Artaud et l'asile


En 1996 paraissait en deux tomes « Artaud et l’asile ». Ces ouvrages, alors épuisés, viennent de faire l’objet d’une réédition « corrigée, revue et augmentée », en un seul livre de quelques huit cent soixante pages. Il y est question d'Antonin Artaud, de son génie incontestable, de sa troublante lucidité, mais aussi de sa souffrance et de sa maladie, parfois si proche de la folie.
Les auteurs, André Roumieux, infirmier psychiatrique, Laurent Danchin, critique d’art spécialiste d’art brut, outsider et singulier et Jean-Claude Fosse, ont tous trois été très proches du docteur Gaston Ferdière. On pourrait se souvenir de ce dernier si l’émission Apostrophe de Bernard Pivot du 22 septembre 1978, s’était déroulée normalement et s'il avait pu y parler de ses relations avec Artaud. Mais cette émission est restée célèbre pour une autre raison : Charles Bukowski ayant passablement abusé du sancerre n’en respecta pas les règles et y fit un tel scandale qui effaroucha jusqu’à Cavanna qui, excédé, menaça de frapper « le vieux dégueulasse », oubliant par ailleurs qu’il avait contribué à le faire connaître en France.
Ferdière était alors poursuivi par les accusations que portaient sur lui les amis d’Artaud, lui reprochant d’avoir usé et abusé sur son patient de la sismothérapie, autrement dit, des électrochocs. Ferdière dirigeait l’hôpital psychiatrique de Rodez. Amateur d’art, poète à ses heures, il était proche des milieux artistiques et culturels, en particulier des surréalistes. Les amis d’Artaud qui désespéraient de voir sombrer et dépérir leur idole, lui demandèrent de le prendre en charge. Artaud arriva à Rodez le 10 février 1943. Ferdière le sauva probablement d’une mort certaine, tant à cette époque, de nombreux malades mentaux mouraient de faim et d’absence de soins. Il lui a permis, l’encourageant même, à renouer avec l’écriture.
C’est donc à une tentative de réhabilitation de ce docteur en psychiatrie hors normes que se sont engagés les auteurs. Ils en dressent un portrait étonnant et à travers analyses, entretiens et correspondances dressent un récit très riche en informations. C’est ainsi que nous y apprenons que c’est à Montpellier que s’est tenue, et ce fut peut-être une première, une exposition d’art d’aliénés - que Danchin préfère appeler « art singulier ». Ferdière raconte :  « ...pendant la guerre même, j’ai trouvé un bonhomme à Montpellier qui avait une petite galerie de tableaux [...] à côté de l’Oeuf... et je lui ai dit : « voulez-vous qu’on fasse une expo d’art d’aliénés ? » On en a fait une et qui a rencontré un véritable succès...»
Artaud et l’Asile Séguier éditeur
Voir aussi sur le net Gaston Ferdière, entretiens avec Laurent Danchin

M. P.