René Frégni

René Frégni est l’auteur d’une quinzaine de romans, dont les derniers, «Je me souviens de tous vos rêves» et  «Les vivants au prix des morts», ont été édités chez Gallimard. Il a exercé divers métiers, dont celui d’infirmier psychiatrique, et a longtemps animé des ateliers d’écriture à la prison des Baumettes. Sa vie se partage entre Manosque et Marseille, mais il évoque aussi Montpellier, en particulier dans «Je me souviens de tous vos rêves», ainsi ces échanges avec un SDF alors qu’il rend visite à sa fille :
« Vous dormez où par un froid pareil ? » Il a un peu levé les yeux vers moi, sans découvrir son cou. «Dormir ?… Allez-y, faites le 115… Les gens n’appellent plus le 115, parce que les gens du 115, c’est malheureux, leur répondent chaque fois: “Il n’y a plus de places, il n’y a plus de places, il n’y a plus de places…” À Montpellier il y a un problème de places. Allez-y, faites le tour de la ville, de la rue de la Loge au Corum, de la gare aux Arceaux, des types qui dorment dehors il y en a partout ! Le 115 vous renvoie vers la Croix-Rouge et la Croix-Rouge, ils n’ont que trente-cinq places. La Croix-Rouge elle est au bout, du bout, du bout. Ils récupèrent toute la misère que le 115 ne peut pas gérer, ils font leur taf, c’est déjà beaucoup. » Cet homme n’avait pas plus de trente-cinq ans, il s’exprimait bien, n’était pas ivre. Il ne m’avait pas écarté. Parler le réchauffait. « Et pour manger, c’est dur ? — À Montpellier on mange. On mange bien, très bien. Des distributions alimentaires il y en a toute la semaine. Il y a des plans pour manger, ce n’est pas le souci...»
L’oeuvre de René Frégni se partage entre des romans noirs et écrits moins définissables, évocations poétiques, souvenirs, portraits, réflexions, méditations sur la nature, les saisons, les femmes, l’amour... bref, sur la vie, ses joies, ses souffrances, ses déceptions, ses réussites... Le tout dans un style d’écriture fluide, au vocabulaire simple mais puissamment évocateur. René Frégni, qui se dit «du côté des fous, des voyous, des marginaux» déclare : «Je suis comme Giono, j’écris en marchant. Je fais un pas, je ramasse un mot, je fais un autre pas, j’attrape un autre mot. Nos collines sont pleines de lumière, de personnages étranges et de mots.»
Titulaire de plusieurs prix, 1989 prix Populiste pour "Les chemins noirs" (1989), prix spécial du jury du levant et le prix Cino del Luca pour "Les nuits d'Alice" (1992), prix Paul Léautaud pour "Elle danse dans le noir" (1998),  prix Antigone pour "On ne s'endort jamais seul" (2001), Prix Jean-Carrière 2011, pour La Fiancée des corbeaux, entre autres, construit une oeuvre originale, profonde et populaire. Une oeuvre dans laquelle, comme chez Charles Juliet ou Jean-Claude Pirotte, le récit dépasse le cadre du roman, de l’histoire elle-même, pour témoigner et exprimer un profond humanisme.

M. P.