Dis-moi où tu crèches....

En plein cœur de l’Avent, reviennent les débats sur les signes ostentatoires, les marques distinctives et même sur les coutumes ancestrales qui seraient des insultes au principe républicain de laïcité. Le débat sur les crèches de Noël en est l’exemple le plus saugrenu.

Née au IIIème siècle, sous le règne de Constantin, la coutume eut pour objet d’en finir avec les schismes qui empoisonnaient l’empire et de refaire ainsi l’unité des Chrétiens sous l’autorité du Premier Empereur Chrétien de l’Histoire de notre civilisation. Les crèches sont ensuite devenues au Moyen- Age un moyen d’expression naïf mais parlant du message d’amour diffusé par le nouveau testament qui implique nécessairement la liberté et l’égalité. Ce message, transcrit quelques siècles plus tard par la Révolution sous la forme de notre triptyque républicain, ne dit pas autre chose. Et si, pour les révolutionnaires, l’Etre suprême a remplacé Dieu, leur message ne procède toutefois de rien d’autre que d’une même référence à la puissance créatrice du monde, doublée des trois principes qui permettent à une société de vivre en paix : l’égalité et la fraternité des hommes dans un espace de liberté.

Il est vrai que la crèche, escortée depuis un siècle par le sapin de Noël, apparaît dans notre société contemporaine comme une réminiscence de nos racines chrétiennes. Faut-il pour autant s’en plaindre et faire du passé table rase ?

Les santons de Provence : notaire, rémouleur, ravi, maire, agneaux, bergers, âne et bœuf, rassemblés dans une crèche autour de Jésus, Marie et Joseph, sentent bon le temps de l’enfance, sans cesse renouvelée par les générations suivantes, qui permet à chacune et à chacun de revivre avec les siens des instants de mystère et de joie. Ce sont bien ces figurines qui nous offrent, une fois dans l’année, la preuve que le message originel de la crèche peut survivre à toutes les intempéries. La naissance est toujours un miracle. Qu’elle soit 2 d’origine divine, ou simplement humaine. C’est ce que nous exprime la crèche : il faut préserver l’innocence et la fragilité de l’enfance. Qui ne saurait adhérer à ce simple rappel de bon sens et d’humanité ?

Alors qu’elles ne sont même pas des objets de superstition, certains veulent voir dans les crèches des instruments de propagande ou même l’expression d’un prosélytisme sectaire. C’est faire peu de cas de notre héritage cartésien et de la raison de nos contemporains qui ne s’en remettent plus, depuis longtemps, à des totems, à des gris-gris ou à des idoles pour expliquer et comprendre l’origine du monde, pour croire qu’une puissance extérieure calmera leurs douleurs et leurs peines ou qu’il faudra prier pour obtenir la pluie, le soleil ou la fertilité. Il savent que même si le créateur existe - ce dont peuvent aussi douter ceux qui font chaque année leur crèche, - il restent libres de conduire leur vie à leur façon. Mais, et c’est en cela que tous les peuples européens ont en commun des racines chrétiennes, ils sont imprégnés d’une morale qui leur a montré le chemin du pardon et de l’amour des autres, sans les détourner de celui du courage et de la résistance à l’ennemi. Ce message, infiniment plus important - surtout dans la période que nous vivons - qu’une simple image d’ Épinal, est assurément plus transgressif que la réunion de quelques santons de plâtre ou de bois.

Les crèches ne sont pas une entorse à la laïcité. Elles ne sont qu’une allégorie du bonheur familial dans un monde de paix auquel nous aspirons tous.

N’en faisons pas une cause de guerre civile civile.

