Vers la nation apprenante

Partout dans le monde et pour la même raison des millions d’écoles ont fermé à peu près au même moment. Dans ce contexte inédit, les enseignants ont su innover et prendre de remarquables initiatives. Ils ont pu assurer les cours à distance et maintenir le lien avec les enfants grâce à l’internet et aux outils modernes de visioconférence. Ils ont expérimenté une façon d’enseigner plus flexible, plus ouverte, à la fois collective et personnalisée. L’école est devenue en quelques semaines une vitrine de la transformation numérique de notre société.

 Les professeurs de la génération Y (ceux nés entre 1980 et 2000) constituent déjà l’essentiel du corps enseignant. A l’aise avec les nouvelles technologies, ils viennent de démontrer qu’ils étaient prêts à faire évoluer les pratiques éducatives dans un contexte où la connaissance est à la portée d’un clic de souris. Ces jeunes enseignants, bientôt rejoints par ceux de la génération Z (nés après 2000), sont en phase avec leurs élèves qui communiquent avec Snapchat, Instant Messenger, WhatsApp, etc... Ils perçoivent déjà les changements sociétaux à venir via la diversité des origines de leurs élèves et de leurs familles : traditionnelles, recomposées, monoparentales, homoparentales, etc. Par ailleurs ils sont conscients de leur responsabilité pour faire comprendre aux futurs citoyens les problèmes globaux de l’humanité : sécurité, climat, environnement, etc. Nos enseignants sont donc particulièrement compétents pour préparer nos enfants au monde qui va advenir.

 Les nouvelles technologies ne sont cependant que des outils. Elles ne vont pas remplacer les enseignants pour guider les élèves sur le chemin du savoir. Par contre, elles vont nous obliger à repenser l’ensemble du secteur de l’éducation.

Quel doit être le rôle des maîtres dans un monde où les trois quarts des métiers qu’exerceront les enfants actuellement dans le primaire n’existent pas encore ?  Que doivent-ils enseigner ? Dans quel but ? Comment doivent-ils le faire ?

Aujourd’hui, le schéma traditionnel de la salle de classe avec les enfants écoutant le maître n’est plus le seul pertinent. Au-delà des savoirs fondamentaux, d’autres compétences sont nécessaires dans le monde moderne interdépendant : créativité, aptitude à communiquer, capacité à travailler en équipe, aptitude à faire preuve d’empathie, intelligence émotionnelle, autonomie, capacité à s’adapter au changement et à être à l’aise dans un contexte multiculturel, etc.

 La pandémie a mis en lumière que la dynamique concrète d’innovation de l’école se trouve pour l’essentiel en province et sur le terrain. C’est particulièrement vrai pour notre Région où les expérimentations pédagogiques réussies sont innombrables, tant dans l’enseignement général que dans l’enseignement professionnel, à tous les niveaux, du primaire à l’université...

A Montpellier, la Cellule Académique de Recherche et Développement pour l'Innovation et l'Expérimentation (CARDIE) recense plus d’une centaine d’équipes éducatives impliquées dans des actions innovantes pour les seules écoles et établissements de l’académie. Au niveau universitaire, le Centre de Soutien aux Innovations Pédagogiques (CSIP) pour ne citer que cet exemple, catalyse la transformation pédagogique au sein du périmètre du projet MUSE « Montpellier Université d’Excellence ». Il initie de nouvelles façons d’enseigner hybrides, en présentiel ou à distance, et encourage la création de nouveaux espaces d’apprentissages tels les learning labs du département de l’Hérault.

 Souhaitons que l’administration parisienne soutienne ces expériences régionales. Notre pays a plus à gagner à encourager l’innovation qu’à veiller à la conformité. Plutôt que de directives et de normes, nos enseignants et nos chercheurs ont besoin d’un système plus orienté vers la confiance et le soutien positif. Les règlements et les politiques de l’éducation nationale doivent donc être revus pour permettre plus d’audace.

Seule une vision de rupture et la considération pour le travail de nos enseignants permettront de réussir le virage vers la nation apprenante que souhaite le ministre de l’éducation.

 Jacques Carles

 (*) voir http://montpellier-infos.fr/index.php/culture/education