Cette fois, je vote !

La politique est noble et peut changer le cours des choses.
Les gilets jaunes reprochent aux politiques leur prétendue corruption, leur absence de sens moral, leur carriérisme et bien d’autres tares mais n’est-ce pas notre effacement, notre perte d’illusion, notre désenchantement qui en est la cause? N’est-ce pas la désaffection des électeurs qui ouvrent la voie à une classe politique sans morale?

Il est troublant de constater que plus l’abstention monte, plus la politique devient un monde d’ambitieux, d’opportunistes, de démagogues et de cyniques. C’est quand on ne vote plus que les aventuriers prennent le pouvoir.
Le système c’est nous, il reflète nos comportements. Notre rejet de la chose publique traduit notre égoïsme et notre désintérêt pour autrui.

S’abstenir est contre productif. Croire qu’en s’abstenant on va inciter les politiques à changer de comportement est bien naïf. Croire qu’en ne votant pas on va contribuer à l’effondrement du système pour en bâtir un conforme à nos attentes est encore plus utopique, voire idiot. La seule façon d’influencer le système c’est de voter.

Ne pas voter c’est laisser le pouvoir aux autres et dans ce cas on ne peut s’en prendre qu’à soi même pour les conséquences. L’abstention ou le votre sanction pour les extrêmes n’est pas la conséquence d’une piètre classe politique, elle en est la cause.

Voter sans illusion et en restant lucide est le seul moyen de montrer au politique que le vrai patron c’est bien celui qui par son vote le recrute et donc le paye. Voter c’est ne pas abdiquer, c’est assumer son destin, c’est garder le pouvoir et faire pression pour moraliser la vie publique.

Voter n’est pas un droit, c’est un devoir. C’est aussi notre intérêt.

Rhadamante

L’Europe, la Nation, la Région

Les opinions publiques sont conscientes que l’Europe est nécessaire pour traiter les problèmes globaux, entre autres, la fiscalité, la concurrence déloyale, le trafic de drogues, le risque terroriste ou encore l’immigration. Dans un monde globalisé, l’union et la taille sont en effet des facteurs déterminants pour agir et être puissant. De même que les entreprises se regroupent par fusion ou acquisition, les pays sont appelés à s’unir pour continuer d’exister. 

Les peuples d’Europe s’inquiètent néanmoins d’une Union qui profite surtout à une minorité et qui accroît les inégalités. La Nation apparaît alors comme un bouclier à ceux qui sont en quête d’identité et, dans de nombreux pays, la Région semble tout aussi apte à jouer ce rôle.

Ainsi de nombreuses revendications d’autonomie régionale voire d’indépendance se font entendre, jusqu’au cœur même de l’Europe, où Flamands et Wallons sont près de faire éclater la Belgique. En Espagne, Catalans, Basques, Galiciens, Andalous ou encore Aragonais ont déjà obtenu une reconnaissance de leurs spécificités culturelles. En Italie, la Lombardie, la Vénétie, le Frioul, la Sardaigne et dans une moindre mesure la Sicile, ont des revendications spécifiques. Dans le Royaume plutôt désuni du Brexit, les Ecossais et les Gallois se verraient bien un avenir à part de l’Angleterre. En Scandinavie, les Lapons veulent un pays à eux. La Frise aux Pays-Bas, la Silésie en Pologne et même la Bavière, en Allemagne, aspirent à des droits culturels particuliers. En France, lors des dernières élections, les Corses ont voté majoritairement pour les autonomistes et des mouvements identitaires existent en Alsace, en Bretagne et au pays Basque. 

Ces régionalismes ne sont pas incompatibles avec la construction de l’Europe. L’aspiration des peuples d’Europe à s’unir reste en effet très forte, à condition que soient garanties leurs identités. Une identité européenne implique une adhésion à des valeurs communes mais elle n’est pas synonyme d’uniformisation.
De son coté, l’Europe tend à faire jouer aux Régions un rôle de plus en plus important avec le principe de subsidiarité qui vise à privilégier le niveau inférieur d'un pouvoir de décision aussi longtemps que le niveau supérieur ne peut pas agir de manière plus efficace. Ce faisant, l’Europe contribue ainsi à conserver l’extraordinaire richesse culturelle et linguistique du continent. Dans ce contexte, les états-nations, dont la France est l’archétype perdent ainsi de leur pouvoir par le haut au profit de l’Europe et par le bas au profit des Régions. 

Tout être humain a un besoin fort d’appartenance à une identité mais il ne peut multiplier les niveaux d’appartenance. Deux c'est déjà beaucoup et trois c'est presque impossible. Ce sont sans doute les états-nations, souvent récents à l’échelle historique (l’Italie ne date que de 1861), qui s’effaceront les premiers au profit de l’Europe et des Régions dont les existences sont millénaires pour nombre d’entre elles. 

Le communautarisme est un autre facteur qui favorise le délitement des états-nations. Partout en Europe, le communautarisme des citoyens issus de l’immigration est une sorte de résistance passive à l’intégration, un refus conscient ou inconscient d’appartenir à la communauté nationale du pays d’accueil, avec ses règles et ses valeurs. Il est favorisé d’une part par les nouvelles technologies qui rendent beaucoup plus facile le maintien de racines avec la culture et le pays d’origine.
Il est aussi le symptôme d’une Europe qui n’a pas encore un projet idéologique clair. A trop faire pénitence de son passé, à trop douter et à trop dénigrer son présent, l’Europe ne suscite plus l’enthousiasme.

Dans le passé, l’immigrant était fier d’adhérer à son nouveau pays et il voyait sa naturalisation comme une promotion. Aujourd’hui la société européenne, pas plus que ses composantes nationales, n’a de vision collective, ambitieuse et généreuse pour susciter un désir d’intégration. 

Bref il manque encore une âme à L’Europe.

Rhadamanthe

Retrouver le sens du bien commun

Notre système politique est un mélange de libéralisme et d’état providence.
Avec la montée de l’individualisme, on attend du libéralisme qu’il mette la personne au centre des préoccupations tandis qu’on attend de l’état providence qu’il résolve tous nos problèmes. Comme l’état ne peut faire les deux à la fois, répondre à toutes les demandes individuelles - moi d’abord, tout de suite - et éradiquer la misère, il finit par mécontenter tout le monde.
Dans ce système schizophrène les élus perdent leur fonction essentielle : celle d’éclairer et de guider le peuple. Ils se contentent d’organiser la société ou de gérer l’économie, du moins la faible part sur laquelle ils ont prise. La démocratie représentative est alors prise au piège. Dans l’incapacité d’additionner les envies contradictoires elle accepte la montée des particularismes, des corporatismes, des communautarismes, pendants sociaux de l’individualisme. L’équipe au pouvoir oublie qu’elle a en charge ce qui est bon pour tous et pas uniquement pour certains.  Elle s’appuie sur une élite qui décide de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est vrai. Elle n’écoute guère ceux qui ne pensent pas comme elle. Les opposants adoptent une position symétrique et campent sur leurs propres vérités. Ils n’écoutent pas davantage et promettent de massacrer l’autre s’ils gagnent politiquement. Ils sont prêts à échanger un système honni pour une tyrannie nouvelle potentiellement plus dangereuse encore que les féodalités antérieures.