Yves Marchand,
décembre 2015

La cigale et l'amour

La pierre de Lune voyagea de la lune à la terre au cœœur d'’une nuit noire puis se posa sur un ilôt méditerranéen en plein mois de juin. A l'’aurore, sous les premiers feux de l'’astre solaire, elle  grandit, passant de quelques centimètres à presque deux mètres en se transformant en un adolescent frisé qui garda les reflets bleus argent de la pierre. Quand il s'’ébroua et ouvrit les yeux, il découvrit une île déserte, entre mer et étangs, où la garrigue jouait à cache-cache avec  les pinèdes. Il perçut les senteurs des romarins et des pins,  écouta le chant retentissant des cigales, observa les nuances de bleus du ciel et des flots avec ravissement. Submergé de sensations, il ne remarqua pas le feu follet qui apparaissait et disparaissait autour de lui.
« Comment se fait-il qu’il ne me voit pas ? Il doit être myope ! » songea Lucie, vexée.
 Elle décida de passer son chemin, mais elle n’'arriva pas à oublier ce Piero rêveur aux reflets bleus qui murmurait des poèmes aux étoiles évanescentes. La fille du soleil concentra alors toute son énergie à se métamorphoser, et c'’est ainsi que Piero découvrit Lucie sur un rocher face à la mer. Les rayons d’'or de sa chevelure l'’éblouirent aussitôt. Dès qu’'elle se tourna vers lui, il tomba amoureux de cette jeune femme lumineuse à la voix chaleureuse. Comme il se sentait pâle et inconsistant, elle le rassura d’un sourire et, mis en confiance, ils se racontèrent leur vie avec enthousiasme. Quand leurs cœœurs battirent à l’'unisson, Piero, intimidé, n’'osa pas déclarer sa flamme naissante. Ils se turent, se laissant bercer par le chant des cigales. Soudain, un insecte se posa sur la main de Lucie qui sursauta.
« Ne t'’inquiète pas, ce doit être une de ces cigales qui sont si mystérieuses et si rares à observer » dit Piero.
Lucie, rassurée, admira les ailes translucides, la tenue camouflage verte  et les yeux globuleux de sa visiteuse. Piero poursuivit :
« C’est incroyable, les cigales vivent cachées et leurs chants s'’arrêtent dès que l’'on s'’approche. »
Il regarda Lucie avec un air perplexe :
« Pourquoi t-’a-t-elle choisie ? C’'est une énigme car il est exceptionnel que les cigales se posent sur un être humain d'’autant qu'’elles ne s'’envolent qu’'une fois par été pour trouver leurs conjoints. »
Quand Piero toucha la main de Lucie, la cigale se plaça sur la sienne, puis s'’envola. Il n'’y a pas que Cupidon qui envoie des flèches en plein cœœur ! Piero garda la main de Lucie dans la sienne, la porta à ses lèvres, et les deux amoureux coururent les chemins, main dans la main.
Jusqu’'à ce que le Soleil réclame Lucie et la Lune Piero.
Émus, ils se quittèrent au bord du chemin…
Lucie vit toujours dans le cœœur de Piero et Piero dans le cœœur de Lucie.
Écouteras-tu  les cigales te conter la suite de leur histoire ?
 
Patrick Misse,
le 28 décembre 2015

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Séparer le bon grain de l'ivraie

A l’heure où nous nous apprêtons à désigner le futur petit roi ou petite reine du Grand Languedoc, cette nouvelle région plus vaste et plus peuplée que l’Irlande ou l’Autriche, il est instructif de relire Le Prince, écrit par le florentin Machiavel en 1513. Il y décrivait l’intérêt pour un homme de pouvoir de s’affranchir de toute obligation de sincérité et de tout scrupule moral. Pour Machiavel, la mauvaise foi, la perfidie, la manipulation, la ruse ou la fourberie étaient bien plus efficaces en politique que la recherche du bien commun.

Cinq siècles plus tard, rien n’a vraiment changé.

Henri Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy, déclarait ainsi sur France Inter "qu’au fond, la classe politique n'est pas organisée, n'est pas construite aujourd'hui pour porter des convictions ou pour porter des valeurs. Elle est organisée pour conquérir et pour gérer le pouvoir." Sur sa lancée, il dénonçait "l’opportunisme d’un système où l'on fait toujours passer sa carrière avant les convictions." Ce grand connaisseur des coulisses de droite de la politique hexagonale ne pouvait pas être plus franc.

Jérôme Cahuzac, l’ancien ministre socialiste mis en examen pour blanchiment d'argent provenant de fraude fiscale, avait lui choisi la gauche comme tremplin politique. Si l’on en croit le journal le Monde, cela ne l’a pas empêché, en 1992, de recourir, à Philippe Peninque, un proche de Marine Le Pen, pour ouvrir son compte à l’Union des Banques Suisses. Jérôme Cahuzac illustrait ce temps où les opportunistes carriéristes se tournaient vers le PS car ils y voyaient une belle perspective vers le pouvoir.

