"Midi se meurt, sauvons-le" de Philippe Villemus

Ce livre s’inscrit dans un courant de prise de conscience globale vis à vis de cette idéologie, maintenant reconnue mortifère, qu’est le néolibéralisme. Il s’inscrit également dans le refus du nivellement, de la pensée unique qui voudrait nous imposer une vision prophétique de l’évolution de nos sociétés, du rejet de toute réflexion sur les possibles alternatifs. Ce livre est un ouvrage de combat pour une ligne de refus : non, nos villages ne sont pas condamnés à devenir soit des banlieues uniformisées, soit des déserts économiques, culturels ou autres, non, nos villes n’ont pas à subir mutilations sans respect pour leur histoire, non, le Midi n’a pas vocation à devenir le bronze fesses de l’Europe.

Cette bande de territoire qui s’étend le long de la Méditerranée des Pyrénées aux Alpes, sur une cinquantaine de kilomètres de large jusqu’aux contreforts du Massif Central n’est pas condamnée à être bétonnée et bitumée pour les besoins de la cause touristique. D’autres solutions existent, Philippe Villemus les énumèrent. Elles s’inscrivent dans l’histoire et la culture de ce Midi tant méprisé par les élites parisiennes, en témoignent quelques anecdotes rappelées par l’auteur. Des autres dangers qui menacent l’intégrité de ce territoire, le changement climatique n’est pas le moindre. Il risque en effet d’avoir des conséquences dévastatrices sur le faune, la flore et au bout du compte sur les hommes et les femmes qui le peuplent.

Ce n’est pas à un repli frileux et identitaire qu’appelle Philippe Villemus mais au contraire à une ouverture, en brandissant une culture, un caractère, un langage si précieux car héritiers d’une longue tradition. Face à ces ruptures catégoriques que veulent nous imposer les tenants d’une globalisation totale et sans restriction tant dans les domaines culturels, que linguistique avec la prédominance de l’anglais, que consumériste avec l’uniformisation généralisée, qu’architecturaux dans ses errements absurdes etc...

C’est aussi un réquisitoire pour la transmission, transmission d’une identité mise à mal par les problématiques actuelles, d’une histoire cahotique. la transmission «qui est au coeur de la survie identitaire pour tout groupe humain».  Si le Midi se meurt dans la misère sociale qui le mine, la corruption qui le gangrène, l’incompétence qui le dirige, la pollution qui l’envahit et d’autres maux non moins considérables, il s’agit d’agir sans délai pour limiter les dégâts, et Philippe Villemus nous donne quelques pistes.
«Midi se meurt, sauvons-le !» de Philippe Villemus aux éditions Le Papillon Rouge

M. P.

80% des français aiment lire

Bonne nouvelle ! 80% des français aiment la  lecture, selon un récent  sondage BVA effectué pour la presse quotidienne régionale. Voilà qui change des études publiées précédemment par des organismes officiels, beaucoup mois optimistes. Il n'en demeure pas moins que seulement  9% fréquentent régulièrement les bibliothèques.   
Mauvaise nouvelle ! 20% des français n'aiment pas la lecture.... Qui sont ces 20%? Les mêmes 20% qui quittent l'école élémentaire en n'ayant pas acquis les bases nécessaires? Les 120 000 à 150 000 (environ 20% de la classe d'âge) qui sortent du système scolaire sans aucune qualification ?
Doit-on accepter cet état de fait ? N'y a-t-il pas là  un enjeu de taille qui ne concerne pas que le système scolaire, mais qui doit tous nous interroger, auteurs, éditeurs, responsables et animateurs d'associations spécialisées et toutes personnes de bonne volonté ? Car on commence à percevoir que l'ignorance résulte d'une mauvaise maîtrise du langage, oral et écrit - donc de la lecture - et que cette ignorance livre ceux qui en sont victimes aux démagogues de toutes sortes. Que faire, ensemble, pour ne pas laisser 1 de nos concitoyens sur 5 sur le bord du chemin?

