Bernard Meulien 1944-2020

Comédien, il s’était fait une spécialité de «diseur». Son apparence fragile contrastait souverainement avec la force de sa conviction, sa diction chaleureuse, son regard attentif et ses gestes mesurés. Personnalité attachante, la passion l’habitait. Pendant de longues années il a arpenté de nombreuses scènes pour «dire», avec l’enthousiasme toujours renouvelé, Gaston Couté , poète libertaire né en 1880 et mort en 1911, digne précurseur des chanteurs à texte, tels Brassens, Brel ou Ferré. Un autre poète faisait partie de son répertoire : Tristan Corbière (1845-1875) auteur d’un recueil de poèmes, «Les amours jaunes» qui rencontra une audience qu’à titre posthume, grâce, notamment à Verlaine qui lui consacra un chapitre dans son essai, «Les poètes maudits». Sur scène Bernard Meulien, dans une baignoire remplie d’eau, soulignait la singularité de ce poète fragile et farceur. Un autre spectacle évoquait Fernand Deligny (1913-1996), éducateur «hors normes», dont les nombreux écrits et vidéos témoignent d’un humanisme poignant et d’une poésie réfractaire. C’est à Monoblet dans les Cévennes que Deligny avait ouvert son centre d’accueil d’enfants autistes. C’est à Monoblet que Bernard Meulien avait choisi de vivre et c’est là qu’il fut inhumé jeudi 23 juillet.

Michel Puech

Bernard MEULIEN - Les amours jaunes - Tristan CORBIERE 

"Quand dans sa baignoire Bernard MEULIEN hisse la voile, le vent du grand large nous emporte avec"