En 2017, quelques semaines à peine après l’élection du nouveau Président de la République, nous annoncions dans un éditorial daté du 9 juillet que les conditions étaient réunies, pour que la cocotte minute se mette à siffler : un État avec des caisses vides, un endettement abyssal, une fiscalité  écrasante, des inégalités et une insécurité croissantes. 
En ce début 2019, le large soutien de l’opinion aux gilets jaunes et la dangereuse acceptation tacite de la violence montrent que la révolution que nous pressentions est en cours. Comme toujours dans un tel cas, attendons-nous à présent à traverser une très longue période d’instabilité.

Pour éviter l’anarchie et les risques qu’une période révolutionnaire implique Il nous faut redonner du poids à la démocratie participative. En effet le salut ne peut plus venir d’en haut. Dans le contexte actuel, le pouvoir descendant à sens unique ne peut que récolter la révolte ascendante.  Nos représentants ne sont pas tous pourris, beaucoup sont mêmes compétents et animés de nobles sentiments mais ils ne sont pas magiciens, pas plus que ceux qui, en embuscade, promettent la lune s’ils parviennent à les remplacer.

 La seule solution raisonnable est de faire appel à l’ensemble des ressources démocratiques. C’est au peuple de redéfinir le sens du bien commun et c’est au peuple d’identifier ce  à quoi tous les citoyens tiennent.

 En Pays de Thau,  entre conseils de quartier, conseil de développement ou autres conseils participatifs, des expériences intéressantes sont en cours depuis plusieurs années et débouchent sur des projets concrets qui font avancer notre agglomération ou nos communes. Il faut bien sûr aller au-delà de ces pratiques limitées dans leurs objets et raisonner au niveau national.  Cela implique de ne pas  faire l’impasse sur des questions plus fondamentales encore que le pouvoir d’achat ou la fiscalité comme l’idée que nous nous faisons collectivement de la nation ou de l’Europe.
Qu’est-ce que la Nation ? Qu’est-ce qui nous unit ? Une histoire ? Une culture ? Une langue ? Des valeurs républicaines ? La solidarité de l’état providence ? L’exaltation de la nation peut-elle nous entraîner vers le nationalisme : le retour des tranchées de 14-18 et de leurs millions de morts, une nouvelle Shoah et l’extermination de ceux qui sont différents ?
L’Europe dans son fonctionnement actuel est rejetée par une grande partie des citoyens. Mais quel est son bilan objectif  depuis sa création en 1957 ? Que nous a-t-elle apporté : la paix, la monnaie commune, etc. Quel problème n’a-t-elle pas su résoudre : le chômage, le terrorisme, etc. Comment la France peut-elle contribuer à relancer l’idée européenne sur de nouvelles bases ?

Le débat annoncé par le gouvernement sous la pression des gilets jaunes peut être une occasion inespérée de retrouver le sens du bien commun et de réussir pacifiquement la révolution en cours. Nous avons peut-être l’opportunité exceptionnelle de redéfinir notre société et d’expliciter les raisons pour lesquelles nous formons un tout.
Cela implique que chacun joue vraiment le jeu. Le pouvoir comme les oppositions doivent comprendre que les antagonismes simplistes ne mènent à rien. Des gens convaincus de détenir à eux seuls la vérité seraient de piètres acteurs d’un théâtre tragique : des méchants qui refusent aux gentils ce à quoi ils pensent avoir droit, des décideurs qui jugent le peuple trop ignare pour comprendre où se trouve son intérêt, des affreux qui sentent le soufre, avec lesquels on ne peut dialoguer et qu’il faut envoyer au goulag.
Il ne suffit pas d’avoir raison pour imposer son point de vue. Il faut pouvoir le confronter à d’autres et le soumettre à l’épreuve du débat pour qu’il devienne un élément du socle commun des idées et des valeurs à partager. La décision condescendante qui vient d’en haut n’a pas plus sa place dans un tel débat que le «  y a qu’à, faut qu’on » si répandu chez les démagogues et les irresponsables civiques. De même, recueillir l’assentiment de la majorité ne donne pas le droit d’ignorer voire d’opprimer la minorité. Notre idée du vivre ensemble et du lien social ne repose pas que sur des lois et des règles fiscales, elle suppose l’adhésion à des valeurs communes et à des principes comme le respect de l’autre ou l’acceptation du pluralisme politique.

Le peuple est parfaitement capable de croiser divers points de vue et de fertiliser les idées des uns et des autres. Si le processus annoncé est mené avec l’aide d’élus transparents et d’experts capables d’apporter un éclairage de réalisme au débat, le peuple de France saura retrouver et définir le sens du bien commun pour ne pas avancer en arrière.
Le peuple de France est prompt à s’indigner et à s’opposer à l’injustice. Il n’est cependant pas idiot et ne s’engagera pas dans une voie qui l’amènerait vers des lendemains qui déchantent. Si son génie l’amène parfois à rêver l’utopie, il a su démontrer dans son histoire que rêver à plusieurs est souvent le début de la réalité.

Rhadamanthe

Réformer l’école ?

Imaginons un hôpital spécialisé pour les personnes en bonne santé. Les technocrates chargés de l’évaluation du système de soins le donnerait en exemple : très faible taux de mortalité, coût des médicaments maîtrisé et excellente note pour la satisfaction de la clientèle.

Notre système éducatif se rapproche de cet hôpital. Il est très performant pour les enfants déjà bien dotés par la nature ou par le milieu social dans lequel ils vivent. Les enseignants s’occupent d’abord des enfants sans problème. Les belles écoles et les infrastructures modernes se trouvent en priorité dans les beaux quartiers des métropoles. Malheur aux enfants dont l’intelligence ne correspond pas aux critères étroits définis par l’éducation nationale, malheur à ceux qui sont différents, malheur à ceux qui vivent dans les banlieues ou les zones rurales. L'éducation nationale a bien prévu ces derniers temps de corriger cette situation mais les moyens techniques et humains mis en œuvre ne permettent que des aides ponctuelles. Celles-ci ne sont pas inscrites dans un cadre d'objectif général pour permettre à chacun d'aller le plus loin possible en fonction de ses capacités.

Depuis les lois scolaires de Jules Ferry de 1880, le système français a donc globalement peu évolué malgré les nombreuses réformes que n’ont pas manqué de faire presque tous les ministres de l’éducation nationale. Le monde, par contre, a beaucoup changé depuis plus d’un siècle. Tout ne s’apprend plus à l’école et il est devenu clair qu’il existe de multiples formes d’intelligence. De même avoir un diplôme et être instruit ne veut pas forcément dire être intelligent.