Les identités meurtières

En écho à notre dernier édito "J'étais un étranger, vous m'avez accueilli", il peut être intéressant de lire "Les identités meurtrières" d'Amin Maalouf, de l'Académie Française. « C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.... Ce qui est sacré, dans la démocratie, ce sont les valeurs, pas les mécanismes. »

Maurice Bouchard

" Depuis que j'ai quitté le Liban Pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais " plutôt français " ou " plutôt libanais ". Je réponds invariablement : " L'un et l'autre ! " Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu'en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela mon identité... " Partant d'une question anodine qu'on lui a souvent posée, Amin Maalouf s'interroge sur la notion d'identité, sur les passions qu'elle suscite, sur ses dérives meurtrières. Pourquoi est-il si difficile d'assumer en toute liberté ses diverses appartenances ? Pourquoi faut-il, en cette fin de siècle, que l'affirmation de soi s'accompagne si souvent de la négation d'autrui ? Nos sociétés seront-elles indéfiniment soumises aux tensions, aux déchaînements de violence, pour la seule raison que les êtres qui s'y côtoient n'ont pas tous la même religion, la même couleur de peau, la même culture d'origine ? Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l'Histoire qui condamne les hommes à s'entre-tuer au nom de leur identité ? C'est parce qu'il refuse cette fatalité que l'auteur a choisi d'écrire les Identités meurtrières, un livre de sagesse et de lucidité, d'inquiétude mais aussi d'espoir.

 

Dictionnaire de la Méditerranée

Dictionnaire de la MéditerranéeSous la direction de Dionigi Albera, Maryline Crivello et Mohamed Tozy
en collaboration avec Gisèle Seimandi
Octobre, 2016 / 14,0 x 20,5 / 1696 pages - Acte sud

Le Dictionnaire de la Méditerranée se propose de rendre compte des récents travaux consacrés aux savoirs, aux territoires, aux mémoires, aux figures emblématiques et aux pratiques d’une aire d’une grande complexité et d’une exceptionnelle richesse.
Associant toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, il dresse l’état des lieux des connaissances actuelles et met l’accent sur la diversité des perceptions et des contextes, ainsi que sur les mouvements et les champs de réflexions scientifiques en construction.

Il interroge la Méditerranée dans son cadre spatial et culturel, dont il explore toutes les facettes, depuis les filiations partagées jusqu’aux fractures réitérées.
La structure alphabétique de ce dictionnaire permet de conjuguer de nombreux champs disciplinaires, comme une grande diversité d’échelles de temps et d’espaces, de sensibilités, de regards et de langues.
Sans visée encyclopédique et sans prétention à l’exhaustivité, l’ouvrage a vocation à devenir un outil de travail et un support pour la réflexion. Il est destiné aussi bien aux étudiants et aux chercheurs qu’aux acteurs culturels, économiques et politiques, ainsi qu’à tous les lecteurs sensibles au devenir de l’aire méditerranéenne.

Amour…à mort,

Dans Amour…à mort, c’est dans les Pyrénées que l’auteur nous entraîne pour nous dévoiler au fil de la lecture un étonnant chemin de vie, indécelable et libérateur. La découverte d’un corps sur les berges d’une rivière entraîne une enquête… Une chute en montagne entraîne la perte de mémoire d’une randonneuse qui la retrouvera peu à peu grâce à sa relation avec l’homme qui l’a secourue. Au travers de destins qui se croisent, la petite histoire rejoint la grande dans l’évocation des conflits de 14-18, de 40-45 et de l’indépendance de l’Algérie et s’inscrit le récit d’un crime incertain qui nous interpelle, car il s’agissait bien d’amour au départ… Un amour dévié de sa trajectoire ?
Extrait : « Pour commencer, elle était allée le chercher dans son atelier de peintre et de sculpteur, là où il travaillait le plus souvent…(…) elle était montée jusqu’aux ruines de l’ancien cloître, où ils avaient partagé de si belles rencontres. Mais là non plus, il n’y avait personne.
C’est alors qu’elle eut l’intuition de se rendre sur le chemin du premier jardin, le long de la rivière… »

Les dessins sont de René Bascands, artiste et sculpteur, né à St Girons en 1930 dans l’Ariège, diplômé des Beaux-Arts de Toulouse et de Paris. Décédé en 2015 à Toulouse, il enseigna la poterie et les arts plastiques successivement à Tulle, St Germain en Laye et à l’Ecole normale de Toulouse. Vous pouvez acquérir ce livre au tabac-presse, rue de la chapelle, à Cournonterral, à la cave coopérative des Terroirs de la Voie Domitienne à Cournonsec et à la librairie-papéterie du Kiosque de Poussan. Il est aussi possible de l'obtenir par téléphone au 06 07 93 10 69 ou par mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

