Sylvie Dedet : Les Haïkus de mon Moulin


Dans la préface de ce recueil de poèmes, Dominique Barrau écrit: «Sans qu’elle l’ait prémédité, le regard de Sylvie Dedet va droit au petit détail signifiant - et le magnifie en un clin de mot, le mot juste qui le pose tout vivant sur la page»
Sylvie Dedet, artiste peintre, exposant depuis déjà quelques années dans la région et ailleurs, est installée à Cournonterral. «Ce recueil de haïkus, illustré de peintures et de collages, est le fruit d’un besoin de récréation dans la pratique somme toute contraignante de la peinture à l’huile».
Elle ajoute : «pour que l’image ou le haïku soit vivant, il ne doit être soumis à rien. L’illustration n’a pas été créée pour le petit poème, ni l’inverse. Tous deux ont simplement été rapprochés, produisant un léger décalage qui m’est cher, car l’imaginaire du lecteur peut s’y faufiler.»

A travers formes, couleurs et mots, ce sont quelques instants d’éternité qui s’égrènent au fil des saisons. Les animaux, les insectes, les fleurs et les arbres y remplissent l’espace par leur présence parfois étrange ou déconcertante, témoins d’une vigilante observation et d’une sereine sensibilité. Sylvie Dedet nous propose, avec ce livre à la mise page agréable et à l’impression soignée, un plaisir pour les yeux et une pause pour l’esprit.
Michel Puech

Paru tout récemment en autoédition, imprimé par l’ESAT Peyreficade de Villeneuve lès Maguelone, le livre est en vente chez Graphilux - 4 Boulevard de la Perruque, 34000 Montpellier - 04 67 22 27 14

Christian Bobin : Pierre,

Pierre,
Auteur : Christian Bobin
Editions : Gallimard
Parution : 3 octobre 2019

Etrange rencontre que celle de Christian Bobin et de Pierre Soulages. D’ailleurs nous n’assistons pas à la rencontre, le récit se terminant au portail de la demeure du «Monsieur tout noir du Mont Saint Clair». Leur domaine même sont à l’opposé. A l’étendue, la platitude, le calme du Creuzot où vit Bobin, répond la concentration, le pittoresque, l’agitation du Mont Saint Clair. La prestance du vénéré maître du «rayonnement français», prince de tous les superlatifs, l’âge canonique, le prix vertigineux de ses oeuvres, la taille monumentale de ses peintures... parait même en opposition avec la modestie, la sobriété de son style, l’effacement volontaire de l’ascète creusotin. Christian Bobin dit adorer la neige, comme pour accentuer encore cette opposition. «Je me moque de la peinture» ajoute-t-il encore.
Ce n’est pas vers le Soulages adulé par les courtisans en tous genres que le mène ce voyage nocturne, qui plus est le 24 décembre, c’est vers Pierre comme l’indique le titre, assorti d’une virgule, comme pour proposer une pause après l’interpellation amicale. Bobin n’aime pas les voyages, mais il avoue avoir «pris le train comme on entre en religion». Il aime avant tout la solitude qu’il n’a jamais cherché à rompre. Mais c’est avec ses fantômes qu’il entreprend ce trajet. Avec Dhôtel, avec Kafka, qu’il a choisis comme compagnons, le souvenir de ses chers disparus, son père en tête, dont il sent encore la puissante présence. Et l’on pressent alors ce qui lie Bobin à Soulages, c’est la nuit, le silence, la solitude, et toute proche, la mort. «Tes peintures ne sont pas des peintures mais des gardes de la nuit que nous portons dans le coeur. Sa vérité est fille du silence.» Il va aussi vers lui pour lui «parler de poésie», car «elle est, pour aller vite, le noir du langage sur lequel passent les griffes de la lumière».
«Pierre,» est l’histoire de ce livre qui correspond à la définition qu’il nous propose : «je comprends ce qu’est un vrai livre : quelqu’un qui nous sort de l’évanouissement dans le monde et ses modes et nous ramène à nous-mêmes. Nul besoin d’oeuvres complètes. Une parole suffit». Déclaration qui fait étrangement écho à Antonin Artaud qui écrivait : «Je voudrais faire un Livre qui dérange les hommes, qui soit comme une porte ouverte et qui les mène où ils n’auraient jamais consenti à aller, une porte simplement abouchée avec la réalité.»
Michel Puech

