Echo de "Voix Vives"

ll y a une semaine, à Sète, se terminait le festival annuel de poésie Voix Vives 2018. Les échos de la manifestation résonnent-ils encore dans la cité ? Peut-être pour ceux qui n'ont entendu qu'un seul écho parmi ceux de la place du Pouffre.

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 Certes, les poids lourds de l'édition poétique étaient présents, comme El Manar au rayonnement international, Fata Morgana la montpelliéraine ou les éditions Maurice Carême, vouées à Bruxelles au grand poète belge. Au stand de "La boucherie littéraire", un animal barbu sommeillait, allongé sur deux sièges et une affichette prévenait que si l'envie prenait de "tailler une bavette", il fallait réveiller le boucher qui se "montrerait tendre".

Au delà de la présentation baroque, les éditions vauclusiennes (84160 Cadenet) sont aussi exigeantes dans leurs façons éditoriales que dans la diffusion des ouvrages édités. Et puis, peut-être en écoutant d'une certaine oreille, on pouvait percevoir dans la polyphonie festivalière une petite musique dérangeante.

Même si l'on n'a pas su qui éditait une belle revue sous l'égide de Léo Ferré, on n'a pu manquer l'annonce de la disponibilité de "La Chanson des gueux" de Jean Richepin (édition de Chat Rouge, 34110 Frontignan), ainsi que des œuvres de Verlaine et de poètes de l'époque du Chat Noir. Richepin qui voisinait avec le Rimbaud des Effarés dans les recueils scolaires de textes ! Au temps du Slam, Richepin est-il fade ? Mais il y avait plus griffu que le Chat Rouge.

Aux éditions "Henry/Les écrits du Nord" (62170 Montreuil sur Mer), certains ouvrages étaient parrainés par le Pen Club. Cette association de gens de lettres, créée après la première guerre mondiale, a favorisé les contacts entre anciens ennemis, œuvré pour la diffusion d'ouvrages et de pensées d'horizons différents. Aujourd'hui, il faut agir pour défendre la liberté d'expression, surtout là où elle est menacée : faire connaître le sort des journalistes turcs emprisonnés depuis le putsch de 2016.

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Et même tenter d'adoucir le sort de l'internaute qui, en Arabie Saoudite, doit recevoir cent coups de fouet. Chaque volontaire du Pen Club va écrire à l'ambassade du royaume wahabite pour l'informer que lui veut bien recevoir un coup du châtiment promis. Et puis, chaque année revient "Le Temps des cerises". Ce temps-là où le rouge est mis. Au stand, on peut trouver les écrits de Lénine sur la culture, la Révolution d'octobre de Rosa Luxembourg. Mais aussi des œuvres de poètes qui savent que la poésie s'en va quand baisse l'esprit critique. Un grand poète qui fut proche des surréalistes, et communiste encarté jusqu'en 1956, a pu le vérifier : Guillevic.

 Plus que son mea culpa dans Vivre en poésie ou l'épopée du ciel (2007), il nous intéresse quand il nous propose de "vivre le concret dans sa vraie dimension, vivre le quotidien dans ce que l'on peut appeler - peut-être – l'épopée du réel". On est prêt à entendre cet écho-là.

Hervé le Blanche