Retour sur la dernière conférence de Michel Maffesoli

Le 26 avril 2019, la ville de Montpellier a reçu le sociologue Michel Maffesoli à la Maison pour Tous Joseph Ricôme, lors de la conférence "La crise est dans nos têtes".

Le débat organisé par Thierry Arcaix à la « Maison pour tous » de Figuerolles a permis devant et avec un public attentif d’aborder les questions que cela ne manque pas de poser à chacun d’entre-nous dans sa vie quotidienne. Problème touchant l’éducation, la vie sociale, le rapport au travail, sans oublier la résurgence d’une religiosité qui , pour le meilleur et pour le pire, va se développer.

La crise engendre la perte de confiance

« À l’encontre du "linéarisme" nous étant familier, selon lequel l’humanité serait parti d’un point « A » de barbarie, pour arriver , par une évolution rectiligne, à un point « B » de civilisation absolue, à l’encontre, donc, de ce qui constitue le mythe du Progrès, propre à ce qu’il est convenue d’appeler la « Modernité », il faut reconnaître que l’histoire humaine est, tout simplement, une succession d’époques aux valeurs on ne peut plus changeantes !

Époque, faut-il le rappeler, signifie, étymologiquement : parenthèse. Or, une parenthèse s’ouvre, et une parenthèse peut aussi se fermer. C’est bien ce qui est en train d’arriver de nos jours : la parenthèse moderne s’inaugurant vers le 17éme siècle est en train de se fermer. Une autre, c’est à dire une autre civilisation, est en train de s’ouvrir. Et chaque fois que cela se produit, le changement dans la vie sociale se fait dans la crainte et le tremblement, précise le professeur émérite en Sorbonne.

C’est cela la CRISE. Celle-ci n’est pas uniquement économique, comme on a tendance à le dire, mais bien SOCIÉTALE . La crise est dans nos têtes. Pour le dire en d’autres termes : c’est quand on n’a plus conscience de ce que l’on est, et, du coup, que l’on n’a plus confiance en ce que l’on est !

Un décalage entre les élites et les gens de peu

En bref, les grandes valeurs sur lesquelles s’est élaborée la culture moderne : individualisme, rationalisme, progressisme, sont en continuelle décadence. Mais si l’on est être attentif à la RENAISSANCE en cours, on peut voir émerger, en particulier chez les jeunes générations, d’autre valeurs non moins intéressante. Ainsi la COMMUNAUTÉ , L’ÉMOTIONNEL, le PRÉSENTÉISME .

On n’est plus, dès lors, dans l’idéologie PROGRESSISTE, mais dans une sensibilité « PROGRESSIVE ». Sensibilité mettant l’accent sur les traditions, sur le respect de la « terre-mère » , ce que je nomme « ECOSOPHIE » ( sagesse de la maison commune), et, enfin , sur le QUALITATIF de l’existence .

Il faut également noter que quand ces mutations de fond s’observent, l’on assiste à un décalage entre la « société officielle » et la « société officieuse ». En d’autres termes, un décalage profond entre les élites - ceux qui ont le pouvoir de dire et de faire - et le peuple , ceux que le philosophe Pierre Sansot nommait, ici même dans ses cours à Montpellier : « les gens de peu ».

Vers un idéal communautaire

C’est un tel désaccord qui est, certainement, la cause des soulévements, insurrections, révoltes, qui , un peu partout de par le monde, sont en train de naître : Brésil, Italie, U.K, Ukraine, Hongrie. Proche de nous, le mouvement des « gilets jaunes » en est, également, une expression on ne peut plus parlante !

Face à la crise on ne peut plus se contenter des habituelles réponses proposées par les Castes ayant le pouvoir économique, politique ou intellectuel. Face à cela, il faut savoir poser les QUESTIONS qui taraudent tout un chacun et nos diverses communautés en particulier. La crise manifeste la fin du POUVOIR vertical, et l’émergence d’une PUISSANCE horizontale .

Le débat suscité par les effets d’une telle mutation, avec un public aux horizons des plus divers ( une collègue anthropologue, un scientifique, un citoyen de base, ou une personne préoccupé par le fait religieux), ce débat, donc, avec sérieux, courtoisie , attention, fut, à la fois, pertinent et prospectif. C’est à dire que l’on a reconnu, que comme cela s’observe lorsque une civilisation entre en DÉCADENCE , c’est à partir de ce qui cesse que s’opère une reconstruction : l’individualisme laissant la place à un idéal communautaire, la valeur-travail s’épanouissant en désir de création - « faire de sa vie une œuvre d’art » - , le « contrat social » d’essence rationnelle s’inversant en PACTE à la connotation émotionnelle : retour des affects, des sentiments et des passions collectives.

Il se trouve que tout cela trouve l’aide du développement technologique . Ce qui est le paradoxe essentiel de la POSTMODERNITÉ en gestation : le retour des valeurs traditionnelles et la cyberculture. La conjonction des TRIBUS et d’ INTERNET !

Toutes choses nous forçant à reconnaître que la fin d’un monde n’est en rien la fin du monde. » conclut Michel Maffesoli, membre de l’Institut Universitaire de France..