Dans le nouveau contexte du 21ème siècle, la performance du système éducatif français diminue au fil des ans comme l’indique le classement international PISA (*).
Pour la lecture la France arrive en 19ème position, pour les sciences et les mathématiques, le résultat est pire encore : la France arrive en 26ème position loin derrière les pays asiatiques (Singapour, Japon, Chine, etc.) ou les pays d’Europe du Nord (Finlande, Estonie, Norvège, etc.). Plus grave encore, les inégalités d’éducation se creusent en France de façon très inquiétante pour la cohésion sociale.

Tous ces pays qui nous dépassent ont des systèmes scolaires différents et aucune martingale magique n’explique leurs performances. Par contre tous ces pays partagent quelques principes et quelques caractéristiques :

  • L’éducation est une valeur fondamentale de la culture nationale et constitue le levier du développement économique du pays. L’éducation n’est pas qu’une priorité de communication : elle s’exprime concrètement par la grande considération accordée aux enseignants, les salaires qui leur sont versés et la très forte sélectivité de leur recrutement, contreparties du haut degré d’implication et de compétence que les citoyens exigent d’eux.
  • L’enseignement public montre la voie. Il est la référence. Il innove et constitue le premier choix des parents. Le privé sert uniquement de complément. En Finlande le privé est même pratiquement inexistant : il n’accueille que 3% des élèves.
  • Aucun enfant n’est abandonné par le système d’éducation. Les élèves qui éprouvent des difficultés reçoivent très tôt, de la part des enseignants et de leurs assistants, l’attention nécessaire pour atteindre le niveau attendu pour leur âge. Au besoin des moyens supplémentaires sont mis en place pour y parvenir.
  • Le haut niveau et les études supérieures concernent autant les filières d’enseignement général que les filières professionnelles, y compris pour les métiers de l’artisanat
  • Le savoir-faire et l’expérience de terrain des enseignants locaux sont privilégiés pour la définition des méthodes et des contenus. Le personnel des administrations centrales, peu nombreux, est chargé essentiellement de fixer les référentiels nationaux et de régler les problèmes d’intendance ou d’allocation de moyens.

Ces traits communs aux systèmes éducatifs performants dans le monde montrent que ce ne sont pas seulement les méthodes qui sont importantes. Les notions d’équité, de solidarité et d’exigence qui sous-tendent la politique éducative sont tout aussi fondamentales. C’est en donnant réellement et concrètement des chances égales à chacun de réussir sa vie que le système éducatif contribue à la réussite d’un pays. Ce n’est donc pas d’une nouvelle réforme de l’éducation dont la France à besoin mais d’une refonte plus en profondeur de la société française et de ses valeurs, dans le cadre d’une ambition collective qui reste encore à exprimer clairement.

Jacques Carles

L’avenir des gilets jaunes

La jeunesse reste le vrai moteur du progrès économique et social. Fonder une famille et avoir des enfants constituent pour tous les humains une puissante incitation au travail et à l’investissement. Une natalité qui chute est donc rarement un signe positif pour une nation.

Depuis 2010, la France, a vu son taux de natalité repartir à la baisse. Pire, depuis 2015, le phénomène s’accélère et l’arrivée d’un jeune président en 2017, ne semble pas avoir suffi à inverser la tendance. Selon les derniers chiffres de l’INSEE, le déficit des naissances par rapport aux décès n’a même jamais atteint un tel record depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Cette démographie en berne traduit une perte de confiance non seulement dans l’avenir mais aussi dans les responsables politiques. Les parents sont d’autant plus enclins à mettre des enfants au monde qu’ils ont le sentiment de vivre dans un pays où les dirigeants accordent la priorité au bien commun et prennent les mesures qui garantissent le bien-être de leurs descendants. Dans le contexte actuel où le renouvellement des générations n’est plus assuré, la France sent confusément qu’elle est un pays en perdition et elle doute de ses élites politiques.

Dans le passé, les périodes troubles ont souvent été associées à des crises de la natalité. La Révolution de 1789 a coïncidé avec une première phase de chute de la fécondité française. En Europe, la faible natalité caractérisait la période 1914-1945 qui connut la révolution russe, le nazisme, le fascisme, deux guerres mondiales et la guerre civile en Espagne. A l’inverse, les trente glorieuses qui ont suivi, de 1945 à 1975, ont correspondu au baby boom.

Parallèlement, les causes des révoltes sont toujours les mêmes : un État avec des caisses vides, un endettement abyssal, une fiscalité écrasante, des inégalités et une insécurité croissantes. Aujourd’hui les conditions sont donc remplies pour que le mouvement des gilets jaunes se transforme en révolution.

Au début de toute révolution, l’idéologie est absente. Les revendications sont concrètes : du travail et de quoi vivre décemment. Mais rapidement, livrés à eux-mêmes les révoltés s’engagent dans la surenchère, la violence et les excès. Faute de savoir se structurer ils sont récupérés par les absents de la première heure, ceux qui n’ont pas pris part aux évènements mais qui ont suivi une situation dont ils ont tout à gagner. Placés en embuscade, ils s’insèrent dans le mouvement au moment opportun pour en prendre le contrôle. Il en ressort généralement un pouvoir dictatorial qui se révèle très dommageable pour la nation.

La révolution française de 1789 après avoir aboli la Royauté a finalement accouché de l’Empire et de Napoléon 1er dont les guerres ont causé la mort de centaines de milliers de personnes. Le même Napoléon 1er qui a vendu en 1803 la Louisiane et un immense territoire américain pour financer ces guerres, faisant ainsi perdre au français toute chance de s’imposer comme première langue internationale.

La révolution russe de 1917 a rapidement été confisquée par Staline. Les immenses espoirs suscités par le communisme se sont alors évaporés pour laisser la place au goulag et à ses dizaines de millions de morts.

La révolution iranienne de 1979, partie sur des revendications sociales, fut initiée par une population dont la démographie évoluait à l’européenne (moins de 2 enfants/femme). L’ayatollah Khomeini, à l’abri en France, a su habilement profiter des troubles et revenir au pays pour instaurer le régime des mollahs.

Plus près de nous, les frères musulmans, ont su prendre en marche le train des printemps arabes. Ils sont parvenus à confisquer à leur profit le vent de la démocratie qui soufflait sur les terres de l’islam. En Tunisie, par exemple, la jeunesse, les femmes non voilées et les réseaux sociaux ont permis, dans l’allégresse, la destitution du tyran Ben Ali mais en peu de temps le parti islamiste Ennahdha a pris le contrôle de l’Etat et renvoyé le peuple à sa misère.

On pourrait ainsi multiplier les exemples de mouvements de sans-culottes ou de sans grades qui se sont fait voler leur révolution.