Aujourd’hui les opportunistes ont changé de cap et affluent en masse au FN mais leur logique reste la même. Toujours démagogues, ils n’hésitent pas à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Certains font même le grand écart comme ce candidat frontiste qui dénonce l’euro et l’Europe mais se garde bien de renoncer à ses émoluments de député européen.

Chaque fois, à gauche comme à droite, ce sont les vrais militants qui au final sont bernés et les citoyens qui sont floués par quelques ténors, cyniques et manipulateurs, qui sont la honte de la politique.

Alors méfions-nous des certitudes et des solutions simplistes affichées par ceux qui veulent le pouvoir. Méfions-nous des individus qui sont prêts à tout pour une place dans un hémicycle. Méfions-nous des discours. Ce n’est pas les promesses ni ce que dit un candidat qui est important mais c’est ce qu’il est, ce qu’il fait et plus encore ce qu’il a fait.

Les élections régionales nous concernent car il en va des problèmes concrets de tous les jours. Avec nos taxes et impôts c’est nous qui payons les élus et donc c’est à nous de bien choisir notre personnel politique et d’imposer nos vues. Le vrai patron est toujours celui qui paye.

Regardons donc bien le CV de chaque candidat. Qu’a-t-il réalisé concrètement à ce jour ? Est-il un apparatchik qui vit de la politique ? Est-il un opportuniste prêt à perdre son âme pour accéder au pouvoir et profiter des prébendes qui y sont attachées? Est-il un militant manipulé au service d’un état-major ? Est-il un maire ou un conseiller municipal de terrain qui œuvre sincèrement pour le bien de sa ville ? Est-il tout simplement un honnête homme avec des compétences prouvées pour traiter les vrais problèmes? Tous les candidats ne sont pas pourris et il est de notre intérêt d’élire ceux d’entre eux qui ont des valeurs que nous partageons.

Jacques Carles

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La croissance n’est plus ce qu’elle était

Face à la crise, les gouvernants successifs sont impuissants depuis plus de quarante ans. Et ce n’est pas l’arrêt de l’investissement public, la compression infinie des coûts salariaux ou les restructurations qui vont améliorer la situation.

Pour autant les nostalgiques de la croissance des années 1945-1974 croient au miracle quand ils demandent une relance de la consommation et des industries manufacturières. La croissance de 4-5% l’an des « 30 glorieuses » n‘était qu’un rattrapage pour réparer les immenses dégâts occasionnés entre 1914 et 1944 par deux guerres mondiales et un krach boursier sans précédent.
Un simple calcul montre qu’une croissance sur le modèle du passé n’est pas possible indéfiniment. Imaginons un taux de croissance de 4% l’an, au bout d’un siècle la croissance cumulée est de 5100 % et sur un millénaire le facteur multiplicatif dépasse les cent millions de milliards !
La révolution industrielle des 19ème et 20ème siècle a changé profondément notre monde et considérablement épuisé nos ressources naturelles. Pourtant sur cette longue période la croissance n’a été en moyenne "que" de 1% l’an, assez quand même pour multiplier notre "richesse" par 7 en deux siècles et mettre en danger notre environnement. De fait même ce taux de 1% l’an ne peut se poursuivre à l’infini sur le modèle du passé. Au bout de 1000 ans le facteur d’expansion dépasserait les 20.000. Parallèlement la croissance de la population ne pourra pas non plus se poursuivre au rythme actuel de 1,2%. S’il en était ainsi, dans à peine trois siècles la terre devrait porter de plus 150 milliards d’être humains !

En Allemagne, la croissance de ces dernières années ne dépasse pas les 2%, en Chine le rattrapage se terminera bientôt et, comme le Japon avant elle, son taux de croissance va décliner inexorablement. Reste l’Afrique qui donne des signes de décollage économique mais qui une fois le rattrapage réalisé rejoindra le reste du monde et fermera la parenthèse de la révolution industrielle. La croissance d’environ 0,1 à 0,2% l’an que la planète a connu sur les 2 derniers millénaires redeviendra la norme.