M-H Bascands-Bonnel, née en 1957 à Toulouse a grandi dans un milieu intellectuel et artistique, entourée d’enseignants, de chercheurs et d’artistes. La recherche de la beauté, de l’authenticité et de l’harmonie faisait partie de son quotidien.
Son grand-père, Pierre Bonnet, professeur à l’université des sciences de Toulouse, spécialiste des araignées cavernicoles, aimait lui faire découvrir et aimer la nature lors des randonnées estivales en Haute-Ariège où la famille avait des attaches.
Son père l’initiait aux différents courants artistiques, sa mère à la littérature.
Le sens particulier des mots et de leur « accord » musical, décelé dans l’enfance, la poussait à inventer des poèmes et l’écriture lui devint vite nécessaire, comme une seconde respiration.
Mariée en 1978 à un fils de viticulteur, elle le suivit de l’Aude à la Champagne avant de devenir héraultaise d’adoption en 1983 et de se consacrer simultanément à ses enfants et à une carrière d’enseignante en pointillées avant de revenir à sa première passion, l’écriture.

Michel Puech : "En attendant le faiseur d’ombres"

Montpellier Info : Nous connaissons de Michel Puech ses peintures, dessins et gravures qu’il expose régulièrement depuis de nombreuses années. Nous découvrons à présent ses poèmes dans un livre nouvellement paru, «En attendant le faiseur d’ombres», que représente l’écriture pour lui ?
Michel Puech : J’ai toujours aimé écrire comme j’ai toujours aimé dessiner. Les deux activités sont pour moi très proches : elles n’exigent que peu de moyens, peu d’outils, il suffit pour s’y exercer d’un peu de calme et de disponibilité. J’avais déjà édité une dizaine de livres en micro-édition comportant dessins et textes poétiques. J’en avais assuré la mise en page, l’impression et la reliure. J’avais envie à présent de faire paraître un livre un peu plus conséquent en nombre de textes.
Montpellier Info : C’est un éventail assez large de thèmes qui sont abordés dans cet ouvrage, sans classement vraiment didactique, mis à part les textes concernant les peintres et dessinateurs.
Michel Puech : J’ai souhaité que les textes se présentent sans ordre précis, comme ils ont été écrits, sans plan préétabli, au fil des jours, des impressions, des réactions à certains évènements, des sensations personnelles. Et effectivement les «exercices d’admiration» ont été regroupés en fin d’ouvrage pour des questions de présentation et de mise en regard texte-illustration.
Montpellier Info : Certains textes relèvent d’une certaine analyse politique critique en ce qui concerne l’écologie, la corruption... ils sont, pour certains, assez sévères.
Michel Puech : L’écriture poétique n’est pas l’oeuvre d’un individu exclusivement éthéré, rêveur et étranger aux préoccupations quotidiennes, sociales et humaines. C’est le fait d’un individu qui vit au sein d’une communauté et qui peut avoir sur elle un regard critique. L’époque actuelle n’incite pas à l’admiration béate ni à l’optimisme effréné. Le pillage des ressources naturelles, la destruction de la nature, de la biodiversité, la corruption de certains hommes, et femmes, politiques, la voracité des financiers, les moyens guerriers mis à la disposition de fanatiques... seraient plutôt sources d’inquiétudes.
Montpellier Info : La pratique de l’écriture est donc importante, sous la forme de textes poétiques, est-ce le genre exclusivement abordé ?
Michel Puech : J’aime également les textes courts, genre nouvelles, il m’arrive d’en écrire et j’aimerais y consacrer un peu plus de temps, peut-être l’objet d’un prochain livre ?

Michel Puech : En attendant le faiseur d’ombres
le livre est en vente au prix de 10 euros
plus 3 euros de frais d’expédition
sur le site de l'association Sous l'aile des chansons
ou sur le site de Michel Puech

Le tramway et Nestor

La Saint-Clémentoise Anne-Sophie Peyre, auteure de livres pour enfants, s'est mise à l'illustration pour concevoir son dernier ouvrage Nestor à Montpellier.