Si les gilets jaunes ne parviennent pas à s’organiser et mettre de l’ordre dans leurs contradictions, ils courent à l’échec. La défense des intérêts individuels les plus divers avant celle des intérêts collectifs, l’absence de prise en compte des réalités politiques, économiques et internationales ne peut conduire qu’au chaos, à la ruine et à la destruction de l’ordre social. Les conditions de leur récupération, par une force plus organisée qu'eux, seront alors réunies. Au lieu des lendemains qui chantent, attendons-nous dans ce cas à voir l’arrivée d’un despote au pouvoir. Et rien ne garantit que ce soit un despote éclairé. A l’inverse s’ils parviennent à structurer leur démarche, leur soulèvement peut déboucher sur une vraie avancée innovante et démocratique.

Rhadamanthe

Des gilets jaunes aux gilets verts ?

On ne peut pas critiquer un gouvernement qui cherche à équilibrer les comptes publics pour éviter à la Nation de vivre à crédit. On ne peut pas non plus lui reprocher de veiller à la santé publique en s’attaquant au diesel dont la nocivité est prouvée. On peut également comprendre que la lutte contre le réchauffement climatique conduise à décourager l’usage de la voiture émettrice de gaz à effet de serre. Ce que d’aucuns mettent en doute, c’est la sincérité du raisonnement car d’autres taxes sont en préparation : sur les achats par internet, sur l’élargissement de la redevance TV à tous les écrans... 
Bien sûr des raisons plausibles seront mises en avant par le gouvernement pour expliquer ces nouvelles mesures. De leur coté, les opposants en profiteront pour récupérer la colère populaire avec des discours forgés de demi-vérités et d’engagements sans lendemain. Mains sur le cœur, les politiques de droite et de gauche feront les habituelles promesses dont le sens est invariablement au service d’une stratégie électorale trop souvent cynique.

Au 19ème siècle, François Guizot, président du conseil des ministres sous le roi Louis-Philippe, expliquait pourquoi il valait mieux taxer les gens modestes plutôt que les ultra-riches : « les pauvres, disait-il, ne peuvent pas grand chose… mais ils sont si nombreux ! » Ce constat est toujours d’actualité au 21ème siècle. Pour renflouer les caisses de l’état, Il est plus facile de taxer les plus faibles, par exemple les retraités et les automobilistes, que de faire des économies ou de prendre le risque de faire payer ceux qui utilisent leur mobilité internationale - ou celle de leurs capitaux - pour échapper à l’impôt. 

Plutôt que de taxer toujours plus les honnêtes citoyens, ne conviendrait-il pas de faire d’abord payer ceux qui fraudent et ceux qui commettent des incivilités ?
La lutte contre la fraude concerne le gouvernement mais le combat contre les incivilités se joue au niveau local. Ces dernières, dommageables pour la communauté sont légions : dépôts sauvages d'encombrants, déjections canines, dépôts de gravas, jet de nourriture aux animaux sur la voie publique, sacs d'ordures laissés par terre, affichage sauvage, stationnement en double file, bouteilles en plastique et canettes de bières jetées sur la voie publique, tags, crachats, bruits intempestifs, etc.

Il est étonnant de voir autant de compréhension ou de laxisme envers les auteurs de ces incivilités. La réglementation existe mais elle n’est guère mise en œuvre et, quand elle l’est, les amendes ne sont que de quelques dizaines d’euros.
On nous objectera que les incivilités sont révélatrices de la détérioration du lien social et que les citoyens combattent d'autant mieux les incivilités qu'ils se sentent des partenaires actifs de leur environnement, de la vie de leur quartier, de l'atmosphère, des moyens de transport, etc. C’est vrai mais reconnaissons aussi que les municipalités d’Agde, de Frontignan, de Montpellier, de Pézenas, de Sète et de bien d’autres villes de l’Hérault ne cessent de mettre des moyens humains sous forme, entre autres, de brigade de propreté ou d’environnement pour traquer ces incivilités et faire de la pédagogie. Force est donc de constater que les résultats ne sont pas probants et que les discours moralisateurs n'ont pas les effets escomptés : il est toujours difficile de faire boire un âne qui n’a pas soif.

Alors soyons réalistes et pragmatiques. Regardons du côté de ceux qui ont rendu leurs villes propres et quasiment éradiqué les incivilités. A Singapour, traverser hors des passages piétons est passible d’une amende tout comme jeter par terre un détritus (mégot, papier, canette…), cracher, uriner ou encore « oublier » les crottes du chien peut coûter 670 euros pour une première infraction et jusqu’à 3350 euros en cas de récidive. En Amérique du nord, de nombreux états américains ou provinces canadiennes appliquent des tarifs encore plus dissuasifs : jusqu’à 5 000 dollars sans compter, en prime, la suspension de permis de conduire pour ceux qui abandonnent une canette de bière ou une bouteille plastique sur le bas coté de la route. C’est peut-être sévère mais ça marche.

Alors, après les gilets jaunes, peut-être devrons-nous porter des gilets verts pour exiger des pouvoirs publics qu’ils mènent une politique environnementale vigoureuse mais juste. Une politique qui ne s’attaque plus en priorité aux honnêtes gens mais aux fraudeurs et à ceux dont les incivilités sont nuisibles à l’environnement et à la vie en société.

Jacques Carles

Parking

Agde, Sète, Béziers, Montpellier… Un peu partout les ouvertures ou les projets de nouveaux parkings sont annoncés dans les médias. Il faut y voir un signe du dynamisme actuel des villes de notre région qui apportent une réponse à leurs citoyens et à leurs commerçants qui demandent depuis longtemps une offre supplémentaire de stationnement. 

Souhaitons que ces projets soient aussi l’occasion de réflexions prospectives qui intègrent les évolutions technologiques et sociétales à venir car toutes les études réalisées dans le monde montrent que, si on n’y prend pas garde, plus on facilite le stationnement, plus le trafic augmente et plus les villes sont congestionnées ce qui nuit à la santé des citadins, au commerce et à l’économie en général.

En Europe, environ 30 milliards de m2 sont utilisées pour le stationnement des automobiles. De plus cet espace n’est pas utilisé au mieux : les parkings publics sont vides la nuit et peu utilisés les week-ends tout comme les parkings des supermarchés et ceux réservés aux employés dans les administrations et les entreprises. Par ailleurs la voiture individuelle est utilisée en moyenne une heure par jour. Elle est donc inactive 95% de son temps ce qui est une aberration économique justifiée uniquement par l’absence de solution alternative satisfaisante pour répondre aux besoins de mobilité des citoyens. 

Dans les villes où la qualité de vie des citadins redevient la priorité, l’urbanisme cesse d’être pensé autour de la voiture. Les gens ne vont pas en ville parce qu’il y a des parkings mais parce qu’ils y trouvent de l’emploi, des commerces attractifs ou des activités de loisirs. La question pertinente n’est donc plus : « doit-on créer un parking ? » mais « comment un nouveau parking peut-il préparer la mobilité du futur ? » 

Un peu partout, la tendance est à la réduction de la place de la voiture pour favoriser la marche à pied, le vélo ou les transports en commun. A cette fin, le stationnement devient plus restrictif et les tarifs dissuasifs.