Yves Pignol publie "Les Gens sans histoire"

Yves Pignol, ancien professeur de lettres au lycée St Joseph de Sète, publie un recueil de nouvelles, Les Gens sans histoire, sous-titré : nouvelles de mon haut canton. Ce livre est une chronique de mœurs des années 1960 dans un village héraultais où l'auteur a passé son enfance, auprès de petites gens dont il se veut l'héritier reconnaissant.        

pignolCapture"Que se passait-il en ce temps-là dans ce coin reculé des hauts cantons?  Rien, rien  qui eût dérangé la vie ordinaire de ses habitants. Les années s'empilaient  une à une dans le tiroir où l'on gardait les calendriers des Postes. 1952, 1953, 54, 55...1966 avait ressemblé, à un enterrement près, à 1965, les mêmes événements saisonniers avaient eu lieu : le pèlerinage à Saint Michel le 8 mai, la fête locale en juillet, l'ouverture de la chasse juste avant l'automne, la messe de minuit à Noël. Un village sans histoires, et rien qui aurait pu retenir le quidam de passage, un promeneur égaré en quête du sentier qui grimpe vers les ruines du château de Mourcairol et le sommet du Pic de la Coquillade. C'est vrai, l'existence de ces gens  ne  payait pas de mine. Nul doute que  le quidam, après avoir demandé le renseignement à Marcel qui roulait sa cigarette devant la porte, aurait passé son chemin."

A moins qu'un familier des lieux ne  le rattrape dans la rue de l'Horloge et lui dise :

 « je peux vous en raconter de belles sur ces gens.

–          Sur ces gens ?

–           Les secrets de leurs vies petites, je les sais par cœur...

Des secrets...vraiment ? »

            Et à ce passant l'auteur aurait expliqué ses « secrets » :

            « J'ai écrit les premiers mots de ces Gens sans histoire le jour où je me suis aperçu que plus personne autour de moi n'était là pour parler d'eux en ma compagnie; j'étais le dernier, le seul à pouvoir les sauver du grand oubli et  les arracher en même temps à l'anonymat qui avait été leur  sort dans  leurs vies de petites gens. Pour les résusciter, je me suis souvenu des jours anciens sans doute, remplis d'anecdotes, de portraits, de mots truculents...mais j'ai surtout essayé de réinventer l'essentiel:  le talent de ces humbles à se raconter eux-mêmes au jour le jour, au coin de la rue, devant l'épicerie, lors des veillées  chaises sur le pas de porte à la nuit tombée, autour de la toile cirée et du Pernod maison. Leurs vies si ordinaires se trouvaient alors transformées par leur verve burlesque, la tendresse d'un mot parfois gros, les digressions déroutantes, la galéjade aux lèvres et, à l'oeil, la larme en même temps.       

J'ai imaginé  ces nouvelles dans ce but, retrouver le sel de leur faconde, recréer l'histoire cachée de ces gens... sans histoire. Les personnages habitent tous en un même lieu, la Placette, l'agora du quartier bas, dans les années 1950-1980. Ils réapparaissent dans les récits successifs mais chacun, un jour, en vient à jouer le premier rôle , à devenir le «héros» d'une des huit nouvelles du recueil.

–        Dites-moi, ce sont des histoires vraies ?

