Le canal Riquet...passionnément

par Jean-Michel Sicard

À nos Élus de la région Occitanie,

Nous avons célébré en 2016 deux commémorations coïncidant avec l'an I de la région Occitanie. Le 350e anniversaire de l'Édit de création du canal signé par Louis XIV en octobre 1666.  Il a focalisé l'attention du public sur son concepteur et réalisateur Pierre Paul Riquet. Le 20e anniversaire de l'inscription du canal au Patrimoine mondial de l'Humanité en décembre 1996. Il nous ramène à la dure réalité. Cette reconnaissance universelle est-elle toujours méritée ?

 La réponse à cette question justifie l'urgence à agir exprimée lors des Assises du canal du Midi convoquées à Carcassonne  comme suite à la création du Comité de Bien du Canal. Il s'agit de définir la politique de la Région pour réhabiliter le canal du Midi.

La structure qui se met en place doit générer un rassemblement de toutes les parties concernées pour redonner au canal l' intérêt économique, l' attrait touristique et la reconnaissance de sa valeur patrimoniale qu'il a perdus. Il suffit de se déplacer le long du canal pour se rendre compte de la réalité de son délabrement. Le canal qui s'étire sous nos yeux souffre d'un demi-siècle de désintérêt et d'abandon favorisant le laisser-aller des utilisateurs et du public et leur  manque de respect pour l'ouvrage classé. Nous en sommes tous responsables.

Le respect est communicatif. Faisons en sorte que le canal, par l'aspect entretenu qu'on lui donnera, inspire et impose ce respect attendu.

Il semble à l'évidence que les collectivités riveraines de la voie d'eau (communes, départements, région) qui, en grand nombre, lui avaient jusque-là tourné le dos, soient enfin sensibles à la réhabilitation du canal ; dans l'espoir d'y trouver « un retour sur investissement» ?

Le canal de Riquet semble avoir été redécouvert cette année après plusieurs décennies d'abandon. Faute d'intérêt économique, il gênait, était une charge plutôt qu'un atout.

Notre Région, accompagnée par l'Etat, a décidé de se pencher sur ce grand corps malade avec le dessein de lui redonner sa stature d'ouvrage majeur de notre patrimoine régional, universellement reconnu.

Je n'ai aucune qualité pour traiter du volet économique. Comme beaucoup de nos concitoyens je fais le vœu qu'une activité batelière marchande s'installe et réduise le trafic des poids lourds sur nos routes.

 Le volet touristique ouvre un champ d'action plus vaste où chacun se sent concerné. Toutes les collectivités riveraines mouillées voudront profiter de l'aubaine et se présenteront comme détentrices de la section qui les traverse, sorte de relique du défunt canal. Ce volet devrait, à mon sens, reposer sur l'urgente mise en valeur du patrimoine architectural et paysager  reconnu par l'UNESCO.

Cette réhabilitation ne pourra se réaliser que dans le respect des ouvrages du chef-d'œuvre de Riquet construits ou modifiés jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Certes, la tentative de modernisation dans les années 1970 a dénaturé ou détruit des ouvrages majeurs : écluses de descente en Garonne aux Ponts-Jumeaux de Toulouse, écluse ronde d'Agde en particulier. La valeur patrimoniale n'interpellait pas les décideurs d'alors. On ne peut que le regretter.

 Mais depuis l'inscription du canal au Patrimoine mondial de l'Humanité, qu'a-t-on fait pour  prolonger le sursaut d'orgueil bien légitime ? Rien, ou si peu. Le mépris a perduré. Pire, on poursuit la destruction de ce qui est considéré comme inutile. On laisse courir à leur ruine des ouvrages hydrauliques significatifs. De nombreux bâtiments témoignent de décennies de désintérêt et d'abandon.

Il va falloir de l'argent et de la patience pour que tous ces ouvrages donnent envie au public de les visiter, de comprendre leur rôle dans la grande machine hydraulique qu'est le canal. Pour cela il faut les atteindre. Et l'accès actuel relève souvent de la course d'obstacles non dépourvue de danger. Le chemin de service, terme utilisé par VNF, est mieux défini par son appellation d'origine chemin de tire, ou de halage. Je parcours à vélo, chaque année depuis 15 ans, ce chemin entre Toulouse, Agde et Narbonne. J'ai constaté avec tristesse son délabrement progressif faute d'entretien. À l'époque du halage, il permettait le passage de deux chevaux de front. Actuellement, de nombreuses sections n'offrent plus qu'une étroite trace bordée de hautes herbes et de ronces. Parfois il n'existe plus.

C'est pourtant ce chemin de halage qui conduit naturellement à tous les ouvrages grands et petits. Il a permis et accompagné, depuis sa création jusqu'à l'apparition des péniches motorisées, l'usage de la voie d'eau par les barques halées.

