Ivan Dmitriev, l’univers de la création

Exposition de « tableaux lumineux » à Montpellier jusqu’au 30 octobre 2019

Ivan Dmitriev, jeune artiste de Montpellier, considère la vie comme une grande scène de théâtre. Chacun y joue son rôle au gré des codes de la société. Pour certains, il constate, ce rôle n’est peut-être qu’une façade, d’autres jouent leur part avec sincérité. Mais il croit fermement que tout le monde à quelque chose en commun : la richesse de la diversité.

« Pour l‘astrophysicien Stephen Hawking, rien n‘est figé, tout est relatif… et, surtout, il sait se relativiser lui-même. » Lorsqu'Ivan Dmitriev parle de l’homme dont la philosophie a imprégné sa vie, il définit en vérité sa propre personnalité. Il admire l’humour, la capacité d’avouer ses imperfections, l’empathie. « Hawking a tout fait pour le progrès, mais pas pour un progrès froid, à tout prix. »

Ivan Dmitriev, peintre, photographe, poète, inventeur, infographiste et enseignant de Webdesign, aime évoluer dans son art ainsi que dans la vie. « Je ne comprends pas les artistes qui restent dans un seul style pendant toute leur existence. » Il aime « essayer des choses », progresser dans sa « façon de faire ». Il ne supporte pas l’inertie : « J’aime le mouvement. » Selon lui, la vie apporte tous les jours de nouvelles idées. Mais, à ses yeux, l’entourage joue également un rôle décisif. Avec chaque rencontre, son horizon s’élargit et l’amène à explorer d’autres univers.

Souvenirs d'une enfance baignée dans la musique

La création « en soi » fait partie de ces univers. Déjà étant enfant, il a découvert qu’il a besoin de créer ou, plutôt, que la création est un « besoin naturel », faisant partie de la vie de tous les jours. A sept ans, il a commencé à jouer de la musique : « Comme j’ai grandi dans une maison de musiciens, c’était un peu normal. » Son père, Alexandre Dmitriev, violoncelle solo de l’Orchestre national Montpellier Occitanie et chambriste internationalement reconnu, et sa mère Elena, violoniste et professeur de violon, ont toujours encouragé son expression artistique, sans pour autant l’obliger à suivre leurs traces. Ainsi, Ivan Dmitriev a rapidement compris qu’il aime la musique, mais que sa façon de s’exprimer passe plutôt par le dessin et la peinture. Au moment de sa première exposition - « en Normandie, dans un ancien moulin transformé en salle d’exposition » - il n’avait que treize ans. A cette époque, il a surtout misé sur les couleurs. « Mais mes tableaux n’étaient pas structurés, plutôt flous », avoue-t-il, toujours prêt à s’autocritiquer. Un peu plus tard, il s’est intéressé à la relation entre l’art et la science, ce qui l’a dirigé vers l’informatique avec « ses traits précis, ses formes définies. »

La réalité est présente , déformée par ses filtres et sa vision du monde

Après avoir vécu un cycle où, au contraire de ses premières réalisations, il a renoncé à la couleur pour ne travailler qu’en noir et blanc, il a découvert que la création d’une toile n’est pas restreinte à un seul outil - le mélange de peinture, de feutre et de crayon lui a permis de développer ce qui est devenu la base de sa technique personnelle : « J’ai besoin d’un dessin net et précis qui peut être présenté devant un arrière-plan abstrait. » Mais celui qui croit que la peinture suffit pour le satisfaire connaît mal l’artiste Ivan Dmitriev. Bien que, enfant, il ait été persuadé que le seul vrai moyen d’expression est le pinceau, il s’est approprié le « mot » dès ses quatorze ans. Ses premiers poèmes étaient plutôt des jeux de mots humoristiques qui avaient pour seul objectif de l’amuser. Entre-temps, pourtant, ils sont devenus un miroir de la société dans laquelle il vit et de ce qu’il ressent. Toutefois, il n’aime pas les poèmes trop personnels : « Je passe par une sorte de code, des symboles. » Son poème devient réflexion composée par ses impressions de l’univers.

Fidèle à son envie de progresser, Ivan Dmitriev travaille toujours rapidement : « J’écris mes poèmes d’un seul trait, et c’est extrêmement rare que je les reprenne plus tard. » Pareil pour la peinture - il est capable de réaliser un portrait en quelques heures. Une telle création représente pour lui une expérience intéressante : « une façon d’étudier l’harmonie d’une personne et de traduire sa personnalité. »

Une autre passion d’Ivan Dmitriev est « inventer des choses ». Ses machines et robots originaux ne sont pas « ce qui compte le plus dans ma vie », mais il aime se lancer des défis. Ainsi, son ordinateur entièrement construit sur la base d’une vieille machine à écrire correspond à son envie de prouver que tout est possible - même « à partir de bric-à-brac ».

Il n’est alors pas étonnant qu’Albert Dürer et Jérôme Bosch sont les peintres qui l’ont le plus impressionné. Ce qui lui plaît chez l’Allemand c’est son « côté univers très riche » tandis que le Néerlandais « brille avec son imaginaire infini ».

La création la plus récente d’Ivan Dmitriev, actuellement exposée à la Librairie Tapuscrits à Montpellier, prouve que, lui aussi, a quelque chose de cet « imaginaire infini » : pour la première fois, il présente le « tableau lumineux », où les couleurs sont mises en valeur par un éclairage également coloré qui fait partie de la toile. La lumière joue avec le clair et l’obscur, et souligne l’origine de toute coloration : la transparence.

Exposition de tableaux d’Ivan Dmitriev

Librairie Tapuscrits, 7 rue Raoux à Montpellier

Du mardi à samedi de 10h à 12h et de 15h à 19 heures.

Doris Kneller, publié le 24 octobre 2019