Pour l’architecte danois Jan Gehl, très écouté des urbanistes, le modèle en terme d’aménagement est Venise, la ville avec ses canaux, ses petits ponts, ses places et ses innombrables ruelles où le piéton est roi. Pour ce défenseur de la cité à l’échelle humaine, les villes dédiées au tout automobile, comme Brasilia ou Los Angeles, sont des modèles dépassés.

Pour Jan Gehl, la ville doit être conçue pour encourager le vélo et plus encore la marche, le mode de déplacement naturel de l’homme. Copenhague, sa ville natale, fut ainsi la première ville d’Europe à réduire la circulation automobile et le nombre des places de stationnement en centre-ville. En 40 ans, malgré un climat rigoureux, le vélo s’est imposé comme moyen de transport et la superficie allouée aux piétons a été multipliée par 7. Résultat : 84% des habitants n’utilisent plus la voiture pour se rendre au travail et l’activité économique du centre-ville s’est accrue avec l’augmentation de la fréquentation piétonnière.

Le visionnaire danois a fait des émules en Suisse où la municipalité de Zurich a figé le nombre de places de stationnement dès 1996 : tout projet de nouveau parking n’a été accepté qu’avec la contrepartie d’éliminer des places de stationnement ailleurs en ville. Comme à Copenhague, l’usage de la voiture reflue peu à peu à Zurich et de l’espace public est rendu aux piétons et aux cyclistes.

A New-York la création de zones sans voitures autour de Madison Square, Herald Square et Time Square se sont traduits par une pacification et une baisse de la criminalité dans ces quartiers.

Dans les villes dynamiques d’Australie, “walkability” et “cyclability” (facilité pour se déplacer à pied et vélo) sont devenus des critères essentiels pour sélectionner le quartier où il fait bon vivre.

Paris, São Paulo, San Francisco, Philadelphie, Beijing, Shenzhen, Guangzhou et d’innombrables villes, petites ou grandes, suivent à présent ces exemples. Partout la tendance est à la densification des zones urbaines et aux mesures pour regrouper travail, vie sociale et loisirs sur le même espace urbain. 

Enfin, dans les villes en pointe, les responsables de l’urbanisme anticipent par ailleurs le tsunami des évolutions sociétales et des nouvelles technologies qui va bientôt modifier profondément les déplacements en ville.

Pour les jeunes générations la voiture n’a déjà plus la même importance qu’elle avait pour les aînés. Posséder une voiture n’est plus aussi indispensable que par le passé. Le co-voiturage ou l’auto-partage se développent. Blablacar connaît une croissance à deux chiffres. Car2go, avec son offre de location en libre service total, rencontre un franc succès dans de nombreuses villes d’Europe. Les parkings eux-mêmes se mutualisent comme l’illustre la ville de Nantes avec son projet Îlink.

Cette tendance vers la mobilité partagée ne pourra que s’accentuer avec l’électrification du parc automobile et, plus encore, avec l’arrivée, dans les prochaines décennies, de la voiture autonome sans chauffeur. Cette dernière va transformer radicalement l’organisation des voies de circulation et l’infrastructure urbaine. Elle va non seulement rendre obsolètes les feux tricolores ou les panneaux de signalisation mais elle va aussi libérer de l’espace public pour les piétons et les vélos.

Comme les véhicules autonomes circuleront en permanence pour récupérer les usagers qui commanderont le service depuis leurs smartphones, le nombre de véhicules circulant en ville pourrait être réduit de 90% à terme estime Philippe Crist, un expert reconnu travaillant pour l’OCDE. Le besoin en places de stationnement et en parkings diminuera alors considérablement. Certains opérateurs travaillent d’ailleurs déjà à leur reconversion : Indigo par exemple envisage que ses parkings puissent devenir des relais pour le chargement électriques ou même un drive pour les produits de l’agriculture urbaine. 

Dans ce contexte, les projets de nouveaux parkings dans les villes de notre littoral peuvent être d’excellentes opportunités pour aller plus loin et préparer l’avenir à moyen terme de la mobilité douce dans notre région. 

Jacques Carles

Parole

Lire et écrire sont indispensables pour survivre dans nos sociétés mais aujourd’hui savoir parler est devenu tout aussi important que savoir écrire. La maîtrise de la parole est une compétence de plus en plus recherchée par les entreprises. Avec la réforme du bac prévue pour 2021, l’éducation nationale, elle-même, annonce le retour en grâce de l’éloquence et de l’expression orale.
Les nouvelles technologies transforment la communication entre les humains. Les smartphones et des applications comme FaceTime et SnapChat multiplient les occasions de communiquer oralement. Sur l’internet, l’audience des vidéos de conférences riches de contenu ne cesse de croitre et les youtubers redonnent de la modernité à la rhétorique. A la télévision, les débats font de nouveau recette et les émissions où la parlotte est reine se multiplient. Même les objets deviennent « intelligents » se mettent à parler. Le digital nous mène peu à peu au vocal.

Platon, il y a 25 siècles, expliquait pourquoi Socrate n’écrivait pas : l’écrit transmet une pensée limitée, figée, morte pour ainsi dire. Sans la parole pour l’exprimer et l’expliciter, la pensée perd avec l’écrit sa profondeur et ses nuances. Le savoir, disait-il, contrairement à l’information n’existe pas en dehors de l’homme. L’écrit ne permet pas le dialogue. Il ne peut répondre aux objections ni adapter les arguments en fonction des réactions de l’interlocuteur. Pour Socrate, rien ne remplaçait la parole et c’est pourquoi son enseignement était uniquement oral. Seul le débat public et le contact direct entre personnes pouvaient permettre de confronter les idées et de conduire à de véritables échanges.

Socrate craignait d’ailleurs que l’écriture n’ait un autre effet pervers : celui d’amoindrir la mémoire. De fait, en utilisant l’écriture, on perd l’habitude de mémoriser et on s’appuie sur un support externe pour retrouver la connaissance ou les traces des expériences passées. L’écriture peut aussi, en quelque sorte, affaiblir le cerveau. Une critique reprise, après l’invention de l’imprimerie, par les clercs à l’instar de Girolamo Squarciafico qui déclarait, en 1477, que « l’abondance des livres détournait les hommes de l’étude ».

Platon, citant Socrate, expliquait aussi pourquoi nul homme sage ne devrait se risquer à écrire sur des questions sérieuses et livrer ainsi sa réflexion à l'envie et à l'incompréhension des autres. Il nous mettait en garde sur le risque de laisser tomber l’écrit « dans les mains du premier venu qui pourra le fausser et le triturer en tous sens ». Il ne parlait pas encore des « fake news » ni de l’interprétation dangereuse de textes religieux sortis du contexte de leur époque mais il le pressentait.

