A quoi sert un président de la République ?

Les français n’aiment plus l’actuel président de la République. Ils n’aimaient guère davantage son prédécesseur. Il y a gros à parier que le suivant ou la suivante deviendra, lui ou elle aussi, vite impopulaire. Dans ces conditions, avant de savoir pour qui voter,  ne serait-il pas utile de se poser une question préalable : à quoi sert le Président ?

Fait sur mesure pour le général de Gaulle, le costume de Président de la 5ème République apparaît, un demi siècle plus tard, bien grand pour ses successeurs et surtout bien mal adapté au contexte du 21ème siècle. Le destin du pays n’est plus entre ses seules mains. Il est certes élu par la nation toute entière mais quelle souveraineté incarne-t-il quand son pouvoir se trouve désormais partagé avec vingt-sept autres pays d’Europe. Quelles sont ses marges de manœuvre  quand des acteurs  aux poids considérables, institutionnels ou privés, assument une gouvernance de fait au niveau planétaire.

L’élection au suffrage universel directe d’un monarque absolu, franco-français, est-elle donc encore pertinente ?

En Europe, la France fait figure d'exception. Son président n’est soumis à aucun contrôle et n’est responsable que devant lui-même. En Grande Bretagne, en Espagne, en Suède et dans tous les royaumes, le roi ou la reine n'ont qu'une fonction symbolique de représentation. En Allemagne, en Italie et dans tous les autres pays républicains du continent, le président n'a qu’une autorité morale. Partout, le vrai pouvoir est exercé par le premier ministre ou son équivalent, le Chancelier en Allemagne ou le Président du Conseil en Italie. Dans toutes les démocraties d’Europe, le pouvoir est exercé par la représentation parlementaire qui désigne le premier ministre. Seule, la France accepte que son assemblée nationale ne soit qu’une chambre d’enregistrement des volontés du chef de l’état.

En Amérique, les Etats-Unis, république fédérale à l’échelle d’un continent, le président élu au suffrage indirect par les grands électeurs de chaque état, cumule le rôle de chef d’état et de premier ministre.

La théâtralisation de l'élection présidentielle française ne doit pas faire illusion. Dépassée, elle n’est démocratique qu’en apparence. La fonction présidentielle n’est plus que le poste couronnant la carrière d’un politicien professionnel.

Le débat d’idées est totalement vidé de sens au profit de l'apparence. Promesses inconsidérées, voire dangereuses et discours réducteurs font croire le temps d’une campagne électorale que des solutions simplistes suffisent à régler des problèmes complexes. La forme prime le fond. L’affect l’emporte sur le raisonnement. Le « look » des candidats ou leurs vies privées a valeur d’arguments. Slogans et incantations ont valeur de programmes. Les batailles d’ego  occultent les vrais enjeux.

Les français le supportent de moins en moins. Dans le contexte actuel de méfiance envers la politique, le risque est grand de voir un jour le système accoucher d’un despote, éclairé ou borné, à l’opposé de l’idéal démocratique de notre république.

Un escalier se balayant par le haut, il est alors grand temps d’attaquer le mille-feuille par le bon côté. Avant de supprimer des fonctionnaires par démagogie pour dégrader un peu plus nos hôpitaux, notre police et nos services publics en général, posons nous la question de savoir  s’il ne faut pas supprimer la fonction présidentielle sous sa forme monarchique actuelle.

Ne faudrait-il pas aussi se demander comment retrouver au sommet de l’état  des représentants qui redeviennent représentatifs de la volonté populaire?

Face aux problèmes posés à notre démocratie par la globalisation et par l’existence de l’Union européenne, la solution du repli est une vue de l’esprit. A l’heure où le seul cadre national est inopérant, ce n’est pas d’un monarque, fut-il républicain, dont nous avons besoin mais d’un premier ministre et d’un gouvernement ouverts sur le monde, capables de porter à Bruxelles les choix politiques des français pour reconstruire l’Europe.

Jacques Carles