Si la croissance de l’économie de l’après-guerre ne reviendra plus, cela ne signifie pas que l’on doive pour autant détruire nos institutions sociales au nom d’une nouvelle religion économique qui ne cesse de creuser les inégalités sans résoudre aucun des problèmes qui se posent. Il nous faut changer de paradigme et faire de l’immatériel, les biens sans consistance physique, le moteur de la croissance de l’économie.

La dématérialisation de l'économie est d’ailleurs déjà en route depuis des années avec la part croissante des services. Aujourd’hui le phénomène s’accélère avec les nouvelles technologies qui créent toujours plus de nouveaux produits immatériels, des logiciels aux jeux vidéos en passant par les innombrables applications des smartphones et l’internet qui changent nos modes de vie, de Meetic à Blablacar. Facebook à lui seul a créé 78.000 emplois en France, directs ou indirects, en 2014.

Les secteurs traditionnels eux-mêmes incorporent toujours plus d’immatériel comme par exemple l’automobile avec le GPS et l’aide au stationnement, la presse qui, comme MTP-info, devient numérique ou encore l’agriculture qui dépend de plus en plus du savoir immatériel des biotechnologies.
Musique, cinéma, télévision, tourisme, édition, mode, design, architecture, spectacles, événementiel… les industries culturelles, immatérielles en grande partie, prennent chaque jour plus d’importance.

Dans les secteurs de base les marges ne se font quasiment plus par la production mais par la valeur immatérielle ajoutée aux produits. C’est ce qu’ont compris nos vignerons qui rivalisent d’inventivité pour faire de la qualité et améliorer la valeur perçue de leurs vins, c’est encore Tarbouriech à Marseillan qui révolutionne la conchyliculture et double le prix d’une huitre.

Le capital lui-même devient immatériel : ce n’est plus le nombre d’usines ou de machine qui compte mais le savoir faire organisationnel, la capacité à créer des concepts et à produire des idées.

L'immatériel sera la force motrice de l’économie du futur, en particulier dans les domaines où les besoins sont illimités : santé, éducation, culture, sports, loisirs…

En définitive, notre vrai capital d'un pays, ce sont nos hommes et nos femmes avec leurs talents et leurs connaissances....et la seule croissance durable est celle qui contribue à leur qualité de vie. C'est par là que se créeront les richesses et les emplois nécessaires à notre jeunesse. Dans une économie de plus en plus immatérielle, la labellisation French Tech de Montpellier et le plan Num'hér@ult du département deviennent alors de réels atouts.

Jacques Carles

 

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Proche nature

Les héraultais se rendent-ils compte de leur chance de vivre dans un pays où la nature est à portée de main et de pieds ? A Lyon, Bordeaux et ne parlons pas de Paris, il faut des heures pour retrouver près et forets. Ici, garrigues et plages sont toutes proches, il suffit de marcher un peu et à nous la vraie campagne.
A Montpellier les rives du Lez et de la Mosson sont des endroits naturels préservés à quelques minutes du centre ville.
Entre Agde et Marseillan, le vaste étang du Banyas est le refuge d’une faune étonnante et variée. 
A Sète, le Mont Saint Clair et sa foret des Pierres Blanches sont le paradis des marcheurs.
Pour Frontignan, Gigean et les villages voisins, la massif de lla Gardiole est un magnifique terrain de jeux.
Montbazin offre les rives de la Vène et la vaste garrigue d’Antonègre où paissent les moutons de M. Saltel.
Cournonsec et Cournonterral sont la porte du vaste Causse d’Aumelas, le Causse le plus proche de la mer.
A Poussan, il suffit de quelques pas pour arpenter la garrigue sauvage.
C’est une chance pour tous les habitants de ces communes de vivre si près d’une belle nature authentique. Ici, nul besoin de Parcs et de jardins préfabriqués. La vraie nature est à nos portes !

Bernard Barraillé


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Excès de zèle

« Arrêtez d’emmerder les français. Trop de lois, de décrets, de règlements. Foutez leur la paix ! »

C’est la violente invective qu’en 1969 le président Georges Pompidou adressa à son gouvernement lors d’un conseil de ministres. Effectivement, pendant quelques années, législateurs et technocrates calmèrent leurs ardeurs législatives et règlementaires puis, Pompidou parti, reprirent leurs manies. Et c’est maintenant tous les jours qu’on peut mesurer l’activité des responsables, toujours friands de règlementer et de faire dire aux lois plus qu’elles ne voulaient dire.