La jeune illustratrice a écrit ce livre qui se passe à Montpellier dans les différents quartiers de la ville. Son personnage, Nestor se déplace grâce au tramway transformé en grande chenille.

Elève au Pic Saint-Loup et au lycée Joffre de Montpellier, détentrice d'un BTS en communication visuelle à IPESUD toujours à Montpellier, elle a étudié les arts graphiques à  Sup de Création à Lille et la publicité à Montréal avant de de lancer dans l'écriture de livres pour enfants. Son livre destiné aux enfants de 3 à 5 ans est en vente aux éditions Madame P. à la librairie Polymômes de Montpellier.


les villages de l'hérault

De la révolution à la guerre de 14-18, les villages de notre département n’ont guère changé. Au début du XXème siècle, l’Hérault ne comptait que 480 000 habitants et 340 communes dont 41 seulement rassemblaient plus de 2000 habitants, et de ce fait étaient considérées comme des villes. Mais c’est au cours du XXème siècle que ces villages ont le plus évolué.
«Au cours du siècle passé, la vie dans les villages héraultais bénéficie d’une vie moins trépidante qu’aujourd’hui. C’est une existence rythmée par les saisons, identique d’une année sur l’autre. On ne voyage pas, on ne se déplace pas pour son travail. La vie familiale est stable, avec moins d’imprévus. Elle est plus rassurante, moins stressante. On se marie dans son village ou dans le bourg voisin, avec des gens que l’on connaît. On fait souvent le même métier que son père, on le maîtrise donc très jeune. Et si l’on veut changer, les possibilités sont larges car le chômage est inexistant. La vie des villageois est par essence proche de la nature...» C’est bien évidemment la description d’un monde révolu que nous exposent Louis Secondy et Hubert Delobette. A travers l’architecture, les structures sociales et familiales, l’éducation, la religion, les modes de transport, l’économie -essentiellement la viticulture, les successives migrations de population, la vie politique... ils nous montrent ou nous rappellent comment s’organisait ce monde villageois et comment il a évolué jusqu’à nos jours. Un siècle d’histoire locale passionnante et admirablement illustrée.

M. P.

Les villages de l'Hérault - cent ans d'une passionnante histoire
de Louis Secondy et Hubert Delobette
Le Papillon Rouge Editeur

Femmes hors contrôle

par Bernadette Boissié-Dubus
publié aux Éditions Clair de Plume 34

Femmes hors contrôle

Bernadette Boissié- Dubus signe ici son dix-huitième roman. Rompant pour une fois avec la tradition d'écrivaine régionale, elle abandonne l'Occitanie et prend le pari d'écrire une histoire se déroulant dans la capitale. Un pari à Paris...

Dans un Paris déjà en ébullition - crues de la Seine, manifestations, état d’urgence - un étrange criminel sème la panique chez les cover-girls et sejoue des meilleurs éléments du 36 quai des Orfèvres en mettant ses victimes bien en vue dans des jardins de la capitale : parc Georges Brassens, square Vert Galant, parc Monsouri, jardin japonais Albert Kahn, square Saint-Gilles Grand Veneur Pauline Rolland, jardin Anne Frank, Clos des blancs manteaux. De l’hôtel des Anges où cohabitent familles africaines et prostituées au musée des Arts Primitifs, huit femmes, venues d'horizons totalement différents et ne se connaissant pas pour la plupart, vont s’unir et mettre les pieds dans le plat en enquêtant en marge de la justice.
Un thriller qui révèle l'intimité de chacune d'entre elles concernées de près ou de loin par les victimes, et la capacité qu'ont les femmes à s'unir lorsqu'on touche à l'une d'elles.

Ma muse en vadrouille

par Joseph Teyssier
publié aux Éditions Clair de Plume 34

Ma muse en vadrouille

Dans le troisième de recueil de poèmes de Joseph Teyssier, l'eau de cette rivière ardéchoise paraît innocente, pourtant elle n'est pas au bout de ses peines durant son voyage mouvementé dans la nature, avec les aléas de la vie.

Elle descend de la montagne, de cascades en torrents et rencontre les rapaces qui tentent de lui faire barrage.

Cette sauvageonne rivière ira jeter sa destinée dans un fleuve cruel, il faut bien le dire, le Rhône, pour s'entendre dire des vertes et des pas mûres.