–        Histoires vraies et... vraies histoires, parce que chacun de ces gens aux existences si minimes méritait bien que l'auteur, venu de l'autre rive de l'Orb, les aide à devenir « Quelqu'un ». Tenez, ça s'appelle les gens sans histoire*, vous m'en direz des nouvelles. »

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 * le livre est en vente à Sète (librairies Nouvelle librairie sétoise et L'échappée belle), à Montpellier (librairies Sauramps et Gibert) ou sur demande:  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Le métier d'écrivain

Deux livres viennent de paraître dans lesquels les auteurs s’interrogent, entre autre mais principalement, sur leur métier d’écrivain :
Nous sommes nés pour être heureux de Lionel Duroy édité chez Juliard
Profession romancier de Haruki Murakami, trad. Hélène Morita édité chez Belfond

«J’ai appris la vie en lisant des romans» a déclaré Lionel Duroy dans un de ses entretiens. La vie, sa vie, son histoire, son intimité même, est la matière première de ses romans. Il précise bien «roman», car malgré les références autobiographiques, qu’il revendique et assume, ses récits sont à la troisième personne, un narrateur qui lui ressemble tant mais qui a son propre libre arbitre.
«Au moment où nous écrivons, ce n’est pas la vérité factuelle que nous cherchons à établir, mais à restituer l’effet qu’a produit sur nous tel ou tel évènement. Parce que cet effet continue d’opérer à chaque instant dans notre vie d’adulte», écrit-il dans son dernier roman, Nous étions nés pour être heureux». Pour lui l’écriture a un pouvoir certain, celui d’éclaircir, de mettre en mesure, d’ordonner les évènements, les personnes et les relations entre les individus.. Elle a aussi un pouvoir magique, celui de mettre en lumière ce qui avait pu échapper à la perspicacité. Ces pouvoirs se retrouvent dans la lecture pour éveiller la conscience de chacun.
Nous retrouvons incontestablement cette magie dans son dernier roman. Le narrateur retrouve ses neuf frères et soeurs vingt-sept ans après avoir été brouillé et rejeté par eux, suite à la publication de son premier roman «Priez pour nous» qui décrivait une enfance calamiteuse et misérable. Il revient donc sur ce premier livre qui a jeté le trouble dans la fratrie et l’a fait exclure, lui, sa femme  et ses enfants du cercle familial, mais dont l’édition était pour lui essentielle tant sa volonté de devenir écrivain était forte. Les retrouvailles sont une réconciliation difficile et «Nous étions nés pour être heureux» fait le récit des doutes et des certitudes, des appréciations de chacun, selon la personnalité et le vécu.
C’est un roman gigogne et passionnant que nous livre Lionel Duroy sur l’histoire d’une famille et les liens familiaux, sur le métier d’écrivain, sur le rapport à la vérité, sur la tolérance et la rédemption.

«Sans avoir jamais imaginé devenir romancier, ni même d’avoir fait la moindre tentative d’écriture, voilà qu’un jour, brusquement, m’est venue l’idée d’écrire mon premier roman (ou ce qui y ressemble), «Ecoute le chant du vent», et que ce texte a reçu le prix des Nouveaux Auteurs. Avant même d’en avoir conscience, j’étais devenu un romancier, un vrai. J’étais stupéfait. Je m’interrogeais : c’est donc si facile ?». Haruki Murakami, dans son dernier livre «Profession romancier», s’interroge, comme Lionel Duroy, sur le métier d’écrivain, son rôle dans la société, ses capacités et ses responsabilités. Mais aussi sur les difficultés qu’il a dû surmonter, car en fait, même s’il reconnait avoir eu beaucoup de chance, son investissement fut intense. «Ecrire un ou deux romans, ce n’est pas très difficile. En revanche, poursuivre cette activité durant une longue période, passer sa vie à écrire, survivre en écrivant, c’est une entreprise quasi impossible. Peut-être serait-il bon de préciser : impossible pour un être humain normal.»
«Je suis convaincu que les auteurs qui écrivent depuis plus de vingt ou trente ans, qui se sont gagné un lectorat fidèle, ont en eux quelque chose comme un noyau solide, exceptionnel. Ils disposent d’un pilote interne, sans lequel ils ne pourraient écrire de romans. Et ils sont dotés aussi de persévérance et même d’opiniâtreté pour s’adonner si longtemps à un travail solitaire. Telle est à mon sens la qualité spécifique de l’écrivain de métier
Haruki Murakami livre quelques recettes tirées de sa propre expérience, et qui, en somme se résument en quelques mots : «Pour moi, au fond, un roman doit pouvoir jaillir en toute liberté.». Il se confie sur sa «méthode», son mode de vie, sa rigueur, ses exigences, les distances qu’il prend avec certaines instances du milieu littéraire... Pour, en toute humilité conclure que l’écrivain doit faire de son mieux et garder confiance dans ses capacités.