L’exemple local le plus récent nous est fourni par l’affaire des maisons des Aresquiers à Frontignan. Voilà un siècle que de braves gens se sont installés le long du Canal sans jamais créer le moindre problème à quiconque. Mais voilà qu’un technocrate des voies navigables et une sous-préfète veulent les en chasser sous le prétexte qu’ils sont en zone classée inondable. Or, il n’y a jamais eu d’inondation et on voit mal comment les eaux pourraient atteindre les maisons bâties entre le canal et les étangs. L’affaire serait ridicule si elle ne risquait pas d’aboutir à la suppression de ces jolies maisons où de braves gens coulent des jours heureux. Les élus, Pierre Bouldoire le maire et vice-président du Conseil Départemental  en tête, ont certes pris leur défense mais les serviteurs zélés de l’État restent inflexibles. Pour eux, la Loi, c’est la Loi ! Même quand elle est stupide.

Bernard Barraillé

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La Marquise sur le sable

Le quotidien tue l’insolite. Prenez la plage. Qui s’étonne de devoir enjamber une armée de corps pour tremper un orteil dans la Méditerranée ? Et pourtant, si la Marquise de Sévigné revenait parmi nous et décrivait ce qu’on peut voir, l’été venu, à Sète ou à Palavas… Imaginons un peu.

Fuyant pour une journée notre retraite languedocienne surchauffée, calcinée, écrasée par un impitoyable astre solaire, nous allâmes sur les bords du Golfe du Lion à la recherche de quelque rafraichissant zéphyr. La route fut longue et notre carrosse à moteur, bien que toutes les vitres fussent ouvertes, se retrouva très vite dans d’impressionnantes réunions d’engins similaires, venus dans le même but que nous sur les chaussées menant à la mer.

Le croirez-vous, ma chère fille, j’eus beau arguer de mes titres et de la faveur du Roi, nul de ces manants ne consentit à s’écarter et à nous faire place. Il nous fallut, des heures durant, avancer aussi lentement qu’un gastéropode et subir les ardeurs du soleil, enfermés dans cette boîte sur roues où nous respirions les malodorants effluves des machines voisines.

Nous finîmes par aboutir à cette plage tant désirée, je vous laisse imaginer dans quel désordre vestimentaire ! Mais ces vapeurs furent bien vite oubliées tant le spectacle nous surprit.

Imaginez une longue, très longue, bande de sable mollement caressée par une eau plus proche de nos étangs solognots que de l’Océan. Et là-dessus s’allongeaient des centaines d’êtres des deux sexes et de tous âges exhibant des corps nus, si l’on excepte quelques triangles de tissus censés sauver ce qui leur reste de pudeur.

Vous vous doutez que le costume dans lequel j’approchai des eaux salées était d’une tout autre facture. Mais l’entassement était tel que, pour atteindre le rivage, il me fallut enjamber bien des corps étalés dont beaucoup luisaient d’épaisses couches d’huile. Curieuse coutume ! Elle me rappela cette bonne cuisinière de nos gens qui n’avait pas son pareil pour enduire les peaux des animaux destinés au tournebroche.

Ayant enfin atteint le sable mouillé par les vaguelettes, il m'a fallu parer à un autre danger inattendu : de lourdes balles sillonnaient les airs, frappées violemment par des joueurs se faisant face. Il s’agit, m’a t-on dit, d’une variante de notre jeu de paume, venue d’Albion sous le nom de beach-ball. Probablement un jeu inventé par ces perfides anglais pour que les français se tuent entre eux.

Ayant esquivé ces tirs, je pus enfin m’immerger dans les eaux méditerranéennes et trouver la fraîcheur, objet de toutes ces pérégrinations et de tous ces tracas. Soudain, alors que je savourai cette récompense, un engin bizarre, sorte de madrier flottant orné d’une voile à laquelle s’accrochait un énergumène, fonça dans ma direction et me frôla de quelques pouces.

