructures nécessaires au développement, avait déjà un taux de fonctionnaires quatre fois moindre que l’Allemagne avant la saignée imposée par la troïka.
Cela ne veut pas dire que des économies ne doivent pas être faites au niveau de l’état. A l’évidence, il y en a beaucoup à faire, mais elles seront insuffisantes pour faire face aux vrais enjeux.

Alors quelle solution ?

Revenir à la finalité de l’entreprise qui n'est pas de créer des emplois mais d'offrir des biens et des services. La solution c’est de créer, d’innover, de fournir des biens et des services nouveaux que les acheteurs voudront acquérir.
Créativité rime avec originalité, imagination, inspiration, ingéniosité et inventivité.
L’innovation et la créativité peuvent venir de toute part et pas forcement des hautes technologies. En Languedoc, nous connaissons bien l’impact des artistes sur l’économie. A Rodez, depuis l’ouverture du musée Soulages, les hôtels sont bondés et les restaurants sont pris d’assaut. A Sète, le génie de Brassens, qui n’avait rien à voir avec l’entreprise génère encore aujourd’hui plus d’emplois qu’il n’en pouvait imaginer de son vivant.

La créativité n’est pas réservée aux artistes. Chacun peut démontrer sa capacité à entreprendre en jouant de sa propre créativité, quelle que soit sa profession.

Encore faut-il créer les conditions pour que cette créativité s’exprime : supprimer pour de vrai les freins administratifs, s’ouvrir au monde, investir massivement sur l’éducation, maintenir  des politiques d’aménagement du territoire  qui mettent en relation les personnes et les idées.
Beaucoup de nos élus de terrain l’ont compris. Puissent-ils porter le message plus haut.

Jacques Carles

Le joli temps des vacances

Au dessus de nous, les hirondelles paraissent affolées. En virages saccadés, elles plongent, se croisent, piaillant à gorge que-veux-tu, tout en se gavant de nuages d’insectes du soir.

C’est la fin d’une chaude journée d'août, une de ces soirées où il suffit de tendre le nez pour saisir une gerbe d’odeurs : le fenouil, tout à l’heure écrasé par un pied indifférent, le basilic que la femme de la maison a négligemment arrosé d’un fond de bassine. Il y a aussi le grand pin tout proche qui n’a besoin d’aucun encouragement pour expirer son trop-plein de soleil.

Grace à son ombre, le devant du vieux mas échappe au soleil finissant mais encore lourd.

Le citadin en visite s’est assis sur la pierre lustrée par des générations de fonds de culottes, placée en guise de banc, près de la porte. Le vieux paysan a sorti de la cuisine une chaise paillée où il s’est installé à califourchon.

« Vous avez beau vous plaindre, c’est quand même la belle vie, ici. Quel calme chez vous, quelle tranquillité… »

L’homme sur sa chaise ne répond que par de vagues mouvements de tête.

« Si vous pouviez voir le trafic qu’il y a dans ma rue, à cette heure-ci… » poursuit l’estivant.

Les hirondelles ont dû trouver un nuage plus consistant en moucherons car leur ballet s’est déplacé vers le puits, en contrebas et à un jet de pierre de la ferme.

« Non, vraiment, vous ne connaissez pas votre bonheur. Tenez, depuis que nous sommes arrivés, ma femme et moi, nous avons retrouvé le sommeil. Ah, nous en avions bien besoin de ce mois au bon air ! »

Sur sa chaise, le vieux fermier ne peut qu’approuver ces confidences sans réplique.

« Et la nourriture, quel plaisir ici. Au fait, merci pour vos œufs et pour le poulet de dimanche. Quel régal ! Ah, je le dis souvent à mes amis ; c’est vous qui avez raison, c’est vous qui avez la vraie vie. Qu’est-ce qu’on attend pour faire comme vous ? Ah, s’il n’y avait pas les enfants, le lycée et ma situation… »

L’estivant est venu en voisin, de sa résidence secondaire toute proche, une ancienne bergerie aux belles voûtes que l’entrepreneur du village a mis tout l’hiver à restaurer. Elle était presque en ruines depuis le décès du vieux berger. Les héritiers, de vagues cousins du haut pays, n’avaient pas résisté à l’offre de l’agent immobilier du coin.

« Le paysage ici est encore plus beau que chez moi. On voit mieux la mer tout au fond. Mais c’est dommage qu’'l y ait tant de vignes en dessous. J’aurais préféré des arbres… »

De fait, le panorama qui s’offre du haut de ces premières garrigues, marchepied vers les Causses, a de quoi éblouir un regard habitué à être arrêté par quelque haut parallélépipède jouant à la tour ou par une forêt d’antennes de télévision. Mais que voulez-vous que réponde un vieux paysan à propos d’un paysage qu’il ne voit plus depuis soixante ans ?

