Les Héraultais dans la Guerre de 14-18

Louis, Jean-Luc et Guilhem SECONDY. Le Papillon Rouge éditeur, 2014

«L’histoire n’appartient pas aux seuls historiens qui la construisent. Chaque lecteur la fait sienne, selon ses idées et ses idées propres. Les faits se colorent de traits particuliers en fonction de l’histoire et de la culture personnelles du lecteur. Si l’histoire ne meurt jamais, elle n’est pas «figée à jamais, elle se construit et se reconstruit avec les historiens et les générations nouvelles. C’est notre conviction à l’orée de cet ouvrage...». Ainsi nous interpellent les auteurs dans l’avant-propos de leur ouvrage «Les Héraultais dans la guerre de 14-18». Ils font partie d’une même famille dans laquelle le goût pour l’histoire est une seconde nature : Louis Secondy, le père, enseignant à la retraite est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire locale et anime fréquemment des conférences sur le même thème. Ses fils Jean-Luc et Guilhem ont hérité de la même passion pour la recherche et l’écriture sur le passé de notre région. Dans leur denier ouvrage ils témoignent du grand bouleversement qu’entraina le conflit dans l’économie et les structures sociales. La viticulture, pilier de l’économie locale, à peine relevée de la crise du  phylloxera et de celle de 1907, plongea tout au long de la guerre dans une autre dépression due au manque de main d’oeuvre. Les hommes au front, ce sont les femmes qui se sont impliquées dans les rudes travaux. Mais les rendements, réduits par le manque de produits de traitements anticryptogamiques, l’absence des chevaux réquisitionnés, connurent une baisse importante alors qu’il fallait fournir aux poilus, gros consommateurs, leur part de vin.
 La consultation de certains documents et témoignages remettent en question certains aspects de la propagande officielle ou médiatique de l’époque. Ainsi le soi-disant enthousiasme manifesté lors du départ au front n’était que relatif : «on pleure, on s’exclame, on se sourit tristement, courageusement, on essaie de faire bonne figure...». L’injuste réputation de couardise entretenue par certains officiers à l'encontre des poilus originaires du sud, est ainsi contredite par les faits de courage et d’héroïsme et le lourd tribu, prés de quatorze mille morts. A l’appui de nombre d’archives, les Secondy père et fils nous font découvrir des aspects souvent méconnus des traumatismes et bouleversements de la première guerre mondiale qui ont profondément transformé les mentalités et structures de notre région. C’est un livre passionnant, dans la lignée de «Témoignages» de Jean Norton Cru (1879-1949), réédité en 1993, qui «ose, au nom de la Vérité due aux combattants, remettre en cause les mythes du patriotisme et du courage alimentés par les marchands de gloire ». (Jacques Vernier : «Jean Norton Cru et la grande guerre»)

MP