C’en était trop ! La recherche de la fraicheur et la nécessité pour les gens de notre monde de connaître les goûts du peuple ne pouvaient me retenir davantage. Une prompte retraite nous fit échapper à ces moites rivages surpeuplés. Je vous laisse deviner avec quelle satisfaction nous avons retrouvé les charmes agrestes du parc de notre château. A l’ombre de nos pampres, un simple éventail a suffi à nous donner ce que nous étions allés chercher avec tant de risques. Méditez bien cela, ma chère fille, et évitez si m’en croyez ces rivages salés si peu hospitaliers.

Bernard Barraillé

Les Précurseurs

C’est un événement artistique considérable qui vient de s’ouvrir pour l’été au Musée Paul Valéry de Sète. Maïté Valles-Bled y présente la naissance de la Figuration Libre  avec des œuvres qu’elle réussi à obtenir en France et aux USA, les deux pays où est né ce courant à la même époque. Et en France, c’est principalement de Sète qu’est partie cette nouvelle manière de peindre.

Mais l’art des deux chefs de file Hervé di Rosa et Robert Combas qui allaient connaître un renom internationak n’est pas né par hasard dans l’ile où venaient de s’installer Desnoyer et Soulages.

Dans les années 50, il y avait à Sète un étonnant professeur de dessin : Pierre Baudou. Passionné par son travail, il recevait chez lui, dans son modeste logis, les scolaires pour prolonger son enseignement. Il les incitait à faire preuve d’inventivité et d’imagination. Parmi les élèves assidus, se trouvait Pierre François, qui très vite se révéla particulièrement créatif. Parallèlement, dans sa maison de garde-barrière à La Peyrade, Gregogna ne cessait de créer et d’influencer les jeunes qui fréquentaient son atelier, parmi lesquels Hervé di Rosa qui devait devenir son gendre.

Tous ces jeunes fous de peinture fréquentaient aussi l’école des Beaux Arts que dirigeait Mme Beaupuy-Manciet. Cette Lauréate du Prix de Rome, savait oublier sa culture classique pour être une adepte convaincue de la liberté de création qu’elle laissait à ses élèves, dont Di Rosa et Combas.

A la suite de ces deux chefs de file, se créent des groupes de jeunes débutants, tel les Yaros, où débutent les bons peintres d’aujourd’hui, tels Christophe Cosentino, les frères Biascamano ou André Cervera.

Rien d’étonnant donc à ce que la Figuration Libre soit pour l’essentiel née à Sète. Tout était réuni pour que du cocon  sorte une jolie chrysalide.

Bernard Barraillé

Que vont faire les 50 ?

Ils sont cinquante, 25 hommes et 25 femmes, pour nous représenter à l’assemblée départementale de l’Hérault. Démocratiquement élus en mars, leur légitimité est incontestable mais quel va être leur pouvoir réel pour améliorer significativement la situation ? Auront-ils la volonté de remettre en cause le fonctionnement de l’institution? Auront-ils le cran d’agir en profondeur en conjuguant le bien commun et l’intérêt individuel ?

Compte tenu de l’abstention lors des élections, les conseillers départementaux sont affaiblis car ils supportent la défiance des français envers la politique telle qu’elle se joue au niveau national.  Par ailleurs la réforme territoriale étant inachevée, ils ne savent pas encore précisément ce que seront leurs compétences.

Dans ce contexte, les 50 conseillers de l’Hérault doivent  réaliser que leur vrai pouvoir est le pouvoir de proposition. Ils doivent s’en emparer et agir avec détermination. Ils se doivent de démontrer que département n’est pas la structure archaïque qu’on nous a décrite et dont il faut se débarrasser au plus vite pour faire des économies. Le département, héritier de la Révolution, a su s’adapter et a traversé tous les régimes depuis 1790. Ce n’est pas un hasard. Nos conseillers et conseillères fraichement élus doivent  à leur tour prouver que le département peut servir une fois encore pour réussir la transition vers une société moderne. 
A eux de lancer un mouvement qui ne viendra pas du sommet de l’état coupé des réalités. Ils n’ont rien à attendre non plus des partis  repliés sur eux mêmes, qui ne sont plus représentatifs de la société et dont les chefs sont préoccupés avant tout de leurs carrières.