Très loin, vers le Sud, on devinait la côte et, tout au bout, une haute montagne se profilait.

« Que voit-on là-bas, c’est les Pyrénées ? »

_ « C’est le Canigou, Monsieur, et quand on le voit d’ici, vous pouvez dire que la pluie n’est pas loin. »

Bien appuyé sur le dossier de sa chaise, il se lève pesamment en voyant sa femme ramenant les six chèvres de la combe, là où elles avaient brouté l’herbe rare. Impatientes de boire et d’être traites, elles ne lambinaient pas pour regagner leur cabane, flanquée d’un appentis sombre et frais où, chaque jour, de longues heures sont consacrées à la fabrication des pélardons.

« Vous allez m’excuser, Monsieur, mais ma journée n’est pas finie. Je dois aller m’occuper du cochon puis aider ma femme aux volailles. Parce que j’aimerais bien arroser le jardin avant la nuit, sinon on gaspille l’eau. Et comme je suis debout depuis 5 heures du matin, à mon âge, on commence à être fatigué le soir. Surtout que demain on remet ça à la première heure car pour couper l’herbe des lapins, vaut mieux pas le grand soleil. On a encore plein de fruits à cueillir et à empaqueter. Je sais pas si on aura fini à midi. Et l’après-midi, je voudrais remonter les murettes que l’orage a fait écrouler car sinon à la prochaine pluie la terre va partir et il ne restera que les pierres. Mais je crois que les amandes pressent davantage. J’ai une bonne récolte et elles sont à point. Si j’attends trop, avec cette chaleur, elles vont sécher sur l’arbre. Alors, vous m’excusez si je vous laisse, mon cochon m’attend… »

Toujours aussi excitées par le foisonnement des diptères, ces folles d’hirondelles continuaient leur sarabande endiablée au dessus des arbres.

Bernard Barraillé

 

L'étudiant, le phénix et les chercheurs d'or

« Pourquoi Montpellier après l'effervescence du printemps et de l'été commençant devient-elle en août une ville morte? Que deviennent en été les 65 000 étudiants qui fréquentent nos universités ? S'évaporent-ils?»
Je ne suis pas Sherlock Holmes, je ne joue pas de violon et je ne me pique pas à la cocaïne. Je ne possède pas le réseau de cellules grises qui autorise l'arrogant Poirot à venir à bout des questions épineuses et des énigmes les plus tordues.
Pourtant, une amie montpelliéraine m'a demandé d'enquêter sur le décès estival de Montpellier et sur ces disparitions estudiantines massives qui la rendaient soucieuse.
Hormis la question de l'agenda, plein comme un œuf de Pâques en juillet et un peu plus vide en août (litote), la deuxième question répond à la première.
La ville de la mi-août sonne le creux en l'absence de certains des joyeux caquets qui, au crépuscule, peuplent et sonorisent La Comédie, les abords de Castellane et la moindre placette de l'Ecusson.
La vraie question serait donc où sont passés les talents ? Où est passé cet or qui faisait vibrer la ville ?
En fait, talents et voix d'or s'épanouissent partout. Même à Tresques (1750 habitants, Gard).
On aura une petite idée de la chose en lisant Le Midi Libre (14-08). René Koering y raconte comment, au milieu de nulle part, dans une localité « sans piscine, sans bistrot, sans feu rouge », il a monté un petit Montpellier musical. Avec un carnet d'adresses plutôt qu'un carnet de chèques !
Cependant, pianistes internationaux, rockers, jazzmen, acteurs, images et sons envahissent le village.
Le maestro, septuagénaire confirmé, y a posé ses valises sans renoncer au plaisir de tirer de nouveaux feux d'artifice.
Bref, aux âmes bien nées, le temps ne décompte pas le nombre des années ! Et si l'on constate, en août, l'évaporation des étudiants montpelliérains avec une partie de leurs hôtes, est-il impertinent de suggérer qu'on leur donne de bonnes raisons de rester ? Sans compter que rien n'interdirait de susciter parmi eux les nouveaux talents d'organisateurs, d'animateurs et d'artistes qui demain prendraient le relais des gloires établies !
Un phénix peut toujours renaître, ailleurs, mais la détection de nouveaux créateurs, de nouveaux virtuoses, de nouvelles « petites mains », est la garantie de la vitalité pérenne de la cité.
On suggérera donc aux responsables culturels et politiques de déployer leurs antennes personnelles et tous leurs outils de détection. Même les gendarmes le font désormais, et avec succès ! Jeudi 14, la presse régionale titrait : « Hérault : 2 kg d'or retrouvés chez des cambrioleurs détectés par visio-alarme»

Jean-Yves Ruaux