Enfin la mer ! La mer Méditerranée, du côté de l'étang de Thau l'accueillera avec honneur.

"Joseph Teyssier nous livre l’âme humaine et la vie telle qu’elle est, mais à travers le prisme de la sensibilité du poète. " - Bernadette Boissié-Dubus

Philosophie de la corrida

Un livre de Francis Wolff publié aux éditions Fayard
par Bruno Modica


Philosophie de la corrida

 

Comment un tel ouvrage peut-il susciter l’intérêt de professeurs en dehors de ceux qui sont aficionados, c’est-à-dire de ceux qui ont la passion de la tauromachie de tradition espagnole ? Cette question n’est pas aussi simple qu’il n’y parait lorsque l’on se plonge dans cet ouvrage, que l’on soit amateur de ce type de « spectacle » ou non. Francis Wolff est directeur de département à l’école normale supérieure et il est spécialiste de Socrate et d’Aristote, des philosophes qui ne connaissaient pas à leur époque les pratiques tauromachiques apparues sur la péninsule ibérique à la fin du XVIIIe siècle.

Ce compte rendu de lecture n’est en aucune manière une apologie de la tauromachie, et l’ouvrage lui-même n’a pas cette prétention. Il vise simplement à donner des clés de réflexion, en utilisant des concepts étudiés par les philosophes, à une activité paradoxale en ce début du XXIe siècle qui consiste pour un homme à donner la mort en acceptant de s’y exposer lui-même.

Pour le philosophe, mais également pour tout un chacun, la corrida de tradition espagnole est à envisager sous l’angle des valeurs. On ne sait pas ce qu’est la corrida, un art, un spectacle ? Peut-être les deux mais plus encore puisqu’elle touche à la question centrale de tout être vivant, celui de la vie et de la mort, mais aussi pour l’homme, celui de l’être. Etre torero, ce n’est pas simplement un état, au sens professionnel, mais une dimension de l’existence.

Et c’est là que cet ouvrage permet de rejoindre le monde de l’enseignement. On est peut-être professeur de métier, car cela correspond à une catégorie socio professionnelle bien délimitée, mais l’être même se révèle lorsqu’il entre en communication avec ceux qui reçoivent des connaissances, c’est-à-dire son public. Il y a dans ces deux activités une relation ambivalente, le public ou un auditoire d’enseignés et la matière, ou le savoir. D’ailleurs dans la tauromachie comme dans l’enseignement, le savoir est utilisé dans le même sens. La connaissance de la discipline enseignée et celle de l’adversaire, le taureau de combat. Ensuite, l’on passe à une autre dimension, le pouvoir, celui de transmettre une émotion au public, des connaissances à un auditoire, mais aussi celui de dominer l’animal sauvage pour le torero, un auditoire rétif pour le professeur.

Arrêtons là cette comparaison, les risques ne sont pas les mêmes et les finalités non plus, mais j’ai pris cet exemple pour montrer que la démarche de Francis Wolff dans son ouvrage va au-delà de la tauromachie elle-même. Il la connaît, et même très bien, il cite avec bonheur des références car la corrida est une mémoire, qui fait vibrer les amateurs, mais surtout, il touche à l’universel lorsqu’il interroge sur les relations entre les hommes et la nature, les sacrifices et leur ritualisation, l’éthique de l’être et celle de la liberté, enfin, sur l’esthétique du sublime.

Toutes ces questions sont développées sans aucun a priori ni tabou. Oui, la corrida est un affrontement, un combat, entre 500 kg de force brute naturelle et un homme, représentant lui, le savoir, la ruse et qui va, en livrant sa vie aux cornes inscrire dans l’espace une esthétique. Pourquoi ces risques alors, pourquoi donner si peu de prix à sa vie ? C’est que la mort, la fin de vie est partie intégrante du vivant, et que dans la confrontation à la nature sauvage, dans l’affrontement ritualisé, on affirme sa liberté, celle de l’homme au centre de l’arène, qui se livre et qui transmet au public des émotions, des sensations, une histoire, de l’art et en même temps qui livre un combat.