Le département dispose d’un énorme budget de 1,5 milliards. Le gérer efficacement implique de faire des choix politiques clairs, de refuser la fatalité et d’innover sur le terrain social, domaine majeur de l’action départementale.

L’aide sociale par exemple ne peut se réduire à une assistance envers les plus défavorisés avec pour seul critère d’appréciation le coût pour la collectivité. Il faut revenir  à l’esprit de l’universalité des droits déjà défendus sous la 3ème république par Léon Bourgeois et les solidaristes.

Dénoncer l’assistanat et condamner  tous les assistés supposés responsables de leur sort est injuste et inacceptable. Rendre autonomes les individus est bien sûr souhaitable  mais pour atteindre cet objectif encore faut-il mettre en place des politiques qui combattent les inégalités qui pèsent sur leur destin.  Ne pas avoir de logement fixe est par exemple un handicap majeur qui mène à l’exclusion. Etre éduqué puis bénéficier de la formation continue tout au long de sa vie  est le meilleur rempart contre le risque de licenciement.  Le droit au logement comme le droit à la formation professionnelle ne doivent pas être que des slogans. Comme la maladie, la vieillesse, le handicap ou d’autres maux, le chômage doit faire parti des risques à couvrir par les politiques sociales de prévention.

Lutter contre le chômage signifie encore œuvrer pour une meilleure efficacité économique. C’est prendre en considération les besoins des entreprises et investir dans les infrastructures pour leur permettre de se développer et d’investir à leur tour. C’est agir également pour que les prestations sociales ne soient pas qu’un système de redistribution de l’impôt mais deviennent aussi un levier pour l’économie sociale et solidaire. Cette économie au service des hommes fourmille d’idées originales dans tous les secteurs d’activités. Pourquoi ne pas exploiter à grande échelle cette piste tout comme celle de la création d’une monnaie citoyenne à l’instar du Wir déjà ancien des entreprises Suisses, du  Galleco plus récent des Bretons ou de l’Eusko des Basques. Ces monnaies locales complémentaires de l’euro se révèlent efficaces pour favoriser le commerce de proximité et les circuits courts.

L’heure n’est plus au conservatisme ni au dogmatisme mais à l’expérimentation, à l’innovation et à la coopération entre les diverses collectivités territoriales. Les citoyens attendent de leurs représentants, quelles que soient  leurs couleurs politiques, qu’ils agissent et alignent leur effort dans la même direction pour des résultats concrets.

Jacques Carles

Propos sur la première cigale

 Il est des évènements naturels qui surviennent naturellement, sans que l’homme y soit pour quelque chose.. La première cigale fait partie de ces faits saillants qui surgissent comme un jalon temporel sur notre belle planète. On voit surgir ainsi la première hirondelle, et on entend la première cigale. ..

C’était dimanche dernier, profitant de la chaleur soudaine d’un mois de juin naissant, la cigale s’est extirpée laborieusement de sa chrysalide. Après une lente maturation de plusieurs années dans la terre, elle s’est hissée sur l’écorce d’un frêne pour vivre sa belle vie d’adulte. Et là, s’est mise à chanter, lancinante mélodie sans laquelle nos garrigues surchauffées ne seraient que des déserts stériles.

En fait l’invisible insecte ne se trahit que pas sa cymbalisation, cet incessant mouvement de l’abdomen qui nous ferait croire qu’elle chante à perdre haleine ! …

Nos scientifiques pourraient y trouver matière à réflexion, selon l’équation :

« matière naturelle + déformation = bruit (très fort) sans usure »,

car elle a beau gondoler et regondoler, la cigale est inusable. C’est là son moindre défaut, et quand elles s’y mettent à plusieurs, elles nous « ensourdent », à peine si on s’entend marcher dans nos garrigues, non seulement il y fait chaud, mais, quand on les entend, il fait encore plus chaud… Ô insectes infernaux, inextinguible engeance, on vous perçoit aimablement tant que vous êtes seule ou la première, mais vous nous forcez à souhaiter le soir où, enfin la fraîcheur revenue, vous vous taisez enfin.

