Recherche d’une église

Jules Romain me pardonnerait d’avoir emprunté le titre d’un des tomes des Hommes de bonne volonté. Mais ce sont les mots qui viennent à l’esprit face aux réactions de la société française confrontée aux drames que nous vivons depuis janvier 2015.

La vie continue

Il y a eu le 13 novembre et c’est Noël. A Montpellier, on s’est surpassé dans les décorations, les illuminations. Une énorme mappemonde scintillante trône entre la Comédie et l’Esplanade. Il y a eu la soirée « lumières » qui a embouteillé le centre ville et l’avenue Clemenceau, l’avenue de Toulouse jusqu’à l’entrée de l’autoroute à l’ouest. Et il y avait foule dans le centre historique. Montpellier semble vouloir recueillir "les dividendes de la paix", comme de bons esprits y pensaient après l’effondrement de l’URSS et la fin de la guerre froide. Alors, on tourne le dos à une histoire trop tragique et, puisque « la vie continue », on cherche au fond à conjurer l’angoisse millénaire de l’Homme face à ce qui pourrait être la mort de la lumière. Mais, n’étant plus au temps des mégalithes, on éclaire l’obscurité à en concurrencer Phébus lui-même. Et comme on pense aborder une ère nouvelle (on est au XXIème siècle), on consomme à pleins Caddies. « Si je veux, quand je veux » n’était pas qu’un slogan commercial ; c’était aussi le reflet d’aspirations largement partagées. Les technologies numériques sont là pour tenter de satisfaire un "moi" sans cesse plus exigeant.

Le « grand renfermement »

Alors, à part ce qui abîme l’individu (la crise, le chômage), de quoi se soucie-t-on ? Selon son vécu, d’une prochaine reprise économique, d’un retour à la nature ou à un passé mythifié. Mais on a beau tisonner les braises du Grand Siècle (le XVIIIème disait Michelet), aucune flamme ne brûle dans les esprits. Pour beaucoup, "Dieu est mort". Et les "mille soleils" que Jaurès voulait allumer dans les consciences sont bien pâles. Aujourd’hui, ce qui se dit socialisme n’est plus la foi en la destinée humaine. Le vent ne souffle plus de l’Est, Lénine est bien oublié et les effigies de Marx sont bradées chez les brocanteurs. Alors, pour certains, le salut est dans le passé : l’Eglise d’avant Vatican II ; l’Histoire de France que l’on veut glorieuse (vous savez, Versailles, Chambord, Louis XIV et … Marie Antoinette, si sympathique !). D’autres se tournent vers l’ésotérisme, le bouddhisme, le yoga. Il n’est pas de jour où l’on ne vous invite à réaliser son âme, réveiller les forces cachées du psychisme. Et puis, il y a le web avec les « visites », les « amis », les réseaux… Et une société fragmentée en autant d’atomes que d’individus est attaquée au nom d’une vision totalitariste du monde où l’individu n’est rien.

Bien sûr, autour des statues des Trois Grâces, on a déposé des fleurs, allumé des bougies, déposé des messages. Des messages dont très peu parlaient de courage. Les individus s’agrègent en groupes, tout en restant isolés en eux-mêmes. Dès le lendemain, on a déploré…, mais structure-t-on sa pensée, dirige-t-on son action ? Recherche d’une église, écrivait-on au début du XXème siècle.

Hervé Le Blanche

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