Michel Puech

L'Hérault Heureux de Gilbert Lhubac

L’Hérault Heureux
Gilbert Lhubac
Editions Le Papillon Rouge
Hubert Delobette réédite l’ouvrage de Gilbert Lhubac (1958-2017) que l’auteur lui avait dédicacé en 2005 en ces termes : « à mon ami Hubert, ces chroniques d’autrefois qui nous permettent d’évoquer une enfance heureuse dans un village... où nous nous connaissions tous ! ». Dans L’Hérault Heureux, souvenirs d’enfance dans l’immédiat après guerre dans un village de l’Hérault, nous mesurons à l’aune de ces récits et évocations à quel point les évolutions nous ont éloignés des plaisirs et préoccupations basiques. Gilbert Lhubac évoque dans ce livre un monde définitivement disparu. Le village constituait alors une entité cohérente, limitée, aux structures et fonctionnements bien définis, où chacun assumait son rôle en toute logique et sans scrupules. Ainsi, le curé pouvait se permettre de donner son opinion sur un film projeté dans le cinéma local, et même d’y opposer une censure auprès de ses ouailles. Son autorité était par ailleurs diversement appréciée en fonction des opinions de chacun.
Le ton n’est pas à la nostalgie, mais plutôt au témoignage, au récit anthropologique sur les modes de vie sur un territoire et à une époque déterminée. Les modes de vie, dans les villages de l’Hérault en l’occurrence, en cette époque charnière, à la veille d’une « modernité » qui se révèlera vite incontrôlable, étaient calqués sur les mêmes modèles, les mêmes impératifs. La vigne et les métiers périphériques étaient la règle générale de l’économie locale, les moyens de locomotion limités, l’importance de la famille, les loisirs peu nombreux, la vie plus ou moins en vase clos, avec ses plaisirs simples et ses vicissitudes irrépressibles. Les cadres de l’existence étaient bien posés et chacun s’y soumettait avec plus ou moins de bonne grâce.
Mais Gilbert Lhubac évoque aussi ce temps avec beaucoup d’humour. Certains dialogues, que ne renierait probablement pas Daniel Villanova, suggèrent des personnages pittoresques aux réparties impitoyables. Tous ces personnages, toutes ces scènes, évoqueront à coup sûr des souvenirs personnels chez les lecteurs des générations antérieures aux années 50, et témoignent auprès des plus jeunes d’un monde où finalement, la proximité avec la nature, la solidarité, le sentiment d’appartenir à une communauté aux intérêts convergents, constituaient le cadre d’un bonheur possible.
Michel Puech

Peintres de la Garrigue des Cévennes et des Causses

Peintres de la Garrigue des Cévennes et des Causses
Alain Laborieux et Robert Faure
Editions Le Papillon Rouge

Alice Dorques et Hubert Delobette poursuivent leur travail d’édition au sein du « Papillon Rouge », un travail original et d’une qualité certaine. Robert Faure et Alain Laborieux poursuivent, eux, leurs pérégrinations régionales à travers les œuvres de nombreux peintres qui ont été séduits par les paysages et la lumière du Sud. Après avoir présenté leur musée imaginaire dans trois livres successifs sur le thème du Salagou, du Grand Montpellier et de la Camargue, c’est la garrigue, les Cévennes et les Causses que présente leur dernier ouvrage.