Autre anecdote: les habitants de St Hippolyte du fort se nomment les Cigalois, (on peut le comprendre, c’est certes plus poétique que Saint fortohippolyticiens)…

 Dominique Coërchon

De la grande illusion au vrai changement

Si le Front National a bien été fondé en 1972 sous les auspices du mouvement néofasciste Ordre Nouveau, il est aujourd’hui un parti comme les autres. Il est même une aubaine pour les opportunistes et les carriéristes de tous bords, comme on le constate ici même.

Les sondages laissant entrevoir que des places sont à prendre, de jeunes loups se découvrent une vocation à servir avec le costume bleu marine. Des politiciens plus chevronnés, constatant un horizon bouché dans leur parti d’origine, retournent leurs vestes et font allégeance à la famille Le Pen dans l’espoir d’un meilleur avenir professionnel.
Tous adoptent très vite le discours populiste convenu, conscients qu’au FN comme ailleurs, les nominations obéissent au centralisme démocratique dans la plus pure tradition stalinienne.

“Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent” disaient déjà Jacques Chirac en 1988 reprenant l’aphorisme d’Henri Queuille, ancien ministre de la troisième république.
Les caciques de la rue des Suisses, au siège du Front National à Nanterre, ont retenu la leçon. Le rationnel ne payant pas en politique, ils ont concocté un discours qui ratisse large. Qu’importe les incohérences, on y mélange allègrement les valeurs de gauche et celles de droite.
Née à Neuilly où Sarkozy a été maire et où la richesse moyenne par habitant est l'une des plus élevées de France, Marine Le Pen n’en défend pas moins, comme les autres, le « Peuple »… elle crie haro sur la finance mais prévoit la suppression d’impôts et taxes qui ne plaisent pas au capitalisme ultralibéral. Comme les populistes des années 1930, elle cherche des boucs émissaires : les étrangers et l’Europe. Elle prône le repli sur soi, la fermeture des frontières aux hommes et aux produits. Quitter l’Europe et sa monnaie sont alors présentés comme des projets d’avenir. Tant pis si ces options sont irréalistes voire suicidaires, ce ne sont de toute façon que des slogans de campagne car elle n’a pas de miracle à proposer.
Le FN a récupéré la laïcité mais il défend des valeurs catholiques intégristes. Quand à son ostracisme envers les musulmans cela n’empêche pas Marion Marechal-Le Pen, petite fille de Jean-Marie, de s’adresser en Egypte à « ses amis arabes » dans une tribune publiée par le journal Al Akhbar Al Yawm. Comprenne qui pourra.

On cherche en vain les logiques du FN qui veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes. En ce sens aussi, il n’est hélas pas différent des autres partis délabrés qui gouvernent alternativement le pays. Et ce qui est derrière est dangereux.

Aucun parti actuel n’est aujourd’hui crédible. Aucun n’est en mesure de transformer en action notre indignation pour mettre fin aux privilèges et aux prébendes que s’arrogent les « élites ».

A l’heure d’internet, les électeurs ne veulent plus signer un chèque en blanc à des élus préoccupés avant tout de leur intérêt personnel et de leurs petites carrières. Les citoyens veulent participer aux décisions qui les concernent et exercer leur pouvoir de proposition. Ils sont lassés de cette pensée unique négative qui les laminent et les amène à être contre tout. Ils aspirent à se mobiliser pour un projet qui en vaille la peine.

Le vrai patron c’est celui qui paye or c’est bien le citoyen qui, par ses impôts et ses taxes, paye ses représentants.

Un patron choisit son personnel et le dirige. Le choix des représentants à l’assemblée départementale que nous éliront les 22 et 29 mars est donc particulièrement important car une bonne part de notre vie quotidienne dépend de ce personnel politique de terrain qui sortira des urnes.

Dans ce choix, ce qui compte ce n’est pas ce que disent les candidats, c’est ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Il est donc important de connaître le vrai parcours et les vraies réalisations de ces hommes et de ces femmes. Nos futurs représentants doivent avoir de bonnes références et être capable de travailler avec les citoyens sur des projets concrets avec des politiques claires.

En 1789, c’est ensemble que le bas clergé, la petite noblesse et le peuple ont fait triompher les idées des Lumières. Ils ne se sont pas mobilisés pour un parti mais pour des valeurs.
Alors oui, le changement, c’est maintenant… mais avec nous !

Jacques Carles