La mode actuelle, c'est « la vélo-route ». De Bordeaux à Beaucaire, cette voie (verte?) rapide, sorte d'autoroute pour vélos, offrirait une traversée du Midi sans obstacles, à la vitesse d'un peloton du Tour de France. Favorisera-t-elle l'économie locale (commerces, hôtellerie, restauration) ? Rien ne le garantit. Et pour quel coût ? Ce qui est certain, c'est qu'elle ne retiendra pas la curiosité des randonneurs pressés pour la richesse de notre patrimoine. J'ai entendu que cette voie emprunterait parfois le chemin de halage, serait le plus souvent  implantée au sommet d'un terrier existant surplombant le canal, s'en éloignerait parfois pour traverser quelque village proche. Quant au revêtement de cette voie, quel sera-t-il ? Celui que l'on rencontre le long du canal de Garonne ?

La vélo-route, c'est l'erreur à ne pas commettre. On dénaturerait irrémédiablement le monument historique comme cela fut fait entre Toulouse et le bassin de Naurouze. Il faut garder en mémoire que le canal n'avait d'utilité et de sens qu'accompagné au plus près par le chemin de halage. La vélo-route, remplaçant le chemin de halage, dissociée de la voie d'eau, séparée d'elle par des plantations, ôterait toute compréhension de l'ouvrage.

 La solution simple, économique, respectueuse de l'ouvrage historique, consisterait à conserver et à remettre en état ledit chemin, lui donner sa largeur d'antan, avec un revêtement naturel souple (castine fine) excluant les enrobés durs ou colorés.

Le canal est une succession d'ouvrages hydrauliques opérationnels lui donnant le caractère d'un musée vivant de plein air. Il ne s'agit pas de les « figer » mais de les présenter au public en activité, avec les explications utiles, propres à favoriser l'intérêt, la réflexion, l'admiration et le respect. Ne pourrait-il pas être la base d'un projet de tourisme industriel où des médiateurs (ou médiatrices) du patrimoine interviendraient à la demande de groupes constitués (scolaires, visiteurs étrangers, grand public). À l'occasion, le passage des bateaux illustrera naturellement les fonctions de ces ouvrages.

La « mise en lumière » des ouvrages aurait un effet positif sur la fréquentation touristique, surtout auprès de ceux qui privilégient un déplacement doux, sécurisé et économique.

Les bateaux de plaisance posent le problème de la pollution de l'eau par le déversement de leurs effluents directement dans le canal. Deux mesures à prendre rapidement : présence obligatoire sur toutes les barques d'une cuve de rétention des eaux usées ; au sol, installation de stations de récupération de ces eaux.

La disparition des platanes, sur laquelle se focalisent toutes les attentions, nous a ouvert les yeux sur l'état réel de la voie d'eau, objet des possibles remarques du Comité de l'Unesco. C'est sur l'urgente remise en état du canal et de ses bâtiments que doivent porter les efforts. Le moderniser pour le vivifier et lui donner une nouvelle valeur économique n'exclut pas de conserver et de protéger la valeur patrimoniale du chef-d'œuvre universellement reconnu du grand Occitan Pierre Paul Riquet.

Préparerons-lui un nouvel avenir en respectant son passé.

 Jean-Michel Sicard

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Montpellier secret et insolite

Montpellier secret et insolite
Les trésors cachés de la belle languedocienne

par Marie Susplugas

Montpelliéraine de naissance, historienne de formation, Marie Susplugas a enseigné à l'Université Paul-Valéry de Montpellier. Journaliste indépendante, elle publie régulièrement des articles sur le patrimoine du Languedoc-Roussillon. Elle est également l'auteur d'une Histoire du Languedoc aux éditions Ouest-France et de Montpellier Impressions, chez Études et Communication.

"J'ai reçu ce livre. "Montpellier secret et insolite" est un ouvrage que je trouve assez complet sur les petits secrets de la ville. Il est richement illustré et la mise en page est attrayante. J'ai seulement quelques petits reproches à faire. Il n'y a pas de carte de la ville et de plan de l'Écusson dans le livre sur lesquels seraient placées les curiosités traitées dans les pages. Pour chaque curiosité on donne les adresses, mais il faut se doter d'un plan de la ville ou aller sur Google Map pour les situer. Le livre n'est pas censé être un prodige d'exhaustivité dans la liste des curiosités traitées, des éléments sont immanquablement absents comme les halles Laissac, la fontaine Font Putanelle ou la roue en pierre de la rue St Ursule, mais les éléments importants sont là, plus quelques bonus alléchants comme le restaurant la Diligence de hôtel de Varennes ou la Boite à Musiques de l'Hôtel du Palais. L'ouvrage insiste d'ailleurs sur le fait qu'à Montpellier il y a de nombreux hôtels particuliers qui cachent derrière leurs façades des trésors d'architecture et d'art appliqué, cages d'escaliers, peintures, voutes, etc. Par soucis de complétude la lecture de ce livre devrait être enrichie par la visite de ce site, bien plus exhaustif que le livre de quelqu'un qui connait bien et aime sa ville. " - Jean-Luc Drevillon. (» Amazon)