Dans le même temps, la vie de l’homme est un capital précieux, pour reprendre le titre de l’ouvrage d’un chef d’état qui en faisait bien peu de cas, et c’est dans cette certitude de la mort du taureau que réside le caractère acceptable de la corrida. Oui, la vie de l’homme a plus de prix que celle de toute bête sauvage ou domestique. Tirer un trait d’égalité entre les deux serait une intolérable régression dans l’échelle des civilisations.

Point n’est besoin en lisant cet ouvrage d’être familier des ruedos et des ferias. Francis Wolff est un professeur qui déploie une pédagogie adaptée aux non initiés, et il fait même, dans un dialogue imaginaire découvrir la corrida à Socrate et à ses élèves, qui s’affrontent sur ce sujet comme aujourd’hui, dans ces tertullias qui suivent les corridas, lorsque les spectateurs libèrent leurs émotions ou leurs déceptions.

Pas de déception vraiment, une fois la dernière page refermée. Simplement, lorsque l’on est soi-même aficionado, l’envie de dire à ceux que l’on apprécie le plus « regarde ! Partage avec moi ces émotions uniques, celles qui donnent un sens à notre condition d’homme, mortel, et finalement goûte la vie ! »

Lorsque l’on est professeur dans les terres françaises de tradition taurine, on croise aussi ces élèves, rarement les plus brillants élèves au sens classique du terme, qui ont cette lumière au fond des yeux dès qu’approche le moment où ils vont, jeunes novilleros revêtir l’habit de lumière. C’est l’armure fragile de soie et d’or qui évoque la pureté, celle du combat que l’on va livrer, face aux cornes nues, sans dopage ni tromperie. Car, au moment de la mise à mort, que l’on appelle très justement le moment de vérité, il y aura ce face à face fondamental, celui de l’homme et de la nature sauvage. Comme le disait dans son histoire de la tauromachie Bartolomé Benassar, il n’y a plus beaucoup, dans notre société si policée et par certains aspects si cruelle, de lieux où l’on puisse revenir à l’essentiel.

Bruno Modica
© Clionautes - https://clio-cr.clionautes.org/philosophie-de-la-corrida.html

100 lieux curieux

La sétoise Laure Gigou, ancienne conservatrice des Musées de l’Hérault, sort un ouvrage qui va passionner les amoureux de la région : Hérault : 100 lieux pour les curieux.
L'Hérault est un département touristique avec deux grands sites, trois monuments classés au patrimoine mondial, un patrimoine mondial immatériel. De plus, toutes ses villes méritent le détour. On ne sait où donner de la tête !
Mais au-delà, on peut encore trouver des coins méconnus ou moins connus, même à l'intérieur de ces grands pôles touristiques. L'homme y a vécu depuis très longtemps. Puis il a dressé des dolmens, des menhirs ou des statues menhirs. Savez-vous qu'en Languedoc, il y a plus de monuments mégalithiques qu'en Bretagne ? 

Les Romains ont également laissé leurs traces, avec la voie domitienne d'abord, mais aussi avec la villa gallo-romaine.
Méconnue, la période médiévale a laissé de grands travaux admirables avec l'étang asséché de Montady, dont les drains médiévaux fonctionnent encore. Des monastères très anciens, rappellent les règles austères des premiers chrétiens. Partout, vous découvrirez des sources miraculeuses, des saints bienfaiteurs. Les réformes monastiques entraînèrent l'hérésie cathare, jusqu'aux prémices de la croisade albigeoise : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! ».

Les trésors de fresques romanes ou de la Renaissance, les retables sculptés, sont des bijoux hors du commun.

L'aqueduc de Castries construit pour les jardins de Le Nôtre, le pont de Gignac avec sa maquette, les meuses de Cazilhac, la marquise de la gare de Bédarieux ou le puits de charbon de Camplong attireront votre attention. Vous pourrez découvrir des techniques oubliées, les moulins, l'exploitation du charbon, les mines de plomb argentifères, les carrières de pierres lithographiques.
Frédéric Bazille, Antoine Injalbert, Paul Dardé, Molière, Ermengarde de Narbonne, la marquise de Ganges, Bonaparte, Montgolfier, la reine d'Italie et même un assassin : Jean Pomarède vécurent ou vinrent mourir dans l'Hérault.
Laure Gigou promet étonnements et découvertes, même dans les lieux les plus connus et les plus fréquentés.  » disponible chez amazon