Numérique, littérature et poésie !

Afficher l'image d'origineDe tous côtés s’élèvent les interrogations au sujet du numérique. Même de l’autre côté de l’Atlantique ! Par exemple, dans le Mouton Noir, magazine numérique canadien, Michel Vézina, comédien et auteur, se pose des questions :  « Le livre numérique signifiera-t-il la fin d’une ère ? Cette magie qui consiste à décoder une multitude de taches noires pour leur faire prendre la forme d’une image grâce au pouvoir de l’imagination changera-t-elle, selon que le livre soit imprimé sur des arbres mâchés ou sur du pétrole modifié en écran de plastique ? Le passage du papier au plastique de l’écran modifiera-t-il réellement notre façon de raconter une histoire, la manière de rapporter une odeur, de faire voir une couleur, de faire ressentir une caresse ?»
Et il se pose la question essentielle : Du codex ancien jusqu’au livre actuel, le passage du parchemin au papier a-t-il modifié l’essence (et le sens) de la littérature ? En y apportant sa réponse : « Oui, indéniablement » mais en oubliant de citer… l’imprimerie !

Et pourtant, l'imprimerie en favorisant la multiplication rapide des livres a cessé d'en faire une denrée rare réservée à une élite. Elle a permis la diffusion des connaissances qui a conduit à la Renaissance et, entre autres, à la réorientation des pratiques religieuses. Elle a amené à porter un nouveau regard sur le monde, ce qui débouchera sur la révolution scientifique et le développement de la science moderne. L’imprimerie a également donné naissance au roman, qui deviendra le genre littéraire par excellence. Enfin, l'imprimerie a entraîné un idéal d'alphabétisation généralisée qui se traduira par l'expansion de l'école publique.

Oui, l’imprimerie a changé le monde !

Est-ce que nous ne vivons pas un moment où « si le numérique modifie profondément notre paysage culturel, c’est bien parce qu’il transforme tout à la fois la production et le partage du savoir ? Car le numérique n’est pas seulement un outil, ni une technologie - même dite nouvelle - il est en même temps une culture, culture autorisant de nouveaux usages et de nouvelles pratiques, et surtout instaurant un nouveau regard sur notre histoire, notre patrimoine et nos mémoires - individuelles et collective » (Milad Doueihi, co-titulaire de la chaire « L’humain au défi du numérique » du Collège des Bernardins).

Il est vrai que nous avons peine à imaginer toutes les conséquences de cette irruption - le mot n’est pas trop fort - du numérique dans tous les domaines de notre vie de citoyens et de notre vie personnelle. Il ne faut cependant pas craindre d’entrer dans un nouveau mode de pensée, comme l’ont fait nos prédécesseurs il y a quelques siècles lors du développement de l’imprimerie, en prenant surtout garde de ne pas négliger la dimension éthique qui devra être au cœur de cette mutation.

La difficulté réside dans le fait que l’évolution est beaucoup plus rapide aujourd’hui. Trop peut-être ?

 Maurice Bouchard