Dans la Grèce antique, l’écrit était d’ailleurs encore balbutiant et la mémoire était la seule façon de s’approprier le savoir. L’Iliade, le poème épique attribué à Homère, se transmettait ainsi oralement de génération en génération.

Comme le remarque le linguiste Walter Ong, si parler est naturel, écrire l’est beaucoup moins. Quelle que soit leur culture, les hommes parlent. La parole est essentielle au lien social. Ecrire est déjà plus intellectuel, plus abstrait. L’écriture avec ses idéogrammes ou ses alphabets est une technologie, une invention dont le support a évolué au fil des siècles: la pierre et le silex pour l’homme préhistorique, le papyrus pour le scribe égyptien, le papier pour le typographe ou divers supports magnétiques pour l’informaticien d’aujourd’hui. 
Quelle que soit la technique utilisée, la transmission écrite du savoir est plus difficile et moins abordable au plus grand nombre que la transmission orale. Avec l’évolution vocale du numérique, l’écrit ne va pas disparaître, il continuera de faire progresser l’humanité mais l’univers interactif et chaleureux des cultures orales reprendra de l’importance. L’écrit ne sera plus le seul pour enregistrer le savoir et les idées. La parole redeviendra le moyen premier de la communication. Les Héraultais, dont le parler vivant et coloré est bien connu, ne s’en plaindront pas.

Jacques Carles

En 2026 le président de Montpellier Métropole sera … une femme.

In 2026, the President of the Montpellier Conurbation will be... a woman !

Philippe Saurel, Maire de Montpellier est aussi l’actuel Président de Montpellier Méditerranée Métropole. Dynamique, il a une excellente image auprès d’une grande partie de la population et il faut bien reconnaître qu’il a su faire bouger sa ville et l’agglo. Il a donc de grandes chances d’être reconduit dans ses fonctions en 2020 lors des prochaines élections locales. Mais au delà ? La donne pourrait changer et une femme pourrait lui succéder.

Les femmes nées en 1927 terminaient leur scolarité en moyenne à 15 ans. Celles nées en 1977, soit 50 ans plus tard, finissaient leurs études en moyenne à l’âge de 21 ans soit déjà un peu plus que les hommes qui eux entraient dans la vie active en moyenne vers 20 ans. En terme d’éducation les femmes ont donc déjà rattrapé les hommes depuis longtemps mais le mouvement lancé au siècle dernier ne va pas s’arrêter là. Tout laisse à penser que les femmes vont maintenant prendre le pouvoir dans les années à venir.

Les femmes nées à partir des années 1950 ont été plus nombreuses que les hommes à décrocher le baccalauréat, celles nées à partir des années 1960 ont été plus nombreuses que les hommes à entrer à l’université et à obtenir une licence.

Compte tenu de l’inertie induite par les délais des déroulements de carrière et par l’évolution des mentalités, les effets du dépassement éducationnel des hommes par les femmes ne commencent à être perçus que maintenant.

Aujourd’hui le taux de féminisation des cadres issus de l’enseignement supérieur dépasse les 60% et frôle parfois les 80% dans les secteurs des sciences humaines, de la littérature, de l’économie, du sanitaire ou du social. Les hommes restent malgré tout encore majoritaires dans les sciences dures, l’agronomie, les sciences de la vie et les écoles d’ingénieurs mais même dans ces domaines la proportion de femmes progresse de façon continue.
Les grandes écoles de l’élite, Polytechnique et l’ENA, symboles du pouvoir économique et politique, résistent encore. La part des femmes y progresse néanmoins aussi peu à peu. Dans les années1970, moins de 5%des élèves de polytechnique étaient des femmes, aujourd’hui elles sont environ 20%. A l’ENA, la proportion de femmes est déjà un peu plus élevée : 30%.

Même si tout ne s’apprend pas à l’école, la supériorité du niveau d’instruction des femmes a d‘énorme conséquence pour la société. Cela fait déjà longtemps qu’elles ne se consacrent plus uniquement à la famille et à l’activité domestique. Le développement de l’emploi féminin commencé dans les années 1950 conduit aujourd’hui à une convergence des taux d’activité des hommes et des femmes. Les inégalité de salaires qui perdurent encore entre eux seront de moins en moins justifiées et de moins en moins acceptées. Les femmes devenues financièrement autonomes sont aussi devenues plus libres ce qui n’est pas sans incidence sur la vie des couples. Enfin dans la sphère économique, avec l’évolution vers l’immatériel et les services, de plus en plus de femmes s’imposent par leur compétence aux postes de direction.

Le dernier bastion qui résistait à la féminisation, celui du champ politique, est lui aussi en train de céder.
Au niveau des nations, de nombreux pays ont élu des femmes à leur tête : l’Allemagne, la Grande Bretagne, la Suisse, la Croatie, l’Estonie, la Lituanie, Malte … Les femmes représentent déjà environ un dixième des dirigeants dans les États membres de l’ONU. Une proportion que l’on retrouve au plan local : 2 des 20 communes qui constituent l’agglomération Hérault-Méditerranée, Portiragnes et Saint-Pons de Mauchiens, ont une femme pour maire. Au plan régional, l’Occitanie a déjà une présidente : Carole Delga et au niveau des grandes villes d’Europe, la féminisation avance aussi à grands pas. A Paris, Rome, Madrid ou Barcelone, pour ne citer que les métropoles les plus importantes, les femmes ont pris le pouvoir dans les mairies.
Les femmes apportent souvent une vision innovante de la vie publique et introduisent des débats sur des sujets qui ne sont pas souvent abordés par les hommes ou qui le sont sous un angle différent.

Les femmes, plus éduquées que les hommes, sont bien en train de prendre le pouvoir en politique comme dans la société civile mais la femme ne sera vraiment l'égale de l'homme que le jour où, pour reprendre la formule de Françoise Giroud, on désignera une femme incompétente à un poste important.

Jacques Carles / Florence de Martino

 

 

 

 

Welcome to our English Speaking Friends!

 

Montpellier-infos and all of the other online Oc-infos magazines have rapidly taken off since their creation. Free, with news and articles every day, they now are online magazine leaders in local information. And guess what? We are fully independent.

As more and more of you read Montpellier-infos, we decided to translate some of the news and editorials in English, our common language. Not that we don't like French, but we thought it could be interesting for you as an exercise to have both languages next to another. That will work both ways also for French readers eager to brush up their English. You're also welcome to help us by contributing to sending us articles, from time to time, or becoming the correspondent for your village, and transferring our links. More hits we have, higher in the ranking we'll go.

 

Philippe Saurel, Montpellier mayor, is also President of the Montpellier Conurbation. Dynamic, his image is excellent among a majority of the population, and we have to say that he moved things with his city and the district. He then has big chances to be reelected in 2020. But beyond ? Things could change and a woman could take his place.

Women born in 1927 finished school at an average of 15 years old. Those born in 1977, fifty years later, finished school at an average of 21 years old, which was slightly above men who started working at 20. In terms of education, women already are beyond men, but this movement will not stop here. Women will take the power in the future coming years.

