Les "Pi" de Gom's

Sculpteur, céramiste, peintre, infographiste, GOM’S, est une artiste qui habite et travaille à Cournonterral. De sa production et de ses activités c’est celle de céramiste qui nous a particulièrement interpelés. Les pièces qu’elle présente et qu’elle appelle ses «Pi», au-delà de leur esthétique nous séduisent par la poésie et le mystère qui s’en dégage. Les «PI» sont des disques en grès, de diamètre de 29 cm ou 40 cm cuits et patinés.
 Les «Pi» (ou «Bi») sont très ancrés dans la culture chinoise depuis des millénaires. Disques plats dotés d’un orifice central, jadis taillés dans le jade, ils étaient à l’origine des objets rituels dans les pratiques funéraires. Symbolisant la perfection, ils étaient aussi la métaphore de la voute céleste et du soleil. Mais ils n’ont cessé d’évoluer tant dans leur conception que dans leurs usages, on les retrouve ainsi fabriqués en divers matériaux et si ils furent chargés de pouvoir providentiel et chamanique, ils devinrent signe de prospérité et objet de décoration domestique ou se porte en bijou.
Gom’s s’est intéressée à cette tradition chinoise, moins popularisée que la calligraphie tout en étant aussi ancienne qu’authentique et complexe. Ses disques ainsi décorés de signes plus ou moins ésotériques deviennent un des éléments d’un récit cosmogonique qui évoque certaines énigmes et dégage une poésie évidente. Par une variation des formes dont elle orne ses disques, des pictogrammes évoquant des hiéroglyphes aux symboles célestes renvoyant à l’astronomie, elle nous offre une oeuvre puissante que l’on se plait à imaginer dotée de pouvoir magique.

Voir le site internet de GOM'S dont la prochaine exposition aura lieu à la galerie MOSAÏQUE  À SAINT JEAN 31240 du 19 janvier au 1 février 2017

M. P.

Christine Busso - Le trait, la couleur et la matière

 

Le peintre porte en lui son univers poétique, qu’il doit d’abord découvrir lui-même tout en acquérant les techniques, le métier, lui permettant de le rendre visible. Loin de toute influence, dans la solitude de son atelier, Christine Busso s’est consacrée à cette introspection et à l’élaboration d’une oeuvre riche et unique, qui porte de toute évidence les signes essentiels caractérisant les créations solides et originales : celles de la variété, de la cohérence et de la sincérité. Son oeuvre frappe d’entrée par ce sentiment de fragilité et de préciosité. De riches et subtiles harmonies de couleurs, soyeuse comme des tissus orientaux, séduisent par leur charme discret mais non moins affirmés. 

La maîtrise de la couleur est une des caractéristiques de cette oeuvre. Tout en subtiles harmonies, ces compositions offrent au regard une large palette, comme si l’artiste s’était méthodiquement attelée à percer les mystères des différentes résonances des combinaisons colorées les plus délicates et raffinées. Une peinture est une somme de contrastes et d’harmonies, tant en ce qui concerne le trait que la couleur, l’équilibre ou non des deux détermine l’effet de l’ensemble, de la douceur à la violence. Aucune impétuosité ne surgit de ces peintures toutes en douceur, élégance et délicatesse.

Le dessin, discret mais indéniablement présent évoque plus qu’il ne décrit et précise. Il laisse apparaître un univers mythique, parfois mystique, où chacun pourra deviner personnages ou animaux selon la perspicacité et l’imagination mises au service du regard. Christine nous a laissé quelques pistes d’interprétation avec les titres et les références. Mais comme elle même s’est laissée sans doute porter dans son élan créatif, par l’intuition, le spectateur doit promener sur l’oeuvre sa propre imagination. On ne «lit» pas une peinture, on se laisse envahir, posséder, comme on peut le faire à l’écoute de la musique, surtout du jazz, lorsqu’on se laisse «embarquer» par l’improvisation et le feeling. Mais le temps toutefois différencie ces deux disciplines, autant le jazz est l’art de l’immédiateté, autant la peinture, et en particulier celle de Christine, s’inscrit dans le temps, la méditation. Le support privilégié est le papier, différentes sortes de papier, de grammage de grainage, de consistance, souvent de petit format, comme pour ne rien laisser au hasard, tout maîtriser dans cette alchimie, dans cette magie de mélange de techniques. Car sur le même support elle utilisait autant l’aquarelle, la craie d’art, la peinture à l’huile, l’acrylique, et ceci pour un résultat homogène et cohérent.

Christine Busso s’est probablement «engagée» en peinture comme elle aurait pu le faire pour une expérience spirituelle. Krishnamurti déclarait : «J’affirme que la Vérité est un pays sans chemin, et qu'aucune route, aucune religion, aucune secte ne permet de l'atteindre...  La Vérité ne peut être mise à la portée de l’individu, c'est à l’individu de faire l'effort pour monter jusqu'à elle.» L’individu est ainsi condamné à la solitude et à l’introspection, mais aussi confronté à sa richesse et à son originalité, qu’il peut transmettre et offrir.  
Christine Busso est décédée en décembre 2008. Sa mère Marie-Claude, demeurant à Sète, a alors découvert ce travail étonnant et s’est engagée à le faire connaître en organisant des expositions à travers toute la France. C’est dans la galerie de la chapelle des pénitents de Cournonterral qu’elle le présentera prochainement. Un site a été créé et un catalogue devrait prochainement paraître.

M. P.