De nombreuses reproductions d’artistes réputés, connus ou plus confidentiels illustrent cette balade depuis les costières du Gard jusqu’aux étangs de Gruissan, des hauts cantons héraultais et des Cévennes jusqu’au littoral méditerranéen.

On devine en filigrane les silhouettes de Joseph Delteil, de Jean-Pierre Chabrol, entre autres, dans les paysages divers et variés de cette garrigue «multiple par ses apparences tenant à son sol, à sa flore, à sa faune, à ses cultures et à ses zones inexploitées". De la montagne à la mer certains lieux sont particulièrement emblématiques. A lui seul le Pic Saint Loup aurait pu faire l’objet d’un livre. Décrit comme un «incontournable totem méditerranéen », il a été pris pour modèle par de nombreux artistes et nous imaginons l’embarras des auteurs pour choisir parmi toutes ces représentations.
Avec cette nouvelle parution, les éditions  Le Papillon Rouge nous offrent un double témoignage sur notre patrimoine, sur la beauté et la variété des paysages et les talentueuses représentations qu'en ont tirés de nombreux peintres, chacun dans leur propre style, séduits par la lumière, les couleurs et les reliefs.

Michel Puech

René Frégni : Dernier arrêt avant l'automne

René Frégni est un écrivain marseillais, la plupart de ses romans ont pour cadre la Provence. Mais il y est aussi souvent question de Montpellier, comme dans son dernier livre « Dernier arrêt avant l’automne » qu’il est venu présenter récemment au salon du livre à Montagnac. Dans un style direct et limpide, il nous livre des récits poétiques donnant une large part aux valeurs humanistes et écologiques. Amoureux de la nature qu’il admire et respecte, il fait l’apologie des plaisirs humbles, étranger aux fièvres consuméristes,  René Frégni est un écrivain sans fioritures ni faux semblants. Il nous livre en toute franchise et lucidité sa vision du monde. Son héros - lui-même ? - de « Dernier arrêt avant l’automne » n’a qu’une idée en tête, trouver un refuge loin de l’agitation et du tumulte. Un emploi lui est proposé pour le gardiennage et l’entretien d’un monastère abandonné, perdu dans la campagne sauvage. Il souhaite y trouver suffisamment de calme et de sérénité pour y écrire le roman qu’attend son éditeur. Mais il est rattrapé par les turbulences de la société. Le romancier ne peut pas vivre indéfiniment dans la marge, la réalité vient fracasser sa solitude et sa méditation. Mais si elle est perturbation, elle est aussi matière à nourrir son œuvre.
René Frégni nous offre des textes d’une grande tendresse et profondeur dans leur simplicité et leur sincérité, mais aussi dans l'urgence d'une écriture salvatrice. « Un jour, on se met à écrire, pour entendre la voix lointaine de nos mères. Lorsque j’écris, j’entends la voix de la mienne. Elle me lisait le soir, devant le poêle à charbon de notre cuisine, des livres qui me faisaient rêver, pleurer, découvrir le monde... Je n’entends sa voix que lorsque j’écris, dans le silence de la page blanche. Les mots que je trace lentement m’enveloppent de sa tendresse, de son regard profond, de la douceur de sa petite veste en coton rouge, contre laquelle je m’endormais. Je n’ai jamais été aussi paisible et confiant qu’en écoutant la voix de ma mère. Je suis devenu écrivain pour l’entendre chaque jour. Elle vit dans les cahiers que j’ai ouverts. Elle marche sur chaque ligne, comme je la regardais venir dans les rues de Marseille, se pencher vers moi, m’inonder de son sourire, de sa jeunesse...»