Women born after 1950's have been more to obtain their bachelor degree than men, and women born after 1960's have been a majority to start university and obtain a degree. There is such an inertia in careers and mentality changes that we only feel these changes now.

Nowadays women in top career jobs coming from universities is superior to 60% and close to 80% in human sciences positions, literature, economy, healthcare or social. Men are still a majority in sciences,agronomics, and engineer schools, but even in these domains women constantly progress.
Top class schools such as Polytechnique and ENA, symbols of an economical and political power still resist. In the 70's, less than 50% of polytechnique school were women, nowadays they are 20%. In ENA, there are more : 30%.

Even if one doesn't learn everything at school, women level of instruction superiority has enormous impact on society. It's been a long time already that they do not live to raise a family and clean houses. Women's employment that started in the 50's produced a merging of activity rates of men and women. Wages disparities between them will be less and less justified, and less and less aproved. Women being financially independent, are also more free and this has consequences on their private lives. Finally in the business world with an evolution towards services and intangible activities, more women are reaching top management levels.

The last bastion resisting to a feminine touch, politics, is also a target. Among nations, many countries have elected women : Germany, Great Britain, Switzerland, Croatia, Estonia, Lituania, Malte... Women represent 1/10th of the ONU members states. Locally too : 
2 out of 20 towns of Hérault-Méditerranée Conurbation, Portiragnes and Saint Pons de Mauchiens, have elected a woman as their mayor. On a regional aspect, Occitania has elected a woman as their president : Carole Delga and among european cities, feminisation is on the way. Paris, Rome, Madrid or Barcelona have elected women as their mayors.

Women often bring an inovative vision of public life and start debates on subjects men not often like to discuss.

Women are definitely on the way to take a position in politics just like in every day's life, but women will only be men's equal the day that we will elect an incompetent woman to an important position, as Françoise Giroud wrote.

Jacques Carles / Florence de Martino

Il y a urgence à penser le temps long

La vie quotidienne demande de la rapidité. On va au fast-food en voiture. Notre pizza doit être livrée en moins de 30 minutes. On met un plat surgelé au four à micro-ondes pour pourvoir le consommer dans les 5 mn. Amazon propose ses livraisons en 1 jour ouvré. La « Caisse éclair » de la banque permet aux clients de retirer de l'argent sans attendre aux guichets. On s’impatiente dès qu’un téléchargement d’une page internet dure plus de 2 secondes. Au travail, la recherche de la productivité est devenue une obsession. Le « juste à temps » s’est généralisé dans la logistique. Pour le responsable de projet, le respect des délais est un impératif de sa feuille de route. Dans tous les secteurs, comme sur un vélo, il nous faut pédaler vite pour éviter de tomber.

Pas de temps à perdre non plus dans la vie sentimentale : on drague en trois clics sur « meetic » ou sur « adopte-un-mec » et si ça ne marche pas on participe à un « speed dating ».

Notre société moderne aime la vitesse : tout ce qui va vite est bien. Le progrès technologique permet de passer de moins en moins de temps pour réaliser une tâche ou une activité donnée. Ce progrès devrait donc nous permettre de gagner du temps. Alors pourquoi avons-nous l’impression d’être débordés en permanence, d’être « surbookés » et de manquer de plus en plus de temps libre? Pourquoi en arrivons-nous à faire plusieurs choses à la fois : manger en regardant la télévision, téléphoner en conduisant, etc ?
La  raison en est que non seulement le progrès va vite mais qu’il multiplie aussi les tâches et les activités à faire. Il y a un siècle, un français écrivait en moyenne une lettre par mois et cela lui prenait une heure. Aujourd’hui il rédige un email en 5 minutes et un SMS en moins d’une minute mais dans le même temps ses contacts se sont multipliés ce qui fait qu’au total il consacre à présent plus de 10 heures par mois à sa messagerie électronique et à son téléphone portable. 
Il y a un siècle, l’Européen mettait moins d’une demi-heure pour se rendre à pied à son travail, à l’usine ou aux champs, situé à environ 3 km de sa maison. Aujourd’hui il a une voiture capable de rouler à plus de 100 km/h mais, avec la circulation et les bouchons, il met plus d’une heure pour parcourir les 30 km qui sépare son domicile de son lieu de travail. La machine à laver nous a permis de gagner du temps pour laver le linge mais on le lave plus souvent. La société de consommation nous a comblé de biens matériels (télévision, ordinateur, jeux vidéo...) mais chacun d’eux sont autant de sollicitations chronophages. La technologie en tant que telle n’est donc pas la cause intrinsèque de notre manque de temps, c’est l’accélération du volume de progrès qui est à l’origine de cet effet pervers.

Plus insidieux, l’accélération du rythme du changement social induit aussi une confusion entre la notion de vie réussie et celle de vie bien remplie. 
L’objectif dans nos sociétés occidentales est de multiplier les expériences et de faire mille choses : du sport, de la musique voyager, aller au spectacle, changer de métier, changer de conjoint, etc. En allant plus vite on peut en théorie faire plus de choses dans une vie. La réalité est que le stress qui en découle tend à nous à nous gâcher la vie. 

Dans le domaine politique, l’accélération des décisions peut être justifiée dans des situations d’urgence ou de crises profondes mais l’urgence permanente ou l’hyperactivité des responsables peut aussi avoir des effets pervers. L’obsession de la rapidité appauvrit la réflexion, elle induit une absence d’analyse approfondie des situations ou des problèmes. Les questions d’actualité constituent occupent trop souvent le devant de la scène. Faute d’avoir réfléchi avant d’agir, on se retrouve en permanence à devoir corriger des effets non anticipés. Le court terme prend tout le champ de la pensée politique alors que l’urgence est de traiter les problèmes de long terme comme le climat, l’eau, le nucléaire, etc. La vitesse en politique conduit enfin à réduire les phases de concertations et finalement à limiter le jeu démocratique.

Jacques Carles

Un tourisme presque parfait/An almost perfect tourism business...

Un tourisme presque parfait...

Dans notre monde globalisé, plus d’un milliard de touristes devraient franchir une frontière en 2017. Ils n’étaient que 25 millions à le faire en 1950. Le tourisme représente aujourd’hui 9% de l’économie mondiale, soit un emploi sur onze.

La France reste la première destination mondiale depuis plus de 40 ans. Le tourisme est le premier poste de la balance des paiements de notre pays, il représente plus de 7% du PIB et emploie directement ou indirectement 2,2 millions de personnes. Près d’un emploi sur deux nouvellement créé l’est dans le secteur touristique.

