Le polar régional

Le temps est loin où le roman policier, le polar, était un genre obéissant à des normes bien précises. De nombreux auteurs sont venus dépoussiérer ce type de littérature. Pascal Garnier n’en est pas des moindres.

Né en 49 et décédé à Cornas en Ardèche en 2010, il a développé dans ses romans parsemés de cadavres une poésie toute personnelle caractérisée par un humour noir tout à fait irrésistible. Les héros de ses récits sont souvent en rupture - de la société, du travail, du couple... - et sombrent dans une folie sans issue. Mais  le désenchantement est sauvé par un style alerte, par des dialogues bien vivants et une légèreté qui sans être salutaire n’en est pas moins très plaisante.
Est paru, il y a peu, un polar «régional» répondant à d’autres normes, celles de la localisation géographique précise mais désignée sous d’autres appellations. il est bien évident que Martine Nougué décrit dans son polar « Les belges reconnaissants », à travers Castellac, le village imaginaire où se situe l’action, une autre commune, bien réelle celle-ci, puisqu’il s’agit de Montbazin, son lieu de résidence. Le procédé est astucieux, puisqu’il permet de planter un décor bien précis, bien observable et reconnaissable. Il permet aussi d’exploiter l’histoire locale, en l’occurrence l’accueil des belges fuyant leur pays occupé par les nazis.

Martine Nougué ne se prive pas non plus d’aborder certains problèmes comme ceux liés à l’arrivée de « néo-ruraux » face aux « habitants de souche », décrivant, parfois de façon caricaturale, des conjonctures bien réelles. La statue « les belges reconnaissants » qui trône, à Montbazin, juste à côté de l’église, a d’ailleurs eu doublement la vedette. Outre le fait que sa photo soit venue en couverture du livre paru aux éditions du Caïman, elle a été prise en charge pour une sérieuse restauration par l’association Cercle de Recherche sur le Patrimoine Montbazinois. Une sauvage agression avait mis à mal son appendice nasal et les années avaient quelque peu corrodé son habit de pierre.
En 2004 était paru aux éditions de la Cerisaie un petit polar signé Paola Cicagna « Panique à l’Adessic » qui utilisait les mêmes règles, mais en prenant cette fois pour décor une administration montpelliéraine pour en fustiger le management et la direction. Chacun, parmi les lecteurs avisés, pouvait y reconnaître le directeur paranoïaque et tyrannique, son entourage, aussi bien professionnel que familial. Le roman racontait l’enquête qui avait suivi la découverte de son corps sans vie dans les archives du bâtiment qui était décrit dans les moindres détails, ainsi que le quartier dans lequel il se trouve. seuls les noms différaient. Le directeur ainsi mis en vedette n’avait pas du tout apprécié le procédé.
Dans son roman « Le Léo Noir » (éditions Atlantica 2000) Richard Montaignac promenait son héros Lago des rues monpelliéraines aux plages de Carnon en passant par les étangs palavasiens. Lago réfugié dans le rêve permanent évoque à tout instant son ange gardien qui n’est autre que le spectre de Léo Ferré. « Léo, aide-moi, veux-tu ? Je vais sombrer dans le spleen émollient. Dis-moi quelque chose : j’ai le coeur aussi lourd qu’une enclume. D’accord, ami. N’oublie jamais que le rire n’est pas le propre de l’homme, mais qu’il est le propre de la société. L’homme seul ne rit pas ; il lui arrive même quelquefois de pleurer... ».

MP