René Frégni : Dernier arrêt avant l'automne. Editions Gallimard

Michel Puech

Lorsque le clown vit les poèmes au fil du temps…

Edouard Laurès, chanteur, clown, poète et écrivain, a sorti son premier livre

Edouard Laurès est un poète.

Lorsqu’il se glisse dans la peau d’un clown, le poète fait rire. Lorsqu’il chante, le poète amène le bonheur. Lorsqu’il écrit, le poète se confronte avec lui-même et la réalité. Mais la poésie ne le quitte jamais.

Au moment où il écrit, Edouard Laurès partage ce que les autres n’osent pas s’avouer. Ses textes en prose ou en vers brisent la glace entre les gens et amènent aux lecteurs un message qui n’est plus à la mode : aimez-vous les uns les autres. Ils font sortir les deux personnages que nous avons tous à l’intérieur de nous : le côté ombrageux et le côté qui ne cherche qu’à sourire et à être heureux. « Je croise des personnes avec qui, après qu’ils ont lu mon livre, mon rapport change. Ils osent se livrer, la relation devient plus profonde. »

De petits textes jusqu’à deux pages, des poèmes, le tout entre le surréalisme et la réalité pure et dure… Edouard Laurès n’a-t-il jamais eu envie d’écrire un roman ? « Oui, j’en rêve. Ecrire un roman et tourner un film. Cela sera fait, un jour peut-être ». Mais pour le moment, il y a trop de sujets qui lui tiennent à cœur pour se concentrer sur un seul. « Je ressens une urgence très forte, au niveau de l’âme, de les mettre en mots. » Des sujets tirés de sa propre vie et de celle qu’il observe autour de lui. Mais parfois, il décrit aussi des situations qu’il n’a pas encore vécues. Lorsqu’il les couche sur le papier, il sait qu’elles ne tarderont pas à se réaliser.

« C’est comme si mon inconscient savait ce que je vais vivre. » La réalité rattrape le poète, bien que les conséquences ne correspondent pas toujours à l’écriture : « Je vis les situations décrites, mais souvent, elle finissent autrement… »

Le style de son écriture s’adapte automatiquement au sujet : « C’est l’idée qui dicte le style. » Ainsi s’explique la diversité que le lecteur découvre dans son livre. Parfois, l’auteur parle à la première personne, mais « si cela devient trop dur pour moi, j’utilise le pronom "il". » Certains thèmes s’expriment en prose, d’autres en poésie. Et encore d’autres demandent à être chantés.

Edouard Laurès est donc chanteur ? Ou écrivain ? Ou clown ? - Il montre ce petit sourire qui joue toujours autour de ses lèvres, souvent contredit par un regard mélancolique. « Un peu de tout, et tout en même temps. »

Il n’a que 20 ans lorsqu’il décide de devenir artiste : il entre à l’Ecole Nationale de cirque et de mime Sylvia Montfort à Paris où il développe ses talents de clown et d’acrobate classiques. Bientôt, il devient membre de l’équipe du Cirque Gruss où il travaille avec Pipo Junior, le fils du grand Pipo.

 Edouard Laurès chez Gruss

Mais le jeune artiste n’est pas homme à se reposer sur ses lauriers. Il s’engage dans la Frersmol compagnie où il participe au renouveau du clown. Il ne personnifie plus longtemps un simple personnage caricatural, mais son jeu est ancré dans l’actualité, ce qui plaît le plus à Edouard Laurès. Dans les années suivantes, le clown devient acteur, l’acteur devient musicien. Il est professeur d’improvisation, crée un Café-théâtre, explore le jazz et le Flamenco, s’essaie aux styles musicaux les plus divers et met en musique ses premiers textes. Pendant sept ans, il dirige l’Ecole de musique à Pézenas. La musique devient partie intégrante de ses spectacles.

Il y a une dizaine d’années, toutefois, Edouard Laurès prend une décision déterminante. Il choisit la musique et met fin à sa carrière de clown. Plus tard, il se fait capter par l’écriture.