Tout n’est pas rose pour autant. Si la France reste le pays le plus visité, elle est en perte de vitesse. Elle n’est plus qu’à la quatrième place dans le classement mondial en terme de revenus. Dans les 15 dernières années, le chiffre d’affaires du tourisme a crû de 68% en France quand il augmentait de 111% en Espagne et de 132% en Allemagne. Ainsi le nombre de touristes chinois venant en France augmente bien moins vite que chez nos voisins les plus proches. Un constat qui devrait nous inciter à réfléchir quand on sait que les chinois sont devenus les premiers touristes internationaux avec presque 200 milliards de dollars dépensés l’an dernier.

Les pays émergents envoient de nouveaux touristes mais ils deviennent aussi des concurrents sérieux.

En Chine, Shanghai devient un haut lieu du tourisme culturel. Avec son marché de l’art, le deuxième du monde, il rayonne aujourd’hui au même titre que Paris, Londres ou New-York au siècle dernier.

Entre l’Asie et l’Europe, Abu Dhabi s’affirme comme une nouvelle destination de choix. Son quartier culturel, sur l’île de Saadiyat, acquiert une attractivité d’une ampleur sans précédent, avec le Musée national Zayed, un gigantesque centre d’art contemporain, le Guggenheim Abu Dhabi de FrankGehry et le Louvre Abu Dhabi de Jean Nouvel. Du ski dans le désert aux marinas futuristes en passant par les hôtels de prestige, l’émirat draine une clientèle planétaire haut de gamme. Et pour compléter le tout, l’université Paris Sorbonne Abu Dhabi et des dizaines de grandes écoles de rang international y attirent des étudiants étrangers par milliers.

En Occitanie, nos élus locaux les plus dynamiques ont senti la menace et ont compris que notre potentiel touristique, fut-il le plus exceptionnel, ne vaudrait pas grand chose sans une image positive et un environnement adapté : accessibilité aérienne, maritime et terrestre, sécurité, accueil professionnel en français et dans la langue de nos visiteurs ou au minimum en anglais, animations culturelles et de loisirs variées et de qualité.

Ces responsables d’avant-garde utilisent les outils de communication modernes, conscient que l’internet était devenu le premier pourvoyeur de ventes en ligne et que les nouvelles technologies, avec la réalité virtuelles et les spectacles qu’elles produisent devenaient à leur tour un produit touristique en tant que tel.

Pour rendre les flux moins saisonniers, ils jouent aussi intelligemment la carte dela diversification : tourisme culturel, tourisme d’activités physiques et sportives, tourisme de découverte et de nature, tourisme de bien-être et de santé, tourisme de jeux et de divertissement, tourisme œnogastronomique porteur de signes d’authenticité et de traditions, etc.

Les professionnels du secteur quant à eux ne sont pas en reste et font la preuve de leur capacité de générer de la créativité et de l’innovation, levier essentiel de toute économie, comme l’illustrent les huîtres Tarbouriech à Marseillan ou les Thermes à Balaruc-les-bains.

Notre territoire a donc des atouts indéniables, si les mesures annoncées fin juillet par le gouvernement pour renforcer l’attractivité touristique de notre pays sont réellement mises en œuvre : formation des personnels et revalorisation de leur travail, financement des équipements adaptés aux rythmes saisonniers, environnement fiscal qui ne soit pas un handicap par rapport à la concurrence internationale, etc.

Encore faut-il que nos concitoyens servent notre image collective par leur comportement au quotidien, qu’ils respectent notre nature, qu’ils évitent de jeter n’importe où leurs détritus, qu’ils soient courtois et polis, bref qu’ils aient un sens civique et qu’ils donnent l’exemple .

Enfin, il importe d’être conscient que notre territoire singulier vit à présent dans un monde pluriel et que notre culture ne prendra toute sa valeur qu’en reconnaissant et en respectant celles des autres. La diversité des hommes et de leur histoire, loin de nous faire perdre notre moi, doit alors nous donner l’envie de participer à l’aventure humaine dans son ensemble en partageant ici, chez nous, cet art de vivre dont nous sommes si fiers à juste titre.

Jacques Carles / Florence de Martino

 

An almost perfect tourism business...

In our globalized world, over a billion of tourists should cross a border by 2017. They only were 25 millions to do so in 1950. Tourism today represents 9% of worldwide economy, which means one job out of eleven.

France remains the first destination for over 40 years. Tourism represents over 7% of our economy and employs directly or indirectly 2,2 million people. 1 job out of two is created within the touristic industry.

Not everything is ideal however. Although France is still the most visited country, it's losing its first place... It's the 4th country in terms of revenues generated by tourism. Within the past fifteen years, Tourism turnover has increased in France by 68%, whereas Spain's increased by 111% and 132% in Germany. As an example, Chinese tourists tend to visit more often our neighbours than France. This fact should make us think it over when you think that Chinese tourists are the first international clients in terms of spending with almost 200 billions dollars spent last year.

Emerging countries send new tourists but they also become serious competitors.

In China, Shanghai has become a highly touristic place in terms of cultural sites to visit. With its art market, the second most important in the world, it's as high as Paris, New York, or London.

Between Asia and Europe, Abu Dhabi also imposes itself as a destination. Its cultural quarter, on the island of Saadiyat, enormously attracts with its national Zayed museum, a gigantic contemporary art museum, Frank Gehry's Guggenheim Abu Dhabi and the Jean Nouvel's Abu Dhabi Louvre. From skiing in the desert to futuristic marinas through prestigious hotels, the Emirates have been able to attract a highly prestigious clientele. And to complete the picture, Abu Dhabi's Paris Sorbonne and dozens of highly prestigious schools have been able to attract foreign students by thousands.

In Occitania, our most dynamic local elected politicians have felt the threat and understood that our tourism potential would be nothing without a positive image or an adapted environment: an easy access thanks to airlines, roads and boats, security, professional welcome in French and in our visitors' languages, or at least in English, various cultural and leisure activities of high quality.

Those avant-garde people in charge use modern communication tools, understanding that the Internet is the first online seller and that new technologies, with virtual reality, produce shows and have become a touristic product on their own.

In order to get people all over the year, they also smartly play the hand of diversification: cultural tourism, sport activities, discovery and nature tourism, health and well being tourism, wine and gastronomic tourism...

Other professionals also use their imagination and produce creative and innovative “products” such as Tarbouriech oysters in Marseillan and Balaruc-les-bains thermal baths.

Our territory therefore has obvious assets, if the political decisions announced late July by the government in order to reinforce touristic activity in our country are really voted: that is training its agents, financing equipments adapted to seasonal rhythms, and maintaining the fiscal environment so as to prevent it from being a handicap compared to international competition.

And if possible, it would be nice if our French citizens contributed everyday to this collective image by respecting nature, stopping throwing anything here and there, being polite and courteous. In other terms, it’s their duty to start giving the right example.

As a conclusion, it's important for us to recognize that we live in a plural world and that our culture will only be attractive if we recognize and respect that of others. Men diversity and their history, far from frightening us, should inspire us to share this human adventure as a whole by sharing, here, in our Occitanie, this « art de vivre » that we are rightly proud of.

Jacques Carles / Florence de Martino

 

 

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