Sarthou parmi nous.

A la galerie Dock Sud jusqu'au 3 décembre 2018
Maurice Elie Sarthou (1911-1999) « Plein Feu sur les couleurs du Sud »

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 "Le port grec"

Ils sont nombreux ceux qui, à Paris, en France ou à l'étranger, peuvent ainsi parler. Et les Sétois à plus d'un titre. Maurice Elie Sarthou (1911-1999) repose au cimetière marin aux côtés de son épouse Dora et il connut très tôt Sète où il se fixera. Mais son rayonnement ne s'arrêtait pas à "l'Ile singulière", car les harmonies colorées de ses toiles parlent un langage universel.

 Après des expositions en 2008 et 2014, la galerie Dock Sud montre, jusqu'au 3 décembre, une brève rétrospective de celui qui traça son sillon sans souci des modes, des écoles, des systèmes. Il "s'est expliqué avec l'univers", s'est colleté avec le réel. Si tant est qu'une "œuvre d'art devrait toujours nous apprendre que nous n'avions pas vu ce que nous voyons", Sarthou a su transmuter les éléments de la nature en rêves aux attirantes clartés.

Tout n'était pas écrit d'avance, orphelin de père à 3 ans et dont les attaches familiales étaient en Cévennes comme l'évoquera pour nous la fille de l'artiste, Francine.  Elevé par sa mère et son grand-père, il les persuada (en 1927 après le lycée) de le laisser entrer aux Beaux-arts de Montpellier.

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Francine Sarthou, fille de Maurice Elie Sarthou

Il devait faire architecture, abandonnée au bout d'un an. Pupille de la nation, boursier, en 1930 il entre aux Beaux-arts à Paris. Et comme il faut bien vivre, Sarthou devient professeur de dessin. A Bastia d'abord, puis à Bordeaux. Face à la palette de couleur du bassin d'Arcachon, ce fut le déclic, le magister devint peintre. Membre de la Société des Artistes indépendants bordelais en 1943, il est aussi de la sélection régionale du Prix de la Jeune peinture. 

C'est le moment de la relève de l'Ecole de Paris. Résolument non académiques, abstraits, non figuratifs ou tenants de la figuration allusive, arrivent Bazaine, de Staël, Mathieu et l'ami Villon qui sera de tous les vernissages. Appelé par G. Diehl au Salon de mai, il y rencontre Desnoyer et la galeriste G. Guiot chez qui il exposera régulièrement. Avec Desnoyer s'affirmera le pôle sétois. Sarthou sera des agapes des artistes "chez Attila et Germaine". Et peu à peu, il s'enracine à Sète, même s'il passe du temps à Paris. Succès aidant, il aura sa villa sur le mont Saint Clair. Il peindra la Pointe courte, le port et ses rochers noyés d'écume (hors expo) doivent beaucoup aux roches de la Corniche.

Mais il connut aussi la Provence, comme le montre la claire et structurée toile "Carrière en Provence", ou "La plage des Saintes Marie" aux belles couleurs chaudes. Des mises en place très maîtrisées qu'il a dû trouver quelque peu statiques. Lui qui croquait si bien les "biou" de Camargue devint un maître de la ligne et du mouvement comme en témoignent les pins torturés par le mistral ou les frondaisons que rougissent les feux d'un incendie. De la couleur avant toute chose ? Aux grandes œuvres magistrales, certains préfèrent des petits formats tels ceux montrant un "port grec" ou la rue d'une île de l'Egée ou encore un beau coucher de soleil rouge et or.

 Cela fait-il plus rêver ? Quoi qu'il en soit, Sarthou savait voir dans la nature ce qui ferait vibrer des harmoniques dans l'âme. "Impressions", disait Monet.

 Hervé Le Blanche