« C’était le moment de devenir adulte. » Être adulte, pour l’artiste cela signifie de se confronter avec lui-même. Pendant que le clown a réussi à faire éclater de rire les petits et moins petits, il a facilement trouvé son propre sourire - un sourire apte à réparer les blessures de son enfance. « Le clown se guérit à travers le rire des enfants. »

Dans la réalité, loin du sourire éternel du clown, Edouard Laurès se sent parfois comme un caméléon. « Comme tant de gens, je porte deux personnes en moi ». L’une souffre de la colère, d’un feu intérieur, allumé par l’injustice et la détresse qu’elle voit autour d’elle. L’autre a toujours eu des rêves et des projets, et elle en aura toujours. Une dualité qui est la source de la poésie et de la musique.

Depuis l’édition récente de son livre, Edouard Laurés se consacre pleinement à la musique, notamment à la création de son premier album. « Encore deux, trois chansons à finir, et j’y suis. » Cet album parlera du bonheur et de l’essai permanent de rester présent, dans un équilibre qui s’appelle la vie. Musicalement, l’album témoignera de la diversité qui a toujours dirigé les projets du poète : chaque morceau sera accompagné par un autre musicien et son instrument.

Le poète, le chanteur, le clown - a-t-il un message à transmettre à son public ? - Il réfléchit et sourit doucement. Récemment, il a trouvé une phrase sur Facebook qui exprime une tristesse qu’il observe souvent : « Dans les couples, on est plus séparé par la vie que par la mort. » Edouard Laurès ne veut plus de cette séparation. Il déteste la mode de ne s’occuper que de son propre « bien-être » et d’oublier le bonheur du partage. « Le monde actuel crée des gens seuls. Chacun vit un peu dans sa caverne. »

Edouard Laurès, en revanche, croit au collectif. C’est de cette croyance que parlent son livre et ses chansons. « L’amour n’est pas un produit jetable. On est là pour s’aimer l’un l’autre. » C’est ici où s’arrête la quête du bonheur « intérieur » : « Bonheur, cela signifie rire, pleurer, chanter, vivre la vie ensemble. »

Edouard Laures, Poèmes au fil du temps. Informations : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Deux occasions de rencontrer Edouard Laurès et de vivre ses chansons en direct à Montpellier :

Le 20 novembre à 19 heures à la librairie Tapuscrits, 7 rue Raoux, Montpellier : Poèmes et chansons d’Edouard Laurès dans le cadre de la « Nuit des livres »

Le 29 novembre à 20 heures, Salle Guillaume de Nogaret, en première partie du spectacle « Bourougnan a un Grain » de Daniel Villanova

Doris Kneller, publié le 12 novembre 2019

Les ateliers de La Baignoire en novembre

  Montpellier - Premier cycle d'ateliers d'écriture avec Sarah Fourage : autour de l'œuvre d'Enzo Cormann

A partir d’extraits de l’œuvre d’Enzo Cormann, poète, dramaturge, auteur et …musicien, nous interrogerons peu à peu ce qui « fait théâtre ».

Nous nous placerons d’entrée de jeu en territoire de fiction, et nous lancerons, à partir de la parole d’un personnage inventé, dans la quête du collectif.

Nous écrirons à partir de consignes simples, et tenterons de « raconter une histoire ».

Avec Sarah Fourage

Formée à l’ENSATT à Lyon en tant que comédienne dans les années 2000, elle écrit pour le théâtre depuis une vingtaine d’année. Marie-Sophie Ferdane, camarade de promotion, met en scène ses premières pièces.

Installée au sud, elle collabore avec des compagnies telles que Machine Théâtre, les Grisettes, les Têtes de bois ou la Compagnie des Nuits Partagées. Elle est  associée en tant qu’autrice à la compagnie Délit de Façade (théâtre dans l’espace public) depuis 2015, en complicité avec la metteuse en scène Agathe Arnal. Le CNL a encouragé par deux fois son travail et 3 de ses textes sont publiés en ouvrages collectifs.

