Giono dans la Pleiade, une nouvelle anthologie

Les oeuvres complètes de Jean Giono avaient déjà été publiées par la Pleiade en huit volumes, mais une nouvelle édition propose une anthologie composée de dix titres choisis dans la somme imposante et diverse de sa longue vie d’écrivain prolixe. André Gide disait que lire Giono c’est se laisser «emporter comme un fétu dans un puissant souffle». C’est de toute évidence embarquer pour un voyage au long cours dans d’étranges contrées peuplées de personnages forts en personnalité et en originalité. C’est se laisser envouter par une imagination puissante et un style unique, poétique et aventureux. Ainsi, cinquante ans après sa disparition la nature profonde de cet écrivain vient avec évidence briser cette fausse réputation de régionaliste. Si le cadre de ses écrits est bien celui de son lieu de vie choisi et vénéré, la nature y est violente  et les éléments s’y entrechoquent. Les forêts inquiétantes, les eaux tumultueuses, les nuages menaçant forgent chez la plupart des personnages des caractères rudes et puissants. Féru d’histoire, Giono nous fait aussi voyager dans le temps. La description de Manosque et la Provence au temps du choléra nous laisse entrevoir la cruauté d’une pandémie qui nous laisse atténuer ce covid 19 qui nous accable. C’est bien une oeuvre rare que nous a laissé Giono loin des poncifs provençaux de Pagnol et compagnie.
Michel Puech
«Ils étaient seuls maintenant sur la route. Des vols de feuilles mortes passaient dans la pluie. Les bois se décharnaient. De grands chênes vernis d’eau émergeaient de l’averse avec leurs énormes mains noires crispées dans la pluie. Le souffle feutré des forêts de mélèzes, le chant grave des sapinières dont le moindre vent émouvait les sombres corridors, le hoquet des sources nouvelles qui crevaient au milieu des pâtures, les ruisseaux qui léchaient les herbes à gros lapements de langue, le grincement des arbres malades déjà nus et qui se fendaient lentement, le sourd bourdon du gros fleuve qui s’engraissait en bas dans les ténèbres de la vallée, tout parlait de désert et de solitude. La pluie était solide et pesante.
Un épervier passa. Il baissait son vol comme pour essayer de passer sous la pluie. Il rasait l’herbe et il remontait en criant.» (Le Chant du Monde extrait)

L'homme qui plantait des arbres, texte de Jean Giono dit par Philippe Noiret