"Midi se meurt, sauvons-le" de Philippe Villemus

Ce livre s’inscrit dans un courant de prise de conscience globale vis à vis de cette idéologie, maintenant reconnue mortifère, qu’est le néolibéralisme. Il s’inscrit également dans le refus du nivellement, de la pensée unique qui voudrait nous imposer une vision prophétique de l’évolution de nos sociétés, du rejet de toute réflexion sur les possibles alternatifs. Ce livre est un ouvrage de combat pour une ligne de refus : non, nos villages ne sont pas condamnés à devenir soit des banlieues uniformisées, soit des déserts économiques, culturels ou autres, non, nos villes n’ont pas à subir mutilations sans respect pour leur histoire, non, le Midi n’a pas vocation à devenir le bronze fesses de l’Europe.

Cette bande de territoire qui s’étend le long de la Méditerranée des Pyrénées aux Alpes, sur une cinquantaine de kilomètres de large jusqu’aux contreforts du Massif Central n’est pas condamnée à être bétonnée et bitumée pour les besoins de la cause touristique. D’autres solutions existent, Philippe Villemus les énumèrent. Elles s’inscrivent dans l’histoire et la culture de ce Midi tant méprisé par les élites parisiennes, en témoignent quelques anecdotes rappelées par l’auteur. Des autres dangers qui menacent l’intégrité de ce territoire, le changement climatique n’est pas le moindre. Il risque en effet d’avoir des conséquences dévastatrices sur le faune, la flore et au bout du compte sur les hommes et les femmes qui le peuplent.

Ce n’est pas à un repli frileux et identitaire qu’appelle Philippe Villemus mais au contraire à une ouverture, en brandissant une culture, un caractère, un langage si précieux car héritiers d’une longue tradition. Face à ces ruptures catégoriques que veulent nous imposer les tenants d’une globalisation totale et sans restriction tant dans les domaines culturels, que linguistique avec la prédominance de l’anglais, que consumériste avec l’uniformisation généralisée, qu’architecturaux dans ses errements absurdes etc...

C’est aussi un réquisitoire pour la transmission, transmission d’une identité mise à mal par les problématiques actuelles, d’une histoire cahotique. la transmission «qui est au coeur de la survie identitaire pour tout groupe humain».  Si le Midi se meurt dans la misère sociale qui le mine, la corruption qui le gangrène, l’incompétence qui le dirige, la pollution qui l’envahit et d’autres maux non moins considérables, il s’agit d’agir sans délai pour limiter les dégâts, et Philippe Villemus nous donne quelques pistes.
«Midi se meurt, sauvons-le !» de Philippe Villemus aux éditions Le Papillon Rouge

M. P.

80% des français aiment lire

Bonne nouvelle ! 80% des français aiment la  lecture, selon un récent  sondage BVA effectué pour la presse quotidienne régionale. Voilà qui change des études publiées précédemment par des organismes officiels, beaucoup mois optimistes. Il n'en demeure pas moins que seulement  9% fréquentent régulièrement les bibliothèques.   
Mauvaise nouvelle ! 20% des français n'aiment pas la lecture.... Qui sont ces 20%? Les mêmes 20% qui quittent l'école élémentaire en n'ayant pas acquis les bases nécessaires? Les 120 000 à 150 000 (environ 20% de la classe d'âge) qui sortent du système scolaire sans aucune qualification ?
Doit-on accepter cet état de fait ? N'y a-t-il pas là  un enjeu de taille qui ne concerne pas que le système scolaire, mais qui doit tous nous interroger, auteurs, éditeurs, responsables et animateurs d'associations spécialisées et toutes personnes de bonne volonté ? Car on commence à percevoir que l'ignorance résulte d'une mauvaise maîtrise du langage, oral et écrit - donc de la lecture - et que cette ignorance livre ceux qui en sont victimes aux démagogues de toutes sortes. Que faire, ensemble, pour ne pas laisser 1 de nos concitoyens sur 5 sur le bord du chemin?

Les identités meurtières

En écho à notre dernier édito "J'étais un étranger, vous m'avez accueilli", il peut être intéressant de lire "Les identités meurtrières" d'Amin Maalouf, de l'Académie Française. « C'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard aussi qui peut les libérer.... Ce qui est sacré, dans la démocratie, ce sont les valeurs, pas les mécanismes. »

Maurice Bouchard

" Depuis que j'ai quitté le Liban Pour m'installer en France, que de fois m'a-t-on demandé, avec les meilleures intentions du monde, si je me sentais " plutôt français " ou " plutôt libanais ". Je réponds invariablement : " L'un et l'autre ! " Non par quelque souci d'équilibre ou d'équité, mais parce qu'en répondant différemment, je mentirais. Ce qui fait que je suis moi-même et pas un autre, c'est que je suis ainsi à la lisière de deux pays, de deux ou trois langues, de plusieurs traditions culturelles. C'est cela mon identité... " Partant d'une question anodine qu'on lui a souvent posée, Amin Maalouf s'interroge sur la notion d'identité, sur les passions qu'elle suscite, sur ses dérives meurtrières. Pourquoi est-il si difficile d'assumer en toute liberté ses diverses appartenances ? Pourquoi faut-il, en cette fin de siècle, que l'affirmation de soi s'accompagne si souvent de la négation d'autrui ? Nos sociétés seront-elles indéfiniment soumises aux tensions, aux déchaînements de violence, pour la seule raison que les êtres qui s'y côtoient n'ont pas tous la même religion, la même couleur de peau, la même culture d'origine ? Y aurait-il une loi de la nature ou une loi de l'Histoire qui condamne les hommes à s'entre-tuer au nom de leur identité ? C'est parce qu'il refuse cette fatalité que l'auteur a choisi d'écrire les Identités meurtrières, un livre de sagesse et de lucidité, d'inquiétude mais aussi d'espoir.

 

Dictionnaire de la Méditerranée

Dictionnaire de la MéditerranéeSous la direction de Dionigi Albera, Maryline Crivello et Mohamed Tozy
en collaboration avec Gisèle Seimandi
Octobre, 2016 / 14,0 x 20,5 / 1696 pages - Acte sud

Le Dictionnaire de la Méditerranée se propose de rendre compte des récents travaux consacrés aux savoirs, aux territoires, aux mémoires, aux figures emblématiques et aux pratiques d’une aire d’une grande complexité et d’une exceptionnelle richesse.
Associant toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, il dresse l’état des lieux des connaissances actuelles et met l’accent sur la diversité des perceptions et des contextes, ainsi que sur les mouvements et les champs de réflexions scientifiques en construction.

Il interroge la Méditerranée dans son cadre spatial et culturel, dont il explore toutes les facettes, depuis les filiations partagées jusqu’aux fractures réitérées.
La structure alphabétique de ce dictionnaire permet de conjuguer de nombreux champs disciplinaires, comme une grande diversité d’échelles de temps et d’espaces, de sensibilités, de regards et de langues.
Sans visée encyclopédique et sans prétention à l’exhaustivité, l’ouvrage a vocation à devenir un outil de travail et un support pour la réflexion. Il est destiné aussi bien aux étudiants et aux chercheurs qu’aux acteurs culturels, économiques et politiques, ainsi qu’à tous les lecteurs sensibles au devenir de l’aire méditerranéenne.

Amour…à mort,

Dans Amour…à mort, c’est dans les Pyrénées que l’auteur nous entraîne pour nous dévoiler au fil de la lecture un étonnant chemin de vie, indécelable et libérateur. La découverte d’un corps sur les berges d’une rivière entraîne une enquête… Une chute en montagne entraîne la perte de mémoire d’une randonneuse qui la retrouvera peu à peu grâce à sa relation avec l’homme qui l’a secourue. Au travers de destins qui se croisent, la petite histoire rejoint la grande dans l’évocation des conflits de 14-18, de 40-45 et de l’indépendance de l’Algérie et s’inscrit le récit d’un crime incertain qui nous interpelle, car il s’agissait bien d’amour au départ… Un amour dévié de sa trajectoire ?
Extrait : « Pour commencer, elle était allée le chercher dans son atelier de peintre et de sculpteur, là où il travaillait le plus souvent…(…) elle était montée jusqu’aux ruines de l’ancien cloître, où ils avaient partagé de si belles rencontres. Mais là non plus, il n’y avait personne.
C’est alors qu’elle eut l’intuition de se rendre sur le chemin du premier jardin, le long de la rivière… »

Les dessins sont de René Bascands, artiste et sculpteur, né à St Girons en 1930 dans l’Ariège, diplômé des Beaux-Arts de Toulouse et de Paris. Décédé en 2015 à Toulouse, il enseigna la poterie et les arts plastiques successivement à Tulle, St Germain en Laye et à l’Ecole normale de Toulouse. Vous pouvez acquérir ce livre au tabac-presse, rue de la chapelle, à Cournonterral, à la cave coopérative des Terroirs de la Voie Domitienne à Cournonsec et à la librairie-papéterie du Kiosque de Poussan. Il est aussi possible de l'obtenir par téléphone au 06 07 93 10 69 ou par mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

M-H Bascands-Bonnel, née en 1957 à Toulouse a grandi dans un milieu intellectuel et artistique, entourée d’enseignants, de chercheurs et d’artistes. La recherche de la beauté, de l’authenticité et de l’harmonie faisait partie de son quotidien.
Son grand-père, Pierre Bonnet, professeur à l’université des sciences de Toulouse, spécialiste des araignées cavernicoles, aimait lui faire découvrir et aimer la nature lors des randonnées estivales en Haute-Ariège où la famille avait des attaches.
Son père l’initiait aux différents courants artistiques, sa mère à la littérature.
Le sens particulier des mots et de leur « accord » musical, décelé dans l’enfance, la poussait à inventer des poèmes et l’écriture lui devint vite nécessaire, comme une seconde respiration.
Mariée en 1978 à un fils de viticulteur, elle le suivit de l’Aude à la Champagne avant de devenir héraultaise d’adoption en 1983 et de se consacrer simultanément à ses enfants et à une carrière d’enseignante en pointillées avant de revenir à sa première passion, l’écriture.

les villages de l'hérault

De la révolution à la guerre de 14-18, les villages de notre département n’ont guère changé. Au début du XXème siècle, l’Hérault ne comptait que 480 000 habitants et 340 communes dont 41 seulement rassemblaient plus de 2000 habitants, et de ce fait étaient considérées comme des villes. Mais c’est au cours du XXème siècle que ces villages ont le plus évolué.
«Au cours du siècle passé, la vie dans les villages héraultais bénéficie d’une vie moins trépidante qu’aujourd’hui. C’est une existence rythmée par les saisons, identique d’une année sur l’autre. On ne voyage pas, on ne se déplace pas pour son travail. La vie familiale est stable, avec moins d’imprévus. Elle est plus rassurante, moins stressante. On se marie dans son village ou dans le bourg voisin, avec des gens que l’on connaît. On fait souvent le même métier que son père, on le maîtrise donc très jeune. Et si l’on veut changer, les possibilités sont larges car le chômage est inexistant. La vie des villageois est par essence proche de la nature...» C’est bien évidemment la description d’un monde révolu que nous exposent Louis Secondy et Hubert Delobette. A travers l’architecture, les structures sociales et familiales, l’éducation, la religion, les modes de transport, l’économie -essentiellement la viticulture, les successives migrations de population, la vie politique... ils nous montrent ou nous rappellent comment s’organisait ce monde villageois et comment il a évolué jusqu’à nos jours. Un siècle d’histoire locale passionnante et admirablement illustrée.

M. P.

Les villages de l'Hérault - cent ans d'une passionnante histoire
de Louis Secondy et Hubert Delobette
Le Papillon Rouge Editeur

Femmes hors contrôle

par Bernadette Boissié-Dubus
publié aux Éditions Clair de Plume 34

Femmes hors contrôle

Bernadette Boissié- Dubus signe ici son dix-huitième roman. Rompant pour une fois avec la tradition d'écrivaine régionale, elle abandonne l'Occitanie et prend le pari d'écrire une histoire se déroulant dans la capitale. Un pari à Paris...

Dans un Paris déjà en ébullition - crues de la Seine, manifestations, état d’urgence - un étrange criminel sème la panique chez les cover-girls et sejoue des meilleurs éléments du 36 quai des Orfèvres en mettant ses victimes bien en vue dans des jardins de la capitale : parc Georges Brassens, square Vert Galant, parc Monsouri, jardin japonais Albert Kahn, square Saint-Gilles Grand Veneur Pauline Rolland, jardin Anne Frank, Clos des blancs manteaux. De l’hôtel des Anges où cohabitent familles africaines et prostituées au musée des Arts Primitifs, huit femmes, venues d'horizons totalement différents et ne se connaissant pas pour la plupart, vont s’unir et mettre les pieds dans le plat en enquêtant en marge de la justice.
Un thriller qui révèle l'intimité de chacune d'entre elles concernées de près ou de loin par les victimes, et la capacité qu'ont les femmes à s'unir lorsqu'on touche à l'une d'elles.

Ma muse en vadrouille

par Joseph Teyssier
publié aux Éditions Clair de Plume 34

Ma muse en vadrouille

Dans le troisième de recueil de poèmes de Joseph Teyssier, l'eau de cette rivière ardéchoise paraît innocente, pourtant elle n'est pas au bout de ses peines durant son voyage mouvementé dans la nature, avec les aléas de la vie.

Elle descend de la montagne, de cascades en torrents et rencontre les rapaces qui tentent de lui faire barrage.

Cette sauvageonne rivière ira jeter sa destinée dans un fleuve cruel, il faut bien le dire, le Rhône, pour s'entendre dire des vertes et des pas mûres.

Enfin la mer ! La mer Méditerranée, du côté de l'étang de Thau l'accueillera avec honneur.

"Joseph Teyssier nous livre l’âme humaine et la vie telle qu’elle est, mais à travers le prisme de la sensibilité du poète. " - Bernadette Boissié-Dubus

Philosophie de la corrida

Un livre de Francis Wolff publié aux éditions Fayard
par Bruno Modica


Philosophie de la corrida

 

Comment un tel ouvrage peut-il susciter l’intérêt de professeurs en dehors de ceux qui sont aficionados, c’est-à-dire de ceux qui ont la passion de la tauromachie de tradition espagnole ? Cette question n’est pas aussi simple qu’il n’y parait lorsque l’on se plonge dans cet ouvrage, que l’on soit amateur de ce type de « spectacle » ou non. Francis Wolff est directeur de département à l’école normale supérieure et il est spécialiste de Socrate et d’Aristote, des philosophes qui ne connaissaient pas à leur époque les pratiques tauromachiques apparues sur la péninsule ibérique à la fin du XVIIIe siècle.

Ce compte rendu de lecture n’est en aucune manière une apologie de la tauromachie, et l’ouvrage lui-même n’a pas cette prétention. Il vise simplement à donner des clés de réflexion, en utilisant des concepts étudiés par les philosophes, à une activité paradoxale en ce début du XXIe siècle qui consiste pour un homme à donner la mort en acceptant de s’y exposer lui-même.

Pour le philosophe, mais également pour tout un chacun, la corrida de tradition espagnole est à envisager sous l’angle des valeurs. On ne sait pas ce qu’est la corrida, un art, un spectacle ? Peut-être les deux mais plus encore puisqu’elle touche à la question centrale de tout être vivant, celui de la vie et de la mort, mais aussi pour l’homme, celui de l’être. Etre torero, ce n’est pas simplement un état, au sens professionnel, mais une dimension de l’existence.

Et c’est là que cet ouvrage permet de rejoindre le monde de l’enseignement. On est peut-être professeur de métier, car cela correspond à une catégorie socio professionnelle bien délimitée, mais l’être même se révèle lorsqu’il entre en communication avec ceux qui reçoivent des connaissances, c’est-à-dire son public. Il y a dans ces deux activités une relation ambivalente, le public ou un auditoire d’enseignés et la matière, ou le savoir. D’ailleurs dans la tauromachie comme dans l’enseignement, le savoir est utilisé dans le même sens. La connaissance de la discipline enseignée et celle de l’adversaire, le taureau de combat. Ensuite, l’on passe à une autre dimension, le pouvoir, celui de transmettre une émotion au public, des connaissances à un auditoire, mais aussi celui de dominer l’animal sauvage pour le torero, un auditoire rétif pour le professeur.

Arrêtons là cette comparaison, les risques ne sont pas les mêmes et les finalités non plus, mais j’ai pris cet exemple pour montrer que la démarche de Francis Wolff dans son ouvrage va au-delà de la tauromachie elle-même. Il la connaît, et même très bien, il cite avec bonheur des références car la corrida est une mémoire, qui fait vibrer les amateurs, mais surtout, il touche à l’universel lorsqu’il interroge sur les relations entre les hommes et la nature, les sacrifices et leur ritualisation, l’éthique de l’être et celle de la liberté, enfin, sur l’esthétique du sublime.

Toutes ces questions sont développées sans aucun a priori ni tabou. Oui, la corrida est un affrontement, un combat, entre 500 kg de force brute naturelle et un homme, représentant lui, le savoir, la ruse et qui va, en livrant sa vie aux cornes inscrire dans l’espace une esthétique. Pourquoi ces risques alors, pourquoi donner si peu de prix à sa vie ? C’est que la mort, la fin de vie est partie intégrante du vivant, et que dans la confrontation à la nature sauvage, dans l’affrontement ritualisé, on affirme sa liberté, celle de l’homme au centre de l’arène, qui se livre et qui transmet au public des émotions, des sensations, une histoire, de l’art et en même temps qui livre un combat.

Dans le même temps, la vie de l’homme est un capital précieux, pour reprendre le titre de l’ouvrage d’un chef d’état qui en faisait bien peu de cas, et c’est dans cette certitude de la mort du taureau que réside le caractère acceptable de la corrida. Oui, la vie de l’homme a plus de prix que celle de toute bête sauvage ou domestique. Tirer un trait d’égalité entre les deux serait une intolérable régression dans l’échelle des civilisations.

Point n’est besoin en lisant cet ouvrage d’être familier des ruedos et des ferias. Francis Wolff est un professeur qui déploie une pédagogie adaptée aux non initiés, et il fait même, dans un dialogue imaginaire découvrir la corrida à Socrate et à ses élèves, qui s’affrontent sur ce sujet comme aujourd’hui, dans ces tertullias qui suivent les corridas, lorsque les spectateurs libèrent leurs émotions ou leurs déceptions.

Pas de déception vraiment, une fois la dernière page refermée. Simplement, lorsque l’on est soi-même aficionado, l’envie de dire à ceux que l’on apprécie le plus « regarde ! Partage avec moi ces émotions uniques, celles qui donnent un sens à notre condition d’homme, mortel, et finalement goûte la vie ! »

Lorsque l’on est professeur dans les terres françaises de tradition taurine, on croise aussi ces élèves, rarement les plus brillants élèves au sens classique du terme, qui ont cette lumière au fond des yeux dès qu’approche le moment où ils vont, jeunes novilleros revêtir l’habit de lumière. C’est l’armure fragile de soie et d’or qui évoque la pureté, celle du combat que l’on va livrer, face aux cornes nues, sans dopage ni tromperie. Car, au moment de la mise à mort, que l’on appelle très justement le moment de vérité, il y aura ce face à face fondamental, celui de l’homme et de la nature sauvage. Comme le disait dans son histoire de la tauromachie Bartolomé Benassar, il n’y a plus beaucoup, dans notre société si policée et par certains aspects si cruelle, de lieux où l’on puisse revenir à l’essentiel.

Bruno Modica
© Clionautes - https://clio-cr.clionautes.org/philosophie-de-la-corrida.html

50 ans de football

par Daniel Monteil
publié aux Éditions Clair de Plume 34

 

"50 ans de football" n'est pas simplement un livre de mémoire, c'est aussi un témoignage sur le monde du football amateur vécu de l'intérieur. Un document qui incite à une belle réflexion sur le sport.

On proclame partout les vertus du sport : socialité, fraternité, émulation... Mais dans l'univers sur-médiatisé d'aujourd'hui, le sport ou ce qui s'affiche comme tel n'a plus grand chose à voir avec lui. Il est trop souvent devenu un marché avec ses professionnels de la performance et du spectacle. Les vedettes d'aujourd'hui sont surtout des modèles de superficialité, d'esbrouffe et d'immaturité. L'argent pollue tout. 

Les nombreuses qualités attribuées au sport tiraient leur essence d'une pratique amateur. Qu'en est-il aujourd'hui? Le livre de Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.llustre à merveille les dérives qui guettent le football à tous les niveaux, y compris les plus modestes. Vivant et vivifiant, ce livre rappelle malgré tout avec plein de bon sens que "le ballon sera toujours rond" pour le sport le plus populaire de la planète.

 

Né en 1947, Daniel Monteil est instituteur retraité. Lozérien de souche, il vit actuellement à Mèze dans l'Hérault. Fils d'enseignants, il a passé l'essentiel de sa première jeunesse à la campagne. Ensuite c'est la pension. Pas du tout "branché sport" à son arrivée au Collège de Marvejols (1958), c'est à l'internat qu'il rencontre le football, un football qu'il ne quittera plus. Joueur de petit talent, il s'impliquera du côté des dirigeants.

Il sera président "multifonctions" de Marvejols Sports de 1974 à 1979. Ensuite, jusqu'en 1982, il occupera le poste de secrétaire de club et celui de responsable de l'école de foot. Parallèlement, dès 1980, il dirigera la Délégation départementale de Foot Lozère pendant 8 ans, tout en continuant à pratiquer. Muté dans les Alpes-Maritimes, il assume la gestion des documents du stade de Vallauris (3ème division) de 1991 à 1996. 1998 : la France gagne sa première Coupe du Monde. C'est le retour en Languedoc-Roussillon. Depuis, plus de responsabilités officielles, mais on le voit souvent avec son appareil photo ou en spectateur, du coté du stade de la Mosson à Montpellier ou un peu partout sur les terrains de la région.

Des vignes aux tranchées, la grande guerre en pays biterrois

Un livre de Béatrix Pau publié par les éditions du Mont
par Bruno Modica

Des vignes aux tranchées 1

Les éditions du Mont sont situées à Cazouls les Béziers, dans un de ces bourgs de l’Ouest du département de l’Hérault à 13 km de la ville de Béziers. L’ouvrage présenté est l’œuvre d’une historienne Béatrix Pau, professeur dans l’un des deux grands lycées de Béziers, le lycée Jean Moulin.

Cet ouvrage va très au-delà d’une monographie locale sur la situation matérielle et morale de l’arrière pendant la Grande guerre. Il permet, avec une organisation thématique, de trouver des exemples extrêmement précis sur tous les aspects de la vie économique et sociale d’une ville – centre, implantée dans une zone agricole, marquée par la monoculture de la vigne.

Comme beaucoup de villes de cette taille, Béziers est un centre de recrutement, avec le 96e régiment d’infanterie, le 1er hussard et un détachement de la 16e section de commis ouvriers. La cité est alors peuplée par 52 000 habitants.

La ville mobilisée

La première partie de l’ouvrage traite de questions générales de la mobilisation et du maintien de l’ordre dans la ville, avec la création d’une garde civique volontaire en l’application des lois sur l’état de siège qui remonte du 9 août 1849. Les nouvelles officielles sont apposées dans différents lieux publics, et les officiers en charge de la place d’armes de Béziers ont cherché à tout moment à contrôler la propagation d’informations. Face à la mobilisation la population de Béziers n’a pas eu des comportements fondamentalement différents de ceux du reste du pays. La ville avait pourtant une assez mauvaise réputation depuis la mutinerie des soldats du 17e, lors de la révolte vigneronne de 1907. Cet épisode qui n’a pas été oublié, lors des premiers combats en Alsace en 1914, par les chefs militaires, et qui a contribué à entretenir la légende noire des soldats du Midi. Lire à ce propos, de Jean-Yves Le Naour, la légende noire des soldats du Midi. 

En réalité, la population biterroise, si l’on se base sur cet ouvrage, n’a pas agi très différemment, par rapport à celle d’autres régions de France. En matière de mobilisation, Béatrix Pau montre que les cas de désertion ont été extrêmement rares, et elle ne mentionne que deux exemples, en avril 1915.

Face aux réquisitions, prévues en temps de guerre, l’attitude de la population a été diverse. Les propriétaires fonciers ont pu être satisfaits car l’intendance payait est souvent très fort mais la lenteur des paiements, la priorité donnée aux agriculteurs pour conserver certaines de leurs bêtes, ont pu susciter des réactions de résistance. La nécessité de fournir les tranchées en « pinard » a conduit l’autorité militaire à procéder à des réquisitions massives entre le quart et le sixième des récoltes, entre 1915 et 1916.

La ville solidaire

Le deuxième chapitre présente la solidarité et la générosité qui se sont manifestées dès les premiers jours de la guerre. Les collectes des différents comités de charités qui se sont constitués, la souscription aux emprunts de la Défense nationale ont été qualifiée de satisfaisants. 17 novembre 1914, et cela peut rejoindre la lutte contre les préjugés « anti méridionaux » évoqués plus haut, le préfet de l’Hérault qui est demandé aux maires du département d’inciter leurs administrés « à verser leur vin pour la patrie », met en avant le patriotisme mais aussi la vertu du vin et la qualité de celui du Midi. « Les enfants du Midi, en dépit de certaines légendes désormais abolies, atteste chaque jour l’héroïsme et la vigueur de votre race. Trop de mort glorieuse dont vous êtes fiers, en fournissent le témoignage incessamment renouvelé. Le vin a retrouvé son antique renommée. Demain, s’il vous plaît, il ira vers le front soutenir l’ardeur de nos soldats, ceux du Nord, d’Angleterre et de Belgique apprendront à le connaître, ceux du Midi seront joyeux de le reconnaître. Le triomphe du vin accompagnera la victoire de la France. »  Béatrix Pau a pu se livrer à un inventaire précieux des dons des propriétaires viticoles et des caves coopératives. Au 22 janvier 1915, l’œuvre du « vin aux soldats » avait déjà reçu 38 399 hl de vin. Si on ajoute cela aux réquisitions, il est possible de considérer que les biterrois ont été particulièrement généreux.

Dans le troisième chapitre, Béatrix Pau présente les conséquences de l’absence des hommes dans une zone agricole, avec une guerre qui commence quelques semaines avant les vendanges. Comme ailleurs, les femmes se sont mobilisées, ont assuré les travaux agricoles et certaines lettres montrent que si les hommes se préoccupent de la conduite des affaires, les femmes n’hésitent pas à demander des conseils à leurs compagnons partis au combat.

Comme ailleurs, la guerre a contribué à une évolution rapide des mœurs, à une restructuration familiale, à une augmentation du nombre de divorces. L’étude des correspondances montre des préoccupations très variées, celles qui relèvent de préoccupations économiques, l’inquiétude à propos de la fidélité du conjoint, mais aussi des demandes très précises de biens pour améliorer l’ordinaire.

Dans la deuxième partie, « vivre en guerre », Béatrix Pau dresse une sorte d’inventaire des difficultés croissantes que subit la population biterroise avec des signes croissants de pénurie. L’absence de pommes de terre a été durement ressentie par la population et en janvier 1917, le retard d’approvisionnement a pu représenter le chiffre de 64 000 wagons, retardés par la priorité accordée aux transports de troupes sur le réseau ferroviaire.

Les prix de tous les produits ont connu une inflation majeure, y compris le prix du vin aux litre qui double dès 1916. Le prix des produits de traitement de la vigne a également connu de très fortes hausses, notamment celui du sulfate de cuivre, [2] évidemment dont le prix attribué jusqu’en 1916. L’intervention de l’État a jeté les bases de ce que l’auteur rappelle un État-providence, avec de fortes incitations à la mise en culture de terres pour les céréales, avec fourniture des semences, mais aussi le développement d’allocations de secours. La partie qui concerne les fraudes à propos de ces allocations est également extrêmement intéressante. Près de 10 000 demandes d’allocations de secours ont été déposées, ce qui représente tout de même 17 % de la population de Béziers. Les cas de fausses déclarations, sont loin d’être négligeables.

À propos des distractions, les biterrois, ont pu pendant la guerre profiter de la réouverture des salles de spectacles à partir du 14 novembre 1914. Les programmes dans les salles de cinéma étaient soumis au visa de l’autorité militaire. Les spectacles lyriques très prisés par les biterrois avant-guerres ont quand même vu leur fréquentation baisser, en raison de la cherté de la vie et c’est surtout le sport qui a permis d’oublier les difficultés liées à la guerre.

La ville meurtrie

La troisième partie montre comment la population à affronté la mort. Le tableau comparatif des biterrois morts pour la France par rapport au total national montre que c’est surtout pendant la première année de la guerre que le tribut a été le plus lourd. Plus de 27 % par rapport à une moyenne nationale de 20,5 %. Pour les autres années de guerre, à l’exception de 1917, les pourcentages sont équivalents.

Ce tableau de Béziers pendant la guerre permet de retrouver un environnement qui nous est familier, celui de ce que l’on appelait « le bas Languedoc viticole ». En réalité, ce bas Languedoc viticole n’existe plus vraiment. Les mouvements de population, la part de plus en plus nombreuse des nouveaux arrivants issus d’autres régions, dans les villages languedociens, ont considérablement modifié la physionomie de cette ville qui a pu être la locomotive économique du département jusqu’au milieu du XXe siècle. Elle ne l’est plus aujourd’hui.

Bruno Modica