Réservations à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou au 06 01 71 56 27 
Places limitées !

Les Ateliers d'écriture ont lieu les Mardis de 18h à 21h à La baignoire, 7 rue Brueys - quartier Clémenceau,  Gambetta à Montpellier.

Jeudi 28 novembre, Divertir pour dominer

Conférence-débat : L’aliénation a franchi un nouveau pas, elle est installée au cœur de la matrice culturelle

A Montpellier, en partenariat avec la librairie coopérative La Cavale, Valérie Arrault, Patrick Marcolini et Claire Siegel présenteront Divertir pour dominer 2 

Les intervenant.e.s:

Valérie Arrault est professeur d’arts plastiques à l’université Paul-Valéry-Montpellier, et membre du laboratoire RIRRA 21. Elle est l’auteur de L’Empire du Kitsch (Klincksieck, 2010) et, avec Alain Troyas, de Du narcissisme de l’art contemporain (L’échappée, 2017). Elle est aussi l’auteur, dans Divertir pour dominer 2, d’un texte consacré à la fusion entre l’art contemporain et la culture de masse.

Patrick Marcolini est maître de conférences en esthétique à l’université Paul-Valéry-Montpellier, et membre du laboratoire RIRRA 21.

Il est l’auteur de Le Mouvement situationniste. Une histoire intellectuelle (L’échappée, 2013), et a codirigé avec Cédric Biagini Divertir pour dominer 2, dans lequel il signe un texte consacré aux pornographies numériques contemporaines.

Claire Siegel est maître de conférences en arts plastiques à l’université Paul-Valéry-Montpellier, et membre du laboratoire RIRRA 21.

Spécialiste des jeux vidéo, elle est l’auteur, dans Divertir pour dominer 2, d’un texte consacré au phénomène de la gamification.

Publication d'un second opus aux éditions L'échappée en avril 2019

En 2010, six ans après la fameuse phrase du PDG de TF1, Patrick Le Lay (« Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau disponible »), paraissait le premier opus de « Divertir pour dominer », ouvrage collectif visant à révéler le caractère insidieux et prédateur du mode de vie capitaliste fondé sur la domestication des peuples, au plus profond de leur intimité, par l’industrie audiovisuelle et la publicité. Mais tout n’avait pas été dit. D’où la nécessité de publier ce second opus, « Divertir pour dominer 2 », salué par nombre de titres, parmi lesquels CQFDKairosNovale Monde diplomatiqueMariannela DécroissanceFrance-Culture et d’autres, certainement, qui ne tarissent pas d’éloges sur le travail de déconstruction sociale de la formidable puissance d’aliénation culturelle que les auteurs révèlent. 


A partir de 19h à La Carmagnole, 10 rue Haguenot, 34070 Montpellier.
Quartier Figuerolles
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Le lierre aura raison du mur - poète en résidence

Dominique Quélen en résidence à la boutique d'écriture
Ecrivain et poète, sa pratique de la poésie s’appuie avant tout sur le travail du langage comme matériau où la présence du corps est une constante.
Il collabore régulièrement avec des compositeurs, des musiciens et des auteurs.

// Table-ronde
mercredi 6 novembre 19h30 à la boutique d'écriture / entrée libre
Écrire, dire, jouer le vers aujourd'hui. Avec Félix Jousserand, Bruno Patternot, Olivier Saccomano. Animée par Stéphane Page.

// Lecture performance
samedi 9 novembre à la Halle Tropisme / entrée libre
Dans le cadre de la Zone d'Autonomie Littéraire

// Atelier d'écriture
dimanche 10 novembre 12h-20h à la boutique d'écriture / sur inscription

La boutique d'écriture & Co
76, rue du faubourg Figuerolles > Bus 11, arrêt Craponne - Tram L3, arrêt Plan cabanes
34070 Montpellier
 
Cet événement